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Vote obligatoire et socialisme autoritaire

On connaissait le socialisme des imbéciles, on sait l’échec du socialisme « réel », on croyait arrivé le normal-socialisme, on déplorait la moraline socialiste, on se moquait facilement de la gauche bobo, on savait pourtant que la gauche avait lâché le peuple, on comparait la régression socialiste en Chine et en France, on remettait en perspective dans l’histoire le social-individualisme, on pointait clairement l’ignorance socialiste du droit, on remarquait que la gauche morale se raccrochait aux branches – mais on avait oublié le socialisme autoritaire !

Car le socialisme à la française déteste la liberté.

Laisser aux gens le droit ou – pire ! – la « possibilité » de faire comme bon leur semble est inadmissible pour les missionnaires de la Vérité révélée du Progrès en marche vers l’Égalité pure et parfaite de l’Avenir radieux. Ne riez pas, telle est la croyance des socialistes, une véritable religion si vous creusez un peu.

Ainsi à la Mairie de Paris où l’ineffable Christophe Girard sous la houlette Hidalgo force les noms de rues politiquement corrects – par seule croyance idéologique – dans l’ignorance de la réalité des gens et de l’histoire.

Ainsi chez Renault : l’État entreprend de monter sa participation pour « forcer » (démocratiquement…) les actionnaires à consentir au droit de vote double pour ceux qui restent 2 ans. Y aurait-il en socialisme de « plus égaux » que les autres ?

Ainsi avec la loi sur le Renseignement où, sous prétexte de « terrorisme » (sur lequel tout le monde est d’accord), on va offrir la possibilité aux fonctionnaires de capter les informations de tout le monde, en tous lieux, pour toutes raisons de soupçons – et cela sans le contrôle du pouvoir judiciaire. Seuls des fonctionnaires « contrôleront » les fonctionnaires ! La dérive en « police politique » sera aisée – même si (pour l’instant) nous ne créditons pas ce gouvernement d’y viser. Mais est-ce prudent de laisser une grenade dégoupillée dans les mains de n’importe qui ? Surtout dans le futur.

Mais ne voilà-t-il pas surtout que, sur ordre de l’Olympe socialiste (qui vit aux Champs-Élysées pour ceux qui connaissent encore un peu ce grec que Belkacem veut éradiquer), Claude Bartolone vient de pondre un rapport (vite sorti et pensé légèrement) pour forcer les Français à aller voter à chaque élection ?

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Votez sous peine d’amende !

Le « vote obligatoire » serait-il la panacée aux inepties de doctrine, au ministères du discours opposés aux ministères de gouvernement, aux lâchetés politiques, aux démissions de l’Éducation nationale confite en syndicats « réactionnaires » de gauche pour qui il ne faut surtout RIEN changer, aux mensonges les yeux dans les yeux des électeurs, à la médiocrité des candidats aux élections… On croit rêver : la fraternité socialiste « réalisée » serait décrétée d’État par l’usage d’un « droit » dont on ferait une obligation légale par la contrainte de la force publique. Comme sous feu le maréchal Staline.

En démocratie, la liberté prime l’État. Si c’est l’inverse, nous sommes dans un État totalitaire, absolument pas en démocratie, se décrétât-elle « populaire ». Le rêve du socialisme est le vieux rêve léniniste (qui n’était pas marxiste, l’ayant tordu à sa sauce activiste) : que tout fonctionne « à la manière de la Poste », du haut en bas, jugulaire-jugulaire. Un vrai fantasme administratif de fils d’ouvrier agricole autoritaire, formé aux épures matheuses niveau basique.

La Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789, grand mythe fondateur de la gauche croit-on, proclame pourtant clairement en son article 2 : « Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression. » Ou encore, en son article 5 : « La Loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société. » Conçoit-on que « le vote » soit une nuisance à la Société s’il n’est pas exercé ? Il n’est pas écrit que tous les citoyens ont l’obligation, ni même le devoir, mais que « Tous les Citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants » (article 6). Vous avez bien lu « droit » ! Rien de plus. Rien de l’obligation soviétique d’aller voter, par exemple…

C’était l’exigence des Lumières de convaincre les gens par la Raison. Ce devoir est bien mal rempli par un parti qui se proclame « de gauche » sans le prouver, qui promet monts et merveilles mais gouverne comme la droite précédente, qui se veut « normal » c’est-à-dire aussi mou et paresseux que sous Chirac, le charme personnel en moins mais le mensonge sur les « promesses » en pire. Le socialisme ne parvient pas à convaincre ? Changez de socialisme ! Les autres peuples européens l’ont fait et s’en portent très bien.

Non, en France on veut plutôt changer le peuple. Le socialiste ne se remet jamais en question, vieux tropisme catholique-romain mâtiné de machisme latin qui veut que le plus sage et le plus avisé soit le plus vieux et le plus puissant – comme si nous étions encore dans un groupe de singes. Or « la démocratie » implique la participation. Et l’on ne fait pas « participer » le peuple simplement en lui demandant d’approuver, ni en le forçant à élire les candidats socialistes.

Mais ni la religion d’État (ce laïcard-socialisme issu tout droit du catholicisme social), ni l’éducation « nationale » du tous-pareils notés sur vingt, ne préparent le peuple à participer, faute de savoir s’exprimer autrement qu’en gueulant avec 300 mots ou en cassant lors des manifs et, pour les plus évolués, en boudant lors de « grèves » aussi interminables que floues. Quand on n’apprend pas à développer cet élément de base des droits de l’Homme qu’est « l’expression » (sans laquelle le « droit d’expression » se résume à des coups, des borborygmes ou des balles de kalachnikov), comment oser exiger des citoyens qu’ils viennent « participer » ?

Plutôt que de rendre le vote obligatoire, proposez de rendre l’expression orale et écrite obligatoire dans les écoles, Monsieur le président de l’Assemblée nationale !

Ouvrez les débats citoyens, les référendums d’initiative populaire, abaissez le droit de vote à 16 ans avec éducation au droit à l’école, forcez au non-cumul des mandats pour que les élus soient vraiment au service des électeurs, développez le contrôle des élus par les citoyens.

C’est ce que demandaient Los Indignados en Espagne : « Ce que nous réclamons, c’est que le Gouvernement établisse des mécanismes pour que les gens puissent contrôler ce que font les hommes politiques. Actuellement, en dehors du vote, il n’y a pas de moyen de le faire et les élus ont carte blanche toute la durée de leur mandat. »

C’est aussi, plus simplement, ce que préconise Pierre Rosanvallon dans un livre de 2008 déjà, ancien syndicaliste de gauche proche du socialisme. Mais c’est probablement trop fort pour Monsieur Bartolone, qui n’a peut-être jamais eu le temps de le lire, ni de le penser par lui-même.

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Certes, des arguments sensés existent, et le vote obligatoire est pratiqué sous des régimes tels que la Belgique, la Grèce, le Costa Rica, le Brésil et la Turquie… mais constate-t-on que la politique se porte mieux dans ces pays ?… Au contraire, l’Australie et les Pays-Bas sont revenus sur une telle obligation : cela ne voudrait-il rien dire ? Un socialiste français se croit-il plus intelligent ou plus avisé que les autres ? Ou se défausse-t-il de ses carences sur le commode bouc émissaire de l’abstention – sans s’interroger sur son pourquoi ?

Disons-le tout net : le vote obligatoire n’est pas démocratique. C’est la subversion d’un droit en contrainte. C’est le recul de la liberté au profit de quelques-uns, ceux qui se croient investis d’une mission de sauver les électeurs malgré eux, les considérant comme des immatures, ouvriers, infantiles. Ce sont en effet parmi ces catégories que l’on trouve le plus d’abstention, dit-on.

Il s’agit donc bien d’éducation et de formation, d’intérêt pour les candidats, de conviction que son vote peut influer sur le cours des choses : pas de paresse ni de refus d’être un citoyen. D’ailleurs, l’abstention est-elle grande aux élections présidentielles ou au municipales ? Non, bien sûr, parce que les électeurs voient directement leur intérêt personnel direct dans de telles élections. À l’inverse des dernières « départementales » où personne ne savait plus à quoi va servir un département, censé disparaître en 2021 selon Valls – quand même Premier ministre. Il s’agit donc de séduire, pas de punir ! Et de proposer des urnes désirables – où les promesses se réalisent ou ne sont pas proférées à la légère.

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Si la proposition de loi est votée par une Assemblée à la botte, l’inévitable va se produire :

  • la « résistance » d’une grande partie de la population qui préférera payer l’amende (à condition qu’il y ait assez de flics pour les y forcer) – se défaussant par l’argent du devoir civique (bel exemple de « socialisme » !)
  • le « tant pis pour vous ! » d’une autre partie de la population qui fera exprès de voter populiste ou extrémiste – ou qui systématiquement va sortir les sortants
  • la manifestation plus grande qu’auparavant du vote blanc (enveloppe vide ou papier vierge) ou du vote nul (injures gribouillées sur le bulletin du candidat) – en ce cas : pourra-t-on encore « ignorer » le vote blanc ?

Il faudrait la voir la tête du Bartolone lorsqu’il se verra « élu » par seulement 13 ou 15% des électeurs inscrits… Son « mandat » sera-t-il légitime ? Pourra-t-il toujours prétendre agir pour le bien de tous, si ces tous se réduisent à presque rien ? Il y a décidément de vraies têtes de linotte dans le socialisme à la française. Et un vieux tropisme autoritaire qui ferait bien préférer l’original à la copie.

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Croisière au Guatemala et Costa Rica

En haute mer, est au menu de ce jour la préparation du poisson, le tango, le massage thaï, une conférence sur le canal de Panama, casino, dégustation de vin payante, séminaire sur la tanzanite (deuxième plus rare pierre précieuse au monde) et vente… Vente d’ambre. Au théâtre on retrouve le violoniste Sean Riley accompagné par le pianiste Brooks Aehron avec un excellent programme allant de la Méditation de Thaïs à La liste de Schindler en passant par Romance de Beethoven entre autres. Le soir le théâtre accueillera James Stephens III comique.

costa rica puntarenas

Puntarenas, Costa Rica 8h à quai, retour pour 19h45 et départ à 20h. La distance jusqu’au canal de Panama est de 470 milles nautiques. Nous avons retenu et payé une excursion « Aerial Tram Rainforest Adventure » qui nous permettait d’embrasser la canopée. Seule restriction, il ne fallait pas peser plus de 170 kilos… L’excursion est annulée pour une obscure raison, peut-être trop de personnes au-delà de 120 kg ? Tant pis, il faut se résoudre à aller dépenser quelques dollars dans les boutiques sises au bout de l’allée menant au bateau.

costa rica comme nous aurions aime

Puntarenas, contraction de Punta da Arena (pointe de sable). La péninsule est longue de 6 km et large de 200 à 600 m, reliée au continent par un isthme dans le golfe de Nicoya. Selon les archives, le site de Puntarenas fut utilisé comme port d’embarquement et de débarquement pour la première fois le 17 mai 1765 par Miguel Antonio de Unanué qui était alors propriétaire de l’exploitation agricole connue aujourd’hui sous le nom de « El Palmar ». Ce n’est qu’en 1797 qu’est construite la première douane donnant à ce port son caractère officiel. La Paseo de los Turistas longe la plage jusqu’à la Punta, c’est la promenade des touristes où l’on trouve des étals présentant de petits souvenirs : t-shirts avec animaux typiques du Costa-Rica, cigares, objets en bois…

guatemala tissage

Sur le bateau : soccer, basket, fitness, tester les vins italiens, tester le Jameson, tester le porto, casino, montres à vendre. Et ce soir, au théâtre, magie (peut-être découvrirons-nous comment faire disparaître la facture du bord ?) En haute mer et pendant la nuit nous vieillirons encore d’une heure ! Quel sera le programme ? Achats, pas chers disent-ils ! Voyez les réductions, 10% sur les parfums et cosmétiques, jusqu’à 60% sur les bijoux, jusqu’à 75% sur les montres, c’est même le capitaine du bateau qui donnera le top départ de ces « soldes ». Une énième conférence sur le Canal de Panama, on y arrive. Une présentation des futures croisières ; de la musique, encore les stars de l’Infinity au théâtre ce soir pour un show des années 70, des cours de danse et, pour le repas du soir mettez votre tenue de ville ou aller vous régaler des restes du midi au buffet. Il y aura aussi des sushi, du stir fry, des casses croûtes pour ceux qui refuseront de s’habiller, hou ! Et puis vous qui vous vautrez sur les chaises longues du pont 11, vous êtes priés de rentrer vos ventres et de ne pas empiéter sur la piste de jogging, na, c’est écrit dans le Celebrity today. Ceux qui monopolisent les chaises-longues et lits des ponts empruntent peu la piste de jogging, ou alors ils ont tellement grossi qu’ils débordent de leur canapé !

COSTA RICA

Puerto Quetzal, Guatemala, 7 h du matin, le bateau est à quai. Le Guatemala, ce sont des vestiges mayas, de petits villages indiens aux marchés colorés, des lacs, des villes coloniales préservées, la jungle impénétrable du Peten. Puerto Quetzal est le plus grand port guatémaltèque sur l’océan Pacifique. Antigua, érigée capitale par les Espagnols, déchue de son rang par les séismes du 18ème siècle (1773/1776) doit sa résurrection à la mise en valeur de son architecture coloniale de style baroque et Renaissance espagnole entièrement reconstruite. Elle se situe à environ 90 minutes de bus du port. Pour ceux qui ont choisi les sorties, tous à bord à 17h45, départ de l’Infinity à 18h. Direction le Costa Rica et Puntarenas dans 468 milles nautiques.

guatemala femme

Pour les autres, un petit tour en ville où un charmant défilé de Guatémaltèques en costumes régionaux nous occupe. Les couleurs vives des vêtements et nappes attirent le touriste. Sur le bateau concours de poker, fitness, musique disco, dégustation de vins. Au théâtre ce soir : iBroadway avec les « stars » de l’Infinity. Hum ! Star est peut-être un mot excessif…

Hiata de Tahiti

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Claude Charbonnel, 1940 Passeport numéro 1

claude charbonnel 1940 passeport numero 1

Claude Charbonnel avait 17 ans lorsque la guerre-éclair a vaincu la France en quelques semaines, en juin 1940. Lycéen d’Auxerre de la sixième à la terminale, il a passé l’écrit du bac à Orléans, sur la route de l’exode, mais n’a jamais pu passer l’oral. Réfugié à Bordeaux, il est parti pour Londres. C’est là que, quelques mois plus tard, le consul de France lui a délivré le passeport numéro 1 afin qu’il puisse rallier les États-Unis où il avait obtenu une bourse de college via le Costa Rica.

Le jeune Claude a tenté de s’engager dans l’armée anglaise, vu le bordel ambiant grenouillant autour et contre De Gaulle à Londres en cette fin 1940. Trop jeune pour qu’on lui accorde de décider lui-même, et trop gênant en termes politiques pour un Churchill qui voulait se ménager une liaison entre la France occupée et la France en exil, il n’a été accepté nulle part. L’auteur, qui l’a vécu, témoigne que De Gaulle à l’époque n’était pas très attrayant pour un jeune Français refusant la défaite et soucieux de libérer la France. Officier renégat, général à titre seulement provisoire, condamné à mort pour trahison par le gouvernement français légal, De Gaulle avait peu de légitimité. Et pourquoi donc depuis Londres « le général Bethouard et ses 15 000 hommes échappés de Narvik et les 100 000 de Dunkerque étaient repartis en France » ? (p.13)

Refusé par les Anglais et mal pris par les gaullistes, il a fait agir un oncle au Costa Rica où il a fait quelques mois de pharmacie tout en montant une affaire d’import-export pour subsister. Lorsque les États-Unis après Pearl Harbor sont entrés en guerre,  « avec mes camarades fidèles à la Légation [de France au Costa Rica] nous nous engageâmes dans l’Armée d’Afrique, dont le Corps expéditionnaire était sous les ordres du général Juin, en Italie, et incorporé à la 5e Armée américaine du général Clark » p.73. C’était en juin 1943 et le jeune Claude avait 20 ans. Il suit l’instruction au camp de Fort Benning aux États-Unis avant d’être envoyé en Afrique du nord.

Il passera en Italie, sera blessé comme sous-lieutenant du côté de Naples, servira ensuite d’officier de liaison grâce à sa bonne connaissance de l’anglais, avant de débarquer en France en Provence, puis d’aller jusqu’en Allemagne. Débrouillard, il se confectionne un sac de couchage standard qu’il fourre de castor canadien dont il revendra la peau dix fois ce qu’il a payé à la fin de la guerre. Existence précaire et vie facile se succèdent, les relations et l’entregent ouvrant toutes les portes dans ce grand foutoir qu’est toute guerre, avec toutes ses armées, toutes ses susceptibilités et tous ses archaïsmes.

Non sans ironie l’auteur, qui en a beaucoup vu, pointe le retard mental français, ce mélange exaspérant de vanité et d’habitudes, ces trahisons par intérêt ou par orgueil, ce rationalisme « polytechnicien » qui se croit d’essence supérieure, ces Politiques qui se transforment vite en politiciens, puis en politicards, avant de finir en politocards pour certains. Il en veut à De Gaulle, dont il n’hésite pas à dire : « Personnellement, je me demande s’il fut bon que De Gaulle existât. (…) Churchill est grand, De Gaulle ne peut échapper à l’étroitesse, la mesquinerie, voire le grotesque de sa personnalité » p.68. C’est un peu sévère vu la suite de l’Histoire, mais ce ressenti à 20 ans, au ras du terrain, est un témoignage qui doit tempérer la belle légende dorée, politiquement reconstruite.

claude charbonnel photo 17 ans et 90 ans

L’autre bête noire du « génie français » dont l’auteur, pour les avoir beaucoup fréquentés, se moque, est le polytechnicien. Lui qui s’est fait tout seul, à l’anglo-saxonne, ne peut comprendre l’élitisme abstrait des crânes d’œuf qui, s’ils font parfois des administrateurs efficaces, ne sont ni des savants, ni des découvreurs. « Si l’on n’a pas eu le génie de pratiquer les mathématiques supérieures pendant trois ans, ou l’occasion de le faire, il faut accepter que le polytechnicien est, par définition, un être supérieur, et admettre qu’il vous regarde avec condescendance, souvent avec ironie (ou mépris si vous ne partagez pas son opinion. Une affaire qui nécessite l’assentiment d’un polytechnicien doit être présentée dans une structure familière. Préalable, premièrement, deuxièmement, et ainsi de suite. Pour aboutir, il faut lui faire croire que l’idée est la sienne. On lui propose donc en variantes quelques idées inacceptables et il choisit comme sienne celle que vous voulez lui imposer » p.245. Sous prétexte de logique cartésienne, nombre de décisions sont aberrantes. En témoigne le polytechnicien énarque – l’auteur le cite en exemple – Jean-Marie Messier (« moi-même maître du monde » avait coutume de dire le sujet, signant son site J6M).

Premier tome d’une vie bien remplie, Passeport numéro 1 a le mérite de nous replonger avec réalisme dans une période trouble de l’histoire de France, et surtout de la comparer avec ce qui se pensait ailleurs au même moment dans le monde allié. Depuis 1789, le pays s’est enfermé sur soi, se trouvant si beau en ce miroir qu’il ne veut rien savoir des évolutions des autres ni du monde. D’où les défaites successives : 1870, 1914, 1940, 1956, 1962. L’élite bourgeoise, catholique ou franc-maçonne, le plus souvent radicale ou socialiste, a clairement failli. C’est la leçon d’un jeune homme qui se penche avec verve, à 90 ans, sur ce qu’il a appris de la vie.

Claude Charbonnel, 1940 Passeport numéro 1, 2011, éditions Baudelaire, 277 pages, €19.27

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