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Plage de San Josecito ou plongée au masque

Les grondements se sont calmés cette nuit et le temps au matin est plus riant mais les vagues se brisent encore dans un bruit assez fort. Eff passe le temps dans le cocon du hamac sur la terrasse du bungalow, une première expérience pour ce grand nerveux.

Deux groupes se forment, le premier reprend une fois de plus un bateau vers l’île del Caño à 8 km au large pour aller plonger en masque et tuba – rebaptisé snorkeling dans le globish à la mode. Parti à huit heures avec les masques et les palmes du lodge, plus les gilets de sauvetage rouges pour faire balises flottantes, ils comptent voir des baleines et des dauphins. Ils en observeront en effet une plonger assez près de leur bateau ; elle a émergé et soufflé comme au premier jour. Certains ont vu un requin, mais peut-être l’ont-ils imaginé ; d’autres n’ont vu que des barracudas plus communs. Avec le masque, ils ont reconnu quelques poissons dont le perroquet et la carange mais la visibilité était trop faible. En bref, je ne regrette pas. L’orage de ces jours derniers à remué les fonds marins et l’eau n’est guère transparente ; ils sont assez déçus.

L’autre groupe, dont je suis, ne part qu’à 10 heures et restera sur la plage prévue pour le pique-nique vers 13 heures, lorsque le premier groupe reviendra avec tous les autres bateaux de touristes. La femme bien portante au sourire en calandre de Cadillac nous accompagne « pour la sécurité » alors que nous connaissons parfaitement le chemin : il suffit de longer la plage. Oui, mais s’il y a un serpent ?

Nous marchons sur le sable vingt-cinq minutes après avoir médité face aux vagues au bord du lodge pendant une heure. Deux aras colorés et gais consentent à s’envoler sous nos yeux. Des sortes de merles au chant mélodieux nous attendent près du sable, sous les arbres. Ils savent qu’il y aura des miettes après le pique-nique.

La plage est protégée par une barrière de rocher et un îlot où se dressent un palmier ainsi qu’un feuillu en parasol, peut-être un guanaste. La houle ne parvient pas jusqu’à la plage, il n’y a pas de rouleaux. L’eau est peu profonde à marée descendante et permet une baignade sans risque d’autant que le fond est sableux ; l’eau est bien à 28° centigrades. Nous sommes seuls sur la plage déserte de sable gris bordé de cocotiers.

Le soleil est voilé mais les UV sont puissants. Eff, parti se promener trop longtemps torse nu en subira les conséquences sur sa peau trop blanche d’enfant très protégé. Les rouleaux soupirent au-delà de l’îlot tandis que les merles se rappellent à notre souvenir et qu’une cigale ou deux saluent le soleil presque revenu. Les nuages cumulés dessinent des moutons tandis que la mer est d’un gris-vert tout à fait Pacifique.

J’alterne les bains et les siestes à l’ombre, torse nu, en attendant les explorateurs échoués sur l’île en face. Un peu à l’écart des autres, je ressens une impression de bout du monde. La conversation s’est éteinte, le magistrat est loin, explorant les anfractuosités de la côte, l’avocate et l’enseignante lisent un livre, la Lyonnaise et la fille aînée de l’est bronzent en deux-pièces, les yeux fermés. Je regarde et j’écris. Les palmes sont à peine frissonnantes d’une brise minuscule.

Un bateau arrive droit de l’île, puis un autre, puis une dizaine se pointent depuis l’horizon, dont le nôtre. Tout le monde pique-nique au même endroit avant de repartir – en bateau pour la plupart. La plage est noire de monde. Hollandais, Français, hispanophones, chacun a son bateau, sa table et ses glacières de pique-nique, sa salade de pâtes au thon, sa salade verte, ses tomates, ses concombres, ses oignons, son jambon reconstitué, son fromage en tranches sous blister, son pain de mie américain, ses ananas locaux et ses jus multifruits en brick. Quelques tables et bancs ont été grossièrement aménagés mais ils sont insuffisants pour l’ensemble des groupes et la plupart s’installent directement sur le sable ou assis sur les troncs échoués. C’est à cet endroit il y a deux jours que nous avons pris l’apéritif, mais nous étions tout seul et la plage était calme. Les petits merles et les merlettes grappillent habilement des miettes en sautillant, comme prévu. Le chien mi-terrier mi-bouclé qui nous a accompagnés ce matin repart en bateau, empoigné par sa maîtresse au sourire automobile. Car, avant 14 heures, l’orage gronde à nouveau et la pluie ne tarde pas à suivre. Nous rentrons à pied, les adolescents des autres bateaux se rhabillent et remballent les serviettes ; les filles, les gros, les vieux et les vulgaires suivent.

Le groupe de 27 Hollandais assez jeunes font comité d’entreprise ou association sportive. Ils braillaient hier soir et fêtent un anniversaire aujourd’hui avec ce chant rythmé germanique fait pour souder le groupe. Ils préparent ce soir leurs valises sur la plage pour le départ. Lorsqu’ils sont partis, règne un grand calme dans les bungalows de la palmeraie. Pas un souffle de vent, une atmosphère gorgée d’humidité étouffe déjà, bien qu’elle garde un peu de la fraîcheur du remuement des atmosphères d’hier.

Je n’ai qu’un filet d’eau pour ma douche : ce sont les chambres du même bungalow qui doive tirer en même temps. Heureusement que l’eau est froide, ces dames de la chambre du bas restent peu sous le jet et je peux enfin profiter de ce répit pour obtenir un débit normal. Nous avons du ceviche au dîner, du poisson cru en petits morceaux marinés dans un citron vert, des oignons et de la coriandre fraîche. C’était la journée poisson.

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La Sirena et « le » tapir

Nous devons nous lever à cinq heures du matin pour la marée. Eff a mis son téléphone en mode réveil à 4h45 et, lorsqu’il saute sur le plancher en même temps que gronde le tonnerre, je crois dans mon sommeil à un tremblement de terre. L’orage a commencé le soir précédent avec la pluie ; il a grondé plus ou moins toute la nuit. Au matin, après le petit déjeuner, il pleut et c’est en cape de pluie que nous nous dirigeons vers six heures sur la plage d’embarquement, les pieds dans l’eau. Nous aurons environ 1h30 de navigation avant la station de la Sirena, dans le parc national du Corcovado.

Le bateau est le même qu’hier mais armé par un autre capitaine, plus jeune avec une double chaîne au cou et des clous dans l’oreille. La barcasse à fond plat muni d’un tau fixe est mue par un moteur Suzuki de 200 CV. La mer est cette fois formée en raison de l’orage et du vent, et la coque tape en retombant à la lame. Ces mouvements, les vibrations et l’odeur d’essence finissent par me donner le mal de mer. Je suis content de me jeter sur la plage pour me vider par les deux bouts.

D’autres bateaux apportent leur lot de touristes dont une maman et ses deux enfants, un garçon et une fille de 7 et 9 ans environ, qui parlent en français. Je ne sais pas où est le papa, peut-être travaille-t-il dans le pays ou aux Etats-Unis tout proche en avion ? Ils sont tous les trois vêtus de la même chemise blanche légère à manches longues, translucide ; c’est plutôt mignon. Je note encore une fois combien les mères traitent différemment leur garçon de leur fille. La crème solaire est plaquée sur les joues du gamin comme une gifle et étalée vigoureusement jusque sur la nuque, alors qu’elle est plutôt caressée sur les joues de la fille. Les cols sont fermés, les manches allongées et les pantalons de rigueur contre la phobie des piqûres d’insectes. C’est une application du principe de précaution.

Un guide du parc cherche les animaux à observer. La trace d’un tapir sur le sable conduit à une grosse bête qui se repose dans les fourrés denses. Nous nous approchons doucement, il nous voit mais semble habitué et joue l’indifférent.

Un peu plus loin, un autre tapir sort nonchalamment pour aller jusqu’aux premières flaques de la marée qui descend et en aspirer un peu d’eau délicatement salée.

Il revient au milieu des touristes qui le mitraillent en photo, sans leur marquer aucun intérêt. Il en a vu d’autres. « Tapir bitte ? » – nous laissons la place à des Allemands.

Une trace de coati mène jusqu’à un terrier de sable remué ; des restes de crabes montrent que l’animal en a fait son repas.

Les traces continuent jusqu’à un nid de tortue sur la grève, dont la longue empreinte double montre qu’elle vient de pondre depuis la mer. Le coati a dévoré les œufs que les faucons noirs des mangroves achèvent.

La pluie s’est arrêtée durant toute la promenade et ne reprend qu’à la fin, et ce pour toute l’après-midi. Elle est accompagnée de tonnerre. Des singes attelle sautent de branche en branche. Comme les autres animaux du parc habitués aux touristes, ils ne sont pas très sauvages.

Après la plage, la découverte se poursuit par la forêt. Il y fait moite et boueux. Des singes hurleurs se disputent un seul arbre dans un concert de glapissements qui évoquent les monstres de Jurassic Park, film tourné en partie au Costa Rica. Nous pouvons les voir sauter de branche en branche au sommet du même kapokier et les téléobjectifs se déchaînent. Moi, réduit à mon petit appareil de poche Sony, je ne prends que des points minuscules sur l’ensemble. Une fois rentrés, les autres me montreront le vrai visage des singes.

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Pluie et rivière a la Sirena

La même rivière est traversée quatre fois, ce qui permet à Justin de tomber dans l’eau et de ne se tremper en entier qu’à la dernière fois. Puis c’est au tour d’un autre garçon sur le même gué, un arbre mort qu’ils s’obstinent à vouloir traverser pour rester au sec. Nous avons pour notre part préféré mouiller un peu nos chaussures plutôt que de glisser sur un tronc pourri.

Un caïman marron de petite taille, dont la tête triangulaire sortait de son terrier creusé dans la berge, a effrayé les filles qui ne font les bravaches qu’en bande. La rivière était trop tranquille. La bête était à l’affût d’une proie possible et il avait entendu du bruit : le nôtre.

En attendant les nageurs qui s’ébattent dans leur sac avec leurs appareils et qui s’ébrouent ensuite à grands bruits d’hippopotame, nous pouvons observer les petits crabes des arbres, les fourmis coupeuses de feuilles en procession, les fourmis soldats qui sortent aux vibrations des pas.

Sur un acacia, les fourmis rouges ont colonisé les épines et protègent l’arbre des prédateurs. Seul une espèce d’oiseau peut y faire son nid : il dépose un brin de paille, puis plusieurs. Les fourmis les coupent et en font une boule, ce qui réalise le nid de l’oiseau, qui se trouve en plus bien protégé par les fourmis ! De petites abeilles sauvages produisent un miel dont les locaux se servent comme médicament pour résorber les bosses ou désinfecter les plaies.

L’arbre crocodile a des piquants épais, mais jusqu’à deux mètres de hauteur du tronc seulement ; au-delà, c’est inutile, les prédateurs ne peuvent pas sauter assez haut pour ronger son écorce. L’eucalyptus arc-en-ciel porte une écorce multicolore. Le palmier à tiges piquantes veut se protéger des singes mais ceux-ci, plus malins viennent quand même manger les fruits. Une plante de la famille de l’ananas a des feuilles qui portent sur leur bord des piquants dans un sens puis dans un autre, cela pour éviter de se faire bouffer.

Le guide a attrapé une grande sauterelle, l’a tenue dans la main pour la photo, avant qu’elle ne saute directement sur un arbre. À la fin de la boucle de promenade, à proximité du restaurant, nous avons vu une mante religieuse sur une plante qu’avaient remarquée les enfants en chemise translucide. Le plus jeune, Antoine, l’a montrée à sa sœur.

La pluie a repris, tropicale, diluvienne, et dure un long moment. Un petit aéroport sur terre battue a été aménagé. Un avion pour quelques passagers qui a raté la piste, et dont il ne reste que la coque, est recouvert en bordure par la végétation.

La marée n’est pas assez haute encore pour remettre le bateau à flot et nous devons attendre un peu. Certains font une courte randonnée, d’autres, dont je suis, restent sous l’abri à regarder le large. Le retour est sur une mer aussi agitée qu’à l’aller mais le bateau tape moins et la route, plus proche de la côte, est plus directe. Je ne suis plus malade. L’épreuve dure encore une bonne heure et demie. Nous arrivons trempés du bas par la vague en montant sur le bateau, puis par les embruns sur le bateau, enfin par la pluie qui pénètre par les côtés ! Trois naïades hollandaises en maillot de bain deux-pièces noirs passent sur la plage lorsque nous débarquons ; elles reviennent d’on ne sait où ainsi légèrement vêtues. Il faut dire que, quand il pleut à 28°, inutile de mouiller ses vêtements !

L’après-midi libre s’achèvera sans que le déluge ne cesse, avec d’incessants grondements de l’orage. Je me demande comment la rencontre hostile de deux masses d’air, la chaude et la froide, peut générer un orage permanent en cataracte qui dure des heures. C’est peu compréhensible a priori.

Nous déjeunons tard d’un plat de riz, de salade et d’un chausson au reste de zébu sauce poivron mangé hier soir. Le petit-déjeuner était loin, nous l’avions pris dix heures plus tôt. La douche dans les bungalows est froide mais l’électricité permet de ventiler les affaires mouillées, faute de mieux. Les filles trouvent toujours une bête dans leur chambre : une araignée, deux cafards, un serpent. La bande des « ratons- laveur » s’est coagulée deux soirs plus tôt lorsque les affinités de table ont réuni les femmes célibataires ou divorcées qui ont demandé à l’autre bout le jus de fruits, la sauce à l’ail, la sauce brune – et ont tout dévoré. D’où leur surnom. Les rires et les glapissements envahissent parfois un peu trop fort l’atmosphère depuis.

Sieste et carnet pour le reste de l’après-midi. Que faire, en effet, dehors, sous une telle pluie ? Le groupe de Hollandais joue aux cartes avant de passer du temps au bar. Eff lit ou dort. Dans la chambre, j’entends le tapotement de la pluie sur le toit, le mugissement régulier des lames qui s’écrasent sur la plage proche, le grondement lointain du tonnerre, le coassement des crapauds. Ce sont tous les bruits qui surgissent lorsque nous coupons le ventilateur. L’après-midi s’étire à attendre le dîner de 19h30 sous l’éternelle pluie d’orage.

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Poor Man’s Paradise

Sur la mer, un ou deux dauphins bruns sortent de l’onde, dont on ne voit que le dos et l’aileron. Au loin, un souffle : c’est une baleine et son petit. Nous nous approchons comme les autres bateaux, la baleine montre son dos, souffle, montre sa queue et plonge. Une fois ou deux, elle saute au large dans un une grande gerbe d’écume.

Nous accostons directement sur la plage, les pieds dans l’eau, un peu écœurés par le mouvement incessant du bateau et l’odeur d’essence. Nous marchons 500 m sur le sable noir, les cocotiers au ras de l’eau dont les palmes se détachent sur le ciel bleu. La plage est aussi sale qu’à Tahiti, la quasi absence de marée ne lave pas le sable.

Le lodge se trouve dans la forêt et le bungalow restaurant nous sert le repas de midi à 13h30 ainsi qu’à un autre groupe – avec un autre menu. Le nôtre est végétarien : riz épicé et salade mixte. Avec une citronnade et un café, c’est roboratif, varié, sain.

Adrian a proposé d’augmenter le goût de la noix de coco avant l’embarquement en versant de l’alcool local dedans, le guaro. Mais le cagnard et le mal de mer font mauvais ménage avec l’alcool, j’ai donc refusé, comme beaucoup. Le lodge est rustique, aménagé dans les bois en pavillons à étage qui comprennent une chambre au rez-de-chaussée et une chambre au-dessus, chacune pour deux personnes avec salle de toilette. L’électricité, fournie par un groupe électrogène, ne fonctionne qu’entre 19 et 21 heures seulement. Il n’y a pas de climatisation ni de Wi-Fi pour les accros. L’atmosphère dans cette forêt proche de la mer est chaude et moite.

Vers 15 heures, nous partons marcher le long de la plage sous les arbres de la rive pour aller voir une rivière où une cascade se jette 500 m en amont. Mais nous avons beau nager en remontant le faible courant de la rivière, nous ne parvenons pas à la voir, même Justin qui s’est avancé avec sa caméra au front plus loin que les autres. Les méandres la cachent toujours. Revenir vers la mer en se laissant porter par le courant est un délice. L’eau est autour de 25°, plus froide que l’océan mais agréable au corps. Sur le chemin, nous pouvons voir une centaine de bernard-l’ermite qui ont investi diverses coques et coquilles. Les pattes tricotent puis soudain, aux vibrations de nos chaussures, s’immobilisent et rentrent prestement dans leur refuge. Quelques crabes minuscules courent également entre les racines des cocotiers.

L’orage montait depuis un moment, il se déchaîne avec pluie, éclairs et tonnerre. Le soleil se couche dans les nuages et fait de belles vues photographiques pour le souvenir avec le brillant de la mer et les palmes acérées au premier plan. Je n’avais, je crois, jamais vu se coucher le soleil sous la pluie au-dessus du Pacifique.

Nous rentrons au lodge de nuit, car elle tombe brutalement sous les tropiques. Longer la plage évite de se perdre. Le camp et les activités nautiques sont la propriété de la famille Suazo Amaya qui exploite la proximité du parc national et améliore année après année l’aménagement hôtelier.

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Palma Sur

Nous partons à neuf heures avec un petit sac pour trois jours ; nous laissons le reste dans le bus à la garde du chauffeur Tita qui dort dedans. Dans le ciel, des vautours planent avec les thermiques ; les Indiens disent qu’ils font tourner la terre.

Le bain de Drake est le lieu du trésor piqué dans la ville de Panama. Au Costa Rica, le ramboutan s’appelle Mammon, la richesse matérielle biblique : je me demande pourquoi, peut-être parce que son aspect chevelu évoque les couilles du diable ? Adrian nous apprend, parce qu’il parle toujours beaucoup, que le dendrobate est la grenouille venimeuse, très petite et très colorée. Elle est aussi très toxique en liberté, probablement par ce qu’elle mange. Les Indiens utilisent son mucus comme poison pour leurs flèches, mais aussi pour augmenter la couleur des plumes de queue des perroquets. La toxine permet une repousse beaucoup plus vive.

A Palma Sur, nous visitons l’église Saint-François-d’Assise.

Dans cette petite ville, de grosses sphères de pierre sont exposées dans un parc, découvertes dans les années 1930 lors de défrichages de jungle par l’United Fruit Company pour planter des bananes. Elles sont reconnues patrimoine culturel par l’UNESCO depuis 2014. Les sphères ont été retrouvées avec des morceaux de poterie de la culture d’Aguas Buenas (-200 à 600), ainsi que des sculptures de type polychrome de Buenos Aires (1000 à 1500). Est-ce un phénomène géologique ou une création artisanale ? Nul ne sait vraiment à quoi elles servaient. Ceux qui les ont percées n’ont pas trouvé d’or à l’intérieur comme la légende le voulait.

Le parc voit ses bancs de béton décorés de scènes peintes figurant les paysages du Costa Rica ; c’est naïf mais assez joli.

En face, un petit train à vapeur anglais du XIXe siècle a été le premier train roulant sur un chemin de fer au Costa Rica. La locomotive portant le numéro 87 conduisait des wagons destinés au transport des bananes. Aujourd’hui, le pays n’a plus aucun train car ce moyen de transport est trop lent et coûte surtout trop cher à entretenir.

Après avoir bu une noix de coco fraîche, nous embarquons pour le paradis du pauvre homme, traduction de l’anglais (obligatoire ici pour les touristes) de Poor Man’s Paradise. Ce sera le nom du lodge dans lequel le bateau va nous mener, dans le parc national du Corcovado cher à Cizia Zykë. Ce Français de père albanais et de mère grecque a été délinquant avant d’être légionnaire puis trafiquant en Argentine, au Canada et au Mali. Il s’installe au Costa Rica à 29 ans en 1980 avec son épouse et il publie en 1985 son autobiographie, Oro, relatant son orpaillage clandestin dans le pays, au sein même de cette réserve naturelle que nous allons visiter ! Je me souviens que ce macho affirmait avoir sodomisé une blonde dans les douches de fortune – et qu’elle aurait aimé ça. Bernard Pivot l’avait apostrophé avant de se faire remonter les bretelles par l’ambassadeur du Costa Rica pour faire de la publicité à une exploitation illégale.

Notre bateau descend la rivière à mangrove et méandres, rencontre la mer dans un grand mouvement, ce pourquoi nous passons plutôt à l’étale de marée. Il y a moins de vagues même si la vitesse fait que le bateau de dix personnes où nous sommes dix-huit tape.

Le capitaine est grêlé, sa femme plutôt ronde portant double rangée de crocs alignés comme des perles, haut et bas, et le neveu Slade a du poil aux jambes mais pas encore à la lèvre supérieure.

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Parque Nacional Manuel Antonio

Le Parque Nacional Manuel Antonio se trouve après Quepos, petite ville de pêcheurs bouleversée par l’essor du tourisme américain : les prix ont augmenté et tous les plats sont « big size ». Nous descendons du bus pour aller au parc et, sur un grand arbre perché, deux toucans à bec jaune nous contemplent.

Dans le parc, une fois la queue très étoffée de touristes franchie – et les 300 colones dûment payés – nous passons par la fouille des sacs. Aucune nourriture non enveloppée n’est autorisée, seulement de l’eau.

Puis nous empruntons les passerelles métalliques au-dessus de la mangrove. Nous pouvons voir dans les arbres différentes sortes de singes.

Nous surprenons de près le capucin, assez mignon et pas sauvage. Le sentier est aménagé pour les familles et protégé de barrières à l’américaine. Des guides naturalistes se reconnaissent à leur télescope monté sur pied qui accompagne les touristes pour leur permettre de mieux observer les animaux.

Nous faisons un peu de hors sentier à défaut de hors-piste. Des marches nous font monter et descendre mais il y a moins de monde parce que c’est plus fatiguant, notamment pour les mémères et les kids. De jeunes Américains n’hésitent pas à passer torse nu.

Deux naïades en maillot très décolleté posent pour un selfie devant la mer avec une île au fond, dans un paysage très Robinson Crusoé. Nous observons aussi un lézard, un agouti rapineur et un crabe de cocotier.

Au bord de la forêt s’étend la plage Galardonada au sable bien blanc. La bande de sable n’a que quelques mètres entre les rouleaux de la mer et les arbres qui poussent jusqu’au bord de la rive.

Des capucins rusés tentent de voler de la nourriture et fouillent dans le sac des baigneurs. Adrian garde les nôtres quand nous allons nous baigner. C’est un baptême du Pacifique pour la plupart des filles. L’eau est chaude, dans les 28° centigrades, mais glauque. Un arbre mort flotte comme un gros crocodile entre deux eaux. La mer est calme, quelques vagues sur la plage mais pas trop.

Nous ressortons salés, l’eau est plus chargée en sel ici qu’en Méditerranée. Nous ne sommes pas seuls mais de nombreux touristes nous entourent, notamment des familles. Des tables de pique-nique sont installées en béton, nous permettant de manger et de poser nos affaires. Des points d’eau douce sont posés ici et là permettant de laver le sel sur la peau avant de se rhabiller. Nous pouvons observer, parce qu’ils ne sont pas sauvages et attirés par la nourriture, un singe paresseux, deux crabes cocotiers, et des singes hurleurs plus lointains.

Notre hôtel est le Luz de luna, la lumière de la lune, à 2 km de la mer. Nous avons des chambres sans bungalow. Le restaurant est réputé et il est plein en ce samedi soir. Sa spécialité est le fruit de mer, le poisson ou la pizza… Le tout est fort copieux, pour des appétits grande taille des yankees.

Ce soir, j’ai l’impression que le monde se retrouve cycliquement dans une phase de transition. Il refuse l’optimisme moderne de 1789 et des Lumières. Il subit les pressions à la fois des religions et de leur lecture intégriste, des déceptions de la globalisation pour la classe moyenne qui pousse au repli sur soi et au nationalisme, et des utopies écologistes locales. L’idéologie américaine véhiculée par Adrian vante le retour aux traditions paysannes catholiques comme étant la nouvelle modernité « bonne pour la planète ». Voter Trump et Brexit montre que les pays industriels avancés voient dans le nouveau système un moyen de survie sur l’exemple chinois. Si cela se confirme, l’Europe pourrait éclater donc s’appauvrir par le retour des dévaluations compétitives et la dispersion face aux menaces douanières et réglementaires des blocs américains, chinois et autres. La technique allant plus vite que les mentalités, ses conséquences font peur et leur vitesse ne permet pas à la génération de s’adapter. D’où le repli mental, l’appauvrissement intellectuel et industriel, la remise en cause de la démocratie représentative au profit du plébiscite et du réseau horizontal anarchique.

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Herradura

Nous pouvons observer deux aras au petit-déjeuner, aussi gros qu’hier.

Sous un pont du rio Tarcoles des dizaines de crocodiles se prélassent dans l’eau chaude ; des touristes et des locaux les observent de haut.

Un crocodile rampe sur le ventre hors de l’eau… près d’une botte unique échouée sur la rive. Est-ce le dernier que le croco a bouffé ?

Quand il fait chaud, les crocodiles montent sur la plage pour lézarder au soleil. Le crocodile américain peut vivre en rivière et en mer ; l’eau salée ne le gêne pas. Raflés par Steve Erwin, Australien, les crocodiles qu’il a volontairement mis en mer sont tous revenus dans leur rivière.

De l’autre côté du pont, la police à l’arrêt cueille des citrons sauvages sur le bord de la route.

Nous nous arrêtons à Herradura, à 2 km de la plage, dans un auto-market différent des supermarchés de l’intérieur. Voué au tourisme, le magasin affiche un panneau d’interdiction d’entrer torse nu, pieds nus ou en maillot de bain. Il faut dire que la pudeur puritaine du gros voisin du nord n’est pas la seule raison : la climatisation est forte. Autour du supermarché, un centre commercial étale ses boutiques de surf, de mode, de chaussures, de lunettes solaires, de glaces. Nous sommes dans le tourisme pour les Américains. Adrian achète pour le pique-nique du midi des sandwiches Subway tout faits au poulet à 2750 colones (la monnaie du pays) pour 30 cm de long.

En suivant la « carretera national » Pacifico Hernandez, nous longeons des plantations de teck destinées au travail du bois. Mais comme il est trop dur, il est envoyé aux États-Unis et réimporté 20 $ le mètre carré de parquet. Nous longeons également des palmiers à huile plantés à la place d’anciens pâturages. Il faut trois ans pour produire de l’huile, le palmier dure quinze ans mais ne nécessite aucun entretien. Sur les terres inaptes à la culture après le passage des vaches, c’est un investissement qui se justifie selon Adrian, malgré les hululements effarouchés des écologistes de bureau loin des réalités des pays en développement. Le palmier produit un régime de fruits tous les 15 jours, et 8 ha font 800 $ à la vente ce qui permet de rentabiliser à partir de trois ans l’investissement. Mel Gibson et Gérard Depardieu ont acheté des terrains et payé 80 $ par an et par hectare pour ne rien faire : ni construire, ni planter – simplement pour assurer un poumon à la planète.

Nous passons devant la plage Hermosa, endroit huppé des surfeurs, éclairée même la nuit. Comme nous sommes samedi, l’animation du week-end commence.

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Croisière sur la rivière

À l’embarcadère des bateaux pour croiser sur la rivière, nous prenons tout d’abord le déjeuner.

Nous montons ensuite sur l’embarcation protégée d’un tau et garnie de bancs.

Sur les rives, des iguanes en veux-tu en voilà, dont un le ventre en l’air. Plus un chénosaure basilic qui court sur l’eau ; l’animal guette les martins-pêcheurs à la sortie de leurs nids creusés dans la berge.

Nous voyons plusieurs crocodiles à fleur d’eau qui somnolent le long des rives. Des mini chauves-souris pendent des branches, attendant le crépuscule pour aller chasser. Le bonbon des singes est le haricot. Les singes hurleurs nous apparaissent comme des boules noires tout en haut des arbres. Il ne faut pas les confondre avec des nids de termites qui font également des boules sombres parmi les branches, de loin, mais ne bougent pas.

Un autre croco sur son territoire, puis un troisième croco de 3 m de long dont nous n’avons vu que la queue. Pour bien observer, il faut se mettre sur la droite du bateau, côté rive à l’ombre, là où se trouvent les nids et les prédateurs.

Sur la route, une pose ara nous permet d’en voir un bleu et rouge, puis un toucan dans le restauroute où le propriétaire les protège. Le toucan est muni d’une mandibule pour briser les cacahouètes. Nous avons vu aussi le fameux jaguar du pays, mais peint sur l’enseigne de la boutique de souvenirs.

La philosophie des animaux selon Adrian : il va me manger ou je vais le manger ; c’est pourquoi quand nous avons affaire à un plus gros, il faut fuir. Une application sur le net nous donne tous les noms et les descriptions des oiseaux : le Birding Field Guide. Dans l’élevage de tilapia des hélices battent constamment l’eau de l’étang.

Adrian nous raconte un accident entre un paresseux et une tortue. La police demande : « qu’est-ce qui s’est passé ? » Et la tortue de répondre : « je ne sais pas, ça s’est passé très vite ».

Il nous donne aussi sa recette de haricots noirs. Il faut les faire tremper une nuit puis les cuire avec quatre gousses d’ail écrasées, deux feuilles de laurier et beaucoup de coriandre fraîche.

Le Cerro Lodge est en pleine campagne. Les bungalows sont climatisés et la douche instantanée. Le dîner buffet a lieu à 19 heures. Nous sommes seuls avec une famille hollandaise, les parents et un fils de 9 à 10 ans blond. Je prends une soupe de légumes, de la purée au fromage, du porc coriace et un dessert qui est une charlotte à l’ananas (et pas « à la nana » comme s’insurgeait une fille un soupçon féministe).

La route que nous prenons est remplie de gros camions. Il s’agit de « l’autoroute » mais où les gens peuvent traverser d’après les panneaux avertisseurs. La vitesse est limitée à 80 miles par heure, à 60 ou à 40. La voie est bordée de terrains de foot boueux où jouent parfois (mais oui dans ce pays macho catho !) des filles dans les équipes. Quatre piquets et un espace suffisent pour le jeu.

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Liberia ville du Costa Rica

Le lendemain est un jour de route en bus. Nous nous arrêtons une heure dans la ville de Liberia pour faire quelques courses.

Puis visiter l’église moderne très lumineuse et aérée, avec sa statue de prêtre la main posée sur les épaules d’un jeune garçon en chemisette et short, les pieds nus : une condescendance très catholique, non sans arrière-pensée sensuelle peut-être.

Une statue de la Vierge toute chamarrée est entourée d’enfants et d’agneaux qui l’adorent dans le style mièvre du XIXe siècle.

Le bambin Jésus porte une tunique rose avec un triple rang de broderie au col et une auréole dorée derrière la tête.

L’église, consacrée en décembre 1972 par l’évêque Roman Arieta, est dédiée à l’Immaculée Conception – un dogme catholique qui ne date que de 1854 seulement.

Un canal gouvernemental amène l’eau depuis Arenal pour l’irrigation. Dans les champs se dressent des aigrettes blanches et un espaduro rose (spatule). L’oiseau trognon a le dos bleu-vert, le ventre jaune. Nous voyons aussi quelques cigognes. Le paysage est plus sec mais l’irrigation permet aux champs d’être plantés de riz ou de canne à sucre. Pour le riz, les Costariciens réalisent deux récoltes par an soient 250 quintaux à l’hectare. Dans la canne à sucre il y a des souris à cause du sucre, donc des serpents. Le chien qui accompagne son maître le prévient des serpents. « Il travaille de neuf heures à quatorze heures mais, lorsque le maître rentre chez lui, le chien va retrouver ses copains ». C’est ainsi qu’Adrian nous présente la chose. De même parle-t-il « d’aller nourrir le bus » pour faire le plein à la ville de Liberia.

Les arbres à calebasses étaient utiles aux Indiens, ils en faisaient des bols et des gourdes ; aujourd’hui, ils font seulement jolis dans le paysage. Sur le chemin passe en moto un macho dépoitraillé, velu avec une grosse croix en or sur la poitrine. Il plaît beaucoup à Cheyenne au point qu’elle le prend en photo pour l’envoyer à Lyon à ses copines. Cheyenne aime aussi beaucoup les énormes camions Mack américains qui passent en grondant sur les routes, pot d’échappement fumant sur le toit. Elle est attirée par la virilité exacerbée et paraît en manque depuis son divorce.

Des maisons à 10 000 $ sont données par le gouvernement à ceux qui ont vu leurs biens détruits. Une maison en béton coûte ici 300 000 $, une maison en bois et en tuiles 70 000 $ seulement.

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Parc du Rincón de la Vieja

Adrian notre guide, est né en 1975. Nous sommes quatorze dans le groupe.

Nous prenons le bus pour une demi-heure afin d’atteindre le parc naturel du volcan nommé le Coin de la vieille. Il s’agit plutôt de la sorcière, à cause des fumerolles et de l’odeur de soufre des terrains. A l’entrée du parc, un jeune homme employé comme gardien se fait embarquer par la police, ses bras musclés dument menottés dans le dos et le t-shirt déchiré : c’est un Nicaraguayen clandestin qui va être reconduit à la frontière. La pauvreté du pays incite les jeunes à passer la frontière pour travailler au Costa Rica.

Dans le parc, après quelques vipères en conserve à l’entrée (nous en verrons une sur le chemin), nous croiserons quelques cascades, des geysers d’eau chaude et d’argile, des arbres et des animaux. Nous allons marcher 14 km. Des panneaux comminatoires exigent de ne pas passer à plus de 300 kg sur les passerelles (soit à deux ou trois quand on est Yankee nourri au Coca et burger), ou défendent de se baigner dans les cascades en plusieurs langues.

Le mata palo (tue-arbre) est un ficus qui étouffe l’arbre hôte et prend sa place en se servant du tronc comme tuteur. Le javilio a son tronc bardé de piquants pour éviter d’être bouffé petit. « L’Indien à poil » (Burcera Simaruba) est un arbre curieux, sans écorce, couleur cuivrée de peau humaine : il réalise sa photosynthèse par sa surface pour éviter que les autres arbres qui grandissent plus vite que lui ne l’asphyxient en lui faisant trop d’ombre. C’est intelligent, un arbre…

Une délicate araignée aux longues pattes se tient au centre de sa toile. De nombreux scarabées courent sur le sol. Une guêpe rouge pique tarentules et mygales pour leur injecter ses œufs. Nous entendons les grondements furieux des singes hurleurs et les piaillements des singes capucins tandis que les singes araignées (attelle) sont très vifs dans les arbres mais minuscules à voir sans téléobjectif. Beaucoup de morphos et divers autres papillons volettent tandis que des geais bleus sortent parfois des branches (ni des « j’ai mal », ni des « j’ai faux », comme l’énonce Justin).

Plusieurs passerelles et traversées à gué de rivière nous mettent en train, mais les sentiers sont balisés pour les familles. Elles vont, depuis la cascade, voir les fumerolles et les geysers d’argile.

Pour nous commencera alors la vraie marche hors-piste avec Gregorio, 82 ans, propriétaire dans le coin qui sert de guide.

Nous sortons le pique-nique à un gué, les mêmes sandwiches mous habituels.

La fin d’après-midi nous voit prendre un bain dans la source chaude où coule une rivière. Le soufre n’est pas trop fort aux narines et l’eau détend les muscles. Evidemment il se met à pleuvoir. Mais dans l’eau chaudes des bassins, qu’en avons-nous à faire de la pluie ? Nous craignons plutôt pour nos affaires : elles vont être mouillées !

Dans ce hors-piste, un jeune Américain s’est « perdu », nous dit Gregorio ; on n’a retrouvé que quelques affaires, laissées en évidence sciemment pour faire croire à un enlèvement : il a probablement disparu volontairement pour se refaire une autre vie, il paraît que c’est assez courant. Nous rejoignons la route une heure et demie plus tard, où le bus nous attend. Nous avons passé de 9 h à 17 h dans le parc, ce fut assez fatiguant bien qu’avec peu de marche et de dénivelé mais les sous-bois sont accidentés.

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Parc Tenorio

Tandis que les autres se contentent de rester européens, je prends le petit-déjeuner local de riz épicé aux haricots rouges, les œufs sur le plat au chorizo, le pancake, le jus de pamplemousse et le café. De quoi tenir jusqu’au pique-nique du midi.

Vu sur un mur de la ville que nous quittons ce slogan dans la Calle 424 : « Cristo » avec une étoile juive à la place du O. Que signifie-t-il ? Adrian ne veut pas me le dire et élude la question. Sont-ce d’anciens nazis qui accusent le christianisme d’être d’origine juive ?

Nous partons ensuite en bus jusqu’au parc naturel du volcan Arenal, le parc Tenorio. Nous suivons un sentier balisé dans la forêt pluviale pour aller voir deux cascades et une rivière dite « céleste » en raison du bleu de son eau.

Le chemin est bétonné à l’américaine, puis seulement aménagé – mais il n’est pas question de sortir du sentier battu. Il faut descendre une centaine de marches pour accéder au point de vue sur la cascade et l’eau bleue. Nous passons un pont suspendu de métal qui danse quand plusieurs personnes passent à la fois.

Il y a autant à remonter pour atteindre la jonction vers le mirador dans la forêt – où il n’y a rien à voir car il pleut par intermittence et le paysage est dans la brume. Nous aurions dû voir trois volcans, dont le Rincón de la Vieja, le coin de la vieille. J’ai aidé un petit Américain de 5 ans à descendre la marche grande comme la moitié de sa taille pour monter au mirador.

Sur le chemin, nous avons vu une vipère lovée comme un champignon. Nous poursuivons la route boueuse vers la rivière aux ondes célestes. Son eau se situe entre le turquoise et le plomb. Cette couleur est due à la rencontre de deux bras dont l’un est chargé en silice. L’eau bouillonne et son odeur soufrée, dans un méandre où elle est plus calme, fait sentir plus fortement l’anhydride sulfureux.

Nous pique-niquons d’un sandwich au poulet très mince, devenu du caoutchouc dans le sac. Un coati surgit de la forêt pour grappiller quelques morceaux. Je lui donne la fin de mon sandwich immangeable, au grand dam d’Adrian qui dit qu’il est voleur et peut piller les sacs. Il veut chasser l’animal mais celui-ci, affriolé par la nourriture, reste pour les photos de tous.

Nous retournons au parking par le même chemin. Nous croisons des familles, des ados, la plupart Américains, quelques rares Français. La pluie intermittente nous fait mettre et ôter la cape. La plupart des touristes a décidé d’ignorer l’eau qui tombe et marche en débardeur ou même torse nu pour les machos locaux.

Nous avons trois heures de bus pour rejoindre l’hôtel dans le paysage plus sec du Guanacaste, côté Pacifique, en traversant la ligne de crête ornée de gigantesques éoliennes. La forêt pluviale disparaît versant Pacifique pour laisser la place à la forêt tropicale sèche et aux pâturages. La province où nous passons est peuplée de quelques Français ; ils élèvent des chèvres. Mais le fromage et le lait ont un goût fort et doivent être coupés avec du lait de vache pour être accepté par les locaux qui sont très conservateurs en matière de goût.

Sur la route, nous goûtons le fruit du dragon qu’Adrian appelle figue de barbarie, fruit dont était faite la glace d’avant-hier.

Le lodge Rinconcito est une suite de pavillons au milieu de nulle part. Les chambres sont confortables avec de grands lits et une terrasse privative avec hamac dans lequel se prélasser.

Adrian, qui parle beaucoup, nous apprend qu’il n’y a pas d’impôts au Costa Rica sauf une TVA à 13 % et l’impôt foncier. Tout le monde peut demander une parcelle à la mairie, à condition de la cultiver. La taille obtenue dépend de la taille de la famille. Il faut non seulement cultiver pour devenir propriétaire mais aussi acquitter l’impôt chaque année, sinon la terre revient à l’État. Mais peu d’impôts veut dire peu de services : pas d’armée, aucune aide sociale sauf pour les enfants scolarisés avec la cantine gratuite. Chacun gagne ce qu’il travaille – en net. Les ramasseurs d’ananas se font par exemple 150 $ américains par semaine. Adrian a la manie de sans cesse comparer le Costa Rica à la France, ce qui finit par être irritant. En spécialiste des avocats, Adrian nous dit qu’un avocat mûr a la peau noire et non plus verte. Pour aller plus vite, il faut laisser les avocats verts avec un ananas et le mûrissement s’effectue en une journée. Les supermarchés conservent les fruits et les légumes au frigo comme les Américains. Adrian nous vante « la sauce miraculeuse », ainsi dénommée sur les étiquettes : il s’agit d’une sauce anglaise, en fait de la Worcester sauce mais fabriquée ici.

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Sources chaudes du Paradis

À l’hôtel en fin d’après-midi, les jeunes Hollandais sont dans la piscine et sur nos lits les serviettes de bain sont pliées en forme de lapin aux grandes oreilles.

Nous préférons prendre une douche qu’un bain et mettons nos affaires à sécher. Des thermes sont prévus avant le dîner d’une entrecôte de zébu, promise cet après-midi lorsque nous avons vu des spécimens sur pied brouter dans les prés.

Les bains Paradise Hot Spings sont un hôtel fondé vers 1993 par un étranger et un Costaricien. Ils se sont séparés depuis.

C’est une suite de bassins alimentés par l’eau du volcan Arenal et les piscines titrent successivement 36°, 42°, 50° centigrades. Une fois l’eau dans les bassins, les degrés tombent vite. Il ne s’agit pas de nager mais de se tremper comme dans un bain romain.

La clientèle est très américaine avec par exemple une grosse Noire californienne aux lunettes à verre passés au mercure ; je ne sais pas ce qu’elle peut voir dans la nuit tombante. Elle se fait prendre par sa fille où elle se prend elle-même en selfie, se trouvant belle comme une naïade malgré sa corpulence plutôt limace. Une famille de Noirs américains a un garçon dans les 8 ans qui a gardé son T-shirt pour la pudeur puritaine qui règne en ce moment au pays de Trump. Costa est la plage des ricains.

Un jeune allemand avec sa sœur accompagne les parents dans les vacances exotiques en famille ; ils sont mieux proportionnés que les yankees. Nous nous sourions en nous croisant dans l’eau où le garçon joue à arroser la fille.

Adrian nous apprend qu’il a fait un MBA à New York en agroalimentaire (Food and beverages). Il a travaillé dix ans dans un restaurant américain à comptabiliser et optimiser les ingrédients des plats. Il est revenu chez lui avec quelque argent car il préfère avoir une famille et une existence plus douce dans son pays en gagnant moins, même s’il lui arrive de passer quelques mois d’été en Floride à vendre des glaces en camion. Il a en effet aussi la nationalité américaine et, ayant un permis de conduire de Floride, ses entrées gratuites à Disneyland ! Sa femme est pédiatre pour le gouvernement costaricien et gagne 1800 $ américains par mois. Lui exploite 7 ha en avocats qu’il vend aux restaurants de la capitale, aidé de Nicaraguayens payés au noir. Vue la forte inflation du pays, l’économie est surtout en dollars.

Au dîner, l’entrecôte promise est large comme la main et le restaurant ranchero empli d’Américains du nord en famille. Plusieurs couples sont flanqués d’enfants à peu près du même âge, affrétant un bus comme le nôtre, un Toyota de vingt places. Ils se déplacent en bande, craignant la barbarie et répugnant à parler autre chose que leur langue. Adrian nous apprend la recette de sa soupe : sur une base de bouillon de poule, il émince tomates, céleri et oignons, il ajoute des avocats en morceaux. Selon lui le résultat obtenu est très goûteux. Tout dépend de la maturité des légumes.

Après la randonnée sauvage et le long bain, nous sommes tous fatigués. Pendant la nuit pluie et orages se succèdent et la chaleur est moindre. Je dors très bien – sans la climatisation – Eff la craint, comme moi.

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Forêt pluviale du Costa Rica

Nous prenons le petit-déjeuner tôt à 6h40, la salle est remplie de jeunesse hollandaise. Les œufs sur le plat sont retournés, le jus de fruits est du pamplemousse, les bananes plantains frites, le pancake américain et le café local.

Nous n’effectuons qu’une demi-heure de bus jusqu’à une école puis nous mettons sac au dos pour la journée qui sera mouillée.

Nous verrons deux cascades par le chemin de la forêt et traverserons cinq fois la même rivière avec les chaussures de marche. Le cuir résiste bien au premier, mais est trempé dès le suivant.

Nous marchons en forêt pluviale, d’ailleurs il pleut. Il s’agit d’une forêt tropicale toujours humide où les arbres ne résisteraient ni à la sécheresse ni au froid.

En permanence arrosée, la végétation est luxuriante. Certains arbres sont tombés car leurs racines restent superficielles en raison du climat toujours humide et ne connaissant jamais de saisons. Coupés, les arbres ne présentent pas de stries de montée annuelle de sève comme en Europe et il est difficile de mesurer leur âge.

Des fougères arborescentes côtoient un gros arbre qui n’est pas un kapokier mais un genre de ficus où l’on peut tenir à l’aise entre deux plis des racines. Le groupe veut d’ailleurs faire une photo. Il pleut et les feuilles goûtent car elles ont une pointe faite pour cela en forêt pluviale.

Le sentier est raviné et caillouteux, refait à la machette pour nous car la végétation envahit vite le terrain. Les lianes faisant une suite de S sont appelées échelles de singes ; le réservoir à graines d’un arbre est appelé brosse à singe pour son aspect ébouriffé.

Les cascades forment le haut de la vallée. Le bruit des chutes est apaisant, la brumisation et les ions négatifs font du bien. Les éternelles « photos de groupe » à partager sur le gogol ou les fesses-book de ces dames sont très à la mode globish et le groupe de filles y sacrifie volontiers. C’est pour moi hautement déplaisant mais je constate que tout le monde a son gadget-phone et se précipite sur le code Wi-Fi dans chaque hôtel pour consulter ses innombrables messages et répondre chaque soir à tous ses amis jaloux du voyage. Voire les narguer en envoyant des photos. Décidément, ce nouveau monde n’est pas celui de ma génération – à 10 ou 15 ans près, mais des années qui font la différence.

Le guide local du parc prénommé Fauricio et le fermier qui nous accueille pour le pique-nique dans son hangar nous ont accompagnés dans la forêt. Nous avons vu un morpho, quelques oiseaux, mais moins qu’hier. La pluie était peu dense dans la forêt mais exige la cape dès l’arrivée sur le plateau et jusqu’après le pique-nique.

Au sortir de la forêt, nous marchons dans l’herbe haute trempée autour d’un étang où est plantée une fontaine incongrue et autour duquel poussent quelques arbres fruitiers. Nous voyons un gros rongeur qui n’est pas un coati détaler dans les herbes.

Le pique-nique de tortilla caoutchouc au fromage local juste pressuré, aux tomates pas mûres, est nettement à l’américaine, c’est-à-dire sans goût. Le concombre est trop vieux et une viande à chien en conserve est carrément au goût de chiotte yankee.

Le fermier nous offre pour nous réchauffer son café local et une gnôle qu’il a fabriqué lui-même avec des cerises Nancy. L’alcool a bon goût et sa saveur un peu raide est masquée par le sucre. Le dé à coudre suppé paraît peu fort mais échauffe vite après une deux minutes. L’alcool titre bien 25°.

Le soleil n’apparaît aujourd’hui que sur les derniers cent mètres de marche durant le retour vers le bus, dans une atmosphère plus moite encore. Ce qui pousse un jeune local à enfourcher sa moto torse nu dans un village traversé et à foncer devant nous sur la route pour se rafraîchir la peau.

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Colibris, coati, paresseux

Le Costa Rica est réputé être le paradis des animaux.

Nous visitons en face du restaurant un jardin de colibris où de petits vases à embouchure étroite les attirent parce qu’ils contiennent de l’eau sucrée. Mais ce n’est pas le moment où les colibris vont boire, d’ailleurs difficiles à saisir en photo tant ils sont vifs. Dans le sous-bois s’étale un jardin de mousse naturelle. L’eau, le soleil et l’absence de saison, plus l’altitude, donnent un paysage luxuriant et très vert. Il ressemble à l’intérieur de l’île de Tahiti mais à une altitude plus élevée.

Un peu plus haut se dresse une boutique de souvenirs peinte aux couleurs vives et crues des hippies. Le terme « pura vida » est écrit en lettres formées de branches d’arbres courbées qui servent de barrières. Adrian nous dit que la boutique est tenue par deux Américaines « libérales » (au sens yankee de gauchistes) venues s’installer ici dans les années soixante-dix.

Sur la route, nous croisons un coati ; il est de la famille du raton-laveur et se laisse prendre en photo avec complaisance, la queue dressée toute droite comme un chat.

Une cascade, dans un virage, est l’occasion de nous dégourdir les jambes.

Nous voyons aussi l’iguane dont une Canadienne a voulu faire l’élevage – mais les contraintes administratives du pays ont fini par la faire renoncer. Un cafetier en a gardé un couple dans un « sanctuaire » pour attirer les touristes. Ils mangent de la salade et ne sont pas farouches.

Dans ce café à l’orée d’un pont, nous prenons une glace « à la figue de barbarie » nous dit Adrian ; c’est en fait le fruit du dragon (pitaya) et la glace est d’une belle couleur violette au goût acidulé.

Sous le pont, des caïmans se prélassent dans le fleuve boueux.

Cette journée est en bus avec beaucoup de paroles de la part d’Adrian. Le chauffeur se nomme Luis Angel mais tout le monde l’appelle Tita. Nous nous acclimatons, goûtons des boules de coco et des bananes séchées achetées au bord de la route. Les villes portent tous des noms importés : Marseille, Venise, Firenze, Monterey… Ecoliers et collégiens sont tous en uniforme. Ici, les manières sont notées, même la discipline (comportement, tenue, assiduité). L’école a lieu en deux horaires : 7 h-12h30 (avec cantine gratuite) et 12h30–17 h. Des bus scolaires emmènent les enfants. Le pays ne comprend pas d’armée depuis la guerre civile de 1948, c’est sa particularité. Il comprend aussi peu d’impôts, sauf la TVA et l’impôt foncier. Il attire donc tous les ultralibéraux des États-Unis et d’Europe. Le régime est présidentiel et, malgré l’épisode de dictature du général Federico Tinoco Granados de 1868 à 1931, le régime reste républicain et présidentiel. Le président élu est à la fois chef de l’État et du gouvernement. Le parlement élu pour quatre ans au suffrage universel comprend 57 députés, vote le budget et fait les lois. La plus haute instance judiciaire est la Cour suprême. Le président depuis le 8 mai 2018 est un journaliste et écrivain, Carlos Alvarado.

Notre hôtel-lodge de ce soir est à l’écart de la ville. Il est constitué de pavillons séparés pour deux personnes avec salle de bain dans un jardin. Son nom ? Hôtel Arenal Montechiari. Il a plu ces jours derniers mais nous avons du soleil aujourd’hui. Les animaux sortent et c’est la fête.

Près d’un supermarché nous pouvons observer des paresseux, au bord de la route des singes hurleurs. Dans les prés des vaches Holstein sont dites « du pauvre » car en noir et blanc comme les anciennes télévisions. Elles donnent moins de lait mais il est plus gras.

Nous partons à pied pour le restaurant à 18h30. Il est situé dans la ville et s’appelle La mancaderia del coyote (la boucherie du coyote). Il est clairement pour étrangers, avec musique obligatoire, même si nous assimiler à des chiens de prairie est un peu méprisant. Un jeune homme talentueux joue de la guitare et chante, reprenant des tubes américains. Mais cette ambiance trop bruyante tue toute conversation autre que celle avec ses voisins immédiats. Je fais connaissance de Zizi au surnom plutôt raide qui lui va bien, elle vend d’ailleurs de longs téléobjectifs photo. Mon vis-à-vis est Rice, en année sabbatique.

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Plantation de café Arenal : le café

Le café pousse surtout côté Pacifique qui est le plus arrosé.

Les charrettes à café de la récolte traditionnelle sont peintes de couleurs vives. Cette charrette de ramassage du café est devenue le symbole du Costa Rica, représentant sa principale richesse. La récolte s’effectue en paniers, notamment par des femmes ou des adolescents dont les mains plus petites cueillent facilement les grains.

Le café est traité en piscine : le meilleur tombe au fond. Les grains sont ensuite passés à la décortiqueuse, au lavage et au tamisage. Les plus petits grains sont séparés des autres.

Intervient ensuite le séchage au soleil sur des aires bétonnées, la masse des grains est remuée à la pelle et ratissée comme un jardin zen.

A lieu ensuite la torréfaction en trois durées selon le degré de caféine et le corsé désiré. Enfin le mélange : soit pour le petit-déjeuner, soit pour la dégustation, soit pour la machine expresso.

Nous déjeunons dans un restaurant vers 2000 m d’altitude. Il fait presque frais avec un petit vent. La boisson est du jus de fraise mixé avec de la glace, nous sommes au pays des fruits.

L’assiette principale est composée de riz, de haricots rouges, de christophines, de salades, puis d’une viande, un filet de dinde ou une côtelette de porc, ou enfin du poisson tilapia, plus rarement du bœuf. Le dessert que les locaux se croient obligés de servir (les costariciens n’en mangent pas) est une gelée avec coulis – très américaine. Je n’en prends pas. Le décor a le style rancho et des WC « sanitized » ; l’eau de boisson est évidemment potable.

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Plantation de café Arenal : fleurs et papillons

Le petit déjeuner à l’hôtel est pour tous les goûts : pain et confiture pour les routiniers, riz et haricots rouges plus omelette pour les locaux ou les voyageurs qui veulent s’adapter aux pays. Sont offerts en plus des fruits coupés. Le café est du genre chaussette. Les jus de fruits sont bien trop sucrés pour mon goût et je rajoute de l’eau.

Dans le hall, en attendant le guide, je feuillette le journal du pays, La Nacion. Il comprend de nombreuses publicités pour des automobiles japonaises. Après une page de Une où le foot fait la photo, plusieurs pages sont consacrées à la politique locale, l’économie ; deux ou trois pages seulement aux nouvelles internationales, en général des catastrophes ; enfin six à huit pages de sport où le foot une fois de plus est mis en valeur. Un article est consacré au tourisme et il y est dit que le Costa Rica doit vanter sa gastronomie ; les chefs doivent apprendre à accommoder différemment le riz et les haricots rouges… mais aussi à mettre en valeurs les fruits qui poussent localement.

Adrian dit souvent « pura vida », une expression qui signifie « c’est bien » ou « parfait », « génial ».

Nous prenons le bus pour quitter la capitale. Les façades des maisons de San José sont souvent grillagées et les murs barbelés, comme si la guerre civile menaçait. Adrian nous apprend que les gens qui vivent ici sont peu nombreux la nuit et qu’ils craignent les cambriolages en raison plus de l’immigration du Nicaragua que de la pauvreté. Dans la ville de Juan Santamaria – qui a donné son nom à l’aéroport de San José – un jeune tambour de 15 ans d’apparence est érigé en statue de la guerre de 1856. C’est purement symbolique car il s’agit de la statue d’un autre récupérée… Né en 1831, ce tambour costaricien a été engagé au Nicaragua contre William Walker. Il est mort héroïquement à la bataille de Rivas en 1856, mais il avait 25 ans.

Nous quittons la route plus ou moins dégradée par la pluie mais aux limitations de vitesse précises – à l’américaine – pour visiter une plantation de café. Elle est aménagée pour le tourisme, à l’américaine là encore, avec un sol en ciment orné de grains de café.

Le Costa Rica, d’ailleurs, m’apparaîtra comme un pays voué au tourisme des nord-américains. Tout y est aménagé pour eux et selon leurs normes. Nous visitons donc Coffeeland. L’entrée s’effectue par le paiement d’un billet aussitôt suivie d’une offrande : une dégustation de café au lait chocolat-cannelle, froid et savoureux, puis de divers cafés de force et de mélange différents. Ils sont issus des mêmes plans mais triés ou traités différemment.

La plantation comprend un grand jardin où s’épanouissent les fleurs tropicales : héliconie et oiseaux de paradis pour les plus colorées. Nous visitons une « ferme », un pavillon de papillons avec des morphos bleus élevés pour les fêtes, car le lâcher de papillons lors d’un mariage est du dernier cri. La ferme livre les cocons à éclore dans les trois jours précédant la cérémonie.

Les morphos sont difficiles à photographier car leur vol est rapide et erratique ; vu leurs couleurs vives, ils doivent échapper aux oiseaux. Lorsqu’il se repose, le morpho replie ses ailes pour se confondre avec la feuille ou le bois sur lequel il s’est posé. Certes certains morphos, fatigués ou malades, se laissent saisir en images mais ce ne sont pas les plus beaux.

Une chenille de papillon hibou a deux yeux sur les ailes pour faire peur aux prédateurs. Mon appareil Nikon refuse de fonctionner ; ce n’est pas la batterie, il est chargé, ce serait plutôt un problème électronique ; peut-être a-t-il trop côtoyé une source électromagnétique. J’en suis réduit au seul petit appareil Sony. La qualité des photos s’en ressentira.

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Arrivée à San José, capitale du Costa Rica

Notre guide francophone s’appelle Adrian ; il nous cueille à la sortie de l’aéroport Santamaria de San José. Il habite sur les hauteurs de la capitale, à 2600 m et cultive des citrons et des avocats. Il a le teint fleuri et la panse rebondie d’un Sancho qui aime ses aises.

Sans José, la capitale, nous apparaît presque vide en ce dimanche. C’est pourtant là que vivent la plupart des 4 millions d’habitants du pays, à 70 % Métis et 14 % seulement Blancs.

Nous voyons des hôpitaux, une cathédrale, une avenue centrale commerçante au tiers piétonne, des banques, une gare routière de bus et l’on suppose quelques bâtiments administratifs. Comme nous dira Adrian, pour faire une ville au Costa Rica il faut six choses : une église catholique (le curé est plus important que le maire), un stade de foot, un supermarché, un bar, une mairie et un poste de police. Le dimanche a lieu la messe des commères à six heures, la messe familiale à neuf heures, le foot à onze heures, le repas obligatoire chez la grand-mère à treize heures, la messe des jeunes à dix-huit heures (qui est plus lieu de rencontre entre les sexes que de dévotion), puis le bar pour tout le monde jusqu’au coucher. La ville serait à 1200 m d’altitude. Proche de l’Équateur, les saisons sont très peu marquées aujourd’hui ; Adrian nous dit qu’il fait « sec » tout le temps par rapport à son enfance. Nous connaitrons cependant bel et bien la pluie.

Une fois posés à l’hôtel, nous effectuons un tour dans la ville à la nuit qui tombe, c’est-à-dire vers 18 heures, heure tropicale du crépuscule. Des pauvres errent dans les rues, plus clochards que mendiants. De mamas grosses, des papas souvent un gosse dans les bras. J’observe un nombre impressionnant de McDonald’s au mètre carré. La moitié de la population du pays vit sur les plateaux et la moitié de cette moitié autour de San José. La côte est riche de verdure plus que d’or et de jade comme le croyait Colomb. Les dimensions du pays représentent deux fois la Corse. La terre est volcanique, très arrosée, d’où les cultures florissantes et les échanges avec les peuples voisins pour les céréales, les fruits, l’or et le jade avant la conquête. Christophe Colomb serait Génois mais la Corse faisait partie de la république de Gênes, donc Colomb est revendiqué par l’histoire corse. Adrian aurait visité sa maison. Il en existe une à San José, la Casa Colon, mais il s’agit d’un hôtel qui s’est approprié le nom.

Le guide, qui aime manifestement manger (il faut voir comme il a le nez qui frétille lorsqu’il évoque la nourriture) nous affirme que le citoyen costaricien fait sept repas par jour : un petit-déjeuner de riz et haricots à six heures à l’aube ; un casse-croûte à neuf heures avec des œufs et du fromage ; un déjeuner à midi plus léger en raison de la température ; à quinze heures un œuf et du fromage avec le café ; le dîner à dix-huit heures au crépuscule avec riz et haricots. Le soir est réservé au bar avec tapas, c’est un lieu où se retrouver et regarder la télé.

Notre hôtel s’appelle La Rosa del paseo et se reconnaît par son grand bi adossé négligemment à la façade, la roue avant immense et la roue arrière minuscule.

Il est doté d’un patio végétal très agréable. Son adresse : « à 50 m à l’est de Budget Rent a Car ». Les adresses habituelles avec nom d’avenue et numéro ne sont pas reconnues par les gens d’ici. Il y a bien une numérotation mais l’usage est de situer l’adresse en fonction des lieux remarquables alentour. La plupart du groupe va dîner au Pizza Hut ouvert le dimanche, le reste se passe de dîner comme moi, fatigué et suffisamment nourri dans l’avion.

Le change des devises en monnaie locale s’effectue soit par distributeur de cartes bancaires, il y en a plusieurs dans la rue principale, soit en donnant tout simplement un billet de 10 $ américains pour acheter une bouteille d’eau à 0,50 colones : la monnaie est rendue car le commerçant préfère les dollars en raison de l’inflation.

La nuit est agréable sans trop de réveil, elle rattrape la précédente. Ceux qui ont bien dormi hier ont peu dormi aujourd’hui à cause du décalage horaire de 8 heures en été : 18 h à Paris égale 10 h à San José. Le groupe comprend, comme souvent dans les voyages peu sportifs, une majorité de filles mûres mais aussi deux couples. Toutes veulent leur petit confort, « surtout pas de tente me dit l’une, et une douche chaude tous les soirs ! » La jeunesse est loin et l’esprit d’aventure avec. Eff, énarque, magistrat administratif au Conseil d’Etat et Lillois d’origine, se trouve être mon compagnon de chambre.

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Pourquoi aller au Costa Rica ?

C’est un pays à la mode à notre époque où la plupart des pays musulmans nous sont interdits et où la révolution secoue des pays d’Amérique du Sud et d’Asie. L’Amérique centrale est tentante par son climat et sa verdure, notamment pour le Costa Rica ses forêts, 34 % de la superficie mais surtout par ses animaux sauvages, 5 % de la biodiversité mondiale, dit-on. Comme le pays est un carrefour des deux Amériques, des mammifères du Nord tel que coyote, écureuil, raton laveur et cerf de Virginie, côtoient des mammifères du Sud tel que coati, singe, tapir, paresseux, pécari, jaguar, etc. C’est ainsi que l’on m’a vanté le pays, que je ne connais pas.

Le Costa Rica est peu étendu, le dixième de la France, et son point culminant s’élève à 3820 m au-dessus de la mer. Son nom vient de Christophe Colomb qui l’aurait baptisé « côte riche », lors de son dernier voyage en 1502, en raison de sa terre fertile de son climat favorable à l’agriculture. Le pays prend son indépendance en 1821 avec la déclaration commune du Guatemala, du Honduras, du Salvador et du Nicaragua. Il devient indépendant de la République fédérale centre-américaine en 1836 et bâtit un régime républicain à suffrage universel. L’éducation gratuite et obligatoire est instituée en 1869 juste avant que l’United Fruit Company américaine ne décide de planter des bananes et d’encourager le chemin de fer. Le pays n’a plus d’armée depuis 1948.

La frontière sud est celle du Panama, la mer des Caraïbes s’étend à l’est tandis que l’océan Pacifique est à l’ouest. Pays volcanique, les basses terres littorales sont étroites et découpées tandis que le centre du pays est un vaste plateau creusé par une vallée centrale. Le pays exporte surtout aujourd’hui des bananes mais aussi du café, du sucre, des fleurs, des agrumes, des avocats, du cacao et de l’huile de palme. Des zones franches ont été installées pour les industries pharmaceutiques, des sociétés informatiques et des centres d’appel, qui ont permis une croissance relativement forte jusqu’à la crise économique de 2008. Le tourisme forme 10 % du PIB, il est la source principale de devises. Le pays est évidemment très dépendant de son grand voisin du Nord, les États-Unis.

La nuit précédant le départ, j’ai peine à dormir, il fait trop chaud, je subis un courant d’air depuis la fenêtre. Je l’ai entrouverte sur la rue mais des braillards bourrés, des couples sans gêne, des autos et des motos ne cessent d’alimenter le vacarme dans ce quartier touristique de la capitale. Le bus de nuit est à l’heure et il y a très peu de circulation. Le trajet dure une trentaine de minutes. Le passage au centre international de Rungis la nuit est pour moi une première. Le complexe est gigantesque, les pavillons s’étalent sur des dizaines d’hectares. Dans le bus, la clientèle est pauvre et immigrée, ou de jeunes travailleurs ; je suis le seul voyageur pour Orly. Une jeune fille, déjà mère et laide, sourcils froncés, sort de Paris en pleine nuit pour la banlieue. Elle tapote sans arrêt son gadget électronique à trois heures du matin comme si d’importants messages devaient être lus avant l’aube du dimanche.

Je suis en avance à l’entrée du hall 1 à Orly Ouest. Nous sommes déjà demain. Pour Iberia, la queue comprend beaucoup de familles dont un blond d’environ 11 ans, nuque et tempes rasées laissant sur le dessus une mèche à la mode foot. Il est français mais fait touriste avec son short, son débardeur et ses tongs malgré la climatisation sauvage. Il part pour le Portugal.

L’Airbus 321 a des sièges serrés. Le café est payant à bord et a peu de succès. Vu l’heure matinale, nombreux sont ceux qui ont prévu d’avaler boissons et sandwiches au bar avant le vol. À Madrid, le duty-free est plus grand, plus beau et mieux achalandé que celui d’Orly-Ouest. Mais il faut prendre une navette pour aller à l’embarquement pour l’outre-Atlantique.

Le vol pour les Amériques s’effectue en Airbus 330–200. Les sièges sont étroits et serrés. Durant les onze heures de vol, j’ai vu trois films et lu un roman policier. Les films ont pour nom Cinq cents jours, La corrida du labyrinthe et La jungle 4.0.

Vu d’avion, le Costa Rica apparaît très vert, un vent froid vient du nord et au sol règne une humidité de type caraïbe. La pluie est arrêtée par les volcans. Il fait cependant 28°, moins chaud qu’à Paris en plus suintant.

A l’arrivée, nous croisons une ligne de bus qui se dirige vers « La Morgue ».

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Vote obligatoire et socialisme autoritaire

On connaissait le socialisme des imbéciles, on sait l’échec du socialisme « réel », on croyait arrivé le normal-socialisme, on déplorait la moraline socialiste, on se moquait facilement de la gauche bobo, on savait pourtant que la gauche avait lâché le peuple, on comparait la régression socialiste en Chine et en France, on remettait en perspective dans l’histoire le social-individualisme, on pointait clairement l’ignorance socialiste du droit, on remarquait que la gauche morale se raccrochait aux branches – mais on avait oublié le socialisme autoritaire !

Car le socialisme à la française déteste la liberté.

Laisser aux gens le droit ou – pire ! – la « possibilité » de faire comme bon leur semble est inadmissible pour les missionnaires de la Vérité révélée du Progrès en marche vers l’Égalité pure et parfaite de l’Avenir radieux. Ne riez pas, telle est la croyance des socialistes, une véritable religion si vous creusez un peu.

Ainsi à la Mairie de Paris où l’ineffable Christophe Girard sous la houlette Hidalgo force les noms de rues politiquement corrects – par seule croyance idéologique – dans l’ignorance de la réalité des gens et de l’histoire.

Ainsi chez Renault : l’État entreprend de monter sa participation pour « forcer » (démocratiquement…) les actionnaires à consentir au droit de vote double pour ceux qui restent 2 ans. Y aurait-il en socialisme de « plus égaux » que les autres ?

Ainsi avec la loi sur le Renseignement où, sous prétexte de « terrorisme » (sur lequel tout le monde est d’accord), on va offrir la possibilité aux fonctionnaires de capter les informations de tout le monde, en tous lieux, pour toutes raisons de soupçons – et cela sans le contrôle du pouvoir judiciaire. Seuls des fonctionnaires « contrôleront » les fonctionnaires ! La dérive en « police politique » sera aisée – même si (pour l’instant) nous ne créditons pas ce gouvernement d’y viser. Mais est-ce prudent de laisser une grenade dégoupillée dans les mains de n’importe qui ? Surtout dans le futur.

Mais ne voilà-t-il pas surtout que, sur ordre de l’Olympe socialiste (qui vit aux Champs-Élysées pour ceux qui connaissent encore un peu ce grec que Belkacem veut éradiquer), Claude Bartolone vient de pondre un rapport (vite sorti et pensé légèrement) pour forcer les Français à aller voter à chaque élection ?

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Votez sous peine d’amende !

Le « vote obligatoire » serait-il la panacée aux inepties de doctrine, au ministères du discours opposés aux ministères de gouvernement, aux lâchetés politiques, aux démissions de l’Éducation nationale confite en syndicats « réactionnaires » de gauche pour qui il ne faut surtout RIEN changer, aux mensonges les yeux dans les yeux des électeurs, à la médiocrité des candidats aux élections… On croit rêver : la fraternité socialiste « réalisée » serait décrétée d’État par l’usage d’un « droit » dont on ferait une obligation légale par la contrainte de la force publique. Comme sous feu le maréchal Staline.

En démocratie, la liberté prime l’État. Si c’est l’inverse, nous sommes dans un État totalitaire, absolument pas en démocratie, se décrétât-elle « populaire ». Le rêve du socialisme est le vieux rêve léniniste (qui n’était pas marxiste, l’ayant tordu à sa sauce activiste) : que tout fonctionne « à la manière de la Poste », du haut en bas, jugulaire-jugulaire. Un vrai fantasme administratif de fils d’ouvrier agricole autoritaire, formé aux épures matheuses niveau basique.

La Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789, grand mythe fondateur de la gauche croit-on, proclame pourtant clairement en son article 2 : « Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression. » Ou encore, en son article 5 : « La Loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société. » Conçoit-on que « le vote » soit une nuisance à la Société s’il n’est pas exercé ? Il n’est pas écrit que tous les citoyens ont l’obligation, ni même le devoir, mais que « Tous les Citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants » (article 6). Vous avez bien lu « droit » ! Rien de plus. Rien de l’obligation soviétique d’aller voter, par exemple…

C’était l’exigence des Lumières de convaincre les gens par la Raison. Ce devoir est bien mal rempli par un parti qui se proclame « de gauche » sans le prouver, qui promet monts et merveilles mais gouverne comme la droite précédente, qui se veut « normal » c’est-à-dire aussi mou et paresseux que sous Chirac, le charme personnel en moins mais le mensonge sur les « promesses » en pire. Le socialisme ne parvient pas à convaincre ? Changez de socialisme ! Les autres peuples européens l’ont fait et s’en portent très bien.

Non, en France on veut plutôt changer le peuple. Le socialiste ne se remet jamais en question, vieux tropisme catholique-romain mâtiné de machisme latin qui veut que le plus sage et le plus avisé soit le plus vieux et le plus puissant – comme si nous étions encore dans un groupe de singes. Or « la démocratie » implique la participation. Et l’on ne fait pas « participer » le peuple simplement en lui demandant d’approuver, ni en le forçant à élire les candidats socialistes.

Mais ni la religion d’État (ce laïcard-socialisme issu tout droit du catholicisme social), ni l’éducation « nationale » du tous-pareils notés sur vingt, ne préparent le peuple à participer, faute de savoir s’exprimer autrement qu’en gueulant avec 300 mots ou en cassant lors des manifs et, pour les plus évolués, en boudant lors de « grèves » aussi interminables que floues. Quand on n’apprend pas à développer cet élément de base des droits de l’Homme qu’est « l’expression » (sans laquelle le « droit d’expression » se résume à des coups, des borborygmes ou des balles de kalachnikov), comment oser exiger des citoyens qu’ils viennent « participer » ?

Plutôt que de rendre le vote obligatoire, proposez de rendre l’expression orale et écrite obligatoire dans les écoles, Monsieur le président de l’Assemblée nationale !

Ouvrez les débats citoyens, les référendums d’initiative populaire, abaissez le droit de vote à 16 ans avec éducation au droit à l’école, forcez au non-cumul des mandats pour que les élus soient vraiment au service des électeurs, développez le contrôle des élus par les citoyens.

C’est ce que demandaient Los Indignados en Espagne : « Ce que nous réclamons, c’est que le Gouvernement établisse des mécanismes pour que les gens puissent contrôler ce que font les hommes politiques. Actuellement, en dehors du vote, il n’y a pas de moyen de le faire et les élus ont carte blanche toute la durée de leur mandat. »

C’est aussi, plus simplement, ce que préconise Pierre Rosanvallon dans un livre de 2008 déjà, ancien syndicaliste de gauche proche du socialisme. Mais c’est probablement trop fort pour Monsieur Bartolone, qui n’a peut-être jamais eu le temps de le lire, ni de le penser par lui-même.

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Certes, des arguments sensés existent, et le vote obligatoire est pratiqué sous des régimes tels que la Belgique, la Grèce, le Costa Rica, le Brésil et la Turquie… mais constate-t-on que la politique se porte mieux dans ces pays ?… Au contraire, l’Australie et les Pays-Bas sont revenus sur une telle obligation : cela ne voudrait-il rien dire ? Un socialiste français se croit-il plus intelligent ou plus avisé que les autres ? Ou se défausse-t-il de ses carences sur le commode bouc émissaire de l’abstention – sans s’interroger sur son pourquoi ?

Disons-le tout net : le vote obligatoire n’est pas démocratique. C’est la subversion d’un droit en contrainte. C’est le recul de la liberté au profit de quelques-uns, ceux qui se croient investis d’une mission de sauver les électeurs malgré eux, les considérant comme des immatures, ouvriers, infantiles. Ce sont en effet parmi ces catégories que l’on trouve le plus d’abstention, dit-on.

Il s’agit donc bien d’éducation et de formation, d’intérêt pour les candidats, de conviction que son vote peut influer sur le cours des choses : pas de paresse ni de refus d’être un citoyen. D’ailleurs, l’abstention est-elle grande aux élections présidentielles ou au municipales ? Non, bien sûr, parce que les électeurs voient directement leur intérêt personnel direct dans de telles élections. À l’inverse des dernières « départementales » où personne ne savait plus à quoi va servir un département, censé disparaître en 2021 selon Valls – quand même Premier ministre. Il s’agit donc de séduire, pas de punir ! Et de proposer des urnes désirables – où les promesses se réalisent ou ne sont pas proférées à la légère.

urne seins nus

Si la proposition de loi est votée par une Assemblée à la botte, l’inévitable va se produire :

  • la « résistance » d’une grande partie de la population qui préférera payer l’amende (à condition qu’il y ait assez de flics pour les y forcer) – se défaussant par l’argent du devoir civique (bel exemple de « socialisme » !)
  • le « tant pis pour vous ! » d’une autre partie de la population qui fera exprès de voter populiste ou extrémiste – ou qui systématiquement va sortir les sortants
  • la manifestation plus grande qu’auparavant du vote blanc (enveloppe vide ou papier vierge) ou du vote nul (injures gribouillées sur le bulletin du candidat) – en ce cas : pourra-t-on encore « ignorer » le vote blanc ?

Il faudrait la voir la tête du Bartolone lorsqu’il se verra « élu » par seulement 13 ou 15% des électeurs inscrits… Son « mandat » sera-t-il légitime ? Pourra-t-il toujours prétendre agir pour le bien de tous, si ces tous se réduisent à presque rien ? Il y a décidément de vraies têtes de linotte dans le socialisme à la française. Et un vieux tropisme autoritaire qui ferait bien préférer l’original à la copie.

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Croisière au Guatemala et Costa Rica

En haute mer, est au menu de ce jour la préparation du poisson, le tango, le massage thaï, une conférence sur le canal de Panama, casino, dégustation de vin payante, séminaire sur la tanzanite (deuxième plus rare pierre précieuse au monde) et vente… Vente d’ambre. Au théâtre on retrouve le violoniste Sean Riley accompagné par le pianiste Brooks Aehron avec un excellent programme allant de la Méditation de Thaïs à La liste de Schindler en passant par Romance de Beethoven entre autres. Le soir le théâtre accueillera James Stephens III comique.

costa rica puntarenas

Puntarenas, Costa Rica 8h à quai, retour pour 19h45 et départ à 20h. La distance jusqu’au canal de Panama est de 470 milles nautiques. Nous avons retenu et payé une excursion « Aerial Tram Rainforest Adventure » qui nous permettait d’embrasser la canopée. Seule restriction, il ne fallait pas peser plus de 170 kilos… L’excursion est annulée pour une obscure raison, peut-être trop de personnes au-delà de 120 kg ? Tant pis, il faut se résoudre à aller dépenser quelques dollars dans les boutiques sises au bout de l’allée menant au bateau.

costa rica comme nous aurions aime

Puntarenas, contraction de Punta da Arena (pointe de sable). La péninsule est longue de 6 km et large de 200 à 600 m, reliée au continent par un isthme dans le golfe de Nicoya. Selon les archives, le site de Puntarenas fut utilisé comme port d’embarquement et de débarquement pour la première fois le 17 mai 1765 par Miguel Antonio de Unanué qui était alors propriétaire de l’exploitation agricole connue aujourd’hui sous le nom de « El Palmar ». Ce n’est qu’en 1797 qu’est construite la première douane donnant à ce port son caractère officiel. La Paseo de los Turistas longe la plage jusqu’à la Punta, c’est la promenade des touristes où l’on trouve des étals présentant de petits souvenirs : t-shirts avec animaux typiques du Costa-Rica, cigares, objets en bois…

guatemala tissage

Sur le bateau : soccer, basket, fitness, tester les vins italiens, tester le Jameson, tester le porto, casino, montres à vendre. Et ce soir, au théâtre, magie (peut-être découvrirons-nous comment faire disparaître la facture du bord ?) En haute mer et pendant la nuit nous vieillirons encore d’une heure ! Quel sera le programme ? Achats, pas chers disent-ils ! Voyez les réductions, 10% sur les parfums et cosmétiques, jusqu’à 60% sur les bijoux, jusqu’à 75% sur les montres, c’est même le capitaine du bateau qui donnera le top départ de ces « soldes ». Une énième conférence sur le Canal de Panama, on y arrive. Une présentation des futures croisières ; de la musique, encore les stars de l’Infinity au théâtre ce soir pour un show des années 70, des cours de danse et, pour le repas du soir mettez votre tenue de ville ou aller vous régaler des restes du midi au buffet. Il y aura aussi des sushi, du stir fry, des casses croûtes pour ceux qui refuseront de s’habiller, hou ! Et puis vous qui vous vautrez sur les chaises longues du pont 11, vous êtes priés de rentrer vos ventres et de ne pas empiéter sur la piste de jogging, na, c’est écrit dans le Celebrity today. Ceux qui monopolisent les chaises-longues et lits des ponts empruntent peu la piste de jogging, ou alors ils ont tellement grossi qu’ils débordent de leur canapé !

COSTA RICA

Puerto Quetzal, Guatemala, 7 h du matin, le bateau est à quai. Le Guatemala, ce sont des vestiges mayas, de petits villages indiens aux marchés colorés, des lacs, des villes coloniales préservées, la jungle impénétrable du Peten. Puerto Quetzal est le plus grand port guatémaltèque sur l’océan Pacifique. Antigua, érigée capitale par les Espagnols, déchue de son rang par les séismes du 18ème siècle (1773/1776) doit sa résurrection à la mise en valeur de son architecture coloniale de style baroque et Renaissance espagnole entièrement reconstruite. Elle se situe à environ 90 minutes de bus du port. Pour ceux qui ont choisi les sorties, tous à bord à 17h45, départ de l’Infinity à 18h. Direction le Costa Rica et Puntarenas dans 468 milles nautiques.

guatemala femme

Pour les autres, un petit tour en ville où un charmant défilé de Guatémaltèques en costumes régionaux nous occupe. Les couleurs vives des vêtements et nappes attirent le touriste. Sur le bateau concours de poker, fitness, musique disco, dégustation de vins. Au théâtre ce soir : iBroadway avec les « stars » de l’Infinity. Hum ! Star est peut-être un mot excessif…

Hiata de Tahiti

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Claude Charbonnel, 1940 Passeport numéro 1

claude charbonnel 1940 passeport numero 1

Claude Charbonnel avait 17 ans lorsque la guerre-éclair a vaincu la France en quelques semaines, en juin 1940. Lycéen d’Auxerre de la sixième à la terminale, il a passé l’écrit du bac à Orléans, sur la route de l’exode, mais n’a jamais pu passer l’oral. Réfugié à Bordeaux, il est parti pour Londres. C’est là que, quelques mois plus tard, le consul de France lui a délivré le passeport numéro 1 afin qu’il puisse rallier les États-Unis où il avait obtenu une bourse de college via le Costa Rica.

Le jeune Claude a tenté de s’engager dans l’armée anglaise, vu le bordel ambiant grenouillant autour et contre De Gaulle à Londres en cette fin 1940. Trop jeune pour qu’on lui accorde de décider lui-même, et trop gênant en termes politiques pour un Churchill qui voulait se ménager une liaison entre la France occupée et la France en exil, il n’a été accepté nulle part. L’auteur, qui l’a vécu, témoigne que De Gaulle à l’époque n’était pas très attrayant pour un jeune Français refusant la défaite et soucieux de libérer la France. Officier renégat, général à titre seulement provisoire, condamné à mort pour trahison par le gouvernement français légal, De Gaulle avait peu de légitimité. Et pourquoi donc depuis Londres « le général Bethouard et ses 15 000 hommes échappés de Narvik et les 100 000 de Dunkerque étaient repartis en France » ? (p.13)

Refusé par les Anglais et mal pris par les gaullistes, il a fait agir un oncle au Costa Rica où il a fait quelques mois de pharmacie tout en montant une affaire d’import-export pour subsister. Lorsque les États-Unis après Pearl Harbor sont entrés en guerre,  « avec mes camarades fidèles à la Légation [de France au Costa Rica] nous nous engageâmes dans l’Armée d’Afrique, dont le Corps expéditionnaire était sous les ordres du général Juin, en Italie, et incorporé à la 5e Armée américaine du général Clark » p.73. C’était en juin 1943 et le jeune Claude avait 20 ans. Il suit l’instruction au camp de Fort Benning aux États-Unis avant d’être envoyé en Afrique du nord.

Il passera en Italie, sera blessé comme sous-lieutenant du côté de Naples, servira ensuite d’officier de liaison grâce à sa bonne connaissance de l’anglais, avant de débarquer en France en Provence, puis d’aller jusqu’en Allemagne. Débrouillard, il se confectionne un sac de couchage standard qu’il fourre de castor canadien dont il revendra la peau dix fois ce qu’il a payé à la fin de la guerre. Existence précaire et vie facile se succèdent, les relations et l’entregent ouvrant toutes les portes dans ce grand foutoir qu’est toute guerre, avec toutes ses armées, toutes ses susceptibilités et tous ses archaïsmes.

Non sans ironie l’auteur, qui en a beaucoup vu, pointe le retard mental français, ce mélange exaspérant de vanité et d’habitudes, ces trahisons par intérêt ou par orgueil, ce rationalisme « polytechnicien » qui se croit d’essence supérieure, ces Politiques qui se transforment vite en politiciens, puis en politicards, avant de finir en politocards pour certains. Il en veut à De Gaulle, dont il n’hésite pas à dire : « Personnellement, je me demande s’il fut bon que De Gaulle existât. (…) Churchill est grand, De Gaulle ne peut échapper à l’étroitesse, la mesquinerie, voire le grotesque de sa personnalité » p.68. C’est un peu sévère vu la suite de l’Histoire, mais ce ressenti à 20 ans, au ras du terrain, est un témoignage qui doit tempérer la belle légende dorée, politiquement reconstruite.

claude charbonnel photo 17 ans et 90 ans

L’autre bête noire du « génie français » dont l’auteur, pour les avoir beaucoup fréquentés, se moque, est le polytechnicien. Lui qui s’est fait tout seul, à l’anglo-saxonne, ne peut comprendre l’élitisme abstrait des crânes d’œuf qui, s’ils font parfois des administrateurs efficaces, ne sont ni des savants, ni des découvreurs. « Si l’on n’a pas eu le génie de pratiquer les mathématiques supérieures pendant trois ans, ou l’occasion de le faire, il faut accepter que le polytechnicien est, par définition, un être supérieur, et admettre qu’il vous regarde avec condescendance, souvent avec ironie (ou mépris si vous ne partagez pas son opinion. Une affaire qui nécessite l’assentiment d’un polytechnicien doit être présentée dans une structure familière. Préalable, premièrement, deuxièmement, et ainsi de suite. Pour aboutir, il faut lui faire croire que l’idée est la sienne. On lui propose donc en variantes quelques idées inacceptables et il choisit comme sienne celle que vous voulez lui imposer » p.245. Sous prétexte de logique cartésienne, nombre de décisions sont aberrantes. En témoigne le polytechnicien énarque – l’auteur le cite en exemple – Jean-Marie Messier (« moi-même maître du monde » avait coutume de dire le sujet, signant son site J6M).

Premier tome d’une vie bien remplie, Passeport numéro 1 a le mérite de nous replonger avec réalisme dans une période trouble de l’histoire de France, et surtout de la comparer avec ce qui se pensait ailleurs au même moment dans le monde allié. Depuis 1789, le pays s’est enfermé sur soi, se trouvant si beau en ce miroir qu’il ne veut rien savoir des évolutions des autres ni du monde. D’où les défaites successives : 1870, 1914, 1940, 1956, 1962. L’élite bourgeoise, catholique ou franc-maçonne, le plus souvent radicale ou socialiste, a clairement failli. C’est la leçon d’un jeune homme qui se penche avec verve, à 90 ans, sur ce qu’il a appris de la vie.

Claude Charbonnel, 1940 Passeport numéro 1, 2011, éditions Baudelaire, 277 pages, €19.27

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