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GR 20 corse Lundi 17 août

Je note ce matin avant le départ ces rites flatteurs du coucher et du lever, l’installation des affaires dans la fatigue du jour ou la vigueur du rangement à demi-nu dans le frais du matin, vigoureux du sommeil délivré. Impression qui satisfait d’avoir tout sous la main, dans un sac sur le dos, le lit, le vivre et le couvert. Sentiment d’indépendance, de liberté, d’autonomie. Le vieil atavisme nomade et chasseur remonte à la surface. Un temps maniaque est consacré à aménager sa couche pour la nuit – car elle va durer des heures ; un même temps aussi méticuleux est consacré à tout réintégrer dans l’ordre pour équilibrer le sac – car on va le porter des heures.

Nous montons à la fontaine de San’Antone à Spasimata dans les sapins. Nous y rencontrons beaucoup de monde : trois Basques sympas de Saint-Sébastien, les trois collègues pseudo enseignantes (en fait une seule est prof de philo et les deux autres ouvrières). Les Basques nous racontent que, dans les boutiques où ils font leurs courses, lorsque les Corses parlent corse entre eux sans se gêner de l’impolitesse qu’ils ont envers les « étrangers », les Basques se mettent à parler basque entre eux – et cela agace les Corses. Comprennent-ils ?

Après la pause de midi, une passerelle étroite, suspendue au-dessus d’un torrent effraie un peu Annick car elle balance. Nous nous baignons dans une vasque glacée un peu plus haut, mais en contrebas des fameuses « dalles glissantes » indiquées sur le topo-guide du GR.

Après la passerelle de Spasimata, lors du bain, Éric sur les rochers a levé une couleuvre. Nous l’avons vu filer en S parmi les rochers mouillés, puis se laisser tomber comme un bâton dans la vasque au bas de la cascade. Enfin elle a nagé, la tête haute, avant de se perdre dans les herbes de la rive. De loin nous avons mal vu si elle avait la tête en V ; c’était peut-être une vipère.

Nous avons grimpé des raidillons rocheux où des cordes ont été installées. Cela a un peu plus effrayé Annick, mais Éric lui dit que c’est lorsqu’il pleut ou lorsque qu’il est tôt dans la saison et que les rochers peuvent être glacés. Avec les grosses chaussures de marche, j’ai l’impression de broyer du sucre en marchant. Les pierriers de granit rose ressemblent à une meringue que l’on écraserait ; ils en ont la consistance, la couleur et le bruit.

Nous avons dormi au bord du lac minuscule de la Muvrella à 1860 m. A l’époque de notre randonnée, nul n’était obligé de dormir dans les refuges agréés ou à proximité. La création du Parc national a désormais changé les choses. Les abords herbus font tout à fait camping ; ils changent des pierriers alentour et permettent un sol plus confortable pour dormir.

Une vingtaine de personnes sont serrées sur les quelques endroits protégés du vent dominant par des buissons d’aulnes. Un papa et son fils Franck, 12 ans, sont partis seuls en expédition, laissant « les femmes » dit-il au bord de la plage. Ils sont très agréables il est touchant de les observer. Papa parle beaucoup et Franck a les cuisses musclées et l’air curieux, la chemisette ouverte jusqu’au sternum bronzé.

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Quipic le hérisson

Un délicieux album illustré qui éduque les petits au jardin et aux bêtes bien plus utiles que la chimie. Une écologie de terrain comme nos ancêtres savaient, ceux qui avaient des jardins et n’hésitaient pas à mettre la main à la terre – bien loin des bobos intellos des villes qui croient avoir inventé « l’environnement » et donnent des leçons de morale naturelle à tout le monde.

Quipic est un garçon hérisson flanqué de parents et de frères et sœurs. Tout ce petit monde vit au jardin où une famille humaine avec deux enfants fait pousser, fruits et légumes. Mais des horreurs les menacent tels que chenilles, limaces, escargots, vers blancs et autres courtilières. A tous ces dévoreurs des légumes et des fruits, les hérissons font un sort. Les oiseaux, les chauves-souris, les lézards, les crapauds, les taupes et les musaraignes font le reste et les choux et salades seront bien gardées.

Les hérissons sortent la nuit et s’ébattent dans les carrés à la recherche de proies vivantes et de fruits tombés. Ils gîtent le jour dans des nids sous les feuilles et hibernent en hiver – où il n’y a rien à manger. Ils sont les bons génies des jardins, protégeant racines, bourgeons, fleurs, fruits, feuilles et branches contre les chenilles, vers, larves, insectes volants ou rampant. Le hérisson ne craint pas la vipère et en fait volontiers son repas.

Si les gitans les mangent, à la broche ou, mieux, cuits à l’étouffée sous la glaise, il faut d’abord les attraper. Un peu d’eau sur les piquants et hop, la bête se déroule. Mais elle est maligne et il faut la surveiller. Notre petit qui s’est fait prendre n’hésite pas à se tailler. Quant aux autres gens, qui préfèrent la volaille ou le cochon, ils protègent le hérisson qui, lui, protège le jardin.

Loin du commerce et des procédés industriels insecticides ou pesticides, le hérisson est vivant et s’adapte au terrain. En cet automne, il s’apprête à hiberner et s’engraisse pour l’hiver. Les fruits se font rares, les légumes tardifs poussent à peine encore ; il sera bientôt question de se rouler sous la couette de feuilles dans un coin du jardin.

Une histoire donnée pour les 3 à 5 ans mais qui ravira encore les plus grands jusqu’à 7 ans, vous pouvez m’en croire. Il a déjà enchanté mon enfance.

Lida, Quipic le hérisson, dessins de Rojankovski, albums du Père Castor Flammarion 1937, réédition 2014, 35 pages, €9.90

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Parc du Rincón de la Vieja

Adrian notre guide, est né en 1975. Nous sommes quatorze dans le groupe.

Nous prenons le bus pour une demi-heure afin d’atteindre le parc naturel du volcan nommé le Coin de la vieille. Il s’agit plutôt de la sorcière, à cause des fumerolles et de l’odeur de soufre des terrains. A l’entrée du parc, un jeune homme employé comme gardien se fait embarquer par la police, ses bras musclés dument menottés dans le dos et le t-shirt déchiré : c’est un Nicaraguayen clandestin qui va être reconduit à la frontière. La pauvreté du pays incite les jeunes à passer la frontière pour travailler au Costa Rica.

Dans le parc, après quelques vipères en conserve à l’entrée (nous en verrons une sur le chemin), nous croiserons quelques cascades, des geysers d’eau chaude et d’argile, des arbres et des animaux. Nous allons marcher 14 km. Des panneaux comminatoires exigent de ne pas passer à plus de 300 kg sur les passerelles (soit à deux ou trois quand on est Yankee nourri au Coca et burger), ou défendent de se baigner dans les cascades en plusieurs langues.

Le mata palo (tue-arbre) est un ficus qui étouffe l’arbre hôte et prend sa place en se servant du tronc comme tuteur. Le javilio a son tronc bardé de piquants pour éviter d’être bouffé petit. « L’Indien à poil » (Burcera Simaruba) est un arbre curieux, sans écorce, couleur cuivrée de peau humaine : il réalise sa photosynthèse par sa surface pour éviter que les autres arbres qui grandissent plus vite que lui ne l’asphyxient en lui faisant trop d’ombre. C’est intelligent, un arbre…

Une délicate araignée aux longues pattes se tient au centre de sa toile. De nombreux scarabées courent sur le sol. Une guêpe rouge pique tarentules et mygales pour leur injecter ses œufs. Nous entendons les grondements furieux des singes hurleurs et les piaillements des singes capucins tandis que les singes araignées (attelle) sont très vifs dans les arbres mais minuscules à voir sans téléobjectif. Beaucoup de morphos et divers autres papillons volettent tandis que des geais bleus sortent parfois des branches (ni des « j’ai mal », ni des « j’ai faux », comme l’énonce Justin).

Plusieurs passerelles et traversées à gué de rivière nous mettent en train, mais les sentiers sont balisés pour les familles. Elles vont, depuis la cascade, voir les fumerolles et les geysers d’argile.

Pour nous commencera alors la vraie marche hors-piste avec Gregorio, 82 ans, propriétaire dans le coin qui sert de guide.

Nous sortons le pique-nique à un gué, les mêmes sandwiches mous habituels.

La fin d’après-midi nous voit prendre un bain dans la source chaude où coule une rivière. Le soufre n’est pas trop fort aux narines et l’eau détend les muscles. Evidemment il se met à pleuvoir. Mais dans l’eau chaudes des bassins, qu’en avons-nous à faire de la pluie ? Nous craignons plutôt pour nos affaires : elles vont être mouillées !

Dans ce hors-piste, un jeune Américain s’est « perdu », nous dit Gregorio ; on n’a retrouvé que quelques affaires, laissées en évidence sciemment pour faire croire à un enlèvement : il a probablement disparu volontairement pour se refaire une autre vie, il paraît que c’est assez courant. Nous rejoignons la route une heure et demie plus tard, où le bus nous attend. Nous avons passé de 9 h à 17 h dans le parc, ce fut assez fatiguant bien qu’avec peu de marche et de dénivelé mais les sous-bois sont accidentés.

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