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Poor Man’s Paradise

Sur la mer, un ou deux dauphins bruns sortent de l’onde, dont on ne voit que le dos et l’aileron. Au loin, un souffle : c’est une baleine et son petit. Nous nous approchons comme les autres bateaux, la baleine montre son dos, souffle, montre sa queue et plonge. Une fois ou deux, elle saute au large dans un une grande gerbe d’écume.

Nous accostons directement sur la plage, les pieds dans l’eau, un peu écœurés par le mouvement incessant du bateau et l’odeur d’essence. Nous marchons 500 m sur le sable noir, les cocotiers au ras de l’eau dont les palmes se détachent sur le ciel bleu. La plage est aussi sale qu’à Tahiti, la quasi absence de marée ne lave pas le sable.

Le lodge se trouve dans la forêt et le bungalow restaurant nous sert le repas de midi à 13h30 ainsi qu’à un autre groupe – avec un autre menu. Le nôtre est végétarien : riz épicé et salade mixte. Avec une citronnade et un café, c’est roboratif, varié, sain.

Adrian a proposé d’augmenter le goût de la noix de coco avant l’embarquement en versant de l’alcool local dedans, le guaro. Mais le cagnard et le mal de mer font mauvais ménage avec l’alcool, j’ai donc refusé, comme beaucoup. Le lodge est rustique, aménagé dans les bois en pavillons à étage qui comprennent une chambre au rez-de-chaussée et une chambre au-dessus, chacune pour deux personnes avec salle de toilette. L’électricité, fournie par un groupe électrogène, ne fonctionne qu’entre 19 et 21 heures seulement. Il n’y a pas de climatisation ni de Wi-Fi pour les accros. L’atmosphère dans cette forêt proche de la mer est chaude et moite.

Vers 15 heures, nous partons marcher le long de la plage sous les arbres de la rive pour aller voir une rivière où une cascade se jette 500 m en amont. Mais nous avons beau nager en remontant le faible courant de la rivière, nous ne parvenons pas à la voir, même Justin qui s’est avancé avec sa caméra au front plus loin que les autres. Les méandres la cachent toujours. Revenir vers la mer en se laissant porter par le courant est un délice. L’eau est autour de 25°, plus froide que l’océan mais agréable au corps. Sur le chemin, nous pouvons voir une centaine de bernard-l’ermite qui ont investi diverses coques et coquilles. Les pattes tricotent puis soudain, aux vibrations de nos chaussures, s’immobilisent et rentrent prestement dans leur refuge. Quelques crabes minuscules courent également entre les racines des cocotiers.

L’orage montait depuis un moment, il se déchaîne avec pluie, éclairs et tonnerre. Le soleil se couche dans les nuages et fait de belles vues photographiques pour le souvenir avec le brillant de la mer et les palmes acérées au premier plan. Je n’avais, je crois, jamais vu se coucher le soleil sous la pluie au-dessus du Pacifique.

Nous rentrons au lodge de nuit, car elle tombe brutalement sous les tropiques. Longer la plage évite de se perdre. Le camp et les activités nautiques sont la propriété de la famille Suazo Amaya qui exploite la proximité du parc national et améliore année après année l’aménagement hôtelier.

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Palma Sur

Nous partons à neuf heures avec un petit sac pour trois jours ; nous laissons le reste dans le bus à la garde du chauffeur Tita qui dort dedans. Dans le ciel, des vautours planent avec les thermiques ; les Indiens disent qu’ils font tourner la terre.

Le bain de Drake est le lieu du trésor piqué dans la ville de Panama. Au Costa Rica, le ramboutan s’appelle Mammon, la richesse matérielle biblique : je me demande pourquoi, peut-être parce que son aspect chevelu évoque les couilles du diable ? Adrian nous apprend, parce qu’il parle toujours beaucoup, que le dendrobate est la grenouille venimeuse, très petite et très colorée. Elle est aussi très toxique en liberté, probablement par ce qu’elle mange. Les Indiens utilisent son mucus comme poison pour leurs flèches, mais aussi pour augmenter la couleur des plumes de queue des perroquets. La toxine permet une repousse beaucoup plus vive.

A Palma Sur, nous visitons l’église Saint-François-d’Assise.

Dans cette petite ville, de grosses sphères de pierre sont exposées dans un parc, découvertes dans les années 1930 lors de défrichages de jungle par l’United Fruit Company pour planter des bananes. Elles sont reconnues patrimoine culturel par l’UNESCO depuis 2014. Les sphères ont été retrouvées avec des morceaux de poterie de la culture d’Aguas Buenas (-200 à 600), ainsi que des sculptures de type polychrome de Buenos Aires (1000 à 1500). Est-ce un phénomène géologique ou une création artisanale ? Nul ne sait vraiment à quoi elles servaient. Ceux qui les ont percées n’ont pas trouvé d’or à l’intérieur comme la légende le voulait.

Le parc voit ses bancs de béton décorés de scènes peintes figurant les paysages du Costa Rica ; c’est naïf mais assez joli.

En face, un petit train à vapeur anglais du XIXe siècle a été le premier train roulant sur un chemin de fer au Costa Rica. La locomotive portant le numéro 87 conduisait des wagons destinés au transport des bananes. Aujourd’hui, le pays n’a plus aucun train car ce moyen de transport est trop lent et coûte surtout trop cher à entretenir.

Après avoir bu une noix de coco fraîche, nous embarquons pour le paradis du pauvre homme, traduction de l’anglais (obligatoire ici pour les touristes) de Poor Man’s Paradise. Ce sera le nom du lodge dans lequel le bateau va nous mener, dans le parc national du Corcovado cher à Cizia Zykë. Ce Français de père albanais et de mère grecque a été délinquant avant d’être légionnaire puis trafiquant en Argentine, au Canada et au Mali. Il s’installe au Costa Rica à 29 ans en 1980 avec son épouse et il publie en 1985 son autobiographie, Oro, relatant son orpaillage clandestin dans le pays, au sein même de cette réserve naturelle que nous allons visiter ! Je me souviens que ce macho affirmait avoir sodomisé une blonde dans les douches de fortune – et qu’elle aurait aimé ça. Bernard Pivot l’avait apostrophé avant de se faire remonter les bretelles par l’ambassadeur du Costa Rica pour faire de la publicité à une exploitation illégale.

Notre bateau descend la rivière à mangrove et méandres, rencontre la mer dans un grand mouvement, ce pourquoi nous passons plutôt à l’étale de marée. Il y a moins de vagues même si la vitesse fait que le bateau de dix personnes où nous sommes dix-huit tape.

Le capitaine est grêlé, sa femme plutôt ronde portant double rangée de crocs alignés comme des perles, haut et bas, et le neveu Slade a du poil aux jambes mais pas encore à la lèvre supérieure.

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Atoll de Kauehi aux Tuamotu

Le rendez-vous était fixé à 6 heures à l’aéroport de Tahiti-Faa ’a. Il avait fallu se lever à l’aurore, prendre la voiture à 4h45 pour rejoindre l’aéroport des lignes intérieures – et déjà ceux qui partaient vers Papeete étaient nombreux sur la seule route de l’île. Bien arrivées, bien enregistrées, le départ ne saurait tarder.

ATOLL ATIU

Tiens, c’est un ATR-42, et il y a deux escales avant d’arriver à destination ! La flotte d’Air Tahiti se chiffre à : 7 ATR 72-500 + 2 ATR 42-500 + 1 Beechcraft affecté à Air Archipels et 1 Twin-otter, propriété de la Polynésie française exploitée par Air Tahiti. Air Tahiti est la compagnie aérienne qui dessert régulièrement 47 îles en Polynésie française ; Air Archipels est spécialisée dans les vols à la demande et les évacuations sanitaires (evasan). Elle assure également pour le compte d’Air Tahiti la desserte de certaines îles en Twin-otter et en Beechcraft. La Polynésie vient de faire l’acquisition d’un ATR 600.

Pour poser un ATR 42 il faut disposer d’une piste d’une longueur minimale de 900 m, qui passe à 1 100 m minimum pour un ATR 72. En fonction des caractéristiques de la piste, des performances de l’avion on calcule la charge maximum qui peut être offerte au décollage et à l’atterrissage. En cas de pluie, la distance est augmentée. L’ATR 42 ne pourra embarquer que 36 places sur les 48 proposées. L’avion est déclaré plein par la Compagnie, à la grande surprise des passagers qui découvrent des rangées de sièges vides ! Un défi perpétuel.

Ce matin, l’avion n’est pas rempli ! A l’escale de Fakarava tous les passagers sont priés de descendre même ceux en transit car l’avion fera le plein. Quelques passagers sont accueillis par les pensions de famille. On repart direction Kaukura où descendent quatre passagers, mais les sièges libres sont destinés à recevoir du fret dans une toile bleue conçue à cet effet. Heureusement qu’il y a un passager qui se trouve être une personne de l’escale de Kauehi et qui aide ses deux collègues bien empêtrés. On repart, on atterrit à Kauehi, nous sommes quatre à descendre : deux touristes pour le Kauehi Lodge et deux locaux. Nous sommes accueillies avec chacune un énorme collier de tiare Tahiti. En route pour la pension à environ deux kilomètres de l’aéroport en Land-Rover !

KAUEHI LODGE

Le lieu est superbe, pieds dans l’eau du lagon, palette de couleurs à disposition et un coco à siroter.

KAUEHI LODGE

Kauehi, appelée Noka Noka par les anciens, puis Cavahi à sa découverte par Fitzroy, ensuite Vincennes par Wilkes est un atoll de l’archipel des Tuamotu dépendant administrativement de la commune de Fakarava.

FAKARAVA

Son nom peut être traduit par « s’arrêter pour pêcher ». Stevenson, au cours de son voyage dans les mers du Sud, l’a trouvée inhabitée. « Elle était toute de brousse verte et sable blanc, sertie d’une eau bleue et transparente ; les cocotiers étaient rares, mais quelques-uns pourtant complétaient la brillante harmonie de couleurs en laissant pendre un éventail d’or jaune ». Cet atoll est situé à 17 km au nord-ouest de Raraka, l’île la plus proche qui ne dispose pas d’un aérodrome. Les passagers à destination de Raraka descendent à Kauehi et prennent un speed-boat pour rejoindre l’île.

KAUEHI

Kauehi est à 45 km au nord-est de Fakarava et à 462 km au nord-est de Tahiti. Kauehi, de forme ovale, s’étend sur 24 km de longueur et 18 km de largeur maximales pour une surface de terres émergées d’environ 15 km2 et un lagon de 320 km2 accessible par la passe Arikitamiro. Celle-ci fait 200 m de large et 9 m de profondeur, elle est navigable. Un chenal de 15 km, balisé à travers le lagon, permet l’accès jusqu’à quelques centaines de mètres du village. La goélette reste au large car elle ne peut accéder au quai à cause des grands bancs de sable à proximité. D’un point de vue géologique, l’atoll est l’excroissance corallienne de 95 m du sommet d’un petit mont volcanique sous-marin homonyme qui mesure 1 535 m depuis le plancher océanique. Il s’est formé entre 52,5 et 58,1 millions d’années.

D’après le dernier recensement de 2012, il y aurait 531 habitants sur l’atoll, regroupés dans le village de Tearavero mais, en parlant avec les locaux, nous apprendrons qu’il n’y en aurait qu’une centaine. Alors qui croire ? Ceux qui y habitent ? Ou ceux qui font des statistiques ?

KAUEHI VILLAGE DE TEARAVERO

On pense que l’atoll était connu depuis fort longtemps des marchands de perles mais officiellement c’est l’Anglais Robert Fitzroy qui, le 13 novembre 1835, a posé le premier pied blanc sur l’atoll. Mais l’endroit fut certainement peuplé par les Polynésiens venant de Fidji, Tonga et Samoa autour de l’an 1 000 (+ ou – 200 ans). Imaginez les grandes pirogues à balancier, sans instruments de navigation « modernes », réalisant cet exploit tandis qu’aujourd’hui l’ATR 42 nous y dépose sans aucune difficulté ! Kauehi fut néanmoins l’une des dernières  îles découvertes par les Européens en 1835 alors que Magellan au cours de son tour du monde en 1521  avait découvert l’atoll de Puka-Puka. La colonisation de l’atoll par les Français n’interviendra qu’au milieu du 19e siècle. Coprah et pêche lagonaire sont ses ressources, les fermières perlières ont  maintenant déserté l’atoll.

L’atoll est classé comme conservatoire biologique de très haute importance par l’UNESCO, programme MAB « Réserve de la biosphère » créé en 1977. Sept atolls composent la réserve : Aratika + Fakarava + Kauehi + Raraka + Toau + Niau + Taiaro. C’est Taiaro qui avait été classé le premier en réserve intégrale depuis 1972 à la demande de son propriétaire W.A.Robinson. La réserve s’est étendue en 1973 à la totalité de l’atoll et à une zone de 1 000 m au large. Les autres atolls l’ont rejoint comme «réserve de la biosphère » en 1977.

Trois grandes directives pour une réserve de biosphère :

  1. conservation de la biodiversité et des écosystèmes ;
  2. développement économique et social de la population ;
  3. appui logistique du réseau international de recherche d’observation et de formation.

Hiata de Tahiti

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Sur le rio Napo

Après le mont, la jungle. Nous allons jusqu’à Puerto Misahualli sur le Napo, un affluent de l’Amazone. Nous sommes dans la jungle.

Nous apprenons du guide de jungle comment se « scarifier »  le visage avec une teinture rouge au cas où l’on rencontrerait des Indiens d’une autre tribu. A se servir d’une racine qui est une râpe naturelle…

A découvrir un peu de flore et de faune, comme par exemple les fourmis géantes et le curare. Le curare, rendu célèbre par Tintin chez les Picaros, doit enduire la pointe des flèches. Nous apprenons comment le fabriquer à partir des pommes du Mancenillier, une sorte de liane. Le résultat provoque la mort après plusieurs heures de paralysie.

Guayaquil est une ville chaotique avec ses raffineries de pétrole et de sucre, ses cimenteries, ses brasseries, ses usines, ses manufactures et son port d’où partent les bananes. Des bananes d’une grande variété : vous goûterez les oritas de la taille du petit doigt, les platanos ou verdes, bananes plantain qui se font cuire, les mangueños de couleur rouge, la guineo jaune tigrée.

On nous a emmenés visiter un refuge pour animaux capturés par les douanes. Il y a là beaucoup de singes, surtout des petits, un tapir, des toucans. A l’entrée, on nous a prévenus, ne laissez rien traîner car les singes chapardent. Je circule tranquillement, on m’interpelle. Allez voir votre amie, elle a un problème. Je me rends au lieu indiqué et je découvre B. paniquée, un « gros singe » sur la tête. Gros, tout est relatif, enfin plus gros que la majorité d’entre eux ! B : « je ne peux plus bouger, si je bouge il s’accroche à mes cheveux. Pourquoi moi qui suis la plus petite et menue j’ai reçu ce gros singe sur la tête et qui crie ? » Moi : « tu es la plus éloignée des branches, ce devait être un plus costaud qui saute ! Pourquoi continues-tu à crier ? » B : « je veux qu’on me débarrasse de celui-ci. » Les gens du refuge sont arrivés et ont chassé l’intrus. Moi : « tu as senti ? On dirait qu’il a fait caca dans ton dos ? » B : « oui, j’ai senti c’était lorsque j’ai crié, la caméra doit aussi avoir été atteinte. »

Nous avons fait une lessive rapide dans le Napo pour la veste de B. Elle avait acheté des vêtements qui devaient la faire passer inaperçue dans la jungle, la terrible jungle…

Dans le lodge de la jungle, nous allions installer pour la première fois notre moustiquaire deux places. Et chacun de venir voir pour se moquer de nous. Contre vent et moustiques, nous installons la moustiquaire. Le lendemain matin, au petit-déjeuner, tous grattent leurs horribles placards rouges, tous ont été piqués et joliment, sauf nous deux. Vous vous êtes bien amusés à nos dépends hier soir, voyez, constatez que cette moustiquaire a bien rempli sa fonction. Et rit bien qui rit le dernier !

Hiata de Tahiti

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