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Giacometti et Ravenne, Le règne des Illuminati

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Lire un thriller complotiste est une récréation. Ne croyez pas que j’y croie, ni tout ce que vous lisez, ni même les auteurs lorsqu’ils relativisent à la fin. La vérité n’est jamais qu’une modalité de la croyance, comme l’a montré Paul Veyne après Nietzsche : elle est relative au niveau du savoir, à la capacité à penser par soi-même et à analyser l’information, comme à l’époque où vous vivez. Le complot est à la mode depuis que les gouvernements peinent à répondre, empêtrés dans des considérations diplomatiques, le politiquement correct, et la toute simple bêtise, souvent, de leurs propres enquêteurs.

Antoine Marcas (en référence au Z. Marcas de Balzac ?) est flic parisien et franc-maçon entre deux affectations, déjà héros de plusieurs enquêtes des auteurs. Lorsque le célèbre abbé Emmanuel (mixte d’abbé Pierre et de sœur Emmanuelle) est assassiné d’une balle dans la tête à l’UNESCO lors d’un discours, la juge antiterroriste conclut très vite au loup solitaire, qui s’est d’ailleurs « suicidé » juste après son acte en avouant son forfait dans une lettre. Mais la perquisition de son pavillon de banlieue révèle une cave secrète, dans laquelle des photos découpées aux yeux et des slogans le rapprochent de la franc-maçonnerie. A Marcas d’enquêter – sous le manteau – pour ne pas attiser le syndrome du bouc émissaire envers les francs-maçons français, ni déjuger l’enquête qui satisfait le gouvernement et l’Église. Sauf que la juge est renversée par une voiture (par hasard ?) et décède.

Le lecteur entre alors dans une suite d’actions et de rebondissements pimentés de sexe et de bagarres qui font les bons thrillers. Les coups de théâtre ne manquent pas et le roman est monté à la façon d’une série télé américaine, en chapitres courts qui s’achèvent sur une interrogation. Deux époques sont mêlées pour donner de la profondeur : 1794 et de nos jours, la révolution française en son épisode de terreur robespierriste et les groupes de maîtres du monde américains de l’ère Internet. Vous pourrez même assister, dans la galerie des glaces à Versailles, à l’énucléation tout vivant du jeune roi Louis XVII, 9 ans, par les francs-maçons sous la direction de Saint-Just, puis à l’arrachage de son cœur d’un coup de couteau par l’archange de la Terreur qui fouille sa poitrine. Beurk !

L’humanitaire médiatique se mêle à la Silicon Valley et à l’engouement pour une pop star à la mode. Pendant le spectacle, les recherches continuent. Pour mieux traquer ce que vous faites, ce que vous êtes, et ce qu’on pourrait vous vendre. La manipulation commerciale peut servir aussi à d’autres fins – pour votre bien comme pour celui de la planète. Il n’y a guère que les hackers, mutants de hippies bi et d’otakus, qui parviennent à surfer sur la vague qui emporte la technique selon la loi de Moore.

Internet porte à haut degré la paranoïa de la surveillance, dont la punition n’est jamais qu’à un pas. Les auteurs jouent à merveille de ce fait réel, notamment l’eye tracking de vos Smartphones et ordinateurs portables, qu’ils assaisonnent du merveilleux maçonnique. L’un des auteurs est franc-maçon, l’autre ex-journaliste du Parisien. Le pseudonyme affiché du « frère » est contredit par sa photo en quatrième de couverture – ou comment jouer théâtralement du faux anonymat… Tout est donc vrai dans la fiction, sauf que c’est au lecteur de mesurer ce qui est vrai de ce qui n’est que vraisemblable, ou seulement possible, ou encore pas croyable.

eye tracking illuminati

Les Illuminati ont existé en Bavière à la fin du XVIIIe siècle ; la secte s’est rattachée aux sociétés franc-maçonnes qui existent depuis la fin du XVIe siècle ; le Jésuite Barruel – fermement anti-Lumières – a voulu à toute force trouver dans un complot franc-maçon les origines de la révolution française ; un correspondant italien lui expose même en 1806 les origines juives de ce complot… Tout cela est attesté, mais tout est fantasmé. Comme le disent les auteurs, les Illuminati « constitue une formidable source d’inspiration pour les auteurs de thrillers ».

Les Lumières étaient une libération des déterminismes biologiques et sociaux par le savoir. Mais l’arbre de la Connaissance cache toujours un serpent car, ici-bas, rien n’est jamais tout bien ni tout mal mais, comme toute pièce, a son revers. Les Illuminés des Lumières se croyaient au-dessus du bas peuple ignorant comme des demi-lettrés des cours alentours. Ils ont donc fondé un Ordre pour guider les masses vers la lumière. Tout comme les Jésuites pour répandre les Évangiles, Robespierre et son Comité de Salut public, les Fils de la Liberté dans l’indépendance américaine, puis Lénine et son parti bolchevique. Ceux qui croient ardemment détenir « la » Vérité veulent l’imposer à tous les autres, par la force s’il le faut – pour leur bien… Ce pourquoi les philosophes d’après 68 n’ont pas tort en repérant dans le libéralisme des Lumières ce démon du bien : un totalitarisme potentiel.

Lorsque vous ressortirez du livre, lessivés, vous ne regarderez plus votre doudou Smartphone de la même façon. Vous empresserez-vous de scotcher une bande noire sur la caméra ? De réviser les permissions que vous donnez aux applications ? Vous venez d’apprendre cette vérité que, même l’appareil éteint, Internet peut traquer à distance tout ce que vous faites !

De ce métissage de vrai, de vraisemblable, de possible, ou de pas croyable, c’est bien à vous de juger.

Eric Giacometti et Jacques Ravenne, Le règne des Illuminati, 2014, Pocket 2015, 720 pages, €8.40

Site des auteurs

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La fin du livre ?

Entre le Smartphone qui accapare et YouTube qui permet à chacun de se faire médiateur, l’image semble l’emporter sur l’écrit. Pour les mots qui restent, les encyclopédies wiki pour pèdes et les articles pour citoyens diffusés sur la toile l’emportent de plus en plus sur les journaux et sur les livres. La presse nationale voit son lectorat se réduire d’année en année, les magazines naissent et disparaissent par effets de mode. Les étudiants lisent de moins en moins, y compris en grandes écoles. Ils ont le sentiment du relatif et de l’usure de tous les contenus et lorsque, d’aventure, ils achètent un livre pour le cours, ils le revendent en fin d’année sur Amazon. Ils exigent des bibliothèques d’investir dans plusieurs manuels car nul ne veut « s’encombrer » d’un savoir qui sera vite obsolète.

livres

Deux attitudes coexistent sur l’avenir du livre : l’anglo-saxonne et la française – comme souvent.

La première est optimiste, innovatrice. Le roi est mort ? Vive le roi ! Le livre décline ? Vive le net. Le numérique est plus efficace à stocker et plus rapide à diffuser. Il démocratise, via les réseaux informels gratuits plutôt que de se couler dans le moule social et hiérarchique cher aux pays catholiques, France en tête. Tout le monde est auteur, vidéaste, commentateur – sans passer par les intermédiaires et autres intellos, prescripteurs d’opinion. Tout le monde échange et les idées se forment des mille courants qui sinuent et se rencontrent. Tout le monde est médiateur en direct, le support est réduit au minimum : un clavier, un numérique, une liaison net. On blogue, publie ses vidéos, s’auto-édite.

La seconde est pessimiste, conservatrice. L’écran roi va tout détruire, comme Attila, avec la brutalité de l’ignorance et l’énergie de la barbarie. Promoteur du « moi-je », il sera médiatique plus que médiateur. N’existant que dans l’instant, il sera émotionnel et sans distance. Exit la réflexion, la pensée et l’écrit, objectivés par un livre qui dure. Tout dans le scoop et les paillettes. Le livre est mort, c’était mieux avant.

Nul besoin de dire que des deux, aucune ne me semble satisfaisante. La caricature pousse aux extrêmes des tendances qui se contrastent et se contredisent dans chaque courant. Les Français lisent encore, les femmes surtout, et la classe moyenne plébiscite les bibliothèques ; les éditeurs font la course à qui publiera le plus, près de 50 000 livres chaque année en France. La question est de savoir quels sont ces livres publiés, demandés, lus. A produire très vite, on produit n’importe quoi et mal écrit, les tirages baissent et seulement 2500 auteurs peuvent vivre de leur stylo, tous domaines confondus. L’astrologie et la psycho de bazar se vendent mieux que l’essai philosophique ou la littérature – mesurez les rayons relatifs des « grandes librairies ». Mais il reste quelques exceptions.

Un livre est aujourd’hui moins un monument qu’on révère, honoré dans sa bibliothèque comme dans une châsse et sorti une fois l’an avec des précautions de Saint-Sacrement – qu’un ami qu’on emporte avec soi dans le métro ou le train, qu’on annote et qu’on corne, qu’on relit et sur lequel, parfois, il nous arrive de réfléchir. Symbole social ? Certes, il le reste en France, pays dévot où la révérence pour le savoir passe souvent par l’étalage des catalogues de musée sur table basse ou des classiques reliés peau en bibliothèque trônant dans le salon de réception. Mais le plaisir de lire demeure car il se fait en silence, par l’imagination intérieure. La pensée écrite stimule la réflexion personnelle.

Toute autre est la lecture par devoir : celle de textes utilitaires, de l’actualité, ou de manuels techniques. On s’y réfère, mais on court vers l’édition la plus récente. Là, le numérique remplace le livre utilement. A condition d’oublier cette religion hippie du tout gratuit pour tous qui a deux inconvénients : 1/ la fiction de croire qu’un bon auteur va passer plusieurs années de sa vie à composer un manuel exhaustif pour la beauté du geste, au lieu de se vautrer comme les autres dans le divertissement, 2/ la fiction de croire que le gratuit est réellement gratuit, alors que tant de bandeaux publicitaires et de captations d’adresses passent par l’interrogation des moteurs.

Le livre va-t-il disparaître ? L’actualité, la mode, le mal écrit et le people, probablement – soit 95% de la production annuelle peut-être.

Mais la qualité restera – comme toujours, comme partout. Des lecteurs continueront à s’intéresser à Louis XVI dont la biographie de l’historien Petitfils rencontre un grand succès, ou même à la littérature dont le Dictionnaire égoïste de Charles Dantzig plaît beaucoup. Malgré le trollisme ambiant, ce qui est bien pensé, bien bâti et bien présenté demeure la référence. Et on lira encore des livres. Par élitisme, par goût du beau, par désir de penser par soi-même.

Ce n’est pas donné à tout le monde.

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Raisonner ou résonner ?

Hier la culture était comme la confiture de grand-mère, un assaisonnement maison de la tartine, une délicatesse de la personnalité. Aujourd’hui ? La culture est comme la confiture industrielle, la préférence pour le « light » et le « bio », l’irraison est élevée au rang des beaux arts.

C’est un professeur de philosophie qui le dit : « Une chose est de constater la présence d’erreurs de jugement, d’incompréhensions, de lacunes dans les connaissances. Ce qu’on observe aujourd’hui est d’une autre nature : il s’agit de l’incapacité des élèves à saisir le sens même du travail qui leur est demandé. (…) Il est devenu impossible de se référer à l’art de construire une problématique et une argumentation pour différencier les copies. » (Eric Deschavanne dans ‘Le Débat’ mai-août 2007). Bien que déjà mûrs – plus qu’avant – à 17 ou 18 ans, bien que possédant une ‘culture’ qui, si elle n’est pas celle des humanités passées, n’en est pas moins réelle, les jeunes gens paraissent dans leur majorité incapables d’exercer leur intelligence avec méthode.

Ils ne raisonnent pas, ils résonnent.

Ne comprenant pas le sujet, ils le réduisent au connu des lieux communs véhiculés par la culture de masse (le net, Facebook, la télé) ; ne connaissant que peu de choses et ne s’intéressant à ‘rien’ d’adulte (surtout ne pas être responsable trop tôt, ne pas s’installer, rester dans le cocon infantile), ils régurgitent le peu de savoir qu’ils ont acquis sans ordre, sans rapport avec le sujet.

Ils n’agissent pas, il réagissent.

Ils ne font pas l’effort d’apprendre, ils « posent des questions ». Leur cerveau frontal, peu sollicité par les images, la musique et les « ambiances » propres à la culture jeune, ne parvient pas à embrayer, laissant la place aux sentiments et aux « émotions ». Ils ont de grandes difficultés avec l’abstraction, l’imagination et la mémorisation, car ce ne sont pas les images animées ni les jeux de rôle, ni le rythme basique et le vocabulaire du rap qui encouragent tout cela… Tout organe non sollicité s’atrophie. On n’argumente pas, on « s’exprime ». On n’écoute pas ce que l’autre peut dire, on est « d’accord » ou « pas d’accord », en bloc et sans pourquoi.

collegien sac ado

Comment s’étonner que l’exercice démocratique d’une élection se réduise, pour le choix d’un candidat, à « pouvoir le sentir » ? Comment s’étonner que l’exercice pédagogique de la dissertation soit abandonné comme « trop dur », au profit de la paraphrase du « commentaire » ? Comment s’étonner que le bac devienne, pour notre époque, ce que fut le certificat d’études jadis, la sanction d’un niveau moyen d’une génération et absolument pas le premier grade des études supérieures ?

Et c’est là que l’on mesure que ce peut avoir d’hypocrite la moraline dégoulinante de bons sentiments des soi-disant progressistes français. Cette expression de Frédéric Nietzsche dans ‘Ecce Homo’ signifie la mièvrerie bien-pensante, l’optimisme béat des croyants en la bonté foncière, les « bons sentiments » qui pavent l’enfer depuis toujours.

Le collège unique pour tous ! La culture générale obligatoire jusqu’à 16 ans ! 80% d’une classe d’âge au bac ! Qu’est-ce que cela signifie réellement, sinon « l’effet de moyenne », cet autre nom de la médiocrité ? Car que croyez-vous qu’il se passe quand la notation des épreuves est réduite à se mettre au niveau des élèves ? Quand l’éducation ne consiste plus qu’à faire de l’animation dans les classes, pour avoir la paix ?

Eh bien, c’est tout simple : la véritable éducation à la vie adulte s’effectue ailleurs. Et c’est là où la « reproduction », chère à Bourdieu et Passeron, revient – et plus qu’avant.

Quels sont les parents qui limitent le Smartphone, la télé, les jeux vidéo et le tropisme facile de la culture de masse ? Pas ceux des banlieues ni les ménages moyens… mais ceux qui ont la capacité à voir plus loin, à financer des cours privés et à inscrire leurs enfants dans des quartiers où puisse jouer le mimétisme social du bon exemple. Mais oui, on tient encore des raisonnements logiques dans les khâgnes et les prépas ; on apprend encore dans les ‘grandes’ écoles, surtout à simuler des situations ; on ingurgite des connaissances lorsqu’il y a concours. Le « crétinisme égalitariste » de l’UNEF, que dénonçait Oliver Duhamel sur France Culture, laisse jouer à plein tous les atouts qui ne sont pas du système : les parents, leurs moyens financiers, leur quartier, leurs relations.

Le fossé se creuse donc entre une élite qui sait manier son intelligence, parce qu’elle a appris à le faire, et une masse de plus en plus amorphe, acculturée et manipulée – laissée par l’école à ses manques. Cette superficialité voulue à tous les niveaux scolaires de la maternelle à l’Université conduit à réduire l’effet ascenseur social qui régnait à l’école d’après-guerre.

Faut-il en incriminer « le capitalisme » ? Allons donc ! Quel bouc émissaire facile pour évacuer l’indigence de la pensée « démocratique » ! Ne trouvez-vous pas étrange que, malgré deux septennats de présidence de gauche, un quinquennat de gouvernement Jospin et un quasi quinquennat de présidence Hollande, malgré la vulgate anti-bourgeoise des intellectuels depuis 1968 – l’égalité des chances n’ait EN RIEN progressé depuis une génération ? Au contraire même.

L’élite d’il y a 1000 ans se maintenait par la force : l’épée, se tenir à cheval, la parentèle. L’élite du 21ème siècle se maintient par l’intelligence : savoir s’adapter, anticiper, trouver des exemples dans le passé et les interpréter pour aujourd’hui, la formation du caractère – et toujours la parentèle (étendue au réseau social).

Ne pas offrir d’exercer l’intelligence est une faute politique et une hypocrisie sociale. Elle réduit l’humain à résonner en chœur, pas à raisonner en adulte citoyen. Certains diront que c’est voulu ; je pense pour ma part qu’il s’agit de lâcheté politique.

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Nouvelle école

L’enseignement supérieur bouge. Pas les universités françaises qui n’ont pas changé depuis 1968, restant hiérarchiques, mandarinales et vouées au chacun pour soi, mais les écoles privées, qui s’inspirent de modèles scandinaves et anglo-saxons.

C’est ainsi que l’École de management de Normandie invente cette année la SmartÉcole. La Skema Business School et Grenoble École de management suivent dans l’utilisation des nouvelles technologies. En Normandie, les sources sont numérisées et sous code-barres. Le professeur projette au mur le nécessaire et les élèves téléchargent avec leur Smartphone. Tous, élèves comme professeurs, sont équipés par l’école d’une tablette numérique. L’idée est que la génération guiks (geeks en globish) est tombée dans l’interactif depuis toute petite. Celle qu’on appelle parfois génération Y, en référence aux écouteurs omniprésents qui se croisent en Y sur la poitrine – ou au questionnement permanent (Y se prononce why en globish) – aurait des réflexes différents des autres.

ados nouvelles technologies

Il faut donc « répondre » à la demande et changer l’enseignement. Il est certain que l’effervescence intellectuelle ne règne plus guère dans les locaux lépreux et surpeuplés des universités françaises. Pas comme à Oxford ou à Harvard, où un cercle restreint d’étudiants échange des propos sur un sujet au programme, dans un salon autour du professeur. C’est la rançon de l’accès pour « tous » (une fois le bac donné à 80% de ceux qui se présentent), malgré les 50% qui décrochent dès la première année… La massification rend la culture industrielle, alors qu’on sait depuis Platon et Aristote (à l’Académie et au Lycée…) que la bonne transmission du savoir ne s’effectue que de maître à disciple, en petits groupes de pairs.

Il y a donc un besoin de nouvelles méthodes et les technologies modernes y aident. Sites, internet, conférences vidéo, manuels multimédias, « jeux sérieux » (serious games en globish) sont des outils utiles, nomades et intéressants.

  • Ils permettent d’apprendre un peu partout, un peu tout le temps, sans être collé aux horaires et aux salles de cours. Cela permet d’alléger les charges salariales et en locaux, et d’apprendre mieux moins cher.
  • Chacun revoit le cours à son rythme, fait et refait des exercices, examine des études de cas, entre en communication, partage les savoirs et les savoir-faire.
  • Les élèves se sentent plus impliqués dans les apprentissages, ils collaborent en petites équipes, testent leur travail auprès des professeurs, ce qui libère du temps pour la recherche et le suivi de chacun.
  • On peut même envisager que se crée un écosystème d’apprentissage coopératif où étudiants et professeurs vont mieux communiquer. Les professeurs adapteront leurs cours pour insister sur le nécessaire et renvoyer aux documents pour le reste. Les étudiants se verront fournir en permanence des éléments de méthode et d’orientation intellectuelle ou professionnelle.

Mais il ne faut pas croire au miracle. Les TIC (technologies de l’information et de la communication) ne seront qu’un tic du snobisme moderne s’ils ne sont pas accompagnés d’une nouvelle pensée de la formation dans son ensemble.

Tout le monde peut tout savoir sur tout – encore faut-il apprendre trouver les sources fiables et à interpréter les données… La capacité de la formation actuelle à faire quelque chose de pertinent de la masse du savoir disponible n’est pas évidente. Les étudiants qui sortent du secondaire :

  • ne savent pas écrire (l’orthographe, laissée à l’abandon, est une catastrophe),
  • savent à peine lire (tirer d’un texte des éléments utilisables, apprendre à surligner et à retenir, restent des énigmes),
  • ne savent pas structurer leur pensée (faire un plan n’a jamais été vu),
  • n’ont jamais appris à s’exprimer oralement (sauf pour les rares qui ont fait du théâtre).

Et c’est ce troupeau informe et mal formé, laissé en friche par l’Éducation nationale, qu’on voudrait voir la technologie redresser en un instant par miracle ?

Lecture etudiants 22 ans 2012

Quand je lis parfois que les étudiants, grâce à la SmartÉcole doivent être « cocréateurs des savoirs et des savoir-faire », je frémis. C’est la même illusion spontanéiste qu’en mai 68 : chacun apprend à tout le monde sans méthode ni hiérarchie des savoirs. On échange… pour échanger : mais échanger quoi reste le problème. C’est mignon quand on a 6 ou 10 ans, mais à l’âge adulte, dans la vie professionnelle ou administrative, il s’agit de s’exprimer clairement pour être compris, et de savoir lire correctement les règlements ou les mémos.

Cela s’apprend, comme le reste. On peut changer les outils et les façons, mais le travail d’apprentissage reste toujours à faire. Ce ne sont ni les TIC, ni les puces (informatiques) qui vont inoculer le savoir dans l’ADN.

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Mathilde de Robien, L’Ermite

Rarement un roman contemporain français m’aura autant captivé. Fasciné, amusé, ému. Écrit à cent à l’heure – et sans aucune faute d’orthographe ou de français, il se lit comme un charme. Rassurez-vous, l’Ermite ne se prénomme pas Thierry, mais Guillaume. Pourtant, le ton léger sur des sujets grave est de rigueur.

Mathilde de Robien l Ermite

Car Guillaume, consultant en stratégie d’entreprise, a un handicap : tout ce qu’il poste sur son profil Facebook finit par arriver ! Si, si, croyez-en l’auteur – et faites attention, cela peut vous arriver à vous. « J’ai indiqué sur Facebook que j’avais une faim de loup. C’est tout. Quelques secondes plus tard, voilà que surgit de je ne sais où une bannière publicitaire pour le restaurant japonais à côté de chez moi » p.16. Mais oui, vous dites-vous, rien que de plus normal, la géolocalisation plus l’accumulation des données sur ce que vous livrez de vous génèrent des pubs parfaitement adaptées.

C’est ce que Facebook voudrait vous faire croire… sauf qu’il peut vous arriver pire. Le personnage souhaite obtenir un gros client, il l’obtient ; il souhaite rencontrer la femme de sa vie, il la rencontre (et se marie). Et puis, un jour, ses chaussures trop petites et une journée dans les magasins lui font dire sur Facebook qu’il a mal aux pieds.

Patatras !

Ce qui se réalise n’est pas tout bon, il peut être aussi tout mauvais. Je vous laisse découvrir ce qu’il en est pour Guillaume et pourquoi il a pris un temps l’Ermite pour pseudo… Sachez que souhaiter voir disparaître quelqu’un peut le faire se réaliser. Ou avoir un bébé. Facebook est, comme la langue d’Ésope, la meilleure et la pire des choses. A la fois. Internet pense pour vous, le dit à votre place, considère comme une évidence ce que vous devez faire. Ce que l’on voit des autres sur leur profil est la face riante : photos de fête, vacances à poil, enfants hilares, amis souriants, plats réussis. Reste la face cachée, aussi glacée et sombre que celle de la lune. « Un pseudonyme est un masque. Je l’utilise pour tromper, alors que Clara sa cache derrière pour dévoiler ses secrets » p.41. Clara est sa femme, avec qui il ne communique plus guère en face à face, pris par le temps et ses soucis. Internet va les faire se retrouver, après les avoir fait se trouver et puis presque se perdre.

Les situations cocasses sont légion, drôles ou graves, c’est selon. Un ami se marie en grande pompe à l’église dans le Val d’Oise. Mais une fois réunis dans l’église, les invités découvrent… un écran géant que de costauds garçons d’honneur installent à la place de l’autel. Le mariage a lieu à Manhattan, retransmis en direct sur le net ! Guillaume crée un blog et un Québécois inconnu le contacte sans le connaître : « Il a eu accès (…) grâce à Facebook car il était l’ami d’un ami de mes amis Facebook » p.67. Et quand la mémé s’y met, 70 ans, c’est du plus haut comique. Préparer un anniversaire de mariage se fait en quelques clics : Interflora, taxi, dîner-croisière sur la Seine. Tout ça de son fauteuil, ça roule ! Internet, mails, Facebook, Smartphone ou Notebook, raccourcissent l’action et connectent à des centaines de gens. En instantané.

Au fond, l’outil Internet rend plus disponible, plus sociable. Mais gare ! « On ramène tout à soi. Comme le ‘moi’ est prisonnier de la page Facebook, inévitablement, on ramène tout à Facebook. Alors quand un malheur arrive, c’est de la faute de Facebook » p.158. La vie toute entière s’en trouve changée.

Pour le meilleur et pour le pire. Vous le découvrirez au galop dans ce roman résolument contemporain qui se lit vite et laisse un bon goût de nouvelles technologies apprivoisées dans l’esprit, une fois la dernière page refermée. Un grand bol d’optimisme, avec sa petite dose de mystère.

Mathilde de Robien, L’Ermite, 2012, éditions Baudelaire, 185 pages, €14.73

L’Ermite a reçu le troisième prix Nouveau talent 2012 organisé par la Fondation Bouygues Télécom.

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Que vaut la promesse de François Hollande ?

Inverser le chômage d’ici la fin de l’année ? Comme si une crise qui dure depuis une génération était un moment de transition et pas un système. C’est une illusion de croire que tout pourrait redevenir comme avant. Le mouvement du monde et ses bouleversements sont une réalité, l’illusion est de croire qu’ils ne sont que passagers. L’émergence de pays immenses comme la Chine ou l’Inde, sans parler des pays importants que sont le Mexique, le Brésil, le Nigeria et d’autres, change sans conteste le monde d’avant – donc nos habitudes de produire, de régner, de consommer et de penser. Dans 10 ans, les BRICS auront dépassé la France. Selon une étude du Center for Economics and business Research, la France perdrait dès 2013 son rang de 5ème puissance économique mondiale avant de n’être plus que 9ème en 2022.

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Il ne suffirait donc pas de « faire la révolution » pour renverser l’élite au pouvoir et la remplacer par une autre. Ni Le Pen, ni Mélenchon ne voient les choses en face ; ils ne font qu’agiter les rancœurs pour se faire mousser. Le socialisme Hollande ne fait guère mieux car les bouleversements chez nous ne sont pas créés par NOS sociétés mais viennent des AUTRES pays émergents du monde comme de la nouveauté radicale que représente une planète globale aux ressources finies… Notre mode de vie habituel n’est donc plus tenable. Pas la peine de rêver à la croissance comme avant pour résoudre le chômage. La croissance ne sera désormais plus que le produit de la démographie par la productivité, donc par l’excellence des savoir-faire et l’entretien d’une culture orientée vers le savoir. D’où l’intérêt (mais long terme) de soutenir le désir d’enfants, l’éducation des élèves, la formation au long de la vie, l’investissement et la recherche. En cela, le Parti socialiste a raison.

Le capitalisme reste cette technique de l’efficacité maximum, usant du moins de capital pour le moins de matière et le plus de savoir – afin de produire des biens et des services les moins consommateurs d’énergie et de matières premières. Ce n’est pas « le capitalisme » qui est insupportable – c’est l’usage social qui en est fait par notre culture occidentale. « Toujours plus ! », titrait il y a quelques décennies François de Closet. C’est exactement ça : la mode, le gadget, l’effet de génération, le mimétisme de bande, l’envie qui pousse à imiter le voisin en mieux… tout cela participe du gaspillage, des contraintes au travail, de la malbouffe, du stress. En cela, le parti écologiste n’a pas tort, pas plus que certains « alter » ou « indignés » ; encore faudrait-ils qu’ils distinguent la technique d’efficacité économique de l’usage social dévoyé du marketing et de la mode.

L’anticapitalisme socialiste et écologiste, buté par idéologie, fait donc tache. L’inégalité la plus insupportable aux gens n’est pas celle des très riches; elle est celle des très proches, les beaux-frères, collègues et voisins. Pourquoi lui et pas moi ? Qu’a-t-il de plus que moi ? L’injustice, en pays démocratique où existe une égalité des chances, vient bien de l’intérieur, sans souci de morale ni de planète. Ne pas pouvoir se passer de son SmartPhone parce que tout le monde en a un signifie que l’on accepte le travail des enfants en Chine, les horaires démesurés, les salaires les plus bas, la pollution du transport, l’exploitation marketing, l’illusion de la marque… Je n’ai pas de SmartPhone et n’en désire pas : pour quoi faire ? comme les autres ? frimer comme un ado ? Je ne clique jamais sur une pub Google ni n’autorise aucune application à m’espionner sur Facebook. Je ne me précipite pas comme un taré médiatique sur les Whoppers de Burger King quand la malbouffe daigne se réinstaller à Marseille… Il n’y a plus des méchants patrons (comme au XIXème) mais tout un système social qui avive nos propres désirs et manipule nos bas instincts. Nous sommes autant coupables que les patrons si nous acceptons le produit tel qu’il est fabriqué, au prix où il est vendu, et avec son obsolescence programmée qui le fera (très vite) remplacer. Je refuse. Les soi-disant « révolutionnaires » qui veulent changer le monde et changer la vie… des autres – pourraient commencer par changer leur propre comportement.

La réflexion politique classique n’adhère plus aux changements du monde, elle n’explique plus guère que l’écume. Les Français baladés et manipulés par les médias aux têtes de linotte ont peur de cette modernité et se rétractent vers les valeurs « sûres » du soi-disant âge d’or. L’État-providence, le fonctionnariat, la crainte de devoir se débrouiller avec la vie restent une vision passéiste. Le président, pas plus que ses électeurs, n’a pris la mesure de l’épuisement de notre système économique, social, politique et culturel. Il n’existe plus de croissance qu’on puisse faire surgir pour guérir tous les maux. Plus largement, les ghettos urbains, l’encouragement des villes à la campagne, la représentation citoyenne diluée et démagogique, le multiculturel dans le vent, les intellos coupant les cheveux en quatre, ne font que désorienter un peu plus les gens. Les accuser de populisme est un peu léger. Reconstituer de l’humain et du commun signifie plutôt prendre conscience de l’illusion des modes et choisir de n’y pas souscrire. Comme cette part de la population selon TNS Sofres déconnectée, désengagée, désabusée – voire (dans le système scolaire) décrochée.

En chacun de nous se joue la dialectique permanente entre moi et les autres. S’il faut que je travaille, tout le monde doit travailler – être ni assisté, ni rentier. Si quelqu’un est riche et que je suis pauvre, ce n’est pas de ma faute – celui qui a réussi est forcément coupable. Le Parti socialiste, au vocabulaire revanchard, considère qu’il y a une solution morale pour la société dans son ensemble. Illusion ! jamais l’égalité ne sera parfaite puisque jamais l’envie ne sera comblée. Reste donc le concret : la clientèle électorale qui vote PS réclame de gros impôts… pour les autres, afin de redistribuer en leur faveur, au prétexte « des plus démunis » (dont les fonctionnaires feraient ‘naturellement’ partie).

Sauf que le gros des revenus taxables est dans la classe moyenne… qui ne consent à l’impôt (c’est l’essence même de la démocratie) que si elle en retire un bénéfice immédiat et contrôlable. Donc oui aux impôts locaux, visibles dans les collèges, la voirie, les établissements collectifs ; non aux impôts d’État, versés dans le tonneau des danaïdes des subventions aux roitelets étrangers, au prestige des ministres, aux services inutiles de l’Administration, à la bureaucratie du millefeuille en 7 niveaux (commune, groupement de commune, canton, département, région, État, budget européen).

L’État français actuel ressemble fort à celui de l’Ancien régime. Le marquis de Mirabeau (père du révolutionnaire) proteste dans L’Ami des hommes contre la défiance perpétuelle de l’État royal pour l’activité individuelle, sa tendance à décider de tout, les illusions que le sujet se fait sur la toute puissance de la loi. Dans l’action d’aujourd’hui, le gouvernement Hollande fait pareil, il régente les entreprises, pardonne aux profs leur incurie, fait la morale aux putes, s’assoit sur le droit (de juste contribution aux charges, de propriété, de liberté d’aller et venir – y compris de s’établir à l’étranger). D’où les couacs, cafouillages, annonces et reculades. Il est armé d’une solide prétention à dire le Bien, à user de la force majoritaire pour établir le droit, à croire qu’il suffit de dire « je veux ». La société est souple et plie (seuls les moins aisés sont obligés de subir), mais l’économie n’est pas un jeu de Monopoly.

L’innovation, l’entreprise, le crédit, l’embauche, sont fondés sur la confiance. Qui a été fort entamée par les déclamations hollandaises sur sa « haine de la finance » (sans effets concrets qu’une réforme bancaire a minima), sur la vengeance contre « les riches » (retoquée par le Conseil constitutionnel comme amateur et faisant peser des « charges excessives au regard des facultés contributives »), sur le manque de civisme des Français à qui l’on applique (rétroactivement) des impôts sans débat (après avoir annoncé une gRRRRââânde réforme fiscale dont la première brique n’est pas même posée), sur le « devoir » des entreprises à créer de l’emploi alors que l’on ponctionne la consommation (par CSG et TVA), que l’on encourage les importations (par les exigences de garder des salariés trop chers à cause des charges sociales toujours empilées, jamais repensées), que l’on taxe toutes les entreprises… avant de rétrocéder aux grandes (sous condition et pas avant deux ans) un petit tiers de ce qu’on a tout d’abord prélevé. Cela alors même que l’absence d’ajustement de la compétitivité française pour raisons politiques implique la poursuite de l’érosion de ses parts de marché à l’exportation et la dégradation du commerce extérieur en 2013… Vous avez dit amateurs ?

francois hollande abaca

Comment, dans ces conditions, la « promesse » du Nouvel an du président Hollande d’inverser la courbe du chômage serait-elle réalisable ? Il n’y a que trois moyens classiques : créer de l’emploi public (limité en raison du déficit), encourager l’emploi privé (mais pas en insultant des chefs d’entreprise et en ponctionnant les créateurs qui revendent leur boite), encourager la croissance (impossible à court terme sans redistribuer du pouvoir d’achat tout en faisant préférer la production française – ce qui prend des années). Reste donc un quatrième moyen bureaucratique : l’illusion. Le traitement statistique du chômage.

Ne sont pas chômeurs au sens du Bureau international du travail tous ceux qui ont travaillé « au moins une heure » dans le mois. Même si cela ne suffit en rien pour vivre, ces gens sortent des statistiques. L’Allemagne y a parfaitement réussi. François Hollande va probablement user de cet artifice, modérément, sans en avoir l’air. Un peu par la formation (mais les syndicats tiennent le 1% patronal et ne veulent pas le lâcher), surtout en encourageant les petits boulots au ras des municipalités socialistes et des services de l’État. Juste pour faire passer en « catégorie 2 » un maximum de chômeurs pour qu’ils ne soient plus comptés dans les statistiques. Faute de culture d’entreprise, François Hollande a la culture bureaucratique pour le faire. Sa promesse devrait donc rester du vent, puisque rien ne la soutiendra dans la réalité économique.

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Philippe Cahen traque les signaux faibles

J’ai déjà évoqué les « signaux faibles » dans une chronique. J’y reviens aujourd’hui, car ils ne cessent jamais… Un signal faible est un fait paradoxal qui inspire réflexion. Dans sa Lettre mensuelle, l’économiste indépendant Philippe Cahen traque ces signaux dans l’information courante. Il en tire quatre fois par an une réflexion plus large sur les conséquences de ces invitations à penser pour les entreprises. Une fois l’an, sauf quand la conjoncture s’accélère, ces signaux et les scénarios qu’ils induisent font l’objet d’une prospective : que disent-ils sur l’avenir ? Le court terme est ainsi recalé dans un long terme réfléchi, ce qui est bien utile aux mentalités du temps prises par tempérament et mauvaise habitude dans la toute urgence !

La Lettre des Signaux Faibles n°102 d’octobre 2012 fait émerger le message sur le saut dans le vide de Félix Baumgartner, 39 km, tous les records battus par cet exploit et les retombées pour la marque de boisson énergétique Red Bull. Le temps s’accélère, le spectaculaire avec lui : « Je retiens notamment un signal faible : c’est le passage de la télévision à Internet, 6 millions de personnes ont regardé ce saut en direct sur YouTube. » Dans le passé pourtant si proche, le 11 septembre 2001, on regardait tous CNN… Les entreprises devraient en tirer de saines leçons de communication !

Second signal, « pendant que Peugeot faisait les yeux doux à l’État en fabricant français des voitures pour le marché français, Renault se développait à l’étranger en fabricant des voitures qui se vendent et gagnent de l’argent : Dacia a certainement l’une des meilleures marges du marché. Quant au Royaume-Uni, alors qu’il a vendu toutes ses marques ou presque, il produit quasi autant que la France et exporte des voitures de gammes supérieures. Il n’y a pas que l’Allemagne à regarder de près ! » Il n’existe en effet plus UN seul « modèle économique » pour l’industrie automobile. A vouloir trop regarder le XXIème siècle comme au XIXème siècle, les dirigeants français (politiques ou patrons), risquent de passer à côté du présent.

Ce qui conduit tout droit au troisième signal : « Pour le présent, la France est en retard sur l’Allemagne : 20 000 robots vendus en Allemagne chaque année, 3 000 en France. Pour le futur, Aldebaran (père de Nao) est passé sous pavillon japonais. Et toutes les petites entreprises qui se créent se sentent bien seules même si elles performent au Robot World de Séoul, l’un des plus grands salons de robotique du monde. » Droite comme gauche, socialistes comme écologistes, regardent-ils l’avenir dans un rétroviseur ? Qu’en est-il de l’intérêt pour la robotique en France, comme accélérateur de productivité, donc de cette fameuse « compétitivité » dont tout le monde parle sans vraiment savoir de quoi il s’agit ?

Autre signal : « le Smartphone à quatre roues », comme le dit joliment Philippe Cahen. « General Motors, comme Ford, veut recruter 10 000 informaticiens. Passer de 90% de sous-traitance à 90% de in-traitance c’est confirmer que la voiture de demain, enfin… celle de 2014/2015, est un ordinateur sur roues ou plutôt un Smartphone sur roues. La caisse va devenir accessoire et indépendante de l’intelligence de la voiture. Penser une voiture par son intelligence est différent de la penser par sa mécanique. Si la BMW embarquait il y a cinq ans l’informatique d’une caravelle, ce sera d’ici peu celle d’un Airbus ! » Oserait-on se demander ce qu’en pensent Peugeot et Renault, de même que le gouvernement ou la CGT ? L’avenir se construit pourtant dès aujourd’hui. « Soutenir » la filière automobile en aidant les archaïsmes industriels les usines mécaniques et les emplois d’OS, est-ce vraiment le dernier cri de la réflexion sur le sujet ?

Le commerce est lui aussi en traine de changer à TGV (très grande vitesse). C’est l’objet d’un signal récent sur les centres commerciaux : « Les parcs d’activités commerciales s’en sortent par des loyers faibles et des enseignes qui concurrencent Internet. Mais pour les autres centres commerciaux, trop nombreux, au chiffre d’affaires en baisse et qui saturent le marché, le danger est réel avec des leaders qui vacillent (Fnac, Darty, etc.) et des loyers trop élevés. » D’où la FNAC en vente, d’où la restructuration du BHV, d’où la métamorphose de l’ex-Samaritaine.

Enfin dernier signal du mois, mais non le moindre : la sortir d’un nouveau livre de Philippe Cahen : ‘50 réponses aux questions que vous n’osez même pas poser’. Extraits de la Préface :

« En 1492, si Christophe Colomb avait su qu’il allait découvrir un nouveau monde, sans doute aurait-il agi différemment. Dans son regard plein de certitudes, il l’ignorait. Et pourtant ce continent et ces civilisations existaient.

Le 11 septembre 2001 à 8 heures, les Américains ne savaient pas ce qui les attendaient. Dans leurs comportements plein de certitudes, ils l’ignoraient. Et pourtant ce projet existait.

La prospective, c’est se préparer à imaginer ce que l’on ne sait pas. Ce que l’on ne VEUT pas savoir. Ces 50 réponses… sont 50 Amérique, 50 scénarios dynamiques, 50 risques. Provocatrices, cyniques, humoristiques, ces 50 réponses aient à imaginer 100, 500, 1000 autres futurs. En mettant de côté nos certitudes, nous ouvrons les champs des probables, et surtout des intolérables. La raison est dépassée, l’intuition, l’émotion, la curiosité, sont nos alliés.

Or chacun le sait, le principal risque pour une entreprise, pour toute organisation, est de ne pas prendre de risque. Surtout aujourd’hui. Demain n’est pas la suite d’aujourd’hui. Imaginer ces risques, c’est s’y préparer, savoir réagir en cas d’occurrence. C’est gagner du temps. C’est préparer les esprits, les entrainer aux changements de paradigme plutôt qu’être confronté à la béatitude des contemplateurs.

Ces 50 réponses… sont 50 exercices à imaginer des risques. La richesse des réponses et des scénarios dynamiques qui vont être émis, la richesse du travail de prospective contribue à être dans le changement, dans la rupture, pas dans le lissage des obstacles.

Alors l’entreprise, l’organisation, voire l’individu, a une vision. Il a la capacité stratégique d’y tendre, il a une trajectoire. Que la vision se réalise ou pas n’est pas en soi un obstacle. La vision est une force, quitte à la réajuster régulièrement, ce qui est une évidente obligation.

Cet ouvrage entre dans une méthode agile de prospective qui aide toute entreprise, toute organisation, tout individu, à établir sa vision. Ouvrir la prospective, se donner les moyens de cette ouverture, aller à la surprise, affronter l’inconnu, ne pas avoir peur des risques, c’est se donner les moyens d’être le premier, pas la copie. »

Philippe Cahen, Signaux faibles mode d’emploi, 2010, éditions Eyrolles, 164 pages, €22.14, Lauréat du Prix IEC’11 (Intelligence Économique et Compétitivité)

Philippe Cahen, Le marketing de l’incertain, 2011, éditions Kawa, 152 pages, €18.95

Philippe Cahen, 50 réponses aux questions que vous n’osez même pas poser ! sortie récente 2012, éditions Kawa, €23.72 Jusqu’au 20.12.2012 minuit, deux cadeaux pour tout achat du livre 50 réponses aux questions que vous n’osez même pas poser ! sur le site http://www.editions-kawa.com l’un avec le code CAHEN, promo -10% et envoi gratuit, l’autre est surprise en envoyant à l’auteur votre preuve d’achat avant le 21.12.2012 minuit.

L’auteur de cette note a écrit ‘Les outils de la stratégie boursière’ (2007) et ‘Gestion de fortune‘ (2009). Il se consacre désormais aux chroniques et à l’enseignement dans le supérieur.

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