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Quel cap pour la France ?

Réformer parce que la situation actuelle ne convient pas, tout le monde est d’accord. Mais réformer comment – là personne n’est d’accord.

  • Il y a les yaka qui – plus on redistribue (autre chose que leur argent) – plus ça ira mieux demain.
  • Il y a les austères qui – plus on économise (autre chose que leur salaire et leurs privilèges) – moins ça sera pire demain.

En bref, la réforme est toujours pour les autres ; pour eux-mêmes, pas la peine.

Hollande avait « cru » (mais oui, l’économie est une croyance !) qu’en contenant la dépense publique et en baissant le déficit, il pourrait entendre les lendemains chanter. Ils chantent faux aujourd’hui, car tout est lent, très lent, tant l’Administration prend en France une place démesurée. Or les salariés et les ayant-droits de ladite Administration sont nombreux, très nombreux. Les personnes protégées gagnantes du système en place ne peuvent que rejeter les réformes qui mordraient sur leurs avantages et privilèges.

Les salariés en contrat à durée indéterminée défendus par le code du Travail, les salariés et retraités nombreux des administrations publiques, les diplômés dont le taux de chômage est faible et stable, ne voient pas pourquoi réformer afin de réduire le chômage des autres. Ils n’ont qu’à bosser – « comme tout le monde ».

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Relancer la demande par une hausse des salaires, tous sont pour… mais sans voir que leur sort ne va pas s’améliorer (sauf sur quelques mois), tant les industries en France ne sont pas en état de répondre à une progression de leur demande. Toute distribution de pouvoir d’achat se traduit aussitôt par un envol des importations.

Et ce serait pire encore si la France devait quitter l’euro, le pouvoir d’achat du franc renouvelé serait bien inférieur, renchérissant massivement les prix des biens importés.

La production française n’est plus compétitive : la faute aux 35h (la divergence avec la production allemande date de là) et aux « charges » sociales notamment, mais pas seulement. La France industrielle a le même niveau moyen de gamme que l’Espagne, mais avec des coûts prohibitifs et donc des prix allemands. Les Français aisés préfèrent acheter Audi aujourd’hui (hier BMW, avant-hier Mercedes) plutôt que Peugeot ou Renault – il faut dire que les voitures haut de gamme en France font un peu camelote.

Or soit la France freine ses salaires pour aboutir à des prix espagnols, soit l’Etat baisse le prélèvement sur les entreprises (massivement augmenté sous Hollande, malgré le remord du CICE). Ou bien l’industrie française poursuit son déclin, les marques connues allant produire à l’international plutôt que dans l’Hexagone.

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L’Etat, en France, a un véritable problème avec l’argent des impôts. Il prélève plus largement que les autres et redistribue sans cibler vraiment, ce qui inhibe l’initiative, incite au gaspillage et fait beaucoup de mécontents.

Ce pourquoi la fin du travail et le revenu pour tous (après le mariage) apparaissent comme des « droits » nouveaux du socialisme enchanteur. Que la France ne vive pas comme un isolat du monde n’effleure même pas l’esprit des utopiques : quoi, n’avons-nous pas décidé les 35h que tout le monde nous envie ? Patrick Artus, économiste de Natixis, prouve dans une note récente combien la persistance dans l’erreur de nos fonctionnaires qui n’ont jamais connu le monde du travail concurrentiel ont pu se tromper : « L’analyse de la situation de 20 pays de l’OCDE montre qu’un taux d’emploi élevé est associé : à un poids faible des cotisations sociales des entreprises ; à une protection faible de l’emploi ; à des compétences élevées de la population active ; à l’absence de déficit public important en moyenne. La France ayant toutes les caractéristiques opposées (cotisations sociales élevées des entreprises, protection de l’emploi forte, compétences faibles de la population active, déficit public chronique) on comprend que son taux d’emploi soit faible ». Cela ne veut pas dire qu’il faille tout bazarder, mais que le social doit être financé par l’impôt global et pas par les revenus du travail, que l’assouplissement des règles trop rigides de maintien dans l’emploi doivent être négociées – avec un filet social de sécurité hors entreprises -, que l’Education nationale est à revoir de fond en comble, notamment sa démagogie des notes qui font illusion et sa démission sur les savoirs de base (s’exprimer, écrire correctement, calculer), que l’Administration doit voir son périmètre réduit car elle ne sait pas tout faire, n’a pas les moyens de tout contrôler et est inefficace dans l’irresponsabilité des niveaux hiérarchiques emboités de la commune aux ministères.

Par exemple, maintenir des impôts très au-dessus de ceux des pays voisins sur les entreprises et sur le capital pour financer des dépenses publiques est inconséquent. Hamon évoque une taxe de 5% sur TOUTES les transactions pour financer les 400 milliards par an du revenu pour tous – et il était hier contre une hausse de 2% de la TVA ? De quoi décourager tout achat et encourager le troc, le commerce dans les pays frontaliers ou carrément l’exil fiscal.

Après tout, la France niveleuse n’a pas besoin de ceux qui sortent du lot. Tous pareils, scrogneugneu ! j’veux voir qu’une tête. Tout ce qui dépasse, je coupe ! « Je prends tout ! » éructe Mélenchon, hologramme plus qu’homme programme.

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D’autres disent : pas de problème ! Quittons ce carcan de l’euro qui nous oblige à la vertu germanique et retournons aux vieilles habitudes laxistes des années 50 : la dévaluation du franc tous les trois ou quatre ans. Cela évitera d’investir, contiendra les salaires français, et l’Etat pourra émettre via la Banque de France tous les billets qu’il voudra, la dette ne sera que virtuelle, sans jamais personne pour la rembourser puisque franco-française.

Or sortir de l’euro et dévaluer conduiraient à l’austérité directement, sans passer par la case désindustrialisation, tant les dettes de droit international libellées en euro sont fortes et l’épargne des Français – notamment des retraités – dévaluée d’un coup. Quant à se financer sur les marchés, comme aujourd’hui, il ne faut pas y compter avant des années, la hausse des taux d’intérêt due à l’incertitude et à la dégradation de la note de la France seront immédiates. Le Front national se garde bien de dire tout cela à ses électeurs majoritairement commerçants, retraités et petits épargnants ouvriers.

Il reste donc les autres, les réformistes plus ou moins « raisonnables », dont on mesure ce qu’ils peuvent faire en fonction de ce qui a déjà été fait.

Mais le chemin sera long, tant les habitudes sont ancrées, les privilèges acquis et les niches protégées. Ce pourquoi il faut un dirigeant « fort », moins un dictateur qu’un candidat légitime, adoubé par la majorité. Or nous aurons probablement un président par défaut, un malgré nous. Le premier tour sera entaché par les candidaillons enflés d’ego qui n’ont aucune chance de parvenir au second tour mais qui se maintiennent pour « se compter » ; le second tour sera un choix négatif…

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Hollande aura-t-il raison sur le chômage ?

Inverser la courbe du chômage « d’ici la fin de l’année » (voire, dans ses derniers propos, en février ou mars 2014) est-ce réaliste ? Ah, mais « c’est la différence entre la prévision et la volonté », a ajouté le président. C’est confondre volonté et discours. Avoir la volonté de faire le maximum contre le chômage est une bonne chose ; affirmer que c’est fait, que la réussite est prévisible à horizon de 6 à 8 mois en est une autre. Ce n’est pas en disant les choses qu’on les règle. Cette communication « performative » a été suffisamment reprochée à Nicolas Sarkozy par la gauche ! A moins d’embaucher de quasi-fonctionnaires sans le dire, des « emplois aidés » invendables sur le marché du travail et qui revendiqueront dans quelques années « le droit » d’être régularisés dans la fonction publique ? Le problème Hollande est qu’il attend la croissance – et que ladite croissance ne reviendra pas au rythme nécessaire à la dépense publique traditionnelle…

La mondialisation et l’Internet sont passés par là :

Les frontières ne sont plus fermées, ni les citoyens dans l’entre-soi : nous avons signé plusieurs traités successifs d’Union européenne, nous sommes intégrés dans l’Organisation mondiale du commerce, partenaires du G8 et du FMI. Oui, la mondialisation n’est pas que pour les autres, les échanges de marchandises ne sont pas les seuls, mais aussi les échanges culturels, étudiants, touristiques. Nous savons désormais grâce à Internet et aux réseaux sociaux instantanés que certains voisins vivent mieux que nous avec un chômage plus bas, un État moins gros, une ponction moindre sur les salaires, des impôts moins lourds et des services publics souvent meilleurs (l’éducation, la justice, l’emploi). Il nous faut reconnaître que sur le chômage comme sur d’autres points, l’État-nation n’est plus capable, l’État-providence n’a plus les moyens, et que dire « je veux donc c’est fait » devient ridicule.

cout du travail compare europe 2013

L’impératif est de créer de la valeur non en fermant ses frontières ou en maintenant des activités à faible valeur ajoutée mais en occupant une place stratégique pour obtenir la plus forte valeur ajoutée. Ce qui exige une adaptation permanente et une culture du compromis qui manque en France – à l’inverse de la social-démocratie allemande, scandinave, suisse ou anglaise.

cout du travail compare europe 2013 tableau

La démagogie du tout-politique :

La France souffre de l’héritage politique de la Révolution qui garde une méfiance profonde envers tout intermédiaire entre l’État et le peuple. Or le compromis entre le travail et capital est aujourd’hui plus difficile en raison de l’avènement d’une économie ouverte et d’une mobilité du capital qui donne un pouvoir de négociation face aux salariés plus fort, surtout lorsqu’ils sont peu qualifiés.

preference francaise pour le chomage denis olivennes le debat novembre 1994

Denis Olivennes en 1994 (il y a presque 20 ans !) dénonçait déjà La préférence française pour le chômage dans une note de la Fondation Saint-Simon reprise en article dans la revue Le Débat n°82. « Avant d’être un problème, le chômage est une solution. Comme l’inflation hier, il a permis, au cours des dernières décennies, de contourner les questions aussi importantes que celle du partage optimal entre revenu et emploi qui, prise frontalement, menaçait de révolter le corps central de la société : les actifs occupés ». Les gouvernements de droite comme de gauche ont donc choisi la facilité électoraliste : salaires élevés via le SMIC, pour des cotisations sociales élevées qui permettent de redistribuer et d’assister les chômeurs. Ce consensus politico-syndical devient aujourd’hui plus fragile car la crise ne permet plus d’augmenter beaucoup les salaires, tandis que les prestations mal contrôlées se dispersent et que le Budget de l’État est en grave déficit.

Comme le notait déjà Olivennes : « En réalité, la croissance de nos salaires réels est moins imputable à la rémunération directe des salariés qu’à l’augmentation continue des charges sociales incorporées dans le coût du travail ». De fait, quand le patron paye 1000 en Suisse et en France, le salarié suisse touche 65% nets sur sa fiche de paie tandis que le salarié français ne touche que 48% nets. Sans compter les impôts et la TVA… En 1981, les prestations sociales représentaient en France 25%, mais 31,3% en 2009. Elles ont augmenté plus vite que le PIB, surtout les années de hausse du chômage : c’est donc bien une reprise de la croissance qui allègera les charges. Encore faut-il s’en donner les moyens.

emploi et valeur ajoutee 1980 2011

Compétitivité :

Le rapport présenté à la Conférence nationale de l’industrie en février 2012 (dit rapport Gallois) sur Les déterminants de la compétitivité de l’industrie française estime que « si les salaires horaires dans l’industrie sont actuellement équivalents en France et en Allemagne, ils ont progressé beaucoup moins vite outre-Rhin ces dernières années. Le niveau de charges sociales par rapport au salaire est en France supérieur de plus de quinze points à celui constaté en Allemagne ». « En outre, la part patronale des cotisations est plus forte en France : 2/3 des cotisations, contre 1/2 en Allemagne ». Il préconise de « décharger d’abord le travail dans l’entreprise du poids du financement d’une partie des prestations sociales, notamment celles de solidarité. » Pour Christian de Boissieu, professeur d’économie  à Paris I et membre du collège de l’Autorité des marchés financiers, « la perte de la compétitivité-prix de la France par rapport à celle de l’Allemagne au cours des années 2000 s’explique à la fois par l’évolution des coûts salariaux par celle des gains de productivité ».

Productivité du travail :

La France est bien classée en termes de productivité du travail (parce que les jeunes et les seniors sont exclus majoritairement de l’emploi), mais pas en gains de productivité (la robotisation est faible dans l’industrie, l’informatisation a été tardive dans les services et le travail reste trop hiérarchisé). Dans les pays où l’on travaille plus, le marché du travail accueille des personnes dont la productivité est plus faible. Les États-Unis ont une productivité comparable à celle de la France mais, en situation économique normale, même les personnes dont la productivité est faible occupent un emploi – pas en France !

En Italie, Espagne, Royaume-Uni ou l’Allemagne, quand le chômage augmente la croissance des salaires ralentit rapidement – alors qu’on observe le contraire en France. Le salaire ne réagit ni à la compétitivité, ni à la profitabilité, ni au chômage. Deux raisons : 1/ l’évolution du SMIC ne suit pas la conjoncture mais les prix ; 2/ Les syndicats ne représentent que les seuls salariés qui ont un travail dans l’entreprise – et non les chômeurs ; ils sont de plus majoritairement composés salariés de la fonction publique, non concernée par le chômage. Pour les Allemands, l’emploi et le pouvoir d’achat dépendent de la santé, de la pérennité de l’entreprise et de sa compétitivité – pas en France où la surenchère idéologique attise un climat de guerre civile entre « patrons » et « prolétaires ». Les syndicats de travailleurs allemands, majoritairement du privé, sont bien meilleurs critique de la réalité et donc mieux aptes à négocier.

interactions competitivite productivite marche du travail

Effet des 35 heures :

Le SMIC français a notamment progressé sous l’effet des 35 heures. Il s’est agi d’un choc de compétitivité négatif : les salariés travaillent moins, avec un mécanisme de compensation financé par le budget de l’État mais supporté à la fin par les entreprises. La France est donc l’un des pays de l’OCDE où le prix du travail dès le salaire minimum est le plus élevé (environ 80 % de plus que la moyenne). Dans un Rapport d’information de l’assemblée nationale le 27 mars 2013 rédigé par la mission d’information sur les coûts de production en France et présenté par Daniel Goldberg, Pierre Cahuc et Stéphane Carcillo soulignent que « la France a fait le choix d’un salaire minimum élevé progressant plus vite que les gains de productivité. Ce choix est en partie le résultat d’une protection sociale qui fait assumer à la politique salariale une partie du rôle normalement dévolu à la politique de redistribution. » Cette politique a désormais un coût d’environ un point de PIB chaque année.

Les récurrentes questions d’évitement :

La politique européenne de réduction des déficits publics dite « d’austérité » n’est pas le déterminant principal du chômage : même dans les années fastes, la France a toujours gardé un niveau de chômage plus élevé que ses voisins. En 1995 déjà, Denis Olivennes dans un autre article du Débat (n°85) renvoyait à leur ineptie théorique les critiques qui incriminaient la faute des autres : à l’époque les taux d’intérêt trop élevés qui restreignent le crédit, l’arrimage du franc au deutsche mark donc la force de la monnaie. « Aurait-on si vite oublié les piètres résultats de l’autre politique en économie ouverte et changes flexibles ? En 1980, le taux de chômage en France était de 6.3%. Quatre ans et quelques dévaluations plus tard, il était de 9.7%. » Mais la démagogie répète inlassablement les mêmes arguments, reprenant inlassablement les mêmes boucs émissaires, refusant inlassablement d’examiner ce qu’elle considère comme tabou. D’où leurs yakas : taxer les actionnaires, forcer les entreprises à financer la retraite à 60 ans.

Or en France la distribution des dividendes partait de très bas, puisqu’elle représentait deux points de valeur ajoutée lors du premier choc pétrolier ; malgré la progression de la rémunération des actionnaires, elle reste cependant près de 10 points inférieure à ce qu’elle est en Allemagne. Le rapport entre les montants distribués et les fonds propres des entreprises n’a pas beaucoup évolué. Ce n’est donc PAS la politique envers les actionnaires qui pénalise l’investissement – mais l’absence de débouchés en France et en Europe qui empêchent d’y investir.

Les Français vivant longtemps mais partant plus tôt à la retraite, la France est l’un des pays qui finance le PLUS grand nombre d’années à partir de l’âge de la retraite, ce qui fait peser un poids très important sur la collectivité. D’où la nécessité d’avoir plus de personnes en emploi.

La fausse bonne idée, les emplois aidés d’État :

Barbare Sianesi, cité par Pierre Cahuc & André Zylberberg, Le chômage fatalité ou nécessité ? a étudié le modèle suédois et, parmi les mesures tentées, les créations d’emplois non permanents dans le secteur public. Elle « trouve que, comparée à la moyenne des parcours des simples chômeurs n’ayant participé à aucun programme, les chances de retour vers un emploi « régulier » (un emploi non aidé) sont sensiblement plus faibles, tout au long des 5 années de suivi, pour les personnes ayant bénéficié d’un emploi temporaire dans le secteur public » p.181. Ces emplois n’augmentent pas les capacités de ceux qui les suivent et envoient un mauvais signal aux employeurs.

Mieux vaut subventionner directement l’emploi privé, ce que l’étude montre être la mesure la plus efficace dans la pratique. « La législation actuelle (française) protège les emplois des salariés dotés d’une certaine ancienneté, mais pousse les entreprises à utiliser abondamment les contrats à durée limitée. Elle accentue ainsi la segmentation du marché du travail entre, d’une part des salariés protégés ayant accès à des emplois stables et, d’autre part, des salariés contraints d’accepter des contrats à durée limitée et des chômeurs ayant, en moyenne, peu de chances de retrouver du travail rapidement » p.139.

C’est malheureusement ce qu’envisage Hollande avec les quelques 540 000 emplois « aidés », emplois jeunes, contrats de génération et sortie des statistiques de 30 000 chômeurs envoyés en formation. Toujours les vieilles ornières du clientélisme d’État à fins électoralistes, plutôt que de redonner de l’initiative aux partenaires salariés et créateurs d’entreprise en allégeant la ponction fiscale et sociale…

Les mesures testées ailleurs :

Exonérer de charges les bas salaires – donc transférer le financement de ces charges sur d’autres prélèvements fiscaux (TVA, CSG…). C’est tout juste entrepris, mais sans certitude que le surplus n’entre pas dans le Budget général.

Revoir la logique aveugle de redistribution égalitaire – mais inéquitable – de l’État-providence. C’est ce que tente Hollande en touchant aux allocations familiales et à la formation professionnelle.

Organiser une véritable cogestion de la négociation salariale à partir des gains de productivité attendus. C’est que qui s’est fait chez Renault et qui se tente chez Peugeot ou Michelin – malgré les syndicats les plus rigides. Quant à la SNCM, déjà pas rentable quand le problème s’est posé, la situation ne s’est pas améliorée et les syndicats ne veulent rien savoir.

Réviser la durée du travail dans une vie qui s’allonge, donc cotiser plus longtemps avant de toucher des prestations, plutôt que de rogner sur les retraites versées. La conférence sociale le dira.

Côté puissance publique, son rôle n’est plus de prescrire mais d’intégrer. L’emploi est partie d’une politique globale : industrielle, fiscale, éducative, internationale. Il faut donc :

  • favoriser l’investissement (et cesser d’insulter les étrangers qui veulent acheter des entreprises françaises ou les actionnaires qui mettent leur épargne),
  • négocier les délocalisations (et cesser d’insulter Peugeot qui a conservé pour son malheur plus d’emplois en France que Renault),
  • organiser des filières d’innovation (et ne pas refuser a priori la vente de Dailymotion par une France télécom qui n’en a jusqu’ici rien à faire),
  • aider les PME qui font plus de la moitié de l’emploi industriel (sans les décourager par des taxes tout de suite et un crédit d’impôt plus tard, illisible et trop complexe),
  • aider l’innovation et les créateurs d’entreprise (au lieu de taxer la revente au taux confiscatoire),
  • favoriser l’auto-entreprise puisque Pôle emploi ne peut rien (et ne pas s’empresser de restreindre et taxer ce qui commençait tout juste à marcher).

Il y a, chez François Hollande, ce mixte de socialisme du possible (mais sans les syndicats adéquats ni les partis alliés favorables) et de pensée magique (comparable au storytelling Sarkozy) qui mécontente à la fois la droite et la gauche, tout en prenant trop de temps sur le temps. De quoi avancer, mais trop peu et trop tard, sans projet clair, tout en louvoiements tactiques politiciens.

2013 previsions chomage insee

Aura-t-il raison sur le chômage ? C’est peu probable. S’il a raison, il n’aura rien réglé sur le fond, seulement reculé l’échéance par de la dépense publique en croissance durablement faible ; s’il a tort, il se déconsidérera un peu plus. De quoi jouer perdant-perdant.

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Pourquoi la France a perdu ses industries

Que la France perde ses industries, le fait est connu. Qu’ont fait nos hommes politiques pour réagir ? Pas grand chose. A quoi servent donc ces innombrables rapports, commandés à d’innombrables fonctionnaires qui ont le temps et le talent, si c’est pour ne rien faire ?

Un document de travail publié par la Direction générale du Trésor et de la politique économique sous la plume de Lilas Demmou, a donné l’état des lieux de la désindustrialisation en France de 1980 à 2007. L’industrie française – surtout manufacturière – a perdu 36% de ses effectifs depuis 1980, 1,9 millions d’emplois ou 71 000 par an (de 5,3 millions en 1980 à 3,4 millions en 2007). L’industrie a décliné dans le PIB de 24 à 14% au profit des services marchands (commerce, transports, finance, immobilier, services aux entreprises et aux particuliers) dont le poids dans le PIB est passé de 45 à 56% et dont l’emploi a cru de 53%.

Pour la chargée de mission, la perte d’emplois industriels touche tous les pays développés avec trois causes principales :

  1. L’externalisation de tâches des entreprises vers des sociétés de services
  2. Les gains de productivité et les modifications de la demande
  3. La concurrence des pays émergents

Les entreprises sont, depuis 20 ans, à la recherche d’une plus grande efficacité, c’est le propre du capitalisme. Une partie des activités des industries ont donc été confiées à des sociétés de services afin de se concentrer sur le cœur du métier, ce qu’on sait le mieux faire. Ces transferts d’emplois peuvent êtres estimés à 25% des pertes d’emplois industriels. Mais les emplois n’ont pas disparu, ils restent sur le territoire. Simplement, ils ne sont plus dans l’industrie mais dans les services. Ce mouvement a été particulièrement fort de 1980 à 2000, époque de grande restructuration ; il est beaucoup plus faible depuis, de l’ordre de 5% des emplois industriels en 7 ans, l’essentiel de l’externalisation ayant été fait.

Le progrès technique a pris le relais depuis 2000, via les gains de productivité dus à l’informatisation et à la réorganisation des tâches. Près de 30% des pertes d’emplois industriels sont imputables à la plus grande efficacité de la technique. Les industries ont moins besoin de main d’œuvre pour produire les mêmes biens. La baisse de prix de ces biens induit une demande plus forte, mais qui ne compense pas. Cette baisse de prix entraîne une hausse de revenus des ménages mais ils n’achètent pas plus de biens industriels mais plutôt des services, notamment de loisirs. 65% des pertes d’emplois industriels pour cette raison ont eu lieu de 2000 à 2007.

La concurrence étrangère est réelle et s’accentue. Sa mesure dépend des méthodes de calcul utilisées pour ce phénomène complexe. Les biens intermédiaires sont les plus touchés (41% des pertes d’emplois industriels), mais jusqu’en 2007 beaucoup moins l’automobile (-7%), l’énergie (-4%) ou l’agroalimentaire (-0,3%). C’est dire s’il est important de surveiller et d’aider ces trois secteurs en France ! Les échanges avec l’extérieur ont augmenté, les exportations passant de 12 à 17% du PIB entre 1980 et 2007, les importations de 11 à 18%. La tendance est que tout pouvoir d’achat des ménages encourage les importations, tandis que tout gain d’efficacité encourage les exportations. Ce qui est utile à savoir pour les plans de relance (mais qui est le contraire de ce qui est pratiqué par le gouvernement Ayrault). La part des pays émergents dans la concurrence est cependant à relativiser, passant de 0,2 à 0,7% du PIB pour les importations depuis 1980 et de 0,7 à 0,9% pour les exportations.

Les destructions d’emplois industriels dues aux échanges expliqueraient 13% des pertes d’emplois selon une approche comptable, les échanges agroalimentaires touchant moins l’emploi que ceux des biens d’équipement et de l’auto. Mais cette méthode prend pour hypothèse une substitution parfaite entre biens importés et biens produits localement, ce qui est contestable.

Une autre approche, économétrique, chiffre ces pertes d’emplois dues aux échanges à 45% du total. Elles seraient dues pour 17% aux pays émergents qui produisent les biens moyens moins chers mais, pour le reste, à la perte de compétitivité de la France sur les marchés mondiaux surtout depuis 2000.

La concurrence des pays à bas salaires est donc une part mais pas l’essentiel, contrairement aux simplifications politiques. Comparons avec l’Allemagne, notre principal partenaire dans la même zone d’échanges et avec le même euro « fort » !

Au contraire, nous pouvons supposer que ce qui a dégradé en relatif l’efficacité industrielle de la France est :

  • le moindre investissement
  • la répugnance à l’innovation et au service
  • le coût du travail (moins le niveau du salaire que les charges sociales)
  • la haine de l’entreprise (les 35 heures, les grèves, la désorganisation du transport, les errements de la fiscalité, les intello-médiatiques, le socialisme radical)
  • la méfiance salariés-patrons (et la faible représentativité des syndicats, portés à la surenchère)
  • l’ignorance de la formation continue
  • la peur de l’exportation
  • les erreurs de management, etc…

C’est toute une société qui a envie de se battre ou, au contraire de se laisser vivre : voyez la Grèce. Depuis 2000 en effet, selon l’étude, 63% des pertes d’emplois industriels sont dus à la concurrence étrangère (mais seulement 23% dus aux pays émergents). Les efforts de l’Allemagne, notre principal partenaire commercial, ont payé ; la France, répugnant à s’adapter, a reculé. Tous les décideurs le savaient, ceux alors dans l’opposition aussi. S’y sont-ils préparé ?

Lilas Demmou, La désindustrialisation en France, Les Cahiers de la DGTPE n°2010-01, février 2010

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Budget bancal en France

Article repris par Medium4You.

Une étude de la recherche économique de Natixis du 24 août 2012 sous la direction de Patrick Artus, intitulée ‘L’anomalie française’ (n°552), compare la France aux principaux pays de l’OCDE en ce qui concerne le poids des dépenses publiques et de la fiscalité.

Par rapport aux autres pays de l’OCDE, la France se caractérise par des dépenses publiques plus élevées : transferts sociaux et salaires des administrations publiques – et par un poids très élevé des charges sociales et des impôts indirects (TVA).

Les dépenses publiques où la France se distingue particulièrement des autres pays sont les prestations sociales (comme l’Italie), et la masse salariale des administrations publiques (après la Suède). Pour les autres dépenses publiques et notamment l’investissement public, la France est dans une position moyenne.

La pression fiscale est très élevée en France et en Suède. En France, ce sont les cotisations sociales des employeurs et les impôts indirects qui pèsent le plus.

Le salaire hors charges sociales est le même qu’en Allemagne mais le salaire y compris charges sociales est plus élevé qu’en Allemagne, et de 64% plus élevé qu’en Espagne. Ce sont les cotisations sociales employeurs qui font la différence. Et la situation est loin de s’être améliorée sous Nicolas Sarkozy.


Les impôts directs sur les ménages et sur les entreprises, sont à l’inverse extrêmement bas, comparés aux autres pays de l’OCDE.

Quels sont les effets à attendre de cette « anomalie française » ? Si les salaires ne baissent pas ou peu, il y a pénalisation de l’offre (le coût total du travail est accru) et soutien de la demande (les ménages reçoivent les mêmes salaires et des transferts sociaux plus élevés). Il y a donc apparition d’un excès de demande de biens et services par rapport à la capacité de production et à la productivité des Français. C’est bien le handicap du déficit français.

Le freinage des salaires en France a été insuffisant pour empêcher la hausse du coût du travail total, due aux cotisations sociales employeur. On a alors freinage de l’offre et soutien de la demande de biens et services. La demande intérieure a crû plus vite que le PIB ou que le PIB potentiel (calculé comme le produit de la productivité par tête et de la population en âge de travailler). La demande intérieure pour les produits industriels a crû considérablement plus vite que la production manufacturière ou que la capacité de production manufacturière.

A noter que ni la gauche, dépensière par idéologie, ni la droite, dépensière par électoralisme, n’ont remis en cause ce « modèle » – bien qu’ayant souscrit toutes deux une union monétaire avec d’autres pays d’Europe. La convergence des économies, pourtant nécessaire à l’équilibre du système, a été ignorée au profit de la revendication « politique » de faire souverainement ce qu’on veut du budget national.

Tout va bien si l’on est vertueux et qu’on dégage un excédent de commerce extérieur ; rien ne va plus lorsqu’on accentue le déficit chronique au risque de tendre la sébile à des pays qui n’ont nulle envie de conforter nos excès.

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