Que vaut la promesse de François Hollande ?

Inverser le chômage d’ici la fin de l’année ? Comme si une crise qui dure depuis une génération était un moment de transition et pas un système. C’est une illusion de croire que tout pourrait redevenir comme avant. Le mouvement du monde et ses bouleversements sont une réalité, l’illusion est de croire qu’ils ne sont que passagers. L’émergence de pays immenses comme la Chine ou l’Inde, sans parler des pays importants que sont le Mexique, le Brésil, le Nigeria et d’autres, change sans conteste le monde d’avant – donc nos habitudes de produire, de régner, de consommer et de penser. Dans 10 ans, les BRICS auront dépassé la France. Selon une étude du Center for Economics and business Research, la France perdrait dès 2013 son rang de 5ème puissance économique mondiale avant de n’être plus que 9ème en 2022.

rose fanee

Il ne suffirait donc pas de « faire la révolution » pour renverser l’élite au pouvoir et la remplacer par une autre. Ni Le Pen, ni Mélenchon ne voient les choses en face ; ils ne font qu’agiter les rancœurs pour se faire mousser. Le socialisme Hollande ne fait guère mieux car les bouleversements chez nous ne sont pas créés par NOS sociétés mais viennent des AUTRES pays émergents du monde comme de la nouveauté radicale que représente une planète globale aux ressources finies… Notre mode de vie habituel n’est donc plus tenable. Pas la peine de rêver à la croissance comme avant pour résoudre le chômage. La croissance ne sera désormais plus que le produit de la démographie par la productivité, donc par l’excellence des savoir-faire et l’entretien d’une culture orientée vers le savoir. D’où l’intérêt (mais long terme) de soutenir le désir d’enfants, l’éducation des élèves, la formation au long de la vie, l’investissement et la recherche. En cela, le Parti socialiste a raison.

Le capitalisme reste cette technique de l’efficacité maximum, usant du moins de capital pour le moins de matière et le plus de savoir – afin de produire des biens et des services les moins consommateurs d’énergie et de matières premières. Ce n’est pas « le capitalisme » qui est insupportable – c’est l’usage social qui en est fait par notre culture occidentale. « Toujours plus ! », titrait il y a quelques décennies François de Closet. C’est exactement ça : la mode, le gadget, l’effet de génération, le mimétisme de bande, l’envie qui pousse à imiter le voisin en mieux… tout cela participe du gaspillage, des contraintes au travail, de la malbouffe, du stress. En cela, le parti écologiste n’a pas tort, pas plus que certains « alter » ou « indignés » ; encore faudrait-ils qu’ils distinguent la technique d’efficacité économique de l’usage social dévoyé du marketing et de la mode.

L’anticapitalisme socialiste et écologiste, buté par idéologie, fait donc tache. L’inégalité la plus insupportable aux gens n’est pas celle des très riches; elle est celle des très proches, les beaux-frères, collègues et voisins. Pourquoi lui et pas moi ? Qu’a-t-il de plus que moi ? L’injustice, en pays démocratique où existe une égalité des chances, vient bien de l’intérieur, sans souci de morale ni de planète. Ne pas pouvoir se passer de son SmartPhone parce que tout le monde en a un signifie que l’on accepte le travail des enfants en Chine, les horaires démesurés, les salaires les plus bas, la pollution du transport, l’exploitation marketing, l’illusion de la marque… Je n’ai pas de SmartPhone et n’en désire pas : pour quoi faire ? comme les autres ? frimer comme un ado ? Je ne clique jamais sur une pub Google ni n’autorise aucune application à m’espionner sur Facebook. Je ne me précipite pas comme un taré médiatique sur les Whoppers de Burger King quand la malbouffe daigne se réinstaller à Marseille… Il n’y a plus des méchants patrons (comme au XIXème) mais tout un système social qui avive nos propres désirs et manipule nos bas instincts. Nous sommes autant coupables que les patrons si nous acceptons le produit tel qu’il est fabriqué, au prix où il est vendu, et avec son obsolescence programmée qui le fera (très vite) remplacer. Je refuse. Les soi-disant « révolutionnaires » qui veulent changer le monde et changer la vie… des autres – pourraient commencer par changer leur propre comportement.

La réflexion politique classique n’adhère plus aux changements du monde, elle n’explique plus guère que l’écume. Les Français baladés et manipulés par les médias aux têtes de linotte ont peur de cette modernité et se rétractent vers les valeurs « sûres » du soi-disant âge d’or. L’État-providence, le fonctionnariat, la crainte de devoir se débrouiller avec la vie restent une vision passéiste. Le président, pas plus que ses électeurs, n’a pris la mesure de l’épuisement de notre système économique, social, politique et culturel. Il n’existe plus de croissance qu’on puisse faire surgir pour guérir tous les maux. Plus largement, les ghettos urbains, l’encouragement des villes à la campagne, la représentation citoyenne diluée et démagogique, le multiculturel dans le vent, les intellos coupant les cheveux en quatre, ne font que désorienter un peu plus les gens. Les accuser de populisme est un peu léger. Reconstituer de l’humain et du commun signifie plutôt prendre conscience de l’illusion des modes et choisir de n’y pas souscrire. Comme cette part de la population selon TNS Sofres déconnectée, désengagée, désabusée – voire (dans le système scolaire) décrochée.

En chacun de nous se joue la dialectique permanente entre moi et les autres. S’il faut que je travaille, tout le monde doit travailler – être ni assisté, ni rentier. Si quelqu’un est riche et que je suis pauvre, ce n’est pas de ma faute – celui qui a réussi est forcément coupable. Le Parti socialiste, au vocabulaire revanchard, considère qu’il y a une solution morale pour la société dans son ensemble. Illusion ! jamais l’égalité ne sera parfaite puisque jamais l’envie ne sera comblée. Reste donc le concret : la clientèle électorale qui vote PS réclame de gros impôts… pour les autres, afin de redistribuer en leur faveur, au prétexte « des plus démunis » (dont les fonctionnaires feraient ‘naturellement’ partie).

Sauf que le gros des revenus taxables est dans la classe moyenne… qui ne consent à l’impôt (c’est l’essence même de la démocratie) que si elle en retire un bénéfice immédiat et contrôlable. Donc oui aux impôts locaux, visibles dans les collèges, la voirie, les établissements collectifs ; non aux impôts d’État, versés dans le tonneau des danaïdes des subventions aux roitelets étrangers, au prestige des ministres, aux services inutiles de l’Administration, à la bureaucratie du millefeuille en 7 niveaux (commune, groupement de commune, canton, département, région, État, budget européen).

L’État français actuel ressemble fort à celui de l’Ancien régime. Le marquis de Mirabeau (père du révolutionnaire) proteste dans L’Ami des hommes contre la défiance perpétuelle de l’État royal pour l’activité individuelle, sa tendance à décider de tout, les illusions que le sujet se fait sur la toute puissance de la loi. Dans l’action d’aujourd’hui, le gouvernement Hollande fait pareil, il régente les entreprises, pardonne aux profs leur incurie, fait la morale aux putes, s’assoit sur le droit (de juste contribution aux charges, de propriété, de liberté d’aller et venir – y compris de s’établir à l’étranger). D’où les couacs, cafouillages, annonces et reculades. Il est armé d’une solide prétention à dire le Bien, à user de la force majoritaire pour établir le droit, à croire qu’il suffit de dire « je veux ». La société est souple et plie (seuls les moins aisés sont obligés de subir), mais l’économie n’est pas un jeu de Monopoly.

L’innovation, l’entreprise, le crédit, l’embauche, sont fondés sur la confiance. Qui a été fort entamée par les déclamations hollandaises sur sa « haine de la finance » (sans effets concrets qu’une réforme bancaire a minima), sur la vengeance contre « les riches » (retoquée par le Conseil constitutionnel comme amateur et faisant peser des « charges excessives au regard des facultés contributives »), sur le manque de civisme des Français à qui l’on applique (rétroactivement) des impôts sans débat (après avoir annoncé une gRRRRââânde réforme fiscale dont la première brique n’est pas même posée), sur le « devoir » des entreprises à créer de l’emploi alors que l’on ponctionne la consommation (par CSG et TVA), que l’on encourage les importations (par les exigences de garder des salariés trop chers à cause des charges sociales toujours empilées, jamais repensées), que l’on taxe toutes les entreprises… avant de rétrocéder aux grandes (sous condition et pas avant deux ans) un petit tiers de ce qu’on a tout d’abord prélevé. Cela alors même que l’absence d’ajustement de la compétitivité française pour raisons politiques implique la poursuite de l’érosion de ses parts de marché à l’exportation et la dégradation du commerce extérieur en 2013… Vous avez dit amateurs ?

francois hollande abaca

Comment, dans ces conditions, la « promesse » du Nouvel an du président Hollande d’inverser la courbe du chômage serait-elle réalisable ? Il n’y a que trois moyens classiques : créer de l’emploi public (limité en raison du déficit), encourager l’emploi privé (mais pas en insultant des chefs d’entreprise et en ponctionnant les créateurs qui revendent leur boite), encourager la croissance (impossible à court terme sans redistribuer du pouvoir d’achat tout en faisant préférer la production française – ce qui prend des années). Reste donc un quatrième moyen bureaucratique : l’illusion. Le traitement statistique du chômage.

Ne sont pas chômeurs au sens du Bureau international du travail tous ceux qui ont travaillé « au moins une heure » dans le mois. Même si cela ne suffit en rien pour vivre, ces gens sortent des statistiques. L’Allemagne y a parfaitement réussi. François Hollande va probablement user de cet artifice, modérément, sans en avoir l’air. Un peu par la formation (mais les syndicats tiennent le 1% patronal et ne veulent pas le lâcher), surtout en encourageant les petits boulots au ras des municipalités socialistes et des services de l’État. Juste pour faire passer en « catégorie 2 » un maximum de chômeurs pour qu’ils ne soient plus comptés dans les statistiques. Faute de culture d’entreprise, François Hollande a la culture bureaucratique pour le faire. Sa promesse devrait donc rester du vent, puisque rien ne la soutiendra dans la réalité économique.

Catégories : Economie, Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Navigation des articles

4 réflexions sur “Que vaut la promesse de François Hollande ?

  1. Pingback: L’inculture française du droit « argoul

  2. L’anticapitalisme socialiste n’est pas d’imposer « les riches » : on peut être riche et rentier, c’est-à-dire »anti » capitaliste, puisque le capitalisme est la technique d’efficacité économique qui fait travailler le capital, qui risque la mise, qui entreprend… L’Ancien régime n’était pas capitaliste.
    L’anticapitalisme socialiste est de croire (par pure idéologie venue de Marx) qu’il s’agit d’un « système » social d’exploitation de tous par quelques-uns – et point à la ligne. Pour le socialisme, l’État soi-disant neutre serait soi-disant meilleur car mené par des fonctionnaires inféodés au parti du Progrès (évidemment socialiste). A chaque fois qu’un énarque (de gauche) est arrivé à la tête d’une entreprise française (les étrangers n’en veulent pas), on a vu le résultat…
    C’est confondre la croyance avec la réalité et le capitalisme avec l’usage social qui en est fait. La Chine rouge est capitaliste, tout comme les États-Unis oligarchiques ou l’Angleterre aristocratique (où les médecins sont fonctionnaires et même la religion est d’État), tout comme le Danemark et la Suède sont parlementaires, la Suisse et l’Allemagne fédéraux. L’usage social français est de REPRODUIRE (mot cher aux sociologues de la dénonciation sociale, comme Bourdieu) l’État d’Ancien régime et sa religion unique par un parti hégémonique et une croyance utopique.
    Autrement dit, rien de changé, « l’État c’est moi », encore et toujours – et tant pis pour les réalités de l’économie réelle, tant pis pour l’Union européenne et la convergence nécessaire des politiques économiques et des fiscalités, tant pis pour la concurrence du marché mondial.
    Hollande serait différent ? Je le crois : mais en ce cas pourquoi laisse-t-il dire ses extrémistes ?
    Qu’aurait-on dit si Sarkozy avait encouragé et laissé dire autant les Le Pen de son camp ? Il l’a tenté sur les étrangers et « on » (les médias, les politicards de gauche, les bien-pensants) ont poussé les hauts cris. Pourquoi ne pas pousser les mêmes hauts cris avec Hollande ? Il n’a pas été élu pour conforter la jalousie envers les installés, l’envie envers les riches ou la revanche sociale des fonctionnaires et syndicalistes, mais pour remettre le pays sur les rails.
    Faire les bons choix ? Il les commence à peine… Avec 6 mois de retard qui, dans la conjoncture heurtée et trépidante d’aujourd’hui (avec les pays dynamiques qui émergent) équivalent à des années : comment redonner la confiance aux investisseurs (français ou étrangers) pour mettre leurs capitaux dans les entreprises françaises CETTE ANNEE (et pas après vérification en 2017 que la voie était bien sociale-libérale). Comment attendre la confiance après la morale à Peugeot, l’insulte (limite xénophobe) à Mittal, le mépris envers Bernard Arnault, le « minable » lancé à Depardieu – et j’en oublie ? Il semble que, depuis juin, près de 50% des PME françaises à vendre pour cause de retraite des fondateurs, ne trouvent pas preneur.
    « Au diable les idéologies », dis-tu : bravo ! Mais ce n’est pas ce qu’affiche le gouvernement Hollande pour l’instant. Au contraire. La campagne électorale est pourtant terminée, je crois. Pourquoi intoxiquer les gens et s’intoxiquer soi-même avec les vieilles lunes datant de 1981, elles-mêmes reprises de 1936, qui étaient puisées dans les idées de 1860 ? Quand on se veut « démocrate », partisan de la transparence et du débat, pourquoi ne pas mettre les vérités sur la table ? Les réalités des choses et des gens plutôt que les vieux slogans ?
    Exemple parfait : le chômage. C’est une pure illusion de faire croire qu’on peut « infléchir la courbe » d’ici la fin 2013 avec les tout petits moyens aujourd’hui disponibles. Il y aura donc mensonge : manipulation des chiffres comme je le suggère, ou report à l’éternel « demain on rase gratis » (slogan socialiste favori depuis l’origine), ou dérapage du déficit public.
    Ce que j’ai écrit dans les notes précédentes sur Hollande demeure, mais on ne peut pas tout répéter à chaque fois. Celle-ci est sur le (probable) mensonge Hollande sur le chômage. Merci de tes remarques fort intéressantes, mais soyons un peu cohérents.

  3. Daniel

    Des bonnes choses dans cet article et des exagérations d’expression comme d’hab : L’anticapitalisme socialiste c’est ce que tu vois en ce moment (Parce qu’après avoir fait des cadeaux au riches pendant 5 ans on leur demande un effort pendant deux ans ?) Mais c’est toi qui es en retard d’une génération. As tu lu le JDD de dimanche dernier et l’excellente analyse de François Baroin (encore un François, mais autre chose que De Closet et ses bouquins de supermarché),
    Francois Baroin: (de mémoire) « Hollande a opéré un tournant de rigueur en trois mois ce que Mitterrand a fait au bout de deux ans. C’est un virage dans la bonne direction ….. il conduit une politique sociale-démocrate qui ne s’assume pas encore. Il va être obligé de se détacher de la gauche de la gauche et il y aura un moment ou un autre une rupture et un appel du pied à Bayrou »
    D’accord il y a eu des couacs même de l’amateurisme et les 75 % ont été mal ficelés mais il fait ce qu’il faut faire et qu’avait commencé à faire Fillon après avoir enfin réussi à s’imposer à Sarko…. Oui la France était en faillite et si le guignol l’avait laissé travailler dès 2007 on n’en serait pas là. Et également le gouvermement Raffarin) Rappelons que fin 2001, la France avait les meilleures résultats d’Europe hors Luxembourg)
    Autre sujet les Brics et oui et tant mieux. Le Brésil est déjà sur les talons de la Grande Bretagne peut-être devant et sans doute que d’ici deux ou trois ans il aura piqué la 5ème place mondiale à la France . Et alors ? c’est l’effet combiné de la démographie et du décollage économique….. avant 2020 la Chine sera devant les USA et ça ne voudra pas dire grand chose. Vu le nombre de naissance en Europe la France pourrait à échéance 20 ans être devant l’Allemagne, mais aussi être dépassée par la Russie.
    L’essentiel est de faire les bons choix et d’avoir le courage de les faire s’il le faut contre son électorat J’espère très franchement que Hollande sera battu (ou non candidat) en 2017, ça voudra dire qu’il a fait le boulot, qu’il sera arrivé à 3% de déficit budgétaire non pas fin 2013 (il sera vers 3.5%) mais au milieu de l’année 2014 et que la France ne sera pas loin de l’équilibre en 2017 avec décrue de l’endettement. Après le reste n’est comme tu le dis qu’une question de croissance, mais il est à craindre et tu as raison qu’on ne retrouvera pas une croissance supérieure à 2 % avant longtemps. Il faudra bien organiser la société en conséquence et espérer d’ici là que Hollande a défaut d’nverser le chomâge pourra au moins inverser la tendance de la courbe …. le plus tôt possible (mi-2014 serait déjà bien) mais d’ici là il faut rassurer, mentir un peu et surtout ne plus faire des petites conneries d’amateur qui permettent aux médias de s’en donner à coeur joie. Il faut aussi que les partenaires sociaux trouvent un concensus pour assurer flexibilité dans les PME et sécurité des travailleurs : il y a des modèles en europe on peut s’y référere et au diable les idéologies que ce soit des reliquats suranés du marxistes ou du libéralisme monétariste.
    A +

  4. Excellent cet « article » où TOUT est dit et je retiens le clin d’œil à François de Closet, un AUTRE François !
    Bonne journée, merci.

%d blogueurs aiment cette page :