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Pierre Lévy, Au cœur de la Russie en guerre

Ambassadeur de France en Russie de janvier 2020 à août 2024, Pierre Lévy s’est trouvé aux premières loges pour observer la montée à la guerre d’un président Poutine enfermé dans sa paranoïa. Les réflexions personnelles, son goût pour la Russie et les Russes, pimentent sa réflexion géopolitique. Il a sur le moment de la distance, il a depuis pris du recul. Ce qui arrive vient de la psychologie des hommes, mais aussi des tendances profondes de l’histoire. Il livre le témoignage des faits, le vécu d’une réflexion, ce qui est précieux pour démêler les fausses vérités de la propagande, complaisamment reprises par les intellos ignorants et les politiciens manipulateurs.

Dix chapitres. Deux mois de vie normale à sa prise de fonction, puis le révélateur du Covid, enfin aux sources du conflit, la montée des tensions, l’opération militaire « spéciale ». Après ces événements, l’auteur analyse le pouvoir russe au miroir de la guerre, comment la Russie se transforme, ce que c’est comme ambassadeur de vivre et travailler dans un environnement hostile. L’objectif de Poutine ? la désoccidentalisation du monde. Comment, dès lors, envisager des perspectives de négociation ? En conclusion : « nous sommes-nous trompés ? »

Outre les récits de vie quotidienne, le plus intéressant à retenir est la vision du monde depuis Moscou. L’Ukraine n’est qu’un prétexte à prédation, un exemple pour revenir parmi les Grands, les maîtres du monde que sont les États-Unis et la Chine. « Nous avons progressivement vu le Kremlin se claquemurer dans sa logique de confrontation, le régime se radicaliser. Je qualifiais alors la Russie de puissance hermétique ». Les affirmations identitaires saisissent tous les pays, « mais ces forces portent des excès et des poisons : le nationalisme, le rejet de l’autre, l’hubris, autant d’effets secondaires terribles. Le diplomate, du moins celui d’un pays démocratique, travaillant à la paix, est là pour faire rentrer dans la boîte ces forces maléfiques, pour les formater au prisme de la raison et du droit international, pour les traduire en équations d’intérêts négociables, pour une pratique civilisée du monde et pour y apporter de la tempérance. » Rien de cela chez Poutine, saisi par l’aveuglement de se croire missionné pour rétablir un Etat-civilisation.

L’Europe a la mémoire apaisée des guerres passées, pas la Russie, dont la mémoire reste refoulée et agressive. Le ressentiment est entretenu dans une logique politique. « L’inspiration de Vladimir Poutine est profonde et vient de loin. Dans son narratif, la victoire contre l’Allemagne nazie est au fondement de l’identité nationale. Elle confère à la Russie une mission libératrice qui justifie la guerre contre l’Ukraine avec les objectifs des 3D – dénazifier, démilitariser, dénucléariser – et d’y protéger les russophones d’un ‘génocide’, en particulier dans le Donbass. Les erreurs, omissions, distorsions et mensonges sont généralisés. Les références historiques sont innombrables, produisant, selon moi, un salmigondis puisant à des sources impériales, communistes, dans une même pulsion de puissance et de domination ». En regard, la déliquescence américaine avec l’assaut du Capitole, le piteux retrait de Kaboul, l’échec du sommet pour la démocratie de Biden, l’impuissance réitérée de l’Union européenne soumises à de multiples élections, laissent le champ libre aux appétits de prédation.

Pour ce faire, inverser la culpabilité : c’est pas moi, c’est l’autre. La Russie n’agresse pas, elle se défend, l’Otan se déploie à l’Est et menace, les propositions russes n’ont rencontrées que tromperies. Mais l’attaque de l’armée russe est un désastre. L’Ukraine se défend, ce qui n’était pas prévu. La désinformation fait flop, les forces spéciales sont mises en échec. En plus, «le manque d’encadrement, notamment de sous-officiers, les insuffisances du combat interarmes tels que les armées occidentales le conçoivent, les lacunes dans le renseignement militaire, le matériel en partie obsolète (…) Le manque d’un commandement clair et unifié ». Et c’est le moment Prigojine, qui ose dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Il sera descendu par un missile, dans son avion où il avait l’outrecuidance de voyager au-dessus de la Russie, se croyant pardonné. « Ma conviction est qu’il y a bien eu une action de déstabilisation et un véritable coup de force pour peser sur le cours de la guerre, contre l’establishment militaire, sans nécessairement vouloir renverser Vladimir Poutine ».

Si le pouvoir est autoritaire et répressif, le « rapprochement avec le fascisme est réducteur ». L’autorité s’exerce de manière imparfaite en raison de l’immensité russe, l’Internet n’est pas fermé à la chinoise, des espaces d’expression en ligne subsistent (à condition de ne pas dépasser certaines lignes rouges), chaque citoyen a le choix de sa propre Russie : « accepter la dictature de l’information, participer à la démocratie plébiscitaire, faire partie d’un État mafieux, se tenir à l’écart ». Les plus radicaux s’expatrient – aussi pour éviter la mobilisation. En général, la population fait le dos rond ; elle s’adapte plutôt que de protester. Elle se dit que les dirigeants savent ce qu’ils font. C’est peut-être ce qui nous attend en France si les extrêmes, de droite ou de gauche, passent aux prochaines élections.

Le discours de Poutine a évolué vers une désoccidentalisation du monde pour coller au narratif chinois et flatter les pays du « tiers » monde, qualifiés de « sud global » pour faire masse. Mais « Le plaidoyer de Moscou en faveur d’un monde multipolaire masque à peine l’ambition majeure : l’organisation de sphères d’influence. Il justifie son intervention en Ukraine, son droit de regard sur ‘l’étranger proche’, selon l’expression soviétique, et même, au-delà, sa prétention à s’occuper de l’Europe de l’Ouest. » La Russie dilue ses visées conquérantes dans un combat global contre ‘l’Occident collectif’. Elle brouille la perspective et crée une illusion d’optique avec la ‘décolonisation’, qui parleplus que la dénazification aux nations du sud. Mais évoquer un Etat-civilisation, c’est le poser en supérieur, hypocrisie de propagande qui justifie la zone d’influence autour du phare civilisationnel comme la Russie en Europe, la Chine en Asie, les États-Unis en Amérique. Dès lors, la bascule est intervenue le 24 février 2025 avec le vote des États-Unis avec la Russie à l’Onu, refusant de condamner Moscou comme agresseur de l’Ukraine. « Cet alignement sur la position russe de l’administration Trump restera comme une tache dans l’histoire de la diplomatie américaine », n’hésite pas à dire Monsieur l’ambassadeur – avec raison, mais la raison est absente chez le Bouffon vantard yankee.

Moscou joue sur les frustrations et les ambitions des uns et des autres, en pervers narcissique manipulateur. « Dans cette vaste entreprise de conquête et de défense de sa sécurité, de casse du modèle occidental et de redéfinition des équilibres du monde, la Russie n’a pas d’alliances mais des amitiés sans limites (Chine), des complices (Iran), des fraternités indestructibles (Corée du Nord), des vassaux (Biélorussie), des admirateurs (Hongrie, Serbie, Slovaquie) ; elle inspire les opportunistes (Algérie, Burkina Faso, Mali). C’est un modèle de sa politique étrangère, fondée sur la primauté de sa souveraineté qui ne saurait être entravée par une alliance. »

La suite ? « Moscou est allé trop loin pour ne pas aller plus loin. L’avantage sur le terrain et les bonnes grâces de Washington doivent être exploitées à fond, sans toutefois pousser Donald Trump au point où il changerait de pied. Il s’agit, plutôt que de le ménager, de le lasser, de l’user pour qu’il ‘zappe’, comme il le fait souvent en politique étrangère. Les Russes ont bien saisi la différence, dans l’approche du président américain, entre ‘fichez-moi la paix’ et ‘je veux faire la paix’, tout comme ils ont compris la manière de gérer ce que j’appellerais son égonomie, en combinant flagornerie, vénalité, et ironie ». L’éléphant de la Maison-Blanche en prend plein la trompe. Poutine peut déclarer la victoire à tout moment, tout le monde s’en contentera. L’hypothèse la plus vraisemblable pour la guerre en Ukraine reste « un cessez le feu qui s’éternise », comme entre les deux Corée. Mais « ‘l’européanisation’ de l’Ukraine dans ses frontières stabilisées, même provisoirement, constitue la voie indirecte du changement diffus en Russie : telle est ma conviction. Elle exigera, côté ukrainien comme côté européen, patience et persévérance ».

Et oui, nous nous sommes trompés. « A mon sens c’est à 2007 que remonte le grand basculement. Nous avons écouté mais pas entendu le discours du président Poutine à la conférence sur la sécurité de Munich. Dans ce programme de politique étrangère de sécurité de l’après guerre froide, se trouvent tous les thèmes inspirant la politique suivie jusqu’à maintenant. Peu après, avons-nous commis une erreur majeure au sommet de l’Otan à Bucarest en avril 2008 en adoptant un compromis instable reconnaissant la vocation de l’Ukraine et de la Géorgie a àdhérer un jour ? » Ce compromis fut interprété à Moscou comme un aveu de faiblesse. Et les données du renseignement américain et anglais sur l’imminence d’une invasion n’ont pas été crues en février 2022.

Mais pourquoi sans cesse nous demander pourquoi nous avons perdu la Russie, plutôt que pourquoi la Russie nous a perdus ? Poutine a fait une erreur historique en s’éloignant de l’Europe, son premier partenaire économique et technologique, son terreau culturel. Il faut permettre à l’Ukraine de tenir, « il y va de notre sécurité et de l’ordre du monde ».

Cela devait être dit. Ce mémoire d’ambassadeur sont très intéressantes et faciles à lire. De quoi comprendre l’actualité brûlante entre grands acteurs du monde. Manque cependant quelques vues sur la Chine, dans ce Grand jeu planétaire.

Pierre Lévy, Au cœur de la Russie en guerre – Récit de l’ambassadeur de France, Tallandier 2025, 368 pages, €22,90, e-book Kindle €16,99

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R.J. Ellory, Les anonymes

Un roman policier écrit par un Anglais et qui se passe aux Etats-Unis. Il dénonce l’impérialisme américain alimenté par la CIA, elle-même manipulée par quelques rares Maîtres du monde ou qui se croient tels. D’où le financement du contre-terrorisme « communiste » par l’argent de la drogue… facilité par l’Agence pour éviter de passer par le Congrès ! Ce fut vrai sous Reagan, peut-être moins aujourd’hui, encore que : l’argent tout-puissant corrompt puissamment.

Cela est le message de l’ouvrage, roman policier lent qui découvre peu à peu les rouages du Système. Nous sommes à Washington, le siège de la puissance, près du triangle des agences fédérales de force, CIA, FBI, Cour suprême. Une femme est assassinée par étranglement avant (ou après) avoir été sauvagement battue. Son nom de Catherine Sheridan est un faux, elle n’existe pas, son numéro de Sécurité sociale (avec lequel on peut – ou pouvait – obtenir n’importe quel papier d’identité) fait référence à une femme décédée il y a longtemps. Dans le pays « le plus avancé du monde » pour la technique, l’Administration est un brin retardée : on paperasse à gogo mais les fichiers ne sont pas reliés et mal remplis.

Les flics chargés de l’enquête piétinent ; ils aboutissent à chaque piste à des impasses. Car ce n’est pas la première femme à avoir été éliminée de la sorte. Aucun indice, aucune arme, aucune trace. Sauf que l’inspecteur Miller, toujours obsédé, stressé et fatigué, va se voir mettre le nez sur une piste qu’il aura beaucoup de mal à suivre. Il est pourtant réputé « le meilleur » de la brigade selon son capitaine et « des moyens » lui sont attribués car les politiciens s’inquiètent de l’opinion que la presse agite à propos d’un tueur en série. Il signe ses crimes avec un ruban attaché au cou de ses victimes, portant une étiquette de la morgue.

Miller n’est pas intelligent, materné par une Juive dont on ne voit pas trop ce qu’elle vient faire ici. Il est trop perpétuellement fatigué pour avoir des intuitions. C’est ce qui fait la faiblesse du livre. A l’inverse, son criminel qui n’en est peut-être pas un, quoique, apparaît un maître suprême dans l’art de l’analyse comme de la dissimulation. Il a été entraîné pour cela et mène dorénavant la carrière d’un brillant universitaire. Est-il le tueur ? Miller le croit mais le prof sème des cailloux comme le petit Poucet afin de forcer l’inspecteur à aller dans la bonne direction. Celui-ci ne veut pas voir, c’est trop évident ; il ne veut pas comprendre, c’est trop gros ; il ne veut pas admettre, ce serait scandaleux. Et pourtant « cela » est.

Ces meurtres ne sont pas au hasard. Il ne s’agit pas d’un psychopathe qui massacre en série mais d’une action planifiée par un organisme d’État, ou par des dissidents de cet organisme qui ont fondé un Etat dans l’État, ou par des manipulateurs de dissidents qui agissent au nom de leur propre morale d’État. Jusqu’au bout.

En bref c’est embrouillé, lent à démarrer, paranoïaque. Mais l’on s’y attache si l’on s’accroche. Fondé sur des faits vrais des années 1980, l’intrigue poursuit la tendance au prétexte que le nerf de la guerre a supplanté la guerre même. La fin mélo ne dépare pas.

Roger Jon Ellory, Les anonymes (A Simple Act of Violence), 2008, Livre de poche 2012, 731 pages, €8,90

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L’Associé du diable de Taylor Hackford

Le droit est, pour les Américains, la loi divine sur terre et ses avocats sont ses clercs et ses prêcheurs. Les lois sont si complexes et proliférantes qu’il ne faut rien moins que des spécialistes pour s’en débrouiller : où l’on retrouve la loi du plus fort chère aux pionniers, ou la loi du plus riche, ce qui revient là-bas au même. Qui a la puissance a l’argent donc les meilleurs avocats – et gagne ses procès.

Lorsqu’un jeune défenseur de Floride gagne trop souvent, le soupçon vient que le diable s’en mêle. Car faire acquitter un prof pédocriminel qui a attouché une ado de quatrième ingrate et bafouillante est un crime aux yeux de Dieu (s’il s’en préoccupe). Or il semble ne rien faire au nom du « libre arbitre ». L’être humain est libre depuis la Chute où la femme, séduite par le serpent, a croqué la pomme. La connaissance s’est révélée au couple humain et « ils virent qu’ils étaient nus » (quelle horreur ! au lieu d’en jouir ils en eurent « honte »). Désormais, ayant désobéi, à eux de se débrouiller tout seul dans la jungle terrestre et avec les autres humains qui prolifèrent à cause de la frénésie sexuelle. Kevin voit son client frétiller de la main sous la table lorsque l’adolescente raconte en pleurant comment il lui a mis la main sur le chemiser, puis l’autre sous la jupe et qu’il est remonté, de plus en plus haut, et ainsi de suite. Rien que le souvenir le fait bander et l’avocat lui dit qu’il irait jusqu’à éjaculer devant le juge ! Il s’aperçoit bien que son client est coupable mais, par vanité, lui qui n’a jamais perdu aucun procès, il ne veut pas laisser la justice gagner et, malin, va discréditer devant le jury la parole de la fille, moins innocente qu’elle ne paraît.

L’adaptation Hollywood du roman The Devil’s Advocate d’Andrew Neiderman, Kevin Lomax (Keanu Reeves, 33 ans) a la beauté du diable et l’habileté qui va avec. Après l’acquittement improbable du pédocriminel, une grande firme juridique de New York lui propose un pont d’or (à cinq chiffres) pour qu’il vienne seulement deux jours choisir un jury pour un procès. Il s’en tire avec les honneurs et son dirigeant John Milton (Al Pacino) décide de l’engager en créant pour lui un service d’avocat pénaliste au lieu d’envoyer les clients habituels vers d’autres cabinets.

Tout est trop beau pour être honnête : salaire mirobolant, appartement de fonction aux trois chambres dans un immeuble donnant sur Central Park, proximité du bureau, des commerces, des écoles et du staff de la firme qui loge dans le même immeuble réservé, d’étage en étage en fonction de la hiérarchie, le dernier au sommet étant réservé au chef. Composé d’une seule pièce immense, un grand feu y brûle toujours, été comme hiver, et une composition gigantesque du Paradis perdu du poète John Milton trône au-dessus du bureau principal.

Mary Ann, l’épouse de Kevin, n’aura plus à travailler mais se fera-t-elle au climat et à la trépidation de New York ? Kevin lui laisse le choix (encore le libre-arbitre). Mais est-on libre lorsqu’on est tentée ? Séduite par le fric et le luxe comme par le discours susurré du serpent Milton sur sa beauté et sa coiffure, elle se laisse tenter et croque la Grosse pomme. Elle va vite s’apercevoir de la fatuité des autres épouses qui ne pensent qu’à se regarder entre filles seins nus pour se faire valoir, dépenser en robes à 3000 $ portées une fois et à s’envoyer en l’air pour passer le temps. Est-ce cela la vie d’une épouse ? Attendre dans l’appartement immense et vide que son mari rentre à pas d’heures et qu’il la délaisse pour un boulot si prenant qu’il passe sa vie avec son patron plutôt qu’avec elle ? Mary Ann (les prénoms de la mère du Christ et de la mère de la Vierge) voudrait un enfant mais « on » (le diable ?) lui a, dit-elle, ôté les ovaires.

Kevin Lomax, de son côté, se prend au jeu et s’active. Son orgueil (plutôt que sa vanité, ainsi qu’il est traduit en français) est le plus grand des péchés capitaux car il voit l’homme tenter de s’égaler à Dieu, offense suprême ! Kevin ne veut jamais perdre et s’investit en totalité dans la défense de ses clients, même les plus vils salauds. Un promoteur immobilier très semblable à Trump, Alexander Cullen (Craig T. Nelson), très gros client de la firme pour se trouver constamment aux marges de la loi (plus de 1600 fois en un an…), est accusé d’avoir tué sa troisième femme, son beau-fils et sa domestique au pistolet en rentrant un soir chez lui. C’est un mégalomane menteur qui ne connait de vérités que celles qu’il affirme et qui compte bien être acquitté de toute accusation. Il va jusqu’à faire témoigner pour lui son assistante : il était en train de la baiser, trois heures durant, à l’heure des meurtres (« vous avez dû être éreintée », susurre malignement Lomax). Sauf que c’est probablement faux et que l’avocat malin s’en rend compte lorsque la fille ne sait même pas si Cullen est « coupé » (circoncis). Comme en Floride, Lomax va-t-il jouer le jeu du client ou celui de la justice ? Son patron Milton lui laisse clairement son libre-arbitre, puisque son épouse Mary Ann ne va pas bien : qu’il laisse l’affaire à un autre et qu’il s’occupe d’elle pour sauver son mariage. Mais est-on libre lorsqu’on est tenté ? L’orgueil parle une fois de plus – une fois de trop – et Lomax fait son métier au détriment de toute humanité. Le diable a gagné et ce pourrait bien être John Milton, patron cynique et sans aucun scrupule dont le sourire sardonique éclate trop souvent pour être honnête.

Mary Ann qui hallucine se réfugie à poil dans la plus proche église de son appartement et, lorsque son époux sort de sa plaidoirie pour la retrouver enveloppée dans un duvet rose de clocharde, sur appel d’une âme charitable, elle lui avoue que John Milton l’a baisée tout l’après-midi – le même argument que celui du promoteur. Or John Milton a assisté au procès aux côtés de Kevin Lomax durant tout ce temps. Déjà que Lomax l’avait surpris à parler plusieurs langues (chinois, italien, espagnol), ne voilà-t-il pas qu’il prend toutes les formes et peut se trouver en plusieurs lieux à la fois ? Si ce n’est pas la définition chrétienne du « diable », qu’est-ce donc ? La mère de Kevin, Alice au pays des Marvel comics (Judith Ivey) a fauté jadis avec un barman aux yeux de braise et a élevé seul son fils ; elle sait bien que New York est la Babylone de la Bible, où la Bête a établi ses quartiers, et que son Kevin a atteint 33 ans, l’âge du sacrifice du Christ. Mais son fanatisme obsessionnel à citer sans cesse les mêmes saintes Ecritures la dessert : qui peut croire en la répétition plutôt qu’en la dialectique ? Obéir à Dieu, c’est abolir toute pensée personnelle pour se soumettre et radoter ce qui est écrit une fois pour toute sans plus penser ; c’est donc abolir son humanité et son libre-arbitre. Est-ce sensé ? Mais le libre-arbitre est-il franchement libre ? La Bible ne guide-t-elle pas l’égaré sur les chemins du juste ?

Kevin fait donc interner Mary Ann qui, malgré les calmants, reste confuse. Quand Pam, l’assistante juridique de Milton (Debra Monk), tend à la jeune femme un miroir pour qu’elle se voit belle, elle aperçoit le visage démoniaque de l’assistante sous le masque de chair et brise le miroir ; elle prend un éclat et se tranche la gorge sous les yeux de son mari et de plusieurs témoins. C’est le moment (mal choisi pour Kevin Lomax) où sa mère lui avoue qui est son père et il déboule au dernier étage de l’immeuble Milton pour y trouver ce dernier avec une fille, Christabella (la belle Christ) que John lui présente comme sa sœur (Connie Nielsen). Ce qu’il lui apprend, je laisse le spectateur le découvrir, mais tout finit comme à Hollywood, avec le libre-arbitre mais dans les flammes et l’hystérie…

…Jusqu’à ce que Kevin Lomax se réveille dans les toilettes du tribunal de Floride du début, juste avant qu’il n’interroge la gamine abusée. Sa prescience le fait changer d’avis et « la justice » pourra peut-être passer. A moins que l’orgueil, toujours présent, ne compromette une fois de plus le processus, en abyme.

Les effets spéciaux ne manquent pas, des visages qui se diabolisent jusqu’à la fresque qui s’anime, faite par William Blake pour le Paradis perdu de John Milton, effet qui aurait coûté à lui seul deux millions de dollars. Keanu Reeves est parfait dans le rôle d’ange déchu ou de diable en herbe, juvénile séducteur de toutes les femmes ; Al Pacino est remarquable en Satan incarné, regard de braise pour les hommes et de baise pour les femmes, sourire méphistophélique qui n’atteint que les lèvres sans aller jusqu’aux yeux ; Charlize Theron est superbe en hystérique devenant progressivement folle à lier (l’hystérie étant une névrose d’origine sexuelle que le Moyen Âge a assimilé à la possession par le diable). La partition musicale angoissante de James Newton Howard ajoute au charme vénéneux du film. Je ne l’avais encore jamais vu, il est très bon.

Nous sommes dans l’extrême de l’Amérique : le tout est possible se transforme en tout peut-il être possible sans y perdre son âme ? Le pacte faustien de Goethe à la Renaissance rejoint l’ambition yuppie des années 1980 et 90 pour faire croire aux jeunes loups du droit, de la finance ou de la promotion immobilière qu’ils sont les maîtres du monde, les égaux de l’Éternel. Satan les tente par le sexe, l’argent, la gloire et le pouvoir. Ils en sont ivres et perdent leur humanité à l’image de Dieu au profit du diable qui en rit et les tient. S’ils trahissent par jalousie, ils sont exécutés, tel le directeur général Eddie Barzoon (Jeffrey Jones), tabassé à mort par deux clochards nègres (aux visages de démons) alors qu’il fait son jogging (à l’envers) autour de Central Park. L’enfer est désormais sur terre.

Il faut bien sûr entrer dans la mythologie chrétienne de Dieu, du Diable, de la tentation du Paradis perdu et de l’Enfer, mais cette culture se mérite tant elle continue d’irriguer tout ce qui vient des Etats-Unis. Une façon de prédire tout ce qui allait arriver en 2000 avec la chute des valeurs Internet en bourse, le krach séculaire de 2008 et l’arrivée du clown populiste Trump au pouvoir en 2016. Ce film apparaît comme une Apocalypse de saint Taylor.

DVD L’Associé du diable (The Devil’s Advocate), Taylor Hackford, 1997, avec Keanu Reeves, Al Pacino, Charlize Theron, Jeffrey Jones, Judith Ivey, Connie Nielsen, Craig T. Nelson, Ruben Santiago-Hudson, Tamara Tunie, Debra Monk, Warner Bros 1999, 1h18, €9.48 blu-ray €14.05 

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Giacometti et Ravenne, Le règne des Illuminati

giacometti ravenne le regne des illuminati
Lire un thriller complotiste est une récréation. Ne croyez pas que j’y croie, ni tout ce que vous lisez, ni même les auteurs lorsqu’ils relativisent à la fin. La vérité n’est jamais qu’une modalité de la croyance, comme l’a montré Paul Veyne après Nietzsche : elle est relative au niveau du savoir, à la capacité à penser par soi-même et à analyser l’information, comme à l’époque où vous vivez. Le complot est à la mode depuis que les gouvernements peinent à répondre, empêtrés dans des considérations diplomatiques, le politiquement correct, et la toute simple bêtise, souvent, de leurs propres enquêteurs.

Antoine Marcas (en référence au Z. Marcas de Balzac ?) est flic parisien et franc-maçon entre deux affectations, déjà héros de plusieurs enquêtes des auteurs. Lorsque le célèbre abbé Emmanuel (mixte d’abbé Pierre et de sœur Emmanuelle) est assassiné d’une balle dans la tête à l’UNESCO lors d’un discours, la juge antiterroriste conclut très vite au loup solitaire, qui s’est d’ailleurs « suicidé » juste après son acte en avouant son forfait dans une lettre. Mais la perquisition de son pavillon de banlieue révèle une cave secrète, dans laquelle des photos découpées aux yeux et des slogans le rapprochent de la franc-maçonnerie. A Marcas d’enquêter – sous le manteau – pour ne pas attiser le syndrome du bouc émissaire envers les francs-maçons français, ni déjuger l’enquête qui satisfait le gouvernement et l’Église. Sauf que la juge est renversée par une voiture (par hasard ?) et décède.

Le lecteur entre alors dans une suite d’actions et de rebondissements pimentés de sexe et de bagarres qui font les bons thrillers. Les coups de théâtre ne manquent pas et le roman est monté à la façon d’une série télé américaine, en chapitres courts qui s’achèvent sur une interrogation. Deux époques sont mêlées pour donner de la profondeur : 1794 et de nos jours, la révolution française en son épisode de terreur robespierriste et les groupes de maîtres du monde américains de l’ère Internet. Vous pourrez même assister, dans la galerie des glaces à Versailles, à l’énucléation tout vivant du jeune roi Louis XVII, 9 ans, par les francs-maçons sous la direction de Saint-Just, puis à l’arrachage de son cœur d’un coup de couteau par l’archange de la Terreur qui fouille sa poitrine. Beurk !

L’humanitaire médiatique se mêle à la Silicon Valley et à l’engouement pour une pop star à la mode. Pendant le spectacle, les recherches continuent. Pour mieux traquer ce que vous faites, ce que vous êtes, et ce qu’on pourrait vous vendre. La manipulation commerciale peut servir aussi à d’autres fins – pour votre bien comme pour celui de la planète. Il n’y a guère que les hackers, mutants de hippies bi et d’otakus, qui parviennent à surfer sur la vague qui emporte la technique selon la loi de Moore.

Internet porte à haut degré la paranoïa de la surveillance, dont la punition n’est jamais qu’à un pas. Les auteurs jouent à merveille de ce fait réel, notamment l’eye tracking de vos Smartphones et ordinateurs portables, qu’ils assaisonnent du merveilleux maçonnique. L’un des auteurs est franc-maçon, l’autre ex-journaliste du Parisien. Le pseudonyme affiché du « frère » est contredit par sa photo en quatrième de couverture – ou comment jouer théâtralement du faux anonymat… Tout est donc vrai dans la fiction, sauf que c’est au lecteur de mesurer ce qui est vrai de ce qui n’est que vraisemblable, ou seulement possible, ou encore pas croyable.

eye tracking illuminati

Les Illuminati ont existé en Bavière à la fin du XVIIIe siècle ; la secte s’est rattachée aux sociétés franc-maçonnes qui existent depuis la fin du XVIe siècle ; le Jésuite Barruel – fermement anti-Lumières – a voulu à toute force trouver dans un complot franc-maçon les origines de la révolution française ; un correspondant italien lui expose même en 1806 les origines juives de ce complot… Tout cela est attesté, mais tout est fantasmé. Comme le disent les auteurs, les Illuminati « constitue une formidable source d’inspiration pour les auteurs de thrillers ».

Les Lumières étaient une libération des déterminismes biologiques et sociaux par le savoir. Mais l’arbre de la Connaissance cache toujours un serpent car, ici-bas, rien n’est jamais tout bien ni tout mal mais, comme toute pièce, a son revers. Les Illuminés des Lumières se croyaient au-dessus du bas peuple ignorant comme des demi-lettrés des cours alentours. Ils ont donc fondé un Ordre pour guider les masses vers la lumière. Tout comme les Jésuites pour répandre les Évangiles, Robespierre et son Comité de Salut public, les Fils de la Liberté dans l’indépendance américaine, puis Lénine et son parti bolchevique. Ceux qui croient ardemment détenir « la » Vérité veulent l’imposer à tous les autres, par la force s’il le faut – pour leur bien… Ce pourquoi les philosophes d’après 68 n’ont pas tort en repérant dans le libéralisme des Lumières ce démon du bien : un totalitarisme potentiel.

Lorsque vous ressortirez du livre, lessivés, vous ne regarderez plus votre doudou Smartphone de la même façon. Vous empresserez-vous de scotcher une bande noire sur la caméra ? De réviser les permissions que vous donnez aux applications ? Vous venez d’apprendre cette vérité que, même l’appareil éteint, Internet peut traquer à distance tout ce que vous faites !

De ce métissage de vrai, de vraisemblable, de possible, ou de pas croyable, c’est bien à vous de juger.

Eric Giacometti et Jacques Ravenne, Le règne des Illuminati, 2014, Pocket 2015, 720 pages, €8.40

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Dan Brown, Inferno

dan brown inferno 2013

Inferno, l’Enfer, première partie de la Divine comédie de Dante, est le fil du thriller. Dan Brown mélange complot, rébus, messages à décoder, jeux de piste, sens caché, écologie. Agitez bien en shaker atelier d’écriture et vous obtenez un produit fabriqué standard, prêt-à-lire comme on le dit du prêt-à-porter. Ce n’est pas mauvais, mais insignifiant.

On se laisse prendre, mais à condition d’en rester à l’épidermique-émotionnel-superficiel de la tranche d’âge 15-18 ans, dont l’auteur dit lui-même être « le cœur de cible d’Hollywood » (donc le sien). Pas de sexe, pas d’agitation des petites cellules grises (ça prend la tête comme les sédatifs dont tout le monde se bourre dans le roman), mais de l’action et de la « culture-pour-les-nuls » avec usage intensif de Wikipédia (pour les paidés, les enfants en grec ancien). Avec les erreurs-et-approximations de rigueur chez les pas-finis comme cette affirmation inepte p.372 : Venise « conquise peu après [la peste] par les Ottomans » ! C’est évidemment faux, malgré les 62 documentalistes et relecteurs « remerciés » en fin du livre.

Très ado aussi est cette remarque sexuelle sur le ton de la dérision des années lycée : « En comptant Hercule et Cacus – deux autres colosses nus – et les satyres accompagnant le dieu des Océans, ce n’était pas moins de douze pénis géants qui s’offrent au regard du badaud » p.183. Vous aurez reconnu, je n’en doute pas, la piazza della Signoria à Florence – et c’est bien sûr tout ce qu’elle offre en termes d’art aux visiteurs…

Dans un autre passage est décrite « la prise de Diomède », où le vaincu tient Hercule « par les couilles ». Très ado, je vous dis – émoustillé par les muscles mais interdit de sexe par le puritanisme américain des années 2000, ce pourquoi les femelles du roman ne sont pas femmes mais autoritaire stérile (la directrice de l’OMS), surdouée psychotique (Sienna), ou enceinte jusqu’aux yeux (Maria Alvarez). Aucune romance ne doit venir troubler la cryptologie qui permet de sauver le monde.

Nous retrouvons le Robert Langdon du Da Vinci Code en prof d’histoire de l’art spécialisé dans la symbolique médiévale. Il se réveille à l’hôpital amnésique, autre « truc » piqué au thriller américain La mémoire dans la peau. Sauf que ce n’est pas dans la peau mais dans le col de sa veste « Harris Tweed » que Langdon retrouve un cylindre à serrure biométrique contenant un rébus futuriste. Il est aidé en cela par une vigoureuse blonde « au QI de 208 » (dont l’auteur a du mal à donner sa pleine mesure, sans doute lui-même plus limité que sa créature).

  • Intelligent, le Langdon ? Non pas, mais pourvu d’une « mémoire eidétique » (à vos wiki !).
  • Forte, la Sienna au QI de 208 ? Non pas, mais caméléon sachant jouer tous les rôles.
  • Puissante, la directrice de l’OMS ? Non pas, bien qu’elle se déplace habituellement en C130, mais bornée et politiquement correcte jusqu’à ce qu’on lui mette le nez dedans…

Vous avez l’habituelle brochette d’érudits italiens qui s’empressent d’étaler leur savoir, les nervis obtus et musculeux qui ne pensent qu’à tirer dans le tas, les touristes évidemment idiots qui retardent l’avancée et qui béent devant tout insolite, sans parler des Maîtres du monde ou qui se croient tels, président de société, richissime biochimiste, VIP en visites privées dans les plus beaux lieux du monde. Le lecteur (de 15-18 ans) se sent flatté d’être invité aux musts dans le sillage de leur prof Langdon.

botticelli la carte de l enfer

Le thriller est bien construit, Dan Brown a de la technique ; chaque fin de chapitre est un moment de suspense qui vous fait aller de l’avant, les péripéties se cumulent et s’enchaînent, les coups de théâtre ne sont pas absents. Mais la psychologie des personnages reste très sommaire – adaptée probablement aux cerveaux bornés des 15-18 ans vus par Hollywood. Langdon a cette fâcheuse propension à bavarder et à se creuser la tête sans bouger juste lorsqu’il est urgent d’agir, et c’est sa blonde qui doit le traîner dans la bonne direction (voilà pour conforter les filles). Mais il découvre toujours un lapin dans son chapeau d’érudit pour faire rebondir le nombre de pages (voilà pour faire jouir les garçons). Et le lecteur de 15-18 ans ne sera pas surpris (plus âgé, si) s’il court comme un lièvre dès sa sortie d’hôpital où il se trouvait soi-disant « dans le coma ».

Nous avons les oppositions binaires à la portée des ados : drones contre passages secrets, génétique XXIème siècle contre Florence Renaissance, eugénisme (évidemment « nazi ») contre sentimentalité des médecins du monde (évidemment politiquement correcte). L’orgueil « transhumaniste » pousse à se prendre pour Dieu et à s’adorer en Narcisse, donc à être plutôt homo (pouah ! selon la morale de l’auteur) plutôt qu’hétéro (le Bien issu de la Bible)…

Avec cette interrogation tendance (aujourd’hui de droite aux États-Unis) : « Les endroits les plus sombres de l’enfer sont réservés aux indécis qui restent neutres en temps de crise morale ». Est-ce tiré de Dante ? C’est en tout cas la leçon aux ados que Dan Brown veut faire passer.

Vous l’avez compris, mélangez tout et vous avez un thriller prêt-à-lire pour 15-18 ans. Ça se lit puis ça s’oublie, mais vous passez un moment plutôt agréable, captivé juste ce qu’il faut sans laisser aucune trace. Car le virus Brown laisse stérile une partie de la population lisante – vous comprendrez cette énigme quand vous aurez fini le livre.

Dan Brown, Inferno, traduction française Dominique Defert et Carole Delporte, mai 2013, Jean-Claude Lattès, 567 pages, €21.76

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Thorgal 26, Le royaume sous le sable

Thorgal 26 couverture

Le plus mauvais des albums de Thorgal jusqu’à présent. L’histoire est inconsistante, ne faisant que reprendre le cliché du Thorgal voyageur opposé à l’Aaricia sédentaire, le cliché du gosse qui déclenche une catastrophe (ici Louve), le cliché éculé des maîtres du monde qui se croient d’une race supérieure… Le dessin n’est pas en reste, caricaturé sauf quelques visages, la couleur atrocement noircie, les cases occupant parfois les deux pages. On croirait que les auteurs en ont assez de leur héros qui ne sait ni se poser, ni suivre un but. Ils ont d’ailleurs attendu deux ans pour commettre cette sous-aventure.

jolan 14 ans veut etre un ado ordinaire

Nous sommes deux ans après Le mal bleu, Jolan a 14 ans mais reste aussi gamin, trop impatient pour tirer à l’arc correctement, ne désirant qu’une chose : être comme tous les autres ados de son âge, courir, danser, chanter, partir en expédition – en bref devenir un vrai Viking.

Thorgal se sait différent et il a inoculé cette différence à ses enfants. « Les gens n’aiment pas ceux qui sont différents d’eux ». Lui, en revanche, n’aime pas être comme les siens, ceux venus des étoiles.

aaricia veut rentrer thorgal voyager

La famille relâche sur la côte marocaine, près des dunes. Des gazelles fournissent leur ordinaire. Mais de mystérieux hommes bleus, en chèche comme les Touaregs, les remarquent et font le nécessaire pour qu’ils les suivent jusqu’à leur chef, allant jusqu’à brûleur leur vaisseau.

En chemin, c’est évidemment Louve qui veut attraper un papillon (en plein désert ?…). Et c’est évidemment l’un des Touaregs qui la sauve à l’aide de « pouvoirs »…

louve et le papillon

Nous ne sommes qu’au début de l’invraisemblable, allant jusqu’à découvrir les descendants des Garamantes, peuplade de l’Atlantide, dont la légende situe la cité perdue en plein désert. Ces Atlantes sont comme par hasard de la même race venue des étoiles que Thorgal. De quoi passer plusieurs pages à rappeler ce qu’on sait déjà, en moins bien.

thorgal contre les maitres du monde

Nous avons droit à des personnages de caricature pour une histoire étriquée entre bons et méchants, avec happy end bâclé.

toujours une chance pour thorgal

Entre temps, quelques affirmations habituelles de Thorgal déclarant que tant qu’on est vivant on a toujours une chance, et une remarque maligne de Jolan qui observe que les rats ne mangent pas les os – donc que les hommes perdus dans le labyrinthe doivent bien être allés quelque part.

jolan malin

Une mauvaise transition pour une belle saga familiale.

Rosinski & Van Hamme, Thorgal 26, Le royaume sous le sable, 2001, éditions du Lombard, 48 pages, €11.40

Tous les albums de Thorgal chroniqués sur ce blog.

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