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Une bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson

Un film woke, pro-migrants, pro-avortement, anti-capitaliste, sorti pour les premiers mois de la nouvelle présidence Trompe, librement adapté du roman Vineland de Thomas Pynchon sur les années Reagan. Comme quoi tout recommence, les révolutionnaires latinos ayant remplacé les hippies. Un film un peu long (2h40 !), à cause principalement du cabotinage en seconde partie du Caprio en clodo camé incapable d’élever sa fille ado, qui d’ailleurs, on l’apprendra en direct par l’ADN, n’est pas sa fille. Un scénario confus, mal présenté, dont on peut retirer un fil woke : le désir violent d’un officier blanc suprémaciste envers une révolutionnaire noire bien roulée et agressive, avec sa suite inévitable, la chasse à la fille issue de cet accouplement impie pour bien « récurer » l’affaire – selon les termes d’un « maréchal » d’une secte raciste du Sud. Autrement dit éliminer : le fauteur de race et le déchet produit.

Violence et cruauté sont les mots du film décrivant l’Amérique de Trump. Ici, tout commence dans un camp de rétention pour migrants, qu’une furie révolutionnaire noire à demi vêtue, Perfidia Beverly Hills (Teyana Taylor), membre d’un groupe révolutionnaire d’extrême-gauche, les French 75, investit avec ses copains pour libérer les gens. Nul gardien n’est tué, il ne s’agit que de grand spectacle, pour faire « de la bonne télé » comme dira le Bouffon narcissique à mèche blonde. Tous les acteurs sont d’ailleurs grotesques, ou presque, en faisant des tonnes pour marteler le message de la domination. L’artificier Pat Calhoun (Leonardo DiCaprio) un peu vieux, un peu lourd, pas militaire, gueulant des slogans woke sans savoir ce qu’il dit, se contente de feux d’artifices. Le capitaine Steven J. Lockjaw (Sean Penn) qui garde le camp est neutralisé par la guerrière black et en bande de désir, malgré ses préjugés racistes. Elle le sait, elle mouille dans l’action, chatte en chaleur shootée à l’adrénaline. L’artificier ne peut la contenter. Dans le chaos ambiant de l’Amérique, il faut gagner une bataille après l’autre, et baiser le Blanc en est une, dominer le dominant. Quand Lockjaw la surprend en train de poser une bombe dans les toilettes d’un lieu symbolique, il ne la libère qu’en faveur de relations sexuelles, façon de la soumettre. Mais qui domine l’autre ?

Car il y a conséquence : un gosse dans le ballon. Qui naît sous la forme d’une fille, Charlene – un prénom de Black, dit un Blanc. Mais la guerrière, pourtant pro-avortement, n’a pas la fibre maternelle et confie le bébé à son « père » supposé : l’artificier. Car la police de l’immigration finit par la coincer lorsqu’elle descend un garde dans une banque, et lui met le marché en main : où l’enfermement, impossible à considérer pour cette éprise de liberté ; ou la balance des French 75, avec nouvelle identité et disparition complète dans le programme de protection de témoin. Pat et Charlene vont vivre cachés sous un faux nom durant 16 ans dans la ville « libre » de Baktan Cross, où Charlene sous le nom de Willa (Chase Infiniti) fait du karaté.

Le capitaine est devenu colonel grâce à ses actions anti-immigrés et est invité à rejoindre le Club des Aventuriers de Noël, une société secrète de suprémacistes blancs qui se sentent supérieurs, même sans talents, au reste de l’humanité. Avec eux, entraide et solidarité, assurance d’un bon poste dans la société, sous les conditions formelles de n’avoir jamais été condamné, de ne pas avoir de parents juifs, de ne pas avoir eu de relations sexuelles avec une non-blanche. Lockjaw (‘mâchoire verrouillée’ en anglais) jure. Il reste nuque raide et démarche de robot ; il veut éradiquer sa faute en traquant sa fille cachée et engage Avanti Q (Eric Schweig), un chasseur de primes a moitié Comanche qui capture Howard Sommerville (Paul Grimstad), un camarade de Pat qui vocifère des propos woke sur une radio locale. Les gamins latinos (ironie du film) qui surveillent le coin déclenchent un signal de détresse auprès des French 75, tout comme les yaouleds durant La bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo, sorti en 1966 et que regarde un moment Pat.

Deandra (Regina Hall), membre du groupe, joint alors Willa par son système de reconnaissance électronique bricolé et l’emmène illico, tandis que l’armée de Lockjaw envahit la salle de bal du lycée. Mais l’ado, à qui son « père » avait interdit tout téléphone mobile pour ne pas qu’elle soit tracée, en a acheté un en cachette, et sa bêtise la fait repérer dans un monastère de bonnes sœurs où elle apprend par Deandra que sa mère a été une balance. Pat, camé comme d’hab, s’enfuit in extremis par un souterrain qui débouche dans d’anciennes chiottes (le film a souvent ce genre d’humour). Il appelle la ligne d’urgence des French 75 mais ne se souvient pas de l’heure qu’il est, mot de passe indispensable pour connaître le lieu de rendez-vous avec sa fille (nouvel humour). Il retrouve alors Sergio St. Carlos (Benicio del Toro), prof de karaté de Willa et leader respecté de la communauté latino de la ville. Couloirs, souterrains, toit, chute de l’imbécile trop vieux et dégénéré par la came, arrestation par la police. Sergio le fait évader dans l’hôpital où la police l’a envoyé pour « diabète » tandis qu’il jouait les demeurés. Il le conduit en voiture mais le camé s’enfile une bière devant une voiture de police, qui ne peut que les poursuivre. Il doit sauter en marche dans la poussière (autre moment d’humour).

Lockjaw a repéré Willa par traçage du téléphone mobile, extorqué à son petit copain ‘ni il ni elle’, mais faiblard. Il déboule au monastère, arrête les sœurs noires et effectue de force un test ADN sur Willa/Charlene avec une malette. Le résultat montre qu’elle est sa fille. Il lui faut l’éliminer, mais il ne peut pas le faire lui-même. Pat a réussi a rejoindre le couvent et tente de tuer Lockjaw au fusil à lunette, mais camé durant trop d’années, rate par deux fois son coup et Lockjaw s’enfuit en véhicule noir avec sa fille. Il la livre à Avanti pour qu’il lui règle son compte, mais celui-ci refuse finalement de la laisser se faire tuer. Il descend les sbires chargés du meurtre mais est descendu. Willa prend alors son flingue et sa tire pour se tirer.

Pendant ce temps, le Club des Aventuriers de Noël a mandaté l’un d’eux, Tim Smith (John Hoogenakker), pour « récurer » la saleté, autrement dit éradiquer Lockjaw le pécheur et Willa le résidu. Smith descend Lockjaw dans sa voiture, qui fait un tonneau, et le laisse pour mort. Il poursuit ensuite Willa avec sa puissante voiture mais celle-ci, futée, lui tend un piège et le descend parce qu’il ne connaît pas le mot des révolutionnaires. Pat/Bob arrive ensuite bon dernier, loser en tout. Le colonel est défiguré mais a survécu et il revient vers ses amis suprémacistes en faisant amende honorable. Ils feignent de le croire, lui attribuent un poste et un bureau neuf dans une société, mais le gazent par le système d’aération (comme l’ont fait les nazis des Juifs, autre trait ironique du film). Ils l’éliminent comme un déchet dans l’incinérateur.

Pat/Bob revient chez lui avec Charlene/Willa et lui donne une lettre écrite par sa mère. Elle lui explique avoir fait semblant toute sa vie, et finalement échoué à rendre le monde meilleur. Conclusion, chacun pour soi dans la jungle, la résistance en mode ‘sac de pommes de terre’ sans aucune solidarité nationale. Jeunes et immigrés dans leur communauté combattent soldats et suprémacistes dans une Amérique de guerre civile permanente, rejouant en mode soft la guerre de Sécession. Le combat se transmet par le traumatisme, et les techniques de lutte par les parents (entraînement karaté, skates, couloirs cachés, souterrains, véhicules par derrière, itinéraire de repli, monastère de bonnes sœurs, téléphone crypté, codes de rendez-vous). Telle est la nouvelle Amérique de Trompe et des trompeurs.

Un message politique englué dans les scènes d’action successives et pollué par des acteurs trop imbus de leur rôle. On ne comprend guère le message, on s’ennuie un peu, et ne restent que les relations père-fille, vrai père et père biologique, avec ce racisme yankee en prime, tellement différent de celui des Européens aujourd’hui.

Avalanche de trophées : BAFTA, César, Golden Globe, Oscars 2026. Je suis plus mesuré.

DVD Une bataille après l’autre (One Battle After Another), Paul Thomas Anderson, 2025, avec Benicio Del Toro, Leonardo DiCaprio, Regina Hall, Sean Penn, PLAION PICTURES 2026, doublé anglais, français, polonais, techèque, 2h42, Blu-Ray €16,00

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

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Massacre à la tronçonneuse

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La production courante du cinéma américain ne brille pas par son originalité, ni par son intérêt. Elle est faite pour consommer de suite, sans l’emballage du désir, ni la nostalgie du revoir. Ni rêve, ni imagination, mais l’excitation morbide – et unique – d’un instinct. Une fois vu, le produit est usé, bon à jeter tel une capote anglaise. Pourquoi donc interdire aux junkies de se shooter, puisque la pseudo-culture de masse américaine leur sert du film sur le modèle de la seringue jetable ?

L’attrait de ces productions prêtes à consommer est des plus primaires : l’horreur, l’excès, l’imprévu inexorable. La construction en reste au schéma de base : présentation des personnages au quotidien, anesthésie du bonheur tranquille et naïf en famille standard – voiture Ford, maison Levitt, jean Levis et tee-shirt Fruit-of-the-Loom – puis mise en situation par quelque excentricité qui tourne très vite à l’anormal inquiétant, paroxysme et hystérie de rigueur, et final rapide où le Bien se fait souvent avoir. Malgré l’espoir de happy-end ancré au cœur de l’Amérique. Pimentez tout cela d’un brin de sexe, de beaucoup de violence et d’une histoire plate aux images banales – et vous avez le navet-qui-se-vend. Car seule la mise en scène, qui vise au spectaculaire, est au niveau. Or la technique est tout ce qui importe aux incultes.

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Tels sont ces films médiocres pour middle-class désœuvrée en fin de semaine. Fast-food, fast-film, tout est sur le même modèle industriel formaté du vite fait-mal fait. En 1974, le Texan de 28 ans Tobe Hopper fonde avec Massacre à la tronçonneuse le genre consommable du film d’horreur ; il va faire des émules. Le titre est accrocheur, attisant cette fascination malsaine pour la fureur et l’hémoglobine, jouant sur toute la palette du sadomasochisme enfouie en chacun. Une catharsis, bien sûr, mais qui la demande ? Ces pauvres solitaires voués à la masturbation en cabines individuelles pour 1$ alors qu’une fille se trémousse nue derrière la vitre ? Les films défouloirs sont dans le même rapport que la pipe l’est à l’amour partagé : l’effet physique est le même, mais les conséquences psychologiques et la profondeur durable de l’acte n’ont rien à voir !

massacre a la tronconneuse Diora-in-The-Texas-Chainsaw

Le film est vide : vite vu, vite perdu ; on ne le revoit pas car on connait la fin, ce qui se passe pendant n’est que progression technique glauque sans littérature, malgré son prix de la critique au Festival du film fantastique d’Avoriaz en 1976. Cinq jeunes insouciants – typiquement des ‘innocents’ américains – s’enfoncent lors d’un bel été – la saison hédoniste – dans les tréfonds du Texas en minibus, à la recherche de la maison d’enfance de l’une des filles. Retour aux origines… ce qui va prendre un tour macabre. Kirk et Pam se baignent dans un étang, près d’une vieille ferme loin de tout – et le tueur futur s’amuse à les approcher sous l’eau. En quête d’essence – ce sang de l’Amérique – ils vont voir s’ils ne peuvent en acheter à la ferme ; Kirk est massacré à coup de marteau par un primate masqué, Pam est empalée sur un croc de boucher et mise au congélateur ; Jerry, qui les cherche, est assassiné au marteau. Seuls restent deux survivants dans la nuit qui tombe… Franklin est découpé à la tronçonneuse et Sally s’enfuit, seins nus. Slurp ! Sexe et cruauté font bon ménage.

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Inspiré de l’histoire véridique d’Ed Gein, « le boucher du Wisconsin » arrêté en 1957, profanateur de tombes et meurtrier de 33 êtres humains, qui portait un masque de chair et décorait sa maison des restes de ses victimes, le film ne laisse surnager au fond que les obsessions de la société américaine : la peur de la campagne isolée ‘où-l’on-ne-sait-jamais-ce-qui-peut-se-passer’ ; la hantise des pauvres, dégénérés par la solitude, l’endogamie, le puritanisme bigot, la sauvagerie et la mauvaise éducation ; la culpabilité biblique du massacre historique des Indiens natives ; l’hystérie automatique des femelles – sauf si elles font ‘mec’ par féminisme (alors : respect !) ; la normalité ‘innocente’ et désarmée de l’Américain moyen (surtout jeune au teint frais) face au Mal, cette violence gratuite qui viole tous les tabous sociaux, religieux et humains ; l’angoisse devant la machine, pourtant créée par l’homme et que l’homme pervertit, le banal outil utilitaire devenant arme brutale pour crime atroce.

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Le début des années 1970 représentait le pourrissement de l’Amérique et le délitement de ses valeurs ancestrales : jeunesse massacrée au Vietnam, mensonges politiques du Watergate, récents assassinats politiques (John Kennedy, Martin Luther-King), génocide historique des Indiens, chômage dû à la crise du pétrole – tous les cadavres ressortent du placard pour engendrer des monstres et tuer les jeunes vies. Le film rend compte de cette psychologie d’époque.

massacre a la tronconneuse seins nus

Mais il est difficile pour nous Européens d’entrer aujourd’hui dans ce jeu pervers où les bas instincts se défoulent, où la foule se fascine pour le morbide, où le Mal absolu sort vainqueur du pauvre bien – que l’on croit naïvement ambiant. Ce révélateur social yankee ne révèle rien de nous ; ce pour quoi nous l’appelons médiocre. Mais il rapporte des dollars et encore plus de temps de cerveau disponible ! Aujourd’hui les ados, déculturés par toute la génération post-68 adorent. Si ça vous dit…

Massacre à la tronçonneuse, 1974, version restaurée StudioCanal 2004, €19.00

Massacre à la tronçonneuse (remake plus soigné que l’original), blu-ray Metropolitan 2013, €19.71

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Philippe Cahen traque les signaux faibles

J’ai déjà évoqué les « signaux faibles » dans une chronique. J’y reviens aujourd’hui, car ils ne cessent jamais… Un signal faible est un fait paradoxal qui inspire réflexion. Dans sa Lettre mensuelle, l’économiste indépendant Philippe Cahen traque ces signaux dans l’information courante. Il en tire quatre fois par an une réflexion plus large sur les conséquences de ces invitations à penser pour les entreprises. Une fois l’an, sauf quand la conjoncture s’accélère, ces signaux et les scénarios qu’ils induisent font l’objet d’une prospective : que disent-ils sur l’avenir ? Le court terme est ainsi recalé dans un long terme réfléchi, ce qui est bien utile aux mentalités du temps prises par tempérament et mauvaise habitude dans la toute urgence !

La Lettre des Signaux Faibles n°102 d’octobre 2012 fait émerger le message sur le saut dans le vide de Félix Baumgartner, 39 km, tous les records battus par cet exploit et les retombées pour la marque de boisson énergétique Red Bull. Le temps s’accélère, le spectaculaire avec lui : « Je retiens notamment un signal faible : c’est le passage de la télévision à Internet, 6 millions de personnes ont regardé ce saut en direct sur YouTube. » Dans le passé pourtant si proche, le 11 septembre 2001, on regardait tous CNN… Les entreprises devraient en tirer de saines leçons de communication !

Second signal, « pendant que Peugeot faisait les yeux doux à l’État en fabricant français des voitures pour le marché français, Renault se développait à l’étranger en fabricant des voitures qui se vendent et gagnent de l’argent : Dacia a certainement l’une des meilleures marges du marché. Quant au Royaume-Uni, alors qu’il a vendu toutes ses marques ou presque, il produit quasi autant que la France et exporte des voitures de gammes supérieures. Il n’y a pas que l’Allemagne à regarder de près ! » Il n’existe en effet plus UN seul « modèle économique » pour l’industrie automobile. A vouloir trop regarder le XXIème siècle comme au XIXème siècle, les dirigeants français (politiques ou patrons), risquent de passer à côté du présent.

Ce qui conduit tout droit au troisième signal : « Pour le présent, la France est en retard sur l’Allemagne : 20 000 robots vendus en Allemagne chaque année, 3 000 en France. Pour le futur, Aldebaran (père de Nao) est passé sous pavillon japonais. Et toutes les petites entreprises qui se créent se sentent bien seules même si elles performent au Robot World de Séoul, l’un des plus grands salons de robotique du monde. » Droite comme gauche, socialistes comme écologistes, regardent-ils l’avenir dans un rétroviseur ? Qu’en est-il de l’intérêt pour la robotique en France, comme accélérateur de productivité, donc de cette fameuse « compétitivité » dont tout le monde parle sans vraiment savoir de quoi il s’agit ?

Autre signal : « le Smartphone à quatre roues », comme le dit joliment Philippe Cahen. « General Motors, comme Ford, veut recruter 10 000 informaticiens. Passer de 90% de sous-traitance à 90% de in-traitance c’est confirmer que la voiture de demain, enfin… celle de 2014/2015, est un ordinateur sur roues ou plutôt un Smartphone sur roues. La caisse va devenir accessoire et indépendante de l’intelligence de la voiture. Penser une voiture par son intelligence est différent de la penser par sa mécanique. Si la BMW embarquait il y a cinq ans l’informatique d’une caravelle, ce sera d’ici peu celle d’un Airbus ! » Oserait-on se demander ce qu’en pensent Peugeot et Renault, de même que le gouvernement ou la CGT ? L’avenir se construit pourtant dès aujourd’hui. « Soutenir » la filière automobile en aidant les archaïsmes industriels les usines mécaniques et les emplois d’OS, est-ce vraiment le dernier cri de la réflexion sur le sujet ?

Le commerce est lui aussi en traine de changer à TGV (très grande vitesse). C’est l’objet d’un signal récent sur les centres commerciaux : « Les parcs d’activités commerciales s’en sortent par des loyers faibles et des enseignes qui concurrencent Internet. Mais pour les autres centres commerciaux, trop nombreux, au chiffre d’affaires en baisse et qui saturent le marché, le danger est réel avec des leaders qui vacillent (Fnac, Darty, etc.) et des loyers trop élevés. » D’où la FNAC en vente, d’où la restructuration du BHV, d’où la métamorphose de l’ex-Samaritaine.

Enfin dernier signal du mois, mais non le moindre : la sortir d’un nouveau livre de Philippe Cahen : ‘50 réponses aux questions que vous n’osez même pas poser’. Extraits de la Préface :

« En 1492, si Christophe Colomb avait su qu’il allait découvrir un nouveau monde, sans doute aurait-il agi différemment. Dans son regard plein de certitudes, il l’ignorait. Et pourtant ce continent et ces civilisations existaient.

Le 11 septembre 2001 à 8 heures, les Américains ne savaient pas ce qui les attendaient. Dans leurs comportements plein de certitudes, ils l’ignoraient. Et pourtant ce projet existait.

La prospective, c’est se préparer à imaginer ce que l’on ne sait pas. Ce que l’on ne VEUT pas savoir. Ces 50 réponses… sont 50 Amérique, 50 scénarios dynamiques, 50 risques. Provocatrices, cyniques, humoristiques, ces 50 réponses aient à imaginer 100, 500, 1000 autres futurs. En mettant de côté nos certitudes, nous ouvrons les champs des probables, et surtout des intolérables. La raison est dépassée, l’intuition, l’émotion, la curiosité, sont nos alliés.

Or chacun le sait, le principal risque pour une entreprise, pour toute organisation, est de ne pas prendre de risque. Surtout aujourd’hui. Demain n’est pas la suite d’aujourd’hui. Imaginer ces risques, c’est s’y préparer, savoir réagir en cas d’occurrence. C’est gagner du temps. C’est préparer les esprits, les entrainer aux changements de paradigme plutôt qu’être confronté à la béatitude des contemplateurs.

Ces 50 réponses… sont 50 exercices à imaginer des risques. La richesse des réponses et des scénarios dynamiques qui vont être émis, la richesse du travail de prospective contribue à être dans le changement, dans la rupture, pas dans le lissage des obstacles.

Alors l’entreprise, l’organisation, voire l’individu, a une vision. Il a la capacité stratégique d’y tendre, il a une trajectoire. Que la vision se réalise ou pas n’est pas en soi un obstacle. La vision est une force, quitte à la réajuster régulièrement, ce qui est une évidente obligation.

Cet ouvrage entre dans une méthode agile de prospective qui aide toute entreprise, toute organisation, tout individu, à établir sa vision. Ouvrir la prospective, se donner les moyens de cette ouverture, aller à la surprise, affronter l’inconnu, ne pas avoir peur des risques, c’est se donner les moyens d’être le premier, pas la copie. »

Philippe Cahen, Signaux faibles mode d’emploi, 2010, éditions Eyrolles, 164 pages, €22.14, Lauréat du Prix IEC’11 (Intelligence Économique et Compétitivité)

Philippe Cahen, Le marketing de l’incertain, 2011, éditions Kawa, 152 pages, €18.95

Philippe Cahen, 50 réponses aux questions que vous n’osez même pas poser ! sortie récente 2012, éditions Kawa, €23.72 Jusqu’au 20.12.2012 minuit, deux cadeaux pour tout achat du livre 50 réponses aux questions que vous n’osez même pas poser ! sur le site http://www.editions-kawa.com l’un avec le code CAHEN, promo -10% et envoi gratuit, l’autre est surprise en envoyant à l’auteur votre preuve d’achat avant le 21.12.2012 minuit.

L’auteur de cette note a écrit ‘Les outils de la stratégie boursière’ (2007) et ‘Gestion de fortune‘ (2009). Il se consacre désormais aux chroniques et à l’enseignement dans le supérieur.

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Michael Connelly, Les neuf dragons

Les neufs dragons signifient Kowloon en chinois, le quartier populaire de Hongkong. Harry Bosch, éternel inspecteur à la brigade des homicides de Los Angeles, se voit confier une affaire de meurtre parce que les mecs du South Bureau n’ont pas les effectifs pour la résoudre. A priori une enquête simple : un vendeur chinois de boissons alcoolisées a été tué de trois balles dans sa boutique. Un jeune Noir qu’il avait vu voler l’avait menacé. Sauf que rien ne colle, un enregistrement de surveillance montre un asiatique membre d’une Triade venu racketter le commerçant le même jour à la même heure une semaine avant. Celui-ci aurait-il cette fois refusé de payer ?

L’épouse est désespérée, le fils assommé, la fille soumise. Tout se passe en famille et le second magasin, dans un quartier plus chic, serait-il menacé ? Bosch arrête le racketteur au moment où il s’apprête à fuir par un vol vers Hongkong. Mais dispose-t-il des preuves pour le faire inculper ?

Jusque là, nous sommes dans une enquête classique, menée avec lenteur et psychologie. Harry Bosch fatigué mais qui en veut, son adjoint Ferras nanti de jumeaux à la tétée en plus d’un premier bébé, son lieutenant à 18 mois de la retraite, sont bien campés. Les victimes, Chinois nés aux États-Unis, permettent un choc culturel salutaire. Il exige tout simplement de savoir avant d’agir, de comprendre avant de décider. Dur pour un Ricain obsédé de faire avant de connaître.

C’est à ce moment que l’auteur impatient donne un coup de pouce au destin dans son livre. Choc ! une vidéo envoyée sur son portable par sa fille de 13 ans, la montre enlevée à Hongkong où elle vit avec sa mère. Harry Bosch va comme d’habitude au plus vite : ce sont les Triades qui le menacent puisqu’il a arrêté l’un des leurs à Los Angeles. Ils sont au courant probablement parce qu’il y a une fuite dans la police. Rien que ça…

Déjà que l’on n’y croit guère, suit un voyage éclair à Hongkong, puis une poursuite échevelée pour retrouver la gamine d’après l’analyse des images d’une vidéo de 30 secondes. En quelques pages, tout est bouclé, l’immeuble repéré, l’appartement investi, des indices trouvés. Quelques meurtres plus tard pour faire vite, d’autres indices permettent de trouver qui et quoi. Et hop ! emballé. Le roman va très vite et la fille est sauvée. Retour à L.A. pour un happy end. C’est trop. Seul l’ultime chapitre reprend du bon sens et un peu de subtilité, montrant l’éternelle naïveté de « conne américaine » de la gamine ado. Le reste n’est que gros sabots pour illettrés yankees qui en veulent pour leurs dollars.

Vous l’avez compris, ce n’est pas l’un des meilleurs Connelly. Nous l’avions lu nettement mieux inspiré, journaliste devenu auteur littéraire. Il retombe dans le scénario taillé pour les séries TV. Car il lui est apparemment difficile de se renouveler et surtout pas dans la voie psychologique. Ce côté humain que nous aimons, ici en Europe, semble lasser les Américains qui veulent toujours « agir ». Il n’y a donc que l’action, tout doit aller vite, surtout ne pas s’attarder. Les gens sont des choses qu’on manipule à l’envi. L’agitation fébrile est perçue comme une qualité alors qu’elle n’est que stupide obstination et croyance rituelle à « l’instinct ». Agir serait entraîner Dieu avec nous ? Ben voyons… Connelly est aussi néo-con que Bush et consorts qui croyaient créer la démocratie en Irak et délivrer les femmes d’Afghanistan par une bonne action de guerre. Les super héros n’existent que dans les films, pas dans les enquêtes qui se veulent réalistes.

Dès qu’ils quittent leur petit home, les habitants des États-Unis semblent perdre toute raison au profit de préjugés et cette « enquête de Harry Bosch » s’inscrit dans cette mauvaise lignée. Peut-on conseiller à l’auteur de s’en tenir à la ville qu’il connaît bien et aux personnages ricains pur sang ? Nous aurions moins de caricatures, moins de spectaculaire et un bien meilleur roman. A moins qu’il laisse tomber les livres, trop lents, et qu’il se fasse scénariste à Hollywood. Il décrit justement un tel personnage sur la fin…

Michael Connelly, Les neuf dragons (Nine Dragons), 2009, Points policier mai 2012, 473 pages, €7.60 

Tous les romans policiers de Michael Connelly chroniqués sur ce blog 

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Ryszard Kapuscinski, Mes voyages avec Hérodote

Hérodote est-il étudié en école de journalisme ? J’en doute fort… Pourtant Richard Kapuzinski (francisons l’orthographe originelle, sans signification en notre langue) s’en est nourri, lui, l’ex-paysan-prolétaire du pays le plus éprouvé par la Seconde guerre mondiale. Admis comme méritant de classe à suivre des études supérieures après que Staline ait établi sa domination sur son pays, il est envoyé comme reporter à l’étranger. Sans connaître aucune langue autre que le polonais, ni rien du monde extérieur.

Il décrit fort bien, en ses premiers chapitres, cette méfiance paranoïaque de l’univers soviétique pour tout ce qui est étranger, cette angoisse de se laisser contaminer par l’exemple d’un « autre » monde possible. Angoisse paranoïaque fort compréhensible puisque, malgré son individualisme exacerbé et sa lutte pour les places, « le capitalisme » rend les gens bien plus heureux que le socialisme réel. Il a suffi d’ouvrir les frontières pour que les gens votent aussitôt en masse avec leurs pieds… Le 20ème anniversaire de la chute de l’URSS en cette fin d’année suffit à nous le rappeler.

Mais le jeune Richard est intelligent. Il a cette curiosité pour l’autre qui le rend définitivement non « communiste », bien qu’il écrive dans la ligne. Il a cette faim de comprendre qui est le meilleur du journalisme. Ce n’est pas le scoop qui compte, mais l’enchainement des choses. Pourquoi ? Telle est la meilleure question que l’érudition en médiathèque et l’entre-soi des salles de rédaction ne permet jamais de bien poser. Il faut aller sur le terrain, interroger les gens, observer ce qui se passe. Bien loin de l’univers étroit des germanopratins, auquel appartiennent la plupart des journalistes français des ‘Grands quotidiens’ – ceux que je ne lis plus justement pour cette raison.

Kapuzinski exilé lit le seul gros livre qu’il a emporté, les ‘Histoires’ d’Hérodote. C’est un cadeau de sa rédac-chef, un ‘vient-de-paraître’ de 1956 – après la mort de Staline. Car Hérodote avait été interdit sous le dictateur pour les trop nombreuses allusions qui peuvent s’y trouver sur la tyrannie, la cruauté des dirigeants, la bêtise au sommet… Ignorer est la meilleure tactique du déni, déviance psychologique de tous les croyants – même laïques.

Né vers 484 avant JC à Halicarnasse, devenue Bodrum sous les Turcs, ami de Sophocle et connaissant Périclès, mort vers 420 avant JC, adversaire du tyran Lydamis et donc grand voyageur, Hérodote reste un exemple pour notre siècle. Dans ce qu’on a nommé depuis ‘Histoires’, il « présente ici les résultats de son Enquête afin que le temps n’abolisse pas le souvenir des actions des hommes ». Hérodote est donc le père des historiens, des anthropologues et… des journalistes. Car il écrit simple, direct et pittoresque, en langue parlée pédagogique, telle que le savoir se transmettait à son époque. Ce que les journalistes d’aujourd’hui – du moins les bons – tentent de copier pour transmettre les zinfos. Sauf qu’Hérodote se moquait comme de sa première tunique de « la news », la plus récente sur le grill, celle qui va coiffer les autres au poteau Coco. Hérodote préférait comprendre, mot presqu’inconnu au dictionnaire contemporain. Aucune « nouvelle » n’est digne si elle ne permet pas de comprendre. Donc de remonter aux causes, origines et logique de survenue.

C’est ainsi que Richard K. est envoyé en Inde, en Chine maoïste durant la Révo Cul, en Afrique dans ce Congo « libéré » des Blancs et aussitôt opprimé par les Katangais de Tshombé, en Égypte, en Éthiopie… Sans cesse Hérodote lui sert de guide. Les passions humaines, les croyances des chefs en leur destin, les aléas de l’existence, rien de tout cela n’est nouveau. Évidemment, Kapu est aujourd’hui l’objet d’une accusation classique à l’Est – surtout depuis qu’il est mort. On lui suppose des liens avec les organes de sécurité du régime communiste polonais. Il n’est plus là pour expliquer la complexité des choses, pouvait-il faire autrement que rendre compte de ses informations acquises à l’étranger pour sortir des frontières ? Il n’a vendu ni trahi personne.

Journaliste, il regarde aujourd’hui comme Hérodote il y a 2500 ans, et c’est bien la même comédie humaine. Ce qu’il s’agit de faire ce n’est pas de montrer l’écume des choses, le « spectaculaire » sans intérêt qui bloque la raison en suscitant l’émotion, mais de permettre à l’intelligence d’exercer ses talents. « Interpréter le monde au travers de ce qu’il veut bien nous montrer à ses heures de convulsions spasmodiques, tandis qu’il est ébranlé par les coups et les explosions, qu’il est la proie des flammes et de la fumée, de la poussière et de l’odeur de brûlé, qu’il s’effondre et que, dans ses ruines, les survivants en larmes se penchent sur les dépouilles de leurs proches, en procédant de la sorte, était une grave erreur. La bonne méthode consiste à se poser la question : comment en est-on arrivé à ce drame ? Qu’expriment ces scènes d’extermination pleines de cris et de sang ? Quelles forces souterraines invisibles, mais néanmoins puissantes et irrépressibles, ont pu enregistrer ce carnage ? Sont-elles la manifestation de la fin d’un processus ou de son début ? » p.279

Dans toutes ses enquêtes, Richard Kapuzinski effectue en même temps deux voyages : dans son monde et dans celui d’Hérodote. Il s’imprègne de sa curiosité pour aller interroger, de sa méthode systématique pour comprendre le comment. Qu’est-ce qui l’incite lui, après Hérodote, à voyager ? « A mon avis la curiosité du monde, le désir de le fréquenter, de le voir à tout prix, de le pratiquer. Au fond, cette passion est assez rare » p.320.

Ce pourquoi nous avons les journalistes que notre époque mérite : sédentaires, compilateurs de seconde main, narcissiques, émotionnels et scoopeux. Hérodote, comme le vrai journaliste, n’est pas un idéologue. « Il n’accuse pas l’homme en tant qu’individu, il accuse le système. Ce n’est pas l’être humains qui, de nature, est mauvais, dépravé, mesquin, mais le système dans lequel il est amené à vivre. C’est pourquoi Hérodote est un défenseur acharné de la liberté, un adversaire du despotisme, de l’autocratie et de la tyrannie, car il considère que seule la démocratie permet à l’individu de se comporter avec dignité, d’être lui-même, d’être humain » p.322.

Richard Kapuzinski est mort en 2007. Il donne ici sa leçon à tous les journalistes.

Ryszard Kapuscinski, Mes voyages avec Hérodote, 2006, traduit du polonais, Pocket 2008, 342 pages, €6.65

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