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Cascade de Nauyaca

Le lever est avant cinq heures du matin. Petit-déjeuner copieux alors qu’il fait encore nuit avec œufs brouillés trop secs, toasts mal grillés, tranches d’ananas et de pastèque – et bien sûr le riz aux haricots noirs pour les amateurs de cuisine locale. La plage nous attend pour l’embarquement à six heures. La mer est calme mais le ressac nous oblige à embarquer avec de l’eau jusqu’aux cuisses. L’un des aides, un probable neveu de la famille, a autour de 20 ans et mouille son débardeur jusqu’au cou. Il s’en débarrassera une fois en mer pour un T-shirt blanc imprimé d’un slogan de pêche au Costa Rica, révélant entre temps une poitrine souple à la musculature ferme.

Le capitaine et sa bourgeoise au sourire à double rangée de crocs sont mignons, assis tous les deux sur le banc central. Ils sont amoureux. Nous sommes le 15 août, fête de Marie montée entière au ciel, dogme papal établi en 1950 seulement et jour férié dans ce pays très catholique.

Nous emmenons avec nous sur le bateau un couple hollandais et leurs deux filles, deux belles plantes robustes et blondes de 14 et 16 ans habillées en rose et blanc. Le bateau est plus grand que le précédent, propulsé par deux Yamaha de 250 CV Four Strokes et nous filons vite sur la mer calme, puis dans la rivière en remontant le courant. On peut en fait rejoindre le lodge par la route qui arrive sur les hauteurs, un bac permet de traverser la rivière. Mais c’est plus long et empêche cette impression de bout du monde qu’est le parc du Corcovado sur la péninsule d’Osa. Le bateau effectue un passage dans la mangrove par un bras annexe. Les arbres étanchent le sel pompé avec l’eau par leurs racines dans des formes de grosses boules sur leur tronc, ce qui fait comme des goitres.

Nous faisons deux heures de bus avec arrêt au supermarché pour acheter le pique-nique. Puis nous partons aux cascades (payantes) de Nauyaca.

Nous allons marcher 5 km, 1h30 aller et autant au retour. Nous commençons par une forte descente qu’il faudra remonter, puis survient une alternance de montées et de redescentes au soleil ou sous les arbres pour entrer dans le domaine privé de la cascade. Il a fallu s’inscrire, acquitter d’un droit (inclus dans notre forfait de voyage) et porter un bracelet rose tribal attestant de notre appartenance – tradition yankee. Un gardien en bottes surveille le site d’un air débonnaire mais vigilant. Les premières cascades s’abordent par le haut, elles sont trois et bien échevelées. Un sentier étroit, pentu et glissant mène à d’autres cascades issues des premières qui forment un bassin avec un courant assez fort. Nager jusqu’au pied de la cascade n’est pas aisé et je renonce assez vite. Justin y parvient, s’assoit sous la cascade puis devant, et filme avec sa caméra GoPro.

Nous nous baignons dans les vasques creusées par l’eau dans le roc. L’onde est douce et nous change de l’océan mais la température est nettement plus fraîche. Nous ne sommes pas seuls, loin de là, les locaux sont venus en ce 15 août férié, mais surtout des touristes américains viennent s’y baigner. Un couple d’une Chinoise et d’un Blanc aux deux petits garçons qui ne se baignent qu’en T-shirt jaune est amusant à observer.

Un jeune Américain aux muscles développés mais fins de probable surfeur et à la longue chevelure vient probablement de Californie avec sa copine aux cheveux également de bonne longueur. Ils sont jeunes, probablement guère plus de 20 ans, et ont chacun un téléphone mobile et une caméra GoPro montée sur perche. Ils nagent à peine et préfèrent se filmer mutuellement et se photographier pour transmettre leur bonheur en instantané, posant en Tarzan et Jane devant les chutes. Le sourire de la fille quand elle tapote sur son téléphone montre qu’elle a déjà reçu au moins un commentaire.

Notre pique-nique est copieux, composé sur place et acheté par Adrian au supermarché. Le pain n’est pas mou pour une fois car nous ne mettons les ingrédients dedans qu’au dernier moment. Sont à notre disposition de la salade, des tranches de tomates et de concombre, du poivron mariné, du thon fumé en boîte ou du jambon, de la mortadelle, du fromage en tranches sous blister ainsi que trois ananas mûrs en dessert. C’était trop et nous n’avons pas fini. Adrian a invité le gardien à se faire un en-cas. Le couple de jeunes Américains se contente d’un sandwich chacun, tiré de leur petit sac à dos. Comme ils nous ignorent et ne sympathisent pas, avec l’arrogance habituelle aux Yankees, je ne leur ai pas proposé de nourriture.

Nous sommes revenus au bus par une marche épuisante qui nous a laissé en eau. La dernière pente de 200 m de dénivelée à 2200 m était redoutable. Sur le chemin, j’ai quand même eu la force d’observer un ara solitaire.

Sur la route, nous apercevons parfois une corde tendue en travers, à bonne hauteur : elle est pour les singes, qu’ils puissent traverser sans passer sur le sol où ils se feraient aplatir par les véhicules. Des panneaux figurant un tapir signalent que des animaux autres que les singes peuvent traverser la route.

Nous rejoignons la route transaméricaine avant de nous élever jusqu’à 3500 m d’altitude puis de redescendre dans le parc naturel vers 2200 m. C’est là que se situe notre hôtel Savegre, du nom du rio qui a creusé la vallée. Il fait 19° centigrades dehors mais l’humidité et le brouillard donnent froid dans la forêt nuageuse de San Gerardo de Dota. Avant l’hôtel, nous nous arrêtons dans un restoroute pour un café qui a du goût et peu de force, à l’américaine. Mais son eau chaude est revigorante. L’hôtel est une suite de bungalows dans la nature, parmi les fleurs tropicales. La végétation reste luxuriante même à 3500 m mais le quetzal, qui hante les avocatiers, ne se montre pas. Il fait pourtant la fierté du parc.

Nous sommes contents de prendre une vraie douche, même si elle n’est que tiède, de nous changer et de nous vêtir plus chaudement. Le dîner buffet est somptueux avec une soupe aux poireaux, une truite façon tartare, du fromage mariné à l’huile et au poivre, des cœurs de palmier, des pilons de poulet sauce barbecue, de la truite grillée sauce poivre, de la purée, des pâtes, des légumes, des profiteroles, de la glace vanille et des poires au vin. Le cuisinier est belge.

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Col péruvien de Warmihumynusqua à 4180 m

Au matin, le spray antimoustiques que Gusto se pulvérise sur les jambes intrigue les jeunes porteurs qui le regardent faire avec attention. Les autres, plus vieux qui en ont vu d’autres rient, même s’ils n’en savent pas plus. Toute la nuit les ânes ont brouté l’herbe autour des tentes (« scroutch ! scroutch ! ») en butant des pattes dans les tendeurs. Des coqs idiots ont cocoricoté à la lune, les chiens aboyés aux bruits, les dindes gloussé. Il n’y a que les gamins qui se soient tenus tranquilles. Ce matin, c’est la course. Il faut ranger vite, vite, ses affaires pour que nos porteurs puissent partir en avant des autres groupes et planter les tentes aux seuls endroits agréables. La place est limitée. Aussitôt l’Occident retrouvé, aussitôt la compétition renaît.

Le programme notait pour aujourd’hui « montée difficile » : c’est pire. Il faut grimper raide sur la pente, traverser un rio, entrer dans la forêt aux essences tropicales. Il fait chaud, humide, nous dégoulinons de sueur. Lianes et lichens, hautes plantes de serre, poussent dans la semi-obscurité sous la canopée. Lorsque coulent des cascades il fait frais, presque froid. Mais l’air chargé d’eau est doux aux narines habituées jusqu’ici à la sécheresse de la haute altitude. Une grimpée encore, plus raide s’il en est. Alors poussent du sol des marches incas. Elles sont hautes, épuisantes, et les porteurs, pratiques, ont creusé un minuscule sentier à côté, pour les éviter. Beaucoup de monde sur cette portion du chemin inca qui est décrite dans tous les guides anglo-saxons. On parle toutes les langues, même le japonais. La suite, hors de la forêt, est moins pentue, mais l’altitude raréfie l’air et fait souffler. Soleil, peu de vent. Ce sont des volées de marches antiques, de loin en loin, qui cassent le rythme. Je m’arrête de nombreuses fois pour une minute ou deux, afin de reprendre souffle et apaiser les battements du cœur.

Gisbert arrive en premier en haut du col. Peter le suit. Je les rejoins. Nous sommes à 4180 m et nous avons mis un peu moins de trois heures depuis le camp de ce matin. Nous sommes assis face au sentier où monte la lente théorie des trekkeurs. L’inca-trail est comme un pèlerinage pour les protestants nord-américains qui composent la majeure partie des voyageurs, sac au dos et bible Lonely Planet à la main. La vue est impressionnante sur la vallée en V à l’horizon de laquelle émerge un glacier. Le porteur au casque de cheveux noir s’appelle Victor ; il monte sa charge le pull ôté roulé sous les épaules pour adoucir le mouvement des courroies, offrant une plastique juvénile couleur caramel. Il double les touristes à la montée de son pas élastique et régulier. Le nom du col est long et compliqué à nos oreilles. Warmihumynusqua signifie « le col de la femme morte ». Il ne s’agirait pas d’une touriste, même si certaines arrivent dans un drôle d’état. Perchés sur le col, les touristes assis et pépiant de joie font penser à des corbeaux sur un rocher. Ils semblent guetter la proie que l’altitude fera agoniser. Un couple d’Américains, vieux, gros, ahanant, avance à pas précautionneux sur le sentier. On croirait les voir s’écrouler à chaque pas tant leur souffle est rauque et leur démarche cacochyme. Point du tout : ils avancent tels les escargots, avec une obstination gluante. Il s’agit d’expier le gros bœuf et les gras burgers enfrités qu’ils n’ont cessé d’avaler depuis tout petit.

Descente d’un quart d’heure pour un pique-nique sur une terrasse herbeuse protégée du vent du col. Nous dévorons le fromage et saucisson habituel, puis du poulet au vin avec du riz préparé par Nieve, la sœur de Ruben. En face de nous en contrebas s’installe Nouvelles Frontières : ils ont table et chaises mais n’ont à manger qu’une salade de tomates et concombres avec du riz, comme nous l’apprend Juan qui est allé fourrer son muffle là-bas pour saluer un copain accompagnateur.

Il nous reste une demi-heure à descendre sur un chemin inca bien pavé (et restauré), pour parvenir au camp dont on aperçoit au loin les tentes violettes comme autant de fleurs sur un parterre. Le chemin serpente du col que l’on vient de passer à un autre col que nous passerons demain, perdu dans les méandres de la vallée. De l’autre côté, à mi-pente, une forteresse qui se confond avec la montagne le commande. Aujourd’hui avait bien lieu « l’étape la plus éprouvante de tout le séjour » !

Le mystère des trois garçons d’hier est éclairci par Lorrain. Il s’agit d’une famille belge de Namur qui a pris un guide et des porteurs en individuel. Autour des tentes évoluent le père, la mère, la fille aînée et le plus jeune des garçons. Le blond de 15 ans revient de se laver à la rivière en short et sandales, la serviette au cou. Il n’y a plus d’hypothèses à formuler : ce sont de belles vacances en famille qui sont passées dans ces paysages andins.

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Brest Océanopolis

Rien de tel, par temps de pluie et de tonnerre de Brest, que d’emmener les gamins au Parc de découverte des océans, comme s’intitule le lieu, situé rue des Cormorans en bordure du port de plaisance du Moulin blanc.

Océanopolis se présente en forme de crabe et a pour devise d’être « unique en Europe » !

plan brest oceanopolis

Il offre un tour du monde au cœur des océans en trois pavillons, le tempéré, le tropical et le polaire. On peut commencer par celui que l’on veut.

Un quatrième pavillon est dit « événementiel » ; il abrite des expositions et animations temporaires, en cet été 2015 Cyclops, à destination des petits de 6 à 10 ans. On peut toucher, faire bouger, dessiner. C’est vraiment pour école ou pour très petits, même les 10 ans sont peu intéressés. Ce n’est pas parce que c’est dit « inventif, interactif et innovant » (ces scies du marketing d’époque) que c’est intéressant… Le Sentier des loutres, ouvert en 2013, est plus vivant.

Il reste cependant plus de 8000 m² d’espaces de visite, 68 aquariums, près de 10 000 animaux de 100 espèces différentes dans 4 millions de litres d’eau de mer.

Et vous voyagez par en-dessous, dans l’obscurité bleutée des aquariums, lisant les panneaux lumineux explicatifs.

Nous avons commencé par le pavillon tempéré.

requin scie brest oceanopolis

Les requins sont l’attraction, le gros et les moins gros, six espèces sont présentées dont le requin-scie. On dit que certains peuplent les mers bretonnes mais il ne faut pas le répéter aux enfants, ils ne voudraient plus se baigner.

requin scie nageant brest oceanopolis

Il existe de centaines de poissons différents. J’aime par-dessus tout les Vieilles coquettes (pour leur nom).

poissons brest oceanopolis

Certains par bancs.

banc de poissons brest oceanopolis

Même des rascasses !

rascasse brest oceanopolis

Et l’on peut voir les anémones de mer toutes rouges, les langoustines pas cuites dans leur terrier, toucher les crabes et caresser (doucement) les homards dans le vivier aux enfants.

enfants oceanopolis

Le pavillon tropical offre des poissons très colorés, magnifiques à voir « voler dans l’eau » comme des papillons.

poisson colore brest oceanopolis

poissons tropicaux brest oceanopolis

Certains se nomment même perroquets.

poisson perroquet brest oceanopolis

Ou de gros mérous à la face lippue dédaigneuse.

merous brest oceanopolis

Mais des anémones de couleur s’ancrent sur les fonds rocheux.

anemones brest oceanopolis

Même des vertes !

anemones vertes brest oceanopolis

Le pavillon polaire a pour attraction les phoques. Même si vous êtes accueillis par une énorme peluche d’ours blanc, celui-ci reste empaillé. Mais les phoques, eux, nagent avec bonheur dans les bassins. Ils ondulent de tout le corps et jaillissent de l’eau en ballets joyeux. Ils ont l’air content de voir du monde.

phoque brest oceanopolis

Un trou de fausse glace leur permet d’émerger comme sur la banquise.

phoque emergeant brest oceanopolis

Tandis que d’autres nagent en surface doucement, toutes moustaches dehors, comme de gros chats sans oreilles.

phoque nageant brest oceanopolis

Un film présente des oiseaux marins et les colonies de manchots ; on peut en apercevoir de vrais sur des rochers du pavillon polaire.

manchots brest oceanopolis

Le crabe géant asiatique qui peuple les boites de conserve Kamtchatka existe aussi en vrai : un aquarium permet de mesurer sa masse.

crabe geant kamchatka brest oceanopolis

Pour les pêcheurs, il y a même, en extérieur, une vraie cabane lapone de Finlande dans laquelle on peut entrer !

cabane laponie brest oceanopolis

Le site www.oceanopolis.com

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Océanopolis à Brest

La Bretagne, c’est surtout la mer. Brest, son port de guerre, n’est plus ce qu’il était. Le trafic y décline, la réparation navale agonise. Les Français, trop réglementés et trop chers, ne savent plus faire dans le monde d’aujourd’hui, crispé sur l’étatisme de reconstruction après guerre. Dans l’indifférence des agents d’État parisiens plus intéressés par les intrigues de Cour et ayant peu d’affinités pour la mer étant terriens d’origines pour la plupart. Ne restent à Brest que les militaires et les chercheurs. L’IFREMER (Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer) y est actif. Au port de plaisance du Moulin Blanc a été installé le centre scientifique et technique Océanopolis.

Cette maison de la mer a été bâtie en forme de crabe par Jacques Rougerie. Le parcours de découverte des océans change de temps à autre pour sans cesse remettre à jour les connaissances acquises sur la mer. Hier, le visiteur avait l’impression de descendre en bathyscaphe depuis la surface jusque dans les profondeurs, examinant les courants et les marées avant d’aborder les poissons, puis la végétation semi animale des grands fonds. Aujourd’hui, le parc oriente la visite en quatre pavillons : le pavillon tempéré, flanqué du pavillon tropical et du pavillon polaire, puis du pavillon biodiversité pour faire mode !

Au centre, la boutique de vente – « shopping 100% marin ! » selon le slogan affiché – et une exposition Jules Verne autour de ’20 000 lieues sous les mers‘, son livre phare, pour le centenaire de sa mort.

Il faut au moins deux heures pour faire le tour des pavillons et de leurs 50 aquariums. Mais les enfants sont vite séduits, ce qui permet de pronostiquer une bonne demi-journée de visite pas ennuyeuse pour un sou. Il est utile de prévoir le pique-nique car la restauration n’est pas bon marché pour une famille.

Dans le pavillon tempéré s’ébattent les poissons, visibles comme s’ils étaient voisins depuis les aquariums. D’ailleurs, sans visiteurs, il semble que les poissons s’ennuient. Ils regardent, flous et confusément, s’agiter les petites mains et s’ouvrir les bouches rapides derrière les vitres renforcées. Leur lumière est naturelle, venue de l’ouverture au jour, leur eau savamment oxygénée par des machines dont on perçoit les jets réguliers. Pour les algues, les chercheurs ont même prévus de reconstituer les marées moyennes, deux fois en 24h !

Un aquarium reproduit en grand et en carré ce qui trônait sur les tables de nuit des années 70 : des boules de cire dans un liquide ambré ou bleuté. Mais cette fois, c’est du vrai, pas du reconstitué. De quoi en rester… médusé ! Les crustacés sont en vitrine, pas à l’étal pour une fois. Dommage pour les enfants : ici, on ne peut pas toucher !

Mais l’attraction ici est double : un bassin où – comme au Canada – on peut toucher certains animaux marins, et le ballet des phoques.

Une animatrice est là pour expliquer comment reconnaître une étoile de mer mâle d’une femelle. Là pour espacer le stress de la coquille Saint-Jacques en présence de l’étoile : sa fuite à grands coups de clapets fait rugir de rire les enfants. « Il ne faut pas le faire souvent, elle a peur » argumente l’animatrice qui sait y faire. « Je peux toucher ? – mais oui, c’est là pour ça, mais tu la remets dans l’eau, hein, elle préfère cela. » Gros succès. On y passerait des heures tant il y a de bêtes à toucher et d’histoire sur chacune.

Les phoques sont la séquence émotion. Il y a trois jours et né un bébé au couple qui s’ébat dans le bassin à ciel ouvert, que l’on regarde par tout un côté qui est vitré ou au-dessus, à la surface. Le phoque mâle, le plus gros, nage rapidement le ventre en l’air, l’œil vers la lumière, la moustache en bataille lorsqu’il émerge sur les rochers de résine. Il est sensé protéger la mère et son bébé. La femelle est mère, elle joue avec son petit, adulte en miniature, nageant vers lui, le caressant des nageoires. La petite fille en est toute retournée ; elle en voudrait un couple pour Noël. A heure fixe, grande cérémonie publique : le nourrissage des phoques. Ce ne sont que lancers de poissons et attrapages au vol. Un spectacle naturel digne du meilleur ballet.

Passons aux tropiques. Cette fois, outre les poissons multicolores que tout plongeur des mers du sud connaît par cœur, il y a la Bête qui rôde, l’équivalent du loup sur la terre tempérée ou du tigre des chaleurs : le requin. Bien que crédité de 25 morts par an seulement (contre 250 pour les seuls éléphants et 50 000 au moins pour les serpents) selon un panneau explicatif, le requin effraie plus qu’un autre. Spielberg l’avait bien compris en se faisant connaître par ‘Les dents de la mer‘, succès mondial et immédiat. Un grand bassin orné de rochers sombres d’un réalisme saisissant laisse évoluer les squales que l’on peut voir de près.

Et lorsqu’ils viennent, d’un coup de queue nonchalant, flairer la vitre qui nous séparent d’eux, regardant sans voir (ils sentent et perçoivent bien mieux les vibrations), un frisson ne peut s’empêcher de parcourir les échines de tout être humain à proximité, qu’il ait 3 ou 93 ans. Et pourtant, très peu de requins sont mangeurs d’hommes ; les victimes humaines se comptent presque exclusivement au nord-est de l’Australie et dans les Caraïbes ; bien que présent au large de la Bretagne (tout marin en voit), le requin est peu dangereux. Mais son nom, qui vient de « requiem », n’incite pas à aller jouer avec eux.

Le pavillon polaire réussit l’exploit de réfrigérer une vraie banquise, pour la plus grande joie des manchots empereurs qui, popularisés par le film – sont à la fête. « Manchots » au sud, « pingouins » au nord est le mot d’ordre des panneaux. Ils se dandinent au-dehors mais plongent et nagent par torsion du corps comme aucune danseuse humaine n’est capable de le faire. Ils vont comme une fusée le long des vitres d’observation, si vite qu’aucune photo numérique n’est capable de les capter sans flou, c’est dire ! La manchotière comprend près de 40 habitants qui paradent, font leur cent mètre nage libre ou s’expriment avec vigueur. Tout un banc de glace permet aux plus vieux de jouir d’une vue imprenable sur les exploits des jeunes. Sans parler de l’ours blanc qui surveille et des grands oiseaux polaires qui planent…

Pour les enfants, un mur de glace accessible permet de laisser la trace de ses mains qui, chaudes, ne tardent pas à se graver en creux. Nous ne saurions malgré tout oublier les crabes géants des mers froides ni les poissons déguisés en Anne-Aymone de mer ! « Anémone, anémone, oui j’ai une gueule d’anémone ! » semblent-ils chanter à sec.

Océanopolis, c’est tout un monde. Spectacle garanti. Et du plus pur « naturel ». Nouveauté 2012, l’exploration des abysses ! Une « bio » diversité de plus…

Océanopolis à Brest, le site officiel

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Le Clézio, L’Africain

Colette Fellous, productrice à France Culture et directrice de collection au Mercure de France, avait sollicité des écrivains pour qu’ils publient leurs « Traits et portraits ». Le prix Renaudot 1963, Prix de l’Académie Française 1981 et Prix Nobel 2008 Jean, Marie Gustave Le Clézio s’est exécuté. Il nous livre un petit peu de lui-même dans ces 7 chapitres illustrés de 15 photos prises par son père.

Car l’Africain est son père, Anglais médecin tropical envoyé par l’Empire sur les franges du Nigeria et du Cameroun 22 ans durant. Ce père qu’il n’a connu qu’à l’âge de 8 ans, séparé par toute la guerre et l’Occupation. Ce père sévère qu’il acceptait mal et dont il n’a découvert les qualités humaines et sociales qu’une fois devenu adulte. « Ce qui est définitivement absent de mon enfance : avoir eu un père, avoir grandi auprès de lui dans la douceur du foyer familial. Je sais que cela m’a manqué, sans regret, sans illusion extraordinaire » p.121 Celui qu’il a connu en débarquant à Port Harcourt, en 1948 avec son frère d’un an plus âgé, « était dur, taciturne ». « Il était inflexible, autoritaire, en même temps doux et généreux avec les Africains qui travaillaient pour lui à l’hôpital et dans sa maison de fonction. Il était plein de manies et de rituels que je ne connaissais pas, dont je n’avais pas la moindre idée : les enfants ne devaient jamais parler à table sans en avoir reçu l’autorisation, ils ne devaient pas courir, ni jouer ni paresser au lit. Ils ne pouvaient pas manger en-dehors de repas, et jamais de sucreries. Ils devaient manger sans poser les mains sur la table, ne pouvaient rien laisser dans leur assiette et devaient faire attention à ne jamais mâcher la bouche ouverte » p.106. On comprend qu’avec un tel père anglais tendance Victoria les relations soient d’emblée difficiles pour deux gamins turbulents habitués aux femmes et aux « oncles » âgés.

Heureusement, il y eut l’Afrique, la violence des sensations, des éléments, des appétits, la présence intime des corps, de la végétation, des insectes. « En Afrique, l’impudeur des corps était magnifique. Elle donnait du champ, de la profondeur, elle multipliait les sensations, elle tendait un réseau humain autour de moi » p.13. Violence et liberté, telles furent les leçons de l’Afrique pour les petits Blancs débarqués. « L’Afrique était puissante. Pour l’enfant que j’étais, la violence était générale, indiscutable. Elle donnait de l’enthousiasme. Il est difficile d’en parler aujourd’hui, après tant de catastrophes et d’abandons. Peu d’Européens ont connu ce sentiment » p.21. C’est là « que j’ai vécu les moments de ma vie sauvage, libre, presque dangereuse. Une liberté de mouvements, de pensée et d’émotions que je n’ai plus jamais connus ensuite » p.24 Il racontera cette enfance en se poussant en âge et en imagination (et en éliminant toute trace de son frère…) dans ‘Onitsha’, un grand roman d’initiation. Il se plaira d’ailleurs à se dire conçu en Afrique, avant que sa mère ne vienne accoucher en Europe.

L’Afrique sauvage et belle, pas celle de la colonisation. Là, il rejoint intellectuellement son père. « C’est cette image que mon père a détestée. Lui qui avait rompu avec [l’île] Maurice et son passé colonial, et se moquait des planteurs et de leurs airs de grandeur, lui qui avait fui le conformisme de la société anglaise, pour laquelle un homme ne valait que par sa carte de visite, lui qui avait parcouru les fleuves sauvages de Guyane, qui avait pansé, recousu, soigné les chercheurs de diamants et les Indiens sous-alimentés ; cet homme ne pouvait pas ne pas vomir le monde colonial et son injustice outrecuidante, ses cocktails parties et ses golfeurs en tenue, sa domesticité, ses maîtresses d’ébène prostituées de quinze ans introduites par la porte de service, et ses épouses officielles pouffant de chaleur et faisant rejaillir leur rancœur sur leurs serviteurs pour une question de gants, de poussière ou de vaisselle cassée » p.68.

L’Afrique sensuelle et brutale est la madeleine proustienne de Le Clézio, le fouet des sens sur sa peau d’enfant, la brûlure sur son cœur, l’empreinte sauvage sur son âme. Il évoque page 119 comment aujourd’hui, en marchant dans les rues, il lui arrive de ressentir des bouffées d’Afrique sur une odeur de ciment frais ou de terre mouillée, le bruit de l’eau ou des cris d’enfants lointains. Un joli petit livre à lire – mais après Onitsha.

Le Clézio, L’Africain, 2004, Folio 2008, 124 pages, 5.23€

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