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Sur la mer polynésienne

Elles sont arrivées ! La première baleine de la liste ayant pris place dans nos eaux était une solitaire arrivée le 31 mai. Une éclaireuse ? Depuis on en compte plus d’une quinzaine autour de Moorea, Tahiti et Tetiaroa. Ces baleines, mâles, femelles parturientes et quelques juvéniles ont parcouru quelques 6 000 km avant de s’ébattre dans nos eaux. La Polynésie est un sanctuaire pour les baleines. Il y a donc des règles pour approcher ces mammifères et les observer. Il faut se tenir à une distance de 50 m des adultes et à 100 m des baleineaux, garder une vitesse constante, changer de cap progressivement, ne pas approcher ces animaux par l’arrière. Rien que du bon sens mais que certains individus jugent trop contraignant.

TAHITI

Nos requins du Pacifique seraient-ils plus sociables, moins agressifs que ceux autour de l’Australie ou de la Réunion ? Ici, les attaques de requins sont rares. Certes, on cite quelques cas de morsures mais pas d’attaques mortelles. En Polynésie française, les requins sont protégés depuis 2006. Pour le requin bouledogue, sa présence est anecdotique, le requin blanc ne fréquente pas notre mer, mais le requin tigre s’y plaît. Nos eaux sont très claires ce qui n’est pas le cas à la Réunion.

D’abord des chiffres : la population de Pitcairn compte 50 habitants en 2015 contre 250 dans les années 50. Les îles Pitcairn sont composées de 4 petites îles volcaniques d’une superficie totale de 47 Km2 et dont seule celle nommée Pitcairn est habitée. Elles sont situées à environ 2 100 km à l’est de Tahiti. Ce petit morceau de terre où vivent depuis des générations des descendants de l’équipage du Bounty, ces marins qui s’étaient mutinés en 1789, a légalisé le mariage gay – selon le gouvernement qui l’a annoncé sur son site. Apparemment, nul, parmi la cinquantaine d’habitants ne serait à priori susceptible d’être intéressé par la nouvelle loi mais le territoire tenait à se mettre à la page, a expliqué le vice-gouverneur Kevin Lynch. C’est ici la dernière possession britannique dans le Pacifique entre la Nouvelle-Zélande et le Chili. La capitale des îles Pitcairn ? – Adamstown. Je suis sûr que vous ne le saviez pas.

ado gay colliers

Encore Clipperton : un autre confetti dans le grand océan, royaume des crabes, des oiseaux (quelques 110 000 fous masqués la plus importante communauté au monde) – et des rats. A 12 000 km de la France, à 6 000 km de Tahiti et à 1 300 km du Mexique, l’atoll de 7 km2 – dont 1,7 km2 de terres émergées seulement – est considéré comme le plus isolé du monde par le comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Avec cette ile isolée et inhabitée, la France dispose d’un véritable laboratoire à ciel ouvert. Clipperton est une chance pour la France ; elle ne devrait pas la gâcher. Ressources halieutiques (thonidés), champs sous-marins de nodules polymétalliques, position géographique dans une ZEE (zone économique exclusive) de 435 000 km2 supérieure à celle de la France métropolitaine (336 000 km2). Clipperton a permis à la France, en 1973, d’adhérer à l’Inter American Tropical Tuna Commission (I.A.T.T.C.) qui ouvre l’une des zones de pêche les plus riches au monde et de participer à ses travaux (le tuna est le thon). Un accord lie la France et le Mexique, qui est autorisé à y faire naviguer 43 thoniers. En décembre aura lieu la conférence mondiale sur le climat (COP 21). Verra-t-on François Hollande se saisir de ce dossier et autoriser la création sur l’atoll d’un observatoire de l’océan « sur les plans faunistique, climatique et environnemental » ? Jacques Chirac n’avait pas saisi cette opportunité or, comme le dit le député UDI du Tarn Philippe Folliot, « Clipperton ne doit pas rester en jachère ». Rappel : Clipperton a été découvert par des marins français en 1711, le jour du vendredi saint, l’atoll fut d’abord appelé île de la Passion avant de prendre le nom d’un flibustier britannique qui écumait la région. Encore les Anglais !

Hiata de Tahiti

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Légende de Migo aux Tuamotu

C’est la période de nidification, les cris des oiseaux retentissent, certains nous suivent en paillant voyant en nous des prédateurs, d’autres couvent perchés très haut dans les Pisonia. Le Pisonia grandis est un arbre de grande taille avec un tronc atteignant parfois quatre mètres de diamètre ; les jeunes feuilles sont comestibles ; le feuillage peut servir de nourriture au bétail et aux lapins ; l’écorce sert au traitement des anthrax et panaris. Les branches sont cassantes, le bois est blanc, spongieux, très mou quand il est vert. On l’a souvent confondu par sa légèreté avec le balsa. On croise des arbres abattus par le vent violent de ces derniers mois. La forêt est clairsemée et notre guide nous indique qu’auparavant la forêt était un havre de fraîcheur grâce à la densité des gatae. Ces arbres aux troncs imposants sont souvent creux et la légende de Migo (prononcez Mingo) le confirme. La voici.

TUAMOTU AHE

« Dans la forêt aux oiseaux de l’atoll d’Ahe, vivait Migo, le héros le plus célèbre de l’atoll. Il avait la spécialité de disparaitre et de réapparaitre sur le motu, là où on ne l’attendait jamais, ce qui était fatal pour ses ennemis qui se retrouvaient morts sans savoir d’où il avait surgi. Un jour, le roi de Manihi, le rusé Puhiri qui avait la particularité d’être à moitié homme et à moitié requin, ce qui lui donnait la possibilité de respirer sous l’eau, se cacha sous les flots pour observer Migo. Il pouvait respirer dans l’eau car son père accrocha son placenta avec lui dedans sur un arbre. Un jour une tempête emporta le placenta dans la mer et un requin trouva Puhiri et l’éleva. A force de patience, il découvrit que Migo se glissait dans le tronc d’un arbre creux et qu’il y sautait habilement les pieds en avant, ce qui le soustrayait à la vue de ses poursuivants et lui permettait de les surprendre ensuite. Puhiri profita de l’absence de Migo pour ficher dans le creux de l’arbre une ‘omore (lance).

La suite est facilement devinable, notre héros s’empala sur la lance. Malgré tout, il réussit à sortir de l’arbre pour mourir au grand jour, dans d’atroces souffrances, et pendant un certain temps. Car les héros mettent du temps à mourir, ce qui leur permet de prononcer un discours ponctué de méchancetés vis-à-vis de ceux qui ont réussi à les abattre par des fourberies. En bref, parmi les dernières gentillesses proférées à l’encontre de Puhiri, Migo affirma qu’il regrettait sincèrement de ne pas lui avoir fait subir le même sort et qu’il l’aurait volontiers saigné de la même façon. La légende affirme que le corps de notre héros mourut côté océan, sur le platier récifal qui borde la plage. Son corps fut recouvert par les bernard-l’hermite qui comme chacun le sait sont rouges. Cela fait que depuis Manihi, les habitants purent apercevoir une grande lueur rouge pendant plusieurs nuits ».

TUAMOTU AHE

Si l’on poursuit vers l’océan on arrive sur une vaste esplanade dépourvue de végétation arborescente qui constituait « l’esplanade des guerriers ». Ceux-ci s’affrontaient pour désigner démocratiquement leurs chefs après d’héroïques luttes. Le vainqueur devenait alors le ’aito (guerrier, héros, courageux, noble, champion). En arrivant sur la plage, on découvre la zone où venaient pondre les honu (tortues). Il n’y a plus de tortues car les habitants les ont tué et mangé depuis belle lurette ainsi que les œufs. Elles ne reviendront plus.

Ce motu principal abritait l’ancien village avec des vestiges d’époque, comme la citerne et la vieille salle de la mairie. Les anciens avaient choisi le lieu qui est le mieux protégé de l’atoll contre la houle. Il se trouvait dans un endroit où les courants amènent les matériaux qui le rechargent et il culmine à une hauteur moyenne de 1m50 par rapport au niveau des basses eaux du lagon. On peut affirmer que suivant les courants et les vents, le niveau monte de 0m50 et que la houle cause des dégâts importants. On comprend pourquoi les élus pensaient revenir implanter un nouveau village sur l’emplacement de l’ancien.

Le motu du vieux village comprenait aussi un petit étang sacré où vivaient nymphes et fées, maitresses des lieux. L’étang a disparu, nous l’avons cherché, mais il demeure quand même une légende.

« Ce petit étang était entouré de sables mouvants. Les personnes qui essaient d’obtenir les faveurs des nymphes venaient avec des cadeaux et devaient traverser ces sables mouvants. Si les cadeaux ne plaisaient pas ou si les prétendants étaient trop arrogants, ils périssaient engloutis par les sables mouvants. Un jour, un des prétendants qui avait été séduit par la reine des nymphes eu la bonne idée de lui offrir des coquillages qui se trouvaient sur le bord de l’étang, juste avant la zone fatale des sables mouvants et qui n’étaient pas accessibles aux fées qui vivaient au fond de cet étang sacré. Ce prétendant réussit à traverser sans mal les sables mouvants et obtint les faveurs de la reine des fées. »

TUAMOTU AHE

Une autre légende attachée à l’étang sacré relate « qu’un oiseau multicolore venait  y boire le matin et qu’un arc en ciel venait éclairer ce petit étang. Celui qui parviendrait  à capturer cet oiseau aurait une destinée pleine de bonheur. Certains pensent qu’il s’agirait d’un oiseau appelé tuturu ».

Nous sommes rentrées à Papeari, les yeux pleins des lumières de cet atoll. Vous pourrez y aller vous aussi, mais attention quand même à la «  douloureuse » ! Ouvrez grand les yeux. Bien sûr il y aura les moustiques, les nonos, les mouches, les coups de soleil, les requins, les crabes de cocotier, les poissons-pierre cachés dans les patates, les cocos qui tombent sur la tête, mais essayez quand même.

Soyez heureux.

Hiata de Tahiti

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Bêtes pas bêtes à Tahiti

Le requin, craint par les hommes, il souffre d’une réputation de mangeur d’hommes et de tueur sanguinaire. Ce poisson appartient à la classe des chondrichtyens. Quatre cents espèces différentes, une dizaine sont dangereuses pour l’homme et une vingtaine d’espèces sont en Polynésie. Vous les rencontrerez dans les lagons, près des passes et en pleine mer. VAKI requin à pointes noires, TAPETE de récif à pointe blanche, TORIRE à aileron blanc de lagon, RAIRA gris de récif, ARAVA citron, MAO TORE-TORE tigre, TAUTUKAU soyeux, NOHI PIRI nourrice plus connu sous le nom requin-dormeur, MOHEAHO bordé. Raira et Tautukau sont les plus craints des pêcheurs  ici. Le requin tient une place importante dans la culture polynésienne, il est respecté et n’est pas consommé. Ce poisson est un prédateur, alors prudence ! Mais ce sont des nettoyeurs des mers, indispensables à l’équilibre si fragile de cet écosystème.

requin tuamotu a pointe noire

Prisées par les Chinois pour qui les holothuries auraient des qualités aphrodisiaques mais la surexploitation du rori inquiète les services de pêche océaniens. Les rori sont en danger dans plusieurs régions du Pacifique d’après un communiqué du secrétariat de la Communauté du Pacifique Sud. Les classes moyennes chinoises demandent des exportations grandissantes aux pays insulaires tel la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les Fidji, le Vanuatu, les îles Salomon et les Tonga. L’épuisement des ressources s’accentue, les stocks n’ont plus le temps de se reconstituer pleinement. Les espèces les plus cotées sont l’holothurie de sable et l’holothurie blanche à mamelles. Ces pays devront, s’ils veulent garder une source de revenus rentable à long terme, effectuer un contrôle strict et une meilleure gestion des stocks, et résister à la tentation de l’argent facile afin de bâtir une filière stable.

rori holothurie

Les oiseaux qui viennent nicher aux Tuamotu en construisent des rudimentaires, des sophistiqués, pour leurs oisillons : des nids. Les adeptes de branchages : la frégate du Pacifique ou kotaha niche le plus souvent dans des arbustes tels le miki-miki ou le nego nego. C’est avec des brindilles de ces arbustes que cet oiseau de grande envergure construit un nid en forme de plateau sur lequel elle déposera son unique œuf. Les noddi ou goi’o nichent et pondent comme la frégate. Le fou à pieds rouges ou kariga  bâtit un nid solide et volumineux grâce aux fines brindilles ramassées sur le sol. Les noddi noirs ou kikiriri nichent au cœur des forêts primaires dans les kahaia ou les gnatae. Ils perchent leur nid fait de feuilles. Le phaéton à brins rouges ou tavake niche sur le sol, il ôte les petits cailloux du périmètre pour rendre son nid plus douillet ! La sterne fuligineuse ou kaveka  pond à même le sol, sur le sable parfois. La rousserole des Tuamotu ou kotiotio fabrique un volumineux nid avec ce qu’elle tire du cocotier, fibre, feuilles, le kere, et autres, le tout positionné en hauteur. Et la gygis blanche ou kirahu pond son œuf à même une branche, souvent à l’intersection de deux branches. Pas de nid, simplement le choix où l’œuf sera déposé. Le poussin n’aura qu’à bien se tenir !

Ici l’apiculture locale est indemne du pire problème sanitaire que connaît l’apiculture mondiale, l’acarien varroa. L’un des axes prioritaires de la politique agricole du gouvernement est la sauvegarde de la filière apicole. Il faudra assurer la protection sanitaire : mettre en place une réglementation interdisant l’introduction de matériel génétique, développer l’élevage des reines afin d’éviter les importations, sensibiliser les apiculteurs, former sur les risques d’introduction de maladies. Améliorer la qualité  et la quantité des productions, renforcer la commercialisation. Il faudrait former les apiculteurs sur les sous-produits, utiliser les bois du fenua pour les ruches, voir les pays voisins immédiats, proposer des formations certes mais adaptées au besoin, surveiller la « loque américaine » qui touche déjà l’île de Tubuai (Australes). La commercialisation est importante et ne doit pas être laissée au hasard. Voir comment  les abeilles locales se comporteront en Europe avec des tests réels dans les conditions climatiques européennes pour exporter les reines d’abeilles locales. Revoir complètement l’étiquetage à la norme européenne. Mettre en place des labels de qualité du miel local afin d’en protéger l’origine. Un énorme travail en perspective.

Un apiculteur de Taha’a (l’île vanille aux Iles sous le vent) voudrait installer mille ruches autour de l’île. Alors le miel à la vanille ? … c’est pour quand ? Bonne chance  à ce jeune et entreprenant apiculteur.

Hiata de Tahiti

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Tous pêcheurs à Tahiti

Article repris par Medium4You.

Poisson d’eau douce importé d’Amérique du Nord et du Vietnam, faut-il interdire la consommation du panga ? Élevé en masse au Vietnam, la bête est sous les feux de la critique sur Internet. L’autre jour c’était de la part des autorités : « Manger trop de thon, c’est pas bon », donc le panga est le poisson des cantines scolaires et des sociétés de restauration. Le Président Temaru vient de signer une convention avec la société chinoise « Jinghim Invesments » pour un vaste projet d’aquaculture au pays. Pourquoi ne pas le faire avec les propres variétés de poissons d’eau de mer du fenua ? Dans une grande surface de Tahiti vous payerez 995 CFP le kilo de tranches dégelées de panga contre 1395 CFP le kilo de thon blanc. Y’a pas photo ! Et toujours dans le poisson, le gouvernement Temaru interdit la commercialisation du mako ! Ce requin dit mako ou requin-taupe bleu appartient à la même famille que les grands requins blancs. Il est de couleur bleu-nuit sur le dessus et blanc en dessous. Hydrodynamique, sa taille maximale est de 4 m quand même.

panga

Aux Tuamotu, à Anaa chaque jardin avait un cocotier qui était destiné à recevoir les queues des poissons que le pêcheur clouait à son retour. On exposait ses trophées pour informer ainsi le reste de la population. Les ancêtres remerciaient de cette façon dame Nature. Ce sont les queues des poissons du large qui sont clouées, les grosses prises, pas les poissons du lagon. Il faut respecter un sens : on les cloue par rapport à la mer et au lever du soleil, jamais du côté du tombant du soleil. Toujours vers l’Est ! Et si, en période d’abondance « matarii ni’a » on a pris beaucoup de poissons, la coutume veut que ces prises soient partagées avec la famille et les amis. Quand le pêcheur monte sur son bateau et arrive au lieu de pêche, il prie Dieu. Ne pas partir pêcher si l’on s’est disputé ! Pour la pêche à la tortue, les rituels étaient encore plus stricts et nombreux. Il ne fallait pas avoir de rapport sexuel la veille, pas de dispute, faire attention au matériel de pêche, pas de bruit dans la maison, personne ne devait enjamber le matériel. Au retour à la maison, il fallait enterrer les restes des prises dans le sable, les poissons comme les tortues, ne jamais les jeter à la mer. Autrefois on clouait la tête de la tortue les yeux face au lagon. Si l’on faisait ça, on était sûr d’en avoir tous les jours. Les jeunes d’aujourd’hui « oublient » ou n’ont cure de ces superstitions.

Un deuxième evoxymetopon poeyi a été péché au large de Tetiaroa. Et de deux ! La bestiole mesure 2m10 pour 5 kg, capturée à 190 m de profondeur. Et si l’on faisait un recensement de cette espèce dans les eaux polynésiennes, ça vaudrait peut-être un autre « prêt » en euros, non ?

troca coquillage

13 ans après la dernière campagne la pêche au troca a été rouverte à Hao durant le mois de novembre. Les quotas ? 192 kg par travailleur, payé 300 CFP le kilo. A la fin du mois on peut espérer une rémunération de 57600 CFP. La nacre extraite de ces coquilles servira à fabriquer des boutons. Les hommes plongent, les femmes nettoient. Le résultat devra être parfait, coquille vide, sans odeur, nettoyée.

Les Maoris de Nouvelle-Zélande luttent pour sauver l’anguille géante, espèce menacée d’extinction. Anguilla dieffenbachii est la plus grosse anguille d’eau douce du monde. Elle peut atteindre 2 m de long, peser 20 kg et vivre plus de 100 ans. Autrefois prospère dans les lacs et les rivières, elle est aujourd’hui au bord de l’extinction. Si cette anguille est un géant si fragile c’est qu’elle n’atteint sa maturité sexuelle qu’après des décennies de croissance. Les plus chanceuses quittent alors les lacs et les rivières, gagnent l’océan et parcourent des milliers de kilomètres pour se reproduire une seule et unique fois dans les profondeurs du Pacifique et y mourir.

anguilla dieffenbachii

La Living Oceans Foundation termine ses recherches aux Tuamotu et à la Société.  Alors docteur, quelles nouvelles ? Des différences notables entre les deux archipels. Beaucoup des récifs autour des îles de la Société ont été endommagés par l’étoile de mer épineuse, Acanthaster Planci ou dévoreuse de corail, dite Teramea tandis que ceux des Tuamotu sont en bonne santé en général. Les récifs des Tuamotu contenaient une plus grande diversité d’espèces de corail, plus âgées et plus grandes que celles trouvées dans les Iles de la Société.

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Carantec musée maritime

Entre l’église et la mairie, 8 rue Albert-Louppe, est caché le musée maritime. De l’extérieur, il ressemble à une boutique et les jours de marché il est presque impossible de le découvrir si l’on ne sait pas qu’il est là. En fait, le musée est double : la boutique officielle se trouve sur la droite en allant vers l’église, et l’annexe est juste en face, dans un bâtiment moderne. Ce petit musée ne paye pas de mine, et pourtant, il recèle une mine de choses : des souvenirs de l’ancienne marine à voile ; des souvenirs de la Résistance locale aux nazis.

La vie de la mer est présentée par de vieilles photos, des vidéos, un cormoran empaillé. De jeunes colons du « Roi d’Ys », une sorte de HLM de béton bruyant sur le chemin de la ‘Chaise du Curé’, s’extasient devant le palmipède géant. Un petit blond d’environ 9 ans, étonnamment costaud, roulant des muscles sous son tee-shirt tendu qu’il n’a semble-t-il plus guère l’habitude de porter, semble le chef du groupe. Il parle peu, il donne le ton. Un petit Noir aux grands yeux émerveillés par le volatile semble son lieutenant.

Des cartes postales début de siècle montrent une plage du Kellen fort occupée, mais avec des baigneurs forts habillés – ce qui fait rire les gamins, fort peu vêtus en ce jour d’été. « T’as vu ? y’en a un qui joue au sable avec une cravate ! Y sont tarés, y seraient mieux à poil ! » La vie des goémoniers de l’île Callot est présentée et les questions des petits de fuser : « ça sert à quoi le go-machin ? ça se mange ? cékoi de l’engrais ? pouah ! ça pue ! »

L’’Alcide’ fut un fier corsaire malouin. Sa maquette reconstituée impressionne fort le blond. Las ! Il est venu se briser sur les rochers à l’entrée de la baie de Morlaix lors d’une violente tempête. Juste devant Carantec ; c’était en 1747. Les habitants ont recueilli ce que la mer a rejeté sur les plages, des pêcheurs remontant les casiers et des plongeurs plus récemment ont fait le reste. De nombreux objets du navire figurent désormais dans les vitrines du musée. Tout cela laisse les gamins à peu près indifférents : on n’a pas retrouvé de pistolets et le seul canon récupéré n’est pas ici mais au musée de Morlaix !

Mais comme leur chef ne dit rien, s’attardant à contempler les mâts et les voiles du navire miniature, l’air rêveur, ils tournent autour en grommelant, mais sans quitter la salle. Des maquettes, des panneaux, des outils, expliquent la construction navale, fleuron de Carantec durant plus d’un siècle. Les Carantécois furent marins-pêcheurs côtiers, mais aussi marins de yachts aux beaux temps de la « saison », de Napoléon III à la guerre de 14. Je ne sais, du blond vigoureux ou du Noir étonné, lequel se prénomme David ; ce que je sais, c’est que ledit David est un spécialiste des bêtises pour se faire remarquer et que le moniteur gronde.

Je laisse le groupe de gamins à leurs jeux pour me rendre en face, dans l’annexe résistante. Car la côte nord de la Bretagne fut le lieu de nombreux réseaux de résistance – par tradition irrédentiste, par religion contre le centralisme romain, l’athéisme parisien ou l’asservissement nazi. Profitant de leur parfaite connaissance des rochers, des courants et des lunes, Trégorrois et Léonards firent passer en Angleterre des clandestins et des aviateurs alliés abattus par la mer, au nez et à la barbe des Allemands, ces lourds terriens trop confiant dans leur technique et leurs patrouilleurs au large.

Le réseau Sibiril a réussi ainsi 193 évasions entre 1940 et 1944, en 15 départs. L’annexe du musée maritime en rend compte par des cartes, des photos, des lettres et des objets d’époque. Car l’évasion est aussi en rapport avec la mer. Le large, c’est la liberté ! Le ‘Requin’, court esquif manœuvrant, fut l’un des 16 bateaux de cette épopée. Le ‘Jean’, dont il subsiste une plaque, un goémonier de 6,50 m, a transporté 18 évadés le 29 septembre 1943 avec pour capitaine Jean Gestalin. La traversée vers l’Angleterre, port de Salcombe, a duré 23 heures par un fort vent du nord-ouest de force 8 à 9.

Un ‘Avis’ du général von Stulpnagel du 22 septembre 1941 déclare que tout mâle (sans distinction d’âge) qui aiderait un aviateur ou un parachutiste ennemi sera fusillé. Que toute femme de même sera envoyée en camp de concentration. Mais que tous ceux qui aideront à capturer un ennemi sera récompensé d’une prime « pouvant aller jusqu’à 10 000 francs ». Je ne crois pas qu’il ait eu beaucoup de Bretons qui s’enrichirent, à cette époque…

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Océanopolis à Brest

La Bretagne, c’est surtout la mer. Brest, son port de guerre, n’est plus ce qu’il était. Le trafic y décline, la réparation navale agonise. Les Français, trop réglementés et trop chers, ne savent plus faire dans le monde d’aujourd’hui, crispé sur l’étatisme de reconstruction après guerre. Dans l’indifférence des agents d’État parisiens plus intéressés par les intrigues de Cour et ayant peu d’affinités pour la mer étant terriens d’origines pour la plupart. Ne restent à Brest que les militaires et les chercheurs. L’IFREMER (Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer) y est actif. Au port de plaisance du Moulin Blanc a été installé le centre scientifique et technique Océanopolis.

Cette maison de la mer a été bâtie en forme de crabe par Jacques Rougerie. Le parcours de découverte des océans change de temps à autre pour sans cesse remettre à jour les connaissances acquises sur la mer. Hier, le visiteur avait l’impression de descendre en bathyscaphe depuis la surface jusque dans les profondeurs, examinant les courants et les marées avant d’aborder les poissons, puis la végétation semi animale des grands fonds. Aujourd’hui, le parc oriente la visite en quatre pavillons : le pavillon tempéré, flanqué du pavillon tropical et du pavillon polaire, puis du pavillon biodiversité pour faire mode !

Au centre, la boutique de vente – « shopping 100% marin ! » selon le slogan affiché – et une exposition Jules Verne autour de ’20 000 lieues sous les mers‘, son livre phare, pour le centenaire de sa mort.

Il faut au moins deux heures pour faire le tour des pavillons et de leurs 50 aquariums. Mais les enfants sont vite séduits, ce qui permet de pronostiquer une bonne demi-journée de visite pas ennuyeuse pour un sou. Il est utile de prévoir le pique-nique car la restauration n’est pas bon marché pour une famille.

Dans le pavillon tempéré s’ébattent les poissons, visibles comme s’ils étaient voisins depuis les aquariums. D’ailleurs, sans visiteurs, il semble que les poissons s’ennuient. Ils regardent, flous et confusément, s’agiter les petites mains et s’ouvrir les bouches rapides derrière les vitres renforcées. Leur lumière est naturelle, venue de l’ouverture au jour, leur eau savamment oxygénée par des machines dont on perçoit les jets réguliers. Pour les algues, les chercheurs ont même prévus de reconstituer les marées moyennes, deux fois en 24h !

Un aquarium reproduit en grand et en carré ce qui trônait sur les tables de nuit des années 70 : des boules de cire dans un liquide ambré ou bleuté. Mais cette fois, c’est du vrai, pas du reconstitué. De quoi en rester… médusé ! Les crustacés sont en vitrine, pas à l’étal pour une fois. Dommage pour les enfants : ici, on ne peut pas toucher !

Mais l’attraction ici est double : un bassin où – comme au Canada – on peut toucher certains animaux marins, et le ballet des phoques.

Une animatrice est là pour expliquer comment reconnaître une étoile de mer mâle d’une femelle. Là pour espacer le stress de la coquille Saint-Jacques en présence de l’étoile : sa fuite à grands coups de clapets fait rugir de rire les enfants. « Il ne faut pas le faire souvent, elle a peur » argumente l’animatrice qui sait y faire. « Je peux toucher ? – mais oui, c’est là pour ça, mais tu la remets dans l’eau, hein, elle préfère cela. » Gros succès. On y passerait des heures tant il y a de bêtes à toucher et d’histoire sur chacune.

Les phoques sont la séquence émotion. Il y a trois jours et né un bébé au couple qui s’ébat dans le bassin à ciel ouvert, que l’on regarde par tout un côté qui est vitré ou au-dessus, à la surface. Le phoque mâle, le plus gros, nage rapidement le ventre en l’air, l’œil vers la lumière, la moustache en bataille lorsqu’il émerge sur les rochers de résine. Il est sensé protéger la mère et son bébé. La femelle est mère, elle joue avec son petit, adulte en miniature, nageant vers lui, le caressant des nageoires. La petite fille en est toute retournée ; elle en voudrait un couple pour Noël. A heure fixe, grande cérémonie publique : le nourrissage des phoques. Ce ne sont que lancers de poissons et attrapages au vol. Un spectacle naturel digne du meilleur ballet.

Passons aux tropiques. Cette fois, outre les poissons multicolores que tout plongeur des mers du sud connaît par cœur, il y a la Bête qui rôde, l’équivalent du loup sur la terre tempérée ou du tigre des chaleurs : le requin. Bien que crédité de 25 morts par an seulement (contre 250 pour les seuls éléphants et 50 000 au moins pour les serpents) selon un panneau explicatif, le requin effraie plus qu’un autre. Spielberg l’avait bien compris en se faisant connaître par ‘Les dents de la mer‘, succès mondial et immédiat. Un grand bassin orné de rochers sombres d’un réalisme saisissant laisse évoluer les squales que l’on peut voir de près.

Et lorsqu’ils viennent, d’un coup de queue nonchalant, flairer la vitre qui nous séparent d’eux, regardant sans voir (ils sentent et perçoivent bien mieux les vibrations), un frisson ne peut s’empêcher de parcourir les échines de tout être humain à proximité, qu’il ait 3 ou 93 ans. Et pourtant, très peu de requins sont mangeurs d’hommes ; les victimes humaines se comptent presque exclusivement au nord-est de l’Australie et dans les Caraïbes ; bien que présent au large de la Bretagne (tout marin en voit), le requin est peu dangereux. Mais son nom, qui vient de « requiem », n’incite pas à aller jouer avec eux.

Le pavillon polaire réussit l’exploit de réfrigérer une vraie banquise, pour la plus grande joie des manchots empereurs qui, popularisés par le film – sont à la fête. « Manchots » au sud, « pingouins » au nord est le mot d’ordre des panneaux. Ils se dandinent au-dehors mais plongent et nagent par torsion du corps comme aucune danseuse humaine n’est capable de le faire. Ils vont comme une fusée le long des vitres d’observation, si vite qu’aucune photo numérique n’est capable de les capter sans flou, c’est dire ! La manchotière comprend près de 40 habitants qui paradent, font leur cent mètre nage libre ou s’expriment avec vigueur. Tout un banc de glace permet aux plus vieux de jouir d’une vue imprenable sur les exploits des jeunes. Sans parler de l’ours blanc qui surveille et des grands oiseaux polaires qui planent…

Pour les enfants, un mur de glace accessible permet de laisser la trace de ses mains qui, chaudes, ne tardent pas à se graver en creux. Nous ne saurions malgré tout oublier les crabes géants des mers froides ni les poissons déguisés en Anne-Aymone de mer ! « Anémone, anémone, oui j’ai une gueule d’anémone ! » semblent-ils chanter à sec.

Océanopolis, c’est tout un monde. Spectacle garanti. Et du plus pur « naturel ». Nouveauté 2012, l’exploration des abysses ! Une « bio » diversité de plus…

Océanopolis à Brest, le site officiel

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Tahiti et la mer

Article repris par Medium4You.

En attendant le passage de Vénus devant le soleil phénomène qui durera six heures, les préparatifs vont bon train. On construit Pointe te fauroa ou pointe Vénus à Tahiti une réplique du fort de James Cook mais en décor de théâtre. James Cook, jeune officier fut chargé de conduire jusqu’à Tahiti sur un ancien navire charbonnier rebaptisé l’Endeavour l’astronome Charles Green, ainsi que deux autres savants chargés d’étudier la flore et la faune. A son arrivée le 13 avril 1769, Cook entreprend la construction d’un fort afin de protéger l’astronome et ses instruments. L’inauguration du site ce sera la 6 mai. Aux armes, Maohi !

Le roi de Tonga est mort, vive le roi. Cette petite monarchie polynésienne de 106 000 habitants dont le roi George Tupou V vient de décéder en mars est une constellation de 170 îles, éparpillées sur 700 km2 au nord-est de la Nouvelle-Zélande et à 650 km à l’est de Fidji. Le pays est touché de plein fouet par la crise mondiale car 35% de son PIB est apporté par la diaspora tongienne. Quelques 200 000 Tongiens (le double de la population de l’archipel) vit et travaille en Australie, en Nouvelle-Zélande, aux USA et envoient au pays une part de leurs revenus. Or ces expatriés sont employés dans le bâtiment et l’aménagement. Un bon nombre d’entre eux ont perdu leur emploi. Le seul vrai potentiel de développement de Tonga est le tourisme qui piétine autour de 90 000 visiteurs par an. Tonga table sur une croissance de 2% en 2013/2014 mais le pari n’est pas gagné vu la pauvreté des infrastructures d’accueil, le manque de fonds pour la promotion, le mauvais entretien des sites historiques et les problèmes dus à l’éloignement géographique.

Quatre pays s’engagent, Australie, France, Nouvelle-Zélande, îles Cook pour surveiller la pêche en haute-mer. La marine française avait sur zone le P400 « La Tapageuse » qui a réalisé 4 contrôles, le Patrouilleur « Arago » 3 contrôles, le FS « Prairial » 2, le patrouilleur « Tekukupa » des îles Cook. Treize navires contrôlés : 8 Chinois, 2 Taiwanais, 1 Japonais, 1 Fidjien, 1 Singapourien et seulement 2 infractions relevées. Une première opération d’une longue série… atation ! Chaque bateau devait patrouiller dans une zone délimitée. La Tapageuse accompagnée du Tekukupa des Cook étaient dans les eaux polynésiennes occidentales et dans la zone jouxtant les ZEE (zone économique exclusive) des îles Cook et Kiribati. Les palangriers chinois avaient leurs soutes pleines ce qui rend les contrôles « difficiles » au milieu des carcasses de thons, marlins et requins. Les ailerons de requin font l’objet d’une attention particulière de « India ». Le Prairial a quant à lui rejoint l’est de la ZEE polynésienne. Aucune infraction relevée. L’« Arago » était envoyé dans le nord de ZEE polynésienne entre les Kiribati et les Marquises, une zone importante sise sur la « Tuna Belt ». Les thonidés représentent 25% des ressources mondiales dans cette zone.

Après 15 ans de desserte du Maupiti Express, le capitaine a eu la surprise d’être accueilli, pour ce dernier trajet, dans la passe d’Onoiau avec une couronne de tiare de 50 (cinquante) mètres de long.

Marquises, vos beaux yeux me font mourir d’amour… pour les dauphins ! C’étaient certainement les paroles des scientifiques qui ont joué les photographes avec les dauphins entre les îles Marquises, de Hiva Oa à Ua Pou. Ils ont répertorié 9 espèces de dauphins : des péponocéphales ou dauphins d’Electre qui faisaient le spectacle avec du spyhopping, des dauphins tachetés, des dauphins à long bec, des globicéphales, des grands dauphins communs, des péponocéphales, un Kogia sima (cachalot nain), des dauphins de Risso. Vous pourrez consulter le site où vous trouverez tous ces détails que je ne saurais vous donner.

Et toujours aux Marquises, la mission du navire océanographique Alis rend compte : une richesse. Les scientifiques se sont attelés à caractériser les éléments biologique, végétal et marin de l’archipel. Tout y est passé : flore, plantes médicinales, spongiaires, mollusques. Les Marquises ont été gâtées par le ciel ou la mer. Imaginez, 3752 mollusques appartenant à 182 espèces récoltées dont six nouvelles pour la Polynésie française. C’est une richesse exceptionnelle de la faune malacologique (mollusques) littorale, tant par son intensité que par sa diversité. L’extrême isolement géographique, la dispersion des îles sont parmi les facteurs qui ont favorisé la spéciation des plantes vasculaires à l’origine d’une flore endémique relativement riche.

Et si les Marquises qui possèdent un patrimoine considérable, une langue propre, une culture propre, des ressources alimentaires, faisaient sécession d’avec Tahiti ? Un département supplémentaire ?

Hiata de Tahiti

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