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Voyage à Rurutu aux Australes

Vous appréciez les lieux bizarres ? Vous aimez les stalagmites et les stalactites ? Partons à Rurutu ou l’île troglodyte.

Cette île a été découverte le 13 avril 1769 par James Cook ; sur une carte, elle ressemble un peu à l’Afrique ou à un rein. Elle avait pour premier nom Eteroa (le grand panier), plus tard, elle prit le nom de Rurutu (la gerbe dressée).

RURUTU  (Australes)

Rurutu est une petite île montagneuse de 10 km sur 5,5 km de large, à 472 km de Tahiti, a une superficie de 38,5 km2. Elle se situe par 151,2° de longitude ouest et 22,27°de latitude Auti, Moerai (la capitale !) et Avera les trois bourgs principaux. Les sommets sont les monts Teape 368 m, Taatioe 389 m d’où par temps clair on peut apercevoir l’île de Rimatara, Manureva 385 m, Pito 190 m, Erai 288 m, Rairiri 263 m. Rurutu appartient à un archipel qui s’étend des Cook au sud des Australes, sur 2 200 km de longueur, depuis le volcan sous-marin Mac Donald à son extrémité sud-est jusqu’à l’atoll de Aitutaki à son extrémité nord-ouest.

Les scientifiques disent que Rurutu est une île volcano-karstique de type makatea, c’est-à-dire du presqu’atoll ressoulevé. Rurutu est marquée par le volcanisme et les hautes falaises. Le centre de l’île est formé de roches volcaniques : tufs, basaltes, scories. Des calcaires coralliens à 150 m d’altitude ! Les scientifiques parlent d’un bombardement de la lithosphère ayant entrainé un soulèvement calcaire. Les falaises côtières ont été creusées par la mer ; elles présentent des encoches de 2 à 3 m de haut et 3 à 6 m de profondeur et s’élèvent jusqu’à 150 m au-dessus du niveau de la mer. Des excavations qui correspondent aux différents niveaux de la mer : la première au niveau actuel ; la seconde entre 1,2 et 1,7 m au-dessus du niveau correspond au milieu de l’holocène ; la troisième, située entre 8 et 10 m, correspond à la dernière période interglaciaire.

rurutu falaises 2

On y trouve aussi beaucoup de corail fossilisé. Le récif frangeant est très proche des côtes, il enserre toute l’île. Les côtes ont des falaises qui sont les témoins de l’ancien récif-barrière et forment un plateau circulaire calcaire façonné en karst avec lapiez, dolines, pinacles, avens et bien sûr de très nombreuses grottes. Autre caractère propre aux makatea, Rurutu n’a pas de lagon.

Le climat est de type subtropical océanique à flux d’alizée d’est, avec d’abondantes chutes de pluie. Avis à la population : de janvier à mars, il pleut TOUS les jours ! Les nuits d’hiver sont fraîches 10° à 12°, le jour entre 20° et 26°. La pluie à Rurutu ? Des trombes d’eau, des cataractes. Sous les tôles des fare impossible alors d’entendre la télévision et pourtant elle continue à déverser!

Peuplement ? Un peu plus de 2 000 habitants. Si le karst intéresse le touriste, il n’est pas favorable à l’installation humaine. L’absence de lagon limite le développement des plaines côtières. Le regroupement de la population en trois villages a permis le maintien de structures communautaires vivaces : une intense activité associative avec l’artisanat, les groupes de danses. Rurutu est demeurée fidèle à l’Église évangélique. On plante toujours du taro dans les zones marécageuses.

Vous faites le tour de l’île, en 4×4 ou à vélo (pas facile) sur 32 km ; quatre vols Air Tahiti par semaine depuis Papeete sur ATR 72. Moerai, la capitale, vous offre sa poste, ses écoles, son collège, son CJA, son centre de soins (un docteur, un dentiste, quatre infirmières et une adjointe de soins), sa gendarmerie avec trois gendarmes, sa banque Socredo, sa station-service, son port, son Service de l’équipement… et ses 2 éoliennes.

Je vous entends dire : et les fameuses stalactites ? Un peu de patience, nous y arrivons.

rurutu falaises

Rurutu dresse ses immenses falaises calcaires face à l’océan. Un sandwich composé de deux couches de lave qui enserrent un rempart de calcite creusé de centaines de grottes, formations qui remontent à 122 000 ans, protégeant des terres agricoles très fertiles. Jouons les spéléologues amateurs avec un guide local. Bien équipés ?

On démarre par la « grotte Mitterrand », baptisée ainsi parce qu’en 1990, le président de la République y reçut en mains propres le fameux « code Rurutu », recueil de 95 textes de lois en vigueur à Rurutu jusqu’en 1945, que la population jugeait désormais inutile et caduque. Cet ana, Ana’io ou Ana A’eo – la Grotte Mitterrand donc – est une excavation facilement accessible depuis la route de ceinture sur Vitaria. Elle est située sur la terre taaromao dans la falaise calcaire soulevée, à 400 m du rivage. Elle mesure 40 m sur 30 m et 15 de hauteur. Elle offre de nombreuses stalactites et stalagmites. À son extrémité sud est une cavité de 2m50 de diamètre : c’est ici que se trouvait l’umu, four où l’on cuisait les prisonniers.

Ana Papa est un abri pour les pêcheurs. Ana Pu’uru dont la façade est obstruée par des stalactites était, d’après la tradition, utilisée pour le guet. D’autres ana (grottes) existent et votre guide local saura, selon votre condition physique, vous y faire pénétrer ou non, mais ne vous aventurez pas seul.

Rurutu véhicule bien sûr des légendes, des mythes, des histoires.

Voici la légende la grotte Ana O Ina : Ana O Ina était le refuge d’une ogresse qui dévorait les enfants. Un jour, elle dut attacher deux petits garçons qu’elle ne pouvait manger car elle était déjà rassasiée. Elle se mit à chanter, heureuse, et les deux enfants se mirent à danser (ligotés). Cela plut à l’ogresse qui détacha les enfants afin qu’ils ne soient pas gênés dans leurs mouvements. Les grimaces et gestes des enfants rendirent la sorcière moins vigilante et les enfants en profitèrent pour s’enfuir. Un peu plus tard, la sorcière fut capturée dans les filets de pêcheurs. Emprisonnée chez le roi, elle se laissa mourir de faim plutôt que de renoncer à la chair humaine. Ina est toujours vénérée par les mama de Rurutu car elle avait tapissée sa grotte de pandanus tressés. La vannerie de Rurutu remonterait ainsi à cette légende.

RURUTU

Au nord de Auti se situe se situent le massif et la falaise Toarutu. Là est le monstre de Rurutu : une énorme avancée de calcaire sur l’océan déchaîné de la côte Est. On dirait les puissantes mâchoires d’un monstre antédiluvien qui voudrait menacer de ses crocs le dieu Ruahatu. Le monstre lutte contre une mer formée. Le paysage est époustouflant : des dizaines de stalactites et de stalagmites soutiennent une mâchoire béante qui nargue l’océan, une denture impressionnante. C’est dantesque ! L’ana si haut perchée, des gours emplis d’eau en son milieu, des cascades de calcite dégoulinant des parois de la cavité. Attention à ne pas déranger les oiseaux pailles en queues qui viennent s’y reproduire début juin, ni les phaétons omniprésents dans les falaises de Rurutu.

Soyez assurés, vous ne serez nullement déçus de votre séjour à Rurutu.

Chaque année, entre juillet et fin octobre, vous pourrez saluer les baleines qui viennent mettre au monde leur nouveau-né. Les grandes jubartes et les mégaptères vous y donnent rendez-vous. Elles arrivent de l’Antarctique où elles se sont gavées de krill pendant plusieurs mois. Elles ne franchiront jamais l’Équateur ! Le récif de corail est collé à la côte à Rurutu – ainsi les baleines sont toutes proches quand elles se reposent dans les baies. Ces dames, qui peuvent peser 40 tonnes pour 15 m de longueur, aiment nos eaux chaudes bien qu’elles n’y trouvent rien à manger – sauf l’amour et l’eau fraîche ! La chance pour le plongeur avec masque et palmes est de trouver Dame baleine endormie pour avoir le loisir de la photographier. Bonne chance !

Hiata de Tahiti

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Frapper sur la table ?

« Nous frapperons sur la table. » Qui a dit cela ? Les leaders polynésiens réunis à Papeete en juillet ! Il y avait là les représentants de la Polynésie française, pays hôte, avec Niue, Iles Cook, Samoa, Tokelau, Tonga, Tuvalu, seul manquait à l’appel les Samoa américaines. Vous n’êtes pas très calés en géographie ? Prenez une loupe et regardez vers le Pacifique Sud : les confettis. En marge de la COP 21 qui se tiend à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015 et où l’on essaiera de trouver des solutions au problème du changement climatique, ces Etats du Pacifique Sud veulent des sous, c’est toujours le nerf de la guerre. Ils veulent des décisions, à commencer par « faire payer ceux par qui ce changement climatique serait arrivé et comme première solution des sous pour protéger leurs populations… ». Il faut comprendre et trouver des solutions ? Certes mais pendant tout ce temps, les îles basses ont les pieds dans l’eau. Les scientifiques : « Si vous cumulez températures chaudes et cyclones, le corail ne s’en remettra pas ». Les scientifiques apportent la preuve que lorsqu’un cyclone important passe sur un récif il le détruit complètement, et il faudra 10 à 12 ans pour qu’il redevienne florissant, à condition qu’il n’y ait pas de nouveau cyclone. Avec les taramea (Acanthaster) c’est pareil. Elles mangent tout le corail et le détruisent à 100%. Puis elles disparaîtront pendant 10 à 12 ans jusqu’à ce que le corail redevienne florissant. Donc si ces deux phénomènes se cumulent, si des cyclones et des hausses de température œuvrent entre temps. Sortez les mouchoirs.

carte polynesie

Création d’un comité de pilotage sur les ressources minérales océaniques en conseil des ministres piloté par le Président du Pays et le Haut-Commissaire. Le premier rapport devait être rendu en octobre, il est composé de 10 scientifiques… rien à l’horizon. Ces ressources minérales des fonds océaniques deviennent de plus en plus courues par les compagnies minières privées ainsi que certains États comme le Japon, les USA, la Chine, le Canada. Encore mal connues, les conditions d’exploration des grands fonds marins, situés entre 1 000 et 6 000 m de profondeur, devront être évaluées pour s’assurer de leur rentabilité et de l’impact environnemental. Vaste programme.

C’est peut-être en prévision que le « navire-hôpital » chinois He Ping Fang Zhou (Arche de la paix) vint accoster dans le port de Papeete ? Un équipage de 200 marins et 600 médecins et infirmiers ; des installations comme salle de radiothérapie, un scanner, huit salles d’opération, un laboratoire d’analyses, une salle d’examen, une zone de stérilisation, des services de gynécologie, ophtalmologie, pédiatrie, médecine interne. Il pratiquerait la coopération civilo-militaire et aurait pris en charge plus de 90 000 patients lors de « ses tournées ». Le consul chinois précise que ces actions font partie d’un vaste plan de coopération économique et militaire entre Pékin et les pays qui ont signé des accords économiques avec la Chine. La Polynésie encore française aurait signé ? Ou était-ce seulement une visite amicale ?

he ping fang hzou

En attendant l’ouverture de la neuvième merveille du monde à Punaauia, le « Mahana Beach » qui devrait être en exploitation dès 2022 mais dont la construction n’a pas encore été attribuée entre les deux promoteurs chinois restant en lice ! A la mi-décembre, le gouvernement aura choisi entre le groupement sino-hawaiien Recas-China Railway-Group 70 et le groupe chinois Towercrest. On abaisse les prétentions – à savoir pour le pays les travaux routiers et d’assainissement de la zone. Le remblai annoncé en juillet 2014 par Flosse sur 18 hectares et financé par le Pays est dorénavant transféré à la charge de l’investisseur et n’excédera pas 12 hectares et 650 000 m3.

Et toujours dans les grands projets un hub de pêche au port de Faratea, na ! On attend des investisseurs… Allo ? Vous n’auriez pas quelques réserves d’argent à placer ?

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François Bellec, Le testament de Lapérouse

francois bellec le testament de laperouse
Jean-François de Galaup, comte de Lapérouse, fut envoyé en 1785 par le roi Louis XVI et son ministre de la Marine le Marquis de Castries, explorer le monde. Il devait notamment compléter James Cook sur le Pacifique sud et rechercher pour la France des comptoirs commerciaux. Deux frégates, l’Astrolabe et La Boussole quittèrent Brest le 1er août pour tourner le Cap Horn, longer le Chili, aborder l’île de Pâques, rallier les îles Sandwich puis Hawaï et l’Alaska, atteint en 1786. Ils redescendent par la Californie avant de traverser le Pacifique jusqu’à Macao. Puis ils quittent l’Asie par Manille et la Corée du sud jusqu’à l’île alors japonaise de Sakhaline et le Kamtchatka russe. C’est là qu’un ordre venu de Paris intime d’aller reconnaître les établissements nouvellement créés par les Anglais au sud de l’Australie.

Aux Samoa, le 6 décembre 1787, un groupe d’indigènes attaque les matelots en aiguade et en tue douze, dont Paul Antoine Fleuriot de Langle, capitaine de l’Astrolabe. Les bateaux arrivent à Botany Bay le 24 janvier 1788 où Lapérouse envoie sa relation de voyage, quelques cartes et des lettres en Europe via les Anglais. Nous ne connaitrions pas son expédition sans cela… Car voulant joindre les îles Santa Cruz dans l’archipel des Salomon, les deux frégates se perdent sur le corail dans un coup de vent en juin 1788. Elles sont drossées sur l’île non répertoriée de Vanikoro, à 118 km de leur destination. A cet endroit, les expéditions de Peter Dillon en 1826, puis de Dumont d’Urville en 1828, retrouveront des traces.

laperouse carte exploration

C’est à cette date que l’auteur, marin reconnu d’aujourd’hui, prend le relais. Comme la réalité n’est pas vérifiée, il en fait un roman. Les survivants tentent par tous les moyens de quitter l’île pour rejoindre le monde civilisé ; certains parviennent à partir en bateau, ils n’arriveront jamais. Lapérouse, le chirurgien et un domestique restent seuls sur l’île. Les deux premiers tentent une sortie par beau temps sur une yole, mais la malchance et l’obstacle de l’épave les précipitent sur le corail où leur bateau est détruit : ils sont condamnés à rester jusqu’à leur trépas sur cette île perdue où sévissent des tribus mélanésiennes et polynésiennes qui ne s’entendent pas, certaines étant volontiers cannibales. C’est par la cloche du navire sauvée des eaux, le tambour des Esprits venus de la mer, qu’ils récoltent un semblant de respect.

La lecture un temps de l’Encyclopédie, puis le décompte des jours au sextant et à l’horloge de marine, leur permettent de passer quelques années. Le domestique se marie, a des enfants ; il se fond dans la population. Mais une crue emporte tous les livres et toutes les collections, restes sauvés tant bien que mal de l’Astrolabe, et le chirurgien se supprime de désespoir. Pour l’auteur, le comte de Lapérouse ne consent rien, noblesse oblige : il n’apprendra jamais la langue des indigènes ni ne vivra comme eux… autant qu’il peut – car une belle vahiné venue à la nage se donne à lui toute nue dans un fantasme de bonne sauvage.

laperouse vanikoro carte

Curieuse édition, avec carte mais sans table des matières, avec des annexes mais incomplètes. Il est par exemple étrange que l’auteur, ancien directeur du Musée national de la Marine et membre de l’Académie de Marine, s’il cite Dillon et Dumont d’Urville, n’évoque en rien les découvertes du plongeur Reece Discombe en 1962 et en 1964, accompagné par l’amiral de Brossard de la Marine Nationale, ni ceux de l’association Salomon en 1980.

Mais ce roman est d’une lecture agréable pour qui veut évoquer Lapérouse, bien qu’il y ait peu d’action : il faut dire que l’île, à l’écart des routes, est bel et bien une prison. L’auteur rend hommage aux Lumières et au grand marin victime du sort, derniers vestiges d’un siècle qui se finit dans le sang.

François Bellec, Le testament de Lapérouse, 2015, éditions Jean-Claude Lattès, 268 pages, €18.00
Format Kindle €12.99

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Kauehi Lodge et visite au village

Kauehi Lodge est un endroit très calme, à 2 km de l’aéroport et à une dizaine de km du village de Tearavero. Nous prenons possession des lieux. Nous posons nos marques et discutons avec notre hôte des possibilités de découverte de l’atoll, l’hôtesse étant à Papeete pour le Salon du Tourisme. Nous ne serons que deux pensionnaires pendant cinq jours, la pension nous appartient !

KAUEHI LODGE SALLE DU PETIT DEJEUNER

Nous avons souhaité d’abord découvrir le lodge, explorer les environs immédiats, rencontrer les habitants du bord du lagon : une foule de requins à pointes noires, du plus petit au plus gros, qui inquiètent mon amie M. Elle s’imagine dévorée par les squales. Ils sont très curieux mais inoffensifs !

KAUEHI SALON

Des oiseaux : Chevalier errant de l’Arctique qui hiverne ici ; Noddi noir (Kirikiri) ; Sterne blanche (Kirahu) qui est une émanation des sœurs Hina-tu-a-ni’a (Gris qui veillait dessus, Hina-tu-a-ra’i (Gris qui veillait des cieux) , Hina-tu-a-uta (Gris qui veillait à l’intérieur) et Hina-tu-a-tai (Gris qui veillait en mer), Sterne à dos gris ( Kaveka) ; Sterne huppée (Tara), émanation des Dieux de l’air ; Grande frégate (Kota’a, Kotaha) émanation de ‘Ora-pa’a (guerrier intrépide)le grand esprit mouvant de l’océan et du dieu ‘Oro ; Sterne fuligineuse (Kaveka) ; deux aigrettes des récifs (Otu’u), l’une blanche, l’autre grise qui viendront nous saluer chaque jour. Il n’y a pas de chat, pas de chien à la pension. Jean-Claude nous concocte un délicieux lunch au thon cru, le soir le Chef sera aux fourneaux. Il cuisine toujours des poissons divers le plus souvent grillés, excellents. Il partagera le dîner avec nous, nous discuterons, l’interrogerons. C’est que toutes les deux nous sommes curieuses de tout connaître de Kauehi !

KAUEHI

Dimanche, nous respecterons l’heure du culte avant de nous rendre au village. La population du village de l’atoll est à 90 % catholique.

KAUEHI EGLISE ST MARC

Après neuf heures, JC nous embarque dans sa Land-Rover, nous passons devant l’aéroport désert, après 10 km environ nous arrivons à la porte du village. Nous avons traversé des cocoteraies plus ou moins bien entretenues, évité les fondrières de la route en soupe de corail et nous voici à l’entrée du « bourg ». La messe est dite, les gens sont retournés à la maison, certains font quelques emplettes aux magasins. En fait, il y a deux magasins, ravitaillés par la goélette tous les quinze jours. Notre première visite est pour l’église Saint-Marc, édifiée en pierres de corail taillées à la scie par les habitants et recouverte de chaux blanche. L’intérieur est surprenant, voyez vous-mêmes ! Beaucoup de couleurs, de fanions, les bambins de  l’école maternelle auraient-ils œuvré à la décoration de l’église ? Mais les lustres en nacre et coquillages nous prouvent, si besoin était, que nous sommes bien dans l’archipel des Tuamotu.

EGLISE DE TEARAVERO KAUEHI

Allons rendre visite à la Mairie (républicaine) proche de l’église (catholique). Solide bâtisse en pierres de corail, murs épais, jouxtant  la citerne d’eau douce, elle a encore fière allure mais un petit ravalement de son blason serait du meilleur effet ! C’est là, nous dit-on, que les habitants trouvent refuge lors des cyclones. Il semble que les cyclones des années 1980 (Veena et ses frères et sœurs) ont laissé des marques indélébiles. Mais la mairie a tenu bon. Vive la République ! Vive la Polynésie !

KAUEHI MAIRIE

Les vieilles maisons, en pierre de corail enduites et scellées à la chaux, ont été abandonnées pour les maisons en pinex – délaissées elles-mêmes pour des maisons MTR en parpaings et baies vitrées.

Direction le cimetière. Logique, non ? Surprise : JC nous indique que le cimetière est partagé en 4 « zones ».

  1. d’abord les hommes, mariés ou célibataires dans un premier « enclos »,
  2. puis les femmes, mariées ou célibataires dans un second enclos ;
  3. les enfants mort-nés ou n’ayant pas été baptisés à leur naissance dans le troisième enclos ;
  4. et dans le quatrième enclos les « pestiférés », les concubins, les homosexuels.

Ouah ! Cette ségrégation après la mort existe à Kauehi de nos jours encore ! Malgré la chaleur, cela fait froid dans le dos. En l’absence de curé, c’est un diacre qui officie. Il a demandé à ses paroissiens de réviser leur manière d’enterrer leurs morts. Un couple, même si l’un décède avant l’autre ne devrait-il pas rester réuni ? Refus catégorique des paroissiens, on continue comme par le passé ! Vous, les Popa’a vous en pensez quoi de ce sectarisme dans le cimetière de Kauehi ?

Hiata de Tahiti

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Traditions des îles polynésiennes

Aux Australes, la coutume voulait qu’en chaque début d’année, les habitants fassent le tour de l’île pour présenter leurs vœux à leurs congénères. Les « marcheurs » étaient accueillis » dans chaque maison, maison briquée à fond pour l’occasion, on sortait les magnifiques iripiti des armoires, les cadres des photos de famille, les peue déroulés. La semaine entre Noël et Jour de l’An était réservée au badigeonnage des murs d’enclos à la chaux, au nettoyage à fond des pièces du fare selon les critères établis par un comité qui passait en premier afin de noter la décoration.

australes archipel carte

Sur le seuil du fare, deux ou trois personnes vous accueillent avec de l’eau de Cologne et du talc aux cris de « A Toma mai ». On entre, on visite les pièces, en sortant on se désaltère de jus de fruit, de cocos frais. Cette année, on a compté seulement 8 fare sur 120 recensés ouverts dans Moerai. Mais que se passe–t-il ? Les vieux disparaissent, les modes changent, et la coutume s’en va ! Que faire ? Et les Autorités civiles et religieuses peuvent-elles faire quelque chose pour maintenir cette coutume coûte que coûte ?

Pas de Tere sans porteurs de pierre. Cette tradition remonte aux temps anciens quand les jeunes gens devaient passer par toutes sortes d’exercices physiques qui prouvaient que les taurearea (jeunes) devenaient des adultes. Seul, le lever de pierre a subsisté. Les hommes forts du village doivent lever les pierres  qui ont chacune un nom et un poids entre 130 kg et 151 kg, les femmes soulevant des pierres de 60 à 80 kg. Rassurez-vous, toutes les pierres ont été soulevées donc 2014 sera une bonne année. Ouf !

australes iles

La fabrication de la chaux est une tradition qui perdure à Rurutu. C’est une technique qui permet d’obtenir un matériau de construction adapté à l’environnement. Cette technique aurait été importée  par des marins baleiniers originaires du Portugal venus s’installer à Rurutu au 19e siècle. Chaque village de Rurutu possède son four à chaux mis en chantier environ tous les trois ans. Les anciens ont transmis la recette ! Il faut aller couper de nombreux arbres tels aito (arbre de fer ou Casuarina equisetifolia), falcatas, haari (cocotiers)  et rassembler de très nombreux blocs de corail sur les plages.

Ils sont ensuite disposés dans une fosse de grandes dimensions. On y installe d’abord des branchages, ensuite les troncs serrés et bien empilés. Les blocs de corail sont placés dessus de façon à former un dôme compact, tout en laissant une ouverture au sud-est pour allumer le feu. Une fois bien pris, le feu est très fort, il nécessite une surveillance de chaque instant car il faut relever les blocs au fur et à mesure que le bois brûle.

Il faudra attendre un mois pour que la chaux vive, issue du calcaire,  continue de décomposer l’ensemble. Mélangée au sable, la chaux donnera du ciment et mélangée à de l’eau un enduit pour repeindre les façades et les murs. Ce matériau présente de multiples avantages : la perméabilité car la chaux est un matériau « respirant » puisque la chaux absorbe peu d’humidité et la rejette rapidement ; la plasticité car tous les murs travaillent, la plasticité de la chaux lui permet d’accompagner ces mouvements tout en gardant la cohésion de l’ouvrage ; et enfin des propriétés désinfectantes car la chaux limite la prolifération des acariens, champignons, salpêtres et mauvaises odeurs.

marquises carte

Si vous êtes accueillis aux Marquises, on vous souhaitera la bienvenue avec un collier de graines. Les graines sont partout aux îles Marquises, et les Marquisiens ont le don de créer des merveilles, merveilles de formes et de couleurs dans un assemblage harmonieux. Les îliens sont allés ramasser ces graines blanches, rouges, grises, bordeaux, kaki, jaunes, de forme ronde, plate ou ovale, dans les vallées, en montagne. La cueillette ou le ramassage terminé, les graines sont nettoyées, percées, enfilées pour finir en une œuvre artisanale remarquable.

Les enfants apprennent très tôt en suivant leurs parents à reconnaître ces graines. La graine de temanu, plus grosse que les autres, est sculptée. Grace au modernisme et à l’arrivée des perceuses, certaines graines n’étaient pas utilisées ; elles le sont dorénavant. Les artisans créent de magnifiques colliers en alliant aux graines l’os, la perle, les plumes, le bois voire la peau de chèvre et présentent leurs créations à chaque arrivée de l’Aranui. C’est la marque de fabrique et d’identité de la Terre des Hommes.

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Pique-nique sur le motu Haka des Tuamotu

Nous commencerons le lendemain de notre arrivée par un pique-nique sur le motu Haka. Nous embarquons des glacières avec du poisson cru, du ipo ou plus exactement du Faraoa ‘Ipo fabriqué à partir de farine, d’eau, de sucre, de coco râpé, le tout bouilli. C’est qu’il y a peu ou pas de boulangeries sur les atolls alors les Paumotu (habitants des Tuamotu) se débrouillent pour fabriquer » leur pain » ! Comme plat principal du nylon, des hameçons et des appâts de petits poissons qui sont à notre disposition dans le bateau. Notre guide et pilote arrêtera le bateau près des patates de corail où se tapissent les poissons. A nous d’avoir la dextérité et la chance d’attraper notre repas si nous voulons déguster un poisson rôti sur la braise pour le déjeuner. Mon amie ramène une loche marbrée et notre pilote deux loches marbrées et un surmulet à nageoires jaunes. Ouf, nous aurons de quoi déjeuner.

TUAMOTU AHE

Moi, avec mes genoux en panne, je me contente de contempler et de photographier les prises et les pêcheurs en plein travail ! Arrivées à destination, il faut sauter à l’eau, l’eau est peu profonde, chaude à souhait, le sable est doré. Et transporter le matériel, visiter les lieux tandis que notre pilote troque sa casquette de capitaine pour celle de cuistot. Deux loches sont  grillées sur des palmes de cocotier puis mises dans l’eau de mer pour enlever cette peau noircie (tunupa’a). Cocotiers, cocotiers, encore des cocotiers, du pokea (pourpier) aux fleurs jaunes pour la salade, des miki miki (Pemphis acidula, arbuste aux branches argentés endémique aux atolls) des reliefs d’anciens piqueniques, des cocotiers à terre depuis la dernière tempête. Les photos ne seront pas extraordinaires. Alléchées par l’odeur du poisson, les mouches arrivent en escadrilles serrées, les petits poissons eux aussi se présentent et enfin arrivent les vaki (petits requins à pointes noires), les kaveka (sternes) s’assurent de quelques restes. Tout disparait, seuls flottent encore les petits morceaux de tomate du poisson cru, pas de végétariens parmi tout ce monde ?

TUAMOTU AHE

Nous rentrerons  par le chemin des écoliers en visitant le « nouveau » village de Tenukupara, avec son quai, sa rue, sa soixantaine de fare, ses quatre édifices religieux, sa mairie, son bureau de poste, son épicerie, son école primaire, son infirmerie (j’espère ne rien avoir oublié !). Les goélettes accèdent au quai en traversant le lagon balisé sur une dizaine de kilomètres. Un certain nombre d’enfants ne fréquentent pas l’école. Leurs parents doivent les amener tôt en kau (canot à moteur ou speed boat) en traversant le lagon par tous les temps.

TUAMOTU AHE

Le motu Poro Poro où s’était installé Bernard Moitissier en 1975 avec sa compagne Iléana et son fils de 4 ans est situé juste en face du village, séparé seulement par un hoa, que l’on peut franchir à  pied. Le navigateur vivait ici en autarcie totale recyclant tout ce qui lui servait ensuite comme compost. Il avait apporté de la terre de Tahiti sur son bateau et réussit à créer un potager, un verger alors que les habitants lui disaient que rien ne poussait sur ce sol corallien. Il planta une barrière anti-vent avec des aito (arbres de fer), posa des bagues en plastique sur les troncs des cocotiers afin que les rats ne puissent plus y grimper. Il importa des chats pour dévorer les rats mais les matous dévorèrent les oiseaux et les œufs ! Trop de routine, il quitta Poro Poro en 1978 et s’installa à Moorea. Sa maison de style local a été remplacée par une construction en parpaings, le jardin et le verger ont disparu, seuls certains habitants parlent encore des énormes pastèques de Bernard Moitessier.

Sur le chemin du retour à la pension, nous apercevons le Bethel II plutôt ce qu’il en reste sur la plage. Ce beau voilier, un Dynamique 58 baptisé Bethel II, avait fait naufrage à Ahe le 20 juin  2007. Partis du sud de la France, l’ancien pilote d’Air Polynésie et sa femme, après huit mois de navigation arrivent aux Tuamotu. Le voilier est au mouillage près de la passe, l’ancre est prise dans un pu’a (bloc de corail, patate), le vent se lève… les ancres cassent… Le rêve est fini. Le navire sera déclaré « épave » et cédé pour un franc symbolique à un jeune perliculteur qui pendant un mois préparera son opération de renflouage. Il ne disposait que de 60 fûts de 200 litres (drums), 300 m de corde, 200 m de chaîne, un moteur de hors-bord de 250 chevaux et 8 cocotiers. Elvis le Paumotu réussit son pari le 21 septembre 2007. Pendant 8 heures il tracta le voilier jusqu’à la plage devant son fare (maison). Elvis devra abandonner sa ferme perlière suite à la mévente des perles. Depuis lors le Bethel II est planté sur cette plage. Les intempéries l’outragent chaque jour un peu plus. Ce voilier acheté neuf dans les années 80 avait coûté la coquette somme de 300 millions de XPF ! (1 EUR = 119,33 XPF).

TUAMOTU AHE

Au retour de cette journée lagonaire, l’eau coule avec promptitude et abondance dans la salle de bains, rien à voir avec le filet asthmatique et nocturne de Papeari ! Nous profitons de moments libres pour poser des questions, affiner nos connaissances livresques sur Ahe auprès des tenanciers de la pension. Concernant les marae, toujours la même crainte même de prononcer ce nom tapu (tabou). Les vieux déconseillent de s’approcher des lieux. On nous raconte qu’un homme serait revenu fou après s’être trop approché d’un marae alors qu’il nettoyait sa cocoteraie. Nous avions pourtant trouvé une preuve écrite de l’existence de ces trois marae à Ahe. Eh bien, n’en parlons plus. L’épave du Saint-Xavier Maris Stella, première goélette du nom qui assurait la desserte des atolls des Tuamotu s’est échouée au sud de l’atoll d’Ahe lors d’une forte tempête. A ce jour, il ne reste plus que le moteur sur le platier et notre guide a omis de nous le signaler. L’atoll est ravitaillé par le Dory, le Mareva Nui et le St Xavier Maris Stella III. Après le diner, il est temps d’aller rêver à notre pêche et préparer la sortie du lendemain.

Hiata de Tahiti

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Pollution à Tahiti

Certaines communes ont un bilan assez satisfaisant sur l’eau potable, d’autres pas du tout. Les mauvais élèves sont toujours les mêmes : Teva I Uta, Hitiaa O Te Ra, Taiarapu Est et Ouest en ce qui concerne Tahiti. L’eau vient du sous-sol, elle n’est pas traitée, chlorée et même si l’eau était potable à l’origine, elle se contamine tout le long du trajet jusqu’au robinet. Seules contrôlées 27 communes sur les 48 du fenua, soit 93% de la population totale, on ne compte que 5 communes qui obtiennent un 100% « eau potable ». Et pourtant l’eau n’est pas une ressource rare en Polynésie française. L’eau 100% potable est distribuée par les commune de Papeete, Arue, et Faa’a (Tahiti), Bora Bora (Iles sous le Vent) et Tubuai (Australes). Certaines bénéficient d’un 99% à Mahina et 94% à Punaauia (Tahiti) ; Huahine 98% (Iles sous le Vent. D’ici fin 2015, tout le monde serait à l’eau potable. Un conseil, ne vous fiez surtout pas à l’eau coulant des fontaines publiques. L’assainissement des eaux usées, vous connaissez ? Sur les 242 stations d’épuration, 128 présentent au moins un dysfonctionnement ! Le constat est alarmant et entraîne de graves conséquences pour la santé. Rien n’est vraiment entrepris Mais on avertit déjà la population qu’elle doit se préparer à une tarification supplémentaire dès l’année prochaine. Et comme tout ce qui se fait au fenua on n’entretient rien alors…

FALCATA

cocotier

Phosphates ? Pas phosphates ? Certains misent sur une reprise de l’extraction du phosphate de Makatea en 2015 et qui serait prévue pour une dizaine d’années. Partisans et opposants affutent leurs arguments, mais qu’en est-il et qu’en sera-t-il de la biodiversité. L’exploitation du phosphate commencée en 1917 s’est achevée brutalement en 1967, forçant une grande partie de la population à s’exiler à Tahiti. La population actuelle atteint à peine 50 personnes. Si l’exploitation laissa des traces visibles toujours aujourd’hui, il demeure que la végétation recouvre encore 60% de l’ile, et a conservé sa flore et sa faune – exceptionnelles. Il a fallu édicter des textes réglementaires pour protéger le patrimoine de Makatea. Parmi les espèces d’oiseaux protégés : la rousserolle des Tuamotu, endémique, ou ‘àti’oti’o ; le ‘u’upa ou ptilope de Makatea (Ptilinopus chalcurus), endémique de l’île et le rupe ou carpophage de la Société (Ducula aurorae) disparu aujourd’hui de Tahiti et dont la dernière population vit à Makatea. Ces espèces figurent sur la liste rouge car menacées d’extinction. Et la végétation existante ? Une forêt naturelle avec deux grands arbres au feuillage très sombre : le mouo (Homalium Mouo) endémique de Makatea et le moto (Homalium grayana) indigène et protégé en Polynésie française ; le tavevo, un palmier endémique ; le fara (Pandanus sp.p) et ora (Ficus prolixa) dans lequel niche le rupe. Les plantes envahissantes se sont déjà installées telles le faux-acacia ou Lantana camara, le faux-pistachier, et le pitipitio.

Une étude prévisionnelle sur les conséquences du changement climatique entreprise par le Criobe laisse apparaître que le corail du Pacifique blanchira chaque année à l’horizon 2050. Une grande partie des récifs risque de subir ce phénomène, la zone Pacifique Est et Centre, dont fait partie la Polynésie serait, pour le moment, épargnée. On sait que la température limite physiologique du blanchiment du corail se situe aux alentours de 30-31°C. Près de 74% des récifs coralliens à l’échelle de la planète, subiront un blanchiment chaque année à partir de 2045. Un corail blanchi, a subi une expulsion des zooxanthelles (algues qui vivent et nourrissent en partie le corail) évènement suivi de mortalités importantes.

Le remorqueur ravitailleur Revi de la Marine nationale a appareillé le 15 mars. Il effectuera une mission de cinq semaines dans le cadre de la surveillance radiologique des anciens sites d’expérimentation du Pacifique. Cette mission « Turbo 2013 » se déroule chaque année depuis 16 ans entre mars et avril. Les prélèvements dans les milieux physiques (eaux de mer, eaux souterraines, sédiments et sols) et biologiques (plancton, mollusques, poissons, eau de coco et coprah) seront ensuite mesurés par des labos accrédités par le Cofrac (Comité français d’accréditation) et certifiés par l’ASN (Autorité de sûreté nucléaire) pour la mesure de la radioactivité.

On en rit ou on en pleure ? 53% des 242 stations d’épuration encore présentes en 2012 présentent au moins un dysfonctionnement. Un triste état des lieux. Mais si on était indépendant ? Tout irait-il pour le mieux et on chanterait « Tout va très bien Madame la Marquise, tout va très bien » ?

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Tous pêcheurs à Tahiti

Article repris par Medium4You.

Poisson d’eau douce importé d’Amérique du Nord et du Vietnam, faut-il interdire la consommation du panga ? Élevé en masse au Vietnam, la bête est sous les feux de la critique sur Internet. L’autre jour c’était de la part des autorités : « Manger trop de thon, c’est pas bon », donc le panga est le poisson des cantines scolaires et des sociétés de restauration. Le Président Temaru vient de signer une convention avec la société chinoise « Jinghim Invesments » pour un vaste projet d’aquaculture au pays. Pourquoi ne pas le faire avec les propres variétés de poissons d’eau de mer du fenua ? Dans une grande surface de Tahiti vous payerez 995 CFP le kilo de tranches dégelées de panga contre 1395 CFP le kilo de thon blanc. Y’a pas photo ! Et toujours dans le poisson, le gouvernement Temaru interdit la commercialisation du mako ! Ce requin dit mako ou requin-taupe bleu appartient à la même famille que les grands requins blancs. Il est de couleur bleu-nuit sur le dessus et blanc en dessous. Hydrodynamique, sa taille maximale est de 4 m quand même.

panga

Aux Tuamotu, à Anaa chaque jardin avait un cocotier qui était destiné à recevoir les queues des poissons que le pêcheur clouait à son retour. On exposait ses trophées pour informer ainsi le reste de la population. Les ancêtres remerciaient de cette façon dame Nature. Ce sont les queues des poissons du large qui sont clouées, les grosses prises, pas les poissons du lagon. Il faut respecter un sens : on les cloue par rapport à la mer et au lever du soleil, jamais du côté du tombant du soleil. Toujours vers l’Est ! Et si, en période d’abondance « matarii ni’a » on a pris beaucoup de poissons, la coutume veut que ces prises soient partagées avec la famille et les amis. Quand le pêcheur monte sur son bateau et arrive au lieu de pêche, il prie Dieu. Ne pas partir pêcher si l’on s’est disputé ! Pour la pêche à la tortue, les rituels étaient encore plus stricts et nombreux. Il ne fallait pas avoir de rapport sexuel la veille, pas de dispute, faire attention au matériel de pêche, pas de bruit dans la maison, personne ne devait enjamber le matériel. Au retour à la maison, il fallait enterrer les restes des prises dans le sable, les poissons comme les tortues, ne jamais les jeter à la mer. Autrefois on clouait la tête de la tortue les yeux face au lagon. Si l’on faisait ça, on était sûr d’en avoir tous les jours. Les jeunes d’aujourd’hui « oublient » ou n’ont cure de ces superstitions.

Un deuxième evoxymetopon poeyi a été péché au large de Tetiaroa. Et de deux ! La bestiole mesure 2m10 pour 5 kg, capturée à 190 m de profondeur. Et si l’on faisait un recensement de cette espèce dans les eaux polynésiennes, ça vaudrait peut-être un autre « prêt » en euros, non ?

troca coquillage

13 ans après la dernière campagne la pêche au troca a été rouverte à Hao durant le mois de novembre. Les quotas ? 192 kg par travailleur, payé 300 CFP le kilo. A la fin du mois on peut espérer une rémunération de 57600 CFP. La nacre extraite de ces coquilles servira à fabriquer des boutons. Les hommes plongent, les femmes nettoient. Le résultat devra être parfait, coquille vide, sans odeur, nettoyée.

Les Maoris de Nouvelle-Zélande luttent pour sauver l’anguille géante, espèce menacée d’extinction. Anguilla dieffenbachii est la plus grosse anguille d’eau douce du monde. Elle peut atteindre 2 m de long, peser 20 kg et vivre plus de 100 ans. Autrefois prospère dans les lacs et les rivières, elle est aujourd’hui au bord de l’extinction. Si cette anguille est un géant si fragile c’est qu’elle n’atteint sa maturité sexuelle qu’après des décennies de croissance. Les plus chanceuses quittent alors les lacs et les rivières, gagnent l’océan et parcourent des milliers de kilomètres pour se reproduire une seule et unique fois dans les profondeurs du Pacifique et y mourir.

anguilla dieffenbachii

La Living Oceans Foundation termine ses recherches aux Tuamotu et à la Société.  Alors docteur, quelles nouvelles ? Des différences notables entre les deux archipels. Beaucoup des récifs autour des îles de la Société ont été endommagés par l’étoile de mer épineuse, Acanthaster Planci ou dévoreuse de corail, dite Teramea tandis que ceux des Tuamotu sont en bonne santé en général. Les récifs des Tuamotu contenaient une plus grande diversité d’espèces de corail, plus âgées et plus grandes que celles trouvées dans les Iles de la Société.

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Manger la mer à Tahiti

C’est beau un oursin, il appartient à la famille des échinodermes comme les holothuries. Sont consommables les cinq glandes sexuelles, les gonades, appelées communément « corail d’oursin ». Chez le mâle le corail est rouge et jaunâtre chez la femelle. Ici on en vend sur le bord de la route dans des petits pots transparents.

Le plus souvent on le déguste nature ou bien sur une tranche de pain beurrée avec un zeste de citron. On les nomme aussi vana, hérissons, châtaignes ou œufs de mer.

Aux Tuamotu il existe plusieurs sortes d’oursins. Il en est de magnifiques : Tara poto (oursin diadème, tortue, calotte, bonnet de prêtre, Colobocentrotus) est vert kaki, avec des piquants disposés tels des écailles de tortue. L’oursin-crayon ou porte-lance, Heterocentrus mamillatus, est doté de pics épais tels des crayons de couleur violette, parfois verte ou marron. Pour le ramasser il faudra s’aventurer sur la crête récifale dans la zone de ressac des vagues.

Tara roa (oursin noir à piquants courts), hava’e (oursin ovale, oursin des sables, Tripneuste gratilla), de forme ovale doté de piquants courts, est un fouisseur. Il est surtout remarqué au stade de décomposition par son squelette d’une blancheur et d’une fragilité extrême qui laisse apparaître un ornement très décoratif. L’oursin-crayon offre ses crayons violets à l’artisanat qui les transforme en colliers ou en mélodieux mobiles.

J. qui dans de meilleures années a pratiqué la pêche aux chevrettes (oura pape ou crevettes) m’en a indiqué les usages.

Inutile de sortir votre smoking, seuls vous seront indispensables : un short, un maillot ou une chemisette, une casquette, des nouilles (chaussures de plage à lanières) plus des bas de football. Vos provisions : des bananes, des biscuits, une bouteille de café, un casse-croûte. Dans un sac plastique un mori pata (lampe torche) et un mori gaz (lampe à pétrole). Sur le dos, en bandoulière, une touque (tura) de 20 litres, un harpon sur un bâton de 1m20 – et pour plus de sûreté vous emporterez 5 harpons ! Les chevrettes pourraient partir avec certains !…

Il vous faudra aller entre 16 et 18h (en début de nuit ; n’oubliez pas qu’ici la nuit tombe toujours brutalement et que l’heure dépend de la saison), votre retour se fera vers 3h30. Il faut vous diriger au fond d’une vallée quelques jours après une crue. Il faut traverser des rivières sur des pierres glissantes, affronter des cascades… Parfois on se rend compte que quelqu’un est passé avant vous, alors demi-tour ! Il faut compter 5h de marche à l’aller, 3h de pêche et 5h de marche au retour.

La pêche est interdite de novembre à mars, alors ne venez pas en Polynésie pendant cette période si vous êtes fan de la pêche aux chevrettes. On vous conseillera d’y aller avec un « pro », sinon…

Si la récolte est bonne, il faudra dès votre retour d’escapade vous diriger vers les restaurants de Papeete, et monnayer vos prises. 1000 FCP un kilo de chevrettes. Dans l’assiette, un délice.

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Voyage aux Gambier 3 : Akamaru et Taravai

Partons maintenant pour Akamaru. Après les paquets de mer, voici un quai désert, une longue allée engazonnée soigneusement entretenue qui nous conduit à l’édifice.

C’est une splendide église romane à double clocher.

Notre-Dame de la Paix est longue de 24 m et large de 9, elle date de 1844. Le chœur est magnifique, des bois précieux, des dorures et des nacres font une magie dans un lieu presque irréel. Le lieu sacré est en excellent état et toujours utilisé par les religieux de Rikitea.

Encore de nombreux paquets de mer en pleine face, les vagues deviennent de plus en plus grosses. Un petit arrêt pour recueillir du sable couleur curry. L’île est dotée de sable de différentes couleurs, blanc, noir et orange, de quoi inspirer les créateurs de tableaux de sable.

Puis nous reprenons le tape-cul. Il faut mériter l’église Saint-Gabriel à Taravai, mêmes dimensions que Notre-Dame de la Paix. De style gothique, le portail d’entrée est décoré de gros sept-doigts (coquillages pêchés dans le lagon). L’intérieur n’est pas décevant, des vitraux de couleurs, l’autel magnifique en bois de reva. Elle fut construite en 1868. Que de merveilles découvertes ce jour ! Cela valait bien quelques douleurs dorsales et du sel plein la face.

Les religieux des Gambier ont dessiné les plans de leurs édifices, ont cherché les matériaux nécessaires, ont appris aux autochtones avec plus ou moins de réussite à bâtir, à décorer avec peu de matériel. Ils ont arraché aux lointaines barrières de corail des blocs de pierre qu’ils ramenaient au moyen de radeaux sur le lagon. Ils fabriquaient la chaux sur place, à partir du corail qu’ils brûlaient dans des fours. Ils cherchaient les bois à brûler mais aussi ceux pour fabriquer des autels, des portes, le bois de uru pour les charpentes. Les façades des églises comportaient corniches, connes, pilastres, fresques, triglyphes, gouttes, oves, cannelures, cimaises.

Les décors les plus spectaculaires sont les nacres de Saint-Michel de Rikitea, les boiseries de Saint Gabriel ainsi que celles de Notre-Dame de la Paix. Ces méthodes seront redécouvertes et utilisées pour la restauration de la cathédrale Saint-Michel de Rikitea.

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Il reste encore beaucoup à dire de l’année 2011…

Ce ne sont pas moins de 32 000 croisiéristes qui ont été perdus en dix ans. Et heureusement qu’il y a des bateaux de croisière qui s’arrêtent à Papeete ! Le gouvernement peut se réjouir des taxes qu’il prélève. Les croisiéristes disposent de tout à bord. Lorsqu’ils descendent à terre, ce n’est que pour soit faire une petite excursion, soit parcourir la rue principale. Ici, tout est horriblement cher : les hôtels, les restaurants, les perles. Il arrive que le GIE tourisme leur fasse un meilleur accueil avec danses, buffets de fruits, mais cela coûte au syndicat d’initiatives et rapporte peu en définitive. Certains touristes passent une nuit d’hôtel sur le territoire avant de reprendre l’avion.

Le conseil municipal a adopté un projet de classement pour la baie d’Opunohu a Moorea. Un projet de délimitation a été dévoilé pour une zone terre-mer incluant le domaine territorial situé à l’intérieur de la caldeira et deux bandes de terre situées de part et d’autre de la baie. Mais attention, certaines règles devront être respectées. Les riverains seront certainement les plus difficiles à convaincre. Par exemple, plus de toitures couleur bleue, rouge, orange… cela promet !

Loi de pays pour réduire la masse salariale : Les EPIC et SEM devaient disparaître… le gouvernement souhaite intégrer les agents de ces établissements dans la fonction publique. Il paraît que cela allègera le budget du pays ! Mais je rêve…

La gendarmerie pensait le fenua épargné. Eh bien non, les trafics de cuivre, nickel, plomb, aluminium, inox existent également en Polynésie. Les hommes de la gendarmerie viennent de démanteler un vaste trafic de cuivre. Bravo Messieurs. Bien organisé, ce réseau familial avait des connexions en Chine, il a vécu. C’est le train de vie sans rapport avec les revenus déclarés qui a mis la puce à l’oreille des hommes en bleu. Les têtes pensantes de l’équipe dirigeante ont été arrêtées. Il y a une fonction publique utile.

Sur l’atoll de Raroia, les fous à pieds rouges appellent à l’aide. Les Pisonia grandis de la forêt primaire ou Puka y sont très répandus. Ils peuvent atteindre 10 m de hauteur et 60 cm de diamètre. Leurs branches ont des formes sinueuses, ils s’installent au bord de l’océan et ont la particularité de stocker beaucoup d’eau. Les fous à pieds rouges ou kariga sont très nombreux sur l’atoll. Ils colonisent ces arbres et les paient en guano, livraison aux pieds des arbres gratuite. Mais il y a quelques soucis à cette cohabitation ! Les graines de l’arbre sont de petites capsules épineuses qui, lorsqu’elles sont mûres, deviennent des pièges pour les jeunes fous. Les petites capsules se collent aux plumages des fous sans aucune possibilité de s’en détacher. Les graines collées en grand nombre au plumage sont souvent responsables de leur mort, les empêchant de reprendre leur envol, de se nourrir, les vouant à une mort certaine.

Salmonellose, ce sont les cocottes qui seraient responsables des cas de gastroentérites aiguës. Quelques personnes se sont retrouvées à l’hôpital. Il est déconseillé de manger des œufs crus… Salmonella Enteritidis y loge au chaud !

20% des récifs de corail ont définitivement disparu, 25% sont en grand danger et 25% seront menacés d’ici à 2050. L’homme peut-il encore sauver ce qui peut l’être ? Rien n’est moins sûr. Le Criobe (Centre de Recherches Insulaires et Observatoire de l’Environnement) à Moorea s’y attèle.

C’étaient quelques lignes pour faire attendre la suite.

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