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Robert-Louis Stevenson et Lloyd Osbourne, Le pilleur d’épaves (Le trafiquant d’épaves)

robert louis stevenson le trafiquant d epaves

Inspiré par les conversations lors d’une croisière d’Honolulu vers les Samoa, ce « roman policier à la Charles Dickens » a été écrit à deux, Robert-Louis et son beau-fils Lloyd Osbourne, et d’abord publié en feuilleton. La matière est due aux deux, la manière au seule premier.

Autobiographie partielle romancée, étude de mœurs, aventure de mer, detective story fondée sur une escroquerie, ce roman fleuve un brin longuet ne commence véritablement qu’au chapitre IX. Tout ce qui précède est une mise en bouche un peu laborieuse des jeunes années de l’écrivain dans le milieu artiste peintre à Paris et Barbizon.

Loudon Dodd, qui raconte, est un fruit sec, aussi peu doué pour les affaires que pour l’art. Jamais fini, toujours en quête d’un complément, perpétuellement velléitaire, il est au fond un rêveur hanté par son imagination. Son père qui l’aime le cadre, puis Pinkerton l’ami affairiste vulgaire, encore Nares capitaine viril et décidé, enfin Bellairs avocat véreux et veule…

En bref, après une initiation à la bourse dans une école pour commerce américaine qui le laisse dépassé et interdit, le jeune Loudon est envoyé par son père à Paris étudier les Beaux-Arts en vue d’un concours d’architecture pour construire le palais du gouverneur de l’État. S’il a un peu de goût, il n’a guère de talent, mais il ne s’en aperçoit que lorsqu’il tombe dans la dèche au décès de son père après faillite. Tous les artistes en voie de célébrité du milieu parisien, qui louaient l’honnête facture de ses œuvres de riche amateur, l’évitent et le critiquent impitoyablement dès qu’il veut devenir l’un des leurs.

robert louis stevenson le pilleur d epaves sur les intellos

Il n’est sauvé que par un jeune compatriote, Jim Pinkerton, génie affairiste qui a sans cesse plusieurs affaires sur le feu et réinvestit de suite chaque dollar de bénéfice. Après de multiples et cocasses péripéties, prétexte à la description des requins de San Francisco, le duo investit aux enchères dans une épave fichée sur un roc en plein milieu du Pacifique. Son capitaine et quelques marins sont rentrés et l’assureur met le brick en vente, à charge de l’acheteur de se payer sur ce qui reste de la cargaison.

C’est alors que rien ne se passe comme prévu : les enchères devaient être expédiées comme une formalité, elles sont l’objet d’une âpre dispute entre surenchérisseurs ; le manifeste évalue la cargaison à environ 10 000 $, les enchères montent jusqu’à 50 000 ; le mystérieux enchérisseur qui veut à tout prix l’épave n’apparaît jamais en personne et s’évanouit dans la nature. Y aurait-il une cargaison non déclarée qui vaudrait de l’or ? De l’opium ?

Pinkerton reste à Frisco, tentant de sauver son affaire du gigantesque emprunt auquel il a dû procéder pour l’emporter, tandis que Loudon embarque avec le capitaine Nates pour aller piller l’épave. Mais ils ont beau retourner tout le navire, ils ne trouvent qu’un peu de thé, quelques soieries, et quelques paquets seulement d’opium. Plus étrange, le coffre du navire avec toutes les factures du capitaine n’a pas été emporté par les naufragés secourus par un vapeur de guerre ! Y aurait-il anguille sous roche ?

C’est évidemment le cœur de l’histoire et je ne dévoile rien de la suite, qui vaut d’être lue.

Il n’y a aucune sorcellerie dans l’affaire, ni vraiment de méchants – seulement des hommes avec leurs défauts et les qualités qui vont avec. Puis l’enchaînement des circonstances.

Stevenson dédie son récit au peintre américain Will Hicok Low, qu’il a connu à Paris en 1873 et à Barbizon en 1875. Il évoque « un récit d’un genre si moderne, tout plein de détails sur nos mœurs barbares et notre morale chancelante, tout rempli de la soif et de la nécessité de l’argent au point qu’il n’est guère de page dans laquelle on n’entende tinter les dollars, tout plein de l’agitation et du mouvement de notre siècle de sorte que le lecteur est bousculé d’un endroit à l’autre, d’une mer à l’autre, que le livre est moins un roman qu’un panorama, et est finalement aussi éclaboussé de sang qu’une épopée » (Épilogue).

Les îles du Pacifique sud épurent la pensée comme l’existence ; elles sont le paradis comparé à l’enfer de la corruption affairiste ou artiste de mise en pays « civilisé »…. sauf lorsqu’on les côtoie de près et qu’elles laissent un goût amer de tristes tropiques. Entre deux mondes, entre deux eaux, l’écrivain Robert-Louis Stevenson « parcourt le chemin des ténèbres », selon le célèbre vers de Catulle à propos d’un moineau.

Robert-Louis Stevenson et Lloyd Osbourne, Le pilleur d’épaves, 1892, parfois traduit en français sous le titre Le trafiquant d’épaves, Histoire des mers du sud, Libretto 2012, 128 pages, €12.80
e-book format Kindle €11.99
Robert-Louis Stevenson, Œuvres II, Gallimard Pléiade 2005, 1389 pages, €59.80
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Robert-Louis Stevenson, La chaussée des Merry Men

robert louis stevenson la chaussee des merry men
Ce court roman est empli de bruit de fureur, celle des éléments et celle des âmes. Charles, jeune étudiant à l’université d’Edimbourg, n’a pour seule famille restante qu’un oncle et sa fille Mary, qui vivent dans une ferme isolée des bords du flot, sur le Ross de Mull à Grisapol. Les brisants dressent leurs chicots redoutables et nombre de bateaux sont entraînés sur eux par le courant. Par les jours de tempête, on dirait qu’ils dansent dans une joie diabolique, d’où leur nom de Joyeux drilles – les Merry Men.

Charles vient passer quelques vacances dans la solitude fracassante de la mer lorsqu’à certains indices, ténus mais répétés, il s’aperçoit que son oncle n’a plus toute sa tête. Lui, le garçon, sait bien ce qu’il veut : épouser Mary et l’arracher à cette solitude déprimante. Il a pour ambition de découvrir un trésor, celui du navire espagnol de l’Invincible Armada brisé sur ces côtes lors de la tempête qui sauva l’Angleterre. Il croit deviner que l’épave peut se trouver dans la baie non loin de la ferme, d’autant qu’un professeur espagnol a récemment contacté son maitre à l’université pour des recherches dans les archives.

L’Ecosse sauvage, un trésor qui fait rêver, le double maléfique chez tout être, le tragique de l’aventure humaine… tous ces ingrédients de l’univers de Stevenson sont présents. Ne reste qu’à planter le décor et y faire se mouvoir les personnages.

L’Ecosse des Basses terres maritimes est pénétrée de vents et de courants. La nature mugit ou soupire selon le temps, prenant des formes sauvages comme si la main de Dieu s’abattait sur les êtres chétifs qui osent défier Sa force. Dans la queue du romantisme, Stevenson décrit comme Hugo les lames agressives comme des êtres vivants, les courants maléfiques qui entraînent hommes et bateaux, les rocs noirs qui font danser les embruns ; il chante comme Wagner la clameur de l’ouragan, les coups de boutoir de la bourrasque contre les pignons de la maison, les soupirs glacés du vent qui s’infiltrent par le cheminée, couchant les flammes de tourbe. Il dit les moments où la nature prend un aspect surnaturel, faisant croire à des forces divines ou diaboliques.

Lui-même n’y croit guère, trop positiviste comme Charles, mais il est impressionné de constater les ravages de l’imagination chez les autres : chez Rorie le serviteur qui croit voir un poisson tapi sous les eaux de la baie ; chez Gordon son oncle approchant la soixantaine qui s’enivre des tempêtes au point de souhaiter les naufrages, mimant l’excitation grandiose des brisants qui fait jaillir l’écume à plusieurs dizaines de pieds de la mer.

Fidden, Ross of Mull, Isle of Mull, Scotland, UK.

Fidden, Ross of Mull, Isle of Mull, Scotland, UK.

Le jeune homme est un sage, qui croit comme Locke que l’expérience de la vie par les cinq sens est meilleure que les dogmes appris par cœur des Bibles et autres autorités. Il se met nu au soleil, plonge dans l’eau marine, explore par toute sa peau le contact gluant des algues. Il veut un contact direct avec la nature et ses forces ; il veut un contact direct avec les gens de chair plutôt que de les imaginer en esprits. Aussi, lorsqu’un homme se dresse sur une épave échouée, ce n’est pas comme son oncle un fantôme qu’il voit, mais un être humain de chair bien vivant. Un Noir – ce qui effraie d’autant plus le vieil homme qu’il se sent coupable d’avoir souhaité la mort d’un marin, lors d’une nuit de tempête, tant était beau à ses yeux le naufrage.

Nous sommes dans la tragédie shakespearienne car tout ce qui devait arriver était comme déjà écrit : la solitude de l’oncle, sa progressive folie, sa fin inéluctable – sans que quiconque puisse rien faire. Macbeth a montré les limites de l’obéissance à un roi criminel ; c’est ainsi que Charles, qui devient adulte donc responsable, jauge l’autorité de son oncle et même celle de Dieu. Nul ne commande que soi-même, ainsi le veut l’aventurier de la vie. Tout ce qui lui arrive dépend en partie de lui, même sa folie. Ce n’est que lorsqu’il lâche pied comme être raisonnable que les forces naturelles l’emportent, telles des démons. Car Dieu a donné la raison à l’homme pour qu’il s’en serve.

Ce court roman très bien écrit explore les tréfonds de l’âme humaine tout en replaçant les êtres fragiles et nus que nous sommes dans le grand chaos indifférent de la nature. La mer n’est maléfique que si l’on y croit ; elle est pourvoyeuse de trésors et d’imaginaire si on le veut. A chacun de choisir.

On dirait que, de Jim de L’île au trésor, 13 ans, à Charles, ici dans sa vingtaine, en passant par David, 18 ans, du roman Enlevé ! Robert-Louis Stevenson grandit au rythme de ses personnages, devenant peu à peu adulte, chargé de famille et aventurier des mers du sud comme de la littérature. Ces quelques pages sont moins destinées aux adolescents qu’aux adultes, encore que chacun puisse y trouver ce qu’il cherche : de l’action, l’homme colleté aux éléments, mais aussi aux forces obscures de l’esprit et des croyances.

Et cette fois, Folio a bien édité le livre.

Robert-Louis Stevenson, La chaussée des Merry Men, 1887, Folio 2008, 128 pages, €2.00
Robert-Louis Stevenson, Œuvres II, Gallimard Pléiade 2005, 1389 pages, €59.80
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François Bellec, Le testament de Lapérouse

francois bellec le testament de laperouse
Jean-François de Galaup, comte de Lapérouse, fut envoyé en 1785 par le roi Louis XVI et son ministre de la Marine le Marquis de Castries, explorer le monde. Il devait notamment compléter James Cook sur le Pacifique sud et rechercher pour la France des comptoirs commerciaux. Deux frégates, l’Astrolabe et La Boussole quittèrent Brest le 1er août pour tourner le Cap Horn, longer le Chili, aborder l’île de Pâques, rallier les îles Sandwich puis Hawaï et l’Alaska, atteint en 1786. Ils redescendent par la Californie avant de traverser le Pacifique jusqu’à Macao. Puis ils quittent l’Asie par Manille et la Corée du sud jusqu’à l’île alors japonaise de Sakhaline et le Kamtchatka russe. C’est là qu’un ordre venu de Paris intime d’aller reconnaître les établissements nouvellement créés par les Anglais au sud de l’Australie.

Aux Samoa, le 6 décembre 1787, un groupe d’indigènes attaque les matelots en aiguade et en tue douze, dont Paul Antoine Fleuriot de Langle, capitaine de l’Astrolabe. Les bateaux arrivent à Botany Bay le 24 janvier 1788 où Lapérouse envoie sa relation de voyage, quelques cartes et des lettres en Europe via les Anglais. Nous ne connaitrions pas son expédition sans cela… Car voulant joindre les îles Santa Cruz dans l’archipel des Salomon, les deux frégates se perdent sur le corail dans un coup de vent en juin 1788. Elles sont drossées sur l’île non répertoriée de Vanikoro, à 118 km de leur destination. A cet endroit, les expéditions de Peter Dillon en 1826, puis de Dumont d’Urville en 1828, retrouveront des traces.

laperouse carte exploration

C’est à cette date que l’auteur, marin reconnu d’aujourd’hui, prend le relais. Comme la réalité n’est pas vérifiée, il en fait un roman. Les survivants tentent par tous les moyens de quitter l’île pour rejoindre le monde civilisé ; certains parviennent à partir en bateau, ils n’arriveront jamais. Lapérouse, le chirurgien et un domestique restent seuls sur l’île. Les deux premiers tentent une sortie par beau temps sur une yole, mais la malchance et l’obstacle de l’épave les précipitent sur le corail où leur bateau est détruit : ils sont condamnés à rester jusqu’à leur trépas sur cette île perdue où sévissent des tribus mélanésiennes et polynésiennes qui ne s’entendent pas, certaines étant volontiers cannibales. C’est par la cloche du navire sauvée des eaux, le tambour des Esprits venus de la mer, qu’ils récoltent un semblant de respect.

La lecture un temps de l’Encyclopédie, puis le décompte des jours au sextant et à l’horloge de marine, leur permettent de passer quelques années. Le domestique se marie, a des enfants ; il se fond dans la population. Mais une crue emporte tous les livres et toutes les collections, restes sauvés tant bien que mal de l’Astrolabe, et le chirurgien se supprime de désespoir. Pour l’auteur, le comte de Lapérouse ne consent rien, noblesse oblige : il n’apprendra jamais la langue des indigènes ni ne vivra comme eux… autant qu’il peut – car une belle vahiné venue à la nage se donne à lui toute nue dans un fantasme de bonne sauvage.

laperouse vanikoro carte

Curieuse édition, avec carte mais sans table des matières, avec des annexes mais incomplètes. Il est par exemple étrange que l’auteur, ancien directeur du Musée national de la Marine et membre de l’Académie de Marine, s’il cite Dillon et Dumont d’Urville, n’évoque en rien les découvertes du plongeur Reece Discombe en 1962 et en 1964, accompagné par l’amiral de Brossard de la Marine Nationale, ni ceux de l’association Salomon en 1980.

Mais ce roman est d’une lecture agréable pour qui veut évoquer Lapérouse, bien qu’il y ait peu d’action : il faut dire que l’île, à l’écart des routes, est bel et bien une prison. L’auteur rend hommage aux Lumières et au grand marin victime du sort, derniers vestiges d’un siècle qui se finit dans le sang.

François Bellec, Le testament de Lapérouse, 2015, éditions Jean-Claude Lattès, 268 pages, €18.00
Format Kindle €12.99

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Pique-nique sur le motu Haka des Tuamotu

Nous commencerons le lendemain de notre arrivée par un pique-nique sur le motu Haka. Nous embarquons des glacières avec du poisson cru, du ipo ou plus exactement du Faraoa ‘Ipo fabriqué à partir de farine, d’eau, de sucre, de coco râpé, le tout bouilli. C’est qu’il y a peu ou pas de boulangeries sur les atolls alors les Paumotu (habitants des Tuamotu) se débrouillent pour fabriquer » leur pain » ! Comme plat principal du nylon, des hameçons et des appâts de petits poissons qui sont à notre disposition dans le bateau. Notre guide et pilote arrêtera le bateau près des patates de corail où se tapissent les poissons. A nous d’avoir la dextérité et la chance d’attraper notre repas si nous voulons déguster un poisson rôti sur la braise pour le déjeuner. Mon amie ramène une loche marbrée et notre pilote deux loches marbrées et un surmulet à nageoires jaunes. Ouf, nous aurons de quoi déjeuner.

TUAMOTU AHE

Moi, avec mes genoux en panne, je me contente de contempler et de photographier les prises et les pêcheurs en plein travail ! Arrivées à destination, il faut sauter à l’eau, l’eau est peu profonde, chaude à souhait, le sable est doré. Et transporter le matériel, visiter les lieux tandis que notre pilote troque sa casquette de capitaine pour celle de cuistot. Deux loches sont  grillées sur des palmes de cocotier puis mises dans l’eau de mer pour enlever cette peau noircie (tunupa’a). Cocotiers, cocotiers, encore des cocotiers, du pokea (pourpier) aux fleurs jaunes pour la salade, des miki miki (Pemphis acidula, arbuste aux branches argentés endémique aux atolls) des reliefs d’anciens piqueniques, des cocotiers à terre depuis la dernière tempête. Les photos ne seront pas extraordinaires. Alléchées par l’odeur du poisson, les mouches arrivent en escadrilles serrées, les petits poissons eux aussi se présentent et enfin arrivent les vaki (petits requins à pointes noires), les kaveka (sternes) s’assurent de quelques restes. Tout disparait, seuls flottent encore les petits morceaux de tomate du poisson cru, pas de végétariens parmi tout ce monde ?

TUAMOTU AHE

Nous rentrerons  par le chemin des écoliers en visitant le « nouveau » village de Tenukupara, avec son quai, sa rue, sa soixantaine de fare, ses quatre édifices religieux, sa mairie, son bureau de poste, son épicerie, son école primaire, son infirmerie (j’espère ne rien avoir oublié !). Les goélettes accèdent au quai en traversant le lagon balisé sur une dizaine de kilomètres. Un certain nombre d’enfants ne fréquentent pas l’école. Leurs parents doivent les amener tôt en kau (canot à moteur ou speed boat) en traversant le lagon par tous les temps.

TUAMOTU AHE

Le motu Poro Poro où s’était installé Bernard Moitissier en 1975 avec sa compagne Iléana et son fils de 4 ans est situé juste en face du village, séparé seulement par un hoa, que l’on peut franchir à  pied. Le navigateur vivait ici en autarcie totale recyclant tout ce qui lui servait ensuite comme compost. Il avait apporté de la terre de Tahiti sur son bateau et réussit à créer un potager, un verger alors que les habitants lui disaient que rien ne poussait sur ce sol corallien. Il planta une barrière anti-vent avec des aito (arbres de fer), posa des bagues en plastique sur les troncs des cocotiers afin que les rats ne puissent plus y grimper. Il importa des chats pour dévorer les rats mais les matous dévorèrent les oiseaux et les œufs ! Trop de routine, il quitta Poro Poro en 1978 et s’installa à Moorea. Sa maison de style local a été remplacée par une construction en parpaings, le jardin et le verger ont disparu, seuls certains habitants parlent encore des énormes pastèques de Bernard Moitessier.

Sur le chemin du retour à la pension, nous apercevons le Bethel II plutôt ce qu’il en reste sur la plage. Ce beau voilier, un Dynamique 58 baptisé Bethel II, avait fait naufrage à Ahe le 20 juin  2007. Partis du sud de la France, l’ancien pilote d’Air Polynésie et sa femme, après huit mois de navigation arrivent aux Tuamotu. Le voilier est au mouillage près de la passe, l’ancre est prise dans un pu’a (bloc de corail, patate), le vent se lève… les ancres cassent… Le rêve est fini. Le navire sera déclaré « épave » et cédé pour un franc symbolique à un jeune perliculteur qui pendant un mois préparera son opération de renflouage. Il ne disposait que de 60 fûts de 200 litres (drums), 300 m de corde, 200 m de chaîne, un moteur de hors-bord de 250 chevaux et 8 cocotiers. Elvis le Paumotu réussit son pari le 21 septembre 2007. Pendant 8 heures il tracta le voilier jusqu’à la plage devant son fare (maison). Elvis devra abandonner sa ferme perlière suite à la mévente des perles. Depuis lors le Bethel II est planté sur cette plage. Les intempéries l’outragent chaque jour un peu plus. Ce voilier acheté neuf dans les années 80 avait coûté la coquette somme de 300 millions de XPF ! (1 EUR = 119,33 XPF).

TUAMOTU AHE

Au retour de cette journée lagonaire, l’eau coule avec promptitude et abondance dans la salle de bains, rien à voir avec le filet asthmatique et nocturne de Papeari ! Nous profitons de moments libres pour poser des questions, affiner nos connaissances livresques sur Ahe auprès des tenanciers de la pension. Concernant les marae, toujours la même crainte même de prononcer ce nom tapu (tabou). Les vieux déconseillent de s’approcher des lieux. On nous raconte qu’un homme serait revenu fou après s’être trop approché d’un marae alors qu’il nettoyait sa cocoteraie. Nous avions pourtant trouvé une preuve écrite de l’existence de ces trois marae à Ahe. Eh bien, n’en parlons plus. L’épave du Saint-Xavier Maris Stella, première goélette du nom qui assurait la desserte des atolls des Tuamotu s’est échouée au sud de l’atoll d’Ahe lors d’une forte tempête. A ce jour, il ne reste plus que le moteur sur le platier et notre guide a omis de nous le signaler. L’atoll est ravitaillé par le Dory, le Mareva Nui et le St Xavier Maris Stella III. Après le diner, il est temps d’aller rêver à notre pêche et préparer la sortie du lendemain.

Hiata de Tahiti

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