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Christian de Moliner, Le retour de Jasmine Catou

La chatte détective parisienne revient ! En trois nouvelles qui sont autant d’aventures. Sa maîtresse Agathe, attachée de presse du quartier littéraire de Saint-Germain-des-Prés, subit des avanies de la part d’auteurs novices qui se croient goncourables, d’anciens amants vexés qui veulent lui faire payer, ou de salonards qui ont peur de ne pas rentrer dans leurs frais bien plus gros que leur ventre.

Il s’agit toujours d’escroqueries, habilement résolues par la chatte Jasmine qui sait observer. Elle se présente en trois-couleurs aux yeux verts, ne parle pas mais s’exprime, écoute surtout sa maîtresse pipelette qui commente tout à Armelle, son amie d’immeuble. Parfois vigoureusement, d’un saut ou d’un coup de griffe ; parfois langoureusement, en miaulements modulés. Aucun mort cette fois-ci, contrairement au premier tome, Les enquêtes de Jasmine Catou, mais des intrigues psychologiques au quotidien d’une attachée. Le salon du Chat de Paris est un morceau d’humour tandis qu’un certain « Philippe » Pieters est reconnaissable aux initiés.

Le jeu des portraits occupe ceux qui connaissent et la chatte et sa maitresse dans leur environnement. « Emmanuel » est l’amant souvent au loin pour faire fortune, « Auguste » un blogueur mosaïque qui publie une chronique par jour et parfois au vitriol ou demande parfois des interviews aux auteurs, Isabelle de la « Volta » une attachée concurrente imbue de sa personne, PAVE (Pier-André von Eibers) une célébrité sulfureuse décatie par la vieillesse mais don juan en ses jeunes années…

Saint-Germain bruit d’intrigues, au grand dam de Jasmine qui n’aime rien tant que se lover sous la couette, tranquille chez elle avec sa « mère ». Le recueil est drôle, enlevé et donne envie d’une chatte pour fusionner d’amour.

Christian de Moliner, Le retour de Jasmine Catou, 2019, éditions du Val, 97 pages, €6.00 e-book Kindle €4.50

Attachée de presse BALUSTRADE : Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com

Le premier tome Les enquêtes de Jasmine Catou est chroniqué sur ce blog sous le titre de Jasmine Catou détective

Une interview de l’auteur sur un auguste blog

Et Jasmine Catou la chatte a sa page Facebook !

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Polie tique à Tahiti

Oscar Tane a révélé avoir échappé à « un guet-apens » en… 1978. Ben quoi ? C’est bientôt les élections et en ce premier avril tout serait  permis. Il faut fourbir ses armes, à chacun les siennes. Mais 40 ans après, les faits seront très difficiles à vérifier. En 1978, Oscar Tane s’apprêtait à partir pour New-York à l’ONU quand son chef de service serait venu le prévenir qu’un piège lui serait tendu à l’aéroport de Faa’a. Un paquet devait lui être remis, et ce paquet contenait de la drogue. Selon Oscar Tane et la fille de son ancien chef de service, il serait bien allé à New York mais n’aurait (par précaution) pas pris le paquet. Ce serait son chef de service, un douanier, qui lui aurait révélé ce piège. Cette personne étant décédée depuis peu, Oscar Tane et la fille de ce monsieur ont donc dévoilé ce secret de 40 ans. Il y a des héros partout qui s’ignorent ? Ou qu’on ignore ?

oscar temaru tiare

« J’accuse » : Zola ? Nenni : Oscar. Et alors… Oscar Tane et son groupe UPLD ont livré en conférence de presse des accusations au sujet des travaux de remise en état des rivières de Tahiti, du projet Ecoparc de développement touristique au cœur de la vallée de Papenoo, des tarifs de l’électricité en Polynésie. Les élections s’approchent à grands pas. Certes la tribune à Papeete n’a pas le luxe de celle de l’ONU mais il faut parler, se montrer, se différencier. Contre le projet Ecoparc, Oscar Tane s’en est pris à M. Auroy, homme d’affaires et demandé que cette personne soit classée « persona non grata » dans ce pays. Le leader souverainiste a évoqué l’histoire  de Tamara Nui, le complexe Ecoparc une « grosse escroquerie », il faut planter des milliers d’arbres à pain dans cette vallée agricole car la farine d’uru est très recherchée car sans gluten… Pour les rivières son second Antony Geros parle des curages de rivières comme d’opérations d’extraction déguisées. Contre les tarifs de l’électricité, M. Geros confirme que le groupe UPLD envisage de porter plainte contre X pour les délits de favoritisme et de prise illégale d’intérêts, complicité et recel dénonçant ainsi les conditions de la mise en place de la nouvelle tarification du prix de l’électricité en Polynésie.

Eh, les Parigots, il y a une belle exposition au musée du quai Branly « Mata Hoata, art et société aux îles Marquises », et savez-vous quoi, il y a 19 objets marquisiens  prêtés pour l’occasion par le  Musée de Tahiti et des îles. Parmi les œuvres exposées, vous pourriez y voir un tiki marquisien en basalte, 6 ivi po’o en os humain, un perce-oreille en écailles de tortue, des pilons, une pipe, des modèles réduits de pirogues anciennes, un collier en dents de cétacé, une enseigne de tatoueur… Ce sera du 12 avril au 24 juillet. Allez rendre une visite sinon vous seriez obligés de venir au fenua. Il faut savoir qu’un ticket de métro plus une entrée au musée est nettement moins onéreux qu’un billet d’avion Paris-Papeete !

Tiens en parlant d’avion… il semble que la taxe d’aéroport a augmenté de 250% en cinq ans. En Polynésie la taxe était de 477 XPF en 2011, elle est aujourd’hui de 1 670 XPF ! Depuis le 1er avril, et ce n’est pas un poisson ! Cela ne vous empêchera pas de venir passer des vacances au fenua et de visiter Bora Bora, la perle du Pacifique, c’est moins cher, seulement 835 XPF ou d’aller à Raiatea, là aussi c’est moins cher, rien que 815 XPF.

Quelques lignes de nouvelles du fenua. Bonne lecture.

Iaorana

Hiata de Tahiti

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Michael Connelly, La lune était noire

michael connelly la lune etait noire

La lune noire est une superstition astrologique chinoise. Elle porte malheur. La question est que le malheur des uns faisant le bonheur des autres, comment savoir si l’on est du bon côté du manche ? Toute l’énigme est fondée sur ce quiproquo que le feng shui ne résout pas…

Cassie Black est sortie de prison. Elle est en conditionnelle et travaille à vendre des voitures de luxe Porsche aux scénaristes nouveaux riches d’Hollywood. Nous sommes à Los Angeles, ville fétiche de l’écrivain Connelly – qu’il a délaissée pour la Floride une fois son existence de journaliste terminée par un Prix Pulitzer sur les fameuses émeutes de Los Angeles (en 1992). Mais Cassie Black a un secret. Le lecteur le découvrant à mesure, je ne dévoilerais rien.

Mais elle ne peut pas rester ainsi à ne « rien » faire, surveillée par son énorme Noire de flic, femme à laquelle elle doit des comptes durant sa liberté conditionnelle. Condamnée 5 ans auparavant pour complicité d’escroquerie au casino ayant entraînée mort d’homme – son propre compagnon ! – elle est libérée sous condition afin de se réinsérer. Ray, ancien taulard, lui a offert sa chance dans le commerce des Porsche. Mais elle est travaillée d’un rêve et le temps lui est long.

Elle replonge donc dans ce monde interlope des jeux de Las Vegas, qui lui ont pourtant apporté tout le malheur. Un superbe « coup » est monté par son ancien associé ; elle veut en être, un petit dernier pour la route, avant de disparaître. Elles disent tous ça.

Les cinq parties du roman sont comme les cinq actes d’une tragédie. Haletante, bien menée, sans un mot de trop. Assez de technique pour ravir les Américains ; assez d’action pour ne jamais faire oublier le cinéma ; assez de psychologie pour contenter nos petits cœurs qui palpitent – surtout vers la fin !

Comment le coup est monté, puis exécuté, est un chef d’œuvre de sobriété et de suspense. On ne quitte pas les pages des yeux. Comment ce qui devient, devient, fait changer de bain, du chaud au froid, et c’est là du grand art. Et comment survient le dénouement est encore meilleur.

Comme après un sauna, vous ressortez de ‘La lune noire’ essorillé, décapé, incrédule : la vie peut donc être comme ça ? Elle peut. Nous sommes aux États-Unis, à Los Angeles, et Michael Connelly décrit ceux qu’il connaît bien, tout en ayant assimilé les ressorts d’Hollywood. Il a pour une fois laissé vivre l’inspecteur Bosch. ‘La lune était noire’ n’est pas un roman de gare – qu’on laisse sur un banc une fois le train arrivé – mais un roman de train, que vous ne pouvez pas lâcher et dont vous avez besoin de la longue solitude du voyage pour apprécier !

Michael Connelly, La lune était noire (Void moon), 2000, Livre de poche 2012, 480 pages, €7.90
e-book format Kindle, €7.99

Les romans de Michael Connelly chroniqués sur ce blog

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Robert-Louis Stevenson et Lloyd Osbourne, Le pilleur d’épaves (Le trafiquant d’épaves)

robert louis stevenson le trafiquant d epaves

Inspiré par les conversations lors d’une croisière d’Honolulu vers les Samoa, ce « roman policier à la Charles Dickens » a été écrit à deux, Robert-Louis et son beau-fils Lloyd Osbourne, et d’abord publié en feuilleton. La matière est due aux deux, la manière au seule premier.

Autobiographie partielle romancée, étude de mœurs, aventure de mer, detective story fondée sur une escroquerie, ce roman fleuve un brin longuet ne commence véritablement qu’au chapitre IX. Tout ce qui précède est une mise en bouche un peu laborieuse des jeunes années de l’écrivain dans le milieu artiste peintre à Paris et Barbizon.

Loudon Dodd, qui raconte, est un fruit sec, aussi peu doué pour les affaires que pour l’art. Jamais fini, toujours en quête d’un complément, perpétuellement velléitaire, il est au fond un rêveur hanté par son imagination. Son père qui l’aime le cadre, puis Pinkerton l’ami affairiste vulgaire, encore Nares capitaine viril et décidé, enfin Bellairs avocat véreux et veule…

En bref, après une initiation à la bourse dans une école pour commerce américaine qui le laisse dépassé et interdit, le jeune Loudon est envoyé par son père à Paris étudier les Beaux-Arts en vue d’un concours d’architecture pour construire le palais du gouverneur de l’État. S’il a un peu de goût, il n’a guère de talent, mais il ne s’en aperçoit que lorsqu’il tombe dans la dèche au décès de son père après faillite. Tous les artistes en voie de célébrité du milieu parisien, qui louaient l’honnête facture de ses œuvres de riche amateur, l’évitent et le critiquent impitoyablement dès qu’il veut devenir l’un des leurs.

robert louis stevenson le pilleur d epaves sur les intellos

Il n’est sauvé que par un jeune compatriote, Jim Pinkerton, génie affairiste qui a sans cesse plusieurs affaires sur le feu et réinvestit de suite chaque dollar de bénéfice. Après de multiples et cocasses péripéties, prétexte à la description des requins de San Francisco, le duo investit aux enchères dans une épave fichée sur un roc en plein milieu du Pacifique. Son capitaine et quelques marins sont rentrés et l’assureur met le brick en vente, à charge de l’acheteur de se payer sur ce qui reste de la cargaison.

C’est alors que rien ne se passe comme prévu : les enchères devaient être expédiées comme une formalité, elles sont l’objet d’une âpre dispute entre surenchérisseurs ; le manifeste évalue la cargaison à environ 10 000 $, les enchères montent jusqu’à 50 000 ; le mystérieux enchérisseur qui veut à tout prix l’épave n’apparaît jamais en personne et s’évanouit dans la nature. Y aurait-il une cargaison non déclarée qui vaudrait de l’or ? De l’opium ?

Pinkerton reste à Frisco, tentant de sauver son affaire du gigantesque emprunt auquel il a dû procéder pour l’emporter, tandis que Loudon embarque avec le capitaine Nates pour aller piller l’épave. Mais ils ont beau retourner tout le navire, ils ne trouvent qu’un peu de thé, quelques soieries, et quelques paquets seulement d’opium. Plus étrange, le coffre du navire avec toutes les factures du capitaine n’a pas été emporté par les naufragés secourus par un vapeur de guerre ! Y aurait-il anguille sous roche ?

C’est évidemment le cœur de l’histoire et je ne dévoile rien de la suite, qui vaut d’être lue.

Il n’y a aucune sorcellerie dans l’affaire, ni vraiment de méchants – seulement des hommes avec leurs défauts et les qualités qui vont avec. Puis l’enchaînement des circonstances.

Stevenson dédie son récit au peintre américain Will Hicok Low, qu’il a connu à Paris en 1873 et à Barbizon en 1875. Il évoque « un récit d’un genre si moderne, tout plein de détails sur nos mœurs barbares et notre morale chancelante, tout rempli de la soif et de la nécessité de l’argent au point qu’il n’est guère de page dans laquelle on n’entende tinter les dollars, tout plein de l’agitation et du mouvement de notre siècle de sorte que le lecteur est bousculé d’un endroit à l’autre, d’une mer à l’autre, que le livre est moins un roman qu’un panorama, et est finalement aussi éclaboussé de sang qu’une épopée » (Épilogue).

Les îles du Pacifique sud épurent la pensée comme l’existence ; elles sont le paradis comparé à l’enfer de la corruption affairiste ou artiste de mise en pays « civilisé »…. sauf lorsqu’on les côtoie de près et qu’elles laissent un goût amer de tristes tropiques. Entre deux mondes, entre deux eaux, l’écrivain Robert-Louis Stevenson « parcourt le chemin des ténèbres », selon le célèbre vers de Catulle à propos d’un moineau.

Robert-Louis Stevenson et Lloyd Osbourne, Le pilleur d’épaves, 1892, parfois traduit en français sous le titre Le trafiquant d’épaves, Histoire des mers du sud, Libretto 2012, 128 pages, €12.80
e-book format Kindle €11.99
Robert-Louis Stevenson, Œuvres II, Gallimard Pléiade 2005, 1389 pages, €59.80
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Gagner en bourse

Bernard Madoff avait tout compris de la bourse lorsqu’il a monté son escroquerie de… 50 milliards de $. La technique est classique : rembourser les sortants par les capitaux des entrants. Mais la technique n’est rien sans l’entregent. Or, (presque) tout en bourse est de la poudre aux yeux : des annonces d’entreprises aux chiffres du bilan, des supputations des analystes aux engouements de marché, des déclarations de traders à la presse aux spéculations. Tout (ou presque) ressort du mimétisme, du m’as-tu-vu, du concours de beauté. Ce que Madoff, ex-maître nageur des plages chics, avait acquis à la perfection.

Pour les (vrais) gérants – qui sont long terme – c’est le « presque » qui importe. Pas l’esbroufe des gourous de la finance, ni les émotions médiatiques soigneusement calculées. Le « presque », c’est ce que considère Warren Buffet de l’entreprise qu’il achète : quoi ? où ? comment ? S’il ne comprend pas le métier c’est que le métier n’est pas indispensable au grand public. Si l’usine de production est située loin des centres nerveux de communication, d’accès à l’énergie, et des consommateurs visés, cela coûtera trop cher de produire. Si les dirigeants ne pensent qu’à leur cours de bourse, à leurs stock-options et à leur voiture de fonction, l’entreprise ira dans le mur.

Longtemps nous avons gérés en suiveurs, il est temps de reprendre de la hauteur. Les gérants valeur (value) peuvent rebâtir un processus qui tienne sur le long terme.

vals market paris rue st jacques

Il est dommage de constater que nous ne sommes pas du tout dans une société qui favorise le long terme. Plutôt que le texte qui induit réflexion, elle favorise l’image qui provoque l’émotion. Plutôt que laisser mûrir les débats, les technologies, les enfants, elle précipite toute le monde dans le tout-tout-de-suite. Plutôt que de fixer des règles longuement négociées, contrôlées par des contrepouvoirs, elle s’agite et centralise.

Le scandale Madoff devrait faire réfléchir ceux qui croient mordicus que, hors du contrôle d’État, point de salut. C’est oublier un peu vite la faillite récurrente des administrations dès qu’il s’agit d’anticiper : le nuage de Tchernobyl qui s’arrête miraculeusement sur la ligne bleue des Vosges, la vache folle qu’une armée de techniciens contrôleurs n’a pas su empêcher d’arriver sur les étals, la banque nationalisée du Crédit Lyonnais (gérée par un énarque) qui a perdu l’argent des contribuables durant des années dans des fantasmes d’Hollywood, les déboires à répétition de Natixis, l’aveuglement de la SEC (l’Autorité des Marchés Financiers américaine) sur le fonds LTCM en 1998, sur la société de gestion Madoff en 2008, sur les fraudes de Lehman Brothers, sur le Libor, l’aveuglement complice des frasques du trader Kerviel dans une Société générale impérieuse et sûre d’elle-même…

Mais une société qui vieillit a besoin de long terme. Qui va payer les retraites et comment ? Qui va financer et développer le système de santé indispensable ? Qui va assurer les conditions d’une croissance durable ? Ce n’est ni la démagogie, ni l’émotion médiatique, ni l’enflure de la législation…

Ce sont des entrepreneurs motivés, œuvrant sur le long terme, et soutenus par des banques avisées et des règles (notamment fiscales) qui ne changent pas tous les matins. Ce sont des media qui offrent autre chose que la dilution des dépêches d’agence ou le conditionnel des supputations vaines. Ce sont des parlementaires qui arrêtent de jouer à leurs petits jeux politiciens, refusant le plan de crise pour faire gagner un Républicain aux États-Unis, refusant la loi Macron de simplification en France, obstruant les débats et ridiculisant la démocratie en ajoutant amendement sur amendement, sans aucun rapport avec le sujet débattu.

La crise, c’est grave. Le chômage est la première préoccupation des Français – pas le mariage « pour tous » ni les hochets symboliques agités par le pouvoir. La démocratie s’est écroulée presque partout dans les années 30 : jouer avec est irresponsable.

Et ce n’est pas « le libéralisme » qui est responsable, du moins pas l’espèce de poupée vaudou fabriquée par les impuissants du politique comme bouc émissaire commode de leurs échecs à répétition.

L’une des rares banques à avoir échappé à la séduction Madoff est la banque privée Bordier en Suisse. Et comment ? Simplement parce qu’elle a installé des règles, négociées par tous en interne, et des contrepouvoirs pour les faire respecter. Très exactement ce que prônait Montesquieu, l’un des premiers libéraux français. A se réjouir de piquer une poupée imaginaire, on en vient vite à quitter la réalité pour le doudou…

La bourse vit d’anticipations. Qui sont réalisées sur le court terme moins par étude ou réflexion personnelle que calquées sur les émotions des autres. Pour gagner en bourse, il est nécessaire de quitter le court terme, les émotions médiatiques et les manipulations à la seconde des traders ou des algorithmes automatiques. Investissez long terme sur un raisonnement de fond !

Retenez la leçon de Madoff, maître ès nage : ne brassez plus, faites la planche !

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Donna Leon, Deux veuves pour un testament

donna leon deux veuves pour un testament
Mort à Venise, une de plus, une personne âgée bien sous tous rapports, retrouvée étendue dans sa chambre avec du sang à la tête par sa voisine d’immeuble venue chercher son courrier. Le médecin légiste est formel : il s’agit d’une crise cardiaque. Certes, mais n’aurait-elle pas été disons « provoquée » ? Secouez un peu une personne fragile qui consomme du Pro-quelque chose, médicament contre la fibrillation, et vous aurez le crime parfait.

Mais pourquoi ce crime ? Quel mobile aurait eu quiconque à assassiner une vieille dame dévouée aux enfants dans sa jeunesse et aux vieux des maisons de retraite depuis qu’elle ne travaille plus ? Donna Leon tente de faire mousser le mystère mais les 300 pages sont poussives, engluées de psychologie et avec trop peu d’action.

Venise reste toujours Venise mais le « naming » des lieux magique que sont les places, les églises et les petits bars populaires suffit-il à faire rêver ? Brunetti reste toujours Brunetti, mais un peu fade dans son obsession de voir des crimes où il n’y en a peut-être pas. Paola reste sa Paola mais un tantinet caricature cette fois-ci ; quant aux enfants, ils sont devenus inconsistants. L’ineffable vice-questeur Patta et supérieur de Brunetti est toujours aussi con, bien que parfois humain. La mort de « la mère du vétérinaire de son fils » lui semble une affaire d’État qui risque de remettre en cause la sécurité de la Ville et de faire fuir les touristes. Rien que ça. C’est à peu près le seul moment d’humour du livre.

L’auteur s’étale sur ces pauvres vieux, condamnés à la maison de retraite (intra muros quand même, à 2400€ le mois…). Elle en fait tout un foin après les femmes battues, majoritairement roumaines. C’est là qu’une escroquerie testamentaire ressurgit du passé on ne sait pourquoi, comme un cheveu sur la soupe. Le tout est entortillé pour offrir le bouquet final où aucun criminel n’aura commis de crime, tout juste quelques entorses limites à la légalité, où personne ne sera puni ni « la justice » vraiment rendue. Dérisoire…

Mais nous sommes dans l’Italie corrompue, dans la Venise pourrissante, avec un auteur qui peine à imaginer de nouvelles aventures qui tiennent la route après 20 enquêtes. C’est un peu dommage de délaisser l’action policière pour un ton de journaliste social…

Les habitués de Brunetti retrouveront avec un certain plaisir leur héros et ses comparses, les autres préférerons les premiers romans, bien mieux construits et plus captivants.

Donna Leon, Deux veuves pour un testament (Drawing Conclusions), 2011, Points policier 2015, 311 pages, €7.60
Les romans policiers de Donna Leon chroniqués sur ce blog

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