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Polynésie les archipels du rêve

polynesie les archipels du reve
Ce gros livre présente une sélection de romans et nouvelles sur la Polynésie, du 19ème siècle à nos jours. Le lecteur peut parfois les trouver séparément, mais un recueil à l’avantage d’attirer l’attention et de classer les sujets – le tout pour moins cher et dans un volume réduit en voyage. D’autant que certaines œuvres sont introuvables aujourd’hui. Pour qui a de la curiosité pour ces îles mythiques perdues dans l’océan Pacifique, explorer la littérature est une piste intéressante.

Bougainville n’a passé que neuf jours à Tahiti ; ses quelques 50 pages dans son récit de voyage ont inspiré Diderot et toute la philosophie des Lumières. Un mythe était né, fait de seins nus, de liberté sexuelle, de climat chaud où gambader à poil, de fleurs à profusion et de fruits toute l’année. La vie hédoniste, nostalgie du Paradis terrestre, venait à point pour donner de l’espérance aux rassis de la religion percluse au 18ème siècle en interdits, inquisition et guerres de sectes.

tahiti seins nus des mers du sud 2016

Las ! Avec la découverte ont suivi les missionnaires, la vermine puritaine qui a drapé les vahinés de longues robes de quakers, obligé les hommes aux pantalons, voilé les attributs dès dix ans révolus, interdit la danse et la musique, fait péché de copuler en liberté et d’élever les enfants en commun. De vrais ayatollahs, les pasteurs ! Tout ce qui fait du bien est haram, au nom de Dieu, car Lui seul doit être aimé et dans l’Autre monde, pas celui-ci. Ici-bas, on doit souffrir, c’est écrit dans le Livre – pas vivre mais obéir ! Les romans de ce recueil à la fois saluent le mythe et disent la désillusion des voyageurs face à la réalité post-évangélique.

Tout commence par Eugène Sue en 1857. Beaucoup ignorent qu’avant d’être le feuilletoniste à succès des Mystères de Paris, Eugène fut chirurgien de marine – et qu’il a donc arpenté le monde. Pour lui, en cette nouvelle intitulée Relation véritable des voyages de Claude Bélissan, le « bon sauvage » existe bien – et il est cannibale !

Jean Giraudoux publie en 1935 une pièce de théâtre intitulée Supplément au voyage de Cook ; elle vaut son pesant de coprah. Plaquer des idées morales sur des comportements physiques naturels est bien une idée de curé d’Occident. Ou comment pervertir les êtres humains par des jugements de valeur a priori, tirés d’un Livre qui serait un manuel de savoir vivre selon un Dieu de théorie…

Mais c’est avec Herman Melville que commence la véritable aventure. Notre auteur américain, qui fut marin, a réellement vécu en 1842 la fuite avec un compagnon vers les vallées inhospitalières de Nuku-Hiva, une grande île des Marquises. Ils sont tombés chez les Taïpis cannibales, qui feront amis pour mieux les engraisser. L’un, puis l’autre, échappent par un concours de circonstance aux grillades, mais les trois semaines passées en leur aimable compagnie permettent à Melville de décrire avec précision les mœurs et coutumes des vrais Polynésiens de son temps (Taïpi fut publié en 1846). J’ai déjà chroniqué ce livre empli de péripéties et d’exotisme et je vous incite vivement à le lire !

taro et fruits tahiti

La suite mêle des romans inspirés par les légendes tahitiennes et des romans réalistes sur la décrépitude occidentale des expatriés.

Pierre Loti décrit et fait fiction de son mariage avec une très jeune vahiné (14 ans), sous l’égide de la reine Pomaré (Le mariage de Loti, 1882). Leçon de sensualité, recherche sentimentale des possibles enfants de son frère, encannaqué lui aussi quelques années avant sa mort, Tahiti est à la fois l’île voluptueuse et l’île cannibale où, si l’on ne vous mange plus, tout vous empêche d’en partir.

Jean Dorsenne, résistant déporté en 1944 bien oublié aujourd’hui, chante en 1926 C’était le soir des dieux après avoir beaucoup écrit sur la Polynésie. Il célèbre les Arïoi, ces adolescents cooptés pour célébrer la vitalité de village en village et d’île en île, chantant, dansant, ripaillant, copulant, rendant la vie par la fête aux villageois parfois déprimés par les cyclones et les maladies. Mais son œil d’Européen ne peut s’empêcher de reproduire la Bible par la tentation d’une Eve à goûter au pouvoir, qui va détruire par orgueil ce paradis reconstitué.

Jack London publie en 1909 une nouvelle : La case de Mapuhi décrit avec réalisme un cyclone dévastant un atoll, mais aussi la pêche des nacres et des perles. Elle ouvre sur la destinée.

C’est en revanche le versant européen que choisissent de montrer Albert t’Serstevens, écrivain français de nom flamand, et Marc Chadourne. Les jeunes expatriés qui se lancent dans « les affaires » à Tahiti font des jaloux et sont en butte aux éléments comme à l’indolence de la population. La Grande plantation de t’Serstevens (1952) romance l’affairisme mêlé à l’amour, l’entreprise mêlée à la malédiction, non sans quelque schéma biblique lui aussi, tant le mal vient à chaque fois miner le bien. Mais c’est documenté et très instructif sur le Tahiti du début de XXe siècle.

Chadourne montre dans Vasco, publié en 1927, le laisser-aller de la déprime chez un ex-poilu de 14 dont la jeunesse fut brisée. Tahiti ne lui redonne en rien le moral, ni l’action, ni l’amitié, ni l’affection des vahinés – c’est à désespérer. Ce roman noir expose moins la Polynésie que la névrose occidentale, mais il fallait l’évoquer pour être complet sur le sujet : même le mythe ne peut revivifier celui qui est rongé par la pulsion de mort.

Au total un panorama très complet sur la production littéraire occidentale à propos des îles du Pacifique, ce qu’elles suscitent comme puissance de rêve, ce qu’elles montrent à différentes époques de leurs réalités prosaïques, ce qu’elles laissent au voyageur qui les aborde avec curiosité.

Faites comme moi : lisez, puis allez ! Tahiti vous attend, les Tuamotu et les Marquises…

Polynésie les archipels du rêve, romans réunis par Alain Quella-Villégé, Presses de la Cité collection Omnibus 1996, 955 pages, €13.84

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Clipperton atoll français et roi violeur

Un grand gaillard mexicain d’origine africaine se proclama roi de cet atoll dont le seul souci fut d’humilier et d’abuser sexuellement de ses sujettes. Il arriva à Clipperton en 1906. Le gouverneur mexicain donna les droits exclusifs de l’exploitation du guano à une société anglaise, la Pacific Island Company. Il y avait là des ingénieurs, des ouvriers, une petite garnison de 13 hommes commandée par un certain Ramon Arnaud, d’ascendance française et dont Alvarez aurait été un serviteur.

À l’époque le président Porfirio Diaz qui craignait les revendications françaises et ne voulait pas les reconnaître expédia ce petit monde sur l’atoll. Arnaud, déserteur, avait fait amende honorable et intégré avec le grade de lieutenant et le titre de gouverneur de Clipperton, titre qu’il conserva de 1906 à 1916, date de sa mort tragique. Alicia Rovira Arnaud, sa jeune femme, le rejoignit ainsi que d’autres civils, des femmes et des enfants, soit plus d’une centaine de personnes. Les Anglais chargèrent le guano. Tout alla bien jusqu’en 1910.

Quand la société fit faillite, certains ouvriers demeurèrent sur place. Tous les deux mois un bateau faisait la navette entre le Mexique et Clipperton. Tout était calme, jusqu’à une révolution contre Diaz fomentée par Pancho Villa et Emiliano Zapata. En 1910 la guerre civile éclate au Mexique, en 1911 Diaz quitte le pouvoir – les colons de Clipperton sont oubliés au milieu de cette pagaille. Plus de bateau pour les ravitailler. Les 26 colons restés à Clipperton étaient devenus des naufragés. Nul ne s’en souciait.

USS Cleveland

Heureusement l’Amérique…  En 1914, l’USS Cleveland, bâtiment de la marine américaine tenta de leur porter secours. Voyant l’état de dénuement de ces 26 Mexicains, le capitaine yankee proposa à Arnaud d’évacuer l’atoll, mais Arnaud refusa… il avait déjà une désertion dans son dossier militaire ! La petite colonie se composait de 12 soldats, 12 femmes et enfants et de l’étrange gardien du phare construit  par les Mexicains qui vivait seul à l’écart des autres. Au menu, des oiseaux de mer, d’œufs d’oiseaux, de poissons, de crabes, et quelques rares noix de coco.

Bientôt les adultes tombèrent malades, atteints de scorbut. Une tentative de rejoindre un bateau « fantôme » par Arnaud avec trois hommes « encore valides » tourna au drame, le bateau chavira et ils périrent noyés. Survint alors un cyclone. La femme d’Arnaud était sur le point d’accoucher. Un petit Angel vit le jour dans ces conditions épouvantables. Le cyclone avait tout rasé sur l’atoll. Le gardien du phare qui n’avait rien perdu de ces catastrophes arriva au campement, les femmes et enfants étaient seuls, il leur annonça qu’à dater de ce jour il était roi de Clipperton avec les pleins pouvoirs.

Les femmes devinrent ses esclaves sexuelles, celles qui refusèrent furent violées et tuées. Lui finira tué par les trois femmes. Un enfant aperçut un bateau au loin alors que le corps du bourreau gisait là. C’était l‘USS Yorktown, un chasseur de sous-marins allemands de la marine des États-Unis. Arrivés sur l’atoll, les marins américains virent l’état de santé déplorable  des survivantes, trois femmes et huit enfants rachitiques, tous désiraient quitter l’île au plus tôt. Le corps du roi  Alvarez  fut abandonné aux crabes. Épilogue heureux pour des femmes qui avaient passé neuf ans sur Clipperton (dont les derniers abominables), affamées et soumises aux désirs sadiques et obscènes du « roi » Alvarez.

Clipperton survivants

D’après les dernières nouvelles, il semble que le député qui avait fourni un rapport après sa visite à Clipperton préconise l’installation d’un laboratoire scientifique international sur l’atoll, ce qui serait une bonne chose. Il y aurait une présence humaine autre que celle de ces milliers de crabes, des études scientifiques, un ravitaillement à partir des Marquises mais… il faudra d’abord « nettoyer » l’atoll, enlever toutes les munitions américaines qui y restent, les lignes, les filets de pêche, les carcasses de bateau échoués, et autres détritus. Avant la fin du quinquennat ?  Ou serait-ce encore un vœu pieux ?

Hiata de Tahiti

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Du vent à Tahiti

Makemo atoll des Tuamotu, 56,2 km2 de terres émergées, surface du lagon 854 km2. Troisième plus grand atoll des Tuamotu après Rangiroa et Fakarava. Les éoliennes gisent au sol ! Les éoliennes devaient devenir un projet pilote et… un modèle pour les autres ! Aujourd’hui, on est revenu à l’électricité d’origine thermique, néanmoins tous les habitants n’ont pas encore été raccordés au réseau. La faute à qui ? Fiu ! C’était il y a dix ans, la SEM (Société d’Economie Mixte) était délégataire de service public et détenue à 66% par le Pays, le reste du capital est réparti entre la Société de réseaux d’études et de service (SPRES) et la société d’études et de développement polynésienne (SEDEP) appartenant à l’homme d’affaires Dominique Auroy. Par manque de pépètes. Il est urgent d’attendre.

Manuae

En attendant, le réchauffement climatique poursuit ses effets.

Le samedi 12 décembre, en 24 heures, il est tombé 179 mm d’eau à Papenoo (côte est de Tahiti), 201 mm à Maheana, 163 mm à Hitiaa à 2 m d’altitude et 168,4 mm à Hitiaa à 500 m d’altitude. Un homme est décédé suite à un éboulement qui a détruit sa maison. Les crues étaient impressionnantes, des torrents de boue et d’eau dévalant à toute allure, emportant maisons et voitures. Les habitants de la vallée d’Onohea ont dû être évacués, la rivière ayant recouvert la route. Le lendemain… on constate une soixantaine de maisons détruites, des familles ont tout perdu. Là encore la solidarité polynésienne n’est pas qu’un mot.

cyclone pam

Le cyclone Pam dévaste le Vanuatu, 16 morts, 450 millions de dollars de dégâts, des rafales de vent à 320 km/h. Comme toujours, les Polynésiens sont solidaires et envoient des conteneurs de dons, des secouristes, des bûcherons, des agents EDT sur place pour aider les populations.

En attendant, la prévarication continue.

atoll

Scilly ? Ce nom ne vous dit rien pour les antipodes ? Confetti de 4 km2, appelé aussi Manuae est un atoll sans passe, couvert de cocotiers dont on a parlé récemment au tribunal correctionnel. De la prison a été requise contre René Taputu, le « roitelet » de l’atoll de Scilly. Cet individu se serait érigé en roitelet depuis plus de 30 ans. D’après le procureur, « il y a créé une communauté sur laquelle il règne, il y vit avec un harem, des enfants naissent sans même être déclarés, vivent sans électricité, sans soins. Il cultive du paka (cannabis) et pêche la tortue (espèce protégée). Le pays devra un jour ou l’autre prendre ses responsabilités et organiser le rapatriement de cette communauté. Il pourra compter sur le concours du Haut-Commissariat ». N’y aurait-il pas un castelet libre à Tahiti pour y loger ce roitelet et sa cour ?

Hiata de Tahiti

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Frapper sur la table ?

« Nous frapperons sur la table. » Qui a dit cela ? Les leaders polynésiens réunis à Papeete en juillet ! Il y avait là les représentants de la Polynésie française, pays hôte, avec Niue, Iles Cook, Samoa, Tokelau, Tonga, Tuvalu, seul manquait à l’appel les Samoa américaines. Vous n’êtes pas très calés en géographie ? Prenez une loupe et regardez vers le Pacifique Sud : les confettis. En marge de la COP 21 qui se tiend à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015 et où l’on essaiera de trouver des solutions au problème du changement climatique, ces Etats du Pacifique Sud veulent des sous, c’est toujours le nerf de la guerre. Ils veulent des décisions, à commencer par « faire payer ceux par qui ce changement climatique serait arrivé et comme première solution des sous pour protéger leurs populations… ». Il faut comprendre et trouver des solutions ? Certes mais pendant tout ce temps, les îles basses ont les pieds dans l’eau. Les scientifiques : « Si vous cumulez températures chaudes et cyclones, le corail ne s’en remettra pas ». Les scientifiques apportent la preuve que lorsqu’un cyclone important passe sur un récif il le détruit complètement, et il faudra 10 à 12 ans pour qu’il redevienne florissant, à condition qu’il n’y ait pas de nouveau cyclone. Avec les taramea (Acanthaster) c’est pareil. Elles mangent tout le corail et le détruisent à 100%. Puis elles disparaîtront pendant 10 à 12 ans jusqu’à ce que le corail redevienne florissant. Donc si ces deux phénomènes se cumulent, si des cyclones et des hausses de température œuvrent entre temps. Sortez les mouchoirs.

carte polynesie

Création d’un comité de pilotage sur les ressources minérales océaniques en conseil des ministres piloté par le Président du Pays et le Haut-Commissaire. Le premier rapport devait être rendu en octobre, il est composé de 10 scientifiques… rien à l’horizon. Ces ressources minérales des fonds océaniques deviennent de plus en plus courues par les compagnies minières privées ainsi que certains États comme le Japon, les USA, la Chine, le Canada. Encore mal connues, les conditions d’exploration des grands fonds marins, situés entre 1 000 et 6 000 m de profondeur, devront être évaluées pour s’assurer de leur rentabilité et de l’impact environnemental. Vaste programme.

C’est peut-être en prévision que le « navire-hôpital » chinois He Ping Fang Zhou (Arche de la paix) vint accoster dans le port de Papeete ? Un équipage de 200 marins et 600 médecins et infirmiers ; des installations comme salle de radiothérapie, un scanner, huit salles d’opération, un laboratoire d’analyses, une salle d’examen, une zone de stérilisation, des services de gynécologie, ophtalmologie, pédiatrie, médecine interne. Il pratiquerait la coopération civilo-militaire et aurait pris en charge plus de 90 000 patients lors de « ses tournées ». Le consul chinois précise que ces actions font partie d’un vaste plan de coopération économique et militaire entre Pékin et les pays qui ont signé des accords économiques avec la Chine. La Polynésie encore française aurait signé ? Ou était-ce seulement une visite amicale ?

he ping fang hzou

En attendant l’ouverture de la neuvième merveille du monde à Punaauia, le « Mahana Beach » qui devrait être en exploitation dès 2022 mais dont la construction n’a pas encore été attribuée entre les deux promoteurs chinois restant en lice ! A la mi-décembre, le gouvernement aura choisi entre le groupement sino-hawaiien Recas-China Railway-Group 70 et le groupe chinois Towercrest. On abaisse les prétentions – à savoir pour le pays les travaux routiers et d’assainissement de la zone. Le remblai annoncé en juillet 2014 par Flosse sur 18 hectares et financé par le Pays est dorénavant transféré à la charge de l’investisseur et n’excédera pas 12 hectares et 650 000 m3.

Et toujours dans les grands projets un hub de pêche au port de Faratea, na ! On attend des investisseurs… Allo ? Vous n’auriez pas quelques réserves d’argent à placer ?

Hiata de Tahiti

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Tahiti marine

On rouvre la pêche aux rori (holothuries ou concombres de mer) interdite par le gouvernement Temaru depuis octobre 2012 ! Cette pêche avait boosté l’économie polynésienne. En 2012, 235 millions de XPF de rori avaient été exportés. Une année prolifique pour les finances grâce au rori polynésien. Le peï (pays) avait surfé sur l’intérêt croissant des marchés asiatiques pour l’holothurie où celui-ci est consommé en soupe ou en salade – la bête serait aphrodisiaque – et une offre internationale de plus en plus restreinte compte tenu de la fragilité de cette ressource. Seules cinq espèces, les plus rentables seront autorisées à la pêche. Les rori ont un rôle majeur pour l’écosystème. Ils déplacent et mélangent le substrat et recyclent les matières issues de la désagrégation des roches. Les rori consomment et broient les sédiments et les matières organiques en fines particules, retournant les couches supérieures de sédiments des lagunes. Des éboueurs indispensables.

holothurie

En 1958, le premier poti marara (bateau à moteur) naissait grâce à l’ingéniosité et la persévérance de Léonard Deane, un pêcheur d’Arue âgé de 27 ans à l’époque. Aujourd’hui il a 83 ans et vit à Tubuai. Dans les années 50, la pêche aux marara (poissons volants) se pratique en pirogue, de nuit et à deux. Le rameur conduit le bateau muni d’une palme de cocotier séchée en guise de flambeau et à l’avant le pêcheur prêt à harponner le poisson. Quelques années plus tard, les premiers moteurs hors-bord arrivent sur le territoire. C’est moins fatigant ! Les pêcheurs remplacent le harpon par une épuisette, la palme de cocotier par une lampe à pétrole. Léonard est un pêcheur difficile qui fait fuir ses chauffeurs !

Il se retrouve donc seul pour aller pêcher. Il doit donc trouver le moyen d’être autonome. Il se penche sur plusieurs projets, il les teste sur une remorque. Il place une caisse à l’avant du bateau, ce sera le poste de pilotage. Il imagine un manche qui part du plancher, relié au moteur par des poulies et un câble ; il trouve un bambou qu’il attache sur le manche du moteur, ce sera l’accélérateur. Il essaie cette nouvelle machine et décide de partir en mer la tester. Cela a marché car il peut dès le lendemain apporter ses poissons au marché ! Il livre le double de ses concurrents, il n’a plus besoin de chauffeur. Il est aidé par le concessionnaire Mercury pour perfectionner son invention, porter une lampe frontale qui libère la main gauche. Le poti (bateau) marara (poisson volant) fait des émules. Dans les années 70 on l’utilise pour la pêche au mahi mahi. Un pêcheur s’est rendu compte que le mahi mahi ne plonge pas quand la mer est agitée, il reste en surface. Le poti marara, une aubaine pour les pêcheurs de mahi mahi ! Les fils ont repris le flambeau du papa, l’un construit toujours en bois et l’autre en polyester mais toujours des poti marara !

poti marara bateau

Construction d’une marina au centre-ville de Papeete par le Port autonome qui investit dans la plaisance. Pour le moment nous sommes privés de promenade sur le quai en bois le long du boulevard Pomare. Il paraît que la marina pourra accueillir 80 bateaux dont une dizaine de yachts. La mise en service est prévue en 2015, le montant des travaux s’élève à 700 millions de XPF. Avancez la moni (monnaie) !

Oli, le cyclone de 2010 avait laissé des traces. Papenoo sur la côte Est de Tahiti n’est pas protégée par la barrière de corail. L’océan est virulent, il fallait protéger la population qui vit en bordure de route d’une éventuelle catastrophe naturelle. 380 millions de XPF investis dans ces travaux dont 60% financés par le FED (Fonds européen de développement). Mauruuru (merci) l’Europe ! Ce seront des blocs de béton en puzzle qui soutiendront la future digue. Ils ont copiés les Pays-Bas champions en la manière de protéger leur pays des eaux. Mais les blocs seront fabriqués au fenua ! Après, l’Océan n’aura qu’à bien se tenir !

Hiata

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Cyclones à Tahiti !

Météo France est optimiste : seulement 18% de chance qu’un cyclone se forme dans les eaux polynésiennes, mais 43% de risque de voir se développer des « dépressions tropicales ». Nous sommes prévenus.

cyclone

Mais c’est quoi un cyclone ? C’est une perturbation atmosphérique occasionnant des vents tourbillonnaires violents et des pluies diluviennes. Il se forme sur les océans tropicaux. Le cyclone est caractérisé par une énorme masse nuageuse d’un diamètre de 500 à 1 000 km, organisé en bandes spiralées convergeant vers un anneau central. Au centre de cet anneau, l’œil. Pour que naisse un cyclone, plusieurs conditions sont nécessaires :

  • existence d’une dépression initiale, tel un amas nuageux ;
  • température de la mer supérieure à 26°C sur une profondeur d’environ 50 m ;
  • des vents homogènes ;
  • un air suffisamment  humide.

cyclone tahiti

Deux pages de La Dépêche, en couleurs, pour ancrer toutes les précautions :

 1 Saison cyclonique de novembre à avril : vérifier les outils, pharmacie, éclairage de secours, matériel, vivres, radio et télévision, élaguer,  et renforcer les habitations.

2 Préalerte orange, menace à moins de 48 h : récupérer les enfants, doubler les amarres, faire des provisions, stocker en lieu sûr essence, pétrole, gasoil ; recouvrer et renforcer, isoler électricité, écouter les informations à la radio et à la télévision, ne pas s’éloigner de la maison, ne pas sortir en mer.

3 Alerte rouge, menace dans 12 à 18 h : protéger les maisons en renforçant les ouvertures, rentrer les objets, avoir sous la main vêtements, nourriture, médicaments. Sauvegarder documents et objets importants, vérifier les amarrages, se mettre à l’abri dans la pièce la plus sûre de la maison ou dans les abris para cycloniques.

4 Pendant le cyclone : ne sortir sous aucun prétexte, couper le courant, couper le gaz et éteindre les flammes nues, écouter les informations sur radio (prévoir des piles si le courant est coupé).

5 Phase de sauvegarde, danger : écouter la radio, alerter les secours si blessé, respecter l’interdiction de circuler si elle est maintenue, rester prudent si la circulation est de nouveau autorisée.

6 Fin d’alerte : signaler à votre mairie victimes, dégâts, besoins, buvez de l’eau potable en bouteilles ; éviter les fils électriques, les rivières.

Ainsi nous serons prêts à toute éventualité, mais on découvrira aussi qu’untel est monté sur son toit, qu’untel est allé voir son bateau, etc. C’est que les gens ne manquent absolument pas d’idées dangereuses !

Hiata de Tahiti

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Ruben Kuevidjen, Odyssée polynésienne d’un infirmier

ruben kuevidjen l odyssee polynesienne d un infirmier

Curieux destin que celui de ce Togolais élevé avec passion par sa mère et arrivé en France en 1993. Pour obtenir une carte de séjour, il multipliera les études techniques, BEP/CAP de chimie, d’électronique, avant de passer le concours d’infirmier et d’être formé à Berck-sur-mer. Il s’y mariera, aura une fille, puis divorcera avant de postuler pour les îles du Pacifique en 2009.

Le voici infirmier à Rapa, l’île la plus au sud des Australes, à 1100 km de Tahiti. L’endroit émerge de 41 km² et héberge 480 habitants. Pas de piste d’atterrissage mais deux navires accostent régulièrement tous les deux mois pour livrer les marchandises indispensables et emmener ou ramener les collégiens et lycéens. Car Rapa est une île où n’existe qu’une école primaire, même si tous les moyens de communication sont établis.

« J’ai décidé d’écrire ce livre pour vous faire découvrir cette île paisible qu’est Rapa, mais aussi pour vous faire connaître la profession d’infirmier sur une île isolée de tout. Un métier si différent de celui d’infirmier en métropole » p.20. Il n’existe ni médecin, ni chirurgien, ni pédiatre sur l’île – l’infirmier fait office de tout, communiquant par téléphone satellite avec un médecin urgentiste à Papeete en cas de problème et demandant une EVASAN (évacuation sanitaire) par hélicoptère Dauphin si c’est indispensable (6h de route avec deux escales depuis Tahiti). L’infirmier est donc un notable sur l’île. Tout le monde le connait et il fait partie du PC de crise en cas de cyclone et tsunami.

« Un infirmier, à Rapa comme dans ‘les îles’, doit savoir tout faire : savoir diagnostiquer, suturer une plaie, savoir agir vite et être efficace à tout moment et surtout en cas d’urgence. Nous sommes condamnés à être compétents, parfois même au-delà de nos connaissances académiques… tout en prenant des précautions » p.63. Mais cette responsabilité valorise, elle attache au travail et à la population, permet de développer son savoir. L’infirmier se sent utile, et non plus ‘bon à tout faire’ sous les ordres d’un autre.

Rapa vit d’agriculture, de pêche et de chasse des animaux domestiques redevenus sauvages. Les habitants savent réguler par un Conseil des anciens les ressources naturelles, les enfants sont rois et les adolescents font assidument du sport. Ce serait un paradis, comme l’affirme l’infirmier, volontiers lyrique, si n’existaient quelques maux naturels et de civilisation : le climat, la ciguatera, l’obésité, l’alcool, l’hygiène, l’inceste…

Chrétien croyant, affectif, Ruben Kuevidjen s’épanouit : il peut monter dans une voiture de police en tant que Noir sans être menotté. « Les Rapa m’ont apporté une autre joie de vivre, une autre façon de voir la vie, un autre regard sur la société : accepter son prochain, le comprendre et l’aider, en restant humble » p.114. Une autre façon d’être missionnaire – pour la santé.

ruben kuevidjen infirmier

C’est un bien beau livre, écrit avec le cœur, même si la raison fait l’inventaire des gens tels qu’ils sont et des bonnes pratiques infirmières. Il se lit avec plaisir, le ton joyeux malgré l’émotion parfois. Qui ne connait pas les îles y découvrira l’existence quotidienne ; qui veut savoir comment la profession d’infirmier doit s’adapter lira cette expérience racontée en détail.

Ruben Kuevidjen, L’odyssée polynésienne d’un infirmier de Berck-sur-mer sur l’île de Rapa, 2012, autoédition, presses de la Scop Imprimerie 34, Toulouse, 128 pages dont 16 pages de photos, 1820 Franc CFP = 15,22 €

On trouve ce livre en Polynésie française, il n’est pas référencé sur Amazon. Peut-être est-il disponible auprès de l’auteur, lui envoyer un message sur Facebook.

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Chaud Tahiti

Pour la saison chaude 2011-2012, le risque cyclonique serait plutôt faible à cause ou grâce à la Niña, 23%. Si Madame Météo intègre des risques de dépressions tropicales, on atteint 56%, un taux légèrement plus élevé que l’an passé. Restez chez vous et attendez la fin de la saison chaude, touristes. Bien entendu si vous désirez vous mesurer à un cyclone, come with us you are welcome ! Nous sommes en tenue légère, comme vous voyez.

Si risque cyclonique il y a, alors les Australes, les Gambier, pourraient recevoir la visite de cyclones, on parle aussi des Iles du Vent (Tahiti, Moorea). Cool, rien de grave, on est habitué à voir sa toiture prendre le large.

La sécheresse perdure. Il y a un déficit pluviométrique essentiellement aux Iles du Vent, aux Tuamotu, aux Gambier. Il en est tombé deux à trois fois moins qu’en saison moyenne. C’est normalement durant ces six mois que 70% des pluies annuelles sont recueillies. Météo France qualifie cette saison de « sécheresse exceptionnelle ». Records battus : Faa’a 371 mm contre 674 mm, Rikitea (Gambier) 426 mm contre 581 mm pour les records précédents.

Est-ce la saison ? Tout le monde a noté la « petite phrase » de notre Oscar Temaru, Président du Territoire : « Tous les présidents de la République sont dignes de passer devant la cour internationale de justice. C’est pour cela que je vais à New-York. La France ne respecte pas les Polynésiens. »

 J’avais retenu que la Cour internationale était à la Haye (Gravenhage aux Pays-Bas) et qu’à New York était l’ONU. Ma mémoire me trahit-elle ou y a-t-il eu des changements dont on ne m’a pas avertie ?

Je devrai retourner à l’école du pays, peut-être…

Autre échec d’Oscar Tane, celui de la demande de prêt de 5 milliards de FCP auprès de la CPS (SS).

Mais inauguration en grande pompe du tunnel d’un kilomètre de long sur la côte Est. Pour ceux qui ont vécu ou visité Tahiti, il se situe au Trou du souffleur. Ce tunnel serait une idée d’Oscar Tane. Tane est le terme pour ‘Monsieur’ en local. Le ministre de l’équipement James Tane (qui n’est pas le frère du précédent) avait fait une surprise de taille à Oscar : la plaque du tunnel dévoilée, on pouvait lire Oscar Manutahi Temaru. Surprise du président qui n’aurait pas été au courant. Les commentaires fusèrent comme « dans toutes les démocraties du monde, on ne donne pas le nom d’une personne vivante à un lieu, un monument … ». Serait-ce alors l’initiative d’un ministre fayot ? La plaque fut taguée un ou deux jours après l’inauguration.

Au fait, d’après le correctif du ministre il aurait fallu lire « O manutahi i te maru o te Anahoho ». Mais alors il aurait fallu l’indiquer avant le taggage de la plaque. Merci au lexique du Tahitien contemporain pour entendre la traduction : «  Tel un oiseau aux ailes déployées ombrageant la rivière Anahoho. » C’est pas beau ça ?

Les grandes causes se traitent à Papeari. Sans Papeari, la Polynésie ne serait rien… Après le dépôt de munitions, le chenil, le dépotoir, le moto-cross et bientôt la prison, c’est là, au pied du cimetière, qu’une société est venue construire un serpent de mer qui, une fois terminé, fut tracté jusqu’à l’atoll de Tetiaroa. Il s’agit de la canalisation immergée du Sea Water Air Conditionning  du futur hôtel « The Brando » a été plongée à une  profondeur de -960m, nouveau record mondial. Alors qui oserait dire qu’à Papeari, il n’y aurait que des ploucs ?

Le pakalolo, ça pousse bien et ça rapporte bien. Le pakalolo c’est le lait du rêve, la résine de cannabis… D’après la gazette locale, ‘La Dépêche de Tahiti’ du 26/10/2011, les Mutoi Farani (Gendarmes) auraient mis la main sur « 3090 pousses de paka dans des serres sous-abri à Papeari… sur indications  anonymes adressées à la gendarmerie, et où ? – à Papeari dans deux serres clandestines dissimulées dans un fare (baraque) apparemment abandonné. Ces trouvailles s’ajoutent à un millier de pieds du côté de Faaone (Côte Est) et du quartier de la Carrière à Papara. » Le Médor de la Gendarmerie nationale aura moins de travail, j’espère qu’il aura quand même droit à un repas amélioré après ces prises. La gazette locale du 28 octobre parle de « Cinq interpellations à Tahiti-Faa’a (aéroport), Papeari et Tipaerui (Papeete). Ca donne 313 g d’herbe séchée, un peu plus d’un gramme d’ice, 1626 pieds de pakalolo, une quarantaine de sticks, un peu d’argent liquide, un véhicule, du matériel informatique, deux pirogues d’une valeur de 1 million de Francs Pacifique ». Ah, mais notre président indépendantiste Oscar Tane n’avait-il pas dit qu’il « légaliserait » le pakalolo mais seulement celui vendu aux touristes… ? Mes pieds gonflent… j’ai des chevilles comme un tronc de bananier : je me prends pour qui ?

Après les chevilles, ce sont les doigts qui réclament une pause. Les ans s’accumulent. Portez-vous bien mes lecteurs, Iaorana (salut local).

Hiata de Tahiti

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