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Jean-Louis Beaucarnot, Nos ancêtres étaient-ils plus heureux ?

Alors, c’était mieux avant ? Bof, nous dit l’historien généalogiste médiatique en étudiant systématiquement tous les domaines de l’existence.

L’espace était très fermé, cantonné au village ou au quartier. Si les immigrés ne posaient pas problème, le gars du village voisin était déjà un « étranger ». Les colporteurs, baladins et forains étaient bienvenus mais on s’en méfiait d’office. D’ailleurs, la langue restait locale et les parlers régionaux étaient marqués, on ne se comprenait pas parfois d’une vallée à l’autre. Pour voyager, seuls les pieds comptaient ; les chevaux étaient les Rolls des riches. Plus tard, les patches et autres diligences étaient inconfortables et versaient souvent dans les chemins boueux ou défoncés. Ce n’est que le chemin de fer, à la toute fin du XIXe, qui réduira les distances !

Les maisons étaient bâties par le collectif villageois et le confort était minimal : cheminée en pierre mais murs de terre et de paille, terre battue par terre et les poules qui venaient fienter sur la table et picorer les restes, comme les chiens et les cochons. C’était mal isolé des vents coulis, sombre et enfumé, glacial l’hiver. Le feu était le centre d’attraction pour la cuisine, le confort et la veillée. On dormait à plusieurs dans les lits pour avoir chaud et les couples s’ébattaient aux oreilles de tous. En revanche, tout était usé jusqu’à la corde, tout objet récupéré et la chandelle, faite du suif des bœufs ou de la graisse de cochon faisait l’objet d’économie de bouts de chandelles.

La société était équilibrée et hiérarchisée. Chacun sa place (et les vaches étaient bien gardées), l’homme aux champs et la femme au potager, le mâle à la foire et la femelle aux petits. La famille était obligatoire, rassemblant souvent trois générations sous le même toit, et le divorce rarissime (condamné par l’Eglise). Mais on mourait jeune, les hommes par accident ou guerre, les femmes en couche. Le célibat était très mal vu et les mœurs déviantes valaient le bûcher. Le curé surveillait tout, des fornications hors mariage à la pollution des culottes. Chaque âge avait ses tâches, dès 7 ans, et des rites de passage marquaient la maturité progressive (baptême, première communion, certificat d’études, service militaire, mariage). Tout était clair et prévisible. Mais aucune sécurité sociale ni aide en cas de chômage : qui ne travaillait pas ne mangeait pas. Les hospices religieux recueillaient les vieux et les malades délaissés.

L’individu n’existait pas, sauf à rendre compte de ses « péchés » au moment d’accéder à « l’autre » monde possible. Tout se faisait collectivement, au vu de tous. Critique et médisance, querelles de voisinages et de clochers rythmaient la vie sociale. Les gars se battaient dès l’enfance comme dans la Guerre des boutons et les jeunes se tabassaient au bal pour un regard ou une parole, ou pour une fille. Aucun papier, sauf au XIXe le livret militaire (pour les hommes seulement) et un droit de vote quasi inexistant jusque vers la fin du même siècle (les femmes en 1945 seulement). Les noms de famille ne se sont fixés progressivement qu’à partir de la fin du Moyen Âge, calqués sur les surnoms le plus souvent, ou les lieux de provenance ; les noms qui sont prénoms dénotent des enfants trouvés. Longtemps l’habit a fait le moine et l’on se vêtait selon sa condition. La chemise longue et les braies sans aucun sous-vêtement ont été la vêture traditionnelle, une pèlerine l’hiver. Seuls les riches avaient une garde-robe plus fournie et la mode est venue de la ville.

Question hygiène, on se lavait peu par peur du froid et de l’eau croupie. Une lessive dominicale à la belle saison mais l’hiver, quand l’eau était gelée au lavoir, on ne se changeait pas. La maladie frappait là où elle voulait et les épidémies emportaient souvent la moitié d’un village. On se soignait selon la tradition, c’est-à-dire selon des remèdes de bonne fame (rien à voir avec les bonnes femmes, sinon que les « grand-mères » accumulaient le savoir) : le mot « fame », passé direct en anglais, signifiait la réputation. Les médecins des villes étaient des charlatans comme sous Molière, jusqu’à la révolution hygiéniste du XIXe. Les chirurgiens apprenaient sur les animaux de la ferme avant de se former durant les guerres de la révolution et de l’empire. Seul Dieu et les saints étaient le recours. Dieu restant le plus souvent indifférent, les saintes et saints étaient plus accessibles et chacun avait sa vertu. Y croire était déjà un début de guérison. Les campagnes n’étaient pas plus sales que les villes où l’on jetait son pot de chambre par la fenêtre pour emmerder les gens.

L’argent était rare, le troc roi. On produisait en général pour sa subsistance, n’achetant que le nécessaire, souvent les pots et le métal. Des chapons mais pas de TVA dit l’auteur, beaucoup d’impôt mais aucun à la source, tous affermés à des collecteurs qui se servaient au passage. La terre était le patrimoine le plus valorisé ; elle pouvait même anoblir le commerçant enrichi. Le travail était requis de tous mais le chômage rare, surtout à la campagne où il y a toujours à faire. Les jours fériés, la plupart religieux, faisaient que si « les vacances » n’existaient pas, on ne travaillait guère plus qu’aujourd’hui.

L’éducation se faisait à la dure et la tendresse était rare, même marmot : pas le temps pour ça et une mortalité infantile effarante. La vie était rude et les mœurs en rapport. Catéchisme et école communale exigeaient le par-cœur ; on faisait honte aux mauvais élèves par le bonnet d’âne et l’on récompensait les bons par des images en couleur (trésor en ces temps sans télé). Les loisirs étaient la fête au village, aux mariages, à la moisson, à Noël, à la tue cochon… Tout était prétexte à danses, chansons et beuveries. Les ripailles étaient alors de rigueur. Les « sports » étaient proches des nôtres : la soule pour le rugby, la paume pour le tennis, la crosse pour le golf, les joutes nautiques et la boxe (sans les règles).

Le climat général était à la violence et à l’insécurité. On se méfiait du coin d’un bois comme de la ruelle sombre, malandrins et chauffeurs volaient, violaient, torturaient, pillaient sans vergogne, entraînant souvent mort d’homme (ou de femme). La justice la plus équitable était celle de la Bible : la loi du talion. Le vol était puni le plus, les galères pour un pain. Pour le reste, les chicanes et procès pour un bout de terrain et les querelles de voisinage étaient légion. Le jugement de Dieu, au Moyen Âge, permettait à la justice des hommes de se défausser : qui tuait l’autre avait raison, qui surnageait plongé ligoté dans le fleuve était béni, la sorcière qui sortait du feu intacte prouvait qu’elle était une sorcière… Déjà il y a des siècles, « il n’y avait plus de saisons » : canicules et gels alternaient, tempêtes et inondations, surtout au « petit âge glaciaire » entre 1300 et 1860 environ. Le « grand hyver » de 1658, de 1709, de 1795, la canicule de 1765 (40° centigrades à Paris le 6 août).

La société d’avant était dominée par la peur. Celle du lendemain mais surtout celle de la mort. On se réfugiait dans la religion et dans la superstition (pas 13 à table !). Les gens étaient impudiques, n’hésitant pas à pisser dans la rue même en tenant la main d’une dame, mais très susceptibles aux regards d’autrui. Il faut dire que, constamment, tout le monde surveillait tout le monde, médisait, critiquait, jaugeait, méprisait. Les « réseaux sociaux » de notre temps reprennent ces vieilles pratiques de l’humanité envieuse et mesquine. Comme hier, il vaut mieux peu parler et peu montrer, même si la drague ne se fait plus par baffes et pinçons du gars à la fille pour dire qu’elle l’intéresse.

Au total, non, « ce n’était pas mieux avant » – c’était différent. Si l’on n’était jamais seul, on n’était jamais libre. Il fallait être conforme sous peine de farce et charivari, voire exclusion et rejet. Le monde était étranger et les informations ne parvenaient que plusieurs semaines après. Cela ne rendait pas plus sage, mais résigné.

En bref un bon livre qui fait le point sur les siècles passés et montre que seule la révolution industrielle a permis de mettre fin à l’enclavement des humains et des mentalités. La révolution numérique que l’auteur pointe à peine, comme la révolution écologique que l’auteur ignore entièrement, apparaissent à la fois comme favorisant l’individualisme le plus extrême et les comportements communautaristes au conformisme social le plus accentué. Un progrès ? Pas si sûr…

Jean-Louis Beaucarnot, Nos ancêtres étaient-ils plus heureux ? 2017, J’ai lu 2019, 480 pages, €8.10

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Oulan Bator visite

Nous allons ensuite visiter sous le soleil le temple Choijin Lama, érigé par maître Ombo, un Bonnet Rouge, en 1904. Dans le temple principal sont conservées deux momies des « Chuchen lamas ». Des dépouilles animales et humaines (imitation) pendent aux murs au-dessus des fidèles. Tout cela est destiné à faire peur et à inciter les gens à réfléchir au mal. Les bols faits de crânes humains et les flûtes en tibia servent aux moines à apprivoiser la mort en réduisant les restes du corps au rang d’objets utilitaires dénués de toute charge émotionnelle. Un sanctuaire figure Bouddha entouré de ses disciples et de ses 16 élèves célèbres.

Un certain Hva san était roi d’un territoire chinois en même temps qu’élève du Maître. Il était réputé lapiner et est représenté avec huit enfants dans les bras ou grimpant sur ses épaules et ses genoux. Voilà un être compatissant pour la vie qui grouille et se développe. Qu’en a-t-il été à l’adolescence de tous ces petits ? Des rivalités, des querelles, des déchirements pour l’héritage ? « La vie » n’est pas toute de merveille et son caractère sacré ne lui ôte nullement ses travers. Seule l’éducation et la discipline permette de l’apprivoiser et d’en faire une œuvre digne de l’homme – tel est peut-être le message du Bouddhisme. Mettre au monde et élever comme des agneaux tant d’enfants ne se conçoit que si l’on en fait des hommes, c’est-à-dire que l’on ne se contente pas de les nourrir et de les caresser mais aussi de leur enseigner le comportement juste et un savoir étendu, façonnant leur caractère par l’exemple et la contrainte. L’enfant n’est ni ange ni page blanche, tout gracieux qu’il soit à l’état naturel. Le but de l’éducation est de révéler ce qu’il a de meilleur en lui, de plus digne de la conception que la société se fait de l’homme.

Le palais Bogd Khan est le palais d’hiver. Construit entre 1893 et 1903, il est défendu symboliquement par les quatre Gardiens terribles. Le plus virulent a la chair bleue « parce qu’il a bu trop de vodka » selon le commentaire passablement acide de Solongo. Mais le bleu porte bonheur dans l’univers bouddhique car il est la couleur du ciel. Les thangkas du palais sont « de style mongol ». On distingue ce style des autres par ses couleurs crues et naïves, les nomades, peu confrontés à la presse des cités, n’étant pas habitués à aimer les nuances.

Dans la symbolique bouddhique, le bleu est le ciel et signifie « vérité éternelle », le rouge est « bonheur et ténacité », le jaune « vie toujours renaissante » comme le soleil, le blanc « bonté, humanité et bienfaisance » et le vert « croissance et fertilité ». Vingt-quatre femmes étaient au service du Khan pour lui broder ces thangkas au temps béni de l’ancien régime.

Aujourd’hui, fini l’artisanat. L’industrie à touristes prend son essor, alimentant les boutiques de chaque « musée » de souvenirs comme à Lourdes ou chez Mickey, réalisés à la chaîne aux Indes ou en Chine. L’argent se gagne à coup de règlements sur les visites des « monuments » (récents ou rebâtis depuis 10 ans) et surtout sur le droit de prendre des photos. Quant aux boutiques, qui devraient être l’essentiel du commerce à destination touristique, elles alignent l’artisanal et l’industriel en vrac, sans présentation ni ventes annexes.

Zanabazar reste « le » sculpteur mongol et sa Tara verte, dont une statue trône dans une salle du palais, serait, selon le guide, son idéal féminin de la « dame de quarante ans ». Ménopausée, elle n’aurait plus ce handicap de porter régulièrement des enfants et pourrait se consacrer pleinement à la sagesse épanouie, au plaisir et à l’entretien de son corps, selon les trois étages de l’humain. Ce n’est pas si mal vu et le résultat en bronze est aguichant. On reconnaît l’âge à la fleur de lotus ouverte sur son épaule ; à l’inverse, la femme de 16 ans (que pour ma part je préfère) n’est pas encore spirituellement mûre car elle ne porte qu’une fleur en bouton.

Dans le bâtiment-musée qui conserve les vieux objets d’ancien régime, le nombre de coussins sur les fauteuils marque le rang de chaque dignitaire. En général de quatre à six, la Reine, telle la princesse au petit pois d’Andersen, en supportait 24. Il ne fallait pas que son auguste cul sentît la dureté du bois du siège. De même pour son royal corps de chair : une couronne en « black fox » selon l’étiquette (renard noir) couvrait son front, et un manteau de « sable’s skin » (fourrure de zibeline) ses épaules. Une yourte royale, composée de 150 peaux de léopard est élevée au rez-de-chaussée. Elle date de 1893, cadeau au Huitième Bogden Gegen Jivzundamba.

Nous terminons les visites par le Tzaisan, la colline soviétique.

C’est un monument aux combattants, une masse de béton kitsch aux mosaïques sérieuses et populaires, glorifiant la libération du nazisme par les vaillants soldats portant les lettres CCCP sur le casque. Le nazisme, si loin de Berlin et même de la Russie ?

Une plantureuse blonde se jette dans les bras d’un vainqueur aux sourcils froncés tandis qu’un petit blond qui pleure est consolé par un Prolétaire. Cette touchante réécriture de l’histoire concerne si peu la Mongolie que le monument sert de colline de jeu aux enfants et de but d’excursion aux familles citadines.

Montent de petits garçons vifs et minces, la peau tannée par un soleil qui sait se faire ardent et le vent qui souffle assez fort en cette fin d’après-midi, se coulant depuis la montagne dans la petite vallée surchauffée.

Un gamin a ôté son tee-shirt pour grimper plus à l’aise, petit mâle vigoureux qui veut en remontrer à ses sœurs et à son tout petit frère. Beaucoup de bébés montent sur les épaules de leurs parents. Les enfants, en Mongolie, paraissent bienvenus et choyés.

Près d’un million de Mongols vivent désormais dans la capitale, sur 2,7 millions dans tout le pays. L’exode rural a été intense après la chute du communisme, mais les années de sécheresse 2000 et 2001 et le chômage ont renvoyé dans les steppes une partie des ex-éleveurs malgré les quelques 6 millions de bêtes mortes de soif durant ces années néfastes. Il reste que la sédentarisation et l’urbanisation avancent avec l’ouverture au reste du monde, ici comme ailleurs, et qu’il faut bien trouver des distractions à ceux qui vivent et travaillent en ville. Mais l’on doit constater que l’esprit critique n’est pas plus développé ici que le sens du commerce.

Le dîner a lieu dans l’autre tour de l’hôtel. Le restaurant a été nommé « Aux Enfants de l’Arbat » en référence au roman du Russe Anatoly Rybakov, publié durant la perestroïka. Nous sont servis un œuf au œufs de lump, un morceau de poisson pané aux riz et pommes de terre (mariage de la Russie éternelle avec la Chine non moins éternelle), et une coupe de glace qui ne parait pas avoir trop souffert des coupures épisodiques de courant à Oulan Bator.

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El Niño le retour

El Niño se confirme en Polynésie pour 2015, attendu de « modéré à fort ». La mer est à hauts degrés et va le rester jusqu’à la saison chaude 2015-2016.

Rappelons que ce petit garçon, nom par lequel les Péruviens nomment l’Enfant Jésus, est un phénomène climatique attesté depuis le 16ème siècle.

L’oscillation australe environ tous les 3 ou 4 ans, due à la modification du trajet des vents alizés, apporte de l’eau chaude à Noël sur les côtes sud-américaines. La montée des nuages sur le Pacifique font pleuvoir de façon torrentielle au Pérou tandis que les cyclones balayent la Polynésie et que l’Indonésie connait la sécheresse.

el nino

Les températures mensuelles de surface de l’océan sont déjà plus élevées qu’au cours de la saison 2014-2015, égales ou supérieures à 28°9 C. La température de surface de la mer dans la boîte Niño 3.4 affiche une hausse de + 1.6° C. Tous les climatologues s’accordent à dire que l’océan Pacifique équatorial présente des conditions d’un El Niño. D’après Météo France la Polynésie sera soumise, pendant la saison chaude et cyclonique allant de novembre à avril aux impacts de ce phénomène. L’intensité est annoncée modérée à forte (pour le moment), les précisions ne pourront être apportées qu’à la fin de la saison fraîche.

Un rappel des souvenirs El Niño en Polynésie : En 1997, le phénomène El Niño avait atteint une amplitude exceptionnelle et c’était poursuivi en 1998. Début novembre 1997, le cyclone tropical Martin a frappé l’atoll de Mopelia puis passa à l’est des Australes. Ce Martin est responsable de la mort de 9 personnes sur l’atoll de Bellinghaussen submergé par la marée de tempête.

Fin novembre 1997, le cyclone Osea passe au nord des Australes, à l’est de Rapa, provoque des dégâts à Bora, mais c’est à Maupiti qu’il frappe le plus fort avec 95% des infrastructures de l’île détruites.

Le dernier cyclone ayant frappé la Polynésie est Oli, pendant un épisode El Niño en février 2010, le bilan faisait état de un mort, un blessé grave, six blessés légers, 4 813 personnes évacuées et 374 habitations détruites ou endommagées essentiellement dans l’archipel des Iles Sous le Vent. Prudence donc pendant la prochaine saison chaude !

robbie madison surf en moto

Cela n’a pas empêché un crossman australien de surfer – à moto – la vague de Teahupo’o ! Robbie Madison, c’est son nom, a 34 ans ; il est le seul à avoir osé et réussi cet «exploit » avec (pour les spécialistes) une KTM 250 munie de palmes (!) lui permettant de se maintenir à flot. Peut-être les puristes du surf n’apprécieront pas cette « performance ». Le sponsor était la marque DC Shoes. Le photographe pour immortaliser la chose était Tim Mc Kenna. Une vidéo a été (évidemment) tournée sur les sites de Papara et Teahupo’o.

[Où est la beauté de la glisse en surf dans cette machinerie brutale de ce Mad ? Où serait son « exploit » sans la vidéo pour le montrer ? Le narcissisme contemporain ne cherche pas à tester ou dépasser les limites, il vise avant tout à se faire voir. Nous sommes dans la société du spectacle où tout ce qui n’est pas mis en scène et diffusé n’existe pas. / Note Argoul]

Hiata de Tahiti

Le site de la météo sur le phénomène climatique El Niño

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Peter Robinson, Saison sèche

1999 Peter Robinson Saison seche

Un été de grande sécheresse, l’un des trois lacs réservoirs du Yorkshire découvre le village enseveli depuis 1953. Un jeune garçon aventureux l’explore, cherchant le Talisman de son monde magique. Il grimpe sur un appentis au toit de schiste encore debout et puis… Voilà que le thriller commence.

Cela fait 7 ans que l’inspecteur divisionnaire Banks est en poste à Eastvale. Sept ans de bonheur. Mais l’auteur se doit d’expliquer pourquoi un enquêteur si talentueux stagne au même poste dans une campagne perdue. Il fait donc s’abattre sur le pauvre inspecteur une série de revers qui permettra à son inventeur de le garder en place…

Le Chef du poste a changé, l’amical Grinsthorpe a cédé la place à l’ambitieux Riddle. Banks a mouché l’incompétent lors d’une précédente enquête. Est-elle publiée en français ? Le côté dilettante de l’édition française pique ici ou là dans une œuvre, sans voir que le roman policier anglais fonctionne par série : le jeune policier s’affirme et devient inspecteur, le lecteur voit ses enfants grandir. C’est ce qui fait le charme des Grands Détectives 10/18 – mais Christian Bourgois a su donner à cette collection de vrais directeurs, pas une série d’amateurs comme Albin Michel.

Le gamin aventureux du village englouti sent le toit s’écrouler sous lui. Il s’effondre dans la fange, corps et bras plongés dans la boue visqueuse. Deux dalles de schiste qui glissent l’évitent de peu. Le cœur affolé d’y avoir échappé, le garçon s’extirpe de la terre, ses doigts agrippent quelque chose. Il s’agit d’une main humaine toute racornie !

gamin torse nu ete

Banks a été relégué depuis des mois à la paperasserie pour avoir embarrassé son chef direct. Sa femme Sandra l’a quitté après 20 ans de mariage. Ses enfants sont grands, son fils Bryan réussit à peine son diplôme pour se lancer dans la musique. Banks a dû déménager, il a trouvé à se réfugier dans une fermette du 18ème siècle à restaurer, à l’écart d’un village. Il vit en ours, se soûle la gueule et fume trop, ses amis l’abandonnent. Mais c’est lorsque le haineux Riddle lui confie l’enquête sur ce mort depuis 1953 au moins, qu’il se requinque.

Plongée dans les profondeurs – tout le roman est dans le symbole. Profondeurs du village englouti, où il se passait de drôles de choses sous les apparences ; profondeurs de l’histoire entre 1940 et 1945 où Britanniques et Américains, mobilisés pour la même cause, fraternisaient à coup de whisky, de musique et de queue (dans cet ordre) ; profondeurs d’imagination d’un garçon de 13 ans qui fouille la réalité à la recherche du Mythe, sans bien faire la distinction entre les deux en cette ère vidéo ; profondeurs psychologiques d’Alan Banks, déstabilisé par son divorce, ses enfants émancipés et par sa carrière qui a pris de l’eau ; profondeurs d’Annie Cabot, major relégué dans un bled, ex-fille de hippies, yogi et végétarienne ; profondeurs de Jenny Fuller, psychologue amie de Banks, partie vivre le grand amour et enseigner en Californie, où son amant l’a délaissée pour des « pétasses blondasses » de 20 ans plus jeunes…

Nous avons donc un cadavre, une enquête qui frise la recherche historique, un auteur de romans policiers comme témoin et l’histoire personnelle de Banks comme support. Le tout se noue et se dénoue non sans rebondissements ! Le squelette trouvera son nom, l’assassin sera identifié et puni, ce qui permettra à l’auteur de dire toute l’horreur qu’il pense de certaines peines. Peter Robinson, auteur d’une vingtaine de thrillers, sait se renouveler.

A vous donner envie d’aller passer l’été dans le Yorkshire pour se pénétrer des paysages tourmentés et des gens compliqués, taiseux de nature.

Peter Robinson, Saison sèche (In a dry season), 1999, Livre de Poche 2006, 544 pages, €6.75

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Écologie polynésienne

En Polynésie française, la température moyenne a augmenté de 1°C, le niveau de la mer est monté de 7cm à Tahiti en 30 ans ; un habitant polynésien émet 3 tonnes de CO² par an. L’objectif du gouvernement serait de présenter un échéancier au sommet de Rio en juin 2012… afin d’obtenir des financements. Pour le moment, on discute pour savoir qui tiendrait le crayon et qui la calculette, à savoir qu’aucun des deux instruments n’est acheté pour le moment par manque de sous.

Pakaihi i te moana, ‘respect des océans’ en marquisien est le nom d’une campagne d’exploration des richesses des eaux autour des îles Marquises. Elle s’effectue par des scientifiques à bord du Braveheart, navire océanographique néo-zélandais. On savait déjà que les eaux marquisiennes détenaient les taux d’espèces endémiques les plus impressionnants de la région Indopacifique.

Chaque expédition a un but bien défini :

  • premier thème, les scientifiques tenteront de comprendre pourquoi les espèces endémiques des Marquises ne colonisent pas d’autres archipels
  • deuxième thème, la faune et la flore fixées
  • troisième thème, explorer les grottes et profondeurs
  • dernier thème, les espèces pélagiques du large.

Un premier bilan dressé par les scientifiques indique que de nouvelles espèces endémiques ont été découvertes ainsi que des espèces à ce jour jamais référencées dans cette zone. Une densité est très importante à certains endroits de perroquets, de becs de canne et de carangues. Parmi ces nouvelles espèces, un poisson perroquet et un mérou tacheté dont la taille n’excède pas les 50 cm. Il semble que le taux d’endémisme se situe entre 12 et 15%, taux rarissime, qui situe l’archipel au niveau d’Hawaï et de la mer Rouge. Les scientifiques pensent à un endémisme récent avec des espèces arrivées ici. Elles auraient évolué différemment ou alors auraient muté en raison de l’éloignement de l’archipel. Ce dernier aurait pu créer une sorte de barrière océanique.

Il ne faut pas oublier que l’environnement des Marquises est particulier : il n’y a pas de lagon.

Il faut se hâter de transmettre les savoirs traditionnels. Les vieux sont réticents à donner, ou à écrire leur savoir… Attention, le temps presse et il faudrait à tout prix éviter la disparition de ces connaissances. Tout tourne autour du « secret ». Car transmettre, c’est aussi se dessaisir de ses connaissances au profit d’autres ! Il est grand temps de trouver une solution.

Le savoir traditionnel sur la biodiversité doit être recueilli. Le cri de l’arevareva (coucou migrateur) qui vit habituellement dans les bambous des vallées du fenua annonce une période de sécheresse. Les vini (petits oiseaux de différentes espèces importées) qui se posent indiquent la survenue d’un danger imminent venant de la mer, tel un tsunami. Toute cette tradition d’observation animale devrait être mise en valeur !

Hiata de Tahiti

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Chaud Tahiti

Pour la saison chaude 2011-2012, le risque cyclonique serait plutôt faible à cause ou grâce à la Niña, 23%. Si Madame Météo intègre des risques de dépressions tropicales, on atteint 56%, un taux légèrement plus élevé que l’an passé. Restez chez vous et attendez la fin de la saison chaude, touristes. Bien entendu si vous désirez vous mesurer à un cyclone, come with us you are welcome ! Nous sommes en tenue légère, comme vous voyez.

Si risque cyclonique il y a, alors les Australes, les Gambier, pourraient recevoir la visite de cyclones, on parle aussi des Iles du Vent (Tahiti, Moorea). Cool, rien de grave, on est habitué à voir sa toiture prendre le large.

La sécheresse perdure. Il y a un déficit pluviométrique essentiellement aux Iles du Vent, aux Tuamotu, aux Gambier. Il en est tombé deux à trois fois moins qu’en saison moyenne. C’est normalement durant ces six mois que 70% des pluies annuelles sont recueillies. Météo France qualifie cette saison de « sécheresse exceptionnelle ». Records battus : Faa’a 371 mm contre 674 mm, Rikitea (Gambier) 426 mm contre 581 mm pour les records précédents.

Est-ce la saison ? Tout le monde a noté la « petite phrase » de notre Oscar Temaru, Président du Territoire : « Tous les présidents de la République sont dignes de passer devant la cour internationale de justice. C’est pour cela que je vais à New-York. La France ne respecte pas les Polynésiens. »

 J’avais retenu que la Cour internationale était à la Haye (Gravenhage aux Pays-Bas) et qu’à New York était l’ONU. Ma mémoire me trahit-elle ou y a-t-il eu des changements dont on ne m’a pas avertie ?

Je devrai retourner à l’école du pays, peut-être…

Autre échec d’Oscar Tane, celui de la demande de prêt de 5 milliards de FCP auprès de la CPS (SS).

Mais inauguration en grande pompe du tunnel d’un kilomètre de long sur la côte Est. Pour ceux qui ont vécu ou visité Tahiti, il se situe au Trou du souffleur. Ce tunnel serait une idée d’Oscar Tane. Tane est le terme pour ‘Monsieur’ en local. Le ministre de l’équipement James Tane (qui n’est pas le frère du précédent) avait fait une surprise de taille à Oscar : la plaque du tunnel dévoilée, on pouvait lire Oscar Manutahi Temaru. Surprise du président qui n’aurait pas été au courant. Les commentaires fusèrent comme « dans toutes les démocraties du monde, on ne donne pas le nom d’une personne vivante à un lieu, un monument … ». Serait-ce alors l’initiative d’un ministre fayot ? La plaque fut taguée un ou deux jours après l’inauguration.

Au fait, d’après le correctif du ministre il aurait fallu lire « O manutahi i te maru o te Anahoho ». Mais alors il aurait fallu l’indiquer avant le taggage de la plaque. Merci au lexique du Tahitien contemporain pour entendre la traduction : «  Tel un oiseau aux ailes déployées ombrageant la rivière Anahoho. » C’est pas beau ça ?

Les grandes causes se traitent à Papeari. Sans Papeari, la Polynésie ne serait rien… Après le dépôt de munitions, le chenil, le dépotoir, le moto-cross et bientôt la prison, c’est là, au pied du cimetière, qu’une société est venue construire un serpent de mer qui, une fois terminé, fut tracté jusqu’à l’atoll de Tetiaroa. Il s’agit de la canalisation immergée du Sea Water Air Conditionning  du futur hôtel « The Brando » a été plongée à une  profondeur de -960m, nouveau record mondial. Alors qui oserait dire qu’à Papeari, il n’y aurait que des ploucs ?

Le pakalolo, ça pousse bien et ça rapporte bien. Le pakalolo c’est le lait du rêve, la résine de cannabis… D’après la gazette locale, ‘La Dépêche de Tahiti’ du 26/10/2011, les Mutoi Farani (Gendarmes) auraient mis la main sur « 3090 pousses de paka dans des serres sous-abri à Papeari… sur indications  anonymes adressées à la gendarmerie, et où ? – à Papeari dans deux serres clandestines dissimulées dans un fare (baraque) apparemment abandonné. Ces trouvailles s’ajoutent à un millier de pieds du côté de Faaone (Côte Est) et du quartier de la Carrière à Papara. » Le Médor de la Gendarmerie nationale aura moins de travail, j’espère qu’il aura quand même droit à un repas amélioré après ces prises. La gazette locale du 28 octobre parle de « Cinq interpellations à Tahiti-Faa’a (aéroport), Papeari et Tipaerui (Papeete). Ca donne 313 g d’herbe séchée, un peu plus d’un gramme d’ice, 1626 pieds de pakalolo, une quarantaine de sticks, un peu d’argent liquide, un véhicule, du matériel informatique, deux pirogues d’une valeur de 1 million de Francs Pacifique ». Ah, mais notre président indépendantiste Oscar Tane n’avait-il pas dit qu’il « légaliserait » le pakalolo mais seulement celui vendu aux touristes… ? Mes pieds gonflent… j’ai des chevilles comme un tronc de bananier : je me prends pour qui ?

Après les chevilles, ce sont les doigts qui réclament une pause. Les ans s’accumulent. Portez-vous bien mes lecteurs, Iaorana (salut local).

Hiata de Tahiti

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Le Clézio, Trois villes saintes

Ce sont des villes antiques, aztèques ou mayas, que Le Clézio chante durant son trip mexicain des années 1970. Tout tourne autour des dieux morts, ceux qui faisaient venir la pluie, sans laquelle nulle vie n’est possible. Les envahisseurs blancs ont vu, sont venus, ont vaincu, et la sécheresse s’est installée avec la fin des hommes. Mais, pour Le Clézio, les lieux terrestres où sont nées les civilisations, ne sauraient mourir. Ils attendent. Qu’un autre peuple ou d’autres circonstances permettent la renaissance.

Chancah, Tixacacal et Chun Pom sont pour lui de ces villes matrices. Les forces qui les ont fait naître ne sont qu’endormies et des « soldats » veillent pour faire revenir la vie. Le style « années 70 » de l’auteur est une longue incantation sur le mode agaçant du « on ». L’impersonnel d’une force qui va, le « mouvement social » dans toute son acception d’époque. Alternent la prose en phrases longues au vocabulaire basique (l’une d’elle fait 4 pages !), ponctuées de virgules, et des inserts de textes indiens anciens tirés des prophéties du Chilam Balam. L’auteur adore faire rouler les sonorités des noms étrangers, ou les éparpiller visuellement sur la page.

« La nourriture et la boisson sont le seul langage des dieux, la seule réponse aux prières » p.35. Selon Karl Marx – doxa 1970 revue par Le Clézio étranger dans sa société : les biens matériels sont la base du désir spirituel. La vérité, la liberté, c’est l’eau venue du ciel et qui irrigue les champs et la forêt comme les gosiers des hommes. La « conscience » n’attend pas ni n’exige. « Elle ne juge pas. Ce qu’elle demande, comme cela, muettement, avec orgueil, ce n’est pas vengeance, ni l’argent. Elle est accordée avec le désir des dieux, et elle ne demande que ceci : le pain et l’eau » p.46. Conscience « de classe » ? Ou vieux refrain des années hippies, plus tard constante de la mythologie leclézienne ? Elle est aujourd’hui recyclé en écologie et décroissance : « Les hommes qui ressemblent à la terre, les hommes qui sont pareils aux arbres, les hommes qui ont la peau couleur de terre, les femmes qui ont la peau couleur de maïs, ceux qui ne vivent que par le pain et l’eau ne sont jamais vaincus. Ce ne sont pas les richesses qu’ils désirent, ni le pouvoir sur les terres étrangères. Ils ne cherchent que l’ordre du monde qu’ils habitent, comme cela, obstinément, par le seul pouvoir du regard et de la parole » p.58.

Humilité chrétienne, angoisse malthusienne, fatalité marxiste – ou sagesse séculaire du point trop n’en faut ? Il y a de ces mélanges chez Le Clézio alors trentenaire. Au Sahara, au Mexique, dans les îles, Le Clézio erre, toujours mal dans sa peau. Il observe comment « la civilisation » qu’il hait a stérilisé ou isolé les peuples « premiers ». Et il n’aime pas, préférant l’éternité figée de l’âge d’or aux changements de la modernité, le « retour » des anciennes sources au mouvement historique.

« Là-bas, les hommes dorment sur eux-mêmes, sans rêves, entourés de leurs signes maudits, solitaires, sans défense, au bord des carrefours des routes de goudron, à l’ombre des camions, des hangars, des dépôts. Alors on s’en va, on les quitte, on marche tout seul sur le chemin de poussière, et on approche de la vraie ville vivante, la capitale du pays silencieux, au milieu de la forêt, là où cesse la soif et la fatigue, là où l’on chante, où l’on prie, la ville sainte » p.67. « On » c’est « on » qui parle, le « on est con » de foule anonyme. Qu’est-ce donc pour Le Clézio : une sorte d’instinct ? de sagesse des nations ? une volonté de s’annihiler ?

Choisir l’avant plutôt que le présent, l’éternel plutôt que le vivant, l’identité fixe plutôt que le devenir – ne serait-ce pas là un signe de dépression ?

Le Clézio, Trois villes saintes, 1980, Gallimard, 83 pages, €12.83
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