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Immigration en fait

L’émission des Matins de France culture consacrée à l’archéologie du vendredi 10 décembre a tendu à « prouver » qu’il existait des communautés étrangères sur le territoire aujourd’hui national (hier ouvert) tels les Grecs à Marseille au Vie siècle avant, les Juifs à Lyon au IIIe siècle de notre ère et les Musulmans au VIIIe siècle dans les villes du sud-ouest. Certes – mais qu’est-ce que cela prouve ? Que le territoire est un lieu ouvert où certaines minorités arrivent et repartent, parfois s’enkystent, tout en restant minorités.

Le problème n’est pas de nier l’immigration dans l’histoire, le problème est le stock d’origine immigrée AUJOURD’HUI. Deux études récentes de l’institut Montaigne ici et synthétisent des notes de l’INED et de l’INSEE qui sont rarement citées, de peur de « faire le jeu » du racisme et autres billevesées de la gauche « morale ». Je vous incite à aller voir les sources, c’est toujours mieux que les commentaires. L’immigration est un FAIT qu’il faut examiner en tant que citoyen, si possible rationnellement. C’est au contraire en posant un tabou idéologique au prétexte de « vertu » sur ce fait que l’on exaspère les radicalités et que l’idéologie (donc le mensonge ou l’illusion) prend le pas sur l’observation.

Aujourd’hui, plus d’un cinquième de la population est directement issu de l’immigration récente (immigrés et enfants d’au moins un parent immigré). Les étrangers sont 7,6 % en 2020, soit 5,1 millions de personnes (dont 4,3 millions d’immigrés et 0,8 million de personnes nées en France) auxquels il faut ajouter environ 400 000 clandestins et déboutés non renvoyés.

Les titres de séjour valides ont augmenté nettement depuis trente ans avec un stock 3,5 millions fin 2020 et un flux de 219 000 sur l’année. Il faut noter qu’il s’agit très majoritairement d’Africains (58 %). Les demandes d’asile d’un peu plus de 150 000 par an depuis la fin des années 2010 et leur taux d’acceptation d’environ un tiers concernent l’Afghanistan, le Bangladesh, l’Albanie et la Géorgie, l’Afrique subsaharienne.

La contribution des femmes immigrées à la fécondité est de près d’un cinquième des naissances 2,60 enfant par femme contre 1,77. En 2020, l’immigration a représenté plus de la moitié de l’accroissement de la population. Il y a deux fois plus de jeunes de moins de 18 ans d’origine immédiatement étrangère (immigrés et enfants d’immigrés : 22 %) aujourd’hui qu’à la fin des années 1960 (11 %). La population immigrée totale (y compris Français) comprend 47,5 % d’origine africaine et 29 % originaires du Maghreb – ce qui se voit immédiatement dans la rue et à l’école. Ce serait niais et hypocrite de faire comme si de rien n’était.

L’acceptation se fait, mais plus lentement que les flux, ce qui explique les « réactions », notamment populaires. Donc la propension à voter Rassemblement national ou à louer Zemmour (lui aussi issu de l’immigration mais « assimilé »). Notamment dans les deux régions qui accueillent plus de 10 % d’immigrés, l’Île de France (où vivent près de 40 % des immigrés) et PACA.

L’intégration est plus difficile pour l’immigration récente que pour les immigrations d’hier et d’avant-hier car le maintien de la culture d’origine est facilité par la permanence des flux et les moyens modernes d’information, de communication et de déplacement. Ce pourquoi « l’assimilation » à la Zemmour est un mythe qui fait peut-être vibrer les « anti » mais qui a peu de chance de s’avérer. Il faut faire avec les réalités. De plus, les structures traditionnelles de socialisation (associations, syndicats) ne jouent plus leur rôle et sont remplacées par des communautés religieuses. Dont l’islam, dont sont issus la plupart des terroristes depuis trente ans – ce que l’interminable procès de ceux du Bataclan remémore tous les jours, en pleine campagne présidentielle.

Les comparaisons internationales montrent que la situation migratoire française se situe dans la moyenne – sauf sur ce point de friction politique crucial : le très faible taux de reconduite à la frontière par rapport au nombre de décisions d’éloignement prononcées (23 %, contre 44 % en moyenne européenne dont 89 % en Allemagne et au Royaume-Uni). Il y a donc un laxisme exécutif français du à une véritable lâcheté politique pour « faire comme si » l’immigration était officiellement maîtrisée mais officieusement laissée à elle-même. Ce qui n’est PAS le cas dans les pays voisins.

L’impact à long terme des migrations sur la richesse par habitant est neutre selon des études de l’OCDE. En France, l’effet serait même légèrement négatif en raison de notre immigration peu qualifiée, avec un taux de chômage important. Les immigrés contribuent moins en impôts et cotisations sociales alors que le système français est très redistributif.

Reste que la population française déclinerait, comme dans les pays européens en général, s’il n’y avait pas l’immigration, posant un problème de financement des retraites. Mais c’est parce que le système actuel finance les retraités avec les actifs ; il suffit d’introduire des fonds de pension (éventuellement gérés par l’Etat) pour que la question ne soit plus un véritable argument.

Si la proportion des immigrés dans la population à 12,8 % est inférieure à la moyenne de l’OCDE de 13,6 %, la France reste, du fait de son héritage migratoire, la première nation européenne pour la population totale d’origine immigrée : 26,78 %. Plus du quart : la population change, la culture change, le quotidien change. Pourquoi refuser de le voir ?

Pourquoi dénier les problèmes que cela pose, notamment sur le niveau scolaire – et les moyens qui devraient donc aller avec ? Pourquoi continuer d’accepter une immigration massive, à faible qualification, qui coûte plus qu’elle ne sert, tout en exacerbant les antagonismes culturels et religieux ? Pourquoi chercher ailleurs la MEFIANCE qui, bien plus qu’ailleurs, caractérise le citoyen français face à ses pouvoirs publics ?

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Michael R.D. Foot, Des Anglais dans la Résistance

Le credo véhiculé par les gaullistes et par les communistes était que « la » Résistance (à majuscule) était purement française, les « alliés » n’étant qu’accessoires. La vérité des historiens est différente et bien plus nuancée. Michael Foot, auquel on ajoute R.D. pour le différencier d’un politicien, est un historien universitaire de Manchester, ancien officier SAS (Special Air Service) durant la Seconde guerre mondiale. Il a été mandaté au début des années 1960 par le gouvernement anglais pour faire le point des succès et des échecs de l’entreprise de formation et d’armement des groupes clandestins en France, afin d’en tirer des leçons.

Il ne s’agit pas de froisser de Gaulle (encore au pouvoir ces années-là), mais de rendre objectifs des faits complexes, et embrouillés à dessein de propagande. Le livre n’a pas été autorisé à paraître en France par les Anglais du Foreign Office (un éditeur français voulait en acheter les droits de traduction). Il ne le sera qu’en 2008, les passions s’étant apaisée et l’histoire neutre devenant possible.

C’est dire combien « la vérité » importe peu aux politiciens et à leurs partisans. Trump, mettant ses gros pieds dans le plat médiatique avec sa notion de post-vérité, n’a fait qu’actualiser le mensonge pour l’action – cet autre nom de l’idéologie que Nietzsche, Marx et Freud ont théorisée pour notre monde contemporain…

Ce livre épais et érudit est écrit « à l’anglaise », dans ce mélange de citations classiques et de fluidité de conversation ; il se lit avec délices. Il fait le point de façon précise sur ce foisonnement de groupes, groupuscules et d’initiatives venues de Londres comme de France occupée. Il n’occulte en rien les réticences des militaires de carrière, tant anglais que français, envers le travail clandestin considéré comme mineur et ignoble. Il dit le chaos des premières années entre improvisations, querelles d’ego et rivalités hiérarchiques. Il montre les insuffisances de sécurité des Français – criantes ! – l’anarchie initiale des mouvements, la politisation moscovite côté communiste et progressive côté gaulliste, l’échec de Jean Moulin malgré la symbolique.

Ce livre de 800 pages comprend plus de 200 pages d’appendices sur les sources, les noms, les réseaux, les messages BBC, la chaîne de commandement ; il est flanqué de 46 pages de notes dans l’édition française et d’un index de 18 pages. Plus quelques photos en noir et blanc. C’est dire s’il est documenté, étayé et précis. Il est une somme – provisoire car la recherche historique avance comme toute recherche scientifique.

Une première partie décrit les structures du mouvement clandestin ; une seconde fait le récit de ce qui fut réalisé.

La naissance du Special Operations Executive le 16 juillet 1940 est due à la défaite de la France, il n’existait pas avant. Il sera supprimé juste après la guerre, le 30 juin 1946, sa fonction remplie. Il s’occupait de désinformation de l’ennemi, de sabotages, de renseignement – mais surtout d’entretenir le moral combattant de Français abattus par une défaite imprévue et écrasante, et anesthésiés un temps par le conservatisme repentant du vieux maréchal de Verdun. Tout nous est dit sur le recrutement (disparate), la formation (trop rapide) et les communications (handicapées par une technologie lourde et archaïque).

Le récit montre les tâtonnements des années 1940 et 1941, le développement 1942 et la série de fautes 1943-44, avant les succès de juin à septembre 1944 lors des deux débarquements. Les résistants, formés et armés par les Anglais, mais bien Français sur le terrain et voulant en découdre, ont ralenti la progression des divisions vers les différents fronts et ont permis l’ancrage du débarquement de Normandie, malgré des représailles cruelles d’une armée aux abois (Vercors, Tulle, Oradour…).

Complémentaires aux bombardements, mais bien plus précis, les sabotages réussissaient à l’économie ce que la débauche d’aviation et de bombes ne parvenaient pas toujours à réaliser. Mieux : le moral des Occupants a été sévèrement atteint, ce qui n’était pas explicitement prévu : « Le résultat final de ses actions en France (et de celles d’autres acteurs de la guerre souterraine) fut bien de briser la combativité des Allemands dans ce pays. L’influence du SOE à cet égard a été inestimable, au double sens du mot, c’est-à-dire à la fois très forte et impossible à quantifier » p.583. Maitland « Jumbo » Wilson, « l’autre commandant suprême allié qui a opéré en France », « a estimé, sans que cela ait valeur officielle, que la présence de ces forces a abaissé de soixante pour cent l’efficacité au combat de la Wehrmacht dans le sud de la France au moment des opérations de débarquement en Provence » p.588.

Malgré les rodomontades des partisans communistes et des tard-venus « naphtalinés » de la mi-1944, « tout historien attaché à la vérité doit reconnaître que l’influence du SOE sur la résistance française a été importante, parfois même cruciale. C’est grâce à lui que parvinrent à destination des milliers de tonnes d’armes et d’explosifs envoyés pour aider les réseaux. Sans ces livraisons, elle n’aurait pas accompli le dixième de ce qu’elle a accompli » p.92. Chacun a fait sa part, gaullistes, communistes et Américains, mais le SOE anglais fut le plus précoce et le plus constant dans l’aide apportée aux résistants de France.

« En 1941, la section F n’avait envoyé sur le terrain que 24 agents opérationnels ; en mai 1944, elle faisait tourner plus de 40 réseaux, dont la plupart comprenaient plusieurs agents entraînés en Grande-Bretagne » p.496. C’est bien de le rappeler, et mieux de le montrer de façon étayée, en historien plus qu’en histrion. Ce gros livre est un livre de faits, utile à ceux qui veulent savoir, mais plus utile encore à ceux qui veulent comprendre les leçons de l’histoire.

Michael R.D. Foot, Des Anglais dans la Résistance 1940-1944 (SOE in France), 1966, préface et notes de J.L. Crémieux-Brilhac 2012, Tallandier collection Texto, 799 pages, €12.50, e-book format Kindle €4.99

La résistance au nazisme sur ce blog :

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Carantec musée maritime

Entre l’église et la mairie, 8 rue Albert-Louppe, est caché le musée maritime. De l’extérieur, il ressemble à une boutique et les jours de marché il est presque impossible de le découvrir si l’on ne sait pas qu’il est là. En fait, le musée est double : la boutique officielle se trouve sur la droite en allant vers l’église, et l’annexe est juste en face, dans un bâtiment moderne. Ce petit musée ne paye pas de mine, et pourtant, il recèle une mine de choses : des souvenirs de l’ancienne marine à voile ; des souvenirs de la Résistance locale aux nazis.

La vie de la mer est présentée par de vieilles photos, des vidéos, un cormoran empaillé. De jeunes colons du « Roi d’Ys », une sorte de HLM de béton bruyant sur le chemin de la ‘Chaise du Curé’, s’extasient devant le palmipède géant. Un petit blond d’environ 9 ans, étonnamment costaud, roulant des muscles sous son tee-shirt tendu qu’il n’a semble-t-il plus guère l’habitude de porter, semble le chef du groupe. Il parle peu, il donne le ton. Un petit Noir aux grands yeux émerveillés par le volatile semble son lieutenant.

Des cartes postales début de siècle montrent une plage du Kellen fort occupée, mais avec des baigneurs forts habillés – ce qui fait rire les gamins, fort peu vêtus en ce jour d’été. « T’as vu ? y’en a un qui joue au sable avec une cravate ! Y sont tarés, y seraient mieux à poil ! » La vie des goémoniers de l’île Callot est présentée et les questions des petits de fuser : « ça sert à quoi le go-machin ? ça se mange ? cékoi de l’engrais ? pouah ! ça pue ! »

L’’Alcide’ fut un fier corsaire malouin. Sa maquette reconstituée impressionne fort le blond. Las ! Il est venu se briser sur les rochers à l’entrée de la baie de Morlaix lors d’une violente tempête. Juste devant Carantec ; c’était en 1747. Les habitants ont recueilli ce que la mer a rejeté sur les plages, des pêcheurs remontant les casiers et des plongeurs plus récemment ont fait le reste. De nombreux objets du navire figurent désormais dans les vitrines du musée. Tout cela laisse les gamins à peu près indifférents : on n’a pas retrouvé de pistolets et le seul canon récupéré n’est pas ici mais au musée de Morlaix !

Mais comme leur chef ne dit rien, s’attardant à contempler les mâts et les voiles du navire miniature, l’air rêveur, ils tournent autour en grommelant, mais sans quitter la salle. Des maquettes, des panneaux, des outils, expliquent la construction navale, fleuron de Carantec durant plus d’un siècle. Les Carantécois furent marins-pêcheurs côtiers, mais aussi marins de yachts aux beaux temps de la « saison », de Napoléon III à la guerre de 14. Je ne sais, du blond vigoureux ou du Noir étonné, lequel se prénomme David ; ce que je sais, c’est que ledit David est un spécialiste des bêtises pour se faire remarquer et que le moniteur gronde.

Je laisse le groupe de gamins à leurs jeux pour me rendre en face, dans l’annexe résistante. Car la côte nord de la Bretagne fut le lieu de nombreux réseaux de résistance – par tradition irrédentiste, par religion contre le centralisme romain, l’athéisme parisien ou l’asservissement nazi. Profitant de leur parfaite connaissance des rochers, des courants et des lunes, Trégorrois et Léonards firent passer en Angleterre des clandestins et des aviateurs alliés abattus par la mer, au nez et à la barbe des Allemands, ces lourds terriens trop confiant dans leur technique et leurs patrouilleurs au large.

Le réseau Sibiril a réussi ainsi 193 évasions entre 1940 et 1944, en 15 départs. L’annexe du musée maritime en rend compte par des cartes, des photos, des lettres et des objets d’époque. Car l’évasion est aussi en rapport avec la mer. Le large, c’est la liberté ! Le ‘Requin’, court esquif manœuvrant, fut l’un des 16 bateaux de cette épopée. Le ‘Jean’, dont il subsiste une plaque, un goémonier de 6,50 m, a transporté 18 évadés le 29 septembre 1943 avec pour capitaine Jean Gestalin. La traversée vers l’Angleterre, port de Salcombe, a duré 23 heures par un fort vent du nord-ouest de force 8 à 9.

Un ‘Avis’ du général von Stulpnagel du 22 septembre 1941 déclare que tout mâle (sans distinction d’âge) qui aiderait un aviateur ou un parachutiste ennemi sera fusillé. Que toute femme de même sera envoyée en camp de concentration. Mais que tous ceux qui aideront à capturer un ennemi sera récompensé d’une prime « pouvant aller jusqu’à 10 000 francs ». Je ne crois pas qu’il ait eu beaucoup de Bretons qui s’enrichirent, à cette époque…

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