Winston Churchill, Mémoires de guerre 1919-1945

La version française récente est traduite de la version abrégée par Denis Kelly en 2002 des six volumes des Mémoires de Churchill. Ils forment déjà un plat consistant pour le lecteur, plus d’un demi-siècle après les faits. D’autant que Winston est un écrivain, il aime écrire, il aime les effets littéraires, il aime se mettre en scène dans l’Histoire. Une sorte de général De Gaulle anglais, auteur-interprète, sauf qu’il n’appartient pas à une nation vaincue mais à celle qui a résisté la première aux avances nazies, l’une des trois nations à avoir gagné la Seconde guerre mondiale.

Comme De Gaulle, c’est en étant chassé du pouvoir fin 1945 par la démocratie qu’il avait maintenue malgré vents et marées, qu’il a eu le loisir d’écrire la chronique des événements tout en sculptant sa statue. Sauf que De Gaulle travaille seul alors que Churchill aime s’entourer de collaborateurs qui lui fournissent la documentation, lui rafraîchissent la mémoire, à qui il dicte debout en marchant, parfois à peine sorti du bain !

Il est curieux que les éditions Gallimard n’aient pas cru bon jusqu’à aujourd’hui de faire une place à Winston Churchill dans leur monument de la Pléiade. Ils y ont bien mis des auteurs mineurs comme Marguerite Duras. Mais il est vrai que Simone de Beauvoir, bien plus talentueuse, n’a pas eu cet honneur, et qu’il a fallu bien des décennies avant que Charles de Gaulle y parvienne… Rappelons-nous aussi que l’attitude de l’éditeur a été ambigüe pendant l’Occupation et que des restes d’anglophobie ringarde peuvent expliquer que le Prix Nobel de littérature 1953 « pour sa maîtrise de la description historique et biographique » et « pour la défense des valeurs humaines » soit volontairement ignoré.

Dommage pour Gallimard… Winston Churchill se lit bien, élevé aux classiques, lyrique latin quand il le faut et pragmatique précis lorsque cela est utile. Il passe nombre de faits sous silence, évoque longuement Hiroshima et ne dit rien du bombardement de Dresde. Mais le style est éblouissant, cadencé comme Gibbon sur la chute de l’empire romain, humoristique à de nombreuses reprises et tragique comme Shakespeare. Car Winston Churchill est un acteur de la grande histoire. Seul à maintenir l’honneur démocratique en 1940, il a été appelé par les Soviétiques The British Bulldog car il n’a jamais lâché sa proie.

Cela ne va pas sans défauts : un certain dilettantisme à négliger les rapports préparatoires aux conférences puis à se lancer dans des improvisations catastrophiques, l’ignorance de la mentalité américaine portée au juridisme, une incompréhension de Staline jusqu’aux derniers mois de la guerre – ce qui est de la dernière naïveté face au dictateur sans scrupules.

Mais cela ne va pas aussi sans qualités : l’intuition militaire que la guerre sous-marine est vitale, que tout débarquement exige des péniches adaptées qu’il faut concevoir et construire bien avant, que la maîtrise de l’espace aérien permet tout, que la guerre classique n’est pas efficace sans forces spéciales. Il lance le Special Operations Executive (SOE) pour opérer des sabotages en territoires occupés, des Commandos qui deviennent un modèle dans toutes les armées jusqu’à aujourd’hui.

Le premier tome est sans conteste le plus vivant car la guerre est principalement européenne et Winston Churchill la supporte seul jusqu’à l’entrée en guerre des États-Unis. Le second tome brasse le monde et est cousu d’informations de seconde main car Churchill n’a ni tout vu ni participé à tout, bien qu’il voyageât beaucoup. Les États-Unis avaient conçu un superbe hydravion à long rayon d’action, le Skymaster, dont Churchill a supplié d’avoir un exemplaire. C’était plus sûr que les croiseurs pour échapper aux sous-marins et beaucoup plus rapide pour sauter jusqu’au Caire, à Washington, à Moscou, à Téhéran ou à Yalta…

Un lecteur français cherche ce que le vieux lion a dit de son pays. Il y lit la futilité française, le déni des gouvernants devant le danger, les petites luttes politiques et l’abandon de tout honneur pour quelques vanités (Darlan), ou par fatigue biologique sous la bannière usagée du vieillard Pétain. En chaque crise ne rejoue-t-on pas le même théâtre ? Celle de l’euro ne met-elle pas en scène les mêmes minables postures ? Si rares sont et ont été les De Gaulle… Le chapitre 8 du tome 1 est même intitulé « l’agonie de la France ». Churchill constate l’éclipse de la patrie de Napoléon durant quatre ans, après son effondrement de 1939, alors qu’elle se croyait « première puissance militaire du continent ». Se croire éternel triple A serait-il le vice caché des Français ?

Le pays ne resurgit du néant que vers 1944 avec l’armée de Leclerc et la Résistance, mais dans un état de faiblesse avancé. Il y eut bien sûr le général de Gaulle dès juin 1940, accueilli et soutenu en Angleterre par Churchill et que ce dernier surnomme « le connétable de France » (I p.343). Mais combien de divisions ? La flotte française, de loin la plus importante pour continuer la guerre, n’est pas entre ses mains. Pour le reste du personnel politique en 1940, c’est une assemblée de veules notaires de province à l’esprit étroit et défaitiste, caractérisés avant tout par « la surprise et la méfiance » (I p.344). L’aigri Laval, le vaniteux Darlan, le cacochyme Pétain – quelle brochette ! Si la France a fini par obtenir des trois Grands une zone d’occupation en Allemagne et un siège au Conseil de sécurité avec droit de veto à l’ONU, c’est bien sur l’insistance obstinée de Churchill, peut soucieux de partager la cage avec l’ours après le départ d’Europe des troupes américaines. C’est plus la géopolitique fondée sur les forces démographiques en présence que la reconnaissance de qualités françaises qui ont prévalues…

Prophétique – mais en décembre 1944 seulement – la mauvaise foi « politique » de la gauche communiste sous la guerre froide. Churchill fustige à la Chambre des Communes « cette escroquerie à la démocratie, cette démocratie qui se donne un tel nom uniquement parce qu’elle est de gauche. (…) Je ne permets pas à un parti ou à un organisme de se qualifier de démocrate parce qu’il tend vers les formes les plus extrêmes de la révolution » II p.534. Avis à Mélenchon, qui reprend volontiers le ton Saint-Just et les pratiques Chavez. Tout en copiant Staline, dont la tactique consistait à lancer des accusations brutales pour déstabiliser l’interlocuteur (II p.575). Avis aussi aux bobos naïvement creux, qui croient à la démocratie « islamiste modérée » – comme si l’islamisme, qui n’est pas la religion mais son application littérale à la politique, pouvait jamais être modéré : la Vérité de Dieu, comme celle du nazisme ou du communisme, n’est-elle pas unique ? A-t-on jamais vu lapider l’adultère de façon « modérée » ? A-t-on jamais pendu le jeune homo iranien, décapité la sorcière saoudienne ou coupé la main du voleur taliban avec « modération » ?

La leçon de Churchill, par-delà son époque, est justement qu’on ne transige pas avec la Bête. La liberté n’est pas compatible avec la foi, qu’elle soit pureté raciale, communisme laïc ou une quelconque religion révélée. L’égalité n’est pas compatible avec les règles d’un Livre, qu’il soit Bible, Coran, Manifeste du parti, Mon combat ou autres Petits livres rouge ou vert. La fraternité ne saurait surgir que dans le respect des différences, qui se conjuguent pour un même idéal de vie commune pacifique. Ce pourquoi Churchill, vieux royaliste britannique, a tout fait pour vaincre le nazisme qui était aux antipodes de ces valeurs-là. Et qu’il nous faut continuer avec les millénarismes d’aujourd’hui, qui sans cesse renaissent.

Le traducteur, François Kersaudy, est historien, enseignant à Oxford et à Paris 1, et l’auteur entre autres d’une biographie de Churchill (Le pouvoir de l’imagination) d’un De Gaulle et Churchill (La mésentente cordiale) et d’un recueil de citations du Premier britannique (Sentences, confidences, prophéties et réparties) . Il parsème de notes utiles à la lecture les affirmations du grand homme, les ramenant à leur juste et historique proportion.

Winston Churchill, Mémoires de guerre, 1948-1954, version abrégée avec épilogue 1959, traduit de l’anglais par François Kersaudy, Tallandier

tome 1 : 1919-1941, 2009, 446 pages, €27.55

tome 2 : 1941-1945, 2010, 636 pages, €28.40

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3 réflexions sur “Winston Churchill, Mémoires de guerre 1919-1945

  1. « Quant aux badernes de l’armée françaises et des “ministres” du gouvernement, comment pouvait-on – déjà ! – faire confiance à ces vaniteux confits dans leurs certitudes d’une autre guerre ?  »

    C’est pour cela qu’il fallait …

    – Soit abandonner la Pologne (je raisonne cyniquement, mais l’histoire est tout sauf morale) et pousser les nazis vers le Lebensraum à l’est en posant pour base que le Benelux comme la France étaient ‘territoire sacré’ C’était d’autant plus facile que les aristos britanniques – dont Churchill le premier – mettaient nazisme et communisme dans le même sac.

    – Soit, si on entrait en guerre, le faire de manière assez massive pour avoir voix au chapitre dans la définition de la stratégie. Il est quand même incroyable que si les Anglais dont la pugnacité n’est pas en cause de même que le courage individuel – mais qui n’ont remporté aucun succès majeur entre 1914 et 1918 – ne se sont rangés qu’en fin de guerre sous commandement unifié français (Foch), ils le faisaient sans condition en 1939 face à des dinosaures… contraints en cela par la faiblesse de leur engagement tant militaire qu’économique (10 divisions sur 150, aucune livraison d’armes et d’autres productions de guerre).
    On ne peut peser sur les décisions stratégiques quand on n’est que supplétif: tous les conflits menés de nos jours comme partenaires des USA le démontrent: quand on pèse 5% de l’effort, on n’a aucune voix au chapitre.

    Si les Brits entraient en guerre active, ils devaient le faire sur une grande échelle, l’autre option étant de développer une aviation de bombardement stratégique de grande ampleur et le renforcement de leur marine: le développement de ces deux forces offensives (rien à voir avec l’inepte ligne Maginot) plus l’insularité auraient fait d’eux une puissance redoutable capable de pilonner l’Allemagne et surtout, de rendre son blocus hermétique.

    **********************
    Permettez-moi de corriger ce que vous avez écrit sur la considération que Churchill avait pour Mussolini, toujours estimé quand fasciste marqué, ces jeunes « fascistii » représentant aux yeux du duc de Marlborough (quand même!) « le meilleur rempart contre le communisme »
    Il fallut attendre la signature du « pacte d’Acier » qui constituait l’Axe » pour qu’il évolue.

    Cordialement

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  2. Bien sûr que Churchill sculpte sa statue – toutes les Mémoires sont ainsi. Il minimise aussi les succès anglais pour casser les codes ou faire la bombe, parce que l’ère est à l’URSS et qu’il ne faut rien divulguer. Il parle avec un certain discernement de Mussolini, pas forcément l’affreux que le siècle a retenu : à ses débuts il était socialiste et il a négocié les accords de Latran avec le Vatican. Ce n’est qu’avec l’Ethiopie (et avec le blâme des autres puissances coloniales qu’étaient la Grande-Bretagne et la France) qu’il s’est rapproché d’Hitler, puis a dérivé vers l’ignoble.
    Quant aux badernes de l’armée françaises et des « ministres » du gouvernement, comment pouvait-on – déjà ! – faire confiance à ces vaniteux confits dans leurs certitudes d’une autre guerre ? Marcel Bloch, dont je reprendrai sans doute la note écrite il y a longtemps sur feu Fugues, disait la même chose depuis le terrain… Churchill avait raison de refuser d’aider in extremis la France en ruines par les faute des galonnés qui ne croyaient ni aux chars ni aux avions, avec la centaine de Spitfires qui auraient bien fait défaut lors de la bataille d’Angleterre. Aide-toi, le ciel t’aidera ! Dans l’infantilisme baderne, il ne s’agissait que du 2e terme… D’où le recours infantile au vieux Pétain et la suite qu’on connait.
    Mais Churchill le dit, et c’est confirmé par les historiens, les « décisions » politique qu’il prenait étaient toutes avalisée par le cabinet de guerre : Churchill travaillait en équipe. Cela valait mieux, d’ailleurs, car s’il avait des intuitions et une capacité à pousser la chaine bureaucratique (notamment aux armées) il était parfois fort irréaliste.
    Son intérêt est qu’il n’a jamais vraiment été anglais (à demi américain) et jamais vraiment de la gentry (qui le considérait comme un parvenu); il n’a jamais été bon élève et ne s’est jamais plié au politiquement correct encore victorien de son camp. C’est probablement cet « écart » qui l’ont rendu imprévisible, donc ont aidé la victoire contre un Hitler qui avait de gros préjugés sur la caste anglaise.
    Reste aussi que ce texte résumé est bien traduit, ce qui est rare, et permet de comparer le style et les périodes à De Gaulle.

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  3. Je relirai avec plaisir cette version abrégée, longtemps après avoir parcouru la version intégrale. Merci d’avoir signalé cette parution.

    Sans que cela ne retire rien au courage du peuple anglais à partir de 1940, il faut quand même signaler que Churchill est un grand « décorateur de vérité » comme tout mémorialiste qui se respecte – de Gaulle ne faisant pas exception à la règle.

    Il occulte sa grande sympathie pour le fascisme mussolinien des années trente (il s’est bien rattrapé après et reconnut même que ce fut une erreur funeste) de même que le rôle pernicieux joué par la Grande Bretagne entre les deux guerres avec sa stratégie « d’apaisement ». Les Rosbifs ont voulu trop finasser et jouer avec le feu, maintenant une balance égale entre France et Allemagne pour tenter d’obtenir un affaiblissement réciproque des deux puissances susceptibles de leur faire de l’ombre… ce avant de quasiment nous sommer d’entrer en guerre pour défendre une Pologne alors agressive fasciste et terriblement antisémite, annexionniste et arrogante (elle avait activement concouru au dépeçage de la Tchécoslovaquie, en 1938, lui dérobant le territoire de Teschen). après, à Munich, avoir abandonné sans état d’âme une démocratie certes imparfaite mais une démocratie quand même, en outre une véritable puissance industrielle (chars, chimie) qui fit gravement défaut aux alliés et aida considérablement les nazis)

    Seulement cette guerre déclenchée en septembre 1939, les Anglais ne l’ont pas faite, ou si peu… Après avoir laissé Hitler se renforcer, ils prêtèrent un concours des plus limités à Gamelin puis à Weygand avant de rembarquer précipitamment à Dunkerque (ce qui était cynique mais pas stupide: il fallait préserver l’essentiel).

    L’erreur fondamentale des Anglais, de septembre à mai 1940, est de ne pas avoir mis tout le poids de leur force militaire et industrielle dans la guerre (un seul homme sur quarante était mobilisé en janvier 1940 contre un Français sur six) et en s’adossant sur cette force, de ne pas avoir exigé le remplacement de Gamelin qui ne faisait pas illusion chez eux s’il était (!) vénéré en France. Churchill, lui, commettait une très grave erreur de jugement en témoignant de sa plus grande estime et de sa confiance envers Georges, commandant en chef du front Nord-Est, ‘moins pire’ que Gamelin mais incapable de s’élever à la hauteur d’un commandement stratégique: ne sachant pas déléguer, il s’épuisait à régler des détails de nature opérationnelle et épuisé, il craqua nerveusement dès le 14 main 1940 pendant que se déroulait, à Stonne, la terrible bataille de chars qui aurait pu encore repousser Guderian (lequel dans ses mémoires avoua que de toute la guerre il ne retrouva jamais une situation aussi tendue, aussi prête de basculer d’une victoire presque acquise à une défaite totale)

    Churchill passe aussi pudiquement (ou en édulcorant massivement) sur ses erreurs stratégiques et opérationnelles: le renforcement de ces pauvres Grecs condamnés par avance compte tenu de la disproportion des forces face aux Nazis. Cela n’a conduit qu’à grossir l’horreur des combats perdus d’avance contre des Nazis rendus ensuite ivres de rage, et la Grèce abandonnée de tous a été en proportion de la population le pays occupé qui souffrit le plus: famine d’un autre âge, horreurs de la répression, etc. (plus que la Pologne et l’URSS)
    En plus ce soutien s’opéra de façon particulièrement inepte, les Anglais ne s’étant pas intercalés sur la ligne de front mais attendant les Nazis quelques dizaines de kilomètres en retrait… ces derniers refirent surgir le mythe des Horace et des Curiace en les écrasant l’un après l’autre (tant qu’à faire il eut mieux valu renforcer seulement la Crète, Conquise dans la foulée par 6.000 parachutistes allemands opposés à 20.000 Anglais. Et en tenant cette île on contrôlait tout l’air méditerranéen avec un porte-avion insubmersible.

    Dans ses erreurs, on évoquera aussi l’envoi de 40 bataillons pour renforcer « au nom du symbole » la défense de Hong Kong juste après l’entrée en guerre du Japon, alors que l’état-major jugeait la ville à juste titre la ville indéfendable, : 24.000 hommes perdus, une ville livrée au sac et aux viols des jours durant puis la persistance de l’idée que les Blancs ‘invincibles’ ne valaient pas tripette devant des Jaunes résolus. Pour l’Impérialiste Churchill qui rêvait de conserver tous les joyaux de la Couronne, c’était plutôt mal joué…

    Que dire de l’organisation de la défende de la Malaisie et de Singapour, conçue quand il était Lord de l’Amirauté! La ‘plus grande citadelle du monde’ fut prise par des Japonais attaquant à un contre cinq mais passés par… la jungle jugée impénétrable par les seuls Anglais – ce qui constitua une défaite stratégique majeure (plus de caoutchouc… si le Brésil n’était pas entré en guerre aux côtés des alliés et s’il n’avait pas organisé de nouveau sa production quoiqu’il en ait eu contre les Anglais qui l’en avaient dépouillé, l’issue de la guerre eut été sans nul doute longtemps retardé)

    Que dire aussi de son ordre formel et qu’un lieutenant de vaisseau sorti de l’école navale eut jugé stupide, de sommer le ‘Prince of Wales’ de croiser sans couverture aérienne, juste après que les Japonais eurent démontré à Pearl Harbor la supériorité de l’air sur la mer! Le joyau de la marine britannique envoyé par le fond en quinze minutes de combat, les japonais ne perdant que 18 appareils… (ils y croyaient si peu que contrairement à leurs habitudes ils firent preuve d’une générosité inhabituelle, permettant aux Anglais d’organiser l’évacuation de l’équipage)

    On évoquera aussi l’inutile et coûteuse démonstration de Dieppe, où ‘les Anglais se battirent jusqu’au dernier Canadien’ pour rien, absolument rien.

    MAIS TOUT CES ‘DÉTAILS’ NE DOIVENT PAS OCCULTER QUE W.S. CHURCHILL fut un meneur d’homme indomptable, dans un contexte loin d’être celui qui fut décrit pour les besoins de la propagande, celui d’une Angleterre unanime rangée derrière son leader.
    Que ce soit dans le peuple ou dans les hautes sphères du pouvoir, une forte proportion de Brit’s penchait pour l’attentisme, la sortie de guerre et on sait désormais que si Hitler avait réussi sa conquête des îles britanniques, il aurait certes trouvé des résistants, mais aussi des collabos prêts à l’assister.

    Churchill figurait au premier rang de la liste de 2.000 personnes qu’il fallait liquider physiquement dès la prise de possession de la Grande Bretagne (en attendant ‘mieux’). A posteriori, quel plus bel hommage Hitler pouvait-il lui décerner?

    Un détail: Churchill fut bien écarté par le suffrage universel en 1945 (ce fut un ras de marée en faveur de Clément Atlee et des travaillistes) mais pas de Gaulle qui commit une faute tactique invraisemblable, venant d’un tel stratège.

    De Gaulle, quand il démissionna début 1946, mécontent de la tournure que prenait entre autres les travaux de la Constituante (par son autorité quelque peu pesante, excessive même, n’ayons pas peur de le dire, il poussait cette dernière à se défier plus que tout du pouvoir personnel et elle était travaillée en ce sens par une influence étrangère, américaine en particulier) pensait être rappelé humblement dans les semaines à venir. Pour lui ce furent onze années de traversée du désert. Il n’est pas douteux qu’en 1946, même dans un scrutin de nature parlementaire (avec des candidats estampillés RPF) les gaullistes auraient triomphé et leur chef était ensuite libre d’amender cette constitution d’après guerre qu’il abhorrait.

    A rebours, Churchill fut mal inspiré quand diminué par l’âge comme par… le whisky et les cigares, il sollicita et obtint de retourner dans l’arène où il gouverna de façon très médiocre, après guerre. Ce géant serait devenu un idole s’il était demeuré au sommet (c’est le point le moins encombré) commentant l’actualité du monde tel un vieux sage.

    Cette analyse critique n’a pas pour but de salir un sacré personnage, un géant du XXe siècle, un homme qui sauva sans nul doute son pays et maintint son honneur intact quand tant d’autres penchaient vers les lâches accommodements (comme, dans un registre tout à fait différent, de Gaulle qui parvint à donner de la France l’image d’une grande puissance en s’appuyant sur l’héroïsme de la France combattante certes, mais aussi en réalisant les plus grands coups des bluff de l’histoire de notre pays)
    Signaler les faiblesses et les erreurs d’un Grand, ce n’est que le rendre humain.

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