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Creepshow 2 de Michael Gornik

Creep, qui signifie ramper, s’aplatir (creep – crêpe ?) veut aussi dire le frisson qui nait des choses viles et diaboliques tel le serpent. Le show du creep est une revue de BD pour enfant d’après celles qui faisaient le délice du jeune Stephen King dans les années cinquante. Tiré de trois de ses nouvelles, le second opus du film met en scène Billy, en préado blond au col jamais boutonné (Domenick John), tirant sur son vélo pour atteindre le premier le camion qui livre le libraire. Un être immonde au nez en bec et aux doigts crochus – le Creep (Tom Savini) – le conforte de son rire sadique en son choix hideux. Remuer les bas-fonds de l’âme humaine et les terreurs des choses inouïes est une attirance du diable, fascinante mais contre laquelle il faut mettre en garde.

La première histoire passe des cases dessinées à la réalité d’une ville morte où subsiste un General Store où pas un seul client n’est venu acheter quelque chose en quatre jours. Le patron est un « bon garçon » à l’américaine (George Kennedy), mais niais de sa soixantaine, devenu lâche et trop indulgent. Il fait crédit, n’est jamais payé, s’achemine tout doucement vers la ruine. Son épouse (Dorothy Lamour) essaie de le mettre en garde mais il la calme avec sa fausse générosité qui est de paresse plus que de cœur. Un grand chef indien trône en façade, qui fait l’enseigne de bois (Dan Kamin). Le vieux lui repeint ses traits de guerre sur les pommettes lorsqu’un chef indien d’aujourd’hui arrive (Frank Salsedo), en Pontiac décatie mais conduite par un chauffeur. Tout comme le pionnier, l’Indien a bien baissé depuis qu’il a vieilli… Mais lui a du cœur et il ne veut pas laisser les dettes de son peuple sans garantie. Ce serait mendier alors que, s’il offre en caution les bijoux en turquoise donnés par chaque famille, c’est encore un prêt. Le vieux ne veut pas accepter mais ce n’est pas négociable. Tout serait donc moral si, en retournant dans sa boutique, le couple ne se retrouvait devant quatre jeunes, un fils de riche (Don Harvey), un gros lard glouton (David Holbrook) et le neveu du chef Indien qui tient un fusil, torse nu sous sa veste en jean (Holt McCallany). Ils se servent dans la boutique sans vergogne, ils pillent la caisse, piquent le sac de la vieille. Ce sont des « mauvais garçons » que la société ne peut tolérer. L’Indien est narcissique avec ses longs cheveux qu’il laisse pousser depuis l’âge de 13 ans et veut percer à Hollywood. Ils doivent partir le soir même. Mais, dans l’euphorie de l’arme excitée par la lâcheté des vieux, le coup part, la vieille meurt ; le vieux, égaré, s’avance, il s’en prend un autre dans le bide. Tout est consommé et le Mal triomphe. Sauf que… le grand chef indien de bois ne reste pas de bois. Il va rétablir l’équilibre du cosmos comme ses ancêtres l’ont toujours fait. Les trois délinquants seront punis, fléchés comme des Sébastien pour avoir cru à la mauvaise foi et le vaniteux Samson sera scalpé.

La seconde histoire – nettement la meilleure des trois – se passe dans les montagnes de l’Utah où quatre étudiants roulent en voiture vers un radeau ancré sur un lac, repéré par l’un d’entre eux. Ils rigolent, fument un joint, sont tout euphorie entre garçons et filles. Sitôt arrivé, le chauffeur qui est aussi le chef (Paul Satterfield, 27 ans), se dépouille de ses vêtements et se jette à l’eau. Elle est glacée, « pas plus de 10° », mais elle l’apaise de sa tension juvénile un brin sexuelle augmentée par la fumette. Son copain un peu plus jeune le suit (Daniel Beer) et les filles avec retard, tout habillées, nageant plus lentement. Sur le radeau, le moins pris par l’hubris de l’ébriété hormonale observe une nappe gluante qui se déplace sur le lac et avale un canard en l’engluant. Il presse les filles de rejoindre le radeau. Peu à peu, le froid aidant à la lucidité, les quatre jeunes s’aperçoivent que le lac tranquille et l’eau amicale sont un réel danger. La nappe mystérieuse semble douée d’une vie propre et la stupidité de l’une des filles (Page Hannah, 23 ans), qui trempe sa main dans l’eau comme par défi, tourne au drame : elle est engluée, attirée vers le fond, digérée par la « chose ». Terreur des autres qui ne savent plus quoi faire, la dernière fille hystérique comme il se doit dans les films d’Hollywood jusqu’aux années 2000. Le leader disparait, avalé par la nappe qui s’est coulée sous le radeau et infiltré entre les planches ; il en reste deux, frigorifiés, lui en slip toute une nuit (l’acteur a failli y passer). Ils sont beaux, blonds, athlétiques, emplis d’énergie ; ils sont l’avenir de l’Amérique – mais encore immatures, conduits par leurs instincts et non par leur raison. Tout l’hédonisme d’une génération est ainsi pointé, jusqu’à la caresse sur les seins dénudés par sa main du dernier garçon sur la dernière fille endormie (Jeremy Green). Ils périront. Non sans avoir lutté, mais avec l’implacable du destin, la dernière image étant la plus vive. Sur la pancarte était marqué : « baignade interdite ».

La troisième histoire est plus macabre. Elle met en scène une femme mûre, riche, adultère, égoïste (Lois Chiles), la génération entre deux des précédentes histoires. « Tu es conne, Madame Lansing » – le spectateur ne peut que souscrire devant ce constat réaliste, comme devant les imbécilités de la bourgeoise. Si elle a obtenu « six orgasmes » dans la même journée de son amant étalon (David Beecroft) – qu’elle paie 150 $ pour la performance – elle doit rentrer à l’heure chez elle, à des centaines de milles de la baise, où son mari concessionnaire Mercedes l’attend. Elle conduit donc sa luxueuse et puissante voiture, de nuit et assez vite. Ayant la bêtise d’allumer une cigarette, celle-ci lui échappe des doigts et va brûler le siège, ce qui lui vaut de déraper et de heurter un auto-stoppeur qui reste étendu, ensanglanté, sur le sol (Tom Wright). Ni vu ni connu, elle s’enfuit tous feux éteints tandis qu’un particulier puis un chauffeur de camion (Stephen King lui-même !) s’arrêtent, balisent et préviennent la police. Mais la chauffarde a l’autre bêtise de s’arrêter pour on ne sait quoi et, lorsqu’elle voit dans son rétroviseur l’auto-stoppeur mort la poursuivre clopin-clopant, elle ne repart pas tout de suite. L’individu la rattrape, c’est un Noir – une vengeance venue du fond des âges et des rancœurs accumulées. Il cherche à l’agripper par le toit ouvrant qu’elle a eu la bêtise encore de laisser entrouvert. Malgré ses manœuvres, il s’agrippe et ne lâche pas. Elle s’enfonce dans la forêt pour que les branches le chassent mais rien n’y fait, il est encore sous la calandre. Elle vide un chargeur entier de revolver mais, comme le chat allemand de la chanson, il est toujours vivant. Elle fonce alors dans un arbre pour l’écrabouiller, recule, recommence, encore une fois, et une autre (le film est « interdit » aux moins de 12 ans). Sa robuste Mercedes est en ruines, un œil pendant à terre, mais fonctionne encore : bonne mécanique. La femme atteint son domicile, où son mari n’est pas encore rentré. Dans le garage, elle pousse un ouf de soulagement. Sauf que… L’auto-stoppeur est à sa portière, puis tout contre elle. « Merci Madame de m’avoir renversé, vous serez avec moi maintenant ».

Le film s’achève à nouveau sur Billy mais cette fois dessiné, en butte à trois ados plus âgés qui veulent le cogner. Mais il a commandé par la poste des plantes carnivores à la revue Creepshow et en a planté un terrain « privé ». C’est là que, par sa fuite sur son vélo, il emmène ses ennemis – qui se font dévorer. Juste revanche du faible contre les forts, fantasme puissant des jeunes garçons en butte aux plus grands. Tout le film est ainsi moraliste, rétablissant une sorte d’équilibre immanent. Tourné au temps de l’Amérique au sommet de sa puissance et sûre de ses valeurs, à quatre ans le la chute ignominieuse de l’URSS, il se regarde avec plaisir et se revoit avec bonheur. Après tout, l’horreur est humaine.

DVD Creepshow 2, Michael Gornik, 1987, avec George Kennedy, Dorothy Lamour, Paul Satterfield, Daniel Beer, Lois Chiles, Tom Wright, 1h26, €16.22 blu-ray €18.05

Film à ne pas confondre avec la série du même nom sortie en 2021

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Fleur de peau

La jeunesse a la peau tendre et la sensibilité érectile. Tout la touche, il suffit de l’effleurer. Les hormones enflamment la passion et l’Amour n’est qu’une « idée », un concept des conséquences de l’instinct.

Ce pourquoi l’effeuillage suit l’effleurement pour ne garder que la branche nue au-dessus de laquelle le tronc noueux va rugueusement exacerber les sens.

La fleur est la partie la plus fine, la peau une membrane du toucher qui ouvre aux autres sens. La surface masque le cœur et le frisson devient grand quand la pulpe sensible des doigts entre en contact avec le visage, le bras, le sein, le ventre. La chair de poule naît, réaction épidermique de l’instant.

La température monte entre les corps et dans les corps ; les membres se cherchent, les cœurs accélèrent et créent du feu ; la raison vacille et s’enivre, elle rêve. Et l’imagination même entretient la combustion, soutenant le cœur dans son effort violent, qui stimule les hormones qui vont plus vite.

Kiss… sensibilité, sentiments, sublime : après dix-huit joints, étreindre quatorze Juliette avant quinze ou seize ans.

L’adolescence est cette incandescence que l’âge enfantin regarde comme folie fascinante tandis que l’âge adulte la voit avec indulgence et nostalgie. Le monde merveilleux de l’imaginaire développé par les sens se perd dans l’âge et la routine ; tout s’émousse, tout se rationalise.

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Océanopolis à Brest

La Bretagne, c’est surtout la mer. Brest, son port de guerre, n’est plus ce qu’il était. Le trafic y décline, la réparation navale agonise. Les Français, trop réglementés et trop chers, ne savent plus faire dans le monde d’aujourd’hui, crispé sur l’étatisme de reconstruction après guerre. Dans l’indifférence des agents d’État parisiens plus intéressés par les intrigues de Cour et ayant peu d’affinités pour la mer étant terriens d’origines pour la plupart. Ne restent à Brest que les militaires et les chercheurs. L’IFREMER (Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer) y est actif. Au port de plaisance du Moulin Blanc a été installé le centre scientifique et technique Océanopolis.

Cette maison de la mer a été bâtie en forme de crabe par Jacques Rougerie. Le parcours de découverte des océans change de temps à autre pour sans cesse remettre à jour les connaissances acquises sur la mer. Hier, le visiteur avait l’impression de descendre en bathyscaphe depuis la surface jusque dans les profondeurs, examinant les courants et les marées avant d’aborder les poissons, puis la végétation semi animale des grands fonds. Aujourd’hui, le parc oriente la visite en quatre pavillons : le pavillon tempéré, flanqué du pavillon tropical et du pavillon polaire, puis du pavillon biodiversité pour faire mode !

Au centre, la boutique de vente – « shopping 100% marin ! » selon le slogan affiché – et une exposition Jules Verne autour de ’20 000 lieues sous les mers‘, son livre phare, pour le centenaire de sa mort.

Il faut au moins deux heures pour faire le tour des pavillons et de leurs 50 aquariums. Mais les enfants sont vite séduits, ce qui permet de pronostiquer une bonne demi-journée de visite pas ennuyeuse pour un sou. Il est utile de prévoir le pique-nique car la restauration n’est pas bon marché pour une famille.

Dans le pavillon tempéré s’ébattent les poissons, visibles comme s’ils étaient voisins depuis les aquariums. D’ailleurs, sans visiteurs, il semble que les poissons s’ennuient. Ils regardent, flous et confusément, s’agiter les petites mains et s’ouvrir les bouches rapides derrière les vitres renforcées. Leur lumière est naturelle, venue de l’ouverture au jour, leur eau savamment oxygénée par des machines dont on perçoit les jets réguliers. Pour les algues, les chercheurs ont même prévus de reconstituer les marées moyennes, deux fois en 24h !

Un aquarium reproduit en grand et en carré ce qui trônait sur les tables de nuit des années 70 : des boules de cire dans un liquide ambré ou bleuté. Mais cette fois, c’est du vrai, pas du reconstitué. De quoi en rester… médusé ! Les crustacés sont en vitrine, pas à l’étal pour une fois. Dommage pour les enfants : ici, on ne peut pas toucher !

Mais l’attraction ici est double : un bassin où – comme au Canada – on peut toucher certains animaux marins, et le ballet des phoques.

Une animatrice est là pour expliquer comment reconnaître une étoile de mer mâle d’une femelle. Là pour espacer le stress de la coquille Saint-Jacques en présence de l’étoile : sa fuite à grands coups de clapets fait rugir de rire les enfants. « Il ne faut pas le faire souvent, elle a peur » argumente l’animatrice qui sait y faire. « Je peux toucher ? – mais oui, c’est là pour ça, mais tu la remets dans l’eau, hein, elle préfère cela. » Gros succès. On y passerait des heures tant il y a de bêtes à toucher et d’histoire sur chacune.

Les phoques sont la séquence émotion. Il y a trois jours et né un bébé au couple qui s’ébat dans le bassin à ciel ouvert, que l’on regarde par tout un côté qui est vitré ou au-dessus, à la surface. Le phoque mâle, le plus gros, nage rapidement le ventre en l’air, l’œil vers la lumière, la moustache en bataille lorsqu’il émerge sur les rochers de résine. Il est sensé protéger la mère et son bébé. La femelle est mère, elle joue avec son petit, adulte en miniature, nageant vers lui, le caressant des nageoires. La petite fille en est toute retournée ; elle en voudrait un couple pour Noël. A heure fixe, grande cérémonie publique : le nourrissage des phoques. Ce ne sont que lancers de poissons et attrapages au vol. Un spectacle naturel digne du meilleur ballet.

Passons aux tropiques. Cette fois, outre les poissons multicolores que tout plongeur des mers du sud connaît par cœur, il y a la Bête qui rôde, l’équivalent du loup sur la terre tempérée ou du tigre des chaleurs : le requin. Bien que crédité de 25 morts par an seulement (contre 250 pour les seuls éléphants et 50 000 au moins pour les serpents) selon un panneau explicatif, le requin effraie plus qu’un autre. Spielberg l’avait bien compris en se faisant connaître par ‘Les dents de la mer‘, succès mondial et immédiat. Un grand bassin orné de rochers sombres d’un réalisme saisissant laisse évoluer les squales que l’on peut voir de près.

Et lorsqu’ils viennent, d’un coup de queue nonchalant, flairer la vitre qui nous séparent d’eux, regardant sans voir (ils sentent et perçoivent bien mieux les vibrations), un frisson ne peut s’empêcher de parcourir les échines de tout être humain à proximité, qu’il ait 3 ou 93 ans. Et pourtant, très peu de requins sont mangeurs d’hommes ; les victimes humaines se comptent presque exclusivement au nord-est de l’Australie et dans les Caraïbes ; bien que présent au large de la Bretagne (tout marin en voit), le requin est peu dangereux. Mais son nom, qui vient de « requiem », n’incite pas à aller jouer avec eux.

Le pavillon polaire réussit l’exploit de réfrigérer une vraie banquise, pour la plus grande joie des manchots empereurs qui, popularisés par le film – sont à la fête. « Manchots » au sud, « pingouins » au nord est le mot d’ordre des panneaux. Ils se dandinent au-dehors mais plongent et nagent par torsion du corps comme aucune danseuse humaine n’est capable de le faire. Ils vont comme une fusée le long des vitres d’observation, si vite qu’aucune photo numérique n’est capable de les capter sans flou, c’est dire ! La manchotière comprend près de 40 habitants qui paradent, font leur cent mètre nage libre ou s’expriment avec vigueur. Tout un banc de glace permet aux plus vieux de jouir d’une vue imprenable sur les exploits des jeunes. Sans parler de l’ours blanc qui surveille et des grands oiseaux polaires qui planent…

Pour les enfants, un mur de glace accessible permet de laisser la trace de ses mains qui, chaudes, ne tardent pas à se graver en creux. Nous ne saurions malgré tout oublier les crabes géants des mers froides ni les poissons déguisés en Anne-Aymone de mer ! « Anémone, anémone, oui j’ai une gueule d’anémone ! » semblent-ils chanter à sec.

Océanopolis, c’est tout un monde. Spectacle garanti. Et du plus pur « naturel ». Nouveauté 2012, l’exploration des abysses ! Une « bio » diversité de plus…

Océanopolis à Brest, le site officiel

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