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Kamarades BD

L’album surfe sur la mode d’une histoire en bande dessiné pour adolescents – et pour adultes ignares en révolution russe. Le trait est caricatural et ne remplace pas un « vrai » livre d’histoire. Il tord quelque peu la réalité pour faire de Staline un agent de la police secrète du tsar passé du côté des rouges par ambition. Mais la grande histoire sert de prétexte au jeu des passions et c’est ce qui compte dans ce premier épisode d’une série qui se passe il y a un siècle.

kamarades BD

1917, le tsar environné de ministres très conservateurs et de nobles imbus de leurs privilèges, est de plus en plus contesté par le peuple. Il a déclaré la guerre aux Allemands et est en train de la perdre avec deux millions et demi de morts, déjà. La Russie connait le déshonneur et la famine, Dieu n’est plus avec le père de toutes les Russies et seuls Lénine, Staline et Trostki (qui s’appellent encore Oulianov, Djougachvili et Bronstein), savent que « l’enfer n’existe que sur terre ». Ils s’emploieront, dans la décennie suivante, à le prouver au petit peuple.

Les révolutionnaires, hier anarchistes amateurs d’attentats spectaculaires, sont fédérés par Lénine, réfugié en Suisse puis en Finlande, qui a organisé un parti discipliné et idéologiquement structuré prêt à prendre le pouvoir. Lénine négocie en sous-main avec les Allemands pour renverser le tsar et faire cesser la guerre avec le Kaiser. Rentré à Petrograd (le nom de Saint-Pétersbourg, répudié en 1914, faisait trop germanique), il harangue la foule en promettant la paix, la terre aux paysans, le pouvoir aux soviets et la fin de la tyrannie. Le social-démocrate Kerenski, velléitaire et hésitant, ne fera pas le poids.

Volodia est cosaque et Ania incognito ; ils se rencontrent, ils s’aiment. Mais chacun est pris dans les rets de son milieu : Volodia, « humaniste petit-bourgeois » selon les révolutionnaires, penche quand même de leur côté, tant la barbarie et l’insensibilité des officiers du tsar qui n’hésitent pas à tirer sur des civils désarmés le révulsent. Ania a pour nom Romanova, elle est la fille du tsar, Anastasia, qui s’est mêlée au peuple pour mieux le connaître mais ne révèle pas son identité à son cosaque. Le destin va les réunir, jusqu’à l’Oural, au moment où l’ordre de fusiller la famille impériale est donnée… à Volodia dans la dernière case de l’album.

Entre l’idéal et le cœur, que va-t-il choisir dans le tome 2 ? Deviendra-t-il insensible comme Staline, qui s’avoue inconsolable de son premier grand amour disparu ? Tournera-t-il casaque – comme Staline toujours – pour vivre ses passions politiques ?

lenine trostki BD kamarade

Le lecteur croise Staline jeune (et déjà bourreau), Lénine calculateur (et déjà implacable), Trotski intellectuel (et déjà suspect). Les couleurs fades et le dessin doux nappent d’une certaine nostalgie cet ancien régime sur le point de mourir. Seul le sang est rouge, bien vif.

Le peuple reste en arrière-plan au profit des combines de ces petits Messieurs et les soviets sont escamotés, ce sont pourtant eux qui vont donner son nom au nouveau pouvoir « soviétique » ! Nous ne sommes pas dans la réalité mais dans la fiction à partir d’une part choisie de la réalité. Non sans rejuger les uns et les autres selon la morale d’aujourd’hui, manie bien contemporaine de croire que le monde commence avec soi.

Cette série a cependant le mérite de rendre l’histoire compréhensible en vingt minutes à quiconque, ce qui fera plaisir à la ministre qui veut adapter les connaissances aux petits pois de la nouvelle population de la diversité collégienne, aux profs qui ont de la peine à conserver l’attention des élèves, comme aux voyageurs du métro qui survolent des BD sur tablette entre leurs stations.

Abtey et Dusséaux scénario, Goust dessin, Kamarades tome 1 – La fin des Romanov, 2015, éditions Rue de Sèvres, 60 pages, €13.50, Format Kindle €5.99

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Thorgal 20 La marque des bannis

Pendant que Thorgal erre, sans mémoire, aux côté de Kriss, sa walkyrie, sa petite famille désespère. Elle vit toujours au village, où il est plus facile d’élever un bébé. Trois ans ont passé depuis que le père est parti et Louve, la petite fille, a désormais 4 ans. Elle se révèle : curieusement environnée de loups, elle n’a ni peur ni agressivité : elle les entend « discuter » ! C’est ce qu’elle dit à son frère. Elle est née en même temps que des louveteaux, jadis, dans la grotte où s’était réfugiée sa mère.

Jolan, le fils, en a 10, son visage a changé, plus allongé, préadolescent déjà. Il cultive son talent de détruire les objets, mais ne sait pas encore recombiner les atomes pour construire. Il reste petit garçon, la larme lui perle à l’œil quand il pense à son papa qui ne revient pas. Mais cet album est celui où il surgit à l’aventure. Il s’émancipe du village (où il a quelques ami(e)s) et de sa mère. Il sent qu’en se montrant digne de lui, il pourrait faire revenir son père. C’est pourquoi j’aime tant Thorgal, cette bande dessinée où la psychologie des enfants est réaliste, évoluant avec leur âge.

Les hommes du village, partis piller les Saxons, ne reviennent pas de leur expédition. Le mythe viking (repris par la BD) veut que ces guerriers-commerçants aient été surtout des pillards, alors qu’ils ont été avant tout des négociants. Ce sont les moines, peureux et improductifs, fonctionnaires avant la lettre réfugiés sous l’égide l’Église-providence, qui ont écrit cette légende. Eux n’avaient rien à échanger et voyaient « le diable » dans tout étranger païen. Le malheur veut que ce soient les vainqueurs qui écrivent l’histoire, pas ceux qui ont vaincu sur le terrain. Heureusement que l’histoire comme recherche scientifique vient désenfumer les croyances ! Les assauts des « lois mémorielles » n’ont pas d’autres visées que d’imposer la vérité totalitaire de quelques-uns sur tous, par la menace.

Au village, pourtant, un jeune homme revient, blessé, épuisé. Il manque de se faire bouffer par les loups et c’est Louve, parce qu’elle entend les bêtes « discuter » entre elles, qui le sauve au matin. Les bonnes femmes du village sont soupçonneuses, haineuses, prêtes à trouver n’importe quel bouc émissaire à leur colère d’avoir perdu leurs hommes. Le jeune homme s’appelle Erik et décrit un grand guerrier brun appelé Shaïgan, à la barre d’un bateau plus grand que les autres et peint en rouge, du sang de ses ennemis. Il est excité au combat par son égérie guerrière Kriss de Valnor, sans pitié pour les faibles. Ceux qui ne se rendent pas sont égorgés ; ceux qui se rendent ne méritent plus le nom d’homme, rendus esclaves et vendus à un marchand byzantin.

Ce Shaïgan ne serait-il par Thorgal, par hasard ? Celui qui a été adopté par le village mais n’a jamais vraiment été accepté par ces xénophobes de terroir ? Jolan, naïf, avoue reconnaître Kriss de Valnor – que n’a-t-il pas dit là ! Aussitôt les mégères réclament le prix du sang, le wergeld. Mais comme les Vikings sont reconnus (malgré les écrivaillons moines) comme révérant le droit, c’est le parlement du village, le Thing, qui délibère et juge. Ni Aaricia ni les enfants ne sont condamnés à mort, mais exclus. La marque des bannis sera apposée au fer rouge sur la joue d’Aaricia, l’empêchant ainsi de se refaire une vie ailleurs dans le monde viking. Jolan en vient à détester son père, « parti pour aller vivre avec une autre femme » comme plusieurs hommes du village l’ont fait, qui a changé de nom et n’aime plus ses enfants…

La famille doit fuir, ses biens sont confisqués et distribués aux femmes qui n’ont pas revu leur mari ; l’ordre règne par la délation et le profit, comme plus tard sous Pétain. Seule une femme les aide, l’amie d’Aaricia, Solveig. Elle leur donne un cheval et des provisions. Mais la loi des bannis est celle du chacun pour soi : belle leçon aux adolescents qui lisent la BD.

Être trop bon n’est jamais sûr quand on n’assure pas ses arrières. Des voisins pillent ans vergogne ceux qui sont accusés sans preuves ; des esclaves sauvés volent sans vergogne leurs bienfaiteurs. Mais Jolan a appris avec Thorgal qu’on est quand même plus fort à plusieurs que tout seul. Les loups en bande donnent l’exemple en protégeant la petite famille…

Cependant Kriss ne peut vivre sans écraser sa rivale dans le cœur de Thorgal. C’est elle qui a tout manigancé : la capture des bateaux qui revenaient chargés de butin, l’envoi d’Erik comme victime pour avouer, le bannissement inévitable. Aaricia est donc à sa merci ; elle s’en empare avec Louve, tandis que Jolan erre en gamin des rues avec Darek, un copain de rencontre, un Suédois rendu esclave puis délivré par la bande de loups.

Jolan connaît son devoir : aller délivrer sa mère, enfermée dans un château imprenable construit sur la mer et à la passerelle bien gardée. Il n’a que dix ans mais du courage comme à dix-huit. Petit homme dont l’éducation (la meilleure) s’est faite par l’exemple. Il a vu son père courageux lui enseigner qu’on ne devait jamais renoncer ; il a vu sa mère avilie ne pas haïr mais chercher à comprendre ; il a connu des erreurs et sa mère lui a enseigné à suivre son but quand même, sans se décourager. Il n’hésite donc pas à se lancer nu dans l’eau glacée de l’hiver nordique pour aborder la forteresse du côté de la mer, mal gardé. Son copain le suit, de deux ans plus âgé, mais admiratif de sa hardiesse.

Je songe à Nietzsche, dans l’aphorisme 225 de Par-delà le bien et le mal : « Cette tension de l’âme dans le malheur, qui l’aguerrit, son frisson au moment du grand naufrage, son ingéniosité et sa vaillance à supporter le malheur, à l’endurer, à l’interpréter, à l’exploiter jusqu’au bout, tout ce qui lui a jamais été donné de profondeur, de secret, de dissimulation, d’esprit, de ruse, de grandeur, n’a-t-il pas été acquis par la souffrance, à travers la culture de la grande souffrance ? » Il ne s’agit pas de masochisme, mais d’acceptation pleine et entière du réel, avec tout ce qu’il a de dur ; il s’agit de supporter pour risquer. La BD Thorgal comme initiation au philosophe Nietzsche, qui aurait cru ?

Et voilà les gamins qui délivrent les hommes, enfermés dans les sous-sols – dont une partie du village, capturé sur les bateaux. Être délivré par un môme, quelle honte pour les valeureux Vikings ! Ils ne savent pas quoi faire pour se faire pardonner. Jolan, grand seigneur comme son père, n’accepte que quelques pièces d’or pour acheter un bateau et se rendre sur l’île de Kriss de Valnor. Car sa mère et sa sœur n’étaient pas avec les esclaves délivrés, mais emmenées in extremis par Kriss sur un navire ancré en bout de ponton. Jolan ne peut rien faire, la guerrière le vise d’une flèche, substitut de pénis qu’elle affectionne. Elle ne la décoche pas cependant car, si elle est sans pitié, elle garde de l’honneur. Elle doit quelque chose au gamin, qu’elle appelle « petit garçon » en hommage à sa virilité naissante, donc l’épargne pour cette fois… mais le défie de venir chercher sa mère chez elle !

La figure de Kriss se fait meilleure au fil des albums. Dans le premier où elle est apparue, c’était une vaniteuse féministe, prête à tout pour prouver qu’elle faisait mieux que les hommes. Elle avait notamment ce coup de poignard bas qui violait autant qu’il tuait, en basse vengeance pour tous les viols qu’elle avait elle-même subis. Ce n’est pas pour rien qu’elle a été nommée Kriss, du nom d’un poignard malais. Elle devient plus vivable, louve désormais plus éprise de liberté que de paraître. Elle est possessive, jalouse du mâle qu’elle veut, Thorgal, qu’elle refuse de partager avec Aaricia. Qui va gagner ?

Jolan, émoustillé par ses premières hormones d’adonaissant, prend la digne suite de Thorgal. Il sait s’allier des compagnons tels que Darek, 12 ans et sa sœur de 10, un peu amoureuse de lui. C’est mignon, prenant, et bien tourné. Avec un dessin détaillé et amoureux des personnages. Suite aux prochains numéros…

Rosinski & Van Hamme, Thorgal 20 La marque des bannis, 1995, éditions du Lombard, 48 pages, €11.40

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Bill Bryson, Ma fabuleuse enfance dans l’Amérique des années 1950

Bill Bryson est un marrant. Il mêle humour anglais (où il vit adulte) et ironie américaine (proche de la française). Son enfance est un bonheur, reconstitué d’époque, comme lyophilisé. Rien d’excitant en effet que de naître à Des Moines, Iowa, dans ce milieu du monde américain plein de maïs, ni ville ni campagne, ni nord ni sud, ni démocrate ni républicain… Rien de fabuleux à venir au monde dans la classe moyenne, père journaliste sportif et mère journaliste d’intérieur, petit dernier d’une fratrie plus âgée. Rien de magique à grandir dans un pays leader, en une époque explosive, devant cependant aller à l’école chaque matin. D’où l’intuition d’être un extraterrestre confié au cocon de gens moyens, The Thunderbolt Kid himself !

L’anglais a cet avantage de dire beaucoup en peu de mots (understatement…) : ‘Thunderbolt’ signifie à la fois foudre et menace – énergie et danger. Le gamin se veut Guy l’Éclair et Max la Menace, fervent lecteur de BD vivant à cent à l’heure une serviette de toilette en guise de cape sur le dos et remuant la génération plan-plan qui l’environne (ah, ces batailles d’allumettes dans le noir de la cave !). C’est que nous sommes en 1951, à l’orée de la décennie qui fait boum. Non seulement la bombe H qui suit la A et ses essais dans l’atmosphère, mais aussi la croissance qui explose de 40% sur dix ans, la démographie qui multiplie par deux les habitants et l’équipement des ménages qui bénéficie du doublement de la productivité entre 1950 et 1960. Les États-Unis post-1945 voient leur puissance au zénith, reconvertissant en accéléré les industries de guerre en industries de consommation. Le frigo, la bagnole, la télé envahissent les foyers, faisant muter la société. Tout devient rapide, automatique, « atomique ». Il faudra attendre la décennie 1985-1995 pour voir exploser le vieux monde aussi vite en Amérique.

L’auteur est né en plein milieu du baby-boom, ces 76.4 millions d’enfants nés entre 1946 et 1964. « Il y avait donc des mômes partout, tout le temps, dans des proportions inimaginables de nos jours, mais encore plus chaque fois que quelque chose d’intéressant ou d’inhabituel se produisait » (p.54). Les seuls dangers étaient la polio, les « cigales tueuses » et le « sumac vénéneux », sans parler des frères Butter, semi-débiles qui aimaient martyriser tout enfant plus petit qu’eux. Le positif embellissait les choses : l’alcool rend joyeux et la cigarette calme les nerfs, le DDT purifie et l’atome désinfecte. « Nous étions indestructibles. Nous n’avions pas besoin de ceintures de sécurité, d’airbags, de détecteurs de fumée, d’eau minérale, (…) [ni] de bouchon ‘sécurité enfant’. Nous vivions très bien sans porter de casque à vélo ni de genouillères et de coudières en patins à roulettes. Nous savions, sans qu’il soit nécessaire de nous le rappeler par écrit, que l’eau de Javel n’était pas une boisson rafraîchissante et que l’essence mise en présence d’une allumette avait pour mauvaise habitude de s’enflammer. Nous n’avions pas à nous préoccuper de ce que nous mangions car presque tous les aliments étaient bons pour la santé : le sucre nous donnait de l’énergie, la viande rouge de la force, les glaces des os solides, tandis que le café nous maintenait éveillés dans un ronronnement productif » p.98.

L’Amérique serait-elle devenue bête depuis ? L’éducation ne se fait-elle plus, seulement par les pubs débiles manipulées pour faire du fric ? Le juridisme a-t-il envahi l’existence au point de ne pouvoir vendre quoi que ce soit sans une centaine de pages de mises en garde sous peine de poursuites du style : « ne pas mettre le chat dans la machine à laver » ou « fumer tue » ?

On craignait une catastrophe, comète folle ou troisième guerre mondiale, mais l’Amérique était inoxydable. Même si les peurs sempiternelles suscitaient les mêmes fantasmes qu’aujourd’hui : la BD incite à se masturber (donc plus de belles pépées), à devenir pédé (donc plus de jeune assistant du super héros auquel s’identifier), ou à la violence (donc plus de morts par balles et un seul coup de poing du gentil sur le méchant à la fin). L’alcool est interdit aux moins de 21 ans (donc désirable dès 12 ans), le striptease à la foire agricole est interdit aux moins de 13 ans, puis 14, puis 16, puis… à mesure que la vieille génération se voit menacée par la jeunesse. L’explosion des mômes est sympathique, moins celle des adolescents, programmés pour remettre en question ce qu’ils voient. « Le mot teenager lui-même n’avait été inventé qu’en 1941 » p.172. Mais pire : « les adolescents fumaient, répondaient insolemment et se pelotaient à l’arrière des voitures. (…) Ils avaient de petits sourires narquois. (…) Ils pouvaient passer jusqu’à quatorze heures par jour à se repeigner. Ils écoutaient du rock’n’roll, un genre musical énervé clairement conçu pour donner envie aux jeunes de forniquer et de fumer du chanvre » p.173. Il leur faudra une bonne guerre… Le politicien star John F. Kennedy leur donnera le Vietnam la décennie suivante.

Mais c’est une autre histoire. Bill Bryson, issu d’un père luthérien germanique et d’une mère catholique irlandaise, ira en Angleterre après sa première année d’université, préférant l’Europe à 21 ans, en 1972. Il s’y mariera et fera quatre kids. Voir étant enfant baiser ses parents tout nus sous les draps (p.150) ne l’a en rien traumatisé, contrairement aux théories modernes des psys qui ne savent pas quoi inventer pour faire encore plus de fric.

Autant dire que cette autobiographie décalée, hilarante, dit beaucoup non seulement sur l’auteur (électrique) mais aussi sur cette Amérique (sûre d’elle-même et dominatrice) d’un incorrigible optimisme, à qui tout souriait dans les années 1950. Justement parce qu’elle voyait la vie en rose et qu’elle restait pleine d’énergie. Une leçon pour notre temps ? En tout cas le lecteur ne s’ennuie jamais au long de ces 349 pages aux 14 chapitres ornementés de citations des faits divers surprenants du ‘Des Moines Register’ !

Bill Bryson, Ma fabuleuse enfance dans l’Amérique des années 1950 (The Life and Times of the Thunderbolt Kid), 2006, Petite bibliothèque Payot 2010, 349 pages, €8.69 

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Thorgal à nouveau papa

Thorgal, le héros viking des années 1990, de pères belge et polonais (Van Hamme-Rosinski), a été sept ans avant papa d’un petit garçon blond et hardi, Jolan. Dans cet album 16ème, voici sa femme Aaricia, princesse viking, à nouveau enceinte. L’accouchement ne se passera pas sans stupeur ni tremblements. La vie est rude dans les âges médiévaux, dans ce paysage du grand nord qui sort à peine de l’hiver.

Fantasme de femme, Aaricia tient absolument à accoucher dans « son » village, celui qu’elle a quitté pour suivre Thorgal, enfant des étoiles qui n’est de nulle part. Atteindre le fameux village n’est pas de tout repos et ce n’est pas la première fois que le couple et l’enfant tentent d’y parvenir. A chaque épisode, des obstacles humains les en empêchent. Cette fois-ci ne déroge pas à la règle. C’est un vaniteux Wor, dit « le Magnifique » parce qu’il a sens aigu du marketing et de sa personne, qui est devenu « roi » des Vikings du nord. Il occupe le village, accapare les femmes avec sa bande, et a fait main basse sur l’héritage du roi défunt dont Aaricia est la fille. Autant dire que le retour de Thorgal n’est pas le bienvenu…

Il y a donc complot, dans une nature sauvage peuplée de brutes. Tous les ingrédients de l’aventure pour les petits garçons. Jolan construit une cabane avec son père, s’endort heureux parce qu’il entend ses parents se dire « je t’aime ».

Il volera un cheval afin de prévenir son père. Mais il n’a ni l’âge ni la carrure, malgré son courage. Un orage fait cabrer son cheval qui le désarçonne. Assommé, gisant à terre, il sera récupéré par les brutes qui s’en servent comme otage pour attirer Thorgal – et le tuer. Car la tuerie suit la torture comme le viol le pillage. Tous les poncifs de la légende viking établie par les moines en robe sont là.

Sauf que Rosinski-Van Hamme tissent une autre histoire : les Vikings ne sont pas toujours des brutes épaisses, pas plus qu’en notre temps les soldats ou les ados de banlieue. Il y a aussi des histoires d’amour, d’honneur et de courage. Comme la BD est à destination des moufflets et mouflettes, ces valeurs là sont bien mises en scène.

Chacun des héros est courageux, jusqu’au chien Muff qui combat un grand soudard sur le point d’embrocher Jolan. Aaricia aveugle de braises l’autre soudard avant de fuir et de se cacher de la horde. Elle accouchera dans la douleur, mais sans rien dire, auprès… d’une louve dans le même état de parturiente. Le courant passe, solidarité entre femelles ; les petits naissent ensemble.

Thorgal, bien sûr, combattra le vaniteux, montrera à la horde combien minable est le bellâtre, sera époux et père attentionné. Il sera sauvé par le destin qui est, comme chacun sait, la somme des actions passées que l’on a accomplies. Le passé vous rattrape toujours et les crimes précédents ne restent pas impunis. Mais les bonnes actions ne restent pas non plus sans réponses.

Tout est bien qui finit bien ? Pas tant que ça : Aaricia est épuisée, Thorgal et Jolan blessés, Muff entre la vie et la mort.

Nous sommes en 1990 et personne ne sait ce qu’il va advenir du monde avec une URSS vacillante et une Chine en plein essor. L’aventure est tentante, mais cruelle. Elle fait mal. Il est bon de rester stoïque et de faire honneur à ses valeurs. Telle est la leçon aux gamins et gamines, les deux sollicités par cette histoire où bagarres et attaches familiale se rejoignent.

Voilà en tout cas Thorgal papa à nouveau. D’une fille cette fois, une très brune qui s’appellera Louve pour faire bonne mesure !

Rosinski-Van Hamme, Thorgal 16 – Louve, 1990, éditions du Lombard, 48 pages, €11.35

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Argoul.com a un an !

Un an déjà ? Pas la peine d’en faire un plat, cela fait quand même sept ans que je blogue. Donc sept ans déjà ! Sept ans de bonheur. Oui c’est important, sept ans, c’est toujours un cap, pour les couples comme pour les gosses : l’âge de raison. J’ai laissé argoul.blog.lemonde (disparu) pour argoul.com (ce blog-ci). Problèmes techniques à répétition, censure insidieuse, aucune information, un paiement pour avoir le « droit » de contribuer aux bénéfices du journal Le Monde… Curieux que sur la même plateforme libre, WordPress, il n’y ait aucun problème technique, ni censure par mots-clés choisis par une bonne sœur, non ? Je suis très heureux d’avoir changé. Sauf que l’historique manque et c’est dommage, c’est l’historique qui fait la profondeur, la réputation d’un blog. Il en reste des traces sur AgoraVox, Medium4You, Paperblog, Ideoz

Tant pis, il faut savoir refaire sa vie.

(Sur le graphique ci-dessus, le premier et le dernier mois ont été ajustés en nombre de jours puisqu’ils sont incomplets)

Celle d’Argoul n’est pas si mal réussie au fond (un peu de brosse à reluire, ça fait du bien pour soi-même de temps à autre). Plus de 79500 visites depuis l’origine il y a un an, 371 articles, 625 commentaires (et 1185 spams, ces pourritures du web). Les visiteurs sont en moyenne 495 à venir chaque jour sur le blog en novembre, ils n’étaient que 76 en décembre 2010 mais n’ont pas cessé d’augmenter : 118 en février, 226 en mai, 255 en août – toujours par jour. Le jour record a été le 13 novembre de cette année avec 614 visiteurs !

Que regardent-ils, ces visiteurs ? A plus de mille visites… la crise et le sexe. Y a-t-il un rapport de compensation ? Ou s’agit-il d’un public différent, étudiants pour le premier thème, ados pubertaires pour le second ? Il y a des restes d’enfance et du sérieux ardu, de l’île au trésor et des coûts du travail français. Merci à Alain l’économiste et à Hiata de Tahiti de contribuer à ce blog. Si personne ne connaît Paul-Émile Lafontaine, la photo de vahiné dans le plus simple appareil (fleuri) fait beaucoup pour sa réputation ! Pour le reste, expositions parisiennes, aventure, randonnée, bandes dessinées et ce romancier anglais à découvrir, Jonathan Coe. A noter un retour de Marine Le Pen ces trente derniers jours, du fait de la campagne électorale qui commence, probablement.

Vous savez que sous la fleur et au-dessus du mot « Recherche », dans la colonne de droite du blog, vous pouvez taper un mot-clé à trouver dans tous les articles du blog ? Le cadre n’est pas très visible, entouré en très pâle, mais il existe !

L’ordre des notes les plus lues :

  1. Un État peut-il quitter l’euro ?
  2. Vie tahitienne à la pointe Vénus
  3. Paul-Émile Lafontaine, Campagne des mers du sud
  4. Sexe entre utopie et réalité à Tahiti

A plus de 500 visites depuis l’origine, la BD de François Bourgeon (érotique), L’île au trésor, le mythe (éternel) de la vahiné… Le Clézio chercheur d’or, et MondoCoût du travail français comparé, Facebook, l’expo Cranach, et la tapisserie de la Dame à la licorneQuelle démocratie arabe ?, Thorgal, le salon Destinations nature, et Jonathan Coe.

Leurs critères de recherche ? Zone euro, argoul (plus de 2000), Marine Le Pen, tahitienne nue, Alix Enak, torse nu (plus de 200), Jean d’Ormesson, Guilaine Depis – attachée de presse littéraire (plus de 80), érotisme, seins, randonnée… (plus de 50). Argoul, Bisounours, Marine Le Pen et zone euro principaux ce dernier mois.

Les images les plus cliquées : carte zone euro et fille nue Tahiti.

Les principaux référents : Jean-Louis dit jlhuss, Google, Facebook, lemonde.fr, Medium4you, Niduab, OlivierSC.

Merci à mes commentateurs les plus assidus : Judem (qui n’a pas de blog !), Benjamin, Michèle, Martin et Melly. Il y a 12 followers et 28 articles suivis à ce jour.

Ce blog est étrange, il n’est pas spécialisé. Scandale pour le tout venant qui adore classer en étiquettes commodes pour zapper. Mais je ne me refais pas. Il y a et il y aura de l’exotisme par les voyages, des idées, des livres, des réflexions sur la politique ou le monde. Il y aura du classique et des BD, des expos et romans policiers, de l’histoire et de l’actualité. J’aime tout ça, et plus encore.

Qui m’aime me suive !

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Etranges rapprochements

Il suffit de se promener dans Paris, un dimanche d’été, pour observer une succession de rapprochements qui, de fil en aiguille, vous conduisent au bord de l’étrange. Tel Murakami, vous passez de la banalité au surréel…

Dans une vitrine d’un célèbre magasin de bandes dessinées : « Mes amis à poil« , édité par Spirou et destiné aux gamins. Pourquoi pas, c’est mignon après tout.

Mais le jardin du Luxembourg, pas très loin, vous offre toute une palette d’apoilisme à divers degrés.

De la fille fort décolletée par ces temps orageux aux garçons en émoi qui exhibent leurs muscles naissants sur la pelouse ou au foot.

Poursuivez de l’autre côté de la Seine avec les Tuileries et vous aurez pareil : des gars torse nu, une voilée qui les mate, et des gamins à poil -complètement à poil- en statues.

C’est de l’art me direz-vous, mais qu’est-ce que l’art ? Le paroxysme de ce qui est beau sur la terre ? La passion faite pierre ?

Le calcaire parisien n’est pas le marbre grec qui laissait sourdre la lumière, tout comme la chair de jeunesse. Passe-t-on sans contraintes de l’art à la réalité ? Atterrir est une éducation : y en a-t-il encore une ?

Ce qui est inquiétant n’est pas tant que la beauté se montre, la jeunesse est l’âge pour cela. Ce sont ces annonces « innocentes » sur les descentes de pluie : un jeune homme qui cherche un « étudiant sportif », barré d’un « sale PD » en gras, au-dessous de laquelle s’étale une recherche parentale d’une « personne sérieuse avec expérience pour notre fils de 8 ans le mercredi… »

De la BD à l’annonce, en passant par les jardins, on se demande parfois… Ce sont d’étranges rapprochements, je vous dis.

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