Coût du travail français comparé aux coûts européens

Article repris par Medium4You.

Le baratin politique noie souvent le poisson en prenant des références qui arrange ses arguments de combat. Ainsi, le coût du travail français serait-il équivalent au coût du travail allemand sur 20 ans, mais pas sur 10 ans. Encore faut-il savoir ce qu’on entend par « coût du travail ».

L’organisme officiel Eurostat a le mérite d’être au-dessus des politiciens nationaux et d’élaborer des statistiques identiques pour tous les pays européens. Le dernier EuroIndicator n°42/2011 du 16 mars 2011 (référence au bas de la note) montre que le coût du salaire horaire a monté de 1,6% dans la zone euro sur un an, de trimestre à trimestre, et de 2,0% dans l’Europe des 27. Hélas ! L’augmentation du coût du travail en France rejoint celle des pays ex-soviétiques !

Ce coût est décomposé entre coût salarial et coût patronal.

  • Le coût salarial est composé des rémunérations directes et indirectes telles que bonus, participation, paiement des jours fériés ou congés payés et avantages en nature.
  • Le coût patronal comprend les contributions sociales et les taxes patronales, subventions salariales déduites.

J’ai regroupé dans le tableau ci-dessous les colonnes du dernier trimestre 2010 par pays et par branche pour les 27. En France dans l’industrie, les salaires sur 1 an au Q4 (de trimestre à trimestre), les salaires ont augmenté de 3,7%, soit plus qu’en Allemagne (DE = 1 ,4%), au Royaume-Uni (UK = 2,7%), en Espagne (ES = 1,1%) ou même au Danemark (DK = 2,4%) dont les prestations sociales font rêver la gauche sociale-démocrate. L’augmentation des salaires français est moindre dans les services, sinistrés par la crise financière mais, avec 2,8%, proche du Danemark (3,1) et nettement supérieur à l’Allemagne (1,6) et à l’Espagne (0,8). Seul le Royaume-Uni a des coûts qui montent plus (4,2), mais ce sont les salaires versés aux salariés qui expliquent cette hausse (4,5% vs 2,4% pour les français).

On ne pourrait que se féliciter de voir le coût salarial français être dans la moyenne haute de l’Europe, si ce coût concernait les salaires dans la poche des salariés. Il n’en est rien… C’est bel et bien le coût hors salaires distribués qui augmente le plus ! Plus 4 ,4% de coût entreprise pour l’industrie contre SEULEMENT 3,4% pour les salaires, plus 4% pour la construction contre 2,6%, plus 3,5% pour les services contre 3,5%.

Cet état statistique ne montre que les évolutions, pas la base. Mais chacun sait depuis longtemps ce qu’il en est en France. Une infographie du Monde ou le dernier rapport de la Commission de la Sécurité sociale française le montrent : la France est l’un des pays européens qui charge le plus les salaires en cotisations sociales. Un salarié français touche environ 57% de ce qu’il coûte au total à l’entreprise (et sans la CSG qui est considéré comme un impôt et pas une cotisation sociale !) – contre 88% au Danemark, 77% au Royaume-Uni et 70% en Allemagne. Bien sûr, certaines assurances santé ou chômage ne sont pas comprises dans ces pays. Chacun cotise à l’organisme qu’il veut. Mais avec la moitié de son salaire versé en plus, où est le handicap ? Au contraire, la concurrence des assureurs existe, donc le choix de ce qui convient le mieux à votre situation. Alors que dans la France caporaliste du « tous pareils », est-on VRAIMENT sûr que cette ponction, engouffrée dans le tonneau sans fond des « contributions publiques » soit bien employée ? La comparaison France-Allemagne du tableau ci-dessous est édifiante.

Cela représente tout le poids d’un État gourmand incapable de se régenter et des organismes sociaux gérés suivant des habitudes antédiluviennes. Le salarié paye, sur son salaire brut ou sur son salaire caché via les cotisations patronales, mais il ne sait pas où va cet argent facile. Mal vérifié, réparti de façon opaque, il n’a ni la traçabilité, ni la surveillance, ni le contrôle. Pendant ce temps là, la consommation et l’épargne sont en berne. Les gens se débrouillent comme ils peuvent avec ce qui leur reste. Ils ne peuvent que sortir les sortants si le climat se dégrade. Et cela à chaque élection alors que, s’ils choisissaient eux-mêmes les assurances à prendre, ils décideraient à chaque fois.

Le tableau régulier de comparaison que publie Eurostat devrait éclairer le citoyen et l’inciter à interpeller toute la chaîne de gestion de cette dîme de ponctionnaires qui prélèvent au passage ses droits comme hier le clergé, pour justifier sa fonction. N’y aurait-il pas une ferme rationalisation à effectuer avant de demander aux salariés toujours plus de taxes sociales, contributions et autres jours de cotisation retraite ?

La France semble être gérée à la soviétique puisqu’elle n’est dépassée dans le tableau statistiques que par les ex-pays de l’est dans l’Europe à 27 (et le Portugal, depuis des décennies socialiste). Les économistes, souvent de gauche, qui déplorent que « les salaires » soient si mal lotis dans la répartition de la valeur ajoutée en France, qu’ont-ils à dire sur la répartition des coûts salariaux entre ce que paye l’entreprise pour son salarié et ce que touche effectivement celui-ci ?

Un gros État n’est-il pas un frein à la croissance lorsqu’il rend visqueux une part des salaires plus importante que d’autres États pour frais d’une administration au final très moyenne ? Ni la justice, ni l’école, ni l’armée, ni le Pole emploi ne justifient de si gros prélèvements sur les salaires et cotisations patronales au vu de leur efficacité comparée aux autres services publics européens. Et qu’on ne me dise pas qu’on « manque de moyens » ! Le poids des prélèvements sur les salaires rend cette assertion ridicule.

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8 réflexions sur “Coût du travail français comparé aux coûts européens

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  5. Ce qui compte est l’évolution. Les chiffres de la SS datent de 2008, ceux d’Eurostat de 2011. La part de cotisations « others » sur les salaires (charges entreprise) augmente le plus en France, c’est ça qui est inquiétant, au vu de la dégradation administrative des services. Ce n’est donc pas un problème de moyens mais d’organisation.
    Voir aussi le recul historique de Jacques Mistral, économiste de gauche, cité ici : https://argoul.com/2010/12/14/faillite-francaise/

  6. Je comprends mieux ce que vous voulez dire. Mais je constate, de visu, que le salaire annuel global (gain net) n’est que très légèrement inférieur en France qu’en Allemagne, et qu’il a subi en effet une plus forte hausse, pas seulement l’année dernière, mais depuis 2000, puisque nous n’étions alors même pas dans la même dizaine. Pour les cotisations (zones gris clair et gris foncé), pour moi, c’est relativement semblable entre les deux pays. Je n’ai pas pris ma règle pour voir ce qu’il en était exactement, mais j’ai l’impression, comme pour les gains nets, que ça se tient…
    Mais bon, on ne va pas pinailler sur des chiffres quand nous sommes d’accord sur l’idée globale… 😉

  7. Le tableau France-Allemagne (élaboré par la SS française) noie effectivement le poisson exprès. La partie noire de la colonne est le gain net, les parties grisées les cotisations sociales salarié+employeur. Les impôts prélevés sur le salaire – comme par hasard – se trouvent au milieu pour donner une illusion graphique.
    Que les impôts personnels (état + lander) soient plus élevés en Allemagne qu’en France, c’est bien possible, mais tel n’est pas le sujet : les impôts 1/ tiennent compte de chaque situation personnelle et familiale, 2/font l’objet d’un vote annuel aux parlements (régional + national), les électeurs peuvent donc donner leur avis à chaque élection d’assemblée. Ce qui n’est pas le cas des cotisations obligatoires, à la source et indolores (puisque le salarié ne les voit pas, payées qu’elles sont par le patron).
    Vous noterez de visu que 1/le gain net est inférieur en France à ce qu’il est en Allemagne, 2/ que le total grisé est supérieur en relatif (puisque sur salaire annuel global plus faible en France) et que 3/ le tableau de chiffre Eurostats montre que l’augmentation est bien plus forte l’an dernier en France qu’en Allemagne : pour les services par exemple +2.4% pour les salariés (+1.5% seulement en Allemagne) et +3.5% pour les patrons (+2.2% seulement en Allemagne).

  8. Je ne suis décidément pas douée avec les chiffres, car j’ai du mal à comprendre cette explication :
    d’après le tableau comparé France/Allemagne, je vois que les Allemands ont un taux de prélèvement d’environ 50%, pas 30… (ce qui rejoindrait d’ailleurs leur maxime « je ne gagne de l’argent qu’à partir du 1er juillet », sous-entendu que la moitié de ce qu’ils gagnent va dans les caisses de l’état ou des Länder) ; qu’au final, un français gagne autant qu’un allemand (gain net), mais que le coût est moins élevé globalement parce qu’il y a moins de prélèvements (impôts + cotisations salariales et patronales)…
    Ce qui contredit complètement votre argument, d’où la pensée que j’ai compris ce tableau à l’envers…
    Sinon, sur les idées, je suis d’accord sur le principe que la liberté de choix engendrerait certainement pas mal d’économies pour les français, et sans doute aussi que ça les responsabiliserait par rapport à leurs dépenses de santé (mais c’est encore un autre débat).

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