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Le charme discret de la bourgeoisie de Luis Buñuel

Je n’avais jamais vu ce film étrange, sorti en 1972 ; peut-être le terme de « bourgeoisie » était-il un repoussoir dans ces années gauchistes ? Revoir la société française parisienne avec résidence dans les Yvelines, presque cinquante ans après, est un rare plaisir. Combien le monde a changé en une seule génération ! Exit les Citroën DS aux phares directionnels, les Simca 1000 en forme de boite à savon, les Peugeot 404 racées, les Renault 17 carrossées sport et les Cadillac longues comme des péniches et souples comme des nefs.

Les conventions bourgeoises sont toutes d’artifices : comme dans la société de cour d’Ancien régime, il s’agit de paraître : riche, beau, à l’aise dans l’existence et dans le couple. Ce qui se passe dans la réalité est tout autre : tête de linotte qui empêche un dîner prévu, baise torride irrépressible tout de suite qui en empêche un autre, saoulerie au premier verre de la sœur célibataire (Bulle Ogier) qui en empêche un troisième, cadavre du patron de « la fameuse » auberge connue du bourgeois qui inhibe les convives du dîner manqué, service à l’armée en manœuvre (colonel Claude Piéplu), descente de police ou descente terroriste qui en empêchent toujours d’autres dîners dans les rêves… C’est que le « le dîner » est le summum du théâtre social. Chacun, chacune, est en représentation, verre à la main et clope au bec, tout maquillage et cravate dehors, dans une tabagie et une alcoolémie que l’on n’a plus jamais revu depuis.

Dès l’apéritif, baptisé « les cocktails » pour faire chic, le bourgeois donne une leçon aux autres, pour montrer qu’il « en est », qu’il connait les usages de sa caste : François Thévenot (Paul Frankeur) qui roule en Jaguar MK2 et joue les pique-assiettes dans les dîners mondains, détaille les « bonnes » opérations pour réussir un Martini dry ; au dîner, Henri Sénéchal (Jean-Pierre Cassel) propriétaire d’une immense villa dans la proche campagne de Paris pour afficher sa réussite, détaille la « bonne » façon de couper le gigot, tandis que son épouse Alice (Stéphane Audran) clame à la cuisinière la « bonne » cuisson du gigot et la « bonne » façon d’accommoder les fayots « à l’huile d’olive » pour faire grande cuisine. Le bourgeois, comme toute classe dominante marxiste, définit ce qui est « bon » et mauvais dans les usages, les autres sont dominés par leurs injonctions sociales et morales.

C’est ainsi que Rafael Dacosta (Fernando Rey), ambassadeur de Miranda, république autoritaire d’Amérique du sud qui ressemble fort au Chili, dénie systématiquement tout ce qui va mal dans son pays : l’achat des juges, les inégalités sociales croissantes, la pauvreté abyssale, la répression des étudiants en colère comme on se débarrasse des mouches « avec une tapette » (inversion des rôles, la tapette étant l’étudiant dans le vocabulaire flic du temps), le trafic de drogue, l’accueil aux anciens nazis. Sa mission est toute d’hypocrisie : présenter une image et nier tout ce qui va contre, en maître suprême de l’illusion – même quand le colonel fume devant lui une cigarette de marijuana en prétextant l’exemple de l’armée américaine au Vietnam.

Mais la vie n’est pas une pièce de théâtre écrite selon les conventions. L’imprévu surgit toujours, dans un chaos vivant, ce qui fait que le dîner n’est jamais pleinement réalisé, tout comme n’est jamais signé « le contrat » dans la BD Gaston Lagaffe. Luis Buñuel aime la provocation, travers d’époque post-68 qui mélange absurde, surréalisme et contestation globale. Ainsi la domestique des Sénéchal (Milena Vukotic) qui paraît 25 ans en déclare 52 (inversion des chiffres imitant la pissotière inversée de Maxime Duchamp intitulée Fontaine en 1917). La figure de l’étudiant vaguement malfrat (Christian Pagès), est un exemple : au commissariat, un brigadier sévère (Pierre Maguelon) qui a intégré tous les codes de l’autorité bourgeoise, frappe un jeune homme dépoitraillé comme en ces années libérées (l’inverse de la cravate), et commande à ses hommes de le torturer « au piano » (une gégène musicale) pour le faire « avouer ». Quoi ? Non ce qu’il a « fait » car il n’a rien fait semble-t-il, mais qu’il a tort de se rebeller à l’autorité moustachue et qu’il reconnait le bon des « bons usages ».

Les bourgeois ont l’illusion de maîtriser le monde par leur fortune, donc par leur pouvoir. Et il est vrai que leurs relations sociales permettent souvent d’échapper au réel commun. Dans un rêve, qui peut être une réalité future ou une hantise du possible, un ministre (Michel Piccoli, homme affiché « de gauche » qui excelle dans les rôles de grand-bourgeois méprisant au pouvoir) fait relâcher la bande des Dacosta, Thévenot et Sénéchal, accusés (preuves à l’appui) de trafic de drogue entre Miranda et Paris. C’est que « les convenances » exigent que l’on ne fasse pas de vagues diplomatiques malgré la cupidité et l’égoïsme punis par la loi « égale pour tous ». Le qu’en dira-t-on de caste est plus fort que la loi commune chez les bourgeois. L’ambassadeur réussit à maîtriser une jeune terroriste (Maria Gabriella Maione) venue l’assassiner chez lui seins nus sous son pull, comme le tâte Dacosta, avec un pistolet cubain planqué sous la salade dans son sac andin. Il la relâche, faussement magnanime : car il fait signe aux flics des RG qui planquent dans sa rue de Franqueville du quartier La Muette (où il baise accessoirement la Sénéchal qui en veut avec tous), et ceux-ci embarquent la fille manu militari. Il s’est donné le « beau » rôle, mais la réalité est sordide.

Les bourgeois jouent et rêvent, ne sachant plus trop où se situe le réel – car l’inconscient se libère dans le rêve, donnant le vrai plus que le moi éveillé. Ainsi un lieutenant (Christian Baltauss), premier grade des officiers et première marche de bourgeoisie, raconte-t-il son enfance aux trois grandes dames ébahies (Delphine Seyrig, Bulle Ogier, Stéphane Audran) dont l’une flirterait bien avec lui, dans un café où le loufiat mielleusement poli selon les usages bourgeois (Bernard Musson) leur annonce successivement qu’il n’y a plus de thé, plus de café, plus de tisane et que l’on n’y vend pas d’alcool. Enfant à la veille d’intégrer un collège militaire à 11 ans, le lieutenant a empoisonné son père sur ordre de sa mère morte, qui lui dit qu’il a tué son amant qui est son vrai père. Les dessous des apparences ne sentent pas la rose. Tout comme l’évêque (Julien Bertheau) qui se fait jardinier chez les Sénéchal a vu ses parents empoisonnés par un inconnu, dont il découvrira que c’est un vrai jardinier qui ne joue pas un rôle (Georges Douking) à qui il donne l’extrême-onction – avant de le tuer, car un bourgeois n’a pas de noblesse d’âme, la force rustre ressort quand la réalité surgit brutalement. Le jardinier était brimé et épuisé par ses maîtres, mais cela ne compte pas ; il était peut-être le même que celui que les Sénéchal ont viré sans préavis une semaine auparavant, le laissant sans ressources, et dont l’évêque-ouvrier a pris la place « au tarif syndical ».

L’illusion devient comique lorsque la bande des entre-soi est invitée par le colonel à un dîner : ils se retrouvent dans un théâtre d’avant-garde, où ils doivent improviser… leur fuite. Ce n’est qu’un rêve, mais il caricature la représentation sociale.

Les bourgeois sont « en marche » sans savoir où aller sur cette grande route de Beauce qui part à l’infini entre les champs de blé en herbe, autre image de l’absurde que manie Buñuel, plusieurs fois montrée, rythmant le film. On peut se demander si c’est la haine du cinéaste pour les riches qui le pousse sans cesse à « provoquer le bourgeois » ; une hypothèse – absurde mais pourquoi pas dans le fameux Inconscient ? – serait que son nom sonne comme « bougnoule » en français ? Les « ouvriers » sont-ils meilleurs ? D’ailleurs, où sont-ils, pour comparaison, dans ce film ? Et qu’en est-il de la morale des cinéastes eux-mêmes (comme Weinstein) ?

Le spectateur jouit du spectacle et le charme discret opère, mais il se demande au fond qui dupe qui : le bourgeois tout d’apparences ou le Luis Buñuel qui n’est qu’images provocatrices ? Car le film, comme les personnages, manquent à mon avis de profondeur.

DVD Coffret Luis Buñuel (Le Charme discret de la bourgeoisie / Le Fantôme de la liberté / Gran casino), 1972, avec Fernando Rey, Paul Frankeur, Mercedes Barba, Agustín Isunza, Delphine Seyrig, StudioCanal 2005, , €75.00

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Anatole France, L’île des pingouins

Drôle de pochade que cette histoire d’un peuple – le nôtre – qui prend prétexte de pingouins pour donner des leçons à la Rabelais ou Montesquieu. Comment peut-on être pingouin ? Ou plutôt Français ? Car les humains  de France ne sont que des pingouins convertis à la foi chrétienne par un moine sénile qui n’y voyait plus clair. Emporté par le diable dans son auge de pierre, il évangélisa ce qui se trouvait devant lui. Or c’était, sur les glaces antarctiques, une colonie de pingouins manchots.

Grave débat dans le Ciel entre Dieu et les sages : cette conversion est-elle valable ? Comment ne pas dédire le pouvoir du prêche tout en préservant l’homme comme seul « fils » de Dieu ? Le Seigneur se résigne à accorder la nationalité… euh, l’humanité, à ces bêtes que sont les pingouins. Dès lors ils prennent tous les travers des hommes : ils découvrent qu’ils sont nus et ne doivent plus copuler en public (exit le bon sauvage), ils découvrent la propriété et le pouvoir de la force (bonjour la féodalité), ils découvrent la jalousie des voisins et le plaisir de la bataille (guerre de 100 ans avec les Marsouins de l’île d’à-côté), ils découvrent la peur des forces obscures (et du « dragon » qui terrorise la contrée et enlève les jeunes garçons), ils découvrent les viols et le mélange des populations (tout en inventant l’idée de nation et la passion cocardière).

pingouins

Comme toujours, France mélange des contes déjà publiés dans les journaux avec des spéculations d’actualité pour ficeler un « roman » fait de bric et de broc. Comme toujours, nous n’avons pas été convaincu cent ans après. Trois parties : le passé mythique, le contemporain de l’auteur (1880-1907), puis le futur.

  1. La légende médiévale est bien troussée, à la manière des histoires qu’on raconte aux enfants.
  2. La matière contemporaine – qui prend un tiers du livre pour seulement vingt ans sur les millénaires – est une charge lourdement positiviste et pesamment socialiste contre le parti catholique, contre l’armée, pour Dreyfus. On croirait lire un discours d’Harlem Désir, l’ironie et la belle langue en plus.
  3. Le futur, vu depuis 1908, est une pochade anarcho-socialiste comme il en paraissait alors : exacerbation des inégalités où quelques milliardaires actifs exploitent la grande majorité de prolétaires abrutis et dégénérés, jusqu’au grand bouleversement anarchiste des attentats et explosions (dues aux vapeurs de radium), permettant à deux néo bon sauvages (un homme efféminé et une maitresse femme) de reconstituer l’espèce. Autrement dit Sodome détruite par deux anges pour que Dieu impose son règne.

Le lecteur pourra aimer l’une ou l’autre des périodes, certains le futur, d’autre le passé, plus rares le contemporain 1908. L’auteur, vexé que sa Vie de Jeanne d’Arc parue au même moment soit éreintée par les critiques, s’est défoulé dans la satire des historiens et dans la morale de l’instruction publique. L’éditrice Pléiade a beau aligner des pages et des pages pour dire combien cela est beau et original, ça ne passe pas. L’absurdité du monde est moins démontrée que l’outrecuidance d’auteur qui veut prendre le lecteur pour dupe. C’était peut-être habile il y a un siècle mais l’œuvre a mal vieilli. Sauf parmi certains utopistes qui y voient une inspiration sociale, ou certains socialistes qui peuvent y retrouver le bonheur de la langue de bois.

Vous me direz : pourquoi lire ces œuvres inintéressantes, pourquoi se faire du mal ? Parce que connaître un auteur, c’est aller jusqu’au bout. L’œuvre en Pléiade est composée de 4 tomes, que je lis un à un. Rien ne m’obligera en revanche à relire ce qui ne m’a pas plu. Quant à vous, lecteur, vous en saurez un peu plus pour faire ce que vous voudrez.

Anatole France, L’île des pingouins, 1908, dans Œuvres IV, édition Marie-Claire Banquart, Gallimard Pléiade 1994, 1684 pages, €65.08

Anatole France, L’île des pingouins, 1908, éditeur CreateSpace Independent Publishing Platform (10 juillet 2013), 128 pages, €6.57, format Kindle Amazon Whispernet €0.00 (gratuit)

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Voltaire ou la philosophie d’un vrai laïc

François Marie Arouet était quelqu’un de positif. Il croyait au bon sens et raillait la bêtise. La France n’en a jamais manqué et le grand plaisir du maître était de pourfendre les ignares. Il s’agissait pour lui de ne pas être dupe, ni des charlatans, ni des mots, ni de soi-même. Nul, sinon Dieu, ne peut connaître la Loi du monde et bien présomptueux qui croit La détenir révélée à lui seul. L’être humain n’est doté que d’une intelligence toute relative qu’il met en œuvre par hypothèses et tâtonnements pour approcher la vérité. La connaissance de nos limites est la meilleure garantie contre la fatuité d’être « né » et l’orgueil d’être possesseur de la Vérité. « Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ? », demande-t-il dans un article philosophique ?

Fils de notaire élevé chez les Jésuites, pamphlétaire et embastillé en 1717 pour avoir moqué le Régent, puis une nouvelle fois en 1726 pour avoir moqué Rohan, chevalier, il s’exile en Angleterre de 1726 à 1730. Celui que l’absolutisme vol taire (‘veut faire taire’ en antique françoys), mourra « en détestant la superstition ». Il lui préfère l’utile. Ce qui conforte l’homme, son corps, ses sens et son esprit est meilleur, dans l’histoire, aux querelles des Grands, aux massacres des guerres d’honneur et aux petites phrases de Cour qui tiennent lieu de gouvernement. Les hommes feraient mieux de produire des biens et d’offrir aux autres des services, au lieu de s’exaspérer d’absolus mystiques et d’arbitraires vaniteux. C’est le mérite de l’Angleterre, où la religion est privée, le Roi limité et le commerce encouragé.

Toute la contestation d’Ancien Régime est là, dans cette révolte voltairienne contre les fats, les privilèges et les dévots. L’intérêt général n’est pas dans la querelle hérétique sur le sexe des anges mais dans la physique de Newton, la morale pratique des Quakers et les bienfaits des échanges. S’il parle ainsi de l’Angleterre, ce n’est pas pour que les Français adoptent sans procès la civilisation anglaise mais pour exercer leur jugement. Voyager, c’est se décentrer et voir les choses autrement tout en apprenant des coutumes différentes. Il revient à l’être de raison de faire preuve de discernement, ce que Voltaire appelle « le goût ».

Pour garder les pieds sur terre, rien de tel que les Lettres Anglaises. Elles prirent le nom de « Lettres philosophiques » après qu’une réédition y ait fait ajout « Sur les Pensées de Monsieur Pascal » qui clôt le mince volume (et ne présente guère d’intérêt). Je lui préfère quant à moi le titre initial dont le but était clair. Si clair que le livre fut aussitôt interdit par cette France de caste, congénitalement bornée, qui voit menace dans toute proposition hors du ghetto intellectuel dans lequel elle aime à se mirer toujours. Les interdictions n’ont guère changé de motif ; en 1734, ce fut pour « libertinage », « dangereux pour la religion et pour l’ordre de la société civile ». Nos contemporains n’ont rien inventé.

Voltaire est le héraut de cette éternelle révolte contre la caste, le dogmatisme et la bêtise. Il met en oeuvre l’anticléricalisme pratique. Réaliste, pragmatique et expérimentateur, il voue le clair esprit français à élaborer une pensée équilibrée et nuancée. Il s’agit d’éviter que les opinions dogmatiques et les croyances fanatiques ne dirigent la société civile. Toute idée qui se fige en doctrine, toute organisation qui se coagule en système, tout corps social qui se ferme en caste, introduisent le poison de la guerre civile où la raison se perd, source du malheur des humbles. Les intérêts partisans ne sont que particuliers lorsqu’ils ne parviennent pas à convaincre. Leur tentation est de s’imposer par la force, ce qui est contraire à la liberté. Et il faut voir la France dans le miroir de l’Angleterre lorsque Voltaire écrit dans la 5ème Lettre, avec un certain humour : « Le clergé anglican a retenu beaucoup des cérémonies catholiques, et surtout celle de recevoir les dîmes avec une attention très scrupuleuse. Ils ont aussi la pieuse ambition d’être les maîtres. De plus, ils fomentent autant qu’ils peuvent dans leurs ouailles un saint zèle contre les non-conformistes. »

La 6ème Lettre montre l’indigence française envers ce bien général et pratique que crée le commerce : « Entrez dans la Bourse de Londres, cette place plus respectable que bien des Cours ; vous y voyez rassemblés les députés de toutes les nations pour l’utilité des hommes. Là, le Juif, le Mahométan et le Chrétien traitent l’un avec l’autre comme s’ils étaient de la même religion et ne donnent le nom d’infidèles qu’à ceux qui font banqueroute. » Il ajoute, en 10ème Lettre, « le commerce qui a enrichi les citoyens en Angleterre, a contribué à les rendre libres et cette liberté a étendu le commerce à son tour ; de là s’est formée la grandeur de l’Etat. » Car Voltaire est un Libéral, de ce beau nom donné aux ardents défenseurs de la liberté contre les contraintes de la naissance et des conventions de classe. Il a contesté les dogmes religieux au nom de la libre pensée (bien qu’il crût à un Grand Horloger) ; il a contesté la suffisance des nobles et la sottise des courtisans prosternés devant le monarque absolu au nom de la raison humaine ; il a raillé ceux qui se croient au nom de ceux qui créent pour le bien commun. La France, c’est « la dissipation, le goût des riens, la passion pour l’intrigue » (20ème Lettre). Les Français de cour, c’est « la nécessité de parler, l’embarras de n’avoir rien à dire et l’envie d’avoir de l’esprit, trois choses capables de rendre ridicules même le plus grand homme » (24ème Lettre).

Les choses ont-elles changé, 277 ans plus tard ? « Je ne sais pourtant lequel est le plus utile à l’Etat, ou un seigneur bien poudré qui sait précisément à quelle heure le Roy se lève, à quelle heure il se couche, et qui se donne des airs de grandeur en jouant le rôle d’esclave dans l’antichambre d’un ministre, ou d’un négociant qui enrichit son pays, donne de son cabinet des ordres à Surate et au Caire, et contribue ainsi au bonheur du monde » (10ème Lettre).

Plutôt que de bavasser sans fin sur la religion des autres les petits marquis qui hantent la cour élyséenne pourraient commencer par dévoiler Voltaire, dans la cour du Louvre, ce scandale ! La soi-disant « laïcité » commence par l’exemple républicain. Où est-il donc dans la lâcheté ambiante ?

Quant à la Sainte-Opposition, toute occupée à fiscaliser en chambre pour ponctionner un peu plus les maigres salaires nets, elle ferait probablement mieux de mettre son inventivité à créer de la richesse. Elle profite à tout le monde et pas à quelques-uns.

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