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Philip Kayne, Les conquérants d’Aton 1

1358 ans avant notre ère chrétienne, le quatrième Amenhotep est fait pharaon avant de changer son nom en Akhenaton (Bénéfique à Aton) en l’an VI de son règne. Il s’est marié par amour à Néfertiti (La Belle est venue), malgré son père et malgré les traditions qui voulaient que la promise de son frère aîné lui soit dévolue. Or Thoutmosis est mort des suites de blessures d’un lion, lors d’une chasse au désert avec son frère. Les deux s’aimaient fort mais l’aîné n’était pas destiné à ceindre la double couronne. C’est donc Khétarâ, le cadet, plus spirituel, qui va prendre les rênes de l’empire avant ses 16 ans.

Il est disciple d’Aton, le dieu unique représenté par le soleil, et a pour adversaire résolu les prêtres du culte d’Amon, dieu traditionnel de l’Egypte et qui prend de multiples formes. Khétarâ va imposer le culte d’Aton et devenir Akhenaton, transmettant à sa mort la double couronne au fils qu’il a eu d’une sixième concubine : Toutânkhaton, 9 ans. L’auteur fait du futur Toutankhamon le fils même tant désiré de Néfertiti, mais la reine n’a semble-il eu que des filles. A 12 ans, le gamin déjà marié depuis trois ans, prendra le nom de Toutankhamon par retour aux traditions. Son père Amenhotep IV est en effet mort vers 33 ans nul ne sait de quoi ; l’auteur évoque une crise cardiaque. C’est bien solliciter l’histoire.

Philip Kayne, Belge et éclectique, a fait des études d’histoire classique avant d’aborder les civilisations du Moyen-Orient. Il se passionne pour l’Egypte dans laquelle il découvre les Origines du monothéisme, à la suite d’un certains nombres d’égyptologues et de Freud lui-même, sans compter les ésotéristes. C’est pourquoi le roman est « préfacé par Roger Sabbah », dont l’auteur me pardonnera de n’avoir pas su qui il est. Disons pour résumer que Roger Sabbah s’intéresse à l’histoire du Proche-Orient ancien et qu’il épouse une vision particulière de la Bible et des Juifs. Ces derniers seraient des Egyptiens chassés de la vallée du Nil lors de l’Exode sous l’égide d’un prince juif, Moïse, et partis s’établir en Palestine. Tout cela parce qu’ils pratiquaient le culte du dieu unique et non le polythéisme traditionnel. Abraham serait même l’autre nom d’Akhenaton, AbRâAmon et Israël AïSaRâAï… Ce ne sont que des hypothèses, déclinées sous des titres à sensation tels que Le secret des Juifs, Les secrets de l’Exode, Le pharaon juif, Les secrets de la Bible, Le secret du 3ème millénaire – la terre des pharaons était la terre d’Israël… Les éléments archéologiques ou les textes égyptiens n’apportent aucune preuve tangible de ce rêve unificateur juif, des religions à la psychanalyse, en passant par une obscure ésotériste nazie, Savitri Devi. Les pensées totalisantes ramènent à elles tout le progrès humain, les chrétiens avant-hier, les Aryens hier comme les communistes interprétés par Marx et Engels, les Juifs avec Sabbah.

Malgré ce biais un brin fantasque et son parti-pris idéologique, le roman de Philip Kayne s’attache à évoquer la vie quotidienne de pharaon, sa jeunesse et son amour pour Néfertiti, son accession au trône. Il donne de la chair et du cœur au récit historique, nous rendant les personnages attachants. Il s’ingénie surtout à nous montrer la sensualité très naturelle des Egyptiens antiques, baignés par un climat doux dans une nature soumise au rythme saisonnier du fleuve. Les amoureux sont « toujours main dans la main, à [se] bécoter, à échanger des serments ou de secrets, peut-être ? Et tout cela, souvent peu vêtus (… voire à) se balader entièrement nus » p.114. L’initiation sexuelle commençait tôt en Egypte ancienne et Khétarâ a déjà un enfant d’une union avec une concubine avant ses 13 ou 14 ans, le prince Sémenkarâ. Néfertiti l’affole, caressant sa peau nue, frottant son pubis contre le sien, plaquant ses seins durcis par le désir sur sa poitrine. Il défait vite son pagne et la robe quasi transparente de sa compagne avant de rouler derrière un buisson pour l’étreindre, à même la terre, et faire jaillir la vie comme l’eau du Nil féconde les champs.

C’est donc un bonheur de lecture, pimenté par les intrigues de cour du grand prêtre d’Amon appelé ironiquement Aânen et la perpétuelle adversité des tenants des anciens cultes qui essaient de tuer le pharaon hérétique tout en détournant à leur profit clérical une partie de l’impôt royal.

Mais une question vient : comment un tel naturalisme du plaisir, qui se manifestera dans l’art amarnien, se transformera-t-il du tout au tout en rigorisme puritain, physique, affectif et moral une fois la Bible établie ? Le monothéisme conduit-il au fanatisme par croyance de détenir la seule Vérité ? Tant la religion juive sous Moïse que la chrétienne avec Paul et la musulmane avec Mahomet récusent la chair au profit de la prière, et l’amour physique au profit du seul digne : l’amour éthéré du Dieu unique et jaloux qui commande tout.

Philip Kayne, Les conquérants d’Aton – tome 1 : La part de vérité, 2019, éditions Baudelaire, 429 pages, €22.00

Attachée de presse BALUSTRADE : Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com

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Max Gallo, Richelieu

Dans l’un de ses derniers livres historiques Max Gallo, mort en juillet 2017, délivre un message de foi patriotique. Sa biographie de Richelieu n’est pas œuvre d’historien mais de militant chevènementiste. Le sous-titre, La foi dans la France, en témoigne. Il s’agit d’admirer les grands hommes, pas de connaître la vérité. Ainsi le mythe patriote peut-il servir aujourd’hui.

L’opération est sympathique, pédagogique, mais fait bon marché de la complexité des hommes – et des femmes ! Car, à lire Max Gallo, tout n’était qu’intrigues et manigances autour du roi faible Louis XIII, intronisé à neuf ans alors que son père, le tonitruant Henri, était troué par l’assassin charentais Ravaillac. Louis fut terrorisé par papa, grand baiseur et truculent bavard, qui eut six enfants et douze bâtards ; il fut dominé par maman, Marie de Médicis jalouse et très dévote qui s’accommoda fort bien de la régence et eut beaucoup de mal à laisser les rênes du pouvoir à l’adolescent lorsqu’il eut 16 ans.

Par religion, le jeune Louis a en horreur la chair femelle ; par rébellion, il prend le contre-exemple de ses parents. Mais comme il est épris d’affection, il a besoin de jeunes favoris et d’un vieux mentor. Les favoris seront Luynes puis Cinq-Mars, « marquis de quinze ans », ainsi que Mlle de La Fayette parce qu’elle voulait rester chaste et entrer au couvent. Le mentor sera Richelieu.

Armand Jean du Plessis n’est devenu cardinal-duc que par la faveur du roi, et « de » Richelieu qu’à la mort de son frère aîné. Il était de 16 ans plus vieux que le roi et a su faire allégeance à maman avant de séduire fifils. Comme il n’a jamais dévié des conseils d’aîné avisé et de la ferveur qu’il a mis au service du royaume, d’après Max Gallo, Louis XIII l’a laissé faire, en pleine confiance. Adolescent bretteur et occupé de femmes, Armand Jean est vite contraint par sa famille à entrer dans les ordres pour conserver le bénéfice de l’évêché de Luçon. Il serait resté obscur évêque sans les intrigues de la Cour.

Mais il va dès lors accomplir sa « mission » – comme si, selon Gallo, elle lui avait été confiée par En-haut : « car telle est la volonté de Dieu qui a choisi de faire d’un homme, d’une dynastie, ses représentants sur terre. Le roi est sacré » p.250 (édition XO). L’ordre établi doit être respecté, telle est « la foi » de Max, « Dieu » venant en argument imparable. Or ce n’est pas « la France » qui est en jeu, mais « le royaume » – ce qui est un peu différent. Sous l’Ancien régime la nation existe peu, bien que le sentiment d’appartenance soit né contre les Anglais au moyen-âge, se soit affirmé contre les Espagnols au siècle des Louis, avant les Allemands aux 19ème et 20ème. Le royaume est surtout l’apanage du roi : tout ce qui l’enrichit conforte sa gloire, signe que Dieu est avec lui.

C’est tout ce qui importe à Richelieu, joignant son propre orgueil à celui de la dynastie, éminence rouge tuteur du roi. Le peuple ? Il s’en moque ; il fait réprimer les croquants va-nu-pieds en les pendant « par grappe ». Les Protestants ? Ce sont des traîtres en puissance, que les Grands manipulent avec l’aide de l’Espagne afin d’asservir le royaume à leurs intérêts particuliers. Gaston d’Orléans est ainsi habillé pour l’hiver, fat, inconstant, lâche. L’Eglise ? Elle doit servir le royaume, fille aînée vassale spirituelle du pape, mais bras armé bien plus puissant.

Dès lors, la geste du héros est écrite, et foin des détails qui ne cadreraient point. Le « trop joli enfant » qui accompagne Richelieu dans une campagne contre l’Espagne ? Pur instrument de propagande pour faire parler les soldats et rapporter leur moral au cardinal. L’enrichissement personnel incommensurable ? Rien que de très normal pour parler en égal aux Grands. Le népotisme familial ? Pratique courante de clientélisme d’époque.

Max Gallo nous offre une biographie qui se lit bien, phrases courtes, temps présent de rigueur. Des vérités simples à retenir, assénées et répétées comme un prof, pour bien ancrer dans la tête de linotte les points essentiels. Mais la « vraie » vie ? A quoi servirait-il de savoir ? Le lecteur ne doit retenir que ce qui reste dans l’histoire, le personnage et non la personne, le symbole agitable aujourd’hui et non la réalité humaine du temps.

Car Richelieu est l’Exemple du politicien voué à son pays… tout l’inverse de ceux d’aujourd’hui, des Grands serviteurs socialistes qui se servent avant tout eux-mêmes, et des barons de droite qui servent leur famille. Vite lu car  écrit au Gallo, mais un peu court quand même.

Max Gallo, Richelieu – La foi dans la France, 2015, Pocket 2017, 416 pages, €7.40

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Paul Doherty, Faux frère

Paul Doherty Faux frere

Nous sommes à Londres à la fin du printemps 1302. L’irascible et caractériel roi Edouard 1er mande son clerc Hugh Corbett pour enquêter sur des meurtres répétés de jeunes prostituées, égorgées et mutilées chacune un 13 du mois. Corbett rechigne, il avait la parole du souverain pour prendre quelques semaines et aller dans la famille de sa femme au pays de Galles. Derechef, le roi le fait chevalier et c’est désormais sir Hugh Corbett, flanqué de son souple et nerveux clerc adjoint Ranulf, qu’il a sauvé jadis de la potence, que débute l’enquête.

Tout tourne autour de Westminster, l’abbaye royale laissée à l’abandon depuis des années. Il se murmure que les Bénédictins s’y dévoient et financent des orgies de vin et de sexe à l’aide de l’argenterie du domaine. Ne voilà-t-il pas qu’un renégat anglais, ex-marchand emprisonné en Flandres pour cause de manque de parole du roi Edouard, est vu à Londres ? L’une des victimes, cette fois une lady en charge du secours aux filles perdues, murmurait ce dicton célèbre mais incongru : « l’habit ne fait pas le moine ». L’intrigue tourne autour de cette phrase, reprise dans le titre du roman.

Le pittoresque de la ville capitale ne nous est pas épargné, la pauvreté des petits mendiants dépoitraillés comme des soldats mutilés qui n’ont pour retraite d’avoir servi le roi que la mendicité. Les odeurs de la ville médiévale sont fortes, la morale faible, les instincts règnent en maîtres parmi la population illettrée prête à croire ce qu’on veut.

Mais c’est bel et bien l’éducation, et la logique apprise à l’école, qui sert le clerc et lui permet d’y voir clair. Bien que… « Il aurait dû se rappeler que la somme des parties ne constitue pas forcément un tout et que le hasard, le sort et les coïncidences défient la logique » p.264. Le lecteur est donc pris dans les rets d’une suite d’intrigues où il s’emberlificote autant que l’enquêteur, jusqu’aux coups de théâtre du finale. C’est bien mené, captivant et incomparable pour percevoir et sentir le moyen-âge londonien.

Ce qui n’est pas le moindre mérite de ce livre, l’intrigue ici décrite réellement eu lieu dans l’histoire de Westminster et les archéologues ont trouvé des morceaux de peau du coupable, écorché de par le roi et restés incrustés dans la porte de l’abbaye. L’auteur, professeur d’histoire médiévale, donne les cotes des archives dont il s’est inspiré. Un mot encore, Hugh Corbett a lui aussi existé : son vrai nom était John de Droxford. La réalité, parfois, dépasse la fiction !

Paul Doherty, Faux frère (Murder wears a cowl), 1992, 10/18 2007, 284 pages, €1.65

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Jean Christophe Rufin, L’Abyssin

jean christophe rufin l abyssin
L’histoire se déroule au temps de Louis XIV. Si elle évoque l’Abyssinie, nom Grand Siècle de l’Éthiopie chrétienne, c’est plus comme une contrée fabuleuse que comme un pays réel. La majeure partie des 699 pages du roman parle d’ailleurs peu du pays mais beaucoup plus de la France et de sa prétention. A cette grande époque, Louis XIV est un dieu-soleil autour duquel tout doit tourner, même les mouches, les ordres religieux et le Pape.

Nous avons donc un jeune homme : curieux, hardi, aventureux, aimant ses semblables. Accolons-y une jeune fille : élevée au couvent, dépucelée par la vie qu’elle observe, obstinée, aimant une seule personne. Flanquons le couple de quelques faire-valoir, Maître Jurémi, huguenot exilé et Françoise qui a eu des malheurs. Voilà pour les héros. Les anti-héros sont un Consul de France, tout empli de sa propre importance comme le veut sa charge “à la française”, quelques intrigants autour de lui et divers Jésuites et Capucins. Comme dans Molière, la jeunesse va s’opposer à la vieillesse, la fille au père qui veut la marier contre son gré, autant épris de noblesse que de fatuité, la modernité légère à la pesante tradition.

Et, comme il se doit, l’amour triomphera des convenances et des intrigues.

Jean-Baptiste Poncet, apothicaire exerçant la médecine sans être diplômé de faculté, est heureux au Caire, dans ces échelles du Levant qui offrent à un jeune homme sans naissance et sans fortune toute l’initiative qu’il peut prendre. Tout jeune qui se rend aujourd’hui en Californie, à Sydney, Singapour ou Tokyo pour fuir l’inertie française, le malthusianisme des postes et l’esprit de caste – allait hier en orient, où les Turcs appréciaient le savoir pratique.

Tout le contraire du consul de France au Caire, homme sans qualité nommé par naissance et faveur, que sa fille retrouve sans l’avoir connue, élevée au couvent depuis ses sept ans. Le consul et père fait venir en recommandé un gentilhomme pour établir la demoiselle, malgré les soupirs de l’intrigant et odorant Macé son adjoint. Mais Monsieur le Consul de Maillet voit sa fille Alix en décider autrement – et se faire déflorer exprès pour empêcher le contrat. Elle s’enfuit avec son amant Jean-Baptiste qui sait si bien séduire les plantes, les bêtes et les cœurs vrais.

Avant ce happy-end, la quête du jeune homme doit quand même se dérouler selon les rites : se qualifier pour concourir, vaincre les épreuves, et mériter la belle – tout comme dans les contes.

Une suite d’intrigues force ledit Jean-Baptiste à monter une ambassade hasardeuse vers cette Éthiopie qui déteste les prêtres venus de Rome et dont nul n’est jamais revenu. Jean-Baptiste en reviendra parce qu’il ne se prend point au sérieux, nommé ambassadeur auprès de Louis XIV par le Négus lui-même. Il ne profitera pas de ce titre arraché de haute lutte pour se hausser du col, une tentative en ce sens échouant sous les intrigues. Jésuites, Capucins et autres ordres “moraux” sont plus soucieux de politique que de foi et pratiquent bien peu cette charité chrétienne qu’ils vantent aux autres à longueur de sermons. Le lecteur ne manquera pas d’y voir une certaine caricature de socialistes, que l’auteur a fréquentés assez dès l’ère Mitterrand pour en connaître les ressorts.

Ce livre au titre éthiopien parle de l’image jésuitique de l’Éthiopie par les savants de cour (travers très français). Il parle de haute politique accouchant de souris (entre autres parasites). Il parle de la France en son miroir, arrogante, se poussant du col, infatuée, ne considérant la “mondialisation” d’époque que si elle consent à tourner autour de son soleil. Tout Français pourvu d’un statut appartient à une caste ; il prend dès lors « une expression d’importance, c’est-à-dire, car les deux choses sont fort voisines pour l’apparence, un air offensé et comme indigné par l’outrecuidance de ces indésirables intrus » p.515.

Jean-Christophe Rufin a ainsi de ces expressions qui sont autant de bonheurs de lecture. Elles rendent ce roman d’aventure digne d’être lu. Bien écrit, enlevé, assez gros pour durer le temps d’un voyage, il manifeste que l’auteur aime ses personnages – et c’est là tout, si l’on veut qu’un roman soit bon.

Jean-Christophe Rufin, L’Abyssin, 1997, Folio 699 pages, Prix Goncourt du Premier Roman, Prix Médicis 1997, €10.20

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Yasushi Inoué, La favorite

yasushi inoue la favorite 2014
Nous sommes en Chine au 8ème siècle, sous les Tang. Le japonais Inoué aime à écrire ces romans historiques qui dépayse son lecteur dans le pays-continent voisin qui a failli l’envahir mais qui lui a donné l’essentiel de sa culture. S’éloigner dans le temps permet aussi de faire ressortir le relief des passions humaines.

Yang est la jeune épouse d’un prince lorsque qu’un ordre du palais impérial lui mande de déménager à la cour. Elle est « désépousée » pour devenir, sur ordre de l’empereur, sa concubine parmi les 3000 du harem. Sauf que le vieillard Siuang-tsong est amoureux, malgré le titre à lui conféré par ses sujets de « Sage Empereur Vertueux Emblème de la Voie et de la Piété filiale, Lettré et Divin guerrier, Fondateur et Grand trésor du Ciel et de la Terre ».

Il fait officiellement de Yang sa Précieuse épouse au détriment de dame Prunus, reléguée ailleurs, après quelques années de décence où la dame devient fictivement nonne pour justifier sa désépousaille.

Les chroniques disent en vers ou en prose ce qu’il en fut des amours de Yang et de Siuan, pas simples lorsqu’on est au sommet du pouvoir et que l’on peut, d’un geste, exhausser tous ses désirs. Sauf lorsque les favoris se rebellent ou que l’avidité de richesses et de pouvoir contreviennent aux sentiments.

C’est tout cela que va découvrir Yang Kouei-feï, âme pure qui va s’attacher à son amant vieillard d’empereur de Chine, puis se souiller au contact du pouvoir. Car il s’agit de survivre. Aidée des conseils avisés de l’eunuque Kao Li-che, elle va se faire adopter par une parentèle assez vaste pour promouvoir chacun à un poste important, cela pour maitriser places et argent – et contrer les intrigues.

C’est un barbare semi-turc, au ventre tellement énorme qu’il épuise sous lui tous les chevaux au bout de quelques lieues, qui va la demander comme « mère adoptive ». Flattée, poussée par l’empereur qui aime à se divertir avec le Sang-mêlé, Yang Kouei-feï va sceller son destin. Car les intrigues continuent et le barbare An Lou-chan, fait prince et commandeur de provinces entières, va retourner son armée contre la capitale. Au départ contre le Premier ministre qui le calomnie puis, lorsque des armées sont envoyées contre lui, contre l’empereur même, poussé par l’inertie de sa rébellion. Il proclame un empire à lui et veut se faire reconnaître ; il bataille et vainc les armées du centre.

L’empereur s’enfuit de sa capitale, dans la panique de son entourage. Il est dès lors impuissant, à la merci des intrigants. L’armée nouvelle, formée à la hâte de gens du peuple, cherche des boucs émissaires. Ce sont tous ceux qui n’ont rien vu venir dont, liens de parentèle obligent, la Précieuse épouse Yang Kouei-feï elle-même. Sans avoir rien fait, elle se trouve condamnée. Et c’est son âme damné l’eunuque Kao Li-che qui va l’étrangler discrètement dans un bosquet avant ses 40 ans.

Dès lors, tout rentre dans l’ordre cosmique, comme si la mort de la favorite réouvrait le destin de l’empire. An Lou-chan meurt assassiné par son fils, ses armées reculent, l’empereur rentre à la capitale.

Dans ce roman enlevé, tout empli d’intrigues et de rebondissements, Inoué fait revivre la Chine médiévale avec le sens du détail qui est le trait obsessionnel du caractère Japonais lorsqu’il entreprend une tâche. C’est vivant, très humain, et laisse à penser sur l’irrationalité foncière de ces humains pourtant si arrogants.

Yasushi Inoué, La favorite –Le roman de Yang Kouei-feï, 1963, Picquier poche 2014, 252 pages, €8.40
Les romans de Yasushi Inoué chroniqués sur ce blog

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Alexander Kent, Honneur aux braves

alexander kent honneur aux braves
Le capitaine Bolitho, en 1802, est désormais vice-amiral, il terminera le roman anobli. Il faut dire qu’il a conservé une île à la couronne, coulé deux navires ennemis et pris à l’abordage un troisième – un plus gros. Cette aventure de mer ne dépare pas les précédentes, la 15ème du lot. Nous sommes entre hommes et les relations humaines comptent par-dessus tout.

La mer, les hasards et les dangers, l’équipage, les anciens et les proches, ledit Alexander Kent (qui se nomme dans le réel Douglas Reeman) les connaît bien pour s’être engagé lui-même à 16 ans dans la Royal Navy. Il n’a pas son pareil pour décrire les affres et le courage des aspirants de 13 ans, des enseignes de 19 ans et des lieutenants de 20 ans, tout comme la responsabilité assumée des capitaines de 30 et des amiraux de 50 ans. Il le sait, ce qui compte est le chef, celui qui sait surveiller, aimer et rendre justice au travail de chacun : « Ces marins ne se battaient ni pour le pavillon ni pour le roi, comme le croyaient ces imbéciles de terriens. (…) ils se battaient pour leurs compagnons, pour leur bâtiment, pour leur commandant » p.231.

Nul ne connaît rien à la guerre, pas plus qu’à l’entreprise, s’il ne sait ces quelques mots. Ce n’est ni la gloire, ni l’argent, ni la femme, qui font se battre pour vaincre : mais l’attachement à ses camarades. Difficile à dire en ces temps de féminisme forcené et de chacun pour soi – mais c’est ainsi que cela fonctionne entre hommes.

‘Honneur aux braves’ est un bon roman d’aventures pour adultes – et l’on devient adulte dès 13 ans dans la marine à voile. Le lecteur se souviendra longtemps d’Adam le neveu, d’Evans le petit aspirant juste pubère, d’Allday le serviteur absolu, de Jethro l’ancien marin fidèle, de Keen le valeureux capitaine de pavillon. Les intrigues, les coups de main, les combats navals ne manquent pas. Il faut savoir nager, et pas que dans les vagues, dans la bêtise humaine des civils aussi qui ne pensent qu’au commerce et aux coups bas politiques. Si vous perdez, la faute vous en revient ; si vous gagnez, on se glorifie de vous avoir choisi et donné les bons ordres.

Mais pour Bolitho, ce qui compte sont les hommes. Il s’est marié, a eu une petite fille qu’il ne verra qu’un an plus tard, après sa mission. Celui qui est comme son fils est son neveu, qui lui doit tout. Que lui faut-il de plus ?

Malgré les traductions tardives et les parutions au compte-goutte, la série des 23 volumes de mer prenant Bolitho aspirant adolescent pour le quitter amiral en son âge mûr, est un délice de lecture. Oserai-je dire « pour les garçons » ? C’est mal vu par l’égalitarisme forcené des aigries qui n’ont pas trouvé pied à leur chaussure, mais je le dis. Il n’est ni interdit ni tabou aux filles d’aimer – enfin je crois – puisque la liberté est le premier des biens hérité des Lumières. Bienvenue sur la mer !

Alexander Kent, Honneur aux braves, 1983, traduit de l’anglais par Luc de Rancourt, Phébus Libretto 2011, 361 pages, €9.41

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Anatole France, L’anneau d’améthyste

Où le lecteur retrouve ce bon Monsieur Bergeret, professeur de littérature latine dans une université de province, qui vient de se séparer de sa femme, d’adopter un chien, et qui commente avec un humanisme républicain l’Affaire en cours. Anatole France plonge cette fois-ci dans l’histoire de son temps, très fin de siècle, tout entière accaparée par le jugement pour trahison du capitaine Dreyfus en 1894.

L’antisémitisme se déchaîne à la fois contre le Prussien aidé par un apatride, et contre le Juif volontiers républicain et hostile à la religion catholique. La France se cherche, blessée par la défaite de Sedan sous Napoléon le petit ; elle se croit le phare universel du monde, sans voir qu’elle n’a de puissance que celle qu’elle se forge, notamment en économie. Or le rêve de toute fille à marier est d’épouser « un propriétaire, un rentier ou un fonctionnaire » – toutes professions de statut qui produisent peu mais vivent en parasites sur l’État et la société, comme sous l’Ancien régime.

L’antisémitisme est le bouc émissaire idéal qui permet d’attaquer le financier, le libre-échangiste, le rationnel libre-penseur et le républicain – tous ces industrieux optimistes aimant le progrès. Même si le Dieu des chrétiens est juif, Jéhovah comme Jésus et Saint-Esprit. La Contre-révolution veut effacer 1789 pour retrouver la société organique des ordres voulus par Dieu, dans un immobilisme national (qui n’a pas disparu en 2013) : une foi, un roi, une loi. Anatole France est le deuxième sur la pétition des intellectuels après Émile Zola pour la révision du procès Dreyfus. Ses romans contemporains ne peuvent qu’y faire allusion.

Monsieur Bergeret est bien seul dans sa petite ville, rares sont ceux qui pensent comme lui que l’armée n’a pas forcément raison, ni que l’église catholique doive édicter ce qu’il convient de penser. Que sept ou même quatorze officiers en conseil de guerre puissent se tromper plus qu’un seul, Bergeret et Anatole France en sont convaincus. L’esprit de corps, la révérence hiérarchique et la peur de ne pas dire comme tout le monde poussent à un unanimisme fusionnel propice à toutes les erreurs judiciaires. Que vaut « la vérité » contre la raison d’État ? Eh bien tout, répond France avec esprit de libre examen ; surtout rien, rétorque la foule moutonnière avec esprit d’autorité.

Si la discipline fait la force des armées, elle fait aussi sa bêtise : il suffit qu’elle soit mal commandée, comme à Sedan, mal guidée par les politiciens, comme Napoléon III. La suite verra que rien ne change, en 1914, en 1940, sous la IVème République… Un bel outil entre des mains débiles ne fournira que de mauvais services.

Anatole France démontre la progressive inculture intellectuelle par le duc de Brécé : la déchéance de sa bibliothèque, commencée au XVIIème siècle par les grands classiques et censurée par l’actuel duc devenu prude bourgeois.

Il montre aussi la progressive influence de l’argent par les parvenus Bonmont – nés Wallstein – qui ont racheté l’antique château de Montil pour y entreposer une collection d’armes et de tableaux cosmopolites pour se créer un statut.

C’est à ces deux puissances que s’oppose le républicain cultivé Bergeret, nommé professeur à la Sorbonne à la fin du roman. Méritocratie républicaine contre le fait de naître ou la fortune spéculative : voilà Anatole France.

Antimilitariste, anticlérical, antiprivilèges – et volontiers socialiste-libéral à la Jaurès – Anatole France distille sa critique acerbe de la société de son temps dans une langue française limpide et précise. C’est un bonheur de le lire. L’histoire commencée avec L’orme du mail et poursuivie avec Le mannequin d’osier, va de l’avant avec la victoire de l’abbé Guitrel par les femmes : il obtient sa titulature d’évêque de Tourcoing du ministre et du nonce, après les multiples intrigues et coucheries des grandes bourgeoises de son milieu. L’une d’elle, juive convertie et mariée à un baron d’empire (le summum de la parvenue pour le temps), veut lui offrir une bague sertie d’améthyste (d’où le titre du roman)… mais l’oublie dans la garçonnière de son amant militaire.

amour couple printemps

Ce n’est pas le seul trait d’ironie du livre. Contre les croyances imbéciles, Anatole France évoque cette jeune Honorine « de 13 ou 14 ans » qui a « des visions de la Vierge » dans la chapelle – mais qui n’oublie pas d’aller retrouver dans la forêt Isidore « de deux ans plus jeune » : « ils se réconcilièrent. Et, comme ils n’avaient rien, ils s’amusèrent sur eux-mêmes et prirent leur plaisir l’un de l’autre. (…) Isidore (…) avait une longue habitude des choses de l’amour » p.27. C’est mignon, et berne par la nature les bons bourgeois idéalistes.

En ces temps de renouveau de la haine et de la guerre civile idéologique, il est bon de relire cet Anatole France.

Anatole France, L’anneau d’améthyste – Histoire contemporaine III, 1899, Œuvres tome 3, édition Marie-Claire Bancquart, Gallimard Pléiade 1991, 1527 pages, €61.75

Format Kindle, 434 pages, €0.89

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Christian Jacq, Le dernier rêve de Cléopâtre

Christian Jacq Le dernier rêve de Cléopâtre

L’auteur français le plus lu de la planète, docteur en archéologie égyptienne et auteur de près de 90 ouvrages, nous livre ici sa version romancée de la prise de pouvoir de Cléopâtre, fille du pharaon Ptolémée XII, avec l’aide de César, vainqueur de Pompée à Pharsale. C’est bien écrit, en chapitres courts, qui ne prennent cependant tout leur rythme qu’à la moitié du livre. Dès la première phrase, le ton est donné : « La reine était nue » ; la dernière phrase n’est pas moins révélatrice : « Vous avez dû rêver ». Entre les deux, le roman. Un brin sentimental, un brin politique, un brin action.

L’historien érudit offre les matériaux à l’auteur de romans policiers et de fresques historiques. Christian Jacq est séduit par l’Égypte, depuis l’âge de 13 ans, dit-on. Plus par la longévité de cette civilisation du Nil, les mystères des dieux et des temples, et par la sagesse accumulée dans les bibliothèques de papyrus que par les êtres. L’auteur a fréquenté la franc-maçonnerie, curieux des rites multimillénaires nés en Égypte… Il nous en offre un faible aperçu par le personnage d’Hermès, mage des temples et du désert, qui survient toujours à point nommé pour aider Cléopâtre. Le vrai Hermès sera philosophe et médecin, le mythique sera nommé Trismégiste, fusion gréco-égyptienne des dieux Thot et Hermès. Il deviendra peut-être Moïse, puis le père de l’alchimie… Nous sommes en pleine multiculture, sauce antique.

Les seuls portraits de Cléopâtre, César et Ptolémée XIII en gamin de 14 ans sont fouillés ; les autres sont un peu sommaires. On trouve François Hollande dans l’un des personnages : « Connaître les dédales de l’administration alexandrine, formée de milliers de fonctionnaires jouissant d’un nombre incalculable de privilèges, nécessitait une solide expérience, beaucoup d’habileté et un cynisme à toute épreuve. Ces qualités-là, l’eunuque Photin les possédait au plus haut point » p.19. Plus loin, Hermès pourfend le socialisme hollandais : « Ton monde est celui de la corruption et de la perversion, le criminel est préféré à l’homme droit, les intrigues politiques remplacent la bonne gouvernance. Les puissants ne songent qu’à leur profit, méprisent le peuple et l’oppressent en l’écrasant d’impôts. (…) Incapables de percevoir l’harmonie secrète de l’univers, privilégiant le savoir à la connaissance, se vantant de leur philosophie qui détruit l’intuition créatrice, de leurs discours creux et de leurs interminables débats ne menant à rien » p.45.

Nous sommes bien loin des modèles : César, « intelligent, rusé, impitoyable, adoré de ses légionnaires » qui « ignorait la défaite » p.131 ; Cléopâtre, « alliant vivacité d’esprit, culture et beauté » p.202, s’adressant à lui d’égal à égal. Selon Plutarque, la reine n’était en rien parfaite, ni même remarquable, mais elle avait un indéniable charme et un sens aigu du pouvoir. Elle parlait au moins sept langues et était instruite en mathématiques et astronomie. Christian Jacq la cueille à 21 ans en pleine fleur.

Cleopatre tombe Djeserkaraseneb

En Égypte, c’est la crise. Alexandrie règne à la grecque sur un pays resté traditionnel, écrasé de taxes. Le roi conjoint Ptolémée XIII, 14 ans, est capricieux, gourmand, et veut s’affirmer comme petit mâle. Il est manipulé par les eunuques avant de lui-même manipuler sa seconde sœur Arsinoé contre sa reine conjointe Cléopâtre. Car ces deux enfants aînés du pharaon Ptolémée XII règnent ensemble, et Rome est chargée d’y veiller par testament. Pompée, vaincu, cherche refuge en Égypte mais est décapité sur ordre des eunuques pour plaire à César. Celui-ci méprise cette vilenie et n’aura de cesse de chasser les castrés, de mater l’adolescent irascible et d’établir Cléopâtre seule reine d’Égypte. Il en tombera amoureux, lui fera un fils, Césarion, et l’associera à son triomphe à Rome (Césarion sera tué par Octave à 17 ans). Mais, entre temps, il devra survivre, avec ses quelques légions arrivées avec lui par bateau, face à l’armée entière de Ptolémée…

C’est avec talent que Christian Jacq conte la bataille, en pleine ville, des Romains aidé des Juifs d’Alexandrie contre les Gréco-égyptiens. Il ajoute quelques personnages inventés pour égayer le roman comme le Vieux, amateur de bon vin, et son âne Vent du nord qui parle avec les oreilles. Il parsème l’action de pauses dans les temples d’Égypte, tel Hermonthis où réside le dieu taureau Boukhis, Dendera le sanctuaire de la déesse Hathor, ou Héraklion, lieu du dieu caché Amon. La douceur du printemps sur les rives du Nil ou les couchers de soleil sur la Méditerranée vus des palais d’Alexandrie sont un bien beau décor pour ces personnages d’exception qui font l’histoire.

Un roman de délassement agréable, qui manque un peu de vigueur au début.

Christian Jacq, Le dernier rêve de Cléopâtre, octobre 2012, éditions XO, 410 pages, €20.80

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Paul Doherty, Le combat des reines (Mathilde 2)

Nous sommes sous le règne du roi anglais Édouard II, encore possesseur de la Gascogne et de ses vins que lorgne le roi de France Philippe le Bel. Les Templiers viennent d’être occis, sous les prétextes fallacieux propres à tous les politiciens lorsqu’ils veulent se débarrasser de leurs adversaires et faire main basse sur leurs richesses. Seule l’Angleterre n’a pas chassé les Templiers et la papauté de Rome, jamais en reste de servilité à l’égard des puissants, menace. Les barons anglais grondent contre le favori du roi, le trop beau Gaveston sorti de la roture. L’époque est donc propice aux complots et cabales, ce qui fait le pouvoir des obscurs – donc des femmes.

Car c’est de femmes qu’il s’agit dans ce roman policier historique. Paul Doherty a soutenu sa thèse d’histoire à Oxford sur la reine Isabelle, fille de Philippe le Bel qu’Édouard II a épousée. Il connaît donc très bien le sujet, son époque et sa psychologie. La garce, violée par ses trois frères lorsqu’elle demeurait encore à Paris, sait y faire en intrigues de toutes sortes. Ce n’est pas un mignon comme Gaveston, une reine douairière comme Marguerite, un évêque repu et retord comme Langton ou des barons grossiers se croyant corégents qui vont lui faire peur. La reine d’Angleterre, venue de France, hait son père et ne sera certes pas son espionne à la cour. Pas plus sa suivante Mathilde, nièce du médecin parisien des Templiers brûlé par les sbires de Philippe et experte en potions de toutes sortes.

Le roi Édouard est réfugié dans son ‘manoir de Bourgogne’ au cœur des terrains étendus du palais de Westminster. Les barons menacent d’un coup de force, soutenus en sous-main par Philippe de France et par les évêques avides du trésor des Templiers. Mathilde et sa maîtresse Isabelle vont déjouer le complot dans une suite de rebondissements où les chambres fermées de l’intérieur et les morts mystérieuses ne manquent pas !

Paul Doherty donne ainsi le tome 2 de la série « Mathilde de Westminster », née de Clairebon, proche de Brétigny en Essonne, qu’il a commencée avec ‘Le calice des esprits’ (chroniqué samedi dernier). Qui aime l’histoire se délectera des intrigues dignes des ‘Trois mousquetaires’. Qui aime le moyen âge se réjouira des détails pittoresques apportés aux menus des banquets, aux vêtements du petit peuple, aux mœurs des ecclésiastiques, à la crédulité sur les reliques, au règlement des marchés et aux enseignes des tavernes.

Et si l’illustre Agatha Christie vous a beaucoup appris sur les effets de l’eau de muguet, vous en saurez autant avec Paul Doherty sur les effets d’une ingestion de violette…

Paul Doherty, Le combat des reines (The Poison Maiden), 2007, édition 10-18 Grands détectives janvier 2010, 347 pages, 8.36€

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