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Alexander Kent, Un vaisseau de haut bord

Adam Bolitho poursuit sa route. Il est relevé de ses fonctions à bord de la frégate Le Sans Pareil après son combat d’Alger trois mois auparavant car elle doit être réparée de fond en comble. Va-t-il rester à terre, dans sa demeure de Falmouth où les portraits des ancêtres semblent lui reprocher son inactivité ? Pas le moins du monde, « Leurs Seigneuries », lords de la Mer, le rappelle sur la demande d’un vice-amiral : il va devenir son capitaine de pavillon.

C’est lui, autrement dit, qui va diriger le vaisseau de 74 canons, l’Athena, tandis que l’amiral se contente de mettre sa marque dessus et de penser à la haute stratégie. Car en 1817, si la guerre est terminée, le Parlement anglais a voté une loi contre l’esclavage dix ans avant sous la pression des gauchistes de l’époque, Quakers et associations chrétiennes philanthropiques. La Marine du Roi a pour mission de la faire respecter – juste au nord de l’Equateur, car les traités signés avec les puissances espagnole et portugaise après le congrès de Vienne de 1815 autorisent encore la traite négrière au sud. Il est bien entendu que ces fructueuses affaires – un esclave acheté 20 $ et vendu 300 $ – se poursuivent sous le manteau en Angleterre même. Le commerce n’a aucun scrupule et seule la force du droit, exercée par l’Etat, peut l’empêcher.

C’est la mission du vice-amiral Bethune ; il a voulu avec lui le neveu de Richard Bolitho qu’il a très bien connu en mer. Adam est ravi du commandement, moins d’être sous la coupe d’un amiral plus politicien que marin, mais il doit se séparer de son « petit équipage ». Son garçon de cabine Napier, désormais 15 ans, doit voler de ses propres ailes. C’est la mission du père ou du tuteur d’y veiller. La protection et l’apprentissage ne durent qu’un moment, même si l’amour subsiste. Car il y a véritable « amour » (filial), le terme est prononcé par David Napier lui-même en son for intérieur. Il est le fils de substitution qu’Adam n’a pas encore eu, toujours en mer et amoureux de femmes fantasques qui ne durent pas. La dernière, Lowenna, semble amoureuse de lui et ils s’entendent à merveille au lit, mais il l’a à peine fréquentée et voilà que son protecteur le peintre Montaigu meurt malade, après l’incendie de son atelier. Lowenna est-elle condamnée à continuer à poser nue pour vivre, voire à tomber pute ?

Ces deux personnages se partagent la vie tourmentée d’Adam Bolitho, ce qui donne quelque profondeur aux aventures mâles dans la marine. Il recommande David Napier comme aspirant auprès du capitaine Munro et demande à sa tante Nancy de bien vouloir héberger Lowenna dans sa propriété de Falmouth avec sa nièce Elisabeth, la fille de Richard qui a elle aussi 15 ans.

Ces affaires de famille se croisent avec celles de Bethune, marié convenablement et doté d’enfants assez grands, mais qui veut pour maîtresse Catherine, l’ex de Richard Bolitho. Elle est sous la protection de Sillitoe, l’affairiste de la City ; il ne la touche pas mais l’admire, tandis qu’elle n’aime pas Bethune mais finit par lui céder. Il est de notoriété d’élite que Sillitoe trempe encore dans la traite des nègres où son père a établi sa fortune. Il est habile, rusé, se joue de la Marine. Mais pour combien de temps ? Et la liaison de Bethune avec la belle Catherine n’est-elle pas une trahison ? La moindre confidence sur l’oreiller peut mettre la puce à l’oreille du marchand pour échapper aux navires qui contrôlent et arraisonnent les vaisseaux soupçonnés de traite juridiquement interdite.

Bethune et son capitaine de pavillon Bolitho se rendent donc aux Antilles, à Antigua précisément, avec le vaisseau de 74 dont les canons ont été réduits à 64 pour libérer un logement de luxe pour le vice-amiral. En route, ils entendent le grondement d’une canonnade ; c’est un petit vaisseau du Roi qui a été coulé par un trois-mâts barque civil lourdement armé – un négrier. Aucun survivant sauf un vieux lieutenant qui expire sitôt sauvé, après avoir livré l’information. Cet affront réclame vengeance et Bolitho, sur demande de l’amiral, mûrit son plan : pénétrer dans le port de San José sur la côte cubaine, qui abrite les navires négriers arborant n’importe quel pavillon pour faire croire. Il va feindre de poursuivre un navire de traite qu’il vient d’arraisonner pour endormir la méfiance, puis tout canonner et régler leur compte aux négociants présents sur les navires hors la loi. Dont Sillitoe, qui sera capturé, jugé et probablement pendu. Moins pour avoir embarqué des esclaves que pour avoir tiré sur des navires du Roi. Catherine y perdra la vie mais Napier, jeune aspirant sur un autre navire durement touché, montrera son calme et sa valeur, ressentant à chaque fois dans le danger la main de son protecteur sur son épaule.

Nous sommes dans l’aventure avec navires sous voile, incidents de mer et vie humaine à bord, mais aussi combats navals et ruses de guerre. La bravoure compte moins que les ordres précis et clairement donnés, l’exemple des officiers est primordial pour obtenir le meilleur des matelots. Richard l’a transmis à Adam qui l’a transmis à David. C’est ainsi que l’on devient un homme, un officier, un capitaine.

Alexander Kent, Un vaisseau de haut bord (Man of War), 2003, Phébus Libretto 2018, 392 pages, €10.80

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Alexander Kent, Sans relâche

Le lecteur peut suivre les aventures du neveu de Sir Richard Bolitho, Adam, dans ce nouvel opus. Il s’agit toujours de mer, de navires à voile, de la Marine de Sa Majesté. Il s’agit toujours d’histoires d’hommes, d’obéissance et de combat, de justice et de commandement, avec le bonheur de vivre en vase clos et de voguer sur la mer comme un espace de liberté.

Nous sommes fin 1815 et la paix est enfin venue entre l’Angleterre et la France. C’est désormais l’esclavage, à la fois la traite des nègres au large de Sierra Leone et l’enlèvement de chrétiens par les corsaires du dey d’Alger, qui font l’essentiel des nouvelles missions d’une Marine qui désarme. Le capitaine de vaisseau Adam Bolitho, sur sa frégate Le Sans-Pareil prise aux Hollandais, reçoit l’ordre d’assister les navires de surveillance au large de l’Afrique, avant de rallier Plymouth pour repartir en Méditerranée bombarder Alger sous les ordres de Lord Exmouth.

Chez lui, près de Falmouth, la grande demeure des Bolitho est vide. Ni femme, ni enfant pour l’attendre, seulement les domestiques et les vieux amis de son oncle de retour à terre qui œuvrent alentour. Sa tante Nancy, sœur de sir Richard, demande à Montagu, un artiste renommé, de faire son portrait. C’est dans la maison de campagne du peintre tout près de Falmouth, qu’Adam rencontre Lowenna, une jeune femme qui a connu des malheurs et qui pose nue pour le tableau d’Andromède enchaînée par le monstre marin à son rocher, attendant Persée. Il va être saisi, tomber amoureux, s’imaginer en héros. Cela semble réciproque et cela le ravit, surtout en mer lorsqu’il n’est qu’avec des hommes et qu’il tâte dans sa poche le billet qu’elle lui a écrit in extremis le jour de son départ.

Le capitaine est toujours soucieux de son équipage, faisant confiance à ceux dont il connaît la compétence, quel que soit leur grade, et surveillant plus particulièrement ceux qui se prennent au sérieux et qui abusent de leur position. Le lecteur qui a suivi la série des Bolitho reconnaît en Adam le tempérament de son oncle Richard. Comme tout jeune garçon impressionné par celui qui l’a formé, père, parent, ami ou supérieur, il reproduit. Il traite les plus jeunes comme on l’a traité lui, jeune. Ainsi de David Napier, son garçon de cabine de 14 ans, qu’il a sauvé d’un éclat dans la jambe dans le volume précédent. Sa mère l’a abandonné à la Marine, elle lui écrit qu’elle se remarie et part en Amérique, laissant l’adolescent seul au monde. Bolitho prend soin du garçon et en fait l’un des membres privilégiés de son « petit équipage », tel que son oncle en avait un. C’est à la fois beau et touchant.

Un bon roman d’aventures qui se répète un peu par rapport au tome précédent, la jeunesse d’Adam ne compensant pas la richesse de Richard, héros favori de l’auteur.

Alexander Kent, Sans relâche (Relentless Pursuit), 2001, Phébus Libretto 2017, 451 pages, €11.99 e-book Kindle €7.99

Les romans maritimes d’Alexander Kent chroniqués sur ce blog

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Alexander Kent, Le sabre d’honneur

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Richard Bolitho, devenu amiral, fatigue. Revenu des côtes américaines où la guerre s’éternise, il est envoyé – une fois encore – en Méditerranée. Napoléon 1er a abdiqué après sa défaite en Russie et se trouve exilé par les alliés à l’île d’Elbe.

Leurs Seigneuries veulent-elles honorer ou éloigner leur amiral aussi glorieux que Nelson ? Car Bolitho n’en fait socialement qu’à sa tête. Discipliné et aimé de ses hommes dans la marine, il est inapte social à terre : il vit en concubinage avec une maîtresse, veuve Lady Catherine, tandis que son épouse légitime le snobe et monte leur fille contre lui. Ce n’est guère apprécié dans la société qui gravite autour du Régent à Londres.

La série, déjà longue, s’essouffle. L’auteur nous fait suivre en parallèle les destins de Richard, de son neveu Adam et de sa maîtresse Catherine. Avec toujours autant d’humanité, celle de Richard qui reste simple vis-à-vis des hommes malgré sa position, celle d’Adam qui voit en son mousse celui qu’il était à cet âge, celle de Catherine toujours amoureuse de son « amiral d’Angleterre ». C’est pour ce côté très humain que nous aimons ces livres ; l’aventure ne serait rien sans les autres hommes. Un côté scout, un côté peuple, un côté profondément démocratique – au fond le meilleur de nous-mêmes, Occidentaux.

Adam est capitaine de vaisseau et poursuit, sous les ordres d’un autre amiral, le blocus des côtes des Etats-Unis. Un projet fou, pour venger une défaite, est de bombarder Washington en remontant le Potomac. Mais une batterie côtière récemment entretenue et ravitaillée, bloque l’accès. Le nouvel amiral est indécis sur l’action à mener et frileux sur les conséquences pour sa carrière. Il s’en tient aux ordres. Adam va-t-il réussir à le convaincre de ne pas échouer faute d’oser ? Lors d’une bataille navale avec des frégates américaines fortement armées le mousse d’Adam, John, 13 ans, tombe, fauché d’un coup par un éclis de bois dans la moelle épinière. Il ne sera jamais aspirant… mais offre de belles pages d’émotion contenue.

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Catherine est seule à Londres, où elle effectue les visites obligatoires auprès de ses rares amis pour rappeler Richard et promouvoir Adam. Mais la bonne société se rit d’elle, à mépris ouvert ; et elle manque de se faire violer par un capitaine aigri aux derniers stades de la folie syphilitique, dont Richard a pris la suite pour le plus grand bien de l’équipage.

Richard croise entre Malte et la Sicile. Des pirates barbaresques et des corsaires du dey d’Alger profitent de la paix revenue, donc du désarmement de la flotte anglaise, pour rançonner les navires marchands et embarquer des cargaisons d’esclaves chrétiens. Ils les torturent allègrement s’ils résistent et n’hésitent pas à les crucifier comme l’état islamique le fera sans vergogne (ce roman, écrit en 1997, ne connaissait pas encore Daech, mais bel et bien les sources historiques du temps).

Un mystérieux capitaine Martinez, d’origine espagnole et renégat, conseille le dey d’Alger qui abrite, en son port bien défendu par des batteries côtières, deux frégates sans marque. Elles menacent la navigation et se révèlent appartenir à la flotte française, prêtes au retour en France de l’empereur Napoléon 1er. Elles attaquent et prennent une frégate anglaise, diminuant ainsi l’escadre – trop faible parce que Leurs Seigneuries se préoccupent plus de leur apparence à la Cour que de vision géopolitique.

Lors d’un engagement des deux frégates avec le vaisseau amiral, le 1er  mars 1815 – le jour même où Napoléon remet le pied sur le sol français à Cannes – sir Richard Bolitho tombe. C’est la fin en quelques lignes. Emotion d’une vie bien remplie et du devoir accompli, dans l’amitié de ses compagnons proches et de tout l’équipage.

Mais la série n’est pas terminée : le « dernier des Bolitho », Adam, rentre dans la vieille maison de Falmouth et la guerre a repris avec l’Ogre corse…

« – Vous l’admirez, sir Richard, n’est-ce pas ?

Admirer ? Le mot est trop fort. Il s’agit d’un ennemi – il le prit par le bras, changeant de ton : Mais si j’étais français, je le suivrai » p.383. Le fair-play est un mot anglais.

Alexander Kent, Le sabre d’honneur (Sword of Honour), 1997, Phébus Libretto 2016, 402 pages, €10.80

e-book format Kindle, €9.49

La série des aventures de Richard et Adam Bolitho chroniquée sur ce blog

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Alexander Kent, Au nom de la liberté

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La suite des aventures du désormais amiral de plein exercice Bolitho et de son neveu capitaine de frégate Bolitho, se poursuivent. Le début est un peu poussif, car tout de psychologie sur Richard et Catherine, Adam et Zenoria, Allday et son Unis. Mais dès que l’action débute, au premier tiers, tout redevient comme avant. Il faut en effet l’aventure pour que les personnages prennent vie ; la psychologie seule ne sied pas vraiment à un auteur anglais.

La mer est omniprésente, mais aussi la marine à voile qui oblige à la discipline et au savoir, au courage et à l’attention aux autres. Car un navire de guerre est une arme d’équipe : le plus important, dit le capitaine Tyacke à un aspirant ambitieux, ce ne sont ni les membrures du vaisseau, ni la portée de ses canons, mais le moral de l’équipage !

Ce capitaine valeureux, dont la moitié du visage a été brûlée par une explosion au service de Sa Majesté, est laid dehors et beau dedans. Ses officiers, ses marins comme ses mousses s’en rendent compte très vite. Il est exigeant mais attentif, militaire mais humain. Cet équilibre (rare, avouons-le, dans la chose militaire) est peut-être le meilleur accomplissement du métier. L’attention à chacun, jusqu’au plus jeune, crée une ambiance d’équipe, quelle que soit la hiérarchie. Le rang s’en trouve valorisé car chacun se trouve obligé, sous le regard des autres, d’accomplir son devoir – noblesse oblige.

Cet héritage, qui fera vaincre les grosses frégates américaines surarmées par les bâtiments anglais fatigués, est celui de l’amiral Bolitho. Il n’y a que lui pour insuffler du moral aux hommes. « Lorsque l’amiral vous regardait, vous, en tant qu’individu, vous sentiez quelque chose couler dans vos veines. Et vous saviez aussitôt que vous le suivriez n’importe où » p.217.

Cette expérience humaine ne peut que s’acquérir dans des circonstances exceptionnelles. C’est parce que l’auteur s’est engagé dans la marine de guerre britannique à 16 ans, durant le second conflit mondial, qu’il peut décrire avec autant de force et de justesse ce qui distingue au combat le bon marin des autres : le moral de la troupe dû au charisme du chef et à l’amitié des camarades. Car l’être humain ne se bat pas vraiment pour des abstractions telles que la liberté ou la patrie ; sur le terrain, pris dans l’action, il se bat pour ses copains qu’il aime, pour son chef direct qu’il admire et pour son bateau qui est son équipage.

Nommé amiral aux Antilles pour surveiller les convois anglais contre les visées de la marine américaine en plein essor, l’amiral Bolitho va avoir fort à faire pour contrer ces frégates grossies, issues de la technique et de la force (traits bien yankees déjà…). Elles ont la rapidité des frégates et la puissance de feu des navires de rang supérieur : comment faire lorsque l’Amirauté, confite en traditions, répugne à s’adapter ?

Bolitho junior se battra vaillamment avant d’être fait prisonnier, surtout par désespoir d’avoir perdu Zenoria, la femme de Valentine Keen qu’il avait baisée lorsqu’il a avait cru son mari mort. Zenoria s’est jetée d’une falaise après avoir perdu son petit garçon, étouffé dans ses draps. Adam, blessé et soigné par un chirurgien français aux États-Unis, sera délivré par le fils Allday qui a émigré aux States sans y trouver vraiment sa place, lequel mourra au combat lors de l’abordage d’une frégate américaine.

Nous sommes dans une première mondialisation, au fond, dans laquelle le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande jouait le rôle de maître du monde et de régulateur de la liberté du commerce contre Napoléon le dictateur, et contre les affairistes yankees dont les alliances variaient (déjà…) au gré de leurs intérêts.

Alexander Kent, Au nom de la liberté (For My Country’s Freedom), 1995, Phébus Libretto traduction Luc de Rancourt, 2015, 380 pages, €10.80
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Alexander Kent, Une mer d’encre

alexander kent une mer d encre
Une aventure du vice-amiral Richard Bolitho, en 1809, ne saurait laisser indifférent. Malgré ce vingt-et-unième opus, le lecteur est captivé par la personnalité volontaire et très humaine de ce marin formé dès 12 ans aux affres des vagues autant que des canons. Car Napoléon 1er ne cesse de porter la guerre à toute l’Europe et l’Angleterre peine à laisser libre le commerce sur les mers.

Bolitho, rentré de sa campagne aux Antilles, se voit confier de nouveaux ordres : mettre fin à la piraterie française sur la route du cap de Bonne Espérance, et notamment occuper ces îles refuges de Maurice et autour. Il doit quitter sa Catherine, amour parfait et inédit malgré les cancans de la bonne société. Allday, son fidèle maître d’hôtel, doit de même quitter sa robuste fiancée Uns qui tient l’auberge A la tête de Cerf. Bien que le roi George III soit fou, le service de Sa Majesté oblige.

Un nouvel amiral est à la tête de la flotte. Rigide, coincé, il a été blanchi grâce à un faux témoignage de faits de violences ayant entraîné la mort sur des marins par une cour martiale. Il a donc promu le capitaine qui l’a soutenu et lui a confié le commandement d’une frégate de nouvelle construction, la Walkyrie. Par machiavélisme, c’est sur ce navire que Richard Bolitho a ordre de rallier Le Cap.

Il découvrira bien vite que le capitaine Treneven ne règne que par la peur qu’il fait régner ; les punitions du fouet sont fréquentes ; jamais aucun compliment aux officiers ne sort de sa bouche avare. Le jour de son arrivée à Portsmouth, Bolitho apprend qu’un marin vient de décéder sous la lanière. S’il donne son sentiment au capitaine, il ne peut aller contre son commandement. C’est donc avec un équipage peu motivé qu’il entreprend cette énième campagne.

Il a heureusement avec lui la frégate Anémone de son ardent neveu Adam, qui est pour lui « comme un fils ». Ce n’est pas de trop pour déjouer les plans rusés de l’amiral français Baratte, dont le père a eu la tête tranchée par « les braillards » sous la révolution. Baratte que lui Bolitho avait fait prisonnier aux Antilles, mais que Leurs Seigneuries ont cru bon de relâcher par rond de jambe diplomatique, contre un obscur aristo anglais qui s’était fait prendre.

fregate dessin

La mer souvent déchaînée, la chaleur toujours étouffante, la rancœur de Treneven qui laisse planer une constante menace sur l’équipage : tout se conjugue pour faire échouer Bolitho. Heureusement, il sait s’entourer. Et sa garde rapprochée d’Heureux élus lui est un soutien moral indispensable : Allday le fidèle, Yovell le secrétaire. Avery l’aide de camp s’y fera accepter, même s’il est le neveu passé en cour martiale de sir Silitoe, qui voudrait Catherine pour amante. Rien n’est simple dans les hautes sphères de la politique et de l’aristocratie.

Et voilà que les Américains, pourtant neutres, se mêlent d’envoyer une grosse frégate puissamment armée « protéger les convois »… qui ravitaillent les Français en guerre. Il faudra toute la fougue d’Adam Bolitho et toute la stratégie expérimentée de Richard Bolitho pour se sortir d’une situation aussi défavorable. L’amiral retrouvera et délivrera même son vieil ami Herrick, fait prisonnier par un renégat anglais lors de son convoyage vers l’Australie.

Plus de 400 pages d’aventures et de chaleur humaine, de navigation parmi les passions et les ambitions autant que sur les lames de l’Atlantique sud. Une belle lecture de vacances pour s’évader de la médiocrité ambiante et retrouver les valeurs de courage et d’abnégation d’il y a deux siècles.

Alexander Kent, Une mer d’encre (The Darkening Sea), 1993, Phébus Libretto 2014, 431 pages, €11.80
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Alexander Kent, Honneur aux braves

alexander kent honneur aux braves
Le capitaine Bolitho, en 1802, est désormais vice-amiral, il terminera le roman anobli. Il faut dire qu’il a conservé une île à la couronne, coulé deux navires ennemis et pris à l’abordage un troisième – un plus gros. Cette aventure de mer ne dépare pas les précédentes, la 15ème du lot. Nous sommes entre hommes et les relations humaines comptent par-dessus tout.

La mer, les hasards et les dangers, l’équipage, les anciens et les proches, ledit Alexander Kent (qui se nomme dans le réel Douglas Reeman) les connaît bien pour s’être engagé lui-même à 16 ans dans la Royal Navy. Il n’a pas son pareil pour décrire les affres et le courage des aspirants de 13 ans, des enseignes de 19 ans et des lieutenants de 20 ans, tout comme la responsabilité assumée des capitaines de 30 et des amiraux de 50 ans. Il le sait, ce qui compte est le chef, celui qui sait surveiller, aimer et rendre justice au travail de chacun : « Ces marins ne se battaient ni pour le pavillon ni pour le roi, comme le croyaient ces imbéciles de terriens. (…) ils se battaient pour leurs compagnons, pour leur bâtiment, pour leur commandant » p.231.

Nul ne connaît rien à la guerre, pas plus qu’à l’entreprise, s’il ne sait ces quelques mots. Ce n’est ni la gloire, ni l’argent, ni la femme, qui font se battre pour vaincre : mais l’attachement à ses camarades. Difficile à dire en ces temps de féminisme forcené et de chacun pour soi – mais c’est ainsi que cela fonctionne entre hommes.

‘Honneur aux braves’ est un bon roman d’aventures pour adultes – et l’on devient adulte dès 13 ans dans la marine à voile. Le lecteur se souviendra longtemps d’Adam le neveu, d’Evans le petit aspirant juste pubère, d’Allday le serviteur absolu, de Jethro l’ancien marin fidèle, de Keen le valeureux capitaine de pavillon. Les intrigues, les coups de main, les combats navals ne manquent pas. Il faut savoir nager, et pas que dans les vagues, dans la bêtise humaine des civils aussi qui ne pensent qu’au commerce et aux coups bas politiques. Si vous perdez, la faute vous en revient ; si vous gagnez, on se glorifie de vous avoir choisi et donné les bons ordres.

Mais pour Bolitho, ce qui compte sont les hommes. Il s’est marié, a eu une petite fille qu’il ne verra qu’un an plus tard, après sa mission. Celui qui est comme son fils est son neveu, qui lui doit tout. Que lui faut-il de plus ?

Malgré les traductions tardives et les parutions au compte-goutte, la série des 23 volumes de mer prenant Bolitho aspirant adolescent pour le quitter amiral en son âge mûr, est un délice de lecture. Oserai-je dire « pour les garçons » ? C’est mal vu par l’égalitarisme forcené des aigries qui n’ont pas trouvé pied à leur chaussure, mais je le dis. Il n’est ni interdit ni tabou aux filles d’aimer – enfin je crois – puisque la liberté est le premier des biens hérité des Lumières. Bienvenue sur la mer !

Alexander Kent, Honneur aux braves, 1983, traduit de l’anglais par Luc de Rancourt, Phébus Libretto 2011, 361 pages, €9.41

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