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Bellagio et alentours

Je me lève tard ; je ne suis pas le seul. Le petit déjeuner se termine vers dix heures. Le couple Lapinot fait ses valises. L’assurance rapatrie Madame à Paris et Monsieur suit (il est indemnisé aussi pour l’accompagner, pas s’il reste). Seul l’ami demeure ; il me fait penser physiquement au Rastapopoulos de Tintin (en plus sympathique).

Il pleut sur Bellagio comme il pleut par ailleurs (mais pas dans mon cœur, conforté par le Bardolino des dîners). Le crachin, interminablement anglais, semble installé pour toute la journée. Pour moi, il apparaît donc exclu que j’entre dans les jardins de la villa Melzi. Cette villa, construite en 1810 par Giacondo Albertolli pour le vice-président de l’éphémère République italienne Francesco Melzi d’Eril, est « de style néoclassique » (on s’en douterait, vue l’époque). Ses jardins sont à l’anglaise, à la mode en vogue au 19ème siècle où l’empire de Victoria donnait le ton à la société. Un étang bordé d’érables rouges tente de reconstituer une atmosphère à la japonaise sans y parvenir vraiment. On le voit de la route. Cinq euros pour voir des arbres dégoûtant (de pluie) et le lac carrément dans l’air que l’on respire, très peu pour moi ! J’ai déjà fait cette expérience désagréable hier. Je n’apprécie les plantes organisées dans un jardin d’agrément que dans les conditions voulues par les jardiniers : nous ne sommes pas dans les étangs de la Brenne puisque dans un « jardin » ; et pas plus dans un jardin « d’eau » comme il en existe au Japon. Donc, pas de jardin pour moi aujourd’hui, s’il vous plaît. J’accompagne seulement une fille du groupe qui sort à ce moment de l’hôtel jusqu’à la grille de la villa, et je poursuis seul.

La route qui sort de Bellagio vers le hameau de Loppia (et qui porte le nom de via P. Carcano) est dangereuse. Bordée de hauts murs, elle est sans visibilité tant pour les piétons qui n’ont aucun trottoir à leur disposition, que pour les automobilistes qui ne voient rien dans les sinuosités de la route. Il faut traverser souvent pour voir et se faire voir. Je descends jusqu’au petit port de Loppia où sont ancrés encore de vieux bateaux de pêche traditionnels du lac. Ils sont larges, le fond plat, munis d’arceaux pour installer une bâche contre pluie ou soleil. La villa Melzi dispose, de ce côté, d’une entrée ouverte sans gardien. La « saison » est creuse et la guérite ordinaire est vide. Mais cela ne m’incite pas plus à entrer, ma répulsion pour les jardins sous la pluie ne se dément pas. Il paraît même que l’on peut faire du kayak sur le lac ! Le Cavalcalario Club propose des programmes à la journée ou sur quatre jours, en kayaks individuels ou à deux places, depuis Bellagio – départ à 9h30. Je crains que nous ne soyons pas à la saison adéquate. Laissons cela aux athlètes de l’été.

Je rencontre André et une autre à cet endroit et nous poursuivons ensemble la promenade. Nous montons une vingtaine de larges marches en ciment, depuis la rive du lac jusqu’à une esplanade sur la colline. C’est là que prend le chemin rectiligne appelé vialone en italien, qui donne une perspective à la villa Giulia à l’extrême bout, un bon kilomètre plus loin. La villa du 18ème siècle est bâtie en effet de l’autre côté du promontoire, donnant sur le lac de Lecco. Elle a accès aux deux branches du promontoire de Bellagio que Stendhal qualifiait, dans La chartreuse de Parme, « celle de Côme, si voluptueuse, et celle qui court vers Lecco, pleine de sévérité. » Sous la pluie persistante, nous ne trouvons rien de cet « aspect sublime et gracieux » qu’il vante tant.

La villa Giulia est close, ses volets fermés. Nous suivons alors la via Valassina vers Pescallo, autre petit port ouvert sur le lac de Lecco. La salita Cappuccini nous ramène, presque sans y penser, dans le haut du bourg de Bellagio.

Nous y regardons les vitrines chics des boutiques de soies (ancienne tradition du lac) et verrerie (montée depuis Venise), les anges espiègles vautrés ou joueurs, les porcelaines aux vernis éclatants qui séduisent André, les vins épais et les charcuteries variées si tentantes lorsque midi approche.

Le couple rentre à l’hôtel et nous nous séparons. Les 3250 habitants de Bellagio sont loin d’errer dans les rues ; les enfants sont à l’école et les indigènes dans les boutiques ou à la cuisine. Les ruelles en escalier ne connaissent que quelques rares vieilles encore en courses, le cabas à la main et le plastique sur la tête, et ses théories de touristes encapuchonnés de k-ways ou blottis sous parapluies. San Giorgio la romane (1080-1120) expose dans son intérieur très sombre la statue de la Madonna della Cintura, transportée en procession dans les rues chaque second dimanche de septembre. L’Asile infantile est tout près et cela piaille toujours en ce jeudi de mai.

J’arpente la ruelle montante de la via Cavour, redescends par la salita Mella bordée d’innombrables boutiques chics aux prix américains, je tente de remonter par la salita Plinio pour revenir contempler les charcutailles et les pâtes fraîches de la via Garibaldi, je prends quelques photos via Roncati, puis redescends piazza Mazzini, vers le port, par la via Maraffio.

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Villas Monastero et Cipressi

Sous la pluie encore, nous prenons des billets pour les deux villas contiguës Monastero et Cipressi dont seuls les jardins se visitent. Monastero tient son nom du couvent des sœurs cisterciennes dont on dit qu’il fut construit en 1208. Il fut transformé en villa par la famille Mornico en 1576. C’est aujourd’hui une propriété de l’Etat italien, d’où l’autorisation de visiter – contre dû paiement. Des savants de tous pays s’y rencontrent régulièrement et on l’appelle le « cénacle des prix Nobel ».

En plein été, dans la chaleur, les jardins d’arbres exotiques en bord de lac et la vue de l’eau dans l’étendue doivent être enchanteurs. J’avoue que, sous le ciel bas et la pluie persistante qui pénètre par toutes les fentes des vêtements et fait frissonner, le panorama perd de son charme, même avec ses doux dégradés de brume… Malgré les statues d’éphèbes riants, j’en ai vite assez. Les rares femmes ou filles que nous croisons sont embarrassées de plastique informe qui cachent leur éventuelle beauté.

Nous parcourons religieusement toutes les allées, de crainte de « manquer » ce qui ferait après tout « le charme » de la villa, mais en vain. Nous accueille près de l’entrée une rangée de cyprès sempervirents. Vers le lac sont plantées des haies de laurier communs, des myrtes, des arbousiers, de la viorne et des buis. Les murs de l’allée sont couverts de ficus repens. Un palmier à feuilles argentées fait tout à fait incongru dans ce paysage de brumes norvégiennes ! Et la pluie qui s’étend doucement sur le torse puissant d’un jeune Dionysos ne doit pas le réjouir, tout ivre qu’il soit depuis l’éternité. En revanche, les orangers de toutes sortes, en fleurs car il semble que nous soyons tout de même au printemps, embaument de délicate façon. D’autres essences méditerranéennes nous signalent que nous ne sommes pas dans un fjord : des palmiers (ils se multiplient à mesure que l’on avance dans le jardin), des agaves, un yucca, des lauriers roses, du myrte, un prunus, un magnolia, des acanthes, des cyprès et des dragonniers aux feuilles vert foncé.

La villa Cipressi, construite en 1700, a les mêmes jardins pleureurs dégoulinant d’eau glacée, voilés de la même brume. Ils comprennent à leur entrée une fontaine où un fanciullo presse d’amour sur son corps nu un long poisson gluant. C’est mignon, mais sous la pluie…

La première église, saint Georges, commencée au 14ème siècle, est célèbre pour son campanile et ses fragments de fresques. Mais nous déboulons en pleine messe – l’après-midi… Une douzaine de femmes aux cheveux gris et seulement deux hommes de la même tranche d’âge écoutent religieusement le jeune homme de chœur (il n’est plus un enfant). Il lit un passage de l’Evangile d’une belle voix grave. Comme la langue italienne est belle, récitée ainsi en prenant plaisir à en détacher les syllabes, et comme les sonorités résonnent, rebondissant sur les vieilles pierres !

En face se dresse une chapelle dont la porte est ornée d’appliques en bronze. Une boutique s’ouvre, sur la place San Giorgio. Son enseigne indique Antiche sapori. Elle ne vend pas de « savons » (traduction littérale de Marie-Christine) mais de l’alimentation fine. On pourrait traduire l’enseigne par « saveurs traditionnelles ». Apposée sur une porte, une pancarte avertit non pas « attention au chien » mais attenti al gatto – attention au chat !

Je ne pense pas qu’il doive mordre, mais on informe plutôt le visiteur d’éviter de faire sortir le chat… De nombreuses bouteilles en plastiques, à demi pleines d’eau, sont posées au bas des portes comme des bouteilles de lait au matin en Angleterre. Il ne s’agit pas de livraison ni de poubelles, mais de « repoussoir à chats pisseurs ». C’est du moins ce que nous a dit le guide dès le premier jour. Est-ce vraiment efficace ? Et pourquoi ? Parce que les minets ont l’habitude de se faire arroser par ces bouteilles s’ils pissent où il ne faut pas ? Enigmatique coutume.

Nous errons un temps parmi les ruelles pittoresques aux façades colorées qui se succèdent. Les couleurs s’enfilent, gris, ocre, rose, orangé, se perdant sous les arches. C’est assez joli, donnant une gaieté à l’ombre des hautes maisons. Nous redescendons vers le lac où un minuscule port recueille quelques barcasses et toute une portée de canards, certains à peine sortis de l’œuf. Nous longeons le lac dans un étroit passage piétonnier vers l’embarcadère des ferries.

Là, humides et las, nous nous humectons le gosier avec quelque feu liquide. La terrasse d’un hôtel nous accueille opportunément pour commander un Martini blanc sec (surtout « sec » sous cette pluie !), avant de reprendre un ferry direct pour Bellagio.

Dame Andrée est revenue au bercail, rapatriée à l’hôtel en taxi en plein après-midi, au grand dam de la patronne car personne (ni mari, ni guide) n’était là pour l’accueillir et l’aider à regagner sa chambre. Au dîner, d’ailleurs, chacun ironise sur le trio. Les deux hommes, qui ont dans les 70 ans, se sont connus au lycée. Ont-ils sacrifié aux amitiés « particulières » dont l’époque était friande ? L’ami est tunisien. Andrée, ex-institutrice, n’est pas de leur niveau intellectuel à tous les deux et ils voyagent en la laissant la plupart du temps de côté, en pleine discussion. Ce soir, le mari ne trouvait pas « utile » de descendre sa femme clouée dans sa chambre par sa fracture de péroné. « Elle dînera là-haut, descendre ne l’intéresse pas. » Le guide est quand même allé lui demander : au contraire, elle était ravie de descendre et d’avoir de la compagnie !

Le dîner était composé de tortellini en primo, suivies de truites en papillote et de strudel aux pommes.

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Lac de Côme, un rêve romantique

J’avais le désir de découvrir ces villas et jardins romantiques des lacs italiens vantées par Pline le Jeune, comme par Stendhal dans La Chartreuse de Parme ou Michel Déon dans Bagages pour Vancouver. Ou encore dessinés avec talent par Jacques Martin dans Le fils de Spartacus quand son héros Alix rencontre le préfet Livion Spura qui nage dans le « Larius », nom romain du lac de Côme. Jacques Martin récidive dans La camarilla avec son héros contemporain Pierre Lefranc qui affronte une fois de plus le diabolique Axel Börg. Mais il faut avoir surtout une âme de jeune garçon pour apprécier ces bandes dessinées.

Le lac de Côme est le plus à l’est des trois lacs situés entre Suisse et Italie, le lac Majeur et ses îles Borromées, le lac de Garde, Lugano, et le lac de Côme. Ces lieux calmes à l’abri des vents ont connu leurs jours de gloire durant le siècle de la Mitteleuropa quand l’empire d’Autriche-Hongrie attirait la Société tout entière, ses têtes couronnées, ses parvenus comme ses ambitieux – siècle achevé brutalement un jour de juillet 1914. Ce n’est pas pour rien qu’un certain Henri Beyle a situé l’origine de son héros à Dongo, petite cité au nord du lac de Côme, entre le sérieux social de l’empire et la sensualité artistique de la péninsule italienne. Les lacs italiens sont la Méditerranée à l’intérieur des Alpes, un climat doux qui permet les mimosas et les citronniers et la douceur de vivre qui mélange la noblesse des montagnes en écrin avec la tendresse de l’air et des eaux du lac. « Tout parle de l’amour », disait Stendhal.

Je prends donc le train pour Côme où j’arrive pour le rendez-vous de 10h30. J’ai même le temps de prendre un caffè lungho au bar avant de retrouver les autres. Il pleut à verse et le ciel est bouché. A première vue, le groupe cumule les années. Rien à voir avec une bande de boy-scouts mais plutôt avec une maison de retraite en goguette. Le groupe quitte le hall de la gare en rang, sous les capes de pluie. La route, inégale, conserve des flaques d’eau dans lesquelles nous nous efforçons de ne pas mettre les pieds. Mais la route est étroite et des voitures prennent un malin plaisir à passer et repasser, nous forçant à bondir de flaque en flaque. La ville de Côme est en contrebas de la gare.

Nous abordons le romantisme par l’art roman en visitant sur le chemin la petite basilique de San Abbondio, très ancienne, à peine sortie du Roman du 11ème siècle, avec son chœur entièrement peint à fresques de scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament datant du 16ème. Les couleurs restent fraîches malgré les siècles, bleu nuit, rouge bordeaux et jaune ocre, à la manière byzantine. La mystérieuse tribu des Beni Culturali a laissé ici un panneau explicatif en un italien sophistiqué qui nous parle à peine plus que les caractères tifinar. Notre guide nous abreuve d’explications culturelles mais je ne note rien, le carnet étant dans le sac, sous la cape de pluie…

Nous entrons dans Côme, « abri heureux » selon le Guide bleu, par une porte « de guet » massive de l’extérieur mais creuse à l’intérieur. Elle daterait de 1215. Il faut dire que la ville a connue l’expérience d’être détruite en 1127. Les Visconti se sont emparés de la ville en 1335 et Côme a servi le duché de Milan. Les rues sont presque vides en ce dimanche. Les autochtones sont en week-end à Milan, à la messe, ou restent chez eux pour éviter la pluie. Quelques gosses jouent sous l’eau du ciel gris acier sur une placette, cheveux plaqués de bruine et cous fraîchis, tandis que leurs parents papotent sous les arcades. Les habitants ne sont pas comiques mais Comasques… Un tag énigmatique égrène en italien une remarque idiomatique : faina finocchio non esageratte. Les maisons à arcades laissent voir, aux fenêtres ornées de dentelles, de vieilles dames faisant la conversation ou un chat indolent qui regarde les oiseaux dans la vitrine, de l’extérieur.

Dans le Duomo, commencé en 1396 par Lorenzo degli Spazzi mais achevé que mi-18ème siècle, les chapelles intérieures sont exubérantes. La ville a produit plusieurs familles d’architectes, de sculpteurs, de maçons, les « maîtres comasques » qui ont répandu le style lombard dans le reste de l’Italie. Une messe s’y termine encore sous l’envol baroque des anges, les dorures de la semi pénombre et les fioritures qui figurent le mouvement. Un Mariage de la Vierge, peint, est une scène de théâtre à lui tout seul. Nous partons alors que l’orgue vrombit son adieu à la messe de midi. Le portail de façade des frères Rodari des 15ème et 16ème siècle, montre les figures de Pline l’Ancien et de Pline le Jeune dans des niches. Les saints sont déguisés en éphèbes Renaissance, en pourpoint à la mode.

Il fait 8°C à une enseigne de pharmacie. Nous ne sommes qu’à 200 m au-dessus du niveau de la mer mais les dépressions qui frappent cette région depuis plusieurs jours empêchent le soleil de mai de chauffer l’atmosphère. Je suis sûr qu’il neige sur le lac Majeur (je connais la chanson). Il a plu tellement ces dernières heures que l’eau du lac atteint le niveau du quai de la piazza Cavour et que les gros titres des journaux locaux s’en inquiètent. Nous embarquons pour Bellagio.

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Boukhara 3

Nous déjeunons au restaurant Ismoïl dans la ville moderne. Entre le boulevard et le restaurant, un canal d’eau boueuse sert à l’irrigation. Il est assez large pour servir de piscine. Cinq ou six enfants entre sept et 12 ans se jettent dedans en slip, garçons et filles mêlés, puis vont se rouler dans la poussière de la berge avant de replonger dans une gerbe d’éclaboussures. Qu’y a-t-il de plus libre qu’un enfant nu qui joue dans l’eau ? Sans contraintes, sans vêtements, de plain-pied avec les éléments, l’enfant est toute présence au monde, ici et maintenant, les sens en alerte, l’esprit accueillant.

Le courant est assez fort pour qu’ils soient obligés de bouger, l’eau assez fraîche pour leur faire frissonner la peau malgré les 38° extérieurs. Bronzés, rafraîchis, heureux, les garçons en nous voyant passer réclament la photo. Ils se mettent en scène, plongeant, émergeant, s’ébattant dans l’eau avant d’en ressortir pour s’admirer sur les petits écrans. L’un des baigneurs, dix ans, me dit ne parler qu’anglais mais reconnaître que je suis français !

Le restaurant a ses tables dehors, sous une treille toute en longueur, au milieu de jardins largement irrigués. Des oiseaux et des chats attendent la bonne provende. Je nourris quelques-unes de ces bêtes à fourrure qui me sont sympathiques. Les boulettes de viande du potage me sont superflues. Le menu est de salades variées en entrée, de soupe et de chachlik, cette brochette de viande hachée, tassée sur la pique et servie avec des oignons doux hachés.

Nous revenons à l’hôtel pour deux heures de « sieste » libres, au plus fort de la chaleur. La climatisation assure autour de 26°. Rares sont les gens du groupe qui savent gérer la soif, je m’en aperçois. Si, pour ma part, j’avale un litre de liquide en gros par repas, matin, midi et soir, je ne bois jamais entre. Les autres en sont à téter tout le jour, dès dix heures le matin. Leur premier geste est d’acheter leur bouteille d’eau cachetée d’un litre et demi et de la suçoter tout le jour comme des bébés leur biberon. Comme pour beaucoup d’attitudes contemporaines, j’y vois un signe net d’infantilisme.

L’après-midi nous voit au mausolée samanide, « la perle de l’orient », qui a mille ans, datant du 9ème siècle. Ce tombeau, érigé par le sultan Ismaïl Samani au-dessus de la tombe de son père, est réputé être le premier mausolée musulman. Il faut dire que l’islam, jusque-là, en interdisait la construction pour d’obscures raisons cléricales.

Il fait une chaleur à crever et nous sommes heureux d’écouter les explications culturelles à l’intérieur du cube à coupole. Le décor extérieur, en briques cuites alternées pour créer des arabesques, est une dentelle en relief qui mérite pourtant l’admiration. La forme sobre de l’ensemble, à taille humaine, a quelque chose de notre austérité romane, bien avant la démesure baroque des grands monuments alentour.

Les jardins recèlent encore le mausolée de Job – ou Tachama Ayoub, « source du prophète Job ». Auparavant, nous observons un jeune garçon en tee-shirt sans manches qui grave minutieusement du métal, assis dans les jardins, sous la surveillance attentive de son père.

La tombe dudit prophète serait sous la coupole. La source qu’il a fait jaillir de son bâton, selon une tradition souvent imitée depuis, existe encore. Nous en buvons son eau. Une calotte conique de forme pénienne coiffe un tambour, ce qui est assez original.

Le périple se termine à la mosquée Bolo Khaouz, nettement plus récente (1712). La coupole, ronde, figure symboliquement le ciel, les murs de la mosquée, carrés, le monde matériel. Un iwan repose sur 20 colonnes de bois. Un bassin stagnant apporte un air de fraîcheur dans la sécheresse poussiéreuse ambiante.

L’imam Al Boukhari est né en 810 à Boukhara. Il fut le meilleur collecteur de hadith, ces dits du Prophète recueillis par témoignages. Lui-même en aurait recueilli les 7000 plus authentiques sur un total de 600 000 recensés. Les hadiths forment le second Livre de l’islam.

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Sigiriya, le rocher du Lion

Le rocher du Lion est célèbre, classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO, s’élevant dans un grand parc aux anciens bâtiments arasés.

sigiriya rocher du lion vu de la plaine sri lanka

D’étranges panneaux en anglais me laissent dubitatif : « Be still and silent in case of Wasp attack » : je ne savais pas que les WASP (White Anglo-Saxons Protestants) étaient si dangereux… Mais wasp veut dire aussi guêpe en anglais. Un autre panneau met en garde contre les « Hornet attack » : je ne savais pas que des F18 américains rôdaient dans le coin… Mais hornet signifie aussi frelon en anglais.

sigiriya hornet attacksri lanka

L’histoire du site vaut d’être contée. Nous sommes à la fin du 5ème siècle et Kassyapa, le fils cadet du roi d’Anurâdhapura Dhatusena se bagarre avec son frère aîné Mogallana pour le trône. Il complote et emmure vivant le roi en titre son père, se proclame régent et expulse son frère Mogallana en Inde. Mogallana l’avertit qu’il reviendra pour se venger et Kassyapa, un brin paranoïaque, quitte la capitale royale d’Anurâdhapura pour s’installer à Sigirîya pour son rocher imprenable de 370 mètres aux parois abruptes et au réservoir d’eau du ciel qu’avait jadis creusé son père. Kassyapa fait une percée souterraine depuis le réservoir situé au nord-est jusqu’au rocher, une pente très faible suffit pour que l’eau jaillisse ; les jardins entourant le site sont parsemés de bassins et de petites fontaines. On peut voir des stèles plates carrés, percées de trous ronds, sur les pelouses du jardin : ce sont les jets d’eaux de Kassyapa ; on dit qu’ils peuvent encore fonctionner. Plus fort, l’eau parvient au sommet du rocher sans intervention humaine, juste par une suite de citernes, et elle alimente la piscine du roi, et les différents réservoirs. Dix-huit ans après, le frère revient de l’Inde à la tête d’une armée ; le rocher est imprenable… à condition d’avoir pensé aux vivres. Ce que Kassyapa a oublié. Il capitule au bout d’une semaine et est exécuté.

sigiriya jardins de kassyapa sri lanka

Nous grimpons de multiples marches inégales, de quoi nous essouffler. Puis un escalier de métal en colimaçon s’élance à la verticale, nous devons y grimper, puis redescendre de l’autre côté après avoir vu les grottes à peinture.

sigiriya passerelle aerienne sri lanka

Beaucoup de seins nus d’une voluptueuse langueur qui ressemblent aux calendriers de vahinés ; ce sont les mille courtisanes légendaires du roi Kassyapa, confiné par la peur sur son rocher.

sigiriya seins nus sri lanka

Tant pis pour ceux qui ont le vertige – dont on se demande d’ailleurs s’il est dû à la montée aérienne où aux beautés nues qui vous envoient au septième ciel.

sigiriya demoiselles seins nus sri lanka

Nous aboutissons dans un couloir le long de la falaise, protégé du vide par un mur de briques à la paroi intérieure lissée à l’œuf et à la chaux, recouvert d’huile aux temps de splendeur, le Mirror Wall : les fresques peintes des 21 Demoiselles de Sigiriya s’y reflétaient pour en faire une galerie des glaces version bouddhique. Aujourd’hui, l’huile n’est plus versée et le mur est graffité, parfois depuis le 17ème siècle, de commentaires littéraires ou salaces comme sur un mauvais blog ! (Pas sur celui-ci, j’y veille). C’est moins somptueux et, malgré l’altitude, nous fait redescendre sur terre. Un escalier de pierres plus tard, au bout de plus de 800 marches dit-on, et longeant un énorme rocher instable « prêt à tomber sur les assaillants », nous voici au pied du fameux rocher du Lion, sur l’esplanade du Lion.

sigiriya escalier 800 marches sri lanka

Un bâtiment grillagé a l’air d’un dépôt de chantier : c’est en fait une protection en cas d’attaque de guêpes ou frelons, ce qui arrive souvent ces temps-ci, semble-t-il. Pas aujourd’hui fort heureusement, malgré l’exploration intéressée d’un petit Américain. Il fait partie d’un groupe de six kids dont un seul, dans les dix ans, montera au sommet.

sigiriya rocher du lion sri lanka

Ceux qui veulent grimpent sur le palais-forteresse : c’est qu’il y en a, des marches, excroissances métalliques ancrées sur le rocher, au-dessus du vide. Jadis, on montait par des cordes ou en escalade. Aujourd’hui, l’escalier serpente pour rendre la verticale de la roche moins ardue ; il ne faut quand même pas avoir peur du gaz, comme disent les alpinistes.

sigiriya bassin sommet rocher du lion sri lanka

En haut, un complexe de ruines, des emplacements arasés de bâtiments de briques, des bassins où l’eau de mousson stagne, et une vue époustouflante sur les alentours.

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Yalta palais Vorontzov

Le soleil nous réveille, par la vitre dans notre chambre de trois ce matin. Trois comme la troïka obligatoire en communisme, vieille habitude de faire surveiller chacun des deux autres par le troisième. La plupart des chambres sont pour trois chez l’habitant, dans les pays ex-soviétiques. Il fera chaud dans la journée, plus de 35° selon la babouchka Assia. Elle nous a préparé un petit-déjeuner comme pour aller travailler aux champs, soucieuse de ne pas nous voir mourir de faim. Elle nous offre des œufs frits aux oignons et tomates, l’habituelle salade de tomates et concombre à l’aneth frais, du fromage, des biscuits, sans compter le pain, le beurre, la confiture, le miel. Son café « à la turque » est très doux.

Assia vivait en Russie auparavant. En 1944, petite fille, elle fut chassée avec sa famille tatare à Tachkent. Elle s’y est mariée, a construit une maison là-bas, y a eu trois enfants et cinq petits-enfants. Son mari et elle sont passés par l’Allemagne de l’est durant deux ans avant de revenir s’établir ici, illégalement, avec d’autres Tatars sur un terrain libre.

yalta palais vorontsov

Nous la quittons avec nos bagages pour aller visiter ce matin le palais Vorontzov, un joli bâtiment classique qui domine de haut la mer. Vorontzov était un général qui avait choisi la fidélité au tsar en place contre Catherine II. Il fut emprisonné après la victoire de Catherine, mais quatre jours seulement tant était grande sa popularité. Pour l’éloigner, on le nomma ambassadeur à Londres. Son fils, né dans la capitale britannique, s’est marié à Paris avec une riche polonaise et est revenu en Russie avec la première fortune du pays. Vorontzov descend du duc de Malborough, tout comme Churchill.

yalta palais vorontsov jardins

On raconte d’ailleurs que, lors de la conférence de Yalta en 1945, Churchill a exigé d’être logé au palais Vorontzov, « en souvenir de son ancêtre », plaida-t-il. Après quelque résistance, mais n’ayant aucun prétexte valable pour le lui refuser d’office, satisfaction lui fut donnée. Le KGB, qui surveillait tout le monde, mais de l’extérieur du bâtiment couvert par l’immunité diplomatique, fut très étonné d’entendre frapper des coups réguliers chaque nuit, à l’intérieur du palais. Quand Churchill quitta les lieux, les agents retrouvèrent des trous dans les murs, sans savoir à quoi ils correspondaient. L’histoire veut que le subtil Churchill ait récupéré là tout l’or des Vorontzov, dont il est parent. Il l’avait caché dans les doubles parois du palais avant leur fuite devant les Rouges, en 1918.

yalta palais vorontsov fille russe

Cette histoire est bien belle. Cette autre, que nous conte Natacha serait une autre histoire vraie. Le général Vorontzov avait fait le pari, avec le chef des Douanes du tsar, de passer en fraude des bijoux dans une cachette inviolable. Pari tenu. Il arrive donc lui-même à la douane avec un chariot plein de bagages, accompagné d’un petit chien qui jappe. Les douaniers, prévenus, fouillent tout le chargement, ne trouvent rien ; démontent la charrette, ne trouvent pas plus ; et le chien est là, dans leurs jambes, qui les agace et ils le chassent. Après avoir bien vérifié et revérifié, démonté tout ce qui pouvait se démonter, le chef des Douanes s’avoue vaincu. Il doit deux palais à celui qui est parvenu à le berner, mais il veut quand même comprendre. Vorontzov siffle, le petit chien reparaît : il porte une fausse fourrure qui le fait paraître plus gras et les bijoux sont caché dedans. Nul douanier n’avait porté attention à ce klebs hargneux qui tournait autour d’eux, bien en évidence.

yalta palais vorontsov lion

Nous ne visitons pas l’intérieur du palais car il y a trop la queue et c’est de peu d’intérêt. Mais le parc est superbe, s’étageant sur la pente, alternant une forêt d’essences diverses importées de partout avec des jardins rigoureux à la française. Un escalier aux lions inspirés de Venise rappelle que cet animal est l’emblème des Vorontzov. Ces lions-ci sont représentés dans diverses attitudes : endormi, éveillé, debout, rugissant et la griffe sur un globe. Plus le visiteur monte l’escalier, plus le lion est réveillé, prêt à défendre la place.

yalta palais vorontsov fontaine de pleurs

Une fontaine d’imitation turque, « la fontaine des pleurs » fait couler une eau pure goutte à goutte depuis le haut, qui remplit le premier petit bassin, se déverse globule après globule dans un second, et ainsi de suite jusqu’au dernier. Le tout rappelle les larmes et attendrit le cœur du passant. Les jardins sont plantés d’essences venues du monde entier souvent rares, araucarias, cèdres, chênes, marronniers. Ils sont parsemés de lacs artificiels « où nagent des singes », déclare Natacha en lisant librement le mot « cygnes ». Un chaos de pierres, savamment disposé, reconstitue un paysage « romantique » comme aimait à en imaginer l’époque. Un labyrinthe de lauriers rappelle la Crète et son Minotaure.

yalta palais vorontsov gamin russe

Les familles débarquées d’un bateau de croisière russe se font photographier devant les lions, à côté des fontaines, parmi les fleurs. Les femmes se font prendre dans les bosquets, les jeunes garçons grimpés sur un arbre ou caressant un fauve pétrifié. Les groupes portent une étiquette au nom de leur bateau sur leur chemise, ou sur leur short quand ils n’en portent pas. Je photographie un blondinet de dix ans particulièrement vif et coquet. Bermuda paille, sandales de cuir, la chemise ouverte, jaune à carreaux entourés de noir, un collier de perles de bois ovales brun et blanc au cou, une croix de bois léger au bout d’un long lacet noir qui lui bat le plexus, le bracelet-montre futuriste, il pourrait être un modèle pour la mode ou un jeune acteur de film.

yalta adolescente russe torse nu

Nous prenons le déjeuner non loin du palais, dans un restaurant qui ouvre sa terrasse ombragée sur la corniche qui y mène. Nous déjeunons d’une salade et d’un café. Dans une table non loin de nous déjeune une famille russe en vacances, typique du pays. Le père et la mère sont plus jeunes que moi mais paraissent usés par la vie et le labeur. Le fils de 16 ans est svelte et fringant, comme tous les garçons de cet âge, avec ce côté gentil de qui est plus éduqué et plus « raisonnable » que ses parents. La fille de 10 ans suit sans se poser de questions. La différence traditionnelle des sexes se manifeste à la sortie : « les hommes » vont à la plage, « les femmes » faire les boutiques. C’est cette attitude qui me fait dire être en présence de Russes moyens, sympathiques, pas très informés encore, restés traditionnels dans les mœurs. Le garçon a regardé plusieurs fois de notre côté et a commenté à ses parents ce qu’il comprenait de notre pays d’origine. Les touristes occidentaux sont rares en Ukraine et, sur les côtes de Crimée, le plus souvent Allemands ou Polonais. Il était intrigué par notre langue qu’il n’arrivait pas à situer.

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Anatole France, Le petit Pierre

C’est la troisième fois qu’Anatole France revient sur son enfance, après Le livre de mon ami et Pierre Nozière. Mais quitte-t-on jamais l’enfance ? Pourtant, déclare l’auteur, « Je suis une autre personne que l’enfant dont je parle » p.992. Il est vrai qu’à 75 ans, les souvenirs entre 4 et 10 ans sont bien estompés, enjolivés d’histoire, emplis par l’imagination. C’est donc un livre apaisé que tricote son auteur, une atmosphère paisible où l’enfant chétif et enfiévré est regardé avec l’indulgence du grand âge. France est plus proche de sa bonne Mélanie, vieillie dans la cuisine, que de ses trop rares petits camarades : Alphonse trop vulgaire avec qui il n’avait pas le droit de jouer, le petit ramoneur savoyard sorti brusquement de la cheminée et si sage malgré sa noirceur et ses haillons qu’il l’appela son frère, et Clément, blond frêle aux oreilles comme des ailes de papillon qui ne tarda pas à rejoindre le ciel.

gamin gamine sepia

Nous sommes plongé en cette œuvre dans le véritable Anatole France, le raisonnable, le manieur admirable de la langue, l’ironiste parfois poète. Au cœur de Paris, dans ce quartier bien délimité autour de l’actuelle école des Beaux-Arts, l’enfant découvre les vitrines des boutiques, les gens de la rue et s’épanouit dans la nature des jardins publics. Il conte par anecdotes successives tout ce dont il se souvient. Mais le petit Pierre n’est pas le petit Anatole, il l’a dit. L’enfant Anatole s’est perdu avec les années ; il est devenu un autre. Il faut donc moins se ressouvenir que le recomposer à partir d’images gardées en tête ou dans les récits de famille. Ainsi Proust fit, vers la même époque, en composant sa « madeleine » à partir du vulgaire pain grillé d’enfance. Ce que conte l’écrivain est le mentir vrai, et c’est bien plus beau que le récit exact.

Mais Anatole a plus les pieds sur terre que Marcel, même si tous deux ont été couvés dans les serres de la bourgeoisie parisienne. « J’appelle raisonnable celui qui accorde sa raison particulière avec la raison universelle, de manière à n’être jamais trop surpris de ce qui arrive et à s’y accommoder tant bien que mal ; j’appelle raisonnable celui qui, observant le désordre de la nature et la folie humaine, ne s’obstine point à y voir de l’ordre et de la sagesse ; j’appelle raisonnable enfin celui qui ne s’efforce pas de l’être » p.992. Tous les retours sur soi sont aussi des bilans : malgré son enfance fantasque, Anatole France découvre qu’il a toujours été animé par la raison.

L’enfance s’achève avec la préadolescence. La lecture des pièces de Racine fait découvrir un peu mieux l’univers des femmes, tandis que la traduction du De Viris fait rencontrer les Romains illustres. « Dès que j’eus une chambre à moi, j’eus une vie intérieure. Je fus capable de réflexion, de recueillement » p.1001. Événement qui survient lorsqu’il a dix ans, à l’entrée au collège. Qui dit réflexion dit recul de l’imagination : lorsque son professeur de sixième a cité Esther et Athalie comme livre à se procurer pour l’année, l’enfant a aussitôt imaginé une aimable fermière qui recueille une petite bergère évanouie dans les fleurs au bord du chemin. Et de broder une histoire… Mais son père d’abord, puis sa mère, enfin le livre lui-même à couverture bleue qui imprime les pièces, font s’effondrer l’enchantement. L’enfance est belle et bien terminée. Avec elle le livre. Un bien joli bijou à lire à la veillée.

Une suite lui sera donnée en 1922 avec La vie en fleur, contant l’adolescence.

Anatole France, Le petit Pierre, 1919 revu 1924, dans Œuvres IV, édition Marie-Claire Banquart, Gallimard Pléiade 1994, 1684 pages, €65.08

Anatole France, Le petit Pierre, 1919, gratuit format Kindle, €15.35 broché

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Salon Destinations nature dès vendredi 5 avril 2013

Le salon des nouvelles randonnées pour sa 29ème édition se tiendra vendredi 5 et samedi 6 avril de 10h à 19h et dimanche 7 avril de 11h à 19h dans le hall 4 de la Porte de Versailles à Paris. Nombreux ateliers pour petits et grands : canoë, stand up paddle, segway (pardon pour le globish de rigueur…), ateliers nature, gastronomie pique-nique «Chouette nature» et découverte des traces d’animaux. Seront proposées animations, randonnées dans Paris, randonnées à vélo.

Proximité, diversité et famille sont cette année à l’honneur, crise oblige. Aller moins loin mais mieux et moins cher.

destinations nature 2013 famille

Les conseils techniques seront délivrés par Grégory Rohart, journaliste-photographe et fondateur de i-trekking créé il y a 5 ans, devenu depuis le 1er site communautaire de la randonnée itinérante et du trekking. Au cours de ses reportages sur les sentiers de France et du monde, Grégory teste matériel et vêtements techniques. Ses ateliers-conseils profiteront à tous les visiteurs soucieux de bien préparer leur sac de randonnée.

Exemple le vendredi 30 mars à 11h00, guide d’achat et entretien et entretien d’un sac de couchage ; à 16h00, vêtements de randonnée : comment rester au sec et ne pas avoir froid. Le samedi 31 mars à 11h00, tour du Mont-Blanc : comment faire un sac à dos léger et à 16h00, trekking au long cours : comment faire son sac à dos. Enfin dimanche 1er avril à 11h00, guide d’achat et entretien et entretien d’un sac de couchage. D’autres intervenants conduiront des ateliers, tels Opinel, Lafuma, Teva…

Découvrez quel randonneur ou randonneuse vous êtes

Quelle pratique désirée : urbaine écolo, ascétique pédestre, copines en rando, seniors actifs, trekkeur, pèlerins en famille, aventuriers, amateurs d’extrême, sportif nature… Et quel thème vous intéresse : plan bien-être, luxe, culture, gastronomie, solidaire, faune & flore, festival, romantique.

Les familles visiteront 5 villages animés et les enfants iront au village des P’tits loups

  1. un village destinations françaises et bout du monde avec des idées originales de randos et découvertes. Les tours opérateurs vous conseilleront et vous permettront de préparer vos plus belles aventures.
  2. un village environnement avec la Ligue de protection des oiseaux, l’IGN, l’Institut de l’Information Géographique et Forestière, les parcs et WWF avec les gîtes pandas.
  3. un village pour les sportifs à la recherche d’adrénaline et des meilleurs équipements. Au centre du village les fédérations sportives de plein air, les marques outdoor, le Vieux Campeur et l’espace tendances pour tester les nouveaux matériels.
  4. un village agritourisme pour les randonnées en famille (nouveauté !) avec des idées d’hébergements insolites et des chemins de découverte à la mesure de chacun. Sur place, vous rencontrerez les producteurs dans un vrai marché des terroirs pour acheter local et découvrir les terroirs des régions à visiter.
  5. un village bio et nature avec notre partenaire “Vivez Nature”, de nombreux produits à découvrir, déguster et acheter, plus des ateliers.
  6. Le village des p’tits loups sera co-animé par CAP FRANCE pendant les trois jours du salon, espace composé d’expositions sur la nature et d’ateliers ludiques et pédagogiques à l’attention des enfants.

Exposition permanente sur la biodiversité des jardins (papillon, escargot) en partenariat avec Noé Conservation, association qui contribue à la sauvegarde de la biodiversité au travers de programmes d’éducation et de conservation d’espèces menacées et de milieux naturels.

Animation Jardins de Noé : Comment abriter les petites bêtes de nos jardins ? Dans cet atelier, nous apprendrons à fabriquer simplement des abris pour les papillons, les abeilles solitaires, les coccinelles et bien d’autres insectes utiles au jardin. Chaque espèce ayant son abri, nous ferons deviner qui loge dans chaque abri présenté puis montrerons les étapes de réalisation. D’autres objets du stand permettront de deviner les bons gestes à adopter au jardin pour accueillir la biodiversité !

Animation nature avec Magali BOUTEILLE, de Natur’Anim, décoration de calebasse, dissection de pelotes de chouette, découverte des indices d’animaux en forêt. Lors de vos randonnées en forêt, apprenez à mieux regarder la nature qui vous entoure. Vous serez désormais en mesure d’identifier diverses traces de présences d’animaux sauvages. Un atelier dissection de pelotes de réjection leur permettra de découvrir le régime alimentaire des rapaces et ils repartiront avec leurs découvertes.

Ateliers avec Xavier Mathias, maraîcher bio  spécialiste des plantes alimentaires. Il animera pour les enfants : la découverte de plantes classiques ou insolites, l’apprentissage du rempotage.

Atelier dégustation de fromage et de vin : un animateur de la ville de Saint-Dié des Vosges vous fera de découvrir et connaître les vins et les spécialités fromagères de l’Alsace. Il réveillera les papilles des enfants autour d’une dégustation de plusieurs sortes de fromages, et pour les parents accompagnateurs, une sélection de vins de qualité provenant de petites propriétés.

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La MAE vient de développer un nouvel outil numérique au service de la prévention : une tablette tactile interactive et multitouches. L’application du jeu des 7 erreurs permet à quatre personnes de jouer en simultané et d’appréhender les dangers de la rue (en voiture, à vélo)… mais aussi les dangers de la maison.

Des cadeaux et souvenirs seront offerts aux enfants par Cap France et son label Chouette Nature®.

Pour vous inscrire, gratuitement, aux différents ateliers du « Village des P’tits Loups », les enfants devront être obligatoirement accompagnés d’au moins un parent.

Tarif normal : 5 € sur place. Gratuit : – 18 ans et étudiants (sur présentation de la carte) et enfants – 12 ans.

Invitation gratuite offerte par ce blog au salon Destinations nature, cliquez sur l’image ou ici !

Venez nombreux voyager dès avant l’été !

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Temple des Lamas et temple de Confucius

Nous visitons ce matin le temple des Lamas, une enclave bouddhiste tibétaine anachronique, aux limites de la ville de Pékin. Le soleil se montre, qui fait briller les couleurs et donne un éclat net à la neige accumulée depuis hier. La succession de pavillons décorés, construits en 1694, laisse une impression de grandeur. 1500 lamas y vivaient ; il n’en subsiste aujourd’hui qu’une cinquantaine, récemment autorisés. A l’intérieur des bâtiments, des statues nous regardent, placides, comme elles regardent le monde depuis des siècles. Quelques dévots viennent procéder aux inclinations rituelles devant le Principe (il n’existe pas vraiment de « dieux » au Tibet) puis ils vont allumer trois bâtonnets d’encens dans la cassolette en face du temple. Des chinois athées se moquent ouvertement de ces simagrées.

temple des lamas 1694

Dans le pavillon principal dite « la salle de l’éternelle harmonie » se déroule une cérémonie haute en couleurs et aux sons expressifs. Chants et gongs nous attirent. L’odeur rance de beurre de yack brûlé par les lampes nous repousse. Vêtements rouge sombre, couleur de sang séché, bonnets jaunes comme le soleil d’hiver, les lamas officient dans une atmosphère de Tibet.

temple des lamas pekin 1993

Les cours des pavillons s’ornent d’arbres centenaires, aux troncs torturés comme des bonsaïs géants. La neige qui les saupoudre leur donne un cachet d’éternité. Les parois des maisons sont peintes de couleurs gaies. Le Tibet n’est pas triste et sa religion est remplie de couleurs. L’austérité prolétarienne très terre à terre voit cela d’un mauvais œil, d’autant que les dieux ou les principes ne sont pas ceux du Parti unique, avant-garde du Prolétariat scientifiquement en marche vers l’avenir historique. Sentant leur force, les caciques du parti tolèrent ces déviances archaïques comme une « preuve » de démocratie, mais il ne s’agit que d’affichage politique vis-à-vis de l’extérieur, de ces pays capitalistes dont ils lorgnent les capitaux pour le développement de la Chine.

temple des lamas grand ding en cuivre 1747

La promenade dans les jardins du temple et parmi les pavillons est un plaisir dans le froid et la lumière qui donne au tout un air de Tibet. Le temple de Confucius n’est pas restauré en 1993. Il garde des couleurs ternes qui se fondent mieux dans le paysage naturel. A l’intérieur du pavillon principal, nous est offert un concert d’instruments traditionnels : une flûte multiple, un lithophone, un instrument à cordes, et cet os percé qui rend un son si triste.

lithophone Temple Confucius

Nous revenons à l’hôtel de Pékin en bus. L’après-midi sera libre et nous prenons bourgeoisement le déjeuner au restaurant traditionnel de l’hôtel, selon un menu déjà connu en Occident. Surtout, pas d’exotisme ! Tel semble le leitmotiv des femmes qui gouvernent notre exploration pékinoise. Elles ont si peur d’avaler du serpent sans le savoir ! Ce sont donc de très banales crevettes setchuanaises, des pattes de canard bien conventionnelles, du riz que l’on reconnaît sans conteste, mais méfiance sur les légumes : quels sont ces petits bouts d’aspect un peu caoutchouteux ? Ne serait-ce pas… Oh, les fantasmes ! Est-ce utile de voyager si l’on ne sait pas sortir de sa routine ? La Chine, cet endroit vilain où l’on mange de si dégoûtantes choses… Nous prenons le café dans la chambre partagée par deux d’entre d’elles. Elles ont apporté des sachets de café lyophilisé et c’est une bonne idée.

Nous allons en groupe (comme tout Chinois) au Magasin « de l’amitié », qui se situe dans la même avenue que l’Hôtel de Pékin, mais à trois kilomètres de là. L’amitié, c’est l’échange : ainsi traduit-on « commerce » dans l’idéologie maoïste, très égoïste et encore en vigueur malgré la mort du Timonier. Ce magasin, le plus ancien, reste le plus agréable et le plus complet de tous ceux dans lesquels on nous a traînés jusqu’ici. Est présenté tout ce qui peut être rapporté d’artisanat chinois. Des « papiers découpés » ont des couleurs vives et représentent des masques et des fleurs. Un chemisier de soie blanche brodé de bleu fait le bonheur d’un amie tandis qu’elle fait emplette de cerf-volant pour ses petits.

temple de confucius sous la neige

Nous revenons à pied, en flânant. Le froid est vif. Nous déambulons au milieu de Chinois à pied (par centaines), en vélo (par dizaines) et en bus (par milliers). Le long de l’avenue, entre les deux hôtels touristiques l’International et l’Hôtel de Pékin, nous observons en ce février 1993 les premiers symptômes de la « gangrène capitaliste » : des commerces individuels de bouffe. C’est ce qui est le plus facile à réaliser et à vendre ; le plus facile à autoriser aussi sans déstabiliser tout de suite l’idéologie. Se multiplient donc les marchands de brochettes en plein vent, les préparateurs de nouilles, les vendeurs de sandwiches, de brioches, de pains ronds au sésame. Petits pains en rang, morceaux de foie en vrac, rognons grillés, et même des enfilades d’oiseaux en brochettes… et autres cadavres « qui ressemblent à des rats » selon une amie, écœurée au bout de quelques dizaines de mètres. Et son mari qui déclare, innocemment : « on pourrait venir manger ici, un soir ; moi j’aimerais bien ».

pekin stands de bouffe

Je comprends enfin ce qui me gênait depuis le premier jour à Pékin : l’absence de chants d’oiseaux. Dans toutes les villes au monde, même à New-York, on peut entendre des chants d’oiseaux. Pas à Pékin. Et ce silence est étrange, mais l’explication réside sur les étals : les oiseaux existent, mais systématiquement chassés pour être cuits en brochettes !

Revenus à l’entrée de l’hôtel, nous bifurquons dans l’avenue qui part vers le nord pour voir quelques boutiques. L’un cherche des calligraphies et des dessins, les autres des soieries. La rue est très animée à cette heure, les commerces alimentaires qui se succèdent sont bien remplis. Les dessins que l’on trouve sont rarement de qualité (mais il y en a), souvent chargés ou vulgaires. Je note une différence extrême avec ce qui se fait au Japon. Je crois qu’il faut en incriminer la révolution et surtout le « mépris prolétarien » pour l’art, les lettres et les thèmes traditionnels. Résultat : au bout d’une génération, le peuple chinois a été ramené au niveau technique artistique de l’école primaire, sans goût ni technique et, qui plus est, content de sa médiocrité !

Pourtant, s’il méprise son histoire « féodale », le fond de sa philosophie n’a guère changé : Confucius paraît en filigrane sous Mao. Même « l’ouverture économique », comme nous l’expliquait ce matin le guide, est une campagne lancée d’en haut et réalisée collectivement. On a l’impression d’une histoire cyclique d’ailleurs : la fameuse impératrice Ci Xi (Tseu Hi), n’a-t-elle pas soutenu un temps, après la révolte des Taipings, le mouvement « Gestion à la mode occidentale » qui prônait l’auto-renforcement de la Chine par imitation des modèles étrangers, entre 1860 et 1885 ? Aujourd’hui, en art, tout raffinement a disparu. L’inspiration artistique reste pauvre, sans talent, sans histoire, sans émulation, en un mot maladroite. Les porcelaines, les calligraphies, les dessins sur rouleaux, les bronzes, tout cela est bien meilleur au Japon. Je peux y rajouter les femmes. Les Pékinoises 1993 ne se mettent pas en valeur ; elles sont mal habillées et apparaissent très quelconques. Et pourtant, à observer quelques jeunesses, il suffirait de peu de chose.

Par routine, et pour éviter les « rats cuits », nous dînons ce soir à l’hôtel, dans le même restaurant qu’à midi. Puis nous retrouvons nos chambres où la moquette usée reste couverte de poussière. Je crois que le service ne connait pas l’aspirateur et qu’ils se contentent de passer le balai. Pourquoi, dès lors, mettre de la moquette ? Un dallage ou un parquet suffirait pour le nettoyage, une moquette sans aspirateur est une infection. Mais telles sont les contradictions chinoises.

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Temple du Ciel

Nous nous rendons l’après-midi au Temple du Ciel. Il date de 1420 à l’apogée des Ming. Il est entouré de murs et coiffé de tuiles vernissées d’un bleu sombre – couleur de ciel d’orage – qui lui donnent un aspect superbe. Deux fois par an l’empereur venait y faire sacrifice : au printemps pour assurer une récolte propice ; au solstice d’hiver, pour se charger des fautes de son peuple.

temple du ciel Tertre circulaire 1530

Il neige toujours et les terrasses de marbre brillent. L’autel de la Voûte Céleste a son extérieur carré (terre) et son intérieur rond (ciel) ; l’autel s’élève sur trois terrasses de marbre circulaires, conçues par des mathématiciens et des astronomes.

temple du ciel

Les trois terrasses symbolisent l’homme, la terre et le ciel. L’architecture du temple exprime la hiérarchie cosmique. J’admire sans réserve la beauté des pavillons de bois décoré, les plafonds à caissons de couleur vert et or, les perspectives des temples et des jardins. Les balustrades portent 360 piliers, autant que de jours en une année chinoise (lunaire).

temple du ciel voute celeste imperiale 1530

Tout est multiple de neuf, nombre céleste : les marches des escaliers, les cercles de dalles, les balustrades… Le neuf représente la puissance du yang à son maximum, ce principe de dissipation énergétique. Le yin n’est pas son contraire, il est sa part obscure, sa polarité opposée. Trois volées de marches montent au temple dont le corps est composé de trois cercles qui se superposent en millefeuille. Le dernier, surmonté d’une boule, fait couvercle de théière. Les tuiles vernies, bleu sombre, brillent d’un éclat énigmatique sous le ciel neigeux.

temple du ceil galerie

Je constate l’affection pour une symétrie « à la française » de cette civilisation impériale chinoise qui, comme la nôtre, aimait à tout codifier, à tout aménager suivant des « normes ». Elle avait ainsi l’illusion de contrôler la nature et les hommes, voire les lois du monde. Nos jacobins ne conservent-ils pas cette illusion, qui nous paraît désormais si naïve ?

temple du ciel pont des marches vermillon

Le retour voit un arrêt rituel – et interminable – dans une boutique de soieries et autres « souvenirs » qui n’ont pour moi aucun intérêt. Nous rentrons à l’hôtel où je prends me requinque avec un whisky, suivi d’un thé et d’un peu de lecture, avant le rendez-vous de la soirée : « l’opéra » de Pékin.

pere et fils pekin 1993

Rien à voir avec notre opéra. Il s’agit plutôt d’un spectacle de cabaret qui dure une heure et demi. Les spectateurs sont assis à des tables où sont servis thé et petits gâteaux. Sur la scène, des acteurs miment beaucoup et chantent peu, si bien que même des étrangers peuvent s’amuser. Trois scènes se succèdent : un acteur seul ; puis une jeune fille et un vieux pêcheur ; enfin le roi des neiges combattant dix guerriers. Les costumes sont chatoyants, les maquillages soignés, le réglage des scènes très professionnel. Nous ne nous y ennuyons pas.

temple du ciel mandarin

Nous dînons de raviolis chinois dans le restaurant Setchuan de l’hôtel. Ce n’est pas se mêler à la population mais, comme disait Trucmuche, « en Chine, plus on est d’fous, moins y’a d’riz ! ».

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Grande Muraille et tombeaux des Ming

Nous prenons le petit déjeuner au buffet de l’hôtel, tous un peu ensommeillés. On peut manger du pain et des œufs, mais aussi des algues croquantes pimentées… Exclamations d’horreur de ces dames. Le car nous attend pour la visite prévue aux tombeaux des Ming et à la Grande Muraille.

tombeau des ming allee

Dans le petit matin gris et brumeux de la Chine du nord roulent des vélos en tous sens et des camions fumeux, très lents. Le temps est plus froid qu’hier, il fait –5°. Nous traversons Pékin-vieille, aux trottoirs remarquablement propres comparés aux crottoirs de Paris. Après le gigantesque périphérique en hauteur, Pékin-neuf voit traîner quelques sacs en plastique et papiers dans les buissons au pied des immeubles. Les parkings à vélos sont bien remplis. Parfois, nous croisons la Volga noire d’un apparatchik, cette auto stalinienne de luxe imitant la Cadillac.

La visite guidée nous arrête à dépôt-vente d’objets artisanaux pour touristes. Il s’agit d’exploiter la manne des capitalistes en goguette bourrés d’argent. L’ouverture économique a peut-être fait décliner l’appellation de « camarade » au profit de « Monsieur, Madame, Mademoiselle », mais l’activisme scolaire pour promouvoir la vente est aussi pesant que celui pratiqué autrefois pour « construire la révolution ».

tombeau des ming soldat

Les Tombeaux des Ming sont en pleine campagne. Une allée sacrée y conduit, les animaux et personnages de marbre sont mis en cage pour qu’on ne touche pas : c’est la Voie des Esprits, allée d’honneur du cortège funéraire de l’empereur. Les foules chinoises ont en effet la vulgarité de « toucher » et  salir ; la chiourme veille donc, en utilisant les éternels procédés administratifs : panneaux d’interdiction, barrières, gardiens, amendes… La bureaucratie se réinvente partout à l’identique. Mais les alentours sont soigneusement balayés, comme dans un cantonnement militaire. La discipline socialo-administrative insiste toujours sur ce qui se voit. Les bidasses ont les mêmes réflexes durant leur service. Lettrés, fonctionnaires, militaires comme lions mythiques, xiechi (bête imaginaire), chameaux, éléphants, licornes, chevaux, restaient de marbre en saluant le maître du monde qui s’en allait à sa dernière demeure. Le tombeau du Troisième Ming, Yongle, est original car il s’agit du premier Ming à s’être fait enterrer volontairement dans cette vallée en 1424. Seize concubines royales y ont été brûlées vives pour l’accompagner. Cet empereur Yongle a fondé la Cité Interdite à Pékin.

tombeaux des ming Changling arche

Le terrain est partout quadrillé par des vendeurs de gadgets. Une vendeuse emmitouflée présente à son étal des oranges et de grosses pommes jaunes soigneusement disposées sur des écrins de papier. Son bambin, tout de rouge encapuchonné, montre du doigt cet étranger « long nez » qui photographie.

tombeaux des Ming Changling

Nous visitons néanmoins un bel ensemble de temples en bois et de jardins aux sapins centenaires. Ils ont échappé on ne sait pourquoi aux hordes scatologiques de Mao qui exigeaient faire table rase de tout. Pour construire quoi ? Tous l’ignorent. Détruire est une jouissance en soi pour l’adolescence et tout prétexte religieux (ou idéologique, ce qui est la même chose) est bon. L’atmosphère de ces temples me rappelle celle des temples japonais, en plus grouillant et plus rustique, mais avec ce souci religieux du jardin, ancré plus profond que les croyances mêmes. Ordonner la nature, maîtriser ce qui pousse, arranger les massifs, est une ascèse qui se suffit à elle-même. Comme si l’on s’approchait de Dieu en jouant son rôle de maître et possesseur de la nature. La promenade solitaire, sous les pins de la colline, le long du chemin de ronde qui entoure la butte de la tour, me fut un délice.

grande muraille Badaling

Nous déjeunons à la Grande Muraille. Le restaurant « choisi » (par la visite officielle) est un débit à touristes. La nourriture est quelconque, prise à la baguette, dans tous les sens français de ce mot. La Grande Muraille est le seul monument terrestre visible aujourd’hui depuis la lune. C’est dire son gigantisme. Cette muraille aurait servi, selon les justifications des empereurs, à protéger la Chine des envahisseurs mongols. Elle a été bâtie et complétée régulièrement du 5ème au 16ème siècle. Les historiens penchent aujourd’hui plutôt pour une fonction d’isolement… intérieur ! Il s’agissait d’empêcher les sujets chinois d’aller se perdre dans les étendues mongoles pour échapper au fisc et aux soldats de l’empereur. La Muraille délimitait aussi la ligne de partage entre nomades et sédentaires, entre « désert » et terre « cultivée », entre barbarie et civilisation, le chacun maître de soi et l’État militaire et fiscal. L’empire du Milieu était aussi un empire fermé. Dehors est le chaos, les démons menant une vie errante ; dedans est l’harmonie hiérarchique et patriarcale sous la houlette de l’empereur. La Chine développe l’angoisse du sans limite ; elle est obsédée – comme la France – par le jardin maîtrisé. A-t-elle aujourd’hui changé ? Et nous ?

Sur les remparts, restaurés pour quelques centaines de mètres, le soleil a percé un tantinet la brume. Le vent souffle, il fait froid. La Muraille court sur les crêtes et barre la vallée. Elle monte et descend, épousant le relief de ses larges dalles grises aussi loin que peut porter le regard. Beaucoup de Chinois s’y promènent en ce lundi. Le grand chic est de se photographier l’un l’autre. Ils sont accompagnés d’enfants qui ne sont pas à l’école. Passe un jeune garçon entre son père et sa mère. Ses yeux sombres sont interrogateurs mais il me sourit lorsque je le salue d’un signe de tête. Une chinoise pose pour l’album de souvenirs au côté d’un soldat de bois armé comme en l’an mil. Elle a pris la même attitude martiale que lui, politiquement correcte en Chine, la poitrine paonnante et le menton haut, avec l’inévitable air préoccupé et mortellement « sérieux » de tout bon partisan.

grande muraille

Au bas de la muraille, le commerce bat son plein. J’assiste à des négociations épiques de nappes brodées, arrachées après marchandage comme s’il s’agissait de tapis. Les femmes craquent devant les motifs de fleurs et les prix. On rit. Les chinoises, prises par l’avidité du commerce s’excitent et deviennent convaincantes. Elles ont l’anglais roublard. Quelle idéologie peut-elle être aussi efficace que l’intérêt personnel ? Le fanatisme de secte ?

Nous remontons dans le car pour rentrer à Pékin. La route, monotone, nous fait somnoler par à-coups. Et c’est l’inévitable arrêt, sur le chemin, pour visiter une fabrique de vases en bronze au décor cloisonné. L’artisanat est purement manuel dans des locaux collectifs. Des compartiments de cuivre sont collés sur la surface du vase. Ils reproduisent un motif qu’un second atelier est chargé de remplir d’émail de couleur, en dégradant les teintes là où il le faut. La chaîne se poursuit par un passage au four. Le vase est ensuite poli. Une grande salle de présentation sert à la vente directe. Elle est emplie de vases, de boites, de plats, jusqu’à des baguettes pour dîner et des stylos dans le même style ! Je trouve ce décor cloisonné plutôt chargé, et la forme des objets chinois tarabiscotée. Mais certains tons, en harmonies de verts et de bleus me séduisent, des décors de fleurs sur fond noir aussi.

Nous revenons à l’hôtel vers 19h après une rude journée. Cette fois, pas question de goûter au buffet officiel, insipide et au service peu aimable. Nous allons non loin de là, dans un restaurant conseillé par le guide de Pékin que j’ai emporté, au Donglaishun. Cet endroit est réputé pour sa « fondue mongole ». Il s’agit de carpaccio de mouton, accompagné de chou cru, que l’on plonge à cuire dans l’eau qui bout sur le brasero au centre de la table. On mange viande et légumes assaisonné d’une sauce au sésame et à la coriandre fraîche. Un ami se régale, sa femme et ses belles-sœurs sont moins friandes de ce mouton qui sent fort et dont il faut enlever le gras. L’endroit, en tout cas, est original. J’avais entendu des gens, dans le car, en parler ce matin. Nous prenons ailleurs le dessert – car les Occidentaux ne peuvent se passer de sucré en fin de repas. Nous allons nous installer au bar à thé de l’hôtel pour prendre une linzertart – bien occidentale – après avoir sacrifié au rituel du léchage consciencieux des vitrines chic d’artisanat du hall. Elles regorgent de sceaux de jade, de boites en porcelaine, de bols en bois, de statuettes. Il y a de belles choses, mais il est nécessaire d’examiner ce qu’il y a ailleurs avant de se décider.

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Musée Rodin

Auguste Rodin est un grand sculpteur à cheval entre le XIXème et le XXème siècle. Reconnu, officiel, puissant, il n’est pas sans zones d’ombres, revers de son talent. Ses relations avec Camille Claudel, rendue folle, en sont l’un des aspects.

Rodin exalte le mâle, l’homme dominant, musclé, penseur, énergique. Il est bien de son siècle qui croyait tout possible, de Jules Verne à Karl Marx. Il est monumental, aimant la nudité expressive.

Le corps en tension dit l’énergie intérieure, la volonté de faire. Même la pensée ne peut naître que par la contraction du corps sur lui-même.

En 1908, Rodin découvre l’Hôtel Biron par l’entremise de Rainer Maria Rilke, époux de Clara Westhoff, une élève du maître. Cet hôtel particulier bâti en 1730 est sur le point d’être démoli lorsque le sculpteur décide de le louer à bas prix à l’administrateur chargé de la liquidation.

Pour faire sa publicité auprès des marchands et collectionneurs, il coule dans le jardin de trois hectares, retourné à l’état sauvage, quelques-uns de ses bronzes vigoureux.

Proche des Invalides au centre de Paris, nous pouvons en contempler aujourd’hui quelques exemplaires imposants : les Bourgeois de Calais, la Porte de l’enfer, le Penseur sur son piédestal élevé.

Même un Balzac inspiré en robe de chambre et dopé au café, campé fièrement. Beaucoup plus que le VIH – Victor-Marie, comte Hugo – dont le sculpteur n’a retenu que la tête léonine d’un grant’homme content de lui.

Plus  Héraclès archer et quelques femmes nues… Rodin aimait beaucoup les femmes nues : la nudité révèle les êtres.

Le musée est aujourd’hui un établissement public, l’hôtel Biron a été acheté par l’État en 1911. Il assure depuis 1919 la conservation de la collection, deux ans après la mort de l’auteur et selon sa volonté.

Sculptures, dessins, peintures et photographies sont de Rodin ou issues des collections personnelles de Rodin. Il n’y a pas la place pour tout exposer et des expositions sont organisées par roulement, ce pourquoi il faut aller régulièrement au musée.

L’intérieur de l’hôtel vient d’être restauré et ses jardins sont accueillants dès le printemps. Le vert des feuilles domine et donne une aura sensuelle aux bronzes, adoucissant leur aspect athlétique, surtout pour les femmes.

Le plein soleil de midi en été, ou la neige d’hiver, donnent de la dureté aux muscles et rend la chair implacable. Ce sont deux visions extrêmes qu’un visiteur curieux de sensations aimera expérimenter.

Le jardin surtout, par son calme et son étendue, est un paradis pour étudiants en dessin. Camille m’a offert de présenter quelques-unes de ses œuvres ici, et je l’en remercie.

Dessins de Camille de La Comble © droits réservés

Photos Argoul mai 2012

Le site officiel 

Les dessins de Rodin, exposition 2012 sur Argoul.com

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Fruits de Tahiti

Article repris par Medium4You.

Comme le printemps est arrivé – dans l’hémisphère nord – envie de goûter la nature ? Tahiti offre ses fruits…

Parmi les suivants, lequel n’a jamais eu l’honneur d’être goûté par vous ?

Cherimolia : (Annona cherimolia) Hélàs peu fréquent dans les jardins polynésiens. Ce fruit originaire des pays andins a été introduit à Tahiti en 1846 par l’amiral Legoavant.

Mangoustan (Garcinia mangostana) : Roi des fruits d’après les connaisseurs, il est originaire d’Indonésie, s’est acclimaté en Asie du sud-est. La chair est délicieuse encore plus lorsque le fruit est servi frais. L’arbre est splendide, mais sa culture est difficile et les fruits demeurent rares et chers à Tahiti – à moins d’avoir un tonton généreux comme celui de V. La principale contrainte culturale est sa longue phase juvénile (entre 7 et 12 ans).

Langsat, lancette, rincette (Lansium domesticum). Ce fruit est devenu rincette à Tahiti et on ne sait pas pourquoi ! Fruit d’origine indo-malaise, baies sucrées et acidulées, à consommer un jour après la cueillette à cause du latex qui colle aux doigts et lèvres. Rappelle un peu le goût du pomelo. Sur l’arbre, les fruits forment des grappes qui poussent directement sur les grosses branches.

Jambose, jamerose, pomme rouge ‘ahia (Syzygium malaccense) : Ces petites pommes rouges étaient connues en Polynésie avant l’arrivée des Européens. L’arbre est originaire de l’Asie du sud-est. La chair est blanche, légèrement spongieuse, rafraîchissante mais d’un goût assez plat. Les fruits poussent directement sur le tronc et les branches. Les feuilles d’ahia tenaient un rôle important dans la médecine des tradipraticiens d’autrefois.

Ramboutan (Nephelium lappaceum) :Ce fruit ou litchi chevelu, originaire de l’Asie du sud-est, a été introduit à Papeari par Harrisson Smith. Fruit très prisé, il est vendu en grappes au bord des routes. La pulpe est blanche, translucide, juteuse, sucrée. L’arille est fermement accroché au noyau, grosse graine lisse et brunâtre.

Abiu (Pouteria caimito) : Récemment introduit à Tahiti, très mode dans les jardins. Originaire du Brésil et du Pérou. Le fruit est jaune brillant, la peau épaisse et dure, la chair translucide, tendre, sucrée. A l’intérieur on trouve deux ou trois graines. Pourquoi un tel succès auprès des jardiniers polynésiens ? – L’arbuste produit dès la deuxième année !

Fruit du dragon, pitaya (Hylocereus undatus) : Relativement nouveau à Tahiti, ce cactée originaire du Mexique se plait à Tahiti et donne de beaux fruits, rouges ou blancs dans de nombreux jardins. Toutefois, il faut parfois féconder la fleur pour obtenir un fruit car le pollinisateur serait rare à Tahiti!

Fruit de la passion, maracuja, grenadille (Passiflora edulis) : A Tahiti, la variété ronde et jaune vif est très répandue, un peu plus acide que la variété à peau rouge. Originaire du sud du Brésil, du Paraguay et de l’Argentine, cette liane touffue est très commune à Tahiti. On fait une excellente tisane avec les feuilles.

Pamplemousse du Sarawak : Pour remplacer les orangers décimés par les maladies, le professeur Harrison W. Smith, retiré à Papeari, voulut doter Tahiti d’un pamplemousse de bonne qualité. C’est en 1919, sur les côtes de Bornéo que le professeur découvrit ce fruit, envoya ces graines au consul britannique à Papeete. A son retour Harisson Smith repiqua dans sa propriété Motu Ovini à Papeari les 3 jeunes plants issus des graines envoyées au Dr Williams. Un seul survécut et fut transplanté dans la vallée Vaiiti. Excellent fruit.

Marang : Originaire d’Indonésie, peu courant à Tahiti, a un parfum aussi fort que le durian. Ressemble à un uru poilu. On ne consomme que les graines et on n’oublie pas de cracher le noyau !

Régalez vous. C’est même bon pour la santé !

Hiata de Tahiti

Un site très riche en fruits, sur lequel j’ai emprunté la photo de pamplemousse variété Sarawak ci-dessus : Tahiti héritage 

Daniel Pardon & Michel Guérin, Guide des fruits de Tahiti et ses îles, 2006, éd. Au vent des îles, 268 pages, 180 espèces et variétés décrites et photographiées. Le seul guide existant à notre connaissance sur le sujet…

Docteur Guy Avril, Encyclopédie des thérapies naturelles : Soignez-vous autrement, 2005, éditions Dangles, 762 pages, €29.92 – LA référence en matière de thérapies naturelles, mais pas particulièrement sur Tahiti 

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Paris sur Seine

L’été n’est pas fini et la capitale offre ses jeux à qui les veut. L’incontournable pyramide de verre au Louvre offre surtout son bassin d’eau fraîche durant les grosses chaleurs. Les kids s’y éclaboussent à l’envi.

Les jardins font mal aux yeux par leur herbe rare et leur gravier éblouissant, mais les policiers à cheval surveillent tous les comportements suspects.

Dans un bassin confidentiel, les bateaux à voile des gamins vont d’un bord à l’autre selon la brise. Le bassin du Luxembourg, plus grand, plus chic, plus 6ème arrondissement, est mieux connu, mais les Tuileries sont plus intimes.

Au Luxembourg, le basket fait rage car les éphèbes multiculturels peuvent s’exhiber torse nu sans craindre le regard réprobateur des gardiens et des mémères. Surtout si les enfants regardent.

Sur le pont des Arts règne la mode des cadenas, venue du monde anglo-saxon. Mode imbécile, comme tout engouement de foule qui reproduit sans savoir. L’étalage des liens inamovibles (on a perdu la clé) est clinquant et plutôt pathétique : tous ces Armelle & Colin qui vont se séparer dans quelques mois ou se déchirer dans une année…

Mais c’est la mode et tout branché se doit d’offrir son cul aux observateurs amusés pour contempler ce grand « art » à la Jacques Lang.

Reste de branchitude, les bouquinistes. Ils sont plus chers qu’ailleurs et offrent moins de choix que les librairies spécialisées sur Internet mais ils font partie de la vie des quais. Surtout quand Notre-Dame offre sa caution en ligne de mire.

Sur les marches des quais, les amoureux s’en moquent. Le monde peut bien s’écrouler, ils font monde à part dans leur bulle. Ils n’hésitent pas à se regrouper pour bien le montrer.

Grand-mère arpente, elle, le pavé pour montrer au petit-fils la « grande école » dans laquelle il doit entrer cette semaine. A six ans.

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Cuzco

Cuzco, 3400 m d’altitude, le nombril du monde : ce n’est pas une création espagnole. El Cuzco existait déjà, a survécu à la destruction des monuments incas par les Hispaniques.

Cuzco, capitale du Tahuantinsuyu, est construite selon un plan régulier, précis, fonctionnel avec un quadrillage de rues et grands axes qui convergent vers la grand-place centrale où se déroulaient les cérémonies religieuses, civiles et militaires. Dans la ville, les yeux croisent les bases des monuments incas comme l’un des murs du temple des vierges du Soleil en andésite, les balcons coloniaux. El Cuzco a conservé son âme, l’art métis est incomparable, les toits de tuiles rouges toujours présents.

Se promener dans la ville est une leçon d’histoire. Au détour d’une église baroque on croise la population indienne vêtue de tissus colorés, accompagnée ou non de lamas à quatre pattes. Le couvent de Santo Domingo, construit à l’époque coloniale, repose sur les vestiges du Coricancha (l’enceinte d’or), le temple inca dédié au soleil et aux astres et dont les salles et jardins rutilants d’or ont été pillés par les Espagnols. Le monastère a conservé certaines salles du Coricancha dont une très vaste qui abrite un autel sacrificiel.

Au sortir de la ville, il y a maints sites à visiter.

Sacsayhuaman (aigle royal) : situé sur le plateau surplombant Cuzco est une fortification impressionnante édifiée entre 1438 et 1500. L’un des blocs gigantesques de la muraille pèse 12 tonnes. Les Incas ne connaissaient pas la roue. Beaucoup de tentatives d’explications mais « rien au bout ». Signalons qu’entre deux blocs de pierre ajustés avec précision sans ciment on ne peut rien glisser, pas même une lame de couteau.

La construction de trois enceintes successives en zigzags était percée de trois portes d’accès étroites successives. Elles étaient munies d’huisseries énormes, séparées par des terrasses couronnées de tours. Cette citadelle aurait abrité la garnison chargée de défendre la capitale. D’autres pensent que ce bastion était probablement un centre cérémoniel très ancien, une maison du Soleil ? Qui sait ?

Kenko est un sanctuaire rupestre. Un canal en zigzag débouchait autrefois sur une sorte de grande cuve creusée dans le roc, à pic sur le vide. La grotte de Kenko abrite une table en pierre qui faisait sans doute office d’autel pour le sacrifice d’animaux (ou plus si imagination).

Lago est une grande roche fendue en deux par Viracocha, le dieu des Incas, avec deux chambres souterraines. Un lieu de méditation d’offrande, de cérémonies occultes.

Kusilluchayoq est encore un lieu de culte pré inca qui possède des labyrinthes, cavernes avec des sculptures de singes.

Pukapukara est un site très très rustique, au sommet d’une colline. Reste un ensemble de fortifications (la forteresse rouge). On murmure qu’elle gardait l’entrée de la vallée sacrée des Incas et la route de Cuzco.

Tambu Machay est appelé « le bain de l’Inca »  il est alimenté par des sources d’eau froide. Un système hydraulique qui constitue une véritable prouesse technique alimente encore en eau cristalline une série de bassins rituels réservés jadis à l’Inca et son épouse. Des murs de pierres polygonales perchés de niches trapézoïdales ont été érigés autour d’une source naturelle où l’on célébrait un culte des eaux.

Hiata de Tahiti

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Etranges rapprochements

Il suffit de se promener dans Paris, un dimanche d’été, pour observer une succession de rapprochements qui, de fil en aiguille, vous conduisent au bord de l’étrange. Tel Murakami, vous passez de la banalité au surréel…

Dans une vitrine d’un célèbre magasin de bandes dessinées : « Mes amis à poil« , édité par Spirou et destiné aux gamins. Pourquoi pas, c’est mignon après tout.

Mais le jardin du Luxembourg, pas très loin, vous offre toute une palette d’apoilisme à divers degrés.

De la fille fort décolletée par ces temps orageux aux garçons en émoi qui exhibent leurs muscles naissants sur la pelouse ou au foot.

Poursuivez de l’autre côté de la Seine avec les Tuileries et vous aurez pareil : des gars torse nu, une voilée qui les mate, et des gamins à poil -complètement à poil- en statues.

C’est de l’art me direz-vous, mais qu’est-ce que l’art ? Le paroxysme de ce qui est beau sur la terre ? La passion faite pierre ?

Le calcaire parisien n’est pas le marbre grec qui laissait sourdre la lumière, tout comme la chair de jeunesse. Passe-t-on sans contraintes de l’art à la réalité ? Atterrir est une éducation : y en a-t-il encore une ?

Ce qui est inquiétant n’est pas tant que la beauté se montre, la jeunesse est l’âge pour cela. Ce sont ces annonces « innocentes » sur les descentes de pluie : un jeune homme qui cherche un « étudiant sportif », barré d’un « sale PD » en gras, au-dessous de laquelle s’étale une recherche parentale d’une « personne sérieuse avec expérience pour notre fils de 8 ans le mercredi… »

De la BD à l’annonce, en passant par les jardins, on se demande parfois… Ce sont d’étranges rapprochements, je vous dis.

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