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Paris sur Seine

L’été n’est pas fini et la capitale offre ses jeux à qui les veut. L’incontournable pyramide de verre au Louvre offre surtout son bassin d’eau fraîche durant les grosses chaleurs. Les kids s’y éclaboussent à l’envi.

Les jardins font mal aux yeux par leur herbe rare et leur gravier éblouissant, mais les policiers à cheval surveillent tous les comportements suspects.

Dans un bassin confidentiel, les bateaux à voile des gamins vont d’un bord à l’autre selon la brise. Le bassin du Luxembourg, plus grand, plus chic, plus 6ème arrondissement, est mieux connu, mais les Tuileries sont plus intimes.

Au Luxembourg, le basket fait rage car les éphèbes multiculturels peuvent s’exhiber torse nu sans craindre le regard réprobateur des gardiens et des mémères. Surtout si les enfants regardent.

Sur le pont des Arts règne la mode des cadenas, venue du monde anglo-saxon. Mode imbécile, comme tout engouement de foule qui reproduit sans savoir. L’étalage des liens inamovibles (on a perdu la clé) est clinquant et plutôt pathétique : tous ces Armelle & Colin qui vont se séparer dans quelques mois ou se déchirer dans une année…

Mais c’est la mode et tout branché se doit d’offrir son cul aux observateurs amusés pour contempler ce grand « art » à la Jacques Lang.

Reste de branchitude, les bouquinistes. Ils sont plus chers qu’ailleurs et offrent moins de choix que les librairies spécialisées sur Internet mais ils font partie de la vie des quais. Surtout quand Notre-Dame offre sa caution en ligne de mire.

Sur les marches des quais, les amoureux s’en moquent. Le monde peut bien s’écrouler, ils font monde à part dans leur bulle. Ils n’hésitent pas à se regrouper pour bien le montrer.

Grand-mère arpente, elle, le pavé pour montrer au petit-fils la « grande école » dans laquelle il doit entrer cette semaine. A six ans.

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Harlan Coben, Faux rebond

Plongée dans l’Amérique d’aujourd’hui, par un quadragénaire ado dans les années 70 et qui écrit des livres après un diplôme de science politique. Le personnage créé par Harlan Coben lui ressemble. Fan de basket au point d’être presque sélectionné dans son adolescence, un accident malencontreux au genou mit fin à ses espoirs. Il s’est reconverti en agent sportif après avoir travaillé quelque temps au FBI avec son copain de chambre au collège, héritier d’une gestion de fortunes, Win. Et justement, ce passé le rattrape. Cet accident en était-il un ? Pourquoi lui propose-t-on de rempiler dans l’équipe après dix ans sans rien faire ? Où est passé son adversaire superstar Greg qui a pris sa place de champion ? Qui a couché avec qui ?

Il y a un peu d’action, quelques meurtres comme au ciné, mais ce n’est pas là ce qui fait à mes yeux l’attrait du livre. Il est dans le personnage à succès de Myron Bolitar où l’Amérique des années Clinton se reconnaît. Prénom improbable, nom impossible, le héros est bien ce produit du melting-pot qui fait la force et la faiblesse des Etats-Unis. Sportif doué comme chaque ado rêve d’être, il doit se reconvertir dans le concret du business lorsque le destin en décide autrement. Il s’accroche, il a des amis, il est amoureux. Sa résilience tient à l’art martial qu’il pratique avec son meilleur copain, à son savoir-faire auprès de son équipe femmes de sa boite, à la compétence qu’il s’est forgée dans les enquêtes. Telle est l’Amérique : elle récompense celui qui fait et qui sait faire. Myron n’est pas macho américain pour un sou mais fragile. Ce sont les femmes autour de lui qui sont fortes : sa copine écrivain, sa secrétaire, son ex… Il y a un jeu volontaire des contrastes dans les romans de Coben : l’anti-John Wayne se faufile, tandis que les super-women se plantent.

Les personnages qui gravitent autour de lui sont savoureux, à commencer par sa secrétaire, la superbe hispano Esmeralda – championne de lutte professionnelle – et sa copine Cyndy, un gros tas qui borborygme mais d’une fidélité à toute épreuve. Et son ami Win, golden boy né, expert en art martial, tombeur des dames avec classe. Il y a aussi la Femme Libérée, alias « la Branleuse », qui n’a pas assez de cran pour être pute mais qui s’envoie systématiquement tous les nouveaux de l’équipe championne de basket. Avec l’impression de choisir, tout en étant incapable d’accepter de faire sa vie avec. On fait connaissance avec Clip Arnstein, sponsor avisé et sentimental, avec un patron de restaurant hispanique qui bosse et fait bosser sa femme et son ado pour réussir (« qui lui ressemblait comme une jeune goutte d’eau ressemble à une vieille goutte d’eau » p.121), avec Mister B, mafieux (« cravate jaune nouée façon Windsor avec épingle en or » p.194), avec une ex-activiste hippie accusée d’avoir braqué une banque et qui vit underground depuis des années, avec l’inspecteur Dimonte mâchouillant un cure-dent et aux « boots en peau de serpent d’un violet du plus bel effet » p.135…

L’auteur les croque à traits rapides, plein d’humour, c’est ce qui fait le sel du livre. Esmeralda : «  Elle se produisait en bikini de daim avec des franges sur le côté et tenait toujours le rôle de la ‘gentille’ dans le scénario de cette fable moralisatrice qu’est la lutte professionnelle. Elle était petite, merveilleusement proportionnée, sexy en diable et, bien que d’origine hispanique, suffisamment basanée pour passer pour une Amérindienne » p.45 Tous les clichés de l’Amérique sont moqués en deux phrases. Et les « franges sur le côté » sont irrésistibles ! Audrey, la journaliste de scoops sportifs : « Ni canon ni thon, elle était… spéciale. Incontournable » p.62 Terry « TC » Collins, superstar du basket trop gâté, deux mètres tout en muscles : « Le bruit courait qu’il était noir, bien que cette hypothèse fut difficile à vérifier, compte-tenu des tatouages qui recouvraient toutes les parties visibles de son épiderme » p.66 « TC orné de sa quincaillerie. Trois anneaux à une oreille, quatre à l’autre, plus un dans le nez. Pantalon de cuir noir, petit gilet en résille, avec vue imprenable sur ses piercings sur le téton gauche et sur le nombril » p.74 Maggie la Branleuse : « Savamment décoiffée, comme si elle venait d’enlever deux ou trois épingles de son chignon. Elle était mince et belle, parfaite pour jouer le rôle de l’avocate de la partie adverse dans ‘Ally McBeal’. » p.16

Un polar qui plaira sans doute plus aux mecs, et à ceux qui ne dégueulent pas dès qu’on évoque l’Amérique, mais tant pis : il y a de l’humour pour tout le monde !

Harlan Coben, Faux rebond (Fade Away), 1996, Pocket 2007, 408 pages, €6.65

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