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Cartes postales

Depuis que l’Etat-papa autorise ses enfants à sortir de la maison et, pour les plus grands, à aller vaguer au-delà de 100 km autour du domicile, un air de vacances a saisi les Français. Ce n’est pas encore l’étranger, mais presque : les frontières européennes sont plus ou moins ouvertes (avec quatorzaine pour entrer dans certains pays), pas encore le grand large.

C’est le moment de se replonger dans le passé pour voir comment les voyages ont été vécus. Pour cela, la collection familiale de cartes postales est un trésor inépuisable. Certaines datent de la fin du XIXe siècle déjà ! Mais oui, on écrivait en ce temps-là et la Poste fonctionnait.

C’était la grande époque du chemin de fer, pas très brillant ni confortable, pas vraiment rapide malgré les noms qui le laissaient espérer : « express », « rapide », « direct » … En réalité, ils s’arrêtaient moins mais n’allaient pas plus vite. En 1939, un oncle de mon père notait même qu’il pleuvait dans les wagons et que l’averse avait fait ralentir le train Paris-Lille à 30 km/h ! La culture de l’excuse SNCF ne date pas d’aujourd’hui. Je reste toujours étonné que le Canada, la Suède ou la Russie fassent rouler des trains par -30° centigrades alors que notre franchouille ferroviaire connait immédiatement des « retards » et des « encombrements » par -5°. « On ne l’avait pas prévu ! » Ah bon ? Pareil pour la chaleur, les trains roulent en Espagne par +45° mais pas en France où le fer a le rail qui s’dilate, la caténaire en galère et le chauffeur en touffeur. Je m’en foutisme ou fonctionnariat syndical adepte du perpétuel petit travail tranquille ?

Les vues envoyées, en sépia ou en noir et blanc sur cartoline assez forte, montraient presque exclusivement la France (quelquefois le nord de l’Italie), et principalement des villes de garnison (pour les jeunes envoyés au « service »), des villes d’eau (pour les bourgeoises adeptes de la « cure »), ou les provinces traditionnelles des vacances à l’hôtel : Normandie (car pas trop loin de Paris), Bretagne (plus exotique et surtout vivifiante), la Provence (pour le soleil, malgré l’ail et l’assent). Un déjeuner tout compris (service et boissons) revenait à 353 francs 1953, soit 3.53 francs 1958, soit 8.02 euros compte-tenu de l’inflation. Aujourd’hui, avec les taxes et charges sociales, en France t’as plus rien.

L’évolution des textes avec les années est révélatrice. Au début du précédent siècle, on parle surtout nourriture puis, après-guerre (la Première), climat : il fait beau, il pleut, il y a du vent – donc de la chance ou pas de chance. Sautons une guerre (la Deuxième) et surgissent le grand air, l’air pur, le calme ; le scoutisme est passé par là, et les maquis de la Résistance. Les gens sont plus nature, dégagés des soucis matériels (Sécurité sociale, emploi de reconstruction des Trente glorieuses, première automobile) et lassés de la ville ou de la villa banlieue.

Les années 1970 élargissent l’horizon. Les cartes sont de plus en plus envoyées de l’étranger comme si l’on avait presque honte de passer ses vacances en France (comme les vieux). Sauf les familles avec enfants petits qui adorent la plage comme on adore la Vierge Marie chez les cathos, quoiqu’avec la pointe de sensualité supplémentaire d’aller en habit de peau un mois durant. Les commentaires sont sur le bain, le garçon qui nage comme un poisson et ne porte jamais de vêtement, les copains de la plage qui font pareil « même sous la pluie ! », la fille qui ne veut pas porter de haut de bain à 12 ans comme les garçons ou qui s’obstine à faire de la balançoire sans avoir mis de culotte sous sa robe courte à cause de la chaleur, « vous vous rendez compte ! ». Mais c’est l’Espagne qui a la cote, pas trop loin, pas chère, avec des plages immenses et un exotisme quasi arabe dans le grand sud. L’Italie remporte les suffrages des adultes qui se cultivent en visitant Venise, Florence, Rome, Naples et Pompéi. La Grèce fait son apparition avant L’Egypte puis la Turquie.

Le Royaume-Uni est la destination des ados en séjour linguistique ; ils se disent en général contents (mais la bouffe et la conduite à gauche en vélo les désorientent). Ils sont aussi surpris que les Anglais fassent souvent coucher les garçons dans le même lit. La même carte précise que le mois d’août est très chaud et, surprise ! qu’il ne pleut pas tout le temps.

Je retrouve sur les cartes postales des anecdotes familiales très anciennes, datant des grands-parents, lorsqu’ils étaient jeunes et pas encore mariés et se traitaient de « mon chéri » en 1911. Durant la guerre de 14, ils montraient le souci de savoir qui de connu au village avait été blessé ou si l’on avait bien reçu le colis. Beaucoup de soldats ou de jeunes partis en ville annoncent leur venue par carte postale vite écrite bien longtemps à l’avance car, avec les trains, même une fois la guerre finie, on ne sait jamais.

Au début des années 1950, c’est le temps des stages pour les parents – loin des maisons familiales. Caen est en ruines et des bâtiments neufs surgissent de terre, comme à Brest ou au Havre. Cela fait « moderne » et nouveau monde… avant de devenir triste et entassé. Les fins de semaine (du samedi après-midi au dimanche soir) sont l’occasion de visiter les alentours et d’aller « manger une omelette de la mère Poulard » au Mont Saint-Michel ! Le voyage de noces se fait en car, moins cher et plus souple que le train, pour aller visiter la grande bleue en passant par toutes les villes intéressantes : Limoges, le barrage du Castillon, les gorges du Verdon, Avignon, Aix, Nîmes, Cannes, Menton – et même une incursion d’une journée à Gênes (sans passeport), quelle audace !

On apprend que le père n’avait jamais pris le bateau avant d’aller de Marseille à l’île d’Aix, ni ne savait nager avant de s’être plongé en Méditerranée. On apprend que la mère a voyagé seule en Algérie (alors département français) et qu’elle a pris l’avion, un Dakota Douglas DC3 non pressurisé de Marseille à Alger qui volait à 2300 m d’altitude ; qu’elle a vécu en camp de toiles puis en auberge de jeunesse avant d’aller visiter en car Philippeville où les femmes « arabes » étaient rares dans les rues – et voilées. On apprend que le jeune oncle à l’époque enchaînait les colos pour se faire de l’argent de poche durant les vacances tandis que l’autre, officier du génie, détournait les mineurs (en bouchant une entrée de mine mal stabilisée). Que les grands-pères emmenaient les grands-mères systématiquement en vacances dans la maison familiale de leurs propres père et grand-père, « retapée » en vue de la retraite. Dans leur nouvelle 4CV Renault dont le moteur faisait bzzt ! bzzt ! comme une abeille, ou en Dyna Panhard, véhicule que j’ai toujours trouvé fort laid avec un bruit de casserole. Curieusement, j’ai toujours eu le mal de la route en Panhard, rarement dans les autres véhicules.

Dans les années 2000, la famille décrit la pousse des petits, offre des nouvelles des vieux, s’informe des jeunes qui étudient ou commencent à travailler, dit qui envisage de se marier. Les liens se distendent, la correspondance fait moins recette que le téléphone, en attendant l’Internet. Le virtuel ne laisse que peu de traces, rares sont ceux qui enregistrent leurs communications Skype ou autres. L’aujourd’hui se méfie même des réseaux sociaux et ne dit plus rien d’intime ni de compromettant, ne publie plus de photos qui soient interprétables (par une ex, un patron, un juge, un ennemi). La Poste devient aussi en retard et peu fiable que le train, toujours par ce même je m’en foutisme de « service » public (qui « sert » surtout à être payé, être garanti d’emploi et de retraite). D’où l’invention de la « lettre suivie » pour ne pas qu’elle se perde ! Avec un tarif plus cher, comme de bien entendu.

L’envoi des cartes postales se raréfie depuis des années. Avec la télé et le net, à quoi cela sert-il de montrer des vues du pays ou du monde ? Avec le téléphone mobile et les courriels, à quoi cela sert-il de correspondre par carte ou lettre ? L’écrit se perd et la parole est d’or, mais surtout l’écrit reste et la parole s’envole. En notre époque de zapping et en notre pays de particulière méfiance envers les autres, mieux vaut écrire le moins possible et en dire peu.

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Ernst Jünger, Premier journal parisien, 1941-43

La prose de Jünger semble être d’une matière céramique. Elle est composée de terre rare, et passer par l’épreuve du four la durcit. Les émotions sont là, mais le langage les fige. Retenue, pudeur, distance : Jünger écrit pour retrouver l’éternel sous le contingent. Il est sensible aux fleurs, aux bêtes, aux enfants, aux adultes. Il a le caractère profondément humain d’un être qui fut aimé durant son enfance. En même temps, il possède une exigence de vérité, une rigueur d’exécution, il a besoin d’absolu, ce qui le contraint et le raidit.

Son expression se fait froide, parfois sibylline, par souci d’exprimer exactement ce qu’il ressent. D’où ces termes d’entomologiste pour parler des êtres qu’il aime : de ces enfants, il parle rarement, sinon pour noter d’un trait rapide une attitude exceptionnelle. Il les appelle par un vocable neutre, « l’enfant » pour Alexandre le petit, « le jeune garçon » pour Ernstel l’aîné. Les prénoms viendront plus tard sous sa plume, en 1943 et 1944, où l’intensification de la guerre, les bombardements, la menace « lémure », la proximité de la mort sur leurs têtes l’incitera à se livrer plus avant. Alors ils deviendront ce qu’ils sont, Ernstel et Alexandre, et parfois même « mon fils ». Sa femme reste éternellement « Perpetua » une compagne de caractère, réfléchie, un référent dans son existence.

En ces années de guerre, où il lit la Bible chaque soir durant trois ans, il proclame son exigence de vérité. Il la trouve dans « l’inestimable et salutaire pouvoir de la prière », « la seule porte qui mène à la vérité, à la loyauté absolue et sans réserve ». La prière incite à tout dire à un juge muet, à s’analyser sans concession comme une catharsis, à confier son âme à une sagesse ultime. La prière, comme le journal sans concession, est une psychanalyse.

Cette vérité, il la cherche en lui-même, dans son « humanité » opposée au nihilisme de la « technique ». Celle-ci, en se développant, dévore l’homme de l’intérieur ; elle le rend mécanique, abstrait, inhumain. Elle en fait un robot, variante machinale du fonctionnaire. C’est une très ancienne forme de refus du savoir que cette crainte de l’inhumanité de la science. Déjà, au paradis, le serpent était le tentateur, puis vint Babel, la tour trop orgueilleuse où tous les hommes coopéraient pour la bâtir et qui fut donc détruite par le Dieu unique et jaloux. Nous sommes dans le thème éternel de l’apprenti sorcier, du Golem, de Frankenstein, du savant fou, du docteur Folamour, du savoir comme source du Mal. Pour Jünger, à son époque, il s’agissait d’une prodigieuse massification politique dans une période d’accélération technique. Tout allait trop vite pour les cadres traditionnels de pensée issus de la paysannerie. Il note les automatismes, les blindages, les rouages, « l’arsenal des formes vivantes qui se durcissent comme des crustacés » p.20. Il note aussi l’anonymat des bombardements, les tueries industrielles. « Des couches d’être commencent à se détacher de l’état humain proprement dit pour tomber dans l’inertie » p.51 – ce qu’il appelle « la monstrueuse puissance du nihilisme ».

Il cherche l’humanité en l’homme, la vérité de l’humain parmi ses semblables. « Les êtres cachent encore en en eux beaucoup de bons grains qui germeront à nouveau dès que le temps s’adoucira et reprendra des températures humaines » p.37. La ville lui est une amie « ou des cadeaux vous surprennent. J’éprouve de la joie surtout à voir les amoureux marcher, étroitement enlacés » p.44. Aux premières étoiles jaunes des Juifs aperçues dans Paris, le 7 juin 1942, il écrit : « je considère cela comme une date qui marque profondément, même dans l’histoire personnelle » p.136. Au lendemain de la rafle du Vel’ d’Hiv’ : « pas un seul instant, je ne dois oublier que je suis entouré de malheureux, d’êtres souffrant au plus profond d’eux-mêmes. Si je l’oubliais, quel homme, quel soldat serais-je ? » p.149. Il s’effraie de constater que certains restent aveugles aux souffrances de ceux qui sont sans défense et se glorifient même de les rudoyer. « La vieille chevalerie est morte. Les guerres d’aujourd’hui sont menées par des techniciens. Et l’homme est devenu cet homme annoncé depuis longtemps, et que Dostoïevski décrit sous les traits de Raskolnikov. Il considère alors ses semblables comme de la vermine, ce dont précisément il doit se garder il ne veut pas devenir insecte lui-même » p.290.

Face à cela, son attitude voudrait être celle du moine zen : « Lorsque que je vois les fleurs s’étaler si calmement au soleil, leur béatitude me paraît d’une profondeur infinie » p.22. Il cherche l’éternité dans les rites de la collection : « Il s’agit, dans la diversité, d’assurer des perspectives qui s’ordonnent autour du centre invisible de l’énergie créatrice. Tel est également le sens des jardins, et le sens, enfin, du chemin de la vie en général » p.185. Parce qu’en fait, « nous sommes de passagères combinaisons d’absolu » p.209. Alors, « l’œuvre doit atteindre un point où elle devient superflue – où l’éternité transparaît. (…) Il en est de même pour la vie en général. Nous devons parvenir en elle à un point où elle puisse passer de l’autre côté aisément, osmotiquement, à un niveau où elle mérite la mort » p.115.

Pour bien mourir, il faut avoir bien rempli sa vie, l’avoir aimée à chaque instant, avoir touché à la vérité du monde.

Les pages indiquées sont celles de l’édition Livre de poche 1998 épuisée

Ernst Jünger, Premier journal parisien, Journal 1941-43, Christian Bourgois 1995, 318 pages, €11.61

Ernst Jünger, Journaux de guerre, coffret 2 volumes, Gallimard Pléiade 2008, 2396 pages, €120.00

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Les 90 ans de Fragonard à Grasse

C’est en 1926 que fut créée par Eugène Fuchs la parfumerie Fragonard à Grasse. les voyageurs fortunés en vacances sur la côte d’Azur sont à l’époque de plus en plus nombreux, ils ont de l’argent et aiment se distinguer par la mode: les produits parfumés leurs sont destinés. Le peintre des dernières années heureuses de l’Ancien régime, Jean-Honoré Fragonard (originaire de Grasse), donne son nom à la nouvelle entreprise. Quatre générations plus tard, l’usine tourne bien, la vente par Internet s’établit, en plus des boutiques à Paris, Nice, Cannes, Avignon, Saint-Paul de Vence, Eze village, Milan – et Grasse.

A côté de l’usine de Grasse, un ancien bâtiment provençal du XVIIIe siècle sert de musée du costume et du bijou. il montre surtout l’agencement des pièces d’apparat et du coucher, avec du mobilier traditionnel. Le jardin, en réfection jusqu’à l’été, permet une détente au calme au cœur même de la ville.

musee Fragonard flacons

L’estagnon (qui signifie étain en provençal) a été la création emblématique de la Maison. La Seconde guerre mondiale a généré une pénurie de verre, que le parfumeur a remplacé par de la dorure d’aluminium pour ses flacons. Les pomanders sont un héritage du Moyen-Âge. Ces pommes d’ambre, d’où leur nom, contenaient du parfum sensé protéger des épidémies, notamment de la peste. Les vinaigrettes recelaient un petit linge imbibé de vinaigre, protection portative contre les infections.

musee Fragonard boites bergamote

De petites boites fabriquées en écorce parfumée des fruits du bergamotier sont appelées « bergamotes ». Décorées, elles abritaient des poudres de parfum et servaient surtout de cadeaux amoureux.

musee Fragonard necessaire de voyage

Chacun pouvait les emporter dans une valise nécessaire de voyage. Il y avait du personnel en ce temps-là et les porteurs nombreux permettaient de ne pas faire attention au poids des malles et autres sacs de nomade.

musee Fragonard biscuit erotique

Le salon de réception était décoré de biscuits de cheminée (porcelaines cuites sans émail), à scène amoureuse ou érotique, et de peintures de libertinage léger.

musee Fragonard tableau libertinage

musee Fragonard esprit de collection

Un lieu réservé aux collections exposait les curiosités de ce monde littéraire et académique plus que scientifique – « l’honnête homme » éclairé du XIXe siècle.

musee Fragonard tete empereur auguste

Tout ce qui provenait de l’antiquité romaine était réputé chic, comme cette tête probablement de l’empereur Auguste, bien abimée.

musee Fragonard bureau

La chambre était munie d’un meuble bureau qui servait à écrire la nombreuse correspondance en usage en ces temps où les transports restaient longs et où l’on se voyait peu.

musee Fragonard chambre

musee Fragonard chambre chaise percee

Une chaise percée servait de toilettes, à l’époque où le tout-à-l’égout n’existait pas.

musee Fragonard chambre enfant berceau

La chambre d’enfant montre un berceau aisé à balancer, un cheval pour plus grand.

musee Fragonard chambre enfant chaise de bebe

La chaise de bébé était toute simple et le petit ne risquait pas de tomber.

musee Fragonard chambre enfant jouets

Des jouets de toutes époques sont rassemblés en vitrine, comme cette patinette en bois et cette cible pour tirer à l’arc.

musee Fragonard cuisine

musee Fragonard cuisine casseroles

La cuisine provençale, réservée au personnel de maison, était fonctionnelle avec ses tomettes au sol faciles à laver et ses carreaux de faïence bleue au mur pour éviter les projections de graisse de cuisine.

musee Fragonard pressoir a huile

musee Fragonard flacons huile d olive

Un pressoir à huile d’olive était apprécié du personnel.

musee Fragonard eau de cologne

Le Musée Provençal du Costume et du Bijou, 2, rue Jean Ossola, 06130 Grasse, téléphone 33 (0)4 93 36 91 42

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Il y a du sport en Polynésie !

En sports, c’est l’année olympique à Rio et des athlètes polynésiens pourraient y participer : Anne-Caroline Graffe en taekwondo, Billy Besson en voile, Tumatai Dauphin en lancer de poids.

La gloire mondiale pour les Tiki Toa vice-champions du monde de beach-soccer. Hurrah !

Pour le glamour, présent ! Hinarere Taputu terminera sixième à l’élection de Miss World 2015 et Vaimiti Teiefitu deuxième dauphine de Miss France 2015. Joli promotion pour le fenua et ses vahinés.

Hinarere Taputu

Le cascadeur australien Robbie Maddison a surfé la vague de Teahupo’o sur une moto KTM 250 munie de pales.

Tahiti est enfin aux normes internationales pour la lutte antidopage.

Les projets, ferme aquacole chinoise à Hao, et Mahana Beach chinois à Punaauia, à quand le premier coup de pioche ?

Il parait qu’un vieux de 72 ans devrait mettre le feu à Toata le 4 mai… Hein ? C’est Johnny.

Marae Taputapuatea

On attend le classement au patrimoine mondial de l’UNESCO pour le marae de Taputapuatea à Raiatea.

Monsieur Paul Yeou Chichong vient de vendre Renault Sodiva. A 82 ans il a trois grands projets : ouvrir un musée pour sa collection de tableaux de maîtres ; donner 100 millions de XPF pour les handicapés ; écrire ses mémoires. Il promet que si le Pays lui construit, à Papeete, sur au moins 2 500 m2 de surface, un musée digne de ce nom il le remplira de ses 350 tableaux, des Gauguin, Renoir, Utrillo, Bruegel, Chagall, Kandinsky, Picasso… Projet ambitieux qui nécessiterait entre 400 et 500 millions de XPF. Allo, le Pays ? Y a des sous dans votre escarcelle pour construire ce musée ? L’homme est érudit, grand commerçant, on ne le trompera pas avec le chalala habituel, il lui faudra des actes et des preuves.

En février, c’est le fifo, mais à l’Assemblée de Polynésie, les représentants ont eu droit à une projection vidéo gratuite. Il paraît qu’un grand nombre de représentants ont quitté la salle ? Le groupe à Oscar (Indépendantiste) a demandé la lecture d’une vidéo sur les écrans de l’hémicycle de Tarahoi. Les représentants devaient se pencher sur le projet de délibération relatif à la convention d’application n° 16-15 entre l’État, la Polynésie française et l’Institut de recherche pour le développement finançant le projet « Expertise collégiale Internationale sur les ressources minérales sous-marines de Polynésie française ». C’est sûr que la vidéo c’était plus chouette que tout ce chalala. On sait par Oscar et l’UPLD qu’il y a des milliards et des milliards de XPF sous la mer, au diable tous ces décrets, lois, projets. Les sous c’est là à portée de « mains » alors pourquoi attendre. Ce documentaire vidéo d’une dizaine de minutes avait été réalisé par le Tavini Huiraatire (Parti indépendantiste d’Oscar) à partir du montage de plusieurs sources qui « illustrent la potentialité de nos ressources minérales océaniques ». Ne pas oublier SVP que, d’après ce documentaire, Oscar (Temaru) pourrait devenir Président de la République française… en 2017 ! Ubuesque !

Hiata de Tahiti

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Moskenes et musée du télégraphe de Sørvågan

Je pousse jusqu’à Moskenes à pied, distant de 3 km, endroit où nous prendrons le ferry de retour. Il n’y a rien à voir que quelques maisons, une petite église entourée d’une pelouse sur laquelle s’élève une stèle de granit aux morts de 1939-45, et une maison des Témoins de Jéhovah.

moskenes eglise Lofoten

Le bar près du quai d’embarquement des ferries permet de boire un pot avant de partir. Une famille de tout blond est installée et le petit garçon me regarde avec l’insistance de la curiosité. Je suis trop bronzé pour son habitude.

moskenes port de ferry Lofoten

Pas grand monde aujourd’hui, autour de 1130 habitants, mais constamment du monde dans l’histoire : des traces d’habitats de l’âge du fer, datant de 5500 ans sont déjà présentes sur ces îles. Surtout à l’est, où les conditions portuaires sont plus favorables.

moskenes Lofoten

Dans la rade, un vélo est curieusement accroché à un poteau. Il ne doit être accessible à pied que lors des grandes marées. Dans un virage, un mur de mouettes offre son abri du vent et sa chaleur à toute une colonie. Elles ne piaillent pas à gorge ouverte, comme souvent mais se dorent au soleil, savourant la chaleur.

velo sur l eau moskenes Lofoten

Sur la route qui serpente en S, suivant les sinuosités de la côte, des fleurs, des maisons en bois, des boites aux lettres.

villa ete Sørvågan Lofoten

Devant une grande maison flanquée d’un garage, un gamin en short lave au jet une voiture au soleil. Un copain habitant en face, chaussé et vêtu d’un tee-shirt bleu, l’aura rejoint à mon retour. Nous voyons très peu de gosses dans ces villages dispersés.

gamin laveur Sørvågan Lofoten

Je visite le petit musée du télégraphe qui n’ouvre que de 11 à 17 h. Pour 40 NOK (5€), le fils du dernier directeur régional du télégraphe fait visiter sa maison vouée aux souvenirs. Un siècle et demi de techniques de la communication sont recueillis ici. On se demande pourquoi le premier télégraphe a été installé en 1861 sur cette côte la plus sauvage d’Europe. Qu’à cela ne tienne, c’était pour rendre la pêche à la morue plus rentable, de 25% selon le rapport 1859 de l’inspecteur des pêcheries Motzfeldt. Appelé Lofotlinja (ligne Lofoten), long alors de 170 km reliant 9 villages dont Svolvaer, il a été remplacé dès 1906 par le télégraphe sans fil à code Morse de technologie Telefunken, le premier du nord de l’Europe. En 1908 a eu lieu le premier contact norvégien avec un bateau en mer depuis Sørvågen. En 1919 est inauguré le radiotéléphone « Cod and com », morse et morue. En 1941, durant la guerre entre Allemands et Alliés, le mât radio de Søvågan a été détruit. Mais les Allemands ont développé durant la guerre la radio à large bande pour des transmissions plus sûres. L’Autorité norvégienne des télécoms a mis la main après guerre sur des équipements Telefunken dans la bande décimétrique et a pu établir, dès 1946, le premier fil radio civil. Le musée présente une impressionnante collection de téléphones, depuis ceux à manivelle et lampe jusqu’aux derniers mobiles roses chinois à bas prix. Le fils, qui a mon âge, montre des photos de son père en exercice et de lui enfant.

musee telegraphe Sørvågan Lofoten

Du ponton du rorbu où je lis, j’observe deux ados arriver en canots à moteur, un chacun, annoncés de loin par le ronron rendu aigu par la vitesse. Ils font s’envoler en criaillant les bancs de mouettes, posées sur l’eau pour se chauffer au soleil. Ils les visent exprès, ces oiseaux leur déplaisent par leurs cris discordants et incessants. L’expression « vos gueules, les mouettes ! » n’a pas été rendue célèbre pour rien. Les ados ont peut-être 14 et 12 ans, un brun et un blond, l’aîné enveloppant et protégeant le cadet par ses virevoltes en canot. La même frime qu’en scooter dans nos rues. On dit qu’ils draguent les filles de la même façon. Habituellement en tee-shirt car c’est l’été, ils ont enfilé veste et combinaison flottante pour aller sur la mer. Élémentaire prudence de fils de marins.

Sørvågan Lofoten

Le groupe de trentenaires qui nous a rejoint dans le rorbu d’à côté, a eu aujourd’hui une rando folle qui a duré dix heures vers le plus haut sommet des Lofoten le Hermanndalstinden, 1029 m. Nous leur donnerons du poisson, un lieu chacun, qu’ils feront griller au retour vers 22 h, très fatigués. Leur randonnée alpine a dominé la baie avec passages à vide et, peut-être, la vue des aigles pêcheurs qui nichent en altitude. Partis trop tard, ils se sont étirés, le sommet étant toujours plus loin. Trois ont abandonné après le pique-nique (encore six heures de marche, dont trois pour monter après manger), deux autres 200 m – donc deux heures – avant la fin ; seuls quatre plus le guide ont continué, le couple de chasseurs alpins de 30 ans et les deux cousins. Ils ne sont pas venus pour jouir du paysage mais pour en chier; pas pour la culture mais pour la nature. Des bêtes.

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Plouigneau, écomusée ‘Le village breton’

Non loin de Morlaix, sur la D172, existe le bourg de Plouigneau. L’ancien maire, agriculteur en retraite, a collectionné les instruments agricoles depuis son grand-père. Lorsqu’il s’est retiré, il a aménagé dans l’ancien corps de ferme familial un écomusée sur un siècle de vie rurale en Trégor. Les bâtiments ont été rachetés et complétés par la commune, mais toutes les collections appartiennent encore à l’inventeur.

C’est moins le quotidien d’autrefois, visible dans l’école primaire comme dans les pièces à vivre et à dormir du corps de ferme, que l’évolution des techniques agricoles qui fascine le visiteur.

Certes, tout adulte de 50 ans élevé en province, aura le brin de nostalgie de rigueur pour les pupitres à banc, percés de leur encrier de porcelaine dans lequel on versait l’encre violette pour y tremper la plume. Il fallait être « soigneux », « propre » et « attentif » – toutes ces vertus petite-bourgeoises inculquées au peuple rustre des campagnes à coups de règle. L’instituteur, qu’on appelait le Maître, n’était pas tendre avec les préadultes qu’on n’appelait pas encore préados. La société non plus, qui se faisait un devoir de les « dresser ». La trique sur le bureau d’un côté, les bons points qui donnaient droit aux images de l’autre (3 bons points pour 1 image, 3 petites images pour 1 grande était le tarif).

Mais il y avait les « leçons de choses », les problèmes pratiques (de train, de robinet, de surface de champ… tout ce qui parlait immédiatement aux esprits gamins). Il y avait aussi l’Histoire de France et ses images d’Épinal, la géographie des départements et les « sciences naturelles » dont de grands panneaux détaillaient le vocabulaire et les parties.

Après l’écurie, l’étable et sa laiterie, la soue (où sont aujourd’hui parqués des lapins noir et blanc), l’école… dans le sens de la visite. Au-dessus de la soue, la chambre du gardien à cochons, un lit, une chaise et un clou à vêtements : l’adolescent vivait dehors.

Puis l’aire de jeux bretons, la buanderie où trône une collection de fers à repasser de toutes tailles, y compris la pince de homard pour les dentelles et la résistance longue à brancher pour les cravates !

La cuisine version XIXème possède cheminée et vaisselier, support à cuillères et support à saindoux pendus au plafond.

La cuisine version 1940 avec la cuisinière de fonte et l’abat-jour orné de perles, la TSF pour écouter Radio-Londres, le garde-manger en treillage et toujours le vaisselier.

Les chambres à l’étage n’ont pas de toilettes ni de douche : on fait dans un seau à couvercle qu’on vide au matin, et sa toilette dans la cuvette avec le broc à eau, dans un réduit qui sert à l’habillage. Les lits clos servent à se protéger du froid humide.

Un engin Motobécane tandem servait probablement aux jeunes à promener leur belle jusqu’aux foins, les jours d’été.

Tout un hangar est consacré à la culture de la terre, depuis la bêche et la binette jusqu’au tracteurs des années 1960, en passant par l’araire, la charrue tirée par les chevaux, la moissonneuse-batteuse, la tarare, et divers instruments de fer aux pointes agressives qu’on traînait sur les champs.

Les divers travaux agricoles sont représentés tels les labours, les semailles et les moissons, la fenaison, enfin les opérations de transformation que sont le battage, le séchage, le broyage, le triage, le teillage… On en apprend, des choses !

Une exposition temporaire était consacrée en juillet à la culture et au traitement du chanvre et du lin. Il existe deux graines : le lin textile et le lin oléagineux – le saviez-vous ? Moi non.

La charrue Brabant tirée par un cheval, inventée au milieu du XIXème siècle, était une avancée technologique : en acier trempé permettant des labours profonds de 40 cm, elle avait le soc tournant pour ne pas revenir au point de départ pour un nouveau sillon.

Le clou est le tracteur Titan Mac Cormick de 2.5 tonnes et de 8700 cm3, construit à partir de 1902, arrivé en France sur les pas des soldats américains de 1917. J’ai retrouvé avec plaisir le tracteur Renault type 3042 des années 1950 et 60, toujours orange, pas très puissant (2384 cm3) mais national. On le voyait partout dans les campagnes avant 1968.

Suivent des ateliers d’artisans : menuisier, vannier, forgeron, maréchal-ferrant, cordonnier, bourrelier, couturière, coiffeur, boulanger, cafetier…

L’attraction des enfants est le sabotier, car deux artisans travaillent et font démonstration. Le hêtre est le meilleur bois aux sabots car il est dur. Mais pour le travailler, il faut le creuser frais, sinon il se fend. On conserve donc les billots dans l’eau avant de les tailler.

Tout se faisait à la main, mais l’ère des machines inventé la forme : un sabot du format désiré (grande, moyenne ou petite taille) est inséré sur un pivot ; un billot de bois sur l’autre. En tournant, la machine suit les contours de la forme d’un côté, et guide le galet attelé en tandem sur le bois de l’autre. Le sabot prend forme sous nos yeux sans intervention humaine. Reste alors à le creuser à la gouge électrique.

Ce qui aurait pu être un fastidieux verbiage écolo d’intellectuel aux champs (comme tant d’écomusées…) est ici passionnant parce que très pratique et avec peu de baratin explicatif. Pas de verbiage, ni de remontée aux calendes : c’est un paysan qui explique et tous comprennent de suite. Les outils et machines collectionnées ont tous servis et ça se voit. Nous ne sommes pas dans le respect sacré pour « la tradition », mais dans le souvenir du grand-père.

C’est sans doute cette atmosphère particulière, pratique et vivante, qui fait le charme de ce petit musée. Les ados explorent et les enfants questionnent, c’est bon signe !

Écomusée ‘Le village breton’, rue de la gare (près de l’église), 29610 Plouigneau, tél. 02.98.79.85.80

  • Site habituel www.levillagebreton.fr / Nouveau site http://www.levillagebreton29.wordpress.com
  • Ouvert tous les jours sauf le samedi, 10 à 12h et 14 à 18h / Fermeture de novembre à mars
  • Adulte €4.80, ado 13-18 ans €3.50, enfants gratuits
  • Des animations sont organisées tout au long de l’année (fête des fleurs, festival des belles mécaniques, fête du cidre, fête du lin…)

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Musée du jouet à Moirans en Jura

Dès le 1er juillet de cette année, a réouvert le musée du jouet de Moirans-en-Montagne. Créé en 1989, il est situé dans Parc naturel du Haut Jura et abrite l’une des plus belles collections de jeux et jouets en Europe. Pourquoi ici et pourquoi cela ?

Dès le beau 13ème siècle (siècle de réchauffement climatique, de récoltes abondantes et de démographie optimiste), le rayonnement de l’Abbaye de Saint Claude attire les pèlerins. Une fois leur foi rassasiée et leur foie bien calé, ces étrangers à la région désirent ramener des objets de piété en souvenir. La forêt du Jura est riche et offre la matière ; les rivières, torrents et cascades partout présents donnent l’énergie naturelle. Les artisans paysans se mettent sans peine au bois tourné. Avec les siècles, ils diversifient leurs produits avec des jeux d’échecs, des bobines, des boutons. Au siècle industriel naîtra l’industrie… du jouet.

Le musée recueille 20 000 pièces de collection et a accueilli 65 000 visiteurs la dernière année avant travaux. Les adultes aimeront le parcours historique et l’émotion des amusements du temps passé : voiture à pédale, trottinette, poupée, petit train, nounours ou toupie. Les enfants adoreront les espaces de jeux à l’intérieur comme à l’extérieur : glisser d’un étage à l’autre du musée par un toboggan, escalader, sauter, courir après des balles virtuelles, se perdre dans une forêt labyrinthe longeant une paroi végétalisée.

Le fonds historique est constitué dès 1988 des jeux et jouets fabriqués dans la région, puis complété par des jouets de marques. Enfin, dès le siècle naissant (le nôtre), les dons d’ethnologues enrichissent les collections. Chantal Lombard offre 700 jouets fabriqués par des enfants du monde entier avec des matériaux de récupération. Le musée du Jouet de Canet en Roussillon est racheté, permettant l’acquisition de jouets antiques, poupées, jouets mécaniques et jouets optiques, de 2000 avant J.-C. à nos jours. En 2005, l’anthropologue belge Jean-Pierre Rossie offre 700 jouets du Sahara et d’Afrique du Nord assortie d’une riche documentation scientifique.

Allez, voyez et amusez vos enfants, louez-en pour l’occasion si vous n’en n’avez pas, ce musée unique vaut le détour !

MUSEE DU JOUET – 5 rue du Murgin – 39260 MOIRANS-EN-MONTAGNE

A 38 km de Lons-le-Saunier ou 23 km d’Oyonnax. Arrivée par A39 – sortie 7 ou gare TGV Dole ou Bourg-en-Bresse (à 2H00 de Paris)

Horaires en juillet et août : tous les jours de 10H00 à 19H00

De septembre à juin : Fermeture hebdomadaire le mardi, ouverture lundi, mercredi, jeudi, vendredi de 10H00 à 12H00 et de 14H00 à 18H00, le samedi : 10H à 12H00 et 14H30 à 18H30, le dimanche : 14H30 à 18H30

Fermeture le 1er janvier, 1er novembre, 25 décembre

Tarifs : Adultes : 7 €, Enfant (7-18 ans) : 5 €, Famille (2 adultes + 2 enfants) : 20 €

Tarif réduit : 5 € Tarif groupe en visite libre : 5 € Tarifs groupe en visite guidée : 7 € (15 personnes)

Visite atelier individuel : 7 €

Gratuité pour les enfants de moins de 7 ans.

Boutique du musée du Jouet

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Musée Rodin

Auguste Rodin est un grand sculpteur à cheval entre le XIXème et le XXème siècle. Reconnu, officiel, puissant, il n’est pas sans zones d’ombres, revers de son talent. Ses relations avec Camille Claudel, rendue folle, en sont l’un des aspects.

Rodin exalte le mâle, l’homme dominant, musclé, penseur, énergique. Il est bien de son siècle qui croyait tout possible, de Jules Verne à Karl Marx. Il est monumental, aimant la nudité expressive.

Le corps en tension dit l’énergie intérieure, la volonté de faire. Même la pensée ne peut naître que par la contraction du corps sur lui-même.

En 1908, Rodin découvre l’Hôtel Biron par l’entremise de Rainer Maria Rilke, époux de Clara Westhoff, une élève du maître. Cet hôtel particulier bâti en 1730 est sur le point d’être démoli lorsque le sculpteur décide de le louer à bas prix à l’administrateur chargé de la liquidation.

Pour faire sa publicité auprès des marchands et collectionneurs, il coule dans le jardin de trois hectares, retourné à l’état sauvage, quelques-uns de ses bronzes vigoureux.

Proche des Invalides au centre de Paris, nous pouvons en contempler aujourd’hui quelques exemplaires imposants : les Bourgeois de Calais, la Porte de l’enfer, le Penseur sur son piédestal élevé.

Même un Balzac inspiré en robe de chambre et dopé au café, campé fièrement. Beaucoup plus que le VIH – Victor-Marie, comte Hugo – dont le sculpteur n’a retenu que la tête léonine d’un grant’homme content de lui.

Plus  Héraclès archer et quelques femmes nues… Rodin aimait beaucoup les femmes nues : la nudité révèle les êtres.

Le musée est aujourd’hui un établissement public, l’hôtel Biron a été acheté par l’État en 1911. Il assure depuis 1919 la conservation de la collection, deux ans après la mort de l’auteur et selon sa volonté.

Sculptures, dessins, peintures et photographies sont de Rodin ou issues des collections personnelles de Rodin. Il n’y a pas la place pour tout exposer et des expositions sont organisées par roulement, ce pourquoi il faut aller régulièrement au musée.

L’intérieur de l’hôtel vient d’être restauré et ses jardins sont accueillants dès le printemps. Le vert des feuilles domine et donne une aura sensuelle aux bronzes, adoucissant leur aspect athlétique, surtout pour les femmes.

Le plein soleil de midi en été, ou la neige d’hiver, donnent de la dureté aux muscles et rend la chair implacable. Ce sont deux visions extrêmes qu’un visiteur curieux de sensations aimera expérimenter.

Le jardin surtout, par son calme et son étendue, est un paradis pour étudiants en dessin. Camille m’a offert de présenter quelques-unes de ses œuvres ici, et je l’en remercie.

Dessins de Camille de La Comble © droits réservés

Photos Argoul mai 2012

Le site officiel 

Les dessins de Rodin, exposition 2012 sur Argoul.com

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Jules Verne dans la Pléiade

Vous avez quinze jours pour le faire, en librairie ou par Internet.

Du 15 au 31 mai la collection de la Pléiade, chez Gallimard, propose gratuitement un album relié cuir aux acheteurs de trois volumes de la collection. Justement, le duo des Œuvres romanesques de Virginia Woolf vient de paraître, de même qu’un recueil de Romans, récits et nouvelles de Pierre Drieu la Rochelle. Quoi qu’on pense de ces deux personnes, leur œuvre littéraire reste. D’autant que le catalogue comprend de nombreux autres auteurs tels Milan Kundera ou les Nouvelles d’Henry James.

L’album Jules Verne présage la parution en deux volumes fin mai de romans du populaire auteur, dont on s’étonnait de l’absence malgré Alexandre Dumas déjà dans la collection. Il est vrai que la servilité commerciale envers ce qui est dans le vent l’emporte sur tout le reste. Duras a été plébiscitée car « de gôch, féministe et cinéphile », au détriment du grand Kessel, qui aurait bien mérité mais qui ne figure TOUJOURS PAS dans la Pléiade. Telle est la mode, n’est-ce pas ? Le talent compte peu au regard du socialement adulé politiquement correct. A ce compte, Flaubert aurait été ignoré en faveur de son ami tellement plus apprécié des salons (pourtant aujourd’hui largement tombé dans l’oubli) Maxime du Camp !

Vous me direz que Jules Verne a été « antisémite », volontiers dreyfusard contre les puissances de la banque et de l’argent cosmopolite. La belle affaire ! Nous étions au XIXème siècle, pas au XXème. Il ne s’agissait pas de camps d’extermination mais de mépris catholique-aristocrate envers le matériel, le numéraire, les affaires. Plus le mépris nationaliste de la gauche radicale à l’époque, les Juifs étant volontiers « allemands » d’origine. D’autant que Jules Verne a toujours abhorré l’esclavage (voir L’île mystérieuse). Quiconque confond les époques est nul et devrait se recycler (il existe une collection complète « pour les nuls » dans tous domaines, même François Hollande s’est fait surprendre à lire L’histoire de France pour les nuls…). Est-ce qu’on osera dire que la répulsion socialiste et gauchiste d’aujourd’hui « contre les puissances de la banque et de l’argent cosmopolite » présage DEJÀ des lendemains de camps pour la race des riches, exilés suisses, juifs américains ou patrons français ?

Jules Verne, qui a enchanté maintes enfances, va donc paraître en collection de prestige. Cet album raconte sa vie, richement illustrée. Né à Nantes (ville socialiste fondée sur le trafic d’esclaves) d’un père juriste du Beaujolais et d’une mère aristocrate apparentée aux Écossais, le petit Jules se voit bientôt flanqué d’un frère Paul, de seize mois plus jeune, qu’il aimera plus que tout. La ville catholique bourgeoise l’ennuie fort en ses enfances et adolescences (« des sots bâtissant sur le sable, en affaires peu scrupuleux », écrira-t-il des Nantais) mais l’air du large et l’agitation industrielle comblent son goût pour l’aventure (« le mouvement maritime d’une grande ville de commerce, point de départ et d’arrivée de nombreux voyages au long cours »). Il tombe amoureux de sa cousine et se fait éconduire ; il s’exile à Paris pour y faire son droit jusqu’à la licence. Mais c’est le théâtre et la littérature qu’il préfère. Il écrit des pièces qui font un four, mais des nouvelles qui sont appréciées des revues. Il deviendra écrivain.

Tout d’abord pour enfant lorsqu’il rencontre Hetzel, génial éditeur spécialisé dans la jeunesse. Mais très vite ses romans vont conquérir un plus vaste public. Jules Verne a la plume directe et le sens dramatique, il fait aimer la science appliquée, l’exploration géographique et le positivisme républicain. Ses héros ont quinze ans ou trente, capitaines courageux ou misanthropes réfléchis. Ils sont lui fantasmé, petit blond fluet captivé d’aventures et hyperactif à 8 ans. Ils sont Michel, son fils difficile, érotomane dès la puberté, qu’il a fallu mettre en collège fermé, puis engager comme matelot pour deux ans. Ils sont coureurs de mers, comme lui en mieux sur les Saint-Michel I, II et III. Jules Verne habitera vite Amiens, ville à l’époque culturelle, à la fois proche de Paris et proche de la mer, où il ancre son bateau au Crotoy.

Ses héros osent. Ils sont l’humanité entière en quelques caractères ; ils reconstituent toute l’expérience humaine depuis les origines dans ces îles désertes ou industrielles dans lesquelles le hasard ou la nécessité les jette. Vingt mille lieues sous les mers est un palace sous-marin, Robur le conquérant un palace volant, La maison à vapeur un palace automobile, Cinq semaines en ballon un havre aérien, La jangada un radeau microcosme, L’école des robinsons une île véritable, comme L’île mystérieuse et Deux ans de vacances… Ou bien les héros sont seuls face à une nature (et à des indigènes) hostiles. Michel Strogoff dans les immensités de la Russie, Le tour du monde en 80 jours malgré les aléas, Kéraban le têtu véritable tête de Turc, Voyage au centre de la terre

Mon goût pour explorer le monde est venu de Jules Verne. Ma foi envers l’ingéniosité humaine aussi. Comme mon optimisme républicain des Lumières. Voyage au centre de la terre, Deux ans de vacances et L’île mystérieuse le prouvent à l’envi, qui sont mes préférés. Vient enfin l’hommage mérité de la prestigieuse collection à un véritable écrivain.

Jules Verne, Album Jules Verne établi par François Angelier, volume relié pleine peau sous coffret illustré, format : 105 x 170, 320 pages, 318 illustrations, collection « Album de la Pléiade » n° 51, offert par les libraires pour tout achat de 3 volumes de la Pléiade, du 15 mai au 31 mai 2012.

Jules Verne, Voyages extraordinaires : Les Enfants du capitaine Grant, Vingt mille lieues sous les mers / L’Île mystérieuse, Le Sphinx des glaces, 2 volumes Pléiade sous coffret illustré, 1488 et 1264 pages, 505 illustrations de la collection Hetzel, parution fin mai, Gallimard.

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