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Moskenes et musée du télégraphe de Sørvågan

Je pousse jusqu’à Moskenes à pied, distant de 3 km, endroit où nous prendrons le ferry de retour. Il n’y a rien à voir que quelques maisons, une petite église entourée d’une pelouse sur laquelle s’élève une stèle de granit aux morts de 1939-45, et une maison des Témoins de Jéhovah.

moskenes eglise Lofoten

Le bar près du quai d’embarquement des ferries permet de boire un pot avant de partir. Une famille de tout blond est installée et le petit garçon me regarde avec l’insistance de la curiosité. Je suis trop bronzé pour son habitude.

moskenes port de ferry Lofoten

Pas grand monde aujourd’hui, autour de 1130 habitants, mais constamment du monde dans l’histoire : des traces d’habitats de l’âge du fer, datant de 5500 ans sont déjà présentes sur ces îles. Surtout à l’est, où les conditions portuaires sont plus favorables.

moskenes Lofoten

Dans la rade, un vélo est curieusement accroché à un poteau. Il ne doit être accessible à pied que lors des grandes marées. Dans un virage, un mur de mouettes offre son abri du vent et sa chaleur à toute une colonie. Elles ne piaillent pas à gorge ouverte, comme souvent mais se dorent au soleil, savourant la chaleur.

velo sur l eau moskenes Lofoten

Sur la route qui serpente en S, suivant les sinuosités de la côte, des fleurs, des maisons en bois, des boites aux lettres.

villa ete Sørvågan Lofoten

Devant une grande maison flanquée d’un garage, un gamin en short lave au jet une voiture au soleil. Un copain habitant en face, chaussé et vêtu d’un tee-shirt bleu, l’aura rejoint à mon retour. Nous voyons très peu de gosses dans ces villages dispersés.

gamin laveur Sørvågan Lofoten

Je visite le petit musée du télégraphe qui n’ouvre que de 11 à 17 h. Pour 40 NOK (5€), le fils du dernier directeur régional du télégraphe fait visiter sa maison vouée aux souvenirs. Un siècle et demi de techniques de la communication sont recueillis ici. On se demande pourquoi le premier télégraphe a été installé en 1861 sur cette côte la plus sauvage d’Europe. Qu’à cela ne tienne, c’était pour rendre la pêche à la morue plus rentable, de 25% selon le rapport 1859 de l’inspecteur des pêcheries Motzfeldt. Appelé Lofotlinja (ligne Lofoten), long alors de 170 km reliant 9 villages dont Svolvaer, il a été remplacé dès 1906 par le télégraphe sans fil à code Morse de technologie Telefunken, le premier du nord de l’Europe. En 1908 a eu lieu le premier contact norvégien avec un bateau en mer depuis Sørvågen. En 1919 est inauguré le radiotéléphone « Cod and com », morse et morue. En 1941, durant la guerre entre Allemands et Alliés, le mât radio de Søvågan a été détruit. Mais les Allemands ont développé durant la guerre la radio à large bande pour des transmissions plus sûres. L’Autorité norvégienne des télécoms a mis la main après guerre sur des équipements Telefunken dans la bande décimétrique et a pu établir, dès 1946, le premier fil radio civil. Le musée présente une impressionnante collection de téléphones, depuis ceux à manivelle et lampe jusqu’aux derniers mobiles roses chinois à bas prix. Le fils, qui a mon âge, montre des photos de son père en exercice et de lui enfant.

musee telegraphe Sørvågan Lofoten

Du ponton du rorbu où je lis, j’observe deux ados arriver en canots à moteur, un chacun, annoncés de loin par le ronron rendu aigu par la vitesse. Ils font s’envoler en criaillant les bancs de mouettes, posées sur l’eau pour se chauffer au soleil. Ils les visent exprès, ces oiseaux leur déplaisent par leurs cris discordants et incessants. L’expression « vos gueules, les mouettes ! » n’a pas été rendue célèbre pour rien. Les ados ont peut-être 14 et 12 ans, un brun et un blond, l’aîné enveloppant et protégeant le cadet par ses virevoltes en canot. La même frime qu’en scooter dans nos rues. On dit qu’ils draguent les filles de la même façon. Habituellement en tee-shirt car c’est l’été, ils ont enfilé veste et combinaison flottante pour aller sur la mer. Élémentaire prudence de fils de marins.

Sørvågan Lofoten

Le groupe de trentenaires qui nous a rejoint dans le rorbu d’à côté, a eu aujourd’hui une rando folle qui a duré dix heures vers le plus haut sommet des Lofoten le Hermanndalstinden, 1029 m. Nous leur donnerons du poisson, un lieu chacun, qu’ils feront griller au retour vers 22 h, très fatigués. Leur randonnée alpine a dominé la baie avec passages à vide et, peut-être, la vue des aigles pêcheurs qui nichent en altitude. Partis trop tard, ils se sont étirés, le sommet étant toujours plus loin. Trois ont abandonné après le pique-nique (encore six heures de marche, dont trois pour monter après manger), deux autres 200 m – donc deux heures – avant la fin ; seuls quatre plus le guide ont continué, le couple de chasseurs alpins de 30 ans et les deux cousins. Ils ne sont pas venus pour jouir du paysage mais pour en chier; pas pour la culture mais pour la nature. Des bêtes.

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