Léon Marchand, Chevalier de la Légion d’honneur depuis 2024, est le nageur français qui a pulvérisé les records. Les plus connus sont ses performances aux Jeux Olympiques de Paris 2024 avec quatre médailles d’or individuelles (400 m quatre nages, 200 m papillon, 200 m brasse et 200 m quatre nages) et une médaille de bronze en relais. L’année d’avant à Fukuoka au Japon, il remporte trois titres mondiaux en individuel, avec un 400 m quatre nages en 4 min 2 s 50 qui bat le dernier record du monde de l’Américain Michael Phelps.

Un documentaire sur France Télévision lui est consacré en trois épisodes de 40 mn, des JO de Paris en 2024 aux championnats du monde de natation 2025 à Singapour. Je ne suis pas un fan du spectacle de sport, mais ce documentaire va bien au-delà, c’est ce qui fait sa richesse. Il suit le nageur de 22 ans dans sa vie quotidienne, ses entraînements deux fois par jour, ses cours en alternance pour obtenir un diplôme en informatique pour l’après, ses partenaires, sa vie de famille, son mental.
C’est cela le plus intéressant. Léon apparaît comme un jeune homme très équilibré, malgré quelques doutes, dus à la fatigue, aux douleurs musculaires, à l’ennui des séries d’entraînement. Car être champion ne s’accomplit pas sans effort. Il faut pour cela se muscler, se fuseler, acquérir des mouvements réflexes – mais aussi se blinder mentalement, résister, fusionner avec sa nage. La compagnie de nageurs qualifiés comme lui est importante pour se motiver ; la fraternité des entraînements, malgré la compétition des championnats, crée des amis pour la vie : à Toulouse durant son adolescence, en Australie durant sa pause 2024, à Austin, Texas, durant ses entraînements post-JO.
Il a une belle hérédité physique : son père, Xavier Marchand, a été vice-champion du monde du 200 m quatre nages en 1998 et finaliste olympique en 1996 et 2000. Sa mère, Céline Bonnet, a participé aux Jeux Olympiques de Barcelone en 1992 et a détenu plusieurs records de France. Son oncle, Christophe Marchand, a été lui aussi nageur olympique en 1988 et 1992. Léon Marchand possède quant à lui une morphologie adaptés à la nage : 1,87 m pour 77 kg, un avantage certain d’allonge et de propulsion, ainsi qu’une bonne flottabilité et une agilité dans l’eau.

Mais il a reçu surtout une éducation qui lui a permis d’épanouir ses talents. Pas trop de pression, des parents à l’écoute de ce qu’il est et de ce qu’il veut. Il les en remercie – ainsi que son petit frère Oscar, de cinq ans plus jeune, son plus grand fan. De taille crevette étant enfant, il a préféré le judo car il avait froid dans l’eau ; ce sport développe harmonieusement la musculature des enfants. Il ne s’est mis à la nage qu’avec les débuts de la puberté, vers 12 ans, et a été bien entraîné à Toulouse par Nicolas Castel jusqu’à ses 18 ans. Ce qui ne l’empêche nullement de passer un bac scientifique avec mention très bien, avant de s’inscrire en informatique à l’université Toulouse-III-Paul-Sabatier. Qu’il poursuivra comme étudiant-athlète à l’Université d’Arizona State aux États-Unis, car seul ce grand pays aujourd’hui à la dérive permettait de concilier l’excellence en sport et un diplôme prestigieux. Il a obtenu pour cela une bourse d’études complète, couvrant ses frais de scolarité et de logement, mais c’était insuffisant pour payer son coach, son abonnement piscine, la salle de musculation – car tout se paye aux États-Unis. Il a donc trouvé comme sponsor la marque de luxe multinationale française LVMH et l’horloger suisse Omega. Avant d’envisager de se faire Niké.

Léon est la réussite d’une famille et d’un milieu, ce qu’il est bon de rappeler. Nul ne devient adulte seul, nul ne révèle son potentiel héréditaire sans un environnement favorable. Ses parents lui ont toujours proposé des activités personnelles pour qu’il se retrouve lui-même, en-dehors des épreuves sportives collectives. Ce furent la lecture (le manga) et la musique. Léon est fan de The Blaze des cousins Alric, Victoires de la musique 2019, un groupe français malgré son nom yankee, et connu à cause de l’anglais dans le monde entier. Léon Marchand compose même en studio avec Guillaume Alric un morceau où il tente de retrouver « la vibration » du nageur dans l’eau, ce moment de satori où il fusionne sa nage avec son milieu aquatique. C’est cet état de bonheur absolu qui l’intéresse, pas l’or des médailles. « Je suis heureux quand je suis en phase avec ce que je fais », dit-il en substance.
Un modèle d’équilibre humain, au mental sain et au corps sculpté, dans la lignée des Grecs. Une série documentaire que je conseille sereinement, et notamment aux parents affolés à la simple idée d’« élever » leurs enfants.
Série France-TV : Léon, au-delà de l’or, replay en 3 épisodes, Loin du bruit, La méthode Bowman, En harmonie
Une biographie : Rémy Boudoul, Léon Marchand sans limites, €18,90, e-book €13,99
Pour enfants : Sandra Kollender, Tous champions ! Léon Marchand, Le dauphin devenu roi, €9,95
(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)
En savoir plus sur argoul
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.
Commentaires récents