
Un thriller des affaires qui permet d’ouvrir les yeux sur le monde – le réel, le vrai, le pratique. Elektra est grecque, jeune, héritière d’un empire d’armateur. Depuis des générations, sa famille – très importante, la famille, dans les pays méditerranéens – est en butte à une autre famille elle aussi d’armateurs, celle de Périclès. Le vieux veut la ruiner ; elle veut résister et lui rendre la monnaie de sa pièce.
Désordonnée, jouisseuse, violente, Elektra est en excès. Une jeune grecque d’aujourd’hui, pressée de vivre. Elle prend des décisions brusquement, sans connaître, retient le soir un garçon de rencontre, jeune et bien outillé, se laisse prendre en photo par une paparazzi dans un club privé en train de se faire bouffer la chatte – elle se perd. Heureusement, elle a su constituer son équipe. Richard, jeune trentenaire qu’elle finira par « essayer » lui aussi, a le calme et la compétence technique qu’elle ne prend pas le temps d’acquérir ; son père Louis, retraité créateur d’entreprise, à qui elle fait appel, lui fournit l’aura et la légitimité des affaires auprès des banquiers, ainsi que la réflexion stratégique ; son cousin Charles, Grec comme elle et dirigeant d’un groupe hôtelier, vient en renfort masculin pour représenter l’entreprise auprès des Grecs – évidemment machistes – et aider à surveiller ce métier qui ne connaît aucune pause.
L’épouse de Charles, Jeanne, est déjà connue du lecteur ; elle apparaît dans Jungle en multinationale lorsqu’elle est encore étudiante en école hôtelière, puis en femme épanouie dans Un être libre. Cette fois, elle est confrontée au danger de perdre son groupe hôtelier et la fortune de sa famille à cause d’Elektra, de ses manœuvres pour déstabiliser l’empire Périclès.
Toute cette guerre des affaires se passe en situation d’urgence. Une météorite est annoncée, qui va s’écraser sur terre. On ne la connaît pas, on ne sait pas si elle est de glace et de poussières, ou d’un bloc de roche, on ne sait pas où elle va tomber. Seulement qu’elle est de bonne taille et peut faire d’énormes dégâts. Tous les comportements des hommes deviennent alors imprévisibles ; chacun se lâche, on menace, on pille, on viole. On transgresse à tout va puisque la fin du monde est proche. Peut-être, car on ne sait pas si la Catastrophe va se produire. D’où les précautions à prendre : mieux vaut être à la campagne qu’en ville car on peut cultiver des légumes et avoir accès à l’eau quand le robinet est coupé ; mieux vaut avoir au moins deux semaines de provisions devant soi car la logistique sera rompue ; penser aussi que l’électricité sera coupée, comme les transports, les distributeurs de billets…
Jamais notre époque n’a été si proche de croire en la fin de son monde après les attentats islamistes, la crise financière, le calendrier maya, le Covid, les trois guerres en cours en Ukraine, Gaza et Liban, Iran et Yémen, la menace nucléaire de pays voyous comme la Russie, la Corée du nord et l’Iran. Sans parler de l’IA et de la probabilité, selon Anthropic, qu’une IA auto-générative ne finisse par supplanter l’intelligence humaine.
D’ailleurs, Elektra, toujours aussi foutraque, a abordé des hackers russes pour qu’ils infectent les logiciels des cargos concurrents, afin de ruiner Périclès. Non sans conséquences, imprévues par la jeune écervelée, tout à sa vengeance d’Atride : la déstabilisation des livraisons de conteneurs, les accidents de cargos rendus aveugles, le chantage au virus qu’on retourne contre ses intérêts. Richard, dès qu’il est au courant de cette initiative dont elle n’a rien dit, en individualiste gâtée, s’empresse de dupliquer le centre de commandement d’Athènes au Luxembourg, en cas d’infection virale ; de renforcer les protections des logiciels de la flotte ; de former les capitaines à la bonne vieille règle Cras pour la position et aux cartes papier pour la route, comme « avant » le tout électronique.
La fin du monde peut venir de la nature, de l’extérieur ; elle peut aussi venir de nous-même, de l’intérieur. La démesure, la fameuse hubris des Grecs, continue de tenter. L’IA générative est peut-être une tour de Babel destinée à s’effondrer, faute d’intelligence supérieure aux petits esprits qui la conçoivent, étage après étage. Tout événement produit ses ondes de choc, tout comme l’aile d’un papillon peut produire une tornade. L’inconséquence individuelle peut être aussi grave qu’un météore fonçant sur la planète. Louis a peur ; il tient un journal sur ordinateur. Bien que retraité, son couple a « adopté » deux fillettes au nom de printemps, April et May. Ses parents, du genre hippie, les ont laissées dans un square et ne les réclament pas à cause de la fin du monde proche. Encore un comportement égocentré qui se moque des conséquences.
Tout l’inverse de Louis, son épouse Charlotte, ses fils Richard et Yannick, le premier gérant de multinationale, le second fan de courses à la voile. Nul n’est seul, mais en famille ; le couple est une entreprise, comme dans l’industrie et sur un bateau, chacun son rôle, un chef et un travail d’équipe. L’individu est reconnu, mais dans un projet commun, pas comme ego sans entrave.
L’ambition de l’auteur : « Faire entrer le lecteur dans l’intimité d’un métier, d’une entreprise. Partager avec lui les soucis des décisions à prendre, des difficultés. Avec toujours une intrigue romanesque. Des personnages plausibles et attachants. » C’est plutôt réussi, et dans ce roman particulièrement. Le style de l’auteur s’affine et son sens du récit se précise. Le livre est écrit à plusieurs voix et découpé comme un thriller. Les phrases sont courtes, la morale pratique. Seuls comptent les actes, pas les bonnes intentions.
Jean-Jacques Dayries, Elektra, ce météore…, 2026, Éditions La route de la soie, 215 pages, €18,00
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Attachée de presse BALUSTRADE : Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com
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