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Parque Nacional Manuel Antonio

Le Parque Nacional Manuel Antonio se trouve après Quepos, petite ville de pêcheurs bouleversée par l’essor du tourisme américain : les prix ont augmenté et tous les plats sont « big size ». Nous descendons du bus pour aller au parc et, sur un grand arbre perché, deux toucans à bec jaune nous contemplent.

Dans le parc, une fois la queue très étoffée de touristes franchie – et les 300 colones dûment payés – nous passons par la fouille des sacs. Aucune nourriture non enveloppée n’est autorisée, seulement de l’eau.

Puis nous empruntons les passerelles métalliques au-dessus de la mangrove. Nous pouvons voir dans les arbres différentes sortes de singes.

Nous surprenons de près le capucin, assez mignon et pas sauvage. Le sentier est aménagé pour les familles et protégé de barrières à l’américaine. Des guides naturalistes se reconnaissent à leur télescope monté sur pied qui accompagne les touristes pour leur permettre de mieux observer les animaux.

Nous faisons un peu de hors sentier à défaut de hors-piste. Des marches nous font monter et descendre mais il y a moins de monde parce que c’est plus fatiguant, notamment pour les mémères et les kids. De jeunes Américains n’hésitent pas à passer torse nu.

Deux naïades en maillot très décolleté posent pour un selfie devant la mer avec une île au fond, dans un paysage très Robinson Crusoé. Nous observons aussi un lézard, un agouti rapineur et un crabe de cocotier.

Au bord de la forêt s’étend la plage Galardonada au sable bien blanc. La bande de sable n’a que quelques mètres entre les rouleaux de la mer et les arbres qui poussent jusqu’au bord de la rive.

Des capucins rusés tentent de voler de la nourriture et fouillent dans le sac des baigneurs. Adrian garde les nôtres quand nous allons nous baigner. C’est un baptême du Pacifique pour la plupart des filles. L’eau est chaude, dans les 28° centigrades, mais glauque. Un arbre mort flotte comme un gros crocodile entre deux eaux. La mer est calme, quelques vagues sur la plage mais pas trop.

Nous ressortons salés, l’eau est plus chargée en sel ici qu’en Méditerranée. Nous ne sommes pas seuls mais de nombreux touristes nous entourent, notamment des familles. Des tables de pique-nique sont installées en béton, nous permettant de manger et de poser nos affaires. Des points d’eau douce sont posés ici et là permettant de laver le sel sur la peau avant de se rhabiller. Nous pouvons observer, parce qu’ils ne sont pas sauvages et attirés par la nourriture, un singe paresseux, deux crabes cocotiers, et des singes hurleurs plus lointains.

Notre hôtel est le Luz de luna, la lumière de la lune, à 2 km de la mer. Nous avons des chambres sans bungalow. Le restaurant est réputé et il est plein en ce samedi soir. Sa spécialité est le fruit de mer, le poisson ou la pizza… Le tout est fort copieux, pour des appétits grande taille des yankees.

Ce soir, j’ai l’impression que le monde se retrouve cycliquement dans une phase de transition. Il refuse l’optimisme moderne de 1789 et des Lumières. Il subit les pressions à la fois des religions et de leur lecture intégriste, des déceptions de la globalisation pour la classe moyenne qui pousse au repli sur soi et au nationalisme, et des utopies écologistes locales. L’idéologie américaine véhiculée par Adrian vante le retour aux traditions paysannes catholiques comme étant la nouvelle modernité « bonne pour la planète ». Voter Trump et Brexit montre que les pays industriels avancés voient dans le nouveau système un moyen de survie sur l’exemple chinois. Si cela se confirme, l’Europe pourrait éclater donc s’appauvrir par le retour des dévaluations compétitives et la dispersion face aux menaces douanières et réglementaires des blocs américains, chinois et autres. La technique allant plus vite que les mentalités, ses conséquences font peur et leur vitesse ne permet pas à la génération de s’adapter. D’où le repli mental, l’appauvrissement intellectuel et industriel, la remise en cause de la démocratie représentative au profit du plébiscite et du réseau horizontal anarchique.

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Croisière sur la rivière

À l’embarcadère des bateaux pour croiser sur la rivière, nous prenons tout d’abord le déjeuner.

Nous montons ensuite sur l’embarcation protégée d’un tau et garnie de bancs.

Sur les rives, des iguanes en veux-tu en voilà, dont un le ventre en l’air. Plus un chénosaure basilic qui court sur l’eau ; l’animal guette les martins-pêcheurs à la sortie de leurs nids creusés dans la berge.

Nous voyons plusieurs crocodiles à fleur d’eau qui somnolent le long des rives. Des mini chauves-souris pendent des branches, attendant le crépuscule pour aller chasser. Le bonbon des singes est le haricot. Les singes hurleurs nous apparaissent comme des boules noires tout en haut des arbres. Il ne faut pas les confondre avec des nids de termites qui font également des boules sombres parmi les branches, de loin, mais ne bougent pas.

Un autre croco sur son territoire, puis un troisième croco de 3 m de long dont nous n’avons vu que la queue. Pour bien observer, il faut se mettre sur la droite du bateau, côté rive à l’ombre, là où se trouvent les nids et les prédateurs.

Sur la route, une pose ara nous permet d’en voir un bleu et rouge, puis un toucan dans le restauroute où le propriétaire les protège. Le toucan est muni d’une mandibule pour briser les cacahouètes. Nous avons vu aussi le fameux jaguar du pays, mais peint sur l’enseigne de la boutique de souvenirs.

La philosophie des animaux selon Adrian : il va me manger ou je vais le manger ; c’est pourquoi quand nous avons affaire à un plus gros, il faut fuir. Une application sur le net nous donne tous les noms et les descriptions des oiseaux : le Birding Field Guide. Dans l’élevage de tilapia des hélices battent constamment l’eau de l’étang.

Adrian nous raconte un accident entre un paresseux et une tortue. La police demande : « qu’est-ce qui s’est passé ? » Et la tortue de répondre : « je ne sais pas, ça s’est passé très vite ».

Il nous donne aussi sa recette de haricots noirs. Il faut les faire tremper une nuit puis les cuire avec quatre gousses d’ail écrasées, deux feuilles de laurier et beaucoup de coriandre fraîche.

Le Cerro Lodge est en pleine campagne. Les bungalows sont climatisés et la douche instantanée. Le dîner buffet a lieu à 19 heures. Nous sommes seuls avec une famille hollandaise, les parents et un fils de 9 à 10 ans blond. Je prends une soupe de légumes, de la purée au fromage, du porc coriace et un dessert qui est une charlotte à l’ananas (et pas « à la nana » comme s’insurgeait une fille un soupçon féministe).

La route que nous prenons est remplie de gros camions. Il s’agit de « l’autoroute » mais où les gens peuvent traverser d’après les panneaux avertisseurs. La vitesse est limitée à 80 miles par heure, à 60 ou à 40. La voie est bordée de terrains de foot boueux où jouent parfois (mais oui dans ce pays macho catho !) des filles dans les équipes. Quatre piquets et un espace suffisent pour le jeu.

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Canaïma

Je me réveille avec l’aube ; nous nous levons avec l’aurore. Rien ne nous presse ce matin, mais le décalage horaire nous chasse de nos couches d’autant que l’air a cette subtile odeur que l’on ne trouve pas dans les villes. Le petit-déjeuner est composé de café – dans de minuscules gobelets en plastique comme s’il s’agissait d’un alcool fort, alors que le Venezuela est producteur dans les Andes – de jus d’orange en brique et de crêpes faites maison avec de la poudre toute prête. Une telle préparation est vendue d’un bout à l’autre des Amériques, du Canada à la Terre de Feu. Le Venezuela a manifestement la flemme de produire localement.

La femme qui tient le campement nous apporte sur son avant-bras un bébé toucan, recueilli dans la forêt. Son long bec réussit à représenter un tiers de la longueur de son corps, sait-on vraiment à quoi il lui sert ? Celui qui nous est présenté a la tête et les pattes bleues, le dos noir et une queue rouge en houppette. Il reste perché sur les avant-bras humain comme sur des branches et avale des morceaux de pain qu’il attrape au vol. Il faut lui montrer avant pour qu’il y fasse attention. Pour qu’il change de perchoir, rien de plus simple : il suffit de lui présenter une « branche » juste un peu plus haute que la sienne. La tentation est irrésistible, il fait le saut.

Après cet intermède animalier, nous allons nous baigner. Mais pas à la plage d’hier, tout à fait à l’opposé. Il nous faut marcher dix minutes à travers la forêt. Juste au pied des paillotes, nous croisons une procession de fourmis « 24 h ». On les appelle ainsi parce qu’elles piquent et que leur taille de deux à trois centimètres de long leur permet de donner la fièvre une journée et une nuit à un homme normalement constitué. Alain Gheerbrant décrit les fourmis « 24 h » comme servant à l’initiation des jeunes garçons, vers 12 ou 13 ans, lorsqu’ils veulent devenir des hommes. Le chamane réalise des plaques d’osier tressé entre les interstices duquel il serre des fourmis « 24 h ». Lors d’une cérémonie rituelle où tous absorbent beaucoup de chicha, cette bière de manioc fermenté, les adolescents sont fouettés par les hommes de la tribu puis, à demi ivres de douleur et d’alcool, soumis sur tout le corps à la piqûre de ces centaines de fourmis emprisonnées en plaque. Ils joignent ensuite leur hamac en titubant pour dormir le temps qu’il faut pour dissiper tout cela. Est-il plus résistant qu’un enfant qui a la volonté de devenir « grand » ? Je crois tout à fait possible une telle volonté, même pour un garçon des villes. Tout est affaire de circonstances et de contexte.

Un sentier de jungle serpente entre les troncs écroulés, les arbres, les lianes et les fourmilières. Il suit la rive de loin puis, à un moment, aboutit directement à de petites cascades sur la rivière. C’est là que nous nous baignons. Le jeu est de se mettre dessous et de recevoir sur nos épaules et sur la tête l’eau qui s’écoule avec force. Elle nous masse les muscles et tout le torse. Elle est de la même couleur qu’hier et aussi tiède. Le Japonais se met en lotus sous la cascade et des Allemands qui sont venus ce matin le prennent en photo. Une fois rentrés en Allemagne, le prendront-ils pour un sauvage ?

L’Indien qui nous guide nous montre, un peu plus en aval, des nodules de jade brut apportés par la rivière. Ils sont denses et assez purs. Le jade est une roche cristalline, métamorphique. Le Guatemala était le fournisseur des civilisations d’Amérique centrale.

Parmi les gadgets élaborés par les Indiens du coin, une sarbacane est à disposition pour l’essayer. Nous faisons un concours. C’est une sarbacane jouet pour les enfants, de 50 cm de long seulement, facilement transportable pour les touristes. Les flèches sont de longues épines, équilibrées d’un peu de coton à la queue. La cible est, à cinq mètres, un perroquet en bois de balsa. Il est étonnamment facile de viser avec une sarbacane et l’épine s’enfonce facilement dans le bois dur – dans la chair aussi, sans doute. Cette arme, silencieuse et légère, apparaît diablement efficace !

Adios au campamente. Nous prenons une longue pirogue pour retourner à l’aéroport. Deux gavroches locaux passent leur matinée à pêcher sur les bords, vêtus d’un slip réduit, le corps brun comme l’eau et les roches ; ils se fondent dans le paysage. L’école, cet après-midi, leur sera un supplice, il leur faudra quitter l’eau en pleine chaleur, enfiler un tee-shirt et des sandales, et aller s’asseoir pour apprendre des choses abstraites comme les chiffres ou les schémas. Je les plaindrais presque.

Avant la piste, nous faisons une halte obligatoire à la boutique de vente d’artisanat indien. Tout y est très cher, même pour nos références occidentales. Un plat en bois incrusté d’autres essences coûte par exemple 160 000 bolivars, soit près de 80 euros 2004. Tout est à l’avenant. Les commerçants « acceptent cartes bancaires et billets en dollar » (c’est écrit sur une pancarte) – mais pas encore en euro. Pourtant, le principal des touristes est composé d’Allemands et de Français, selon ce que nous disait hier Javier. Malgré les accents martiaux antiaméricains des Vénézuéliens chavistes, le dollar reste le dieu-roi, l’euro inspire toujours la méfiance, conduite par l’ignorance.

 

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