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Poutine le modèle souverainiste

Dans le bal des populismes, Poutine n’est pas le dernier. Issu du système soviétique dans sa frange à la fois la plus disciplinée et la plus avancée (le KGB), Vladimir est un patriote. Il est russe et aime la Russie. Mais il est un pragmatique : qu’est-ce qui peut fonctionner pour conforter la mère patrie et lui rendre sa grandeur perdue en 1991 à la chute du socialisme réalisé ?

L’atout et la faiblesse de la Russie est son immensité. A cheval sur l’Europe et l’Asie, bourrée de matières premières mais surtout sous les glaces sibériennes, peuplée à l’ouest de l’Oural et presque vide à l’est face aux masses chinoises, la Russie est une mosaïque ethnique d’environ 120 nationalités. Il y a même des musulmans, 15% de la population, même s’ils sont russes pour certains depuis le XVIe siècle. Elle est donc forte et fragile ; pour durer, il lui faut une main de fer, croit Poutine (et le peuple avec lui).

Que faire donc pour assurer un destin viable à cette masse au XXIe siècle ? D’abord recentraliser, ensuite inféoder, enfin affirmer une idéologie claire, nette et patriote : souverainisme, nationalisme, populisme. C’est à cette trilogie que Vladimir Poutine va s’atteler.

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Pour conquérir le pouvoir, rien de mieux que quelques attentats spectaculaires en 1999 (dont il ne semble pas innocent) ; l’homme fort attendu, qui jure de « buter les terroristes jusque dans les chiottes » (les Tchétchènes), survient comme auréolé d’un pouvoir que chacun est prêt à lui confier. La servitude volontaire des citoyens est un soulagement après l’anarchie intellectuelle, économique et politique des années Eltsine. S’il combat officiellement la corruption, il la tolère pour lui-même et son clan car elle est au service de la patrie – et dès lors tous les moyens sont bons. Le pouvoir, c’est d’abord le pouvoir central, l’affirmation du souverainisme en un seul chef.

Pour redonner du sens à la Russie, rien de mieux que de rejouer au grand frère slavophile, le pays fort qui menace et protège le glacis de pays satellites comme au temps de la guerre froide. D’où les escarmouches en Géorgie et en Abkhazie, d’où le coup de sang lorsque « la rue » a renversé l’inféodé ukrainien. Le nationalisme ne se porte jamais mieux que sous le communisme, Poutine l’a appris de Staline en 1941 et l’a vérifié sous les successeurs de Mao lorsque « la rue » est mobilisée contre le Japon ou les Etats-Unis. Pour cela, tous les moyens sont bons : rétorsions économiques, attentats, chantage, bombardements, invasion… Evidemment « au nom de la paix ». Bien qu’européen, Poutine s’est senti blessé par l’indifférence de l’Europe pour un système jusqu’à l’Oural et par le rejet des Etats-Unis après les attentats de 2001 ; il n’a de cesse que de réaffirmer qu’il existe. Laissé hors d’Europe, il réinvente l’Eurasie, bien que la Chine ne soit pas très demandeuse.

Pour conforter les masses, rien de mieux que de leur donner du pain (c’est le volet économique, pas très réussi) et des jeux (inféoder les médias et terroriser les indépendants), mais surtout rien de mieux que d’affirmer une idéologie (leçon kaguébiste bien retenue). L’idéologie, c’est le populisme, le conservatisme grand-russe : il est composé à la fois de morale familiale populaire, de religion chrétienne orthodoxe et du bouc émissaire facile de l’Occident décadent (blablateur, pédéraste, empêtré dans les règles de droit, putassier, égoïste, avide, soi-disant individualiste et laissant pour compte un nombre de plus en plus élevés d’exclus) – d’autant plus que Poutine parle et comprend très mal l’anglais. Il se vante de ses grands-parents paysans au nord de Moscou depuis le XVIIe siècle et de ses parents ouvriers qui ont résisté au siège de Leningrad durant 900 jours contre les nazis. Il s’est marié mais n’a que deux filles (gageons qu’il aurait préféré, comme Le Pen, au moins un garçon), et il divorce en 2013 (ce qui n’est pas très « moral » dans la tradition mais fait « moderne »).

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Vladimir Poutine n’est pas un théoricien, il se moque de suivre Leibnitz ou Hegel, il laisse ça aux intellos qui l’entourent. Ce qu’il veut, c’est que ça marche, et rien de tel que de jouer les Rambo ou de montrer les muscles façon Schwarzenegger, pour menacer et protéger à la fois. Poutine se met volontiers en scène torse nu, chassant l’ours ou enfant sur les genoux de sa mère (Wikipédia) et se targue d’être 8ème dan de judo au 10 octobre 2012, commencé à 11 ans. Le souverainisme est d’être maître chez soi ; le nationalisme d’exalter sa patrie, son ethnie et sa culture ; le populisme de suivre les inclinations primaires du peuple en ayant l’air d’être leur chef. Avec cela, vous durez : deux mandats présidentiel, un comme premier ministre, et deux nouveaux probables mandats présidentiels. Va-t-il battre le record de Brejnev ?

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Voilà donc le portrait d’une brute rusée avec un idéal patriote : de quoi se faire admirer par tous les national-populistes, de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon ou Donald Trump. Pas sûr que Nicolas Sarkozy ne soit pas tenté car, comme Poutine, tous les moyens lui paraissent bons pour obtenir ce qu’il veut – y compris la pire démagogie.

Mais la soumission n’est pas réservée aux populistes, rappelons que c’est l’ineffable Jacques Chirac qui a fait  Poutine Grand-Croix de la Légion d’honneur en 2006…

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Au sommet du Mont Blanc

Depuis le refuge Vallot, déjà à plus de 4300 m, nous grimpons des pentes vertigineuses de neige étincelante. Le soleil en sa gloire irradie les cristaux de glace qui réverbèrent ses rayons, insoutenables sans lunettes de protection. Le froid est vif. La trace au sol part en lacets et le cœur cogne de monter si haut. Nous effectuons de fréquentes pauses. Et puis l’arête de découpe, s’adoucit. Imperceptiblement, la pente se fait moins forte. Sommes-nous déjà au sommet ? Il s’en faut encore d’une centaine de mètres, une distance très longue mesurée au degré d’énergie nécessaire pour les parcourir. Le plateau terminal en est presque une surprise lorsque nous l’atteignons : nous ne nous en rendons compte que lorsqu’il replonge, avec autant de douceur, sur le versant italien.

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Nous sommes en haut du monde.

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Les 4808 m du Mont Blanc dominent surtout la vallée de Chamonix où brille, d’un bleu turquoise inédit, la piscine découverte. Nous avions ânonnés, écoliers, la doxa intangible de notre époque avide de certitudes : « le Mont Blanc a une altitude de 4807 m ». Mais la science se moque des laborieux dogmes scolaires. Recalculé satellite, le Mont Blanc a pris quelques mètres de plus… Le vent constant et violent de près de 100 km/h, accéléré par les pentes, établit un froid très vif qu’aucun relief ne vient plus arrêter, conséquence du soleil clair de 11 h du matin qui chauffe Chamonix et les vallées. Au thermomètre de sac, il fait aux alentours de -20° dans le vent. Nous vivons là quelques instants d’infini et de silence.

Deux alpinistes ne tardent pas à arriver côté italien. Nous ne sommes plus seuls. Congratulations, photos, blagues en sabir des deux langues. A terre, le sommet est piétiné dans tous les sens. Une centaine de personnes est déjà passée aujourd’hui. Depuis un siècle, le Mont Blanc n’est plus réservé à une élite, ne snobons pas le plaisir de voir se démocratiser les merveilles du monde. Il faut certes se préparer à la montagne, mais qu’importe, c’est soi-même que l’on vainc plutôt que la nature.

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La redescente est plus facile, elle demande moins d’efforts physiques et offre de plus en plus d’oxygène au corps dont c’est le carburant. Nous prenons un repas reconstituant près du refuge Vallot, suivi d’une courte sieste où le sommeil vient sans peine, tant les efforts de ces dernières heures nous ont sollicités. Au bout d’une heure, nous repartons.

mont blanc itineraire par tete rousse et le gouter

Nous revenons au refuge du Goûter pour une vraie nuit complète, prenant plaisir à écouter les autres, ceux qui ne sont pas montés encore, se lever à 2 h du matin. Nous redescendons par les rocs branlants de l’aiguille du Goûter, passons la sente fort creusée du Grand Couloir, toujours dangereuse en cas de chute de pierres, puis nous prenons la pente rapide, couverte de neige cette année-là, jusqu’au petit train du Mont Blanc. Nous allons enfin à pied jusqu’au téléphérique des Houches, dépouillés des gros vêtements de montagne, les poumons emplis de cet oxygène qui fait si cruellement défaut dans les hauteurs. Nous avons trop chaud dans la vallée. Direction Chamonix, ses familles tranquilles, ses gamins en shorts, ses restaurants… et sa piscine, dont le bleu vif nous a tenté de là-haut. Avant une tartiflette revigorante, elle nous détendra de cette épreuve.

Durant plusieurs jours, notre sommeil sera plus long et plus profond. On ne grimpe pas impunément le Mont Blanc.

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Conseils aux prétendants :

– Prenez un guide ou inscrivez-vous dans un groupe d’ascension (le Club Alpin FrançaisAllibert, Terre d’Aventures prévoient l’ascension du Mont Blanc sur 5 jours comprenant préparation et aléas météo). La Compagnie des guides de Chamonix propose une ascension simple sur un jour (pour sportifs entraînés) et des stages de 5 jours pour tous (à partir de 18 ans). Nous ne l’avons pas fait, entraînés à la montagne et avisés en météo. Mais c’est bien le temps qui est le plus dangereux : que tombe le brouillard et vous êtes désorientés, à merci d’une pente trop forte ou d’une crevasse plus bas. Immobiles, vous ne tardez pas à avoir froid et comme vous grimpez léger, vous êtes démunis ! Ne jamais partir seul est le b-a ba, mais prendre un guide expérimenté est encore mieux : vous apprécierez la promenade sans en appréhender ses aléas, tout en apprenant beaucoup de choses (et en donnant de l’emploi à un montagnard).

– Ne vous lancez pas trop jeune. Si nous avons rencontré un adolescent de 14 ans au refuge du Goûter (mais il n’est pas monté au sommet), l’extrême jeunesse ne sait pas économiser ses forces et n’a pas la résistance suffisante pour être à l’aise dans des conditions aussi dures.

– Préparez votre adaptation à l’altitude par un séjour d’au moins deux semaines à plus de 2000 m, au maximum 6 mois avant. Les globules rouges ne resteront pas, c’est un fait, mais le corps ayant « appris », réagira plus vite et plus efficacement dès que vous reviendrez en altitude. Mon explication est peu médicale mais d’expérience personnelle : c’est efficace !

– Prenez vos précautions, le plaisir de vaincre n’est qu’à l’instant, celui de préparer une expédition dure plusieurs mois : courez pour entraîner votre cœur et muscler vos jambes, habillez-vous rationnellement avec les vêtements adaptés à la montagne (sous pull synthétique, fourrure polaire, veste de montagne à capuche, cagoule, gants et sous-gants de soie). Prenez une boussole pour cas de brouillard, une carte détaillée du massif, un altimètre (pour savoir où vous êtes sans rien voir alentour, en suivant les courbes de niveau), un briquet, une feuille de survie, une demi-bougie (léger et très efficace si vous voulez vous réchauffer dehors). Évidemment une gourde (la neige ne se « boit » pas) et quelques aliments énergétiques sur vous comme barres de céréales, fromages entourés de cire, fruits secs et chocolat. Faites léger mais fonctionnel. Et puis, depuis qu’il existe, votre téléphone portable soigneusement rechargé et protégé du froid !

L’aventure, contrairement à ce que croient les naïfs, n’est jamais un coup de tête mais un état d’esprit !

Allez voir le Topo-Physio de la Maison de la Montagne à Grenoble, avec tableau Excel selon les âges, (votre rythme cardiaque idéal, vos besoins énergétiques et vos besoins en eau)

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Climat pas COPain à Tahiti

Environnement, ce mot est dans toutes les bouches. Mais qu’en est-il vraiment ? Beaucoup de paroles mais peu d’actes en fait. On constate une dégradation générale de la qualité de l’air, gestion des déchets, occupation du territoire, état de la pêche, agriculture, biodiversité, pollutions diverses, qualité des eaux. Les pesticides ? Les importations d’insecticides sont en baisse continue depuis 2008. Par contre les importations de pesticides sont en hausse continue depuis 2012, 700 tonnes par an, mais il parait que c’est 13% de moins qu’en 2005. Il n’y a pas lieu de se taper sur le ventre ! Le bruit ? Surtout un problème de voisinage. 57,7% des nuisances sonores sont constituées par les habitations, les voitures boum-boum, 13% par les chiens et les coqs (à savoir qu’ici les coqs polynésiens chantent jour et nuit…). Les autres bruits viennent des sports et loisirs, des établissements recevant du public tel les répétitions de danse locale avec toere (percussions). Le centre-ville de Papeete voit chaque jour 100 000 véhicules circuler, traverser, stationner : émission de C02 garantie. Les déchets sont en augmentation et leur traitement en baisse. Plus de 75% sont produits chaque année à Tahiti et Moorea. Une estimation faite en 2012 indique que le total des déchets de Polynésie serait compris entre 130 000 et 147 000 tonnes par an soit 13% de plus qu’en 2006. Il faut passer à la caisse, ce sera 12 500 XPF par an et par habitation ! Mais on recycle, du moins, on essaie, car les mairies ont décrété le tri sélectif et le recyclage. C’est une excellente chose mais si l’on menace le contrevenant d’amende, il vaudrait mieux que l’on ne ramasse pas le même jour le bac gris et le bac vert parce que la veille on n’a pas ramassé le gris ! Et les nuisibles ? En premier, le rat noir (rattus rattus) qui est la cause première de la disparition des oiseaux dans tout le Pacifique, le merle des Moluques, le bulbul à ventre rouge, la fourmi électrique ou petite fourmi de feu, la fourmi folle jaune, le tulipier du Gabon et le miconia. A partir de Tahiti, le miconia a contaminé Moorea, Raiatea et Tahaa, Nuku Hiva et Fatu Hiva aux Marquises. Un pays idyllique la Polynésie, mais l’envers de la carte postale… on le constate en y vivant.

coqs tahiti

On nous a prédit des cyclones très violents à compter de novembre et jusqu’en avril 2016. Dès novembre la chaleur est lourde, un vent présent, la mer chaude, les pluies fréquentes …

Cyclones ? Pas cyclones ? El Nino est bien des nôtres, mais les prévisions sont toujours aléatoires. Certes Météo-France et autres surveillent mais c’est via l’imagerie satellite que travaillent les prévisionnistes. Sera-t-il cyclone ou dépression tropicale ? Où nait-il ? Quel vent, quelle force ? Quelle sera sa trajectoire ? Quelle intensité ? Pour qu’une dépression tropicale se transforme en cyclone, il faut une force capable d’entraîner un mouvement de rotation : la force de Coriolis. Il n’y a pas de cyclone sur l’équateur, un cyclone ne peut pas passer d’un hémisphère à l’autre. Il faut des vents homogènes, une atmosphère instable, humide et une température de la mer supérieure à 26°5C sur une profondeur de 60 mètres. Si tous ces éléments sont réunis, le risque d’une dépression tropicale est très élevé. On comptera une douzaine d’heures pour que naisse la dépression. Ensuite le cyclone se déplace et peut survivre jusqu’à une dizaine de jours. La trajectoire ? La précision s’affine à mesure que le cyclone approche. Les conséquences terrestres ? Les pluies responsables d’inondations, de glissement de terrain peuvent se ressentir jusqu’à 1 000 kilomètres. L’œil du cyclone mesure entre 20 et 50 kilomètres, le temps y est calme, mais non loin de l’œil une marée de cyclone est possible. La dépression tropicale faible a des vents moyens entre 50 et 61 km/h. La dépression tropicale modérée a des vents moyens entre 62 et 87 km/h. La dépression forte, des vents entre 88 et 117 km/h. Le cyclone tropical, des vents entre 117 et 176 km/h. Le cyclone tropical intense des vents au-delà de 177 km/h. Ces chiffres sont des moyennes calculées sur 10 mn, pour estimer les rafales maximales, il faut compter +50%. Exemple : si les vents moyens sont de 177 km/h, les rafales peuvent atteindre 265 km/h ! Restons optimistes ! Bien que le NIWA (National Institute of Water and Atmospheric Research) de Nouvelle-Zélande ait établi une carte des risques de cyclones pour l’été austral (octobre-mai) 2015-2016 et l’on constate que les archipels polynésiens sont classés dans les zones les plus à risque. Avec même un risque de deux à trois épisodes cycloniques possibles pour les Iles de la Société.

Question ? Qu’est-ce qu’une extraction ? Et qu’est-ce qu’un curage en rivière ? Je lis dans Tahiti-Pacifique, nouvelle version hebdomadaire : « les curages ne sont pas une extraction, mais peuvent cacher une extraction ». Allo, mon cerveau, t’as compris ou je dois répéter ? Période de cyclone, on nettoie ? Erreur : on « tente de » nettoyer les rivières. Définition : un curage consiste à nettoyer le lit d’une rivière de ces amoncellements pour protéger les habitations éventuelles. Les extractions dans le lit des rivières sont interdites en Polynésie française, mais le curage autorisé par dérogation, les quantités à enlever sont alors précisées dans l’arrêté. Par contre, un case ou tractopelle peuvent prendre plus profondément qu’ils n’y sont autorisés. Le curage se transforme alors en une extraction. La direction de l’Équipement est chargée des contrôles.

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La qualité des eaux de baignade est catastrophique aux quelques 100% des embouchures en zone urbaine. Les lagons sont maltraités par l’homme, ceux très fréquentés sont pour 29% impropres à la baignade ; la taille des poissons est inversement proportionnelle à la pression de la pêche ; un tiers des forêts a disparu ; 128 espèces sont éteintes et 316 autres menacées ; les pestes végétales sont en expansion (le tulipier du Gabon et le miconia sont un désastre pour les espèces locales et la stabilité des sols) ; la production de 544 kg de déchets par an et par habitant augmente. La Polynésie émet autant de C02 qu’un pays industrialisé ? On dira : peut faire… non, DOIT mieux faire. Et vite !

Pour compléter cette carte postale d’un magnifique pays, carte postale un peu ternie tout de même, on reconnait 400 SDF à Tahiti. Qui sont-ils ? Des mineurs, des jeunes majeurs (18-26 ans), des jeunes salariés, des personnes sortant de prison, des personnes âgées. Les mineurs en situation d’errance consomment de l’alcool, des drogues, du tabac ; les individus de plus de 50 ans ont des handicaps physiques, consomment des alcools forts (komo= alcool local clandestin) et beaucoup d’entre eux ont des troubles psychiatriques ; les sortants de prison récidivent pour retrouver la prison. La délinquance a augmenté de 16% en 2014 par rapport à 2013. Heureusement toutes les personnes en errance ne sont pas à classer dans ces catégories. À noter toutefois que 99% des mineurs interpellés en 2014 étaient déscolarisés. Il reste beaucoup à faire aux associations caritatives pour rendre un peu d’espoir à ces SDF.

C’étaient quelques nouvelles depuis un confetti sur l’océan. Portez-vous bien. Iaorana

Hiata de Tahiti

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Haruki Murakami, Les amants du spoutnik

En japonais, spoutnik se dit soupûtonikou. Il s’agit du premier satellite artificiel envoyé dans l’espace par l’humanité par l’URSS le 4 octobre 1957. L’exploit fait travailler l’imagination de Murakami : comment être ici et ailleurs ? Sur terre et dans l’espace ? L’espèce humaine est-elle grégaire et collective, ou bien solitaire, enfermée en carapace d’acier comme ces spoutniks – cerveaux pamplemousse – qui se croisent dans les étendues glacées, sans jamais s’interpénétrer ?

Les personnages du roman sont du type spoutnik : ils ne font jamais l’amour ensemble. Pourtant ils s’aiment et se désirent, mais pas en bonnes paires. La distance, attitude mentale très japonaise, prend ici une valeur cosmique. Chacun établit « une frontière invisible avec les autres » p.77. Murakami recycle le trio vaudevillesque du mari, de la femme et de l’amant, mais il actualise le jeu. K aime Sumire (qui veut dire violette), mais Sumire en aime un autre, ou plutôt une femme, Miu. Laquelle ne peut aimer personne sinon en surface, « violée » dans l’imaginaire 14 ans avant, le lecteur apprendra comment. Ce jour-là ses cheveux ont blanchi d’un coup. Mais Miu se sent bien avec K lorsqu’elle le côtoie, elle pourrait presque l’aimer si elle ne s’était déjà « mariée » sans contact physique avec un autre. K prend donc des amantes, dont la mère d’un de ses élèves du primaire… ce qui pose des problèmes à l’enfant. Peut-être le devine-t-il, en tout cas vole dans les supermarchés pour se faire remarquer (honte suprême au Japon).

Pas simples, les relations humaines, lorsqu’elles sont recréées par Murakami ! Le réel évolue en surréel, sans jamais tomber dans le fantastique trop clinquant facile. La limite est ce qui convient à l’auteur, tout comme la légèreté. Pas de pesante philosophie allemande dont nos intello-romanciers paraissent si friands ; pas de psycho judéo-freudienne dont nos intello-méditerranéens semblent drogués ; pas de perversité qui remonte à l’enfance qui serait cause, selon nos intello-sociologues, de toutes réalités. K est un garçon banal, enfance habituelle, études sans excès, métier moyen. Sumire désire devenir écrivain mais elle ne vit pas pour enrichir son expérience. Elle clapote sur son clavier interminablement des pages et des pages sans en tirer une histoire. Miu était pianiste, mais ce qui lui est arrivé adulte, plus la mort de son père, l’a reconvertie dans les affaires. Tous ces personnages sont Murakami lui-même, un soi qu’il écartèle pour les besoins du roman. Il est ce garçon banal qui vit sans y penser et fait l’amour comme on déguste un croissant ; il est l’écrivain obstiné qui a eu du mal à émerger mais a découvert qu’il faut vivre avant d’imaginer ; il est cet homme d’affaires, créateur propriétaire un temps de bar à jazz.

Comment réussir sa vie, quoiqu’on désire ? Quel est le déclic ? « Eh bien, que l’attention est primordiale, peut-être. Il ne faut pas décider à l’avance qu’on va faire ceci ou cela, mais être à l’écoute, sincèrement, de tout ce qui nous entoure, garder le cœur et l’esprit ouvert… » p.59. C’est K qui parle à Sumire, Murakami qui parle au lecteur, la voie du zen qui parle aux Japonais. Car cette attitude est très zen, japonaise au cœur. Ce pourquoi Murakami, qui est un auteur enraciné dans son archipel, est universel. Il est à l’aune des prix Nobel pour cela. L’aura-t-il un jour ? On sait combien ces prix sont « politiques »…

Sumire, qui fréquente K comme étudiante, tombe brutalement amoureuse de Miu rencontrée dans un mariage. « Cet amour aussi dévastateur qu’une tornade dans une vaste plaine ravagea tout sur son passage » p.9. C’est ainsi que commence un roman. Miu va embaucher Sumire comme secrétaire, puis l’emmener en voyage visiter les vignobles de Bourgogne dont elle importe les vins. Un Anglais rencontré va leur proposer un bungalow dans une île grecque pour des vacances. C’est là qu’entre la mer et le soleil, un jour Sumire va disparaître. Évanouie dans le paysage. Cela à la suite d’une histoire de chats qui ont dévoré leur maîtresse morte dans un appartement fermé, ainsi qu’il est dit dans le journal. Et à la suite de l’histoire de viol schizophrénique de Miu, encore racontée à personne. Sumire a-t-elle voulu rejoindre la part de l’autre dans un ailleurs surréel ? L’auteur laisse le doute, son personnage K garde les pieds sur terre. Rêve-t-il lui-même lorsqu’il reçoit sur la fin un coup de téléphone de la disparue ?

Ce qui est fascinant dans ce roman est que tout est possible. Mais pas n’importe quoi. Tout reste réel, tout peut arriver. Ce tout n’a pas d’explications mais tout est plausible. Et c’est dit simplement, en phrases courtes qui vont comme la vie, dans cette légèreté de l’être. Pour un Japonais, la légèreté n’a rien « d’insoutenable » mais est comme la luciole par les soirs d’été : un passage.

Haruki Murakami, Les amants du spoutnik, 1999, 10-18 2004, 271 pages, €7.03

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Croyances et violences en Polynésie

Un satellite americain tombe dans le pacifique sud ? Il semblerait que les habitants de Mangareva (Gambier) aient entendu des bruits et aient vu pour certains une boule de feu… Glory, un satellite américain était trop lourd pour atteindre l’altitude d’orbite, des débris auraient chuté dans le Pacifique. Le laboratoire de géophysique de Pamatai (Tahiti) a enregistré « un bruit » à la station de Rikitea (Gambier). Alors y aurait-il un rapport entre la chute de Glory et ce qu’ont vu quelques habitants de Rikitea ? Par contre, on connaît le montant de la facture du feu d’artifice, 37 milliards de francs pacifiques. Il faut savoir également que l’US Air Force a installé une station aux Gambier pour suivre la mise en orbite de plusieurs satellites de défense depuis février 2010. Aux dernières nouvelles, Glory serait allé se perdre du côté de l’Antarctique. Les Gambier ont du rêver !

Mais il faut bien croire à quelque chose. L’église protestante mao’hi célèbre l’arrivée de l’évangile le 5 mars. Depuis 1978, c’est un jour férié en Polynésie. Les 18 missionnaires anglais de la London Missionary Society sont arrivés dans la baie de Matavai (Pointe Vénus), sont restés à bord du Duff le samedi 5 mars 1797 jour de sabbat, et ne sont descendus à terre que le dimanche matin pour commencer leur évangélisation. La communauté protestante est toujours proportionnellement la plus importante des communautés religieuses en Polynésie française. Un petit monument commémore cette arrivée et les évangélisations des autres îles du Pacifique Sud  à partir de Tahiti : les Marquises 1797/1822, Huahine 1818, les Cook 1821/1823, les Australes 1821, les Tuamotu 1821/1829, les Samoa 1830. Le petit monument a souffert de dégradations et a perdu son mât. « Pour que rien ne soit dégradé, ici, il faudrait un gardien rien que pour cet endroit », me confiait le jardinier tondant le gazon ! La baie de Matavai, bien protégée a abrité les révoltés de la Bounty, le Capitaine Cook, les missionnaires du Duff.

La foi et la violence sont le lot des îles. Le papa, ultra-violent, avait secoué son bébé, il l’a rendu infirme. « J’arrive pas à me contrôler. Moi, je règle mes problèmes en boxant. Je tape même mon fils ». Pour ce père violent la balance de la Justice terrestre s’est arrêtée sur 13 ans de réclusion…

Un autre procès se tient actuellement, celui de l’assassin d’une jeune femme de 22 ans dans des conditions insoutenables. C’est l’un des plus odieux crimes commis ces dernières années ici en Polynésie française. Cet homme jeune a pris en stop une femme jeune, prise de boisson, l’a traînée dans sa voiture dans un coin désert, pour boire un coup, fumer un joint, lui faire des avances. Il l’a frappée de deux ou trois coups de poing quand elle s’est refusée à lui. Tandis qu’elle était à terre, sonnée, il lui a administré deux monstrueux coups de pied en pleine tête. Puis il l’a déshabillée, violée, je vous passe les détails. Elle ne respirait presque plus. Alors il s’est assis à califourchon sur son dos, lui a relevé la tête de la main gauche pour l’égorger avec son couteau tenu dans la droite. Il dira au juge : « comme pour une tortue ». Son crime accompli, il est allé dîner aux roulottes avec sa compagne comme si de rien n’était. A savoir que les tortues marines sont des animaux protégés en Polynésie. Et les femmes ? Le verdict est tombé : réclusion criminelle à perpète assortie de 22 ans de sûreté. Son avocat avait demandé l’acquittement ! Tant qu’à faire…

D’autres se retirent dans leur monde intérieur. Bobby Holcomb, vous connaissez ? Il fut « l’homme le plus populaire de Polynésie en 1988 ». Noir américain et indien par son père, Philippin et Polynésien par sa mère, il était né le 25 septembre 1947 dans les ruines de Pearl Harbour. Après avoir découvert les USA, l’Inde, le Népal, la Grèce, la France et la Polynésie, il s’installa à Huahine (Iles Sous le Vent) en 1976 et plus particulièrement dans le village de Maeva, réputé pour avoir résisté à la colonisation française et être resté imprégné de son histoire et de ses traditions. Maeva demeure la clé de voûte identitaire du pays. Bobby était connu pour se balader en paréo, pieds nus et toujours coiffé d’une couronne de fleurs et feuillage. Chanteur, peintre, il est davantage connu pour ses chansons alors qu’il vivait plutôt de sa peinture. Cette année, une rétrospective de ses tableaux est organisée au musée de Tahiti et des Iles. Il est décédé, à 44 ans seulement, en 1991.

Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun est décédé en métropole le 12 février 2011. Il était le directeur du Musée de Tahiti et des Iles et aussi l’auteur de biographies, théâtre, romans, essais, légendes. Voici quelques titres : Huna secrets de famille, Henri Hiro héros polynésien, Les parfums du silence, Le bambou noir, L’allégorie de la natte, La naissance de Havai’i.

Hiata de Tahiti

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