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Arto Paasilinna, Le cantique de l’apocalypse joyeuse

La fin du monde approche avec le millénaire et ce roman finlandais loufoque nous apprend avec un humour ravageur comment s’en sortir.

Tout part du testament d’un vieil athée communiste qui, sentant la mort venir, fait le pari de Pascal : si Dieu existe, autant se mettre en règle avec lui avant de comparaître – on ne sait jamais. Avec l’essentiel de la fortune qui lui reste après la faillite de sa scierie, il crée une Fondation funéraire qui a pour but d’édifier une église. Peu importe où, ni avec quels paroissiens. Son petit-fils Eemeli est chargé de l’exécution du projet.

De cette idée baroque, l’auteur tire les conséquences jusqu’à l’absurde, dans une logique à la Lewis Carroll. Ce pourquoi nous rions souvent, tant le comportement de fourmi obstinée des différents fonctionnaires atteint des sommets de stupidité. Mais les bureaux persévèrent toujours dans leur être…

L’église sera dans la tradition finlandaise, bâtie avec les gens du coin sur les terres forestières de la Fondation, donc dans un endroit isolé très au nord du pays. L’administration – qui n’a jamais vu ça – élève des objections ? Passons outre. L’évêché luthérien ne veut pas ? Qu’importe. Les activités contredisent on ne sait quels règlements européens ? Et alors ? Le monde s’enfonce dans la paperasserie et des déchets, New York va bientôt devenir invivable tout comme Saint-Pétersbourg. La consommation de carburant et d’appareils électroniques sophistiqués dévorent les ressources et changent le climat, sans rendre plus heureux, au contraire.

La vie fraîche et joyeuse des bûcherons charpentiers finlandais qui vivent sur le pays, chassant l’élan et fumant la viande, pêchant le poisson et le salant en caques, cueillant les baies et les champignons pour les sécher, distillant leur aquavit parfumée aux herbes, cultivant des patates et élevant vaches et moutons, se constitue peu à peu naturellement. Les bâtisseurs sont vite rejoints par une bande de jeunes écolos en rupture avec le Système, qui créent leur propre artisanat et vivent dans des cabanes de rondins. Et tous ceux-là font des enfants.

La paperasserie dégénère en crise économique, laquelle aboutit à la Troisième guerre mondiale et aux migrations massives, avant qu’une comète ne vienne chambouler l’axe terrestre. L’auteur n’hésite pas à enchaîner les causes pour sa fable morale. Peut-être a-t-il raison ?

1992-2023 : il a fallu trente ans – une génération – pour que la terre soit donc détruite. Toute ? Non. Le petit village d’Ukonjärvi résiste encore et toujours à la destruction. Autarcique, libérale, démocratique, l’existence traditionnelle renaît avec école, église et armée, mais à taille humaine, gérée par tous sur l’agora. Le vieux communiste, en désirant fonder une église, a créé la possible renaissance de l’humanité.

A l’heure des populismes et des catastrophes climatiques qui s’accentuent, au moment où les risques de guerres et de migrations massives sont au plus haut, à l’ère où le Système – économique, financier, fiscal, social, politique – se fissure par individualisme et globalisation, relire Arto Paasilinna est réjouissant. Il fait de l’écologie une pratique, non une purge néo médiévale.

Il fait redécouvrir combien l’union de gens venus de partout (des Russes, des Somaliens, des Arabes, des Finlandais des villes) autour d’un projet commun rend apte à fonder une communauté qui s’administre par elle-même. Chacun y a sa place et voix au chapitre. Sans ambition d’aller sur la lune, ni de transformer l’humanité par des gadgets. Mais de vivre tout simplement : « Pas besoin de coûteux kérosène ni de pièces de rechange. Les moteurs à avoine ne calaient pas en plein travail même si le carburant venait à manquer ; les bœufs tiraient stoïquement la charrue pendant des heures sans avoir besoin de faire le plein. Et quand il était temps de se ravitailler, ils trouvaient eux-mêmes leur pitance en bordure de l’essart et leur boisson dans les eaux limpides du lac » p.219.

Arto Paasilinna, Le cantique de l’apocalypse joyeuse, 1992, Folio 2012, 393 pages, €8.80

Les romans d’Arto Paasilinna déjà chroniqués sur ce blog

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Climat pas COPain à Tahiti

Environnement, ce mot est dans toutes les bouches. Mais qu’en est-il vraiment ? Beaucoup de paroles mais peu d’actes en fait. On constate une dégradation générale de la qualité de l’air, gestion des déchets, occupation du territoire, état de la pêche, agriculture, biodiversité, pollutions diverses, qualité des eaux. Les pesticides ? Les importations d’insecticides sont en baisse continue depuis 2008. Par contre les importations de pesticides sont en hausse continue depuis 2012, 700 tonnes par an, mais il parait que c’est 13% de moins qu’en 2005. Il n’y a pas lieu de se taper sur le ventre ! Le bruit ? Surtout un problème de voisinage. 57,7% des nuisances sonores sont constituées par les habitations, les voitures boum-boum, 13% par les chiens et les coqs (à savoir qu’ici les coqs polynésiens chantent jour et nuit…). Les autres bruits viennent des sports et loisirs, des établissements recevant du public tel les répétitions de danse locale avec toere (percussions). Le centre-ville de Papeete voit chaque jour 100 000 véhicules circuler, traverser, stationner : émission de C02 garantie. Les déchets sont en augmentation et leur traitement en baisse. Plus de 75% sont produits chaque année à Tahiti et Moorea. Une estimation faite en 2012 indique que le total des déchets de Polynésie serait compris entre 130 000 et 147 000 tonnes par an soit 13% de plus qu’en 2006. Il faut passer à la caisse, ce sera 12 500 XPF par an et par habitation ! Mais on recycle, du moins, on essaie, car les mairies ont décrété le tri sélectif et le recyclage. C’est une excellente chose mais si l’on menace le contrevenant d’amende, il vaudrait mieux que l’on ne ramasse pas le même jour le bac gris et le bac vert parce que la veille on n’a pas ramassé le gris ! Et les nuisibles ? En premier, le rat noir (rattus rattus) qui est la cause première de la disparition des oiseaux dans tout le Pacifique, le merle des Moluques, le bulbul à ventre rouge, la fourmi électrique ou petite fourmi de feu, la fourmi folle jaune, le tulipier du Gabon et le miconia. A partir de Tahiti, le miconia a contaminé Moorea, Raiatea et Tahaa, Nuku Hiva et Fatu Hiva aux Marquises. Un pays idyllique la Polynésie, mais l’envers de la carte postale… on le constate en y vivant.

coqs tahiti

On nous a prédit des cyclones très violents à compter de novembre et jusqu’en avril 2016. Dès novembre la chaleur est lourde, un vent présent, la mer chaude, les pluies fréquentes …

Cyclones ? Pas cyclones ? El Nino est bien des nôtres, mais les prévisions sont toujours aléatoires. Certes Météo-France et autres surveillent mais c’est via l’imagerie satellite que travaillent les prévisionnistes. Sera-t-il cyclone ou dépression tropicale ? Où nait-il ? Quel vent, quelle force ? Quelle sera sa trajectoire ? Quelle intensité ? Pour qu’une dépression tropicale se transforme en cyclone, il faut une force capable d’entraîner un mouvement de rotation : la force de Coriolis. Il n’y a pas de cyclone sur l’équateur, un cyclone ne peut pas passer d’un hémisphère à l’autre. Il faut des vents homogènes, une atmosphère instable, humide et une température de la mer supérieure à 26°5C sur une profondeur de 60 mètres. Si tous ces éléments sont réunis, le risque d’une dépression tropicale est très élevé. On comptera une douzaine d’heures pour que naisse la dépression. Ensuite le cyclone se déplace et peut survivre jusqu’à une dizaine de jours. La trajectoire ? La précision s’affine à mesure que le cyclone approche. Les conséquences terrestres ? Les pluies responsables d’inondations, de glissement de terrain peuvent se ressentir jusqu’à 1 000 kilomètres. L’œil du cyclone mesure entre 20 et 50 kilomètres, le temps y est calme, mais non loin de l’œil une marée de cyclone est possible. La dépression tropicale faible a des vents moyens entre 50 et 61 km/h. La dépression tropicale modérée a des vents moyens entre 62 et 87 km/h. La dépression forte, des vents entre 88 et 117 km/h. Le cyclone tropical, des vents entre 117 et 176 km/h. Le cyclone tropical intense des vents au-delà de 177 km/h. Ces chiffres sont des moyennes calculées sur 10 mn, pour estimer les rafales maximales, il faut compter +50%. Exemple : si les vents moyens sont de 177 km/h, les rafales peuvent atteindre 265 km/h ! Restons optimistes ! Bien que le NIWA (National Institute of Water and Atmospheric Research) de Nouvelle-Zélande ait établi une carte des risques de cyclones pour l’été austral (octobre-mai) 2015-2016 et l’on constate que les archipels polynésiens sont classés dans les zones les plus à risque. Avec même un risque de deux à trois épisodes cycloniques possibles pour les Iles de la Société.

Question ? Qu’est-ce qu’une extraction ? Et qu’est-ce qu’un curage en rivière ? Je lis dans Tahiti-Pacifique, nouvelle version hebdomadaire : « les curages ne sont pas une extraction, mais peuvent cacher une extraction ». Allo, mon cerveau, t’as compris ou je dois répéter ? Période de cyclone, on nettoie ? Erreur : on « tente de » nettoyer les rivières. Définition : un curage consiste à nettoyer le lit d’une rivière de ces amoncellements pour protéger les habitations éventuelles. Les extractions dans le lit des rivières sont interdites en Polynésie française, mais le curage autorisé par dérogation, les quantités à enlever sont alors précisées dans l’arrêté. Par contre, un case ou tractopelle peuvent prendre plus profondément qu’ils n’y sont autorisés. Le curage se transforme alors en une extraction. La direction de l’Équipement est chargée des contrôles.

baignade tahiti

La qualité des eaux de baignade est catastrophique aux quelques 100% des embouchures en zone urbaine. Les lagons sont maltraités par l’homme, ceux très fréquentés sont pour 29% impropres à la baignade ; la taille des poissons est inversement proportionnelle à la pression de la pêche ; un tiers des forêts a disparu ; 128 espèces sont éteintes et 316 autres menacées ; les pestes végétales sont en expansion (le tulipier du Gabon et le miconia sont un désastre pour les espèces locales et la stabilité des sols) ; la production de 544 kg de déchets par an et par habitant augmente. La Polynésie émet autant de C02 qu’un pays industrialisé ? On dira : peut faire… non, DOIT mieux faire. Et vite !

Pour compléter cette carte postale d’un magnifique pays, carte postale un peu ternie tout de même, on reconnait 400 SDF à Tahiti. Qui sont-ils ? Des mineurs, des jeunes majeurs (18-26 ans), des jeunes salariés, des personnes sortant de prison, des personnes âgées. Les mineurs en situation d’errance consomment de l’alcool, des drogues, du tabac ; les individus de plus de 50 ans ont des handicaps physiques, consomment des alcools forts (komo= alcool local clandestin) et beaucoup d’entre eux ont des troubles psychiatriques ; les sortants de prison récidivent pour retrouver la prison. La délinquance a augmenté de 16% en 2014 par rapport à 2013. Heureusement toutes les personnes en errance ne sont pas à classer dans ces catégories. À noter toutefois que 99% des mineurs interpellés en 2014 étaient déscolarisés. Il reste beaucoup à faire aux associations caritatives pour rendre un peu d’espoir à ces SDF.

C’étaient quelques nouvelles depuis un confetti sur l’océan. Portez-vous bien. Iaorana

Hiata de Tahiti

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Populisme tahitien

L’OPH (Office polynésien de l’habitat) doit rembourser un emprunt de 834 millions avant le 1er décembre 2014, emprunt contracté en 2006. Aïe. L’objectif était alors de financer en partie deux lotissements sociaux dont les locataires devaient avoir la possibilité d’accéder à la propriété en 2014, permettant à l’OPH d’amortir l’emprunt. Sauf que ces familles n’avaient qu’un revenu modeste et étaient incapables financièrement de régler la note finale. Bah ! Y a qu’à faire payer ceux qu’ont des sous : les nantis ! C’est sûr, la crise financière est passée par là (en fait la crise, elle a bon dos !) certains ménages ont perdu leurs revenus, certains locataires seraient « malhonnêtes », et puis la politique du gouvernement Temaru (indépendantiste) disait alors « vous ne devez plus payer vos logements », l’OPH pour sa part n’a pas forcé pour recouvrer les loyers. Conclusion, ce gouvernement pense proposer une convention avec un nouvel opérateur… PRIVE !

OCT 2014

Les engins de la mairie remblaient la lagune avec des déchets. Hip hip hip hourrah ! En voilà une bonne idée du maire de Maupiti. Pas d’étude d’impact, colère des riverains. Il semble que le nouveau tavana (maire) ait prêté une oreille attentive aux conseils de l’ancien tavana. Il s’agissait de remblayer la lagune proche de la plage de Tereia avec les déchets les plus anciens enfouis au dépotoir, imaginant qu’ils étaient suffisamment décomposés pour être redevenu terre… Ces décisions hâtives font trembler certains habitants de cette petite île. Normalement toutes les surfaces où passe et passait (remblais sur le lagon) l’eau salée (plage, lagune) ou douce (rivière, lac) sont du domaine public géré par le ministère de l’Équipement. Il peut en concéder l’usage sans dispenser pour autant les bénéficiaires de demander des autorisations pour modifier le site. Apparemment, le tavana ne s’est pas exécuté !

EDT (l’EDF ma’ohi) veut faire imposer les autoproducteurs d’énergie : elle propose donc aux communes de créer une nouvelle taxe ! (encore une). Cette taxe serait destinée aux administrés qui produisent de l’énergie grâce aux panneaux photovoltaïques et groupes électrogènes notamment. La démarche d’EDT ne semble pas désintéressée, d’abord casser le marché du photovoltaïque et obliger ces adeptes à se fournir exclusivement chez EDT et par ailleurs il s’agirait pour EDT de se garantir la fidélité des maires et éviter qu’elles soient, un jour, tentées de se brancher chez un éventuel concurrent puisque l’ouverture à la concurrence serait dans les maroquins du gouvernement. Ha ! Ha ! Les coquins !

verocapo tahiti

Mais voilà qu’à l’Assemblée nationale le débat sur la loi de transition énergétique arrive à point nommé ! Vous savez que l’électricité vendue aux consommateurs en Polynésie est la plus chère au monde (2 voire 3 fois plus chère qu’en France métropolitaine…) Le pays (Polynésie française) est toujours en quête de sous, de subventions. Bien que jouissant d’un statut d’autonomie interne, le pays souhaiterait ardemment bénéficier de la CSPE. Ce fond métropolitain permettrait de faire baisser la facture d’électricité et d’aider à la transition énergétique. La députée Marina Sage souligne que ce dispositif pourrait permettre de diminuer d’environ 50% notre facture d’électricité. Le nouveau gouvernement d’Édouard Fritch prête une oreille attentive et contribuerait pour 1 milliard de XPF à la CSPE qui pourrait reverser 12 milliards de XPF au nom du principe de péréquation. Ha ! Ha ! Voilà qui est intéressant.

Et ça vient de sortir : « Le nouveau gouvernement de la Polynésie française souhaite à présent, après plus de 50 années ininterrompues de concession, faire une remise à plat globale des concessions de service public. Les coûts non maîtrisés de l’énergie électrique de ces dernières années, sont en effet, devenus un frein à un réel développement économique. » Extrait du rapport du gouvernement établi pour le débat d’orientations budgétaires…

Hiata de Tahiti

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Amender le jardin à Tahiti

Une grande cour à entretenir, quelques arbres manguier, abiu, ramboutan, avocatier, vi Tahiti, cocotiers, carambolier, longane, ça donne des feuilles à ramasser, mais aussi de succulentes assiettes de fruits au petit-déjeuner.

PAPEARI JUILLET 2014

Constatez par vous-même le travail que cela donne !

PAPEARI JUILLET 2014

Une idée a germé dans la tête de J. toujours en quête de nouveauté malgré ses maux physiques affreusement douloureux. De l’abattoir il ramène des fûts de déchets cuits à 2 000°.

PAPEARI JUILLET 2014

Il creuse des trous avec un engin relié à son tracteur, y verse le presque « cinq de chez C. »

PAPEARI JUILLET 2014

Puis il arrose et comble le trou car chiens, poulets, sont à l’affût de ce succulent ma’a.

PAPEARI JUILLET 2014

Ensuite il faudra planter de nouveaux arbres fruitiers, et attendre (pourvu que Dieu nous prête vie).

PAPEARI JUILLET 2014

C’est la période des vacances ici aussi, et Hiata fait roue libre, pardonnez-la !

PAPEARI JUILLET 2014

Profitez bien de vos vacances afin d’entamer une rentrée en pleine forme.

PAPEARI JUILLET 2014

Hiata de Tahiti

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Michel Houellebecq, La possibilité d’une île

michel houellebecq la possibilite d une ile

Ce roman est – et c’est naturel dans notre société superficielle qui se contente d’agiter des images et de scander des slogans – tout à fait différent de l’impression qu’a pu en laisser « la critique ». C’est un vrai roman avec une histoire, un conte philosophique qui fait penser et, mieux, qui laisse « libre » de penser (ce qui est plutôt rare en ces temps de militantisme affirmé).

Car le narrateur est et n’est pas Michel Houellebecq. Il est son double, mais un double construit, probablement plus simple que l’original. L’époque pousse à la caricature tant, en ces temps d’incertitudes, l’opinion est avide d’ancrages. Daniel1 est plus complexe que Daniel25, son clone des temps futurs imaginé par l’auteur. Mais l’auteur est plus complexe que son sujet. Le roman se lit de façon fluide, il captive, et ses remarques anodines sur l’époque visent à renverser ce conformisme si confortable, si larmoyant, si « de gôche, ma chère ». Et c’est bien, car tout divorce avec la réalité, qu’il soit naïveté ou illusion, finit par s’y heurter en retour, quels que soient les bons sentiments. La révolte des banlieues l’a montre à l’envi en 2005, comme la révolte antifiscale fin 2013.

Le héros de Houellebecq n’est pas un « modèle », comme la doxa aime tant à en créer de toutes pièces pour se rassurer. Daniel, comme l’auteur, est un être qui se cherche, dans le désespoir du vide si bien philosophé par Schopenhauer. Seuls les ignorants ont pu parler de Nietzsche à propos de ce livre ; c’est avoir une vue plate et scolaire du Surhomme et ignorer toute la joie nietzschéenne de la danse du corps et des scintillements de l’intelligence. Schopenhauer, plus laborieux, est mieux en phase avec le nihilisme houellebecquien.

Mai 68 avait chanté la « libération » des corps source de désaliénation des esprits. Michel Houellebecq montre ce qu’il en est : un prodigieux égoïsme narcissique qui commence dès 12 ans (les « pétasses »), un corps objet qui se livre au plaisir comme un petit animal (Esther), l’impossibilité des relations durables (Isabelle), la dictature de la jeunesse sur l’ensemble de la société, depuis la consommation jusqu’à l’idéologie. Les « vieux » deviennent des déchets dont il faut se débarrasser (bienveillante canicule !). Et Daniel, antihéros contemporain, évolue en ce monde comme un zombie, ne vivant et ne réussissant partiellement sa vie qu’entre 13 et 35 ans en gros, l’avant étant bave, merde et braillardise, l’après étant déchéance désespérante d’un corps qui lâche et d’une solitude qui monte. Pour Houellebecq, « solidarité » n’est qu’un slogan de bonne conscience, « amour » qu’une rencontre de sexe à patte avec chatte au vent (ah, ces jupettes qui couvrent à peine des fesses sans culottes, si révolutionnaires !). Daniel rêve d’un amour qui soit fusionnel, retour vers…

fille jupette et pedales

Ce pour quoi lui, l’a-religieux, découvre un certain bonheur de la secte. Non pas celui des filles superbes à disposition des mâles dominants (il a des phrases sarcastiques sur le sujet), mais celui d’une espérance, celle que donne toute religion, au fond. Il n’y « croit » pas mais l’être humain est ainsi fait qu’il a besoin d’ailleurs. Pour le commun des mortels, ce sont les enfants, parfois Dieu, quel que soit le nom qu’il porte, ou bien le sort des autres. Michel Houellebecq, dans la vraie vie, a un fils, Etienne, né lors de l’avènement Mitterrandien. Son personnage, Daniel, n’a pas l’air attaché au sien, je ne sais ce qu’il en est de l’auteur. En tout cas, l’espérance houellebecquienne ne réside pas dans les enfants, mais dans l’espèce elle-même que la Raison scientifique et technicienne devrait pouvoir modeler dans le futur pour éliminer ce nihilisme profond qui vient du sexe, du seul sexe, de l’impossible libération de l’avidité sexuelle.

Houellebecq n’est pas Raëlien comme on l’a dit précipitamment, il projette les tendances du présent dans un futur possible. Ne voit-on pas, aux États-Unis, pays de la modernité la plus avancée, des nantis se protéger dans des enclaves fermées ? Ne voit-on pas l’explosion des sectes avides de croire en autre chose qu’en la réalité vide ? N’espère-t-on pas dans le clonage et dans la génétique ? Mêlez tout cela et vous avez le conte philosophique, La possibilité d’une île. Qui est terriblement de notre époque. C’est moins sage que Jardin ou Weyergans, mais cela ouvre plus de portes. Il y a du Diogène le Cynique chez Houellebecq.

De la claire et volontaire provocation aussi, dans la lignée des grands prédécesseurs de Mai 68. Le symbole de la secte élohimiste n’est-elle pas une étoile de David gammée, « à six branches, aux pointes recourbées » ? Son prophète n’est-il pas ignare, manipulateur et grand baiseur ? Le héros, humoriste, n’a-t-il pas un spectacle de « partouzeuses palestiniennes » ? La référence internet notée « kdm.fr.st » existe réellement, elle renvoie à The Hacking Academy, forum de hackeurs.

Il est certain que vous apprécierez mieux La possibilité d’une île si vous êtes mâle, Blanc et avec une certaine aisance. Tel est, disons, le « cœur de cible » du lectorat. Mais ce n’est pas si mal vu, la société n’aime pas se voir critiquée ainsi et c’est dommage, le signe que sa jeunesse d’esprit s’en va, qu’elle se sclérose. La possibilité d’une île est à prendre au seconde degré, comme la jouvence de l’abbé Houellebecq.

ado ventre nu dans la boue

L’attrait de l’auteur, ce sont aussi les sentences, ciselées à la Flaubert. Elles font souvent mouche. Florilège :

« Il restait si peu de choses à observer dans la réalité contemporaine : nous avions tant simplifié, tant élagué, tant brisé de barrières, de tabous, d’espérances erronées, d’aspirations fausses ; il restait si peu, vraiment. » p.21

« Finalement, le plus grand bénéfice du métier d’humoriste et, plus généralement, de l’attitude humoristique dans la vie, c’est de pouvoir se comporter comme un salaud en toute impunité. » p.23

« La vie commence à 50 ans, c’est vrai ; à ceci près qu’elle se termine à 40. » p.25

« Lorsque je gagnais mon premier million d’euros (je veux dire lorsque je l’eus vraiment gagné, impôts déduits, et mis à l’abri dans un placement sûr), je compris que je n’étais pas un personnage balzacien. Un personnage balzacien venant de gagner son premier million d’euros songerait dans la plupart des cas aux moyens de s’approcher du second. » p.30

« Tu connais le journal où je travaille : ce que nous essayons de créer c’est une humanité factice, frivole, qui ne sera plus jamais accessible au sérieux ni à l’humour, qui vivra jusqu’à sa mort dans une quête de plus en plus désespérée du fun et du sexe ; une génération de kids définitifs. » p.37

«  Sa méthode de gestion du personnel : ne dire du mal de personne, en aucune circonstance, jamais ; toujours au contraire couvrir les autres d’éloges, aussi immérités soient-ils – sans évidemment s’interdire de les virer le moment venu. » p.40

« La reconnaissance artistique, qui permettait à la fois l’accès aux derniers financements publics et une couverture correcte dans les medias de référence, allait en priorité, dans le film comme dans les autres domaines culturels, à des productions faisant l’apologie du mal – ou du moins remettant gravement en cause les valeurs morales qualifiées de ‘traditionnelles’ par convention de langage. » p.51

« Quand l’amour physique disparaît, tout disparaît ; un agacement morne, sans profondeur, vient remplir la succession des jours. Et, sur l’amour physique, je ne me faisais guère d’illusions. Jeunesse, beauté, force : les critères de l’amour physique sont exactement les mêmes que ceux du nazisme. » p.74

« L’Espagne se rapprochait des normes européennes, et particulièrement anglaises. L’homosexualité était de plus en plus courante et admise ; la nourriture végétarienne se répandait, ainsi que les babioles New Age ; et les animaux domestiques, ici joliment dénommés ‘mascotas’, remplaçaient peu à peu les enfants dans les familles. » p.75

Pascal : « on sentait à le lire que les tentations de la chair ne lui étaient pas étrangères, que le libertinage était quelque chose qu’il aurait pu ressentir ; et que s’il choisissait le Christ plutôt que la fornication ou l’écarté ce n’était pas par distraction ni par incompétence, mais parce que le Christ lui paraissait définitivement plus ‘high dope’ ; en résumé, c’était un auteur sérieux. » p.82

« On ne peut pas dire que le communisme ait spécialement développé la sentimentalité dans les rapports humains : c’est plutôt la brutalité, dans l’ensemble, qui prédomine chez les ex-communistes – en comparaison, la société balzacienne, issue de la décomposition de la royauté, semble un miracle de charité et de douceur. » p.105

« Il habitait un pavillon à Chevilly-Larue, au milieu d’une zone en pleine phase de ‘destruction créatrice’ comme aurait dit Schumpeter : des terrains vagues boueux, à perte de vue, hérissés de grues et de palissades ; quelques carcasses d’immeubles, à des stades d’achèvement variés. » p.149

« La plupart des gens naissent, vieillissent et meurent sans avoir connu l’amour (comme des étiquettes sur la viande bovine) ‘né et élevé en France. Abattu en France’. Une vie simple, en effet. » p.174

« La différence d’âge était le dernier tabou, l’ultime limite, d’autant plus forte qu’elle restait la dernière, et qu’elle avait remplacé toutes les autres. Dans le monde moderne on pouvait être échangiste, bi, trans, zoophile, SM, mais il était interdit d’être vieux. » p.213

« Tout le monde s’était habitué à ce que les personnalités s’expriment dans les medias sur les sujets les plus variés, pour tenir des propos en général prévisibles, et plus personne n’y prêtait une réelle attention, en somme le système spectaculaire, contraint de produire un consensus écœurant, s’était depuis longtemps effondré sous le poids de sa propre insignifiance. » p.274

« Mes années de carrière dans le show-business avaient quelque peu atténué mon sens moral. » p.296

« L’élohimisme marchait en quelque sorte à la suite du capitalisme de consommation qui, faisant le la jeunesse la valeur suprêmement désirable, avait peu à peu détruit le respect de la tradition et le culte des ancêtres – dans la mesure où il promettait la conservation indéfinie de cette même jeunesse, et des plaisirs qui lui étaient associés. » p.356

Michel Houellebecq, La possibilité d’une île, 2005, Prix Interallié, Livre de poche 2007, 474 pages, €5.75

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Haruki Murakami, Underground

haruki murakami underground
Nous sommes en 1995. En janvier, le tremblement de terre de Kobe a déstabilisé un Japon entré en crise économique après l’explosion de la bulle immobilière au début des années 1990. Ce 20 mars au matin, le métro est bondé de travailleurs. Six lignes sont infectées de gaz mortel sarin contenu dans des poches plastiques enveloppées de journaux pour les dissimuler, que les terroristes percent à coups de parapluie avant de quitter la rame. Il y aura douze morts et plus de 5500 blessés.

Ces terroristes sont membres de la secte bouddhiste ésotérique Aum dont le chef, Shizuo Matsumoto, se fait appeler Shoko Asahara. Il croit l’apocalypse proche et utilise les techniques du yoga dans sa version guerrière tantrique du Vajrayana pour capter et séduire ses adeptes. Son objectif est de prendre le pouvoir à la faveur du chaos et relancer le monde par une humanité purifiée.

Haruki Murakami, romancier, revient de l’étranger où il a passé plusieurs années. L’accumulation des nuages sur le Japon (bulle boursière, tremblement de terre, attentats) l’incite à réfléchir sur sa culture et sur son peuple avec un regard trempé ailleurs. Il cherche en écrivain comment le processus littéraire peut compléter la sociologie trop aride et les médias trop complaisants envers le sensationnel. Lui reste au ras des gens. Il entreprend d’interroger durant toute l’année 1996 une soixantaine de victimes qui acceptent, sur les milliers recensées. Dans un second temps, en 1997, il interroge des adeptes de la secte Aum pour le magazine Bungei Shunju. Ces deux livres sont rassemblés en un seul pour la traduction étrangère, ce pourquoi le lecteur a entre les mains un pavé de 543 pages.

Mais il ne s’ennuie pas à la lecture. Il apprend beaucoup sur la société japonaise, ses peurs, ses obsessions, ses réactions. L’absence de transcendance nationale incite les faibles ou les intellectuellement angoissés à chercher refuge dans les groupes restreints. La pression de groupe lave le cerveau et éradique le moi, au point qu’obéir est une liberté choisie et chérie parce qu’elle dispense de se montrer responsable et de décider par soi-même. Ce sont souvent les plus diplômés et les mieux intégrés dans la société qui aspirent à la secte, par logique névrotique de résoudre toutes les contradictions et par souci de bâtir un monde meilleur où ne vivraient que les purs. La certitude de détenir la vérité permet de mépriser les non-membres, de les considérer comme des immatures ou des ordures, voire dans la version ésotérique de les faire passer dans l’autre monde pour leur bien !

Ne nous moquons pas des sectaires japonais : ils sont aussi normaux que vous et moi, acceptant seulement moins le compromis avec la réalité et avec les autres. « Nos » communistes et « nos fascistes » avant-hier, « nos » gauchistes hier, « nos » islamistes et « nos » extrémistes aujourd’hui ont ce même comportement sectaire de se croire purs, de connaître la vérité révélée, et de considérer les non-croyants comme des déchets qu’il faut rééduquer ou éliminer… Il n’est pas jusqu’à certains technocrates ou certains partisans socialistes ou écologistes qui ne soient atteints du même mal, en plus bénin. Toute crise économique engendre des doutes sur l’avenir et sur les valeurs, donc des comportements-refuge.

Chaque témoignage de victime met en avant le hasard de se trouver là au mauvais moment, contrairement aux habitudes qui faisaient partir plus tôt ou plus tard. Chacun met en cause les autres, indifférents, ou les autorités, paniquées et incapables d’organiser les secours ou même l’information. Seuls les agents en station sont efficaces, obsédés du travail bien fait. « A vrai dire, j’ai des doutes sur la capacité de la police et des pompiers – dit l’informaticien Ogata. (…) J’aimerais savoir ce qui se serait passé si on n’avait pas pris les choses en main nous-mêmes. D’accord, la police locale n’avait aucune expérience de ce genre de situation, mais elle a été presque inutile. On demandait aux flics à quel hôpital aller, et ils n’en avaient aucune idée » p.251.

L’information a été gérée en dépit du bon sens, sans aucune expérience de la première attaque à Matsumoto un an plus tôt, sans aucune initiative des échelons compétents. « Il n’y a pas au Japon de système rapide et efficace pour faire face à une telle catastrophe – dit le docteur Yanagisawa, chef de l’École de médecine de l’université Shinsu ; pas de chaîne de commandement claire. Ça a été la même chose pour le tremblement de terre de Kobe » p.328. Et pour le tsunami suivi de la catastrophe à la centrale nucléaire de Fukushima 18 ans plus tard !

Ce pays, comme le nôtre, ne sait pas apprendre. Le mal japonais est cette hiérarchie pesante qui empêche d’en référer et court-circuite toute information considérée comme « gênante ». Murakami commente : « Les institutions japonaises demeurent un cercle fermé au centre de multiples cercles fermés, hautement sensibles à l’idée de ‘perdre la face’ en public, et refusant donc d’avouer leurs erreurs et de les exposer à ‘l’extérieur’ » p.353. Murakami ne peut s’empêcher de penser à l’expédition coloniale japonaise en Mandchourie, en 1932, qui a abouti à une catastrophe de grande ampleur – pour les mêmes idéaux logiques de pureté et de vie nouvelle. Et qui n’a RIEN appris sur elle-même à la société japonaise ; elle croit que toutes ces déviances sont du passé qu’il suffit d’ignorer – alors qu’elles sont inscrites en elle-même.

Plus qu’ailleurs peut-être, le Japon est fragile de sa structure sociale maternante, qui laisse trop seules les personnalités d’exception, trop intelligentes, inquiètes ou hors normes. Fragilité des êtres et fanatisme font bon ménage dans la psyché : ce n’est pas le film Le ruban blanc, montrant toute la rigidité de la société luthérienne allemande avant la guerre de 14 qui peut le contredire : il a porté le nazisme en germe.

Le libéralisme de la pensée, des mœurs et des initiatives est aux antipodes de ces structures mentales carrées, logiques et écrasantes, qui conduisent au sentiment d’être unique, pur et voué à dominer…

Haruki Murakami, Underground (1997), traduit du japonais par Dominique Letellier, 10-18 2014, 543 pages, €8.65

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Chacun pour soi en Polynésie

Ici, la chasse continue, pas de trêve pour les pakaloculteurs, les dealers de paka (cannabis en français). L’État poursuit en hélicoptère tout ce qui pourrait ressembler à une culture outdoor, indoor ! Un tuyau d’arrosage sur un toit, un drum dans une cour, rien n’échappe aux yeux des militaires. Ceux de l’hélico préviennent ceux qui sont en bas et qui alors se précipitent dans les fare, les jardins. C’est rôdé. Les contrevenants pourront bientôt faire le tour de l’île en se tenant par la main.

vahine seins nus palme

Un thonier, retour de pêche, s’est échoué sur le récif de la Pointe Vénus à Mahina. Le remorqueur du port était venu le tirer de sa mauvaise position. Hélas ! La corde a cédé, il est resté avec sa cargaison sur le récif pendant trois jours. N’écoutant que leur « bon cœur » des habitants de Mahina (plusieurs dizaines) étaient venus prêter main forte aux professionnels, au cas où « ils auraient des affaires à débarquer ». Quel bon cœur ! Les cales étaient pleines, le thonier revenait d’une pêche. Un membre de l’équipage conclura : « les gens sont venus pour avoir du poisson (gratis !) et après, beaucoup sont partis ». Donc, pas de bon cœur mais intéressés ? Mince alors !

Une visite protocolaire pour respirer l’air de la Polynésie. Avec tous ces Chinois qui viennent faire des études, encore des études, pour le poisson, les routes, le port, la piste d’atterrissage, coucou, revoilà les Américains. Là aussi du beau monde avec l’amiral Harry B. Harris, commandant la Flotte du Pacifique. C’est bien normal, non ? Ce sont nos alliés et il vaut mieux que l’on voit de visu ce qui se passe à Tahiti. Dans le Pacifique, il y a beaucoup de Chinois, alors, allons faire une petite visite à Gaston Flosse et en passant saluons l’amiral Cullerre. Il s’agissait de renforcer la coopération militaire avec la France dans cette zone stratégique.

Le personnel navigant de la compagnie au tiare apprend le mandarin car l’on attend des milliers de visiteurs chinois ici au fenua, alors autant bien l’accueillir, non ? C’est un professeur de l’institut Confucius qui est venue spécialement enseigner quelques rudiments de mandarin au personnel commercial d’ATN. On a l’impression que chaque semaine débarque une kyrielle de Chinois pour des projets sino-polynésiens, cette clientèle est exigeante, très exigeante et il faudra être au top pour la servir. Zai jian.

Une nouvelle académie pour préserver les savoirs traditionnels polynésiens. Belle idée, mais sera-t-elle suivie d’effets ou est-ce simplement encore une de ces idées creuses qui germe régulièrement et s’évanouisse aussitôt ? Il faut conserver, valoriser les savoirs ancestraux mais pas pour la période des élections seulement mais sur le long terme avec des gens capables.

Aux jardins d’eau de Vaipahi à Mataiea, un adolescent fait une chute mortelle en cueillant des ramboutans. Ce jardin est un site touristique géré par le service du tourisme. Des ados en mal d’occupation viennent y traîner leur mal être, à vélo bien que défendu, s’attaquent aux arbres fruitiers, ça aussi défendu, mais que leur importe les avertissements, les mises en garde jusqu’à ce malheureux accident. Incivisme quand tu nous tiens.

La vallée de la Punaruu est défigurée par les déchets, là encore incivisme. Des individus viennent la nuit se débarrasser d’ordures, de déchets car dans certaines communes il n’y a pas de solutions au traitement de ceux-ci alors, on vient déposer là on l’on trouve de la place ! Ni vu, ni connu.

Au fond de la presqu’île, après Teahupoo plus de route mais une passerelle pour rallier le Fenua Aihere. Les voitures franchissent un « gué » quand la rivière le permet sinon c’est le pont des piétons. En période d’élection le sujet est à nouveau sur la table : pont ou pas pont automobile ? Ca occupe les langues. Certains proposent de demeurer avec la passerelle. D’autres voudraient un pont automobile mais réservé aux seuls habitants du Fenua Aihere et aux touristes ! Là encore on attendra… mais on attendra quoi ?

Hiata de Tahiti

A Paris, le Bureau du Sénat a examiné le 2 avril 2014 la demande de levée de l’immunité parlementaire du sénateur Gaston Flosse. Il a décidé par 12 voix pour, les 9 autres membres présents ne prenant pas part au vote, d’accéder à la demande de Mme Christiane Taubira, Garde des sceaux, Ministre de la justice, portant sur la possibilité d’un placement en garde à vue et, dans l’hypothèse d’une mise en examen du sénateur, sur une mesure de contrôle judiciaire. – Argoul

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Donna Leon, La femme au masque de chair

donna leon la femme au masque de chair

Où l’on découvre Venise en hiver, la neige donnant une lumière inédite aux rues sales et mettant un sourire aux gens. Où l’on en sait un plus sur les beaux-parents du commissaire Brunetti, aristocrates fortunés qui ne désirent rien tant qu’être respectés et aimés. Où l’on explore l’un des innombrables scandales d’une Italie gangrenée par la mafia, étouffée par la bureaucratie et mal gouvernée par les politiciens accros au fromage public.

Donna Leon est américaine et n’aime rien tant qu’exposer la corruption, l’affairisme et la combinazione italienne. Ce qui, peut-être, dédouane les États-Unis des mêmes maux. Rien de tel que dépayser l’histoire pour parler de soi : comment peut-on être Persan ? Nous voici donc embarqués sur la lagune dans un trafic de déchets hautement toxiques, entreposés à Marghera. Mais le fin mot ne nous sera pas donné parce que l’histoire reste centrée sur une femme superliftée. Une bimbo qui ne voulait pas vieillir et s’est fait tout refaire ? Non pas…

Malgré son beau mariage et son aisance, la corruption italienne la rattrape elle aussi. Un dentiste qui n’est qu’un prothésiste lui ravage le visage. Il n’est même pas condamné et reprend ses activités comme si de rien n’était. Bureaucratie, amnistie, méandres des relations… Sauf qu’il existe une « justice » – expéditive – celle de la mafia. Et que le trafic de déchets, les affaires du mari et le sort de la femme se retrouvent liés sans qu’aucun ne le veuille. Nous sommes dans Ovide où la femme s’appelle Lucrèce.

Brunetti aime à lire ces vieux Romains, qui lui donnent des lumières sur l’Italie de son temps. Sauf qu’il songe à demander un ordinateur dans son bureau ! Nous sommes un peu moins dans la famille cette fois-ci, constatant simplement que Raffi et Chiara grandissent, adolescents classiques en colère et écolos. Paola est toujours aussi subtile et son balourd de mari lui en sait gré. Patta le vice-questeur reste paonnant et la signora Elettra sa secrétaire, combinarde – pour la justice, bien sûr.

Les histoires se renouvellent mais le lecteur (français) regrette cependant que les déchets toxiques soient laissés tranquillement dans leur entrepôt, comme si cela ne concernait en rien la loi. La femme superliftée passe avant. Peut-être parce qu’elle incarne la métaphore de l’Apparence ? About face en anglais, garde le sens de « la face » en français quand on parle des Chinois. Quelque chose entre l’honneur et le paraître, le rôle à jouer devant les autres et la légalité formelle d’une société. Tout se passe comme si… Venise, patrie du théâtre et des masques, n’est pas dupe ; elle connaît la vraie vie sous les ors et les oripeaux.

« Il ne s’est rien passé » est la leçon du livre. Non sans quelques victimes collatérales.

Donna Leon, La femme au masque de chair (About Face), 2009, Points Seuil janvier 2013, 345 pages, €7.22

Les autres livres de Donna Leon chroniqués sur ce blog.

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Plein d’idées de tourisme en Polynésie

Le président-ministre du tourisme du gouvernement de la Polynésie française a lancé une idée fabuleuse. Encore une me direz-vous ? Attendez de lire la suite. Il a pour objectif 500 000 touristes mais seulement 165 000 touristes ont visité le fenua en 2011. « Oscar Temaru, Mayor of Faa’a, welcomes you to Tahiti Nui! Haere mai i te fare ! Bienvenue à la maison!”. Cela fait sensation. Cette idée géniale de l’hébergement chez l’habitant à titre gratuit des touristes venant au fenua… plairait certainement aux étrangers mais fait déjà grincer les dents les hôteliers, les pensions de famille.

D’après Oscar Tane, les touristes fortunés continueraient d’aller dans les hôtels, certains pourraient même aller dans des pensions. Imaginez quel échange culturel. Et les autres ? Ben ils iront dans les favelas d’Outumaoro. D’après le président-ministre du tourisme, c’est une idée formidable pour le brassage culturel, la culture accessible pour tous et donc GRATUITE. Un bémol peut-être pour le remboursement du billet d’avion, le ministre réfléchit encore. Encore et toujours plus d’idées novatrices et miraculeuses du golf (faire partie du circuit mondial) et le semi-marathon (comme à Hawaï)… arrêtez !  Je n’ai plus de place pour mes ragots. Et pourtant la mère cancans, c’est moi !

Longtemps, l’activité économique de nombreux atolls des Tuamotu a reposé sur l’exploitation des cocoteraies et la culture du coprah. Les insulaires pouvaient vivre grâce aux cocotiers qui leur fournissaient un revenu. Cela a duré pendant de longues années. Puis l’activité perlicole  a supplanté cette unique source de revenus. Aujourd’hui, on manque de bras pour entretenir les cocoteraies, c’est trop dur, il est nécessaire d’avoir un bateau pour entretenir les cocoteraies des motu, alors on exploite seulement les cocotiers du village et puis  il est plus facile d’aller à Tahiti vivre auprès de la famille et planter du pakalolo (cannabis). Un grand nombre de fermes perlières ont fermé, l’activité dans les cocoteraies a repris. Il ne faut pas qu’elle disparaisse, que les îliens ne viennent pas s’entasser dans les favelas de Faa’a. Mais qui prendra la décision de se saisir de ce problème à bras le corps. Qui trouvera ou tentera de trouver des solutions ? Pas de réglementation, manque de formation, de valorisation, d’accompagnement des générations futures.

Notre président–ministre fourmille d’idées certes, mais celle-ci vient de Nouvelle-Calédonie : « L’agro-tourisme ». Les représentants calédoniens de « Bienvenue à la ferme » sont venus en Polynésie à l’invitation de la Chambre d’agriculture. Ils ont identifié un « fort potentiel » qui devrait inspirer la création d’un réseau polynésien similaire avec des spécificités, comme par exemple la pêche lagonaire. Mais attendez un peu que les volontaires aient fini de nettoyer le lagon. Pardon ? Mais que croyez-vous que fassent ces volontaires, ils retirent tout le fatras  que les Polynésiens ont jeté dans « leur garde-manger » : pneus, frigos, roues de voitures, machines à laver, jouets d’enfants, ferraille, remorques, etc, etc. Cela fait à chaque fois plusieurs tonnes de déchets. Si en Nouvelle-Calédonie, cette expérience est une réussite, qu’en sera-t-il ici malgré le dévouement d’Henri Tauraa, le Président de la CAPL. Les conseils des Néo-Calédoniens ont été « regroupez-vous ». Moi, la langue de vipère, je me demande si le terme « se regrouper » appartient au vocabulaire polynésien. Vous reconnaitrez que je ne suis pas polyglotte, et avec l’âge, cela empire ! Pardon Henri.

Comment faire face à l’incivisme ? Dix ans déjà que la Polynésie est classée sanctuaire des baleines. Des règles sont édictées, sont-elles connues, sont-elles appliquées ? Il faudrait que très rapidement la justice et les forces de l’ordre passent à la vitesse supérieure. On a édité des brochures pour informer les « voyeurs «  de baleines. Où se placer par rapport à l’animal et à son petit, règlementation des sonars, tout est simple. Et pourtant ! Le 7 octobre certains n’ont pas hésité à monter à califourchon sur des baleines. Qu’attend-on pour sévir, attaquer le portefeuille des contrevenants, ça c’est parlant. Les baleines viennent mettre bas dans les eaux polynésiennes, les baleines viennent se reproduire dans les eaux polynésiennes. Ne sont-elles pas des cadeaux ?

Hiata de Tahiti

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