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Qu’a fait le président Hollande ?

La croissance française s’est établie à +1.1% sur 2015, elle pourrait être un peu meilleure en 2016 avec le faible regain de consommation des ménages. Mais on note un net ralentissement de la productivité en France depuis la fin des années 1990, ce qui augure assez mal de l’avenir.

La croissance de la productivité horaire a ralenti régulièrement : de plus de 5 % par an dans les années 1950-1960, réduite à 3-4 % dans les années 1970, puis à 2-3 % dans les années 1980, entre 1,5 et 2 % dans la décennie 1990, elle est passée sous la barre de 1 % à partir de 2008. L’heure de travail est de moins en moins productive car les entreprises (et administrations !) françaises ne sont pas vraiment entrées dans l’ère numérique. En 2014, seules 63 % des entreprises disposaient d’un site web (+ de 75 % dans la plupart des économies avancées et 90 % dans les pays nordiques) ; seules 17 % des entreprises utilisent les réseaux sociaux pour leurs relations clients, contre 25 % en moyenne dans l’OCDE.

Quant au renouvellement du tissu productif (aider la nouveauté, pas « sauver » l’obsolète) il se fait trop lentement, beaucoup de freins l’empêchent : syndicats d’autant plus revendicatifs que peu représentatifs, manifs pour défendre les avantages acquis, lâcheté politique sur l’intérêt « général », byzantinisme juridique sur la création d’entreprise, le travail, le licenciement. La population active n’est pas assez qualifiée, notamment dans les technologies de l’information, et dans le même temps la formation professionnelle est laissée à des « partenaires sociaux » jaloux de leur rente sur la taxe obligatoire, et d’autant plus opaques qu’ils sont inefficaces. Les entreprises les plus productives ne sont pas encouragées par les règlements, obligations, charges et autres normes plus strictes que les Directives européennes ne le demandent. Pourquoi le SMIC serait-il égal dans Paris au fin fond de la Corrèze ? Le coût de la vie serait-il le même ? Si l’on s’étonne de la « désertification » des campagnes et lieux isolés, voilà une explication : faire travailler quelqu’un, notamment dans les services, est « trop cher » pour ce qu’il produit dans certains endroits.

L’échec du droit du travail actuel en termes d’efficacité économique et de protection des travailleurs est clair : complexe, inintelligible, faisant l’objet de l’intrusion détaillée du juge. Pourquoi embaucher si la rentabilité du poste n’est pas assurée ? Plutôt payer des heures supplémentaires aux inclus que de devoir licencier des entrants plus tard superflus. Cette réforme du code du travail est contrariée par l’idéologie, le syndicalisme qui ne représente pas l’intérêt général mais uniquement celui des syndiqués en majorité fonction publique, la politique tacticienne, et l’absence des indispensables accompagnements que sont la formation professionnelle et la réforme juridique du droit du travail.

Car le coût de l’emploi en France n’a rien de « normal » au vu des autres pays européens : il est grevé de taxes obligatoires plus fortes que les autres, commençant au SMIC – niveau bien trop élevé pour la qualification de la plupart -, obéré de freins administratifs et d’œillères sur les Zacquis. Le drame des taxis révèle l’inertie bête dans toute son ampleur : le rapport Attali l’avait pointé dès 2007, la profession est menacée par la montée des métiers issus des technologies du numérique. Que croyez-vous que les taxis firent : RIEN ! Ils attendent même « du gouvernement » qu’il mette en place une plateforme informatique qu’ils ont été INCAPABLES de créer eux-mêmes – et qu’ils leur remboursent une « licence » qui n’a jamais été légale !

Batiment sous Hollande

Les politiques dites « structurelles » visent à modifier les règles de fonctionnement de l’économie, notamment le juridique ou le fiscal pour augmenter la croissance possible, encourager l’emploi, favoriser l’égalité sociale.

  • La croissance : à part vendre des Rafales aux musulmans intégristes d’Arabie et du Qatar, qu’a fait le Président ? RIEN – sauf augmenter massivement les impôts pour les entreprises et les ménages, nommer Duflot, une écolo sectaire au Logement, ce qui a accentué la tentation de l’attentisme et du repli de ce secteur pourtant très créateur d’emplois peu qualifiés – justement ce qu’un gouvernement devrait encourager !
  • L’emploi : avant Hollande, la hausse du SMIC a réduit l’accès à l’emploi des moins qualifiés que les allègements de charges ont à peine compensés. Le statut d’autoentrepreneur et les emplois aidés n’ont pas encouragé la qualification mais au contraire fait baisser les rémunérations, tout en permettant en contrepartie à des non-qualifiés de travailler. Quant aux 35 h, elles ont clairement augmenté la productivité horaire… mais seulement de ceux qui travaillent, réduisant la productivité globale par découragement de l’embauche (sauf dans la fonction publique… ce qui obère les finances de l’État). Qu’a fait le Président ? Il a décidé bien tard le CICE, après avoir grevé les entreprises de 30 milliards d’impôts en plus. Et il n’ose pas toucher au sacré des 35 h, malgré les coups de sonde d’Emmanuel Macron.
  • Les impôts : leur prélèvement exige transparence et forte lisibilité pour qu’il soit compris et accepté. Qu’a fait le Président ? Presque rien (à part les augmenter), surtout pas la fameuse réforme qu »il avait promise et que tout le monde attend – et regretté d’avoir fait trop légèrement confiance au menteur Cahuzac comme ministre… du Budget !
  • Le système financier : il exige la confiance, donc des règles propres à lui éviter la tentation de la cupidité ou du risque excessif. Qu’a fait le Président ? Presque rien sur la taille des banques, les politiques prudentielles visant à limiter la prise de risques excessifs, l’orientation des financements vers les activités productives – malgré un discours de matamore sur « mon ennemi la finance ». Quelle velléitaire ! Ou quel naïf.

Se tromper sur ses collaborateurs et se hâter avec lenteur semble être la norme hollandaise, qui n’a semble-t-il pas pris la mesure des cinq années de son mandat. Il en est resté au double septennat Mitterrand, son grand modèle, et à sa maxime d’avant l’ère numérique : « laisser du temps au temps ». Or le risque d’une société puissamment méritocratique comme l’est la société française est de déconsidérer absolument les perdants. Les classes moyennes sont attachées plus que les autres à cette utopie que le mérite permet d’arriver. François Hollande a perdu son pari sur le chômage et a omis d’honorer la plupart de ses (trop souvent démagogiques) promesses de campagne : il est donc déconsidéré. Pire : l’hypocrisie de ses communicants qui amusent la galerie sur le mariage gai, la déchéance de nationalité et la réforme de l’orthographe, est nettement contreproductive. La ficelle tacticienne est trop grosse. Se perdre dans les futilités alors que de graves problèmes demeurent sans solution ?

Il n’est donc pas étonnant à ce que le baromètre politique TNS de février voie s’effacer le regain de popularité de Hollande et Valls après les attentats. Pour François Hollande, le recul de la confiance est un peu plus important chez les sympathisants de gauche que parmi ceux de droite. Même chose pour le Premier ministre. Les qualificatifs appliqués à Marine Le Pen dans un autre sondage TNS Le Monde-France Info-Canal + en février 2016 profilent en creux ceux qui semblent manquer à François Hollande, actuellement en charge de conduire la nation : « volontaire », « capable de prendre des décisions », « comprend les problèmes quotidiens des Français ». Même si 65% des citoyens jugent « non probable » la victoire de Marine à l’élection présidentielle 2017.

liberaliser economie sondage 2015

Les Français veulent des ACTES, pas du blabla idéologique (c’est valable autant à gauche qu’à droite). D’où le repli sur les valeurs sûres – y compris à gauche. On ne « défend pas assez les valeurs traditionnelles en France » pour 73% des interrogés (61% de gauche). Pour 70% « la justice n’est pas assez sévère avec les petits délinquants » (57% de gauche) – souvent immigrés ou descendants d’immigrés : il y a trop d’immigrés en France » pour 54% (35% de gauche). Cette position vis-à-vis de la « croyance » en ce « trop d’immigrés » ou descendants d’immigrés marque le vrai clivage gauche-droite en cette période. Naïveté ? Humanisme ? Effet bobo ? Les intellectuels, parisiens et professions supérieures – qui votent le plus à gauche – sont en effet peu en contact avec l’immigration, vivant dans des quartiers préservés, mettant leurs enfants dans des écoles réservées, suivant un cursus social d’entre-soi. Ils vivent donc plus que les autres dans l’illusion de l’Homme générique transfrontières, « naturellement bon », qu’il suffira d’intégrer au travail pour que tout aille pour le mieux dans le meilleur des mondes possible.

En face, Nicolas Sarkozy perd 4 points (21%), il recule surtout chez les sympathisants LR (51%) alors qu’Alain Juppé stagne, bien qu’en tête du classement. S’il reste le moindre mal à droite, son âge, sa stature à la Chirac dont il a été le dauphin, et le souvenir du « droit dans ses bottes » qui l’a balayé en 1997 ne donnent pas une image très dynamique de sa candidature. Place aux jeunes, à la nouveauté, à l’initiative.

Si Alain Juppé veut faire gagner la droite, sa campagne devra se focaliser sur le renouvellement de la classe politique autour de lui, notamment la promotion d’autres profils que les copains et autres requins assez vus du RPR devenu UMP puis LR. Il devra aussi offrir un équilibre entre l’aspiration au « lâchez-moi les baskets » des Français (qu’on appelle ailleurs le libéralisme politique et social – voir le sondage Banque de France ci-dessus illustré) et l’exigence d’État, celui-ci réduit à ses fonctions régaliennes.

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Chercher des sous à Tahiti

Nouvelle de « l’hôpital » de Taravao : d’après le ministre de la santé Patrick Howell, le centre médical de Taravao aurait reçu l’appellation « hôpital » par les Anciens de la commune. Depuis ce nom est resté. Comme les Anciens sont tous morts… Il n’y aura pas de procès, mais c’est quand même leur faute à eux, les Anciens ! Le ministre indique qu’un véritable hôpital dispose de trois types de services : médecine, chirurgie et obstétrique. À Taravao il n’y a que le service médecine.

En juillet dernier, trois des quatre urgentistes de ce centre médical avaient démissionné. Aucune réponse de potentiels urgentistes à l’appel de recrutement – et pour cause ! Les candidats veulent aligner leur salaire sur celui des urgentistes du Taaone de Pirae. Or le ministre considère que Taravao n’est pas un hôpital donc pas d’égalité de traitement. Il précise même que les Urgences restent « un service d’accueil », on reçoit les patients et on les prépare… à éventuellement prendre la route, l’unique, longue de 60 km, surchargée, pour au grand minimum une heure toutes sirènes hurlantes ! Bah ! les cul-terreux de la presqu’île n’ont qu’à faire attention, et ne pas avoir d’accident, ni attraper de maladies.

gauguin nativite

Le musée Gauguin rouvrira ses portes en juin 2016, au plus tôt. Quelle bonne nouvelle ! Il avait été toiletté depuis 2007 par légères touches, puis fermé en 2013. Le pauvre musée est l’innocente victime des changements de gouvernements, des projets foireux, des désaccords sur les missions qu’il devrait assurer. Un espoir ? Peut-être. Là aussi on joue sur les mots à mon avis. Ce fut d’abord un mémorial, mais cela n’attirait pas les touristes. Alors va pour « le » Musée Gauguin. Un sérieux coup de pouce de la fondation Singer Solignac, une salle avec des œuvres originales qui s’ajoutait aux quatre espaces existants. Alors on ressort truelles et marteaux, pour la bonne cause, le tout accompagné de pépettes bien sûr (on parle de 92 millions de XPF) et en juin 2016, par ici les touristes ! Manava (mes entrailles), soyez les bienvenus ! Surtout que le Conseil des ministres a adopté un arrêté adaptant les conditions de la licence de transport touristique à l’exploitation des « petits trains routiers » pour des circuits en ville.

timbre tahiti

Le tarif postal local augmente en novembre. Pour une lettre de moins de 20 gr il faudra payer 80 XPF au lieu de 75 XPF. Évolution aussi du système de taxation des colis privés. Les importations non commerciales seront bientôt taxées en fonction du lieu d’achat à défaut de la présentation de la facture. Exemple : un sac fabriqué en France mais acheté par le voyageur aux USA sera taxé forfaitairement à 30%. Une tablette informatique achetée en France mais fabriquée dans un pays non originaire de l’UE sera taxée au taux de 20%. J’ai l’impression qu’on cherche des sous, non ?

Hiata de Tahiti

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Populisme tahitien

L’OPH (Office polynésien de l’habitat) doit rembourser un emprunt de 834 millions avant le 1er décembre 2014, emprunt contracté en 2006. Aïe. L’objectif était alors de financer en partie deux lotissements sociaux dont les locataires devaient avoir la possibilité d’accéder à la propriété en 2014, permettant à l’OPH d’amortir l’emprunt. Sauf que ces familles n’avaient qu’un revenu modeste et étaient incapables financièrement de régler la note finale. Bah ! Y a qu’à faire payer ceux qu’ont des sous : les nantis ! C’est sûr, la crise financière est passée par là (en fait la crise, elle a bon dos !) certains ménages ont perdu leurs revenus, certains locataires seraient « malhonnêtes », et puis la politique du gouvernement Temaru (indépendantiste) disait alors « vous ne devez plus payer vos logements », l’OPH pour sa part n’a pas forcé pour recouvrer les loyers. Conclusion, ce gouvernement pense proposer une convention avec un nouvel opérateur… PRIVE !

OCT 2014

Les engins de la mairie remblaient la lagune avec des déchets. Hip hip hip hourrah ! En voilà une bonne idée du maire de Maupiti. Pas d’étude d’impact, colère des riverains. Il semble que le nouveau tavana (maire) ait prêté une oreille attentive aux conseils de l’ancien tavana. Il s’agissait de remblayer la lagune proche de la plage de Tereia avec les déchets les plus anciens enfouis au dépotoir, imaginant qu’ils étaient suffisamment décomposés pour être redevenu terre… Ces décisions hâtives font trembler certains habitants de cette petite île. Normalement toutes les surfaces où passe et passait (remblais sur le lagon) l’eau salée (plage, lagune) ou douce (rivière, lac) sont du domaine public géré par le ministère de l’Équipement. Il peut en concéder l’usage sans dispenser pour autant les bénéficiaires de demander des autorisations pour modifier le site. Apparemment, le tavana ne s’est pas exécuté !

EDT (l’EDF ma’ohi) veut faire imposer les autoproducteurs d’énergie : elle propose donc aux communes de créer une nouvelle taxe ! (encore une). Cette taxe serait destinée aux administrés qui produisent de l’énergie grâce aux panneaux photovoltaïques et groupes électrogènes notamment. La démarche d’EDT ne semble pas désintéressée, d’abord casser le marché du photovoltaïque et obliger ces adeptes à se fournir exclusivement chez EDT et par ailleurs il s’agirait pour EDT de se garantir la fidélité des maires et éviter qu’elles soient, un jour, tentées de se brancher chez un éventuel concurrent puisque l’ouverture à la concurrence serait dans les maroquins du gouvernement. Ha ! Ha ! Les coquins !

verocapo tahiti

Mais voilà qu’à l’Assemblée nationale le débat sur la loi de transition énergétique arrive à point nommé ! Vous savez que l’électricité vendue aux consommateurs en Polynésie est la plus chère au monde (2 voire 3 fois plus chère qu’en France métropolitaine…) Le pays (Polynésie française) est toujours en quête de sous, de subventions. Bien que jouissant d’un statut d’autonomie interne, le pays souhaiterait ardemment bénéficier de la CSPE. Ce fond métropolitain permettrait de faire baisser la facture d’électricité et d’aider à la transition énergétique. La députée Marina Sage souligne que ce dispositif pourrait permettre de diminuer d’environ 50% notre facture d’électricité. Le nouveau gouvernement d’Édouard Fritch prête une oreille attentive et contribuerait pour 1 milliard de XPF à la CSPE qui pourrait reverser 12 milliards de XPF au nom du principe de péréquation. Ha ! Ha ! Voilà qui est intéressant.

Et ça vient de sortir : « Le nouveau gouvernement de la Polynésie française souhaite à présent, après plus de 50 années ininterrompues de concession, faire une remise à plat globale des concessions de service public. Les coûts non maîtrisés de l’énergie électrique de ces dernières années, sont en effet, devenus un frein à un réel développement économique. » Extrait du rapport du gouvernement établi pour le débat d’orientations budgétaires…

Hiata de Tahiti

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Élections : le cave se rebiffe

Ce n’est pas en soi « la gauche » qui a été rejetée par les électeurs ces deux dimanches de municipales, ni vraiment « le président » ou peut-être « sa politique » – c’est bel et bien le socialisme à la française et l’indigence de son parti.

Le socialiste est trop souvent content de soi, sûr de son bon droit « progressiste », animé d’une foi aveugle en sa « mission » d’émancipation des Lumières et d’égalitarisme révolutionnaire féministe. Comme tous les croyants, il n’écoute pas ; comme tous les prêtres d’une quelconque religion, il est sûr de détenir le vrai, donc de savoir mieux que « le peuple » ce qui est bon pour lui. Aujourd’hui comme hier, « le peuple » infantilisé, méprisé, ignoré se venge : il vote avec ses pieds. Hier contre le socialisme de l’Est lorsque le mur de Berlin est tombé, aujourd’hui contre le socialisme municipal, cette exception française qui a façonné le parti.

francois hollande rit

Missionnaire, le socialiste remplace le peuple par l’image idéale qu’il s’en fait : celle du troupeau sous la houlette de son berger, des poules en poulaillers protégées du « renard » par l’État fermier, pater familias macho, autoritaire et propriétaire. Mais l’État ne remplit plus ses promesses, ayant trop promis et trop prélevé, désormais obèse des structures empilées et impuissant de moyens essoufflés. Malgré les impôts en hausse pour tous, y compris pour les plus modestes, y compris sur les mutuelles santé, le déficit (4,3% du PIB) et la dette publique (93,5% du PIB) continuent de croître, dépassant l’objectif que s’était même fixé le gouvernement pour 2013. A quoi bon payer toujours plus, si c’est pour le gouffre de la gabegie administrative et des ayants-droits qui sont toujours les autres ?

Aucun électorat n’est captif, pas plus celui des prolétaires que celui des Français issus d’immigrés, pas même celui des profs… A trop caqueter contre le renard fantasmé de la finance tout en se couchant devant les puissances réelles qui font marcher l’économie et assurent les fins de mois de l’État, on perd son crédit. A trop valoriser les comportements marginaux sans prendre en compte la sensibilité populaire sur le fondement social de la famille et des enfants (plafonnement des allocations, mariage gai et lesbien, théories sur le genre à l’école), les bobos parisiens des ministères ont braqué non seulement la province restée catholique, mais aussi les Français issus de l’immigration sur leurs convictions religieuses, et encore leur volonté d’être conformes et de s’intégrer à une société sûre d’elle-même.

Impuissant à faire encore rêver, le socialisme du terrain croit emporter le peuple dans « le progrès » – sans rien changer dans l’économie. Il est pour ces intellos le nomadisme multiculturel, la redéfinition perpétuelle de soi et le zapping opposé à tout enracinement identitaire au profit d’une valorisation a priori du métissage, d’un antiracisme qui apparaît comme la tare des seuls Blancs, une repentance pathologique. Le Paris d’Hidalgo contre le désert français. Ce que propose le socialisme est, au fond, la haine de soi, l’ouverture aux autres se réduisant à se fondre dans l’ailleurs plutôt que de s’enrichir aux contacts. Le peuple en ses profondeurs refuse cette mentalité d’esclave, unique en Europe.

elections paris hidalgo

Tout se passe comme si le socialisme s’était coulé dans le catholicisme pour reproduire sa religion, son église et son sectarisme moral. Chasser les marchands du temple, encourager à tout quitter pour suivre le maître qui promet le Progrès, déraciner les militants pour leur faire parler toutes les langues et les envoyer partout dans le monde porter les leçons, imposer ce qui doit être pensé, ce qui peut être dit, ce qu’on doit enseigner – certain de sa bonne conscience – il faut écouter ce refrain sans cesse ressassé dans les médias que c’est toujours « de la faute des autres » si la Cité de Dieu n’advient pas. Thierry Pech, directeur de Terra Nova, a le poli sympathique de l’intellectuel modéré mais son discours reste dans la croyance que tout est de la faute à l’euro fort, à la Banque centrale européenne, à Angela Merkel, à « l’austérité » imposée à la dépense publique. Comme s’il suffisait de recommencer comme avant, sous la vieille gauche 1981, à dépenser, augmenter autoritairement les salaires, travailler encore moins que 35 h, réglementer encore plus, donner encore plus de « droits » pour que – miraculeusement – les capitaux affluent, l’investissement reprenne, les entrepreneurs innovent, les emplois fleurissent. Est-ce un hasard si le chômage augmente, si les jeunes bien formés s’expatrient, si le logement s’écroule et que les impôts rentrent moins ? N’est-ce pas plutôt parce que les ministres (depuis 2 ans au pouvoir) ont insulté les entrepreneurs, pigeonné les créateurs, réglementé les bailleurs, taxé la production et un peu plus tout travail ?

Sociologiquement issu des classes populaires en ascension scolaire, fraction de petit-bourgeois ambitionnant d’égaler les grands bourgeois par la méritocratie élective, le parti est devenu de plus en plus hermétique, entre copains intellos qui discutent interminablement et se tirent dans les pattes. L’électeur a du mal à cerner la vision socialiste de la société dans la valse des grandes promesses suivies de petites politiques inverses, dans « les efforts » demandés à tous qu’on ne restitue qu’à quelques-uns : les minorités sexuelles ou ethniques, les grandes entreprises, les syndicats majoritairement composés de fonctionnaires, les mauvais payeurs locatifs et ainsi de suite.

De plus en plus âgés et provenant en large majorité du secteur public, les militants et les élus socialistes ne représentent pas les Français en leur diversité. Non seulement l’électorat socialiste est volatil, mais de larges fraction du peuple ne votent plus ou contre lui, aux extrêmes, surtout à droite. Marine Le Pen a su valoriser l’État-nation autoritaire et protecteur que Sarkozy a incarné un temps mais que le Louis XVI au pouvoir a laissé tomber au prétexte d’être « normal ».

Les exclus des prébendes, les effrayés du monde, les non-intellos se sont vengés dimanche. On peut mépriser le cave, quand on est du Milieu et spécialiste de la fausse monnaie électorale. Mais un jour il se rebiffe…

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Socialisme ou dynamisme

« Le souverain étend ses bras sur la société tout entière ; il en couvre la surface d’un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les esprits les plus originaux et les âmes les plus vigoureuses ne sauraient se faire jour pour dépasser la foule ; il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige ; il force rarement d’agir, mais il s’oppose sans cesse à ce qu’on agisse ; il ne détruit point, il empêche de naître ; il ne tyrannise point, il gène, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger ». Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, partie IV chapitre VI, décrit parfaitement les effets du socialisme.

alexis de tocqueville de la democratie en amerique bouquins

Le socialisme jacobin veut enserrer la société tout entière dans les rets du moralisme et du service collectif par une suite de lois, règlements, décrets et directives qui n’ont pour but que d’administrer les choses, sans jamais les créer.

  • Créer, au contraire, est vu avec méfiance, sauf dans la culture si elle célèbre les valeurs de gauche – et dans le sport où la compétition internationale dispense de morale (mais que l’équipe nationale perde et elle est vite traitée de « racaille » – le moralisme renaît aussitôt).
  • Créez une entreprise, vous serez aussitôt taxé, forcé de payer par avance URSSAF, Unedic et charges, obligés à paperasser à l’infini sur les bénéfices, la TVA, les statistiques et ainsi de suite. Créez des emplois, ce sera pire…
  • Créez une association ou un mouvement politique et vous serez approché et subventionné ou rejeté et contrôlé, selon votre seule proximité avec « le socialisme ».

Tout cela est moins vrai à droite, malgré le tropisme autoritaire gaulliste. Les intérêts y sont plus divers, les initiatives plus larges, même en politique. La raison en est probablement que le socialisme, issu comme le communisme du marxisme, est une religion progressiste. Pour Marx, l’histoire des sociétés avance selon des lois « scientifiques » et il faut attendre que les situations mûrissent pour qu’elles adviennent. Les communistes, derrière Lénine, préféraient le coup de force pour chasser le Vieil homme et créer d’un coup la société sans classe peuplée par l’Homme nouveau. Les socialistes, embourgeoisés et plus pusillanimes, ont toujours considéré qu’il valait mieux favoriser le social en attendant l’avenir inéluctable.

Mais l’excès d’égalité étouffe la liberté, « l’égalité hommes-femmes » est une ineptie lorsque la femme veut avorter alors que l’homme veut l’enfant. Le tous semblables exclut l’originalité comme l’initiative (souvenez-vous en classe ou à l’armée !). Le social exaspère – toujours le social – comme si les gens devaient sans cesse être assistés, contrôlés, maternés ! Comme en témoigne Ipsos, les ouvriers en ont plus marre que les bobos, ces fonctionnaires du socialisme, le ventre plein, béats de confort mental devant l’avenir rose.

En économie, concilier socialisme et production pour réduire une dette publique devenue ingérable est difficile ; la tentation est sans cesse de basculer d’un côté ou de l’autre : le dirigisme socialiste ou le libéralisme productiviste. Le grand écart réussi est (pour l’instant) chinois : parti communiste centralisé surpuissant mais initiatives locales et entrepreneuriales larges. François Hollande illustre la difficulté de l’équilibre (qui est pourtant son tempérament) : il a été élu contre son prédécesseur mais applique grosso modo la même politique. Il a été élu à gauche pour faire du socialisme autoritaire jacobin mais s’essaye à une social-démocratie impossible en France du fait de syndicats minuscules parce que trop idéologique. Il effectue enfin son coming out social-libéral après 18 mois d’indécision, de mesures flanquées aussitôt de contre-mesures (la hausse des taxes sur les entreprises mais le CICE), de masques sociétaux pour agiter l’opinion tandis que passent les réformettes économiques (le mariage gay au même moment que le pacte social, la pochade Dieudonné et la réouverture du débat sur l’avortement au moment du tournant annoncé par les vœux).

  • Comment auriez-vous l’envie de créer une entreprise avec les lourdeurs administratives françaises ? Il est tellement plus confortable d’être fonctionnaire.
  • Comment compteriez-vous profiter de votre initiative sous l’œil allumé du fisc qui guette toute « inégalité » de revenus et de patrimoine, l’argent produit étant aussitôt réputé « profit », l’argent sagement accumulé étant réputé « enrichissement en dormant » ? Mieux vaut rester sur le livret A ou l’immobilier (ce pourquoi les prix du logement montent, puisque les actions – placement alternatif – sont découragées par une fiscalité nettement plus forte qu’ailleurs).
  • Mieux vaut aller créer une entreprise, prendre un bon poste ou faire de la recherche à l’étranger, avec de meilleurs moyens, un moindre mépris pour les jeunes et pour ceux qui ne sont pas sortis des Grandes écoles. En étant moins taxé pour des services publics peu différents – mais mieux gérés.

François Hollande a raison de quitter « le socialisme » pour le pragmatisme, comme tous les autres partis de la gauche gouvernementale l’ont fait en Europe. Ce n’est pas l’idéologie qui fait le bonheur des gens – sauf pour les fanatiques. Il est curieux que ces soi-disant « laïcs » soient aussi moralistes du surveiller et punir que les cléricaux catholiques, puritains, juifs ou islamistes. L’humanisme de gauche en Allemagne, Suède, Danemark, Royaume-Uni, Suisse et autres est un guide pour l’action, pas un catalogue de dogmes sur l’étatisme, la morale sociale et la dépense publique. Aucun tabou n’existe, ailleurs qu’en France, lorsqu’il s’agit de produire mieux et de créer des emplois. Comment voudriez-vous que le dynamisme d’un pays renaisse sous cette chape socialiste ?

Mais ne vous en prenez qu’à vous, dit aussitôt Tocqueville, cet analyste incomparable de la mentalité française, qu’il est allé apprécier à l’aune américaine avant de la mesurer à l’Ancien régime. « Il est, en effet, difficile de concevoir comment des hommes qui ont entièrement renoncé à l’habitude de se diriger eux-mêmes pourraient réussir à bien choisir ceux qui doivent les conduire ; et l’on ne fera point croire qu’un gouvernement libéral, énergique et sage, puisse jamais sortir des suffrages d’un peuple de serviteurs ». « Libéral » est pris sous la plume de Tocqueville au sens classique du dictionnaire : « qui aime à donner, favorable à la liberté, les arts libéraux étant enseignés pour libérer de l’ignorance« . Mais le socialisme idéologique s’est efforcé depuis des générations de tordre cette acceptation pour en faire le démon intime à exorciser, « libéral » étant vu comme l’impérialisme capitaliste américain (et juif pour les plus à gauche de la gauche de la gauche – comme les médiatiques aiment à dire pour rester  » de gauche »).

Avouons cependant que Tocqueville avait raison : depuis De Gaulle jusqu’à Hollande, la qualité des présidents de la République en France est allée en se dégradant…

Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, 1835, tome 1 et tome 2Garnier-Flammarion 1999, 569 pages et 414 pages, €8.08 et €6.65

Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique – Souvenirs – L’Ancien régime et la Révolution, Bouquins Robert Laffont 2012, 1178 pages, €28.98

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