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Casse sociale

La France a un problème : la bêtise. Flaubert l’avait déjà montré, après Rabelais entre autres. Mais cela ne s’arrange pas. Qu’est-ce que la bêtise ? C’est se croire ange quand on ne fait que la bête, parer ses vils instincts de jalousie, d’envie et de meurtre en belles paroles « morales » sur l’Injustice et la Démocratie. Comment croire que les « manifestants » revêtus de leur uniforme (un gilet jaune) ne sachent pas que tout rassemblement de masse dans une ville lumière aux vitrines alléchantes n’attirera pas des « casseurs » ? Surtout quand on n’est pas capable d’instaurer un service d’ordre comme la CGT.

Il faut être stupide pour « croire » le contraire. Ou cynique pour se dire que « la violence » – qui n’est pas de leur fait – fera peur au pouvoir et l’incitera à reculer. Autrement dit, envoyez les racailles tout casser, nous nous en lavons les mains… mais récoltons le bénéfice de la menace.

De l’autre côté, depuis les lieux de pouvoir, la bêtise n’est pas moins grande. Parer ses vils instincts de pouvoir et de toute-puissance d’Etat en belles paroles sur « les réformes » et « l’économie », ou sur « l’écologie » et invoquer la catastrophe annoncée sur le climat. Comment croire que les gouvernants revêtus de leur uniforme (costume bleu-gris, cravate bleue ou rouge selon la tendance) ne sachent pas que toute taxe supplémentaire dans un pays déjà surtaxé par rapport à tous ses voisins développés (les prélèvements obligatoires représentent 48% du PIB, au-dessus de la moyenne OCDE de 40%) n’incitera pas à la révolte sociale ?

Il faut être stupide pour « croire » le contraire. Ou cynique pour se dire que « la révolte » ne sera qu’une flambée qui s’éteindra d’elle-même avec Noël, ses vacances, son froid glacial et son foie gras. Autrement dit, taxez d’accord et parlementez ensuite, nous nous en lavons les mains… il faut « avancer ».

Mais plus la catastrophe est annoncée et moins les gens y croient. Les glapissements « scientifiques » du GIEC ne font pas exception. Les Français sont trop raisonnables, raisonneurs et critiques pour se laisser prendre comme de vulgaires gogos anglo-saxons. Depuis la faim du monde des années 1960 (ces pauvres petits Chinois pour lesquels chacun gardait ses capsules métalliques de yaourt, ces pauvres petits Indiens faméliques que mère Theresa allait soigner, ces pauvres petits Biafrais exfiltrés par avions-cargos) à la fin du monde des années 2000 millénaristes (pic du pétrole, pollution cancérigène, sécheresse létale, inondations ravageuses – La Faute-sur-Mer à qui ?), le catastrophisme n’est pas nouveau. Les sectes chrétiennes apocalyptiques attendaient déjà la fin du monde autour de l’an mille. Les gourous du Temple solaire ont anticipé la fin… des autres pour s’en mettre plein les poches et baiser qui il leur plaisait. La bêtise n’a jamais de limites.

Les écolos français d’aujourd’hui sont pour la plupart – ceux que les médias interrogent en priorité – des intellos parisiens bardés de masters spécialisés ou de doctorats. Ils n’ont pas de voiture, un bon salaire assuré, une retraite tranquille (comme fonctionnaires ou élus), un magasin bio en bas de chez eux et se déplacent en vélo ou en infantile trottinette. Pour eux, « le diesel » est l’ennemi, tout comme « la clope » (bien qu’eux-mêmes s’adonnent volontiers au cannabis « bio »). Taxer les autres ne leur fait ni chaud ni froid, ils ne sont pas concernés. Pas comme les périurbains qui doivent subir les transports en commun jamais à l’heure et surchargés, ou les provinciaux pour qui le moindre hôpital, collège, service public ou supermarché n’est pas à moins de 10 ou 15 km.

Je comprends la révolte initialement spontanée des « gilets jaunes ». Je comprends leur ras le bol des taxes supplémentaires alors que le pouvoir d’achat stagne depuis dix ans et que les promesses sont toujours pour demain (hein, Hollande ?). Je ne comprends pas, en revanche, qu’ils ne s’aperçoivent pas qu’ils sont récupérés, voire manipulés. A qui profite le crime ? A l’extrême-droite pour qui la Gueuse, comme en 1934, doit être mise à bas pour instaurer un pouvoir fort à la Poutine. Ce dernier se réjouit d’ailleurs de cette déstabilisation du principal pays qui sanctionne la Russie depuis l’affaire de Crimée. Il encourage le financement, l’idéologie et l’entrainement de ces « militants » de la nouvelle internationale autoritaire brune en haine de l’immigration, des gais, des intellos, des droit-de-l’hommistes.

Curieusement, les pays voisins s’en sortent plutôt mieux que la France, sauf peut-être en Italie, quoiqu’il faille aller voir sous les « chiffres officiels » qui ne révèlent pas la réalité quotidienne. La France a donc un véritable problème d’organisation du prélèvement et de la dépense publique. Les réformettes n’y font rien – Macron s’y est pourtant attelé courageusement. Mais comment réorganiser en accéléré ce qui n’a pas été fait depuis Mitterrand, depuis 35 ans ? Taxer le carbone est peut-être nécessaire mais la méthode n’y est pas.

C’est que la France est un pays jacobin, centralisé et autoritaire, ce que ne sont pas les pays voisins. Les Allemands sont décentralisés en länders qui ont chacun quelques pouvoirs et les financements qui vont avec ; les Espagnols et les Anglais ont des provinces assez autonomes ; les Suisses proposent des lois avec 100 000 signatures et font des votations ; les Irlandais ont inventé un parlement civique qui réunit durant plus d’un an un mélange représentatif d’élus et de citoyens tirés au sort pour discuter de ce qu’il faudrait faire et accoucher de propositions de lois ; plus loin, en Colombie britannique du Canada fédéral, les taxes écolos ont été « en même temps » assorties de compensations pour les plus bas revenus. Et en France ? – Rien : des oukases d’en haut, un jargon de technocrate, une « incompréhension » de ce que peut ressentir la base. Je règne et vous exécutez. Avec l’idée que seuls des esprits « éclairés » peuvent décider de ce qui est bon pour tout le monde (les intellos écolos sont les pires depuis les communistes jadis). Ce n’est pas nouveau, les prêtres de l’Eglise catholique avaient donné le ton depuis mille ans : pas étonnant que les pays « protestants » s’en sortent mieux aujourd’hui, si l’on y pense !

Lorsqu’on laisse l’Etat sans contrepouvoirs en son sein, il prend son expansion naturelle et devient oppressif. La Ve République a été voulue exécutive après les affres de la IIIe et les impuissances graves de la IVe. Mais elle avait été conçue avec un certain équilibre dont le Premier ministre était le pivot. La réforme imbécile du « quinquennat + législatives dans la foulée », conçue par les Chirac-Jospin, a été une bêtise. Elle visait à empêcher une cohabitation mais elle a rompu l’équilibre du régime. Il n’est plus semi-parlementaire mais quasi présidentiel. La tendance naturelle va à la suppression du poste de Premier ministre et à la suppression « en même temps » du droit de dissoudre l’Assemblée. Comme aux Etats-Unis, régime présidentiel, où le chef de l’Exécutif doit composer avec les Chambres ; ou comme au Royaume-Uni, régime parlementaire, où le Premier ministre se démet dès qu’il n’a plus le soutien de son parti majoritaire.

Le jeune Emmanuel Macron s’est laissé griser par son succès – il n’est pas le premier. A lui de venir à résilience en acceptant humblement de revoir sa copie et de réintroduire dans le jeu politique ces corps intermédiaires qu’il a souverainement balayés (maires, élus locaux, syndicats). Les députés « en marche » avaient pourtant des choses à dire, au nom de quelle urgence (purement budgétaire ?) les museler ?

Mais il devra faire vite : peut-être le dira-t-il dans son discours de mardi ?

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On a marché dans Paris

Dimanche dernier, des marcheurs ont arpenté les rues de la capitale. Pourquoi ? Pour le climat. Combien ? 14 500, soit 0.66% de la population parisienne – et encore, il y avait des banlieusards. Moins que n’importe quelle manif sociale. La cause ? Le sujet trop abstrait, passant par-dessus la tête du citoyen moyen. Les écologistes français ont ce travers intello d’annoncer sans cesse la catastrophe imminente (depuis le rapport du Club de Rome en 1972) et de proposer des solutions toujours radicales (issues de leur tropisme gauchiste) : rien qui satisfasse le goût du changement modéré que réclament les citoyens. Ce pourquoi Eva Joly n’a réuni que 2.31% des électeurs sur son nom à la dernière présidentielle où les écologistes présentaient un candidat, à peine plus que René Dumont en 1974.

Si la France s’arrêtait de produire et de consommer demain matin, les tendances du climat ne changeraient en rien : elle ne produit que 1% du PIB mondial et son énergie est largement décarbonée grâce au nucléaire, produisant beaucoup moins de gaz à effet de serre (qui participe au réchauffement) que l’Allemagne. Celle-ci a en effet abandonné le nucléaire… pour des centrales au charbon ! Malgré l’essor des énergies renouvelables sur les bâtiments (éolienne de cheminée, panneaux solaires) ou les fermes (méthanisation), l’énergie est insuffisante. Le nucléaire, malgré ses défauts (la gestion des déchets pour le moment insoluble), reste l’énergie de transition la plus intéressante avant de changer de monde – mais cela, c’est de la raison, pas de la croyance.

Car rêver d’un An 01 d’une existence durable est bien dans l’esprit messianique et impotent de la pensée abstraite. L’écologie est devenue en France une nouvelle religion qui a pris la suite du marxisme et du christianisme. Il faut y « croire » à la suite des « prophéties » apocalyptiques et suivre « les grands prêtres » qui prêchent les Dix commandements :

Tu n’auras pas d’autres dieux que moi, la planète.

Tu ne feras aucune idole de consommation, aucune image de ce qui est là-haut dans les cieux, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux par-dessous la terre. Tu ne te prosterneras pas devant ces objets à la mode, pour leur rendre un culte. Car moi, la Terre-mère, je suis un Dieu jaloux : chez ceux qui me haïssent, je punis la faute des pères sur les fils, jusqu’à la troisième et la quatrième génération ; mais ceux qui m’aiment et observent mes commandements, je leur garde ma fidélité jusqu’à la millième génération.

Tu n’invoqueras pas le nom de la nature pour la dominer, car la planète ne laissera pas impuni celui qui veut s’en rendre maître et possesseur.

Tu feras de la jachère et de l’abstinence un mémorial, un temps sacré : tu ne feras aucun gaspillage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni tes bêtes, ni l’immigré qui réside dans ta ville.

Honore ton père le climat et ta mère la Terre, afin d’avoir longue vie que te donne la nature.

Tu ne commettras pas de meurtre d’animaux pour les manger, ni de plantes au-delà de ta nécessité.

Tu ne commettras pas d’adultère avec d’autres planètes.

Tu ne commettras pas de vol des richesses du sous-sol.

Tu ne porteras pas de faux témoignage contre le naturel.

Tu ne convoiteras pas ce que tu n’as pas et que tu désires par caprice hors de tes besoins vitaux.

Mais qui est prêt à subir une nouvelle religion alors qu’il a été très difficile déjà de se libérer des précédentes ?

Est-ce pour cela qu’il ne faut rien faire ? Non – mais soyons rationnels et réalistes : ce ne sont pas nos bonnes actions personnelles qui ralentiront le réchauffement climatique. Seules les grandes masses énergivores, les Etats-Unis, la Chine, l’Inde et, en Europe, les Etats industriels peuvent « faire » quelque chose, à condition qu’ils le fassent en commun. Ce n’est pas en « marchant » que l’on fait baisser la température, pas plus que les sorciers en dansant ne faisaient jadis venir la pluie. Il faut sortir des incantations et de la pensée magique !

La révolution durable passe par le bon sens augmenté du savoir, donc avant tout par l’éducation.

C’est le rôle de l’Etat, qui a prélevé en 2017 1038 milliards d’euros d’impôts et taxes, dont 37 % seulement au titre du social à redistribuer. C’est 43.3 milliards de plus qu’en 2016 et 368.5 milliards de plus qu’en 2002. Avec un prélèvement sur la production de 45.3% et une dépense publique de 56.1% du PIB (contre 44% en Allemagne), les Français vivent-ils mieux et plus durable que leurs voisins ? Les Français 2018 vivent-ils mieux qu’en 2002 sous Jospin ? On en doute… même si le « bas niveau en lecture et en calcul » en cours préparatoire et l’année suivante est largement dû aux enfants défavorisés, en général issus de l’immigration, qui n’ont pas le français courant ni la maitrise des chiffres dans leur famille. Militer pour l’environnement, c’est aussi militer pour améliorer l’environnement social, surtout l’éducation. Elle seule permet de comprendre les enjeux pour la planète et de ne pas consommer par ostentation, de ne pas suivre aveuglément la mode, de moins gaspiller l’eau, l’énergie, les aliments.

A ce stade, il y a du boulot… Car ceux qui « ont les moyens » ont peu de mérite. Voiture électrique, isolation de l’habitat, loisirs peu énergivores, jardin aménagé, alimentation bio : tout cela est bon mais coûte plus cher. Ceux qui ont reçu le capital éducatif, qui savent trouver et jauger l’information, qui sont aptes à penser par eux-mêmes, peuvent se sentir responsables de la planète et agir pour le durable. Mais les autres ? La grande majorité peu lettrée, insatisfaite, avide de consommer et envieuse de l’aisance des « riches » (4000 € par mois selon l’ineffable Hollande), se préoccupe peu de la nature et des ressources ; elles lui paraissent des injonctions d’intellos pour les rabaisser ou des ordres de dominants pour les maintenir dans leur statut social inférieur.

Souvent l’élite donne le ton et le reste les imite, avec une ou deux générations de retard. C’est pourquoi, s’il n’y a pas lieu de se glorifier de faire « bien », il est nécessaire de donner le bon exemple. La France, plus qu’ailleurs, reste une « terre de commandement » formatée par le droit paternaliste romain, la hiérarchie catholique d’église et la société de cour – que l’Administration a aisément remplacée. La « civilisation des mœurs » décrite par Norbert Elias devrait s’appliquer et les mœurs devenir plus durables, mais avec le temps. On constate des changements depuis deux ou trois décennies sur le sujet ; des initiatives fleurissent, plus à la base, dans les communes et les associations locales qu’au sommet de l’Etat. Mais tout changement est nécessairement lent : les nouvelles croyances ne s’imposent que peu à peu, même si certains rêvent de « la révolution » comme en 89 ou en 17, sur quelques années, ou des « moines guerriers » du christianisme à ses débuts qui renversaient les idoles et massacraient les philosophes en brûlant leurs livres « païens ».

Mais la raison doit l’emporter, comme la pratique démocratique. Convertir par le réel, pas par la terreur ni par l’incantation à l’Apocalypse ; appliquer par le débat et les initiatives citoyennes, pas par un pouvoir central autoritaire.

Il faut donc dénoncer ceux qui interprètent les données du GIEC comme les augures romains le faisaient des entrailles des vaches : les scientifiques bâtissent des modèles qui ne sont qu’une caricature simplifiée de la réalité très complexe de ce qui compose le climat. Tout modèle est perfectible, il n’est pas absolu. En témoignent les modèles démographiques : aucune année ne passe sans que l’on « révise » les projections de population sur la fin du siècle – et pourtant la démographie est plus simple à modéliser que le climat. La prévision actuelle est de 11,2 milliards d’humains sur la planète en 2100 : il faudra les nourrir, les chauffer, les loger, leur donner du travail. Qui dénonce le nombre comme prédateurs de la planète ? Qui critique le Pape, les imams et les rabbins pour leurs prêches en faveur du « croissez et multipliez » biblique ?

Les religions sont, comme les grèves, un tabou des écologistes. Ils préfèrent « marcher » pour les médias que porter la réflexion sur ce qui compte.

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Réformer le climat

Le GIEC ne doute de rien : demain la catastrophe, ou bien… La maîtrise du climat, vous y croyez vraiment ? Tout changer du mode de vie ancré depuis deux siècles en une seule décennie, est-ce bien raisonnable ?

Les Cassandre qui n’ont cessé de prophétiser l’Apocalypse ont sans doute fait le lit des incroyants : tout ce qui est excessif est insignifiant et ce n’est pas en criant fort que l’on se fait entendre. Au contraire, les éducateurs ne cessent de le dire. Les politicards qui ont réduit l’écologie à un « parti » ont englué leur cause dans le gauchisme urbain et le tiers-mondisme passé de mode : le retour de bâton sur la « libération » 68 et la licence qui a suivi les a pris à contrepied. L’activisme terroriste des végans est encore pire : il pousse le citoyen à rejeter leur cause en même temps que leur violence ; il faut manger de la viande pour garder la liberté de le faire.

Le climat se réchauffe, dans un grand cycle de retour progressif d’une glaciation. Mais l’idée générale du réchauffement, même scientifiquement avérée, reste sans effet sur les comportements concrets. Car le citoyen veut des solutions pratiques, pas des incantations abstraites. Il est de bonne conscience de prôner « les transports en commun » depuis son bureau du centre de Paris quand on n’a que quelques centaines de mètres à faire depuis son lieu d’habitation – mais parlez-en donc avec les banlieusards d’Île-de-France qui empruntent matin et soir les RER et les métros bondés, et subissent les grèves à répétition des personnels à statut protégé ! Je n’ai JAMAIS entendu un seul écolo, politique ou sincère, qui ait commenté le surcroît de pollution engendré par les jours de grève du RER. Feu sur la bagnole ! Certes, mais pour aller travailler, on fait comment ? Quand la conviction envers la planète s’arrête aux limites de l’idéologie de gauche, l’écologie est mort-née.

Lorsque les gens de bonne volonté se voient proposer des solutions à leur portée, ils les adoptent volontiers : trier les emballages, récupérer les bouchons des bouteilles et le métal comme le verre, acheter local, adopter en auto une conduite douce. Mais quand le diesel est fiscalement encouragé durant des décennies, on ne change pas de voiture avant de l’avoir usée. Quand les organismes de tri acceptent de recycler les pots de yaourt, et puis non, les habitudes se perdent de trier trop précisément : quand on ne sait plus, on jette à la poubelle pour l’incinérateur. Quand les administrations vous envoient des enveloppes à fenêtre, non recyclables, vous jetez toute l’enveloppe et pas seulement la fenêtre en papier cristal. Quand les ONG et autres organismes qui sollicitent vos dons vous font parvenir des cartes en plastique, des stylos ou des porte-clés dans la même enveloppe, vous mettez le tout au panier sans trier le bon papier de l’ivraie marketing. Quand le monopole d’EDF vous oblige à lui vendre votre électricité, à quoi bon installer un panneau solaire sur le toit ou une éolienne individuelle ? Vous achetez l’électricité nucléaire. Quand les ordinateurs ou les machines à laver coûtent plus cher à réparer à cause du prix de la main d’œuvre et des taxes, vous les jeter pour en acheter d’autres. Tout cela est du concret : alors, le baratin des écolos passe par-dessus la tête.

Le climat se réchauffe ? Qu’y puis-je, personnellement ? Pas grand-chose, même en étant l’enfant sage de la nouvelle société durable qui consomme le moins possible, cultive son balcon, mange bio et moins de viande et trie comme un maniaque, ne se déplaçant la plupart du temps qu’à pied.

Quand la politique économique sera moins incohérente, le tri moins inconséquent, les transports libérés du monopole et des statuts, l’électricité libre, alors – peut-être – l’écologie sera arrachée aux partisans pour devenir un bien commun. Et ce ne seront ni les colloques d’intellos, ni les rapports des scientifiques, ni les interventions catastrophistes à la télé qui feront avancer les choses.

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Korkhonen et Partanen, Pari sur le climat

korhonen et partanen pari sur le climat
Cet essai qui a eu un grand succès en Finlande a été traduit en français pour la COP 21. Le nom du traducteur n’est pas indiqué, mais il semble avoir quelques difficultés avec le vocabulaire financier, traduisant par exemple taux d’actualisation par taux d’escompte. Quoiqu’il en soit, ce livre n’est pas comptable, il fait le point sur l’exigence du climat ET sur nos moyens réalistes d’y parvenir. Il n’est ni pro-nucléaire ni féti-schiste, mais fait feu de tout bois.

« Le message-clé de ce livre (…) : si nous voulons parer aux dangers du changement climatique, nous devrons utiliser tous les moyens à disposition. Il nous faut des politiques et des actions robustes pour promouvoir l’énergie renouvelable, la conservation et l’efficacité de l’énergie, l’énergie nucléaire ainsi que le captage et le stockage du carbone » p.129.

TOUS les moyens car il y a urgence. Non seulement parce que les peuples émergents croissent et qu’ils sont de plus en plus nombreux à vouloir établir un niveau de vie semblable au nôtre, mais aussi parce que notre mode de vie, même plus économe et plus efficace, continuera à exiger de l’énergie en grande quantité pour nous nourrir, nous chauffer, nous loger, nous donner du travail et éventuellement du loisir.

Parmi tous les moyens, il y a évidemment les énergies réputées « propres » (encore qu’il faille construire en béton des barrages, en acier des turbines marémotrices ou éoliennes, en métaux rares des panneaux solaires, et confiner la biomasse). Mais il y a aussi le nucléaire, que rejettent pour des raisons qui n’ont rien de rationnel les mouvements écologistes issus de la fin des années 60 et de l’idéologie de l’époque. Comme le disait Dada, « si chacun dit le contraire, c’est qu’il a raison ».

Les auteurs allient donc leurs connaissances et leurs savoir-faire pour démonter les arguments politiques des anti-nucléaires et examiner surtout si les solutions du tout-renouvelable à horizon 2050 sont réalistes (date où le climat pourrait être réchauffé de manière irréversible). Janne Korkonen est en doctorat d’ingénierie, chercheur en innovation sur l’énergie et l’environnement, Rauli Partanen a une licence d’administration des affaires et est consultant en environnement, énergie et société. Ce qu’ils veulent est alimenter le débat démocratique – donc avec des arguments de raison – pour que chacun puisse juger en toute connaissance de cause la voie possible.

Le livre est articulé en trois parties, 1/ Le plus grand des paris sur la critique argumentée du tout-renouvelable, 2/ Du pari au risque calculé sur le moindre risque d’user encore du nucléaire (en attendant mieux), 3/ Que pouvons-nous encore faire sur l’aspect social et politique. Cette dernière partie est la plus bavarde, mais les deux premières sont passionnantes car elles dépassionnent le débat. Les auteurs montrent, exemples à l’appui, combien les WWF, Greenpeace et d’autres organisations brassant des millions ont intérêt à masquer les vrais chiffres à manipuler les statistiques, à orienter la communication du GIEC, tout à leur combat de croyants contre le nucléaire et à leur intérêt bien compris pour les subventions.

Or manger une banane serait pire que passer une journée à proximité de Fukushima, habiter le beau quartier de Pyynikki, près du centre-ville de Tampere en Finlande (ou vivre en Limousin) expose à dix fois plus de radiations qu’ailleurs à cause du gaz naturel radon issu des roches volcaniques, les morts induits de Tchernobyl le sont plus pour des causes psychologiques (engendrant alcoolisme, divorces et suicides) que dus aux radiations…

C’est moins la planète qui est polluée par le nucléaire que le débat. Tous les arguments des antis sont examinés un par un et discutés. On peut être en accord ou non avec les auteurs, leur mérite est celui de tout mettre sur la table.

Et de laisser soupçonner (eux-mêmes ne l’évoquent qu’à peine) que l’écologie politique est plus aujourd’hui une néo-religion qu’un courant démocratique. Les ressorts de la peur, de l’incertitude et du doute sont systématiquement instillés pour peser sur les citoyens. Le charbon tue plus d’humains que le nucléaire mais ce dernier est réputé « militaire » depuis Hiroshima, donc détesté par les hippies et autres libertaires des années 60, donc les écolos d’aujourd’hui sont les descendants directs, faute de christianisme sexy à vivre ou de communisme généreux à mettre en marche.

Ces mêmes écolos qui exigent que nous prenions les transports en commun (qui roulent à l’électricité, au gaz ou au pétrole) chassent d’un revers agacé toute référence au nucléaire – qui fournit pourtant une énergie sans gaz à effet de serre et dont les surgénérateurs savent brûler désormais la majeure partie du combustible avec un rendement qui dépasse les 80%. Imagine-t-on, pour remplacer les 87% d’énergies fossiles actuellement utilisées, un bus ou un train alimenté à l’éolien ? ou au solaire ? Ces énergies ont leur intérêt, mais pas partout, ni tout le temps. Elles ont aussi leurs inconvénients, tels la grande étendue de terrain nécessaire à leur déploiement et le bruit des pales qui tournent au-dessus de nos têtes, le paysage historique défiguré ou encore leur renouvellement complet à effectuer au bout d’une trentaine d’années (contre le double pour une centrale nucléaire).

Tout chapitre commence par un résumé bien utile, des schémas illustrent les principales idées, des notes renvoient à des livres, des articles et des sites Internet où compléter son opinion.

L’ensemble incite à faire son avis par soi-même, sans oublier la raison, en listant les avantages et les inconvénients de chaque mode de production d’énergie tout en rappelant que les scénarios actuels ne sont tous que des hypothèses plus ou moins étayées – mais que nous DEVONS faire quelque chose avant que le changement climatique n’engendre des maux bien plus grands que les positions de principe.

Janne Korkhonen et Rauli Partanen, Pari sur le climat – Le mouvement anti-nucléaire met-il notre avenir en péril ? 2015, EDP Sciences, 143 pages, €14.00

Attachée de presse : Guilaine Depis, contact presse guilaine_depis@yahoo.com ou 06 84 36 31 85

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