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Sebastian Haffner, Histoire d’un Allemand

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Écrit à chaud après son exil en 1938, les souvenirs de Sebastian Haffner montrent pas à pas la montée du nazisme, non seulement dans les urnes et dans la rue, mais surtout dans les esprits et dans les cœurs. Après tout leur prise de pouvoir est « légale », après tout « ce n’est pas si terrible », après tout le parlementarisme a échoué… L’auteur, aryen de bonne famille, était magistrat stagiaire à Berlin. Mais les nazis se sont assis sur le droit comme sur le reste, pour eux, seul le « bien de la race » constitue le droit, autrement dit celui du plus fort. Tout l’héritage de Kant est balancé aux orties au profit du monstre Hegel.

Le manuscrit devait être édité à Londres en 1940 lorsque la guerre éclate ; il restera dans les tiroirs jusqu’à ce que les fils de l’auteur, à sa mort, le redécouvrent. S’il est utile aujourd’hui, c’est pour l’histoire bien sûr, mais surtout peut-être pour ce qui, dans l’histoire, se répète : la lente et progressive adaptation au pire, la fausse indignation vite assourdie par l’habitude, les liens sociaux, familiaux, nationaux qui font que l’on accepte – comme tout le monde – ce qui nous révulsait hier. Alors que la montée des nationalismes populistes et des autoritarismes tribuns monte en Europe – et en particulier en France – lire Sebastian Haffner a quelque chose de salubre. Vous ne pourrez pas dire « je ne savais pas » : tout est décrit !

Certes, la dépression des porte-monnaie due à la crise de 1929 a suivi la dépression des cœurs après la défaite de 1918, mais la montée du nazisme a été celle de la violence et de l’entre-soi, celle du Collectif contre l’individu, celle de la Revanche contre le sort déterminé par les plus forts. Le nationalisme détruit la civilisation, l’unanimisme la personne, le narcissisme l’humanité. Qui serait immunisé contre la capitulation morale ? Les Russes avec Poutine ? Les Turcs avec Erdogan ? Les Américains avec Trump ? Les Français avec Mélenchon ou Le Pen ? Allons donc !…

Tout commence avec la plus grosse Connerie européenne : la guerre de 14, tant vantée par nos politiciens avides de rassembler autour de leurs petites personnes. « La guerre est un grand jeu excitant, passionnant, dans lequel les nations s’affrontent ; elle procure des distractions substantielles et des émotions plus délectables que tout ce que peut offrir la paix : voilà ce qu’éprouvèrent quotidiennement, de 1914 à 1918, dix générations d’écoliers allemands. Cette vision positive est la base même du nazisme » p.35. L’auteur avait 7 ans en 1914, 11 ans en 1918. Aujourd’hui l’euro de foot provoque ce genre d’exaltation malsaine chez les immatures, qui peut vite tourner à la xénophobie nationaliste chez les jeunes adultes. Et il suffit à Poutine, Erdogan ou à certains politiciens français de désigner un bouc émissaire, en cas d’attentats sur le sol national, pour ressouder les nationaux contre les allogènes.

Tout continue avec la lâcheté sociale : « Le courage civique – c’est-à-dire le courage de décider soi-même en toute responsabilité – est d’ailleurs une vertu rare en Allemagne, comme Bismarck le remarquait déjà dans une formule célèbre. Mais cette vertu fait totalement défaut à l’Allemand dès lors qu’il endosse un uniforme » p.65. Il suffit aujourd’hui en France de donner un uniforme à n’importe quel petit-bourgeois pour qu’il se croie investi d’une mission quasi divine : il se sent l’État tout entier. Le guichet de SS ou le flic imbu du Règlement n’ont pas changé depuis M. Hitler.

Et la Grande dépression économique due aux suites du krach boursier puis financier de 1929 à Wall Street, a bouleversé les fortunes : « Les jeunes et les petits malins se portaient bien. D’un jour à l’autre ils se retrouvaient libres, riches, indépendants. La conjoncture affamait et punissait de mort les esprits lents et ceux qui se fiaient à leur expérience, et récompensaient d’une fortune subite la rapidité et l’impulsivité (…) La concupiscence régnait dans une atmosphère de carnaval généralisée » p.90. Qui ne verra aucun rapport avec l’époque contemporaine, la crise de 2008, l’essor des start-up et l’histrionisme à la Dieudonné ou Hanouna ?

L’époque des grandes fois collectives a laissé la place au débat politique dispersé : « environ vingt classes d’âge, les jeunes et les très jeunes, avaient eu l’habitude de voir la sphère publique leur livrer gratuitement la matière première de leurs émois véritables – amour, haine, allégresse et deuil (…) Maintenant que cette livraison cessait, ils se retrouvaient désemparés, appauvris, déçus et ennuyés. Ils n’avaient jamais appris à vivre sur leurs réserves, à organiser leur petite vie privée pour qu’elle soit grande, belle et féconde ; ils ne savaient pas en profiter, ignoraient ce qui en fait l’intérêt. C’est pourquoi ils ne ressentirent pas la fin des tensions publiques et le retour de la liberté privée comme un cadeau, mais comme une frustration. Ils commencèrent à s’ennuyer, ils eurent des idées stupides, ils se mirent à ronchonner – et pour finir à appeler avidement de leurs vœux la première perturbation, le premier revers ou le premier incident qui leur permettrait de liquider la paix pour démarrer une nouvelle aventure collective » p.108. De nos jours, après la Résistance, le communisme, l’anticolonialisme et le gauchisme hippie-écolo de 1968, la perte de sens affecte toute une génération. Se réfugier dans le fusionnel par peur de sa liberté est le recours le plus fréquent, que ce soit dans « la musique » (les raves), le militantisme botté (les Black blocs, la CGT, les Bonnets rouges), la religion intégriste (salafistes), voire la destruction pure et simple (hooligans et casseurs). Retrouver « la souveraineté » est pour les politiciens la version édulcorée de cette même peur de liberté : l’identité traditionnelle rassure quand on ne sait pas la faire vivre.

En politique, 1930 voit un tournant : ce qu’on appelle aujourd’hui la démocrature. « A ma connaissance, le régime de Brüning [devenu chancelier] a été la première esquisse et pour ainsi dire la maquette d’une forme de gouvernement qui a été imitée depuis dans de nombreux pays d’Europe : une semi-dictature au nom de la démocratie et pour empêcher une dictature véritable » p.133. Le recours aujourd’hui à l’autoritarisme jacobin à gauche, ou aux ordonnances à droite, n’est-elle pas cette sorte de procédé au nom du Salut national ? « C’est un système qui décourage ses propres adeptes, sape ses propres positions, accoutume à la privation de liberté, se montre incapable d’opposer à la propagande ennemie une défense fondée sur des idées, abandonne l’initiative à ses adversaires et finalement renonce au moment où la situation aboutit à une épreuve de force » p.134. Il faut bien distinguer le passage en force du 49-3 et le résultat du référendum à Notre-Dame des Landes : dans le premier cas il s’agit de diktat d’État, dans l’autre de démocratie directe. Les opposants dans les deux cas feraient bien de faire la distinction !

Les citoyens, déboussolés et un brin indignés, s’adaptent progressivement : « On se mit à participer – d’abord par crainte. Puis, s’étant mis à participer, on ne voulut plus que ce fut par crainte, motivation vile et méprisable. Si bien qu’on adopta après coup l’état d’esprit convenable. C’est là le schéma mental de la victoire de la révolution national-socialiste » p.194. Ceux qui viennent, à petits pas, sur les positions extrêmes, lepénistes ou mélenchonienne, obéissent à ce schéma de fascination-répulsion qui fait des otages les meilleurs serviteurs de leurs bourreaux (on l’appelle le syndrome de Stockholm).

D’autant que les habitudes de la vie matérielle et bourgeoise inhibent toute révolte : il faut n’avoir rien à perdre pour se mettre en jeu tout entier ! « La sécurité, la durée ne se trouvent souvent que dans la routine quotidienne. A côté, c’est tout de suite la jungle. Tout Européen du XXe siècle le ressent confusément avec angoisse. C’est pourquoi il hésite à entreprendre quoi que ce soit qui pourrait le faire dérailler – une action hardie, inhabituelle, dont lui seul aurait pris l’initiative. D’où la possibilité de ces immenses catastrophes affectant la civilisation, telle que la domination nazie en Allemagne » p.207. Le père de l’auteur, juriste humaniste, a dû remplir un questionnaire humiliant sur ses appartenances, race et croyances, pour conserver sa pension de retraite ; il a hésité trois jours… puis s’y est résigné. Les Russes s’habituent à Poutine, les Turcs à Erdogan – et ils en redemandent. Demain les Français pourront s’habituer tout autant à qui viendra les commander.

Surtout si l’État met en scène la fusion collective, « cette camaraderie qui peut devenir un des plus terribles instruments de la déshumanisation – et qui le sont devenus entre les mains des nazis. (…) La camaraderie est partie intégrante de la guerre. Comme l’alcool, elle soutient et réconforte les hommes soumis à des conditions de vie inhumaines. Elle rend supportable l’insupportable. Elle aide à surmonter la mort, la souffrance, la désolation. Elle anesthésie. (…) Mais (…) recherchée et cultivée pour elle-même, pour le plaisir et l’oubli, elle devient un vice. Et qu’elle rende heureux pour un moment n’y change absolument rien. Elle corrompt l’homme, elle le déprave plus que ne le font l’alcool et l’opium. Elle le rend inapte à une vie personnelle, responsable et civilisée. Elle est proprement un instrument de décivilisation » p.418. Les manifs braillardes, les dégradeurs des permanences CFDT, les hooligans du foot, les djihadistes de Daech, tout ce qui veut le fusionnel au détriment de la personne avilit – et prépare au fascisme. « La camaraderie ne souffre pas la discussion : c’est une solution chimique dans laquelle la discussion vire aussitôt à la chicane et au conflit, et devient un péché mortel. C’est un terrain fatal à la pensée, favorable aux seuls schémas collectifs de l’espèce la plus triviale et auquel nul ne peut échapper car vouloir s’y soustraire reviendrait à se mettre au ban de la camaraderie » p.421.

Les huit causes du nazisme, pointées à chaud par Sebastian Haffner sont toujours présentes… Ne croyons pas que l’histoire ne repasse pas les plats : les êtres humains restent les mêmes, avec les mêmes schémas mentaux et les mêmes réactions viscérales. Soumission de Houellebecq avait un ancêtre : Histoire d’un Allemand de Haffner.

Pour savoir ce qui peut nous arriver prochainement, il faut lire ce livre.

Sebastian Haffner, Histoire d’un Allemand – souvenirs 1914-1933, 1939, publié en 2000 et complété en 2002, poche Babel 2004, 437 pages, €9.70

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Régression socialiste

A la question d’un sondage : « croyez vous que le parti aura le courage et la sagesse d’accélérer les réformes ? » 72,1% ont répondu NON. A la question de savoir si un développement « aux caractéristiques nationales » serait conforme aux intérêts de la majorité, 82,1% ont répondu NON. S’ils croyaient que « seul le parti serait capable de guider le peuple sur le chemin du socialisme idéal » 85,3% ont répondu NON. Décidément, le socialisme réel se porte mal… C’était le résultat d’un sondage auprès de 3000 personnes publié le 15 avril par le Quotidien du Peuple. Certes, le Parti communiste chinois n’est pas le Parti socialiste français, mais le premier a l’avantage d’être au pouvoir depuis 65 ans, tandis que le second ne connait pratiquement que l’opposition. Il devrait profiter de cet avantage pour être cru par les citoyens. Or il n’est est rien et ce sondage chinois pourrait s’appliquer tel quel en France…

Car un sondage français, France 2013 : les nouvelles fractures, observe l’opinion pessimiste, inquiète et défiante, qui bascule désormais dans le repli. « La France doit se protéger davantage du monde d’aujourd’hui ».  Si 55% des Français considèrent encore l’Europe comme un atout, ceux à faibles revenus (53%) et les classes moyennes (51%) considèrent que c’est un handicap.

  • On comprend pourquoi le discours de Marine Le Pen accroche : toute défiance publique profite au Front national !
  • On comprend aussi pourquoi le gouvernement socialiste garde un train de retard, la confiance se mérite or il ne fait pas ce qu’il faut : il augmente les impôts alors que les Français sont plutôt prêts dans ce sondage à faire des sacrifices personnels sur l’âge de la retraite et les jours de congé, et qu’ils exigent de plus en plus une réduction des dépenses publiques. Ils considèrent aussi majoritairement que les PME sont les seuls acteurs aptes à proposer aujourd’hui du constructif face à la crise (53% des Français et 51% des actifs). Les Montebourg et autres Moi-Je de gauche tradi ont tout faux : seule une minorité de Français considère désormais que l’État doit contrôler et réglementer plus les entreprises (44%, – 14 points)…

La présidence est devenue socialiste mais, sous les habits trop grands de la Ve République, Hollande apparaît plus comme « Guimauve le conquérant » que comme le président de tous les Français. Il continue à garder deux fers au feu, les « couacs » étant l’organisation de la Synthèse comme méthode de gouvernement. Mais un président n’est pas un chef de parti, au risque de se couper de la majorité des Français. Son programme était déjà flou (réduire le déficit, augmenter les impôts et la moraline ‘Moi président de la République’) – il fait le minimum.

  • Il a bien sûr augmenté impôts et taxes – mais sans rien réformer du millefeuille de l’organisation d’État.
  • Il a juré de « stabiliser » le chômage « à la fin de l’année » – mais après quelle hausse d’ici là ?
  • La taxation des plus-values de cession des entreprises, la taxe à 75%, le vocable de « minable » accolé aux riches qui quittent la France, les insultes aux patrons ou éventuels repreneurs étrangers pour Florange, Goodyear, Pétroplus, Dailymotion et autres, les leçons professorales aux industriels (Peugeot, Renault…), l’amnistie « sociale » pour les casseurs syndiqués – est-ce cela qui va encourager la reprise de sites ou le goût d’entreprendre ?

tomates

Où est l’avenir ? Qu’en est-il de l’Europe ? Quelles sont les vraies missions de l’État ? Où en est la réforme de la fiscalité ? On se demande vraiment ce qu’ont fait les énarques et autres apparatchiks du PS dans l’opposition. A part les querelles d’ego, pas grand-chose. Et il n’y a pas de grand Coordinateur pour faire aller dans une direction tout ce petit monde. La régression de la pensée socialiste se résume à longueur d’antennes à :

  • La crise ? Yaka taxer les riches et tordre le bras aux Allemands.
  • La croissance ? Yaka changer de logiciel et faire cracher les patrons.
  • Le chômage ? Yaka interdire les licenciements et embaucher une vague de fonctionnaires.
  • L’éducation, la formation ? Yaka créer des emplois jeunes et exiger des stages rémunérés (et « toujours plus de moyens… »).

C’est simple, non ? Les chiffres sont lancés dans les médias par les experts autoproclamés qui parlent d’une seule voix – hier de la réduction du temps de travail, aujourd’hui de la « relance » (sans budget). Pour un socialiste français, c’est toujours de la faute des autres, Sarkozy, la finance (à qui l’on fait curieusement risette depuis qu’on est au gouvernement), l’Europe allemande, l’austérité, les « riches »… Les réalités françaises ? européennes ? mondiales ? Cékoiça ? La « vraie réalité », pour un socialiste, c’est ce que la politique veut, non ?

Eh bien non… La réalité est ce qui oblige, et cette insupportable contrainte réfrène les soixantuitards enfants gâtés, aujourd’hui cinquantenaires immatures, d’exiger « tout, tout de suite ». La réalité, ils appellent ça « la pensée unique », quand ils sont intelligents. Mais si la pensée unique avait surtout raison parce que tout le monde avec Internet se parle, s’écoute et tombe d’accord sur l’essentiel ? Et s’il est dommage que la pensée reste trop longtemps unique, qu’elle est donc la nouvelle pensée socialiste ? Dix ans après Jospin, on attend toujours. Le peuple, lui, n’attendra pas pour rejeter aux poubelles de la politique ces incapables majeurs dans toutes les élections qui viennent.

Que veulent les socialistes pour la France ? Un pays de retraités ? Un pays-musée ? Un club Med pour riches Russes et Chinois à tondre ? Une liste de restaurants gastronomiques d’État (à TVA et cholestérol allégés) ? – Ou bien des idées neuves et un projet collectif cohérent et jeune pour adapter le pays au monde ? Mais 50% d’ex-profs au gouvernement, c’est trop : un prof dit ce qu’il faut faire, il ne le fait jamais. Les Français, tancés comme s’ils étaient en classe, osent s’y mettre en slip et tourner les clowns imbus d’eux-mêmes en dérision. Ce qui vient de se produire en Grande-Bretagne, la victoire du nouveau parti UKIP (United-Kingdom Independant Party), après le vote massif en faveur d’un comique en Italie, montre bien ce qui va arriver en France : la montée irrésistible de Marine Le Pen, sorteuse de sortants et recentrée souverainisme jacobin.

slip torse nu en classe

L’âge d’or où l’on restait entre soi à collecter aux frontières des taxes en franc exclusif qu’on pouvait redistribuer aux seuls nationaux et dévaluer quand besoin était fait rêver. Aujourd’hui les pensions se désindexent, les allocations familiales sont sous condition de ressources, la crise réduit le pouvoir d’achat, le chômage et les emplois précaires montent, les prélèvements obligatoires augmentent. Pourquoi les Français ne seraient-ils pas défiants envers les socialistes qui promettaient tout et son contraire sans avoir même pris conscience d’une crise ? Une étude Eurostat prouve que le gouvernement PS français est celui de l’Union européenne qui taxe le plus le capital.

  • Ce qui empêche (plus qu’ailleurs) les entreprises de garder un taux de marge suffisant pour investir, innover, exporter – et embaucher.
  • Ce qui empêche (plus qu’ailleurs) les ménages d’avoir un emploi, les jeunes d’obtenir un contrat à durée indéterminée et les seniors d’épargner pour une retraite qui pourtant s’amenuise.
  • D’autant que, du fait de son système archaïque et complexe, la France a les coûts de gestion retraite les plus élevés d’Europe.

Selon certains, Hollande « n’ose pas » assumer sa position sociale-démocrate. Il est vrai qu’il n’est déjà pas copain avec tous les syndicats, et que ceux-ci représentent très peu les salariés privés mais surtout les fonctionnaires. Même le social-jacobinisme, plus dans ses possibilités, est mal assumé : l’État se désengage, il ne peut pas tout mais l’Élysée laisse affirmer le contraire (Montebourg, Hamon, Duflot, etc.). Hollande fait de l’évitement sur tout. Il devrait être le président de tous les citoyens, il n’ose même pas le dire à la face des socialistes…

  • …Qui régressent intellectuellement en reprenant les vieux doudous du passé (dépense publique, dévaluation, nationalisations, antilibéraisme primaire, antigermanisme primaire, antiaméricanisme primaire, étatisme à tous les étages). Le pire fut quand ce brouillon de parti engueula Merkel. Le PS n’a toujours pas réglé le débat d’il y a 30 ans (que Mitterrand avait tranché en 1983) : le socialisme dans un seul pays ou l’arrimage européen. Les Allemands ont pointé avec raison « le désespoir dans lequel se trouvent les socialistes français du fait que, même un an après leur arrivée au pouvoir, ils ne trouvent aucune réponse convaincante aux problèmes financiers et économiques de leur pays ». Avant de donner des leçons au monde entier, balayer devant sa porte ; avant d’appeler à moins de « rigueur », commencer par réformer ses propres gaspillages d’État. On attend toujours !
  • …Qui régressent politiquement en tentant de revenir à cette bonne vieille « union » de la gauche que le reste de la gauche ne veut pas (ni Mélenchon, ni les communistes, ni une bonne part des Verts), pas plus que la majorité des Français – ce pourquoi ils ont choisi Hollande plutôt qu’Aubry. Qu’attend-t-il donc, le président François, pour gouverner selon les souhaits de cette majorité de Français, européens et centristes, ouverts à l’avenir et à l’international, soucieux de dépenser moins pour produire mieux ?

Un parti régressif, un président engourdi, un monde politique en déroute ? C’est la voie ouverte aux extrémismes.

Mais pas à gauche, les Français n’aiment la gauche que dans l’opposition. Les bobos immatures crieront au « fascisme », comme toujours, mais les nouveaux partis ont changé. La Ligue du nord l’avait osé en Italie, le Front national a suivi et désormais l’UKIP : ils ne se veulent pas extrémistes – seulement nationaux souverainistes.

Que feront les zélés zélus du PS en ce cas ? Comme le 10 juillet 1940, faute d’avoir pensé à temps ? Des 569 votants en faveur des pleins pouvoirs, 286 parlementaires avaient une étiquette de gauche…

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Social-individualisme

Article repris par Medium4You.

Terminé le national-socialisme, vive le social-individualisme ! Tel semble le message de notre époque, qui a remplacé les élans collectifs (pour le meilleur comme pour le pire – voir l’Iran) par des élans narcissiques, centrés sur l’individu. Le mouvement démocratique libère la personne des appartenances biologiques, claniques, sociales et même physiques. L’hérédité ne fait plus l’identité. Celle-ci devient multiple, construite tout au long de la vie, bariolée. Mais cela ne va pas sans risques.

Le premier risque est celui de la peur. La liberté fait peur car nombreux sont ceux qui ne savent qu’en faire, effrayés de devoir décider par eux-mêmes après avoir réfléchi. D’où cette régression réactionnaire vers un âge d’or, un Dieu qui commande, une religion qui prescrit en détail comment se comporter, un parti qui décide de la morale, des syndicats qui défendent obstinément les zacquis, un chef qui montre le chemin… Merah se croyait missionné d’Allah pour tuer de sang froid de jeunes enfants élevés dans une autre religion (sans même qu’on leur ait laissé le choix).

Le second risque, inverse, est celui de la démesure : tout est permis. La liberté devient la licence, l’émancipation le droit de faire ce qu’on veut, au gré des désirs les plus fous. On se marie entre gais, on baise avec n’importe quel « cochon », on tue sans assumer les suites (dans la série Poubelle la vie), on refuse l’Europe-contrainte, on nie les simples lois de l’économie, on refuse toute entrave au désir du tout tout de suite. Ainsi, l’éthylotest en voiture devient-il une contrainte insupportable, incitant un gouvernement de gauche à agir comme Chirac, président de droite : « je promulgue la loi mais je demande qu’on ne l’applique pas ». Pourquoi rendre légalement « obligatoire » l’éthylotest si ne pas en avoir n’emporte aucune conséquence ? Autant supprimer l’obligation pour n’en faire qu’un conseil de la Prévention routière. Mais non : jamais un gouvernement jacobin n’acceptera de laisser le choix à la société civile, il lui faut toujours énoncer le Bien.

Peur de la liberté, démesure de la licence, ces deux pôles semblent les tentations de la politique. La droite veut conserver, voire revenir sur les excès de libertés ou de réglementation. La gauche veut aller toujours plus de l’avant, faisant du « progressisme » un objectif en soi, sans but, sans définir un progrès vers quoi. La droite veut immobiliser le changement trop rapide de la société, la gauche veut chevaucher le mouvement social. Rien n’a changé en apparence, nous serions dans le clivage classique.

Mais ce serait trop simple, car en économie, c’est l’inverse. En France, la droite est pour s’adapter au monde qui bouge, la gauche frileuse pour résister des quatre fers à tout ce qui change. La gauche d’immobilisme et la droite de mouvement, c’est nouveau… mais rappelle les années 30, où le « progressisme » sort du collectif à gauche pour s’incarner dans l’individualisme, tandis que la droite l’investit massivement !

Cela en théorie, car droite et gauche se rejoignent au gouvernement. Hollande fait concrètement du Sarkozy, il n’y a que le style qui soit différent. Le résultat des élections est tiède, déplaisant à tous ceux de droite comme à tous ceux de gauche. Restent les raisonnables, de moins en moins nombreux, les européens de conviction, les centristes et les sociaux-(qui voudraient bien être)-démocrates – mais sans syndicats puissants.

La tentation de la politique sera donc de refaire du clivage entre droite et gauche. Comment ?fefe Lucile Butel

Depuis des décennies, la droite ne dit rien de l’avenir. De Gaulle montrait le chemin de l’indépendance et de la grandeur nationale, jusqu’à Giscard avec les réformes de mœurs devenues indispensables pour adapter le pays aux mœurs (divorce, avortement, égalité dans le couple, majorité à 18 ans). Mais Chirac n’a rien foutu, roi fainéant conservateur, médiatique anesthésiant. Sarkozy changeait d’avis de mois en mois, reniant ce qu’il affirmait d’abord, refusant d’abolir ce qu’il aurait dû, par exemple ISF et 35 heures, surfant en avant des médias pour faire tout seul l’actualité. Ni le somnifère ni le prozac ne sont de bons moyens de gouverner : la droite n’aurait-elle rien à proposer de plus équilibré ? Ni Chirac, ni Sarkozy, où sera le nouveau projet de société ? Bruno Le Maire, François Fillon, NKM ? Comme nul ne voit rien venir, certains ont la nostalgie du retour de Sarkozy.

Depuis des années, la gauche est restée hors du gouvernement. Elle n’assume donc qu’avec réticences et couacs répétés les « ajustements » nécessaires des promesses au réalisable, de l’idéal « de gauche » au quotidien concret. Promettant l’emploi pour tous dans quelques mois, elle ne réussit que le chômage pour tous par ses insultes aux créateurs d’entreprise, par sa pression fiscale sur les sociétés et sur « les riches » (de la classe moyenne), par sa posture anti-finance (malgré une réforme bancaire avortée) et son théâtre anti-repreneurs s’ils sont étrangers (Mittal, Taylor…). Après avoir accusé la TVA d’être « de droite », voici que la gauche va l’augmenter, après avoir accusé Sarkozy de « brader » les acquis de retraite, voici que la gauche va les remettre en cause, après avoir vilipendé la semaine de 4 jours, voilà que les syndicats d’enseignants vilipendent l’abolition de la semaine de 4 jours, après avoir juré que « jamais » il ne signerait le pacte de stabilité européen, voilà que le gouvernement de gauche le signe selon la version Sarkozy et les désirs allemands. C’est que la réalité des choses rattrape les grands discours abstraits – dans le même temps que l’individualisme narcissique se fiche du collectif comme de son premier slip. Le « Moi, président de la République, je serai irréprochable » nomme ses copains plutôt que des compétents (Jack Lang, Olivier Schrameck, Ségolène Royal…). Les rodomontades du Montambour (merci Alain Ternier pour cet heureux surnom) sonnent creux devant les nécessités industrielles de Florange, Pétroplus, Goodyear et du journal la Provence. Toujours, c’est le « moi je » qui règne et pas le collectif, plus de salaire au détriment de l’intérêt des élèves, plus de copains confort qui ne feront pas de vagues, plus de célébrité auprès de syndicats et de la gauche radicale.

La gauche délaisse alors l’économie où elle ne peut rien – que surveiller et punir (ce qui aggrave la crise) pour faire diversion dans le libéralisme… sociétal. Il répond au narcissisme moi-je d’époque et devrait faire dévier la ligne raisonnable de François Hollande en radicalisme anarchiste à la Beppe Grillo. C’est la vraie tentation de la gauche que de reconstituer du clivage en ce sens. En manipulant le politiquement correct, mariage gai, mères porteuses, droit de vote aux étrangers, toutes les revendications minoritaires deviennent des « droits » pour répondre au prurit d’égalité sans limites. Même les casseurs et autres agresseurs condamnés par la justice deviennent légitimes… s’ils sont syndicalistes ! Le gouvernement de gauche leur reconnaît une égalité supérieure aux citoyens ordinaires : ils peuvent impunément tabasser, casser, séquestrer, sans être condamnés pour autant. Il s’agit de « luttes sociales », donc permises. Un conseil aux maris jaloux ou autres vengeurs : prenez votre carte de la CGT, entraînez votre ennemi dans une manif et foutez lui sur la gueule : vous resterez impunis.

Mais les ouvriers déclinent, mondialisation et productivité obligent. Ceux qui restent délaissent la gauche, surtout le parti socialiste, au profit des fronts, d’ailleurs plus le national que le « de gauche ». Le socialisme perd alors son prétexte social pour changer de clients. Vive l’immigré et le bobo urbain ! Donnons le droit de vote aux étrangers, abolissons les genres, permettons toutes les provocations individualistes-narcissiques. Là est l’avenir puisque là serait « le progrès », induit par le mouvement social qui va sans but.

couple erotique

Le pire vient probablement d’avoir lieu avec le roman Iacub où culture s’abrège en cul tout court. Nous avons là le meilleur exemple de l’amoralité bobo de gauche : l’individualisme absolu, le narcissisme du désir exacerbé, l’aboutissement du libertaire revendiqué depuis Fourier en passant par mai 68. Entre adultes consentants, tout est permis s’il n’y a ni torture ni meurtre ; le désir violent d’être violée peut même se concevoir dans une démarche de jouissance jusqu’au bout (et très vit). On peut même rire de cette lutte pour la domination entre bourgeois cosmopolites mâle et femelle. Mais où serait l’information si le naming répété dans les médias ne constituait les ragots croustillants ? Où serait la « littérature » s’il ne s’agissait de la marque déposée DSK, « ex-Directeur du FMI, ex-candidat à la présidence de la République, ex-figure de la gauche socialiste » ? Le niveau s’abaisse au caniveau. Nul ne peut croire qu’on cherche la « sainteté » en devenant pute à « cochon ». A moins qu’il ne s’agisse de victimiser le prédateur pour renverser l’opinion ? Les victimes apitoient toujours… alors qu’un procès en prostitution a bientôt lieu à Lille.

Voilà de quoi renforcer à la fois le Front national et les islamistes ou cathos intégristes. Voilà de quoi séparer un peu plus le peuple et les élites, la classe moyenne familiale laborieuse et l’hyper-classe supérieure individualiste et riche. Comme à Athènes au IVème siècle : comme quoi le « progrès du mouvement social » est une idéologie qui n’a aucune consistance historique…

D’où mon pronostic (pas mon souhait) :

  • Les classes moyenne et populaire vont volontiers voter de plus en plus à droite (comme chez les Républicains américains) – tant mieux si la droite sait récupérer le raisonnable, l’Etat protecteur sans entraver l’initiative, le moindre gaspillage des deniers publics. Sinon ce sera le Front national qui va grossir.
  • La classe des élites mondialisée et des petits intellos « révolutionnaires » va voter de plus en plus à gauche, surfant sur l’individualisme narcissique – en cherchant à racoler les antisystème, immigrés, étrangers, gais-bi-trans-lesbiens, artistes, écolos, fonctionnaires et autres clients captifs de l’État-prébendes. Tant mieux si le hollandisme ne déçoit pas trop. Sinon les troupes pourraient bien conforter le PDG de Mélenchon, qui se verrait volontiers en Saint-Just appelant aux armes contre les riches et aux frontières contre Bruxelles.

La France pourrait connaître une évolution à l’américaine, avec une droite de plus en plus à droite mais refuge du collectif national, et une gauche de plus en plus anarchiste-bobo, exaspérée de tout est permis. Ce qui promet de prochaines élections intéressantes…

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