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Destination Cuba

Les États-Unis et Cuba pourraient rouvrir leurs ambassades avant le sommet des Amériques, au Panama, qui se tiendra les 10 et 11 avril. François Hollande devrait se rendre à Cuba… C’est assez pour me faire ressouvenir de mon voyage dans l’île Caraïbe, il y a quelques années. La fin de l’isolement de l’un des derniers pays « communistes » de la planète n’est pas encore pour demain, Fidel Castro se dresse toujours en statue du Commandeur ; mais la fin est proche. Évidemment, Cuba est sur la liste des États soutenant ou finançant le terrorisme ; son retrait de cette liste doit d’abord être soumis au Congrès, dont les deux chambres sont dominées par les Républicains – franchement hostiles au régime Castro. Mais une levée d’embargo profiterait à l’agriculture américaine : un million de tonnes de blé est acheté chaque année par Cuba au Canada et à l’Europe. Il serait moins cher de le transporter depuis la Floride, en face. De quoi susciter la convoitise capitaliste…

Fidel castro dictateur

Dans la navette aéroport, à Madrid, je repère deux minettes venues de Paris ; elles se rendent à La Havane. Elles sont « graves » comme dirait l’Adolescent : minaudantes, miaulantes, affichées, supersapées, électriques et narcissiques, elles veulent aller représenter Paris dans les îles. Leur conversation – assez fort pour que tous autour les entende – sinon ce n’est pas drôle – ne porte que sur les garçons : « et Untel, il t’a appelé ? Attend, je vais lui téléphoner. Et Machin ? » Leur but est d’aller tout prosaïquement se faire brancher par les bien montés coupeurs de cannes. S’offrir au tiers-monde, n’est-ce pas faire preuve d’abnégation « dans le vent » ? Le tee-shirt de l’une d’elle annonce la couleur : « Besame mucho !« . En espagnol, cela signifie quelque chose comme baise-moi à mort…

Nous arrivons alors qu’il est 5h du matin en France ; il n’est que 23h à La Havane. Le décalage horaire nous épuise car nous avons tous mal dormi dans l’avion bien rempli, trop serrés, environnés de bruit. Le vol a fait le plein à Madrid de tout un groupe d’Espagnols, des jeunes de 18 ou 19 ans en vacances. Ils sont à mi-année d’entrée en faculté ou en école de commerce, ils se connaissent tous et discutent par groupes. L’un de leur centre est un couple de madrilènes branchés, beaux comme des dieux et aussi à l’aise. Ils s’aiment, se caressent au vu de tous, mignons comme tout. Leur douceur attire les filles comme un aimant et les garçons par rivalité. Ils font cellule et sont en même temps de plain-pied avec les autres, parlant et riant, jouant aux cartes. L’amante porte des cheveux noirs coiffés à la Jeanne d’Arc, un body gris moule sa poitrine appréciable. L’amant a de beaux cheveux aux reflets vénitiens qui lui retombent en mèche sur le front. Il en joue d’un geste machinal et charmant pour les repousser en arrière. Il montre des avant-bras et des épaules de véliplanchiste, bien pris dans une chemise de vichy bleu. Ils apparaissent particulièrement juvéniles et vulnérables au milieu des autres, grands machos aux barbes déjà bleues ou executives femelles au physique de paysannes du Middle-west, qui les accompagnent.

Cuba carte notre circuit

L’aéroport de La Havane est conçu comme une publicité pour le régime. Il est clean, moderne et international – pas du tout « socialiste » comme on peut le redouter. Une aire de jeu pour tout-petits, côté départs, s’aperçoit par la vitre. En revanche, malgré le nombre de fonctionnaires présents aux innombrables guichets, la queue à l’immigration dure longtemps. Il leur faut vérifier le faciès de tous ces étrangers, comparer les passeports avec les listes « noires » établies pour détecter les « espions de la CIA », je suppose.

De l’autre côté, nous accueille un Sergio local parlant français. Il nous déclare être d’origine espagnole, pour se poser au-dessus des métissés, la grande hantise caraïbe. Placide et enveloppé, nous verrons qu’il aime parler ; il débite déjà son discours uniforme au micro, dans le car qui nous emmène à l’hôtel Kohly. Nous n’y passons qu’une nuit courte, de minuit à 5h. L’obscurité est ponctuée des rythmes de la boite de nuit de l’hôtel, en pleine activité hebdomadaire en ces heures du samedi au dimanche. Suivent, au petit matin, des cris et des rires exacerbés des danseurs qui vont se finir dans la piscine. On entend de grands splash et les réflexions de la meneuse, une fille à voix de ventre. Exaspération sensuelle, exténuation physique, rauquerie du désir, tout cela passe par les voix dans le silence de nos insomnies.

L’en-cas du petit déjeuner exige de ne pas être pressé car il arrive un à un, selon les commandes, et parcimonieusement. Le café est à l’italienne, dans des tasses minuscules, peu fait pour abreuver la soif matinale. Les tartines semblent venir de Madrid tant elles se font attendre. Le beurre en plaquettes, lui, est importé de France.

Un autre bus nous mène à l’aéroport domestique Waijay, pour le vol intérieur jusqu’à Santiago. Le jour se lève à peine, mais il monte vite. Nous sommes juste au-dessous du Tropique du Capricorne. Les rues de La Havane sont encore désertes dans le gris de l’aube. Il pleut un peu. Mais quelques personnes attendent déjà aux arrêts de bus et un vendeur de beignets s’installe dans sa guérite. Circulent de rares automobiles. Je remarque quelques vieilles américaines, mais pas aussi rutilantes que sur les photos du tourisme. En fait, La Havane les use plus vite que le reste du pays. Sur les murs, les seules publicités sont révolutionnaires.

Cuba slogans revolutionnaires

Avec ses syllabes pleines et ses voyelles qui claquent, l’espagnol sonne ferme et définitif. Le slogan remplace la réflexion, ne reculant pas devant le jeu de mots ou l’association d’idées. Hasta la victoria (jusqu’à la victoire, phrase favorite du Che) sonne comme Hasta la vista (au revoir) ! Nous longeons des maisons basses entourées de quelques arbres qui ont l’âge de la Révolution, parfois munies d’un patio ouvert sur la rue. La banlieue près de l’aéroport domestique s’achève en casernes, usines et baraques. De jour, le soleil brille sur tout cela et donne un air riant aux choses. Dans l’atmosphère d’aquarium de cette aube au ciel bas, cette banlieue nous semble plutôt glauque, comme un bricolage fatigué. L’activisme factice remplace l’enthousiasme déclinant comme ce « Vive le Nième anniversaire de la Révolution ! » qui orne le mur face à l’entrée de l’aéroport domestique.

descamisados cuba

Françoise se dit « linguiste », ce qui fait quand même plus distingué que « prof d’anglais », vous ne trouvez pas ? Elle avoue d’ailleurs avoir des copies à corriger dès son retour… Mais elle angoisse. Elle ne sait pas si le passeport qu’elle présente « est le bon » (en a-t-elle un « vrai-faux » dans une autre poche ?). Elle s’aperçoit qu’elle n’a pas d’« autre gourde » (en dehors d’elle, je suppose ?), ni de canif, alors qu’elle s’est inscrite dans un groupe de randonnée ! Une Anne-Laure a les yeux à fleur de tête et le museau froncé d’un pékinois. C’en est irrésistible, d’autant qu’elle en a la naïveté hargneuse. Elle consulte en marketing et semble vouloir dès la première heure « prendre le groupe en main ». Elle occupe n’importe quel silence que lui laisse (parcimonieusement) Françoise pour nous raconter tout ce qui pourrait lui permettre de se présenter à son avantage. Ainsi, elle a « des amies cubaines » et vient ici souvent, parfois avec son frère qui a vaguement des idées révolutionnaires. Elle-même habite le 8ème arrondissement de Paris et est assistante en marketing pour une boite chic du boulevard Haussmann. En général, elle commence ses interventions de consultante en lançant à chaque patient un ballon tout en lui criant des insultes (passionnant !). Elle n’a pas pris le même avion que nous car elle « voulait voir ses amies » et a pris plutôt « un vol direct Air France », un jour plus tôt, qui ne lui a rien coûté avec les miles qu’elle a accumulé dans ses déplacements professionnels… C’en est saoulant ! Les autres sont plus discrets ; un Philippe deviendra même un ami.

Deux décollages et une escale plus tard, nous voici à l’aéroport de Santiago de Cuba. Il y fait chaud bien qu’une brise réussisse à descendre du nord. Sur le bord de la route, un petit à la main de son père en a ôté son tee-shirt. Nous nous apercevrons bien vite que cette attitude de quitter la chemise est très courante ici – se poser en Descamisado fait éminemment révolutionnaire ! Les automobiles qui circulent ici sont des Lada ou des Moskvitch ; les plus récentes sont japonaises. Je note quelques Fiat, Renault et Citroën. Un bus accordé à notre groupe nous pique au sortir de l’avion. Le chauffeur se prénomme Ricardo.

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Stéphanie, Des cornichons au chocolat

stephanie des cornichons au chocolat
Philippe Labro a avoué en 2007 avoir lui-même écrit ce journal intime d’une ado de 13 ans. Même avec les clichés de langage d’époque et les tournures de phrases typiques, l’écriture était trop belle pour être véridique, même si certains ados écrivent bien dans l’émotion de leur âge. Écrivaient, devrais-je dire car une génération a passé et l’Internet a tout bouleversé de la culture et de l’expression. Les ados d’aujourd’hui ne lisent que le minimum scolaire requis, n’écrivent plus aucune lettre – encore moins un journal intime. Tout se passe sur fesses-book (où l’on se montre), plus récemment sur SnapShot (dont on croyait naïvement que les photos s’autodétruisaient au bout de 10 secondes) et sur d’autres sites. Le journal intime est le portfolio des images de soi, le texte a disparu.

Rescapé de l’époque précédente, de l’âge de l’écrit, ce livre court est un Attrape-cœur à la française. Labro joue au Salinger avec une autre génération d’écart, sauf que son personnage n’est pas garçon de 16 ans mais fille de 13. Comme toujours pour l’adonaissance, le romantisme se porte bien et le livre se lit d’un trait. Stéphanie est une collégienne dont presque toutes les copines à la Ferme (le collège) « les ont » (les règles). Pas elle et cela la travaille, d’où cet exercice de selfie par écrit, comme on faisait avant. Qui suis-je ? Où vais-je ? Suis-je normale ? Entre Garfunkel le chat Blue-Point et l’Autre, un collégien plus jeune atteint de myopathie, la très jeune fille ère, solitaire, sans mamie ni papi, entre un père très souvent absent « pour affaires » et une mère midinette égoïste.

C’est surtout aujourd’hui le portrait en creux de cette génération adulte en 1983 – la génération Mitterrand – qui apparaît cruel avec le recul. Les soixantuitards hédonistes ne pensent qu’à eux-mêmes, narcissiques et jeunistes, se moquant pas mal des états d’âme de leur progéniture ; Stéphanie distingue les Gens Heureux (un brin cathos tradis) des parents qui s’en foutent, divorçables (comme les siens) ou divorcés (comme beaucoup de ses copines). Ils s’habillent frime pour faire américains dans le vent, plus jeunes que leur âge qui déjà les avachit ; ils courent et transpirent en salle de gym pour apparaître « en forme » mais signent toutes les dispenses de sport pour le collège ; ils « adorent » manger italien mais par flemme, car la pizza et les pâtes sont vite faites ; ils accumulent des livres sans jamais les lire et vont en vacances à Méribel et à Deauville parce que cela fait chic. Ils considèrent que leur fille est « autonome » et qu’elle « s’assume », mots à la mode pour signifier qu’elle reste souvent toute seule. Ils sont pitoyables, égocentrés, contradictoires, tout leur est permis et seul le présent compte. Les parfaits « bobos » de la génération fric et frime née dans les années 60 et adultes sous la gauche au pouvoir.

Leur adolescente de 13 ans est malheureuse et ne trouve que la fugue pour leur remettre les yeux en face des trous. Comme chez Salinger, le happy end est de rigueur, non sans tragédie pour le chat, symbole d’enfance. Le journal commence avec les règles que toutes ont mais pas Elle, et se termine avec les règles enfin survenues, et une certaine maturité avec. La fin des cornichons au chocolat, dont on apprend chapitre 27 pourquoi : « j’aime les cornichons avec les chocos, parce que la vie que j’ai vécue jusqu’ici, c’est du cornichon et du chocolat, parfois ça fait mal, parfois c’est doux, parfois c’est piquant, parfois c’est agréable, et c’est tout ça qui fait que ma vie elle est comme elle est ».

Les parents d’aujourd’hui ne sont plus autant égoïstes, ils sont plus attentifs à leurs enfants – parfois trop à l’adolescence. Mais « l’âge bête » reste ce qu’il a toujours été, ces hauts et bas permanents d’excitation et d’abattement, d’élans et de déprime, de sentiments éthérés et d’aigu réalisme. Ce roman a passé les années sans presque aucune ride, tout comme l’Attrape-cœur.

Stéphanie – alias Philippe Labro, Des cornichons au chocolat, 1983, Livre de poche 2008, 251 pages, €5.32

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Blaise Cendrars, L’homme foudroyé

blaise cendrars l homme foudroye

Blaise Cendrars, pseudonyme plumitif de Freddy Sauser, Suisse devenu français par la Légion étrangère durant la « grande » guerre patriotique imbécile 14-18 où il a perdu le bras droit, enfui de chez lui à 15 ans pour courir le monde, ne pouvait plus écrire depuis 1940. L’effondrement français l’avait déprimé au-delà de toute attente. L’apocalypse était pour demain, entre l’hystérie d’Hitler, la sénilité de Pétain, les bombardements anglo-américains et le nivellement totalitaire soviétique. Réfugié à Aix durant l’Occupation, il s’est aussi réfugié dans l’écriture, contant ses aventures – réelles et embellies – comme il savait le faire depuis tout petit. Cendrars est un conteur d’histoire.

Cendrars n’est pas Drieu : la fin du monde n’est pas la fin du sien. Il jouit des corps, des amitiés, de la bonne chère et du vin ; il jouit du paysage, des senteurs provençales et de la complicité du chien. Il se fait animal pour mieux être humain – puisque les humains sont devenus bêtes sous la Bête immonde. Animal, on est bien, l’inverse de la bluette sentimentale du temps de paix. Ce pourquoi ces « souvenirs » font fi de la chronologie et de l’espace. Ils montent comme des bulles de bonheur enclos dans un monde extérieur volontairement ignoré. La N10 se prolonge jusqu’au Brésil. Rien n’est plus beau que de prendre la route, rouler devant soi, à 160 à l’heure. Pas de limites, ni de vitesse, ni d’imaginaire ; le monde vous appartient.

« D’où me vient ce grand amour des simples, des humbles, des innocents, des fadas et des déclassés ? » Peut-être de la grande guerre patriotique imbécile, célébrée par notre temps ignorant. « Ça oui. La guerre, c’est la misère du peuple. Depuis, j’en suis… » (Pléiade p.464-465). La guerre qui foudroie, la guerre qui fait trouver foudre tout ce qui survient ensuite : l’amour coup de foudre, l’incendie déchaîné, la nuit d’écriture magique à Méréville, la loi gitane du talion… Tout est brutal, immense, immédiat. Le sommet de la guerre est la bombe atomique, foudre sans retour ; alors que la débâcle foudroyante de juin 40 peut entraîner la résilience. Blaise Cendrars doit désormais vivre entre deux coups de foudre.

L’auteur évoque Fernand Léger, Gustave Le Rouge, Édouard Peisson, André Gaillard. Il a connu les surréalistes à Paris, qu’il n’aime pas : « ces jeunes gens que je traitais d’affreux fils de famille à l’esprit bourgeois, donc arrivistes jusque dans leurs plus folles manifestations » p.277. Pas grand-chose n’a changé malgré le siècle qui a passé… Les petits intellos narcissiques continuent de se voir grands.

Cendrars revit dans la maison de l’Escarayol, au-dessus de la calanque de La Redonne près de Marseille. Il ne travaille pas, il assimile ; la nature travaille pour lui à accumuler les sensations avant d’en faire des mots. Et le lecteur d’aujourd’hui lira avec bonheur cette image bien ternie aujourd’hui des calanques désertes, réservées aux pêcheurs et aux rares initiés, ses auberges à poissons et au jeu de boules. Suivent quatre rhapsodies gitanes où l’exotisme aux portes de Paris se double de l’exotisme d’un peuple gitan hors du temps, éternel errant, dominé en tribu par une Mère, où les fils sont rois et où les filles baisent naturellement vers 12 ans. Une sorte de mythe du « bon » sauvage aux mœurs claniques et brutales, mais immuables. L’humain éternel, l’humain réel, l’auteur divague entre les deux, mêlant fortifs et pampa, France et Brésil, gitans de la zone et métis du Sertao.

« Écrire, c’est se consumer », écrit-il au début de l’œuvre (Pléiade p.171). Comme le Phénix : être foudroyé pour renaître neuf, tout entier. Ce « roman » tissé d’aventures personnelles, écrit durant l’occupation nazie d’une France débilitée, est un message de vie. La déprime ne dure jamais si vous laissez l’énergie vitale vous envahir, toute simple ; si vous laisser émerger ces joies sans cesse renouvelées des sensualités, des sentiments et du sublime en chaque jour.

Il est bon de relire Blaise Cendrars en ces temps de gris, parmi ces auteurs qui tournent en boucle dans leur abstraction, trop souvent secs de psychologie mal digérée, d’hégélianisme et autre pose intellectuelle rassise. Blaise Cendrars est vivant.

Blaise Cendrars, L’homme foudroyé, 1945, Folio 1973, 448 pages, €7.79

Blaise Cendrars, Œuvres autobiographiques complètes tome 1, sous la direction de Claude Leroy, Gallimard Pléiade 2013, 974 pages, €57.00 

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Argoul.com a trois ans

Créé après 6 ans d’expérience et près de 3 millions de visiteurs sur lemonde.fr (2004-2010), le blog argoul.com sur WordPress a attiré plus de 823 000 visiteurs en 3 ans (2010-2013) – soit une moyenne de 1236 par jour depuis l’origine – sur près de 1400 billets. Le blog est aujourd’hui suivi par près de 850 followers. Chaque année voit une progression, due au nombre de notes pouvant faire l’objet de requête, mais aussi à la notoriété du clic à clic (version contemporaine du bouche à oreille ou de l’antique téléphone arabe). Les quelques 61 000 spams bloqués jusqu’ici par le système (entre 150 et 300 par jour ces temps-ci) montrent que le blog est désormais référencé sur l’ensemble de la toile, dans le monde entier.

vahine seins nus sourire

Les principales interrogations qui aboutissent à une visite sur le blog sont les suivantes :

  • nue                                                         5 937
  • zone euro                                             5 459
  • argoul                                                   4 880
  • fille nue                                                3 320
  • seins nus                                              3 222
  • bisounours                                          2 970
  • vahiné                                                   2 853
  • vahine                                                   2 101
  • tahitienne nue                                   2 031
  • pont des amoureux paris             1 944
  • cul                                                          1 885
  • argoul.com                                          1 757
  • marine le pen                                      1 594
  • vahine nue                                           1 495
  • seins                                                       1 314
  • vahiné x                                               1 094
  • vahiné nue                                           1 088
  • génocide arménien                             999
  • pont des arts                                         870
  • fille nu                                                     852
  • cadavre                                                   794
  • vahine tahiti                                          792

On le voit, c’est surtout le sexe, donc les images, qui attirent le plus de passages. Ce n’est pas nouveau, mais autant épicer un billet culturel ou un peu aride par une « belle image », cela fera peut-être lire quelques paragraphes. Tahiti est à l’honneur, pour le mythe des vahinés (la réalité est plus triste…). Mais il y a aussi le phénomène des cadenas du Pont des arts à Paris et l’autre fantasme (morbide) de Marine Le Pen ou du génocide arménien. Le terme « cadavre » est à l’honneur, mis récemment à la mode par le président et toute l’Éducation Nationale qui célèbrent la guerre joyeuse de 14-18. De quoi rendre encore plus optimiste les jeunes Français…

Ces requêtes par images et mots-clés expliquent les référant depuis l’origine :

  • Search Engines                                 522 970
  • Facebook                                              2 569
  • jlhuss.blog.lemonde.fr                       800
  • jlhuss.com                                               585
  • medium4you.be                                   578
  • google.fr                                                  408
  • paperblog.fr                                           397
  • argoul.blog.lemonde.fr                      351
  • fr.wikipedia.org                                    329
  • forumdesforums.com                        299
  • sfr.fr/recherche/                                 283
  • niduab.over-blog.com                        272

Je me suis amusé à relever quelques requêtes parmi les plus originales – avec leur orthographe approximative respectée. Je n’ai évidemment posté aucun billet sur ce genre de sujet, mais les mots-clés sont traîtres : ils attirent. La créativité est le fait des ados, probablement des garçons. Il y a les narcissiques qui aiment à se contempler en leur miroir et à se comparer aux « canons » y compris par « l’obligation » de rester torse nu, les pratiques qui cherchent des trucs utiles y compris les « merveilles que Dieu a créées » dont… les « mignons » (?), les fantasmes où la nudité joue le rôle principal (le fait d’être exposée, pas un acte sexuel), enfin les émois physiques à base de pieds nus, de pantalon sans slip, de torture, d’être torse nu en classe, de se bagarrer nue, et ainsi de suite. Non sans contradiction, comme ce « nudiste en slip » dont on ne voit pas trop comment il peut se montrer nudiste tout en restant habillé… Ou ce « nue structurel » venu(e) tout droit de la langue de bois des manuels scolaires : un membre (pas trop rigide) de l’Éducation nationale pourrait-il nous éclairer à ce sujet ?

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Ados pratiques

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Émois physiques ados

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  • l’amour dans un jardin public
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Mais c’était pour l’amusement. Ce qui importe plus à l’auteur du blog est d’observer les billets qui ont été repris et envoyés. Le blog a connu en 3 ans plus de 2400 « partages » surtout sur Facebook (950), StumbleUpon (377), Twitter (239), Reddit (187), Digg (183), LinkedIn (181), Pinterest (129), Tumble (119) et Google (89).

Les articles les plus partagés sont :

  • Retour à Reykjavik                                                105
  • La Néerlandaise de Charleville, Australie      74
  • Prédire ou prévoir ?                                                74
  • Facebook ou le monde bisounours                   64
  • Les risques boursiers de mars                             58
  • Annie Ernaux, Les années                                     52
  • Cascades de la côte sud d’Islande                      49
  • Brisbane, son port, ses monts et train             49
  • Dîner sympathique                                                  45
  • Michelet et l’éducation politique                       42
  • Nicolas Sarkozy aux abois                                    39
  • Vers une démocratie écologique ?                    38
  • Cow boys australiens vers Mount Isa               34
  • Éolien, le psychodrame à la française              33
  • Les hommes supérieurs de Nietzsche              30
  • Alix, La cité engloutie                                             26
  • Jacqueline de Romilly, la Grèce antique        26

On le voit, ce sont les lieux de voyage, la littérature et la politique, parfois la gastronomie, qui occupent la meilleure place. Je me pose quand même la question sur la popularité (tant en image qu’en note) des Bisounours : est-ce parce qu’un jour François Hollande en a parlé et que l’animal lui colle bien au caractère ?

La popularité des catégories d’articles est de même :

  • livres           797
  • polynésie     465
  • sexe                430
  • filles                370
  • amour            369
  • nature            365

2013 11 argoul stat depuis origine

Les articles les plus commentés sont sur les mêmes sujets : Mélenchon entre Péguy et Doriot, Scoutisme un siècle d’aventures, Camus Les Justes, Réussir sa vie, Facebook ou le monde bisounours, Cataclysme japonais et changement de civilisation, Social-individualisme, Pour une économie politique, Pourquoi Céline était antisémite, Le Pen lance sa Marine et Nietzsche et la religion selon Camus.

Dans moins d’un an, il devrait atteindre le million. Merci de ces encouragements, lecteurs !

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Social-individualisme

Article repris par Medium4You.

Terminé le national-socialisme, vive le social-individualisme ! Tel semble le message de notre époque, qui a remplacé les élans collectifs (pour le meilleur comme pour le pire – voir l’Iran) par des élans narcissiques, centrés sur l’individu. Le mouvement démocratique libère la personne des appartenances biologiques, claniques, sociales et même physiques. L’hérédité ne fait plus l’identité. Celle-ci devient multiple, construite tout au long de la vie, bariolée. Mais cela ne va pas sans risques.

Le premier risque est celui de la peur. La liberté fait peur car nombreux sont ceux qui ne savent qu’en faire, effrayés de devoir décider par eux-mêmes après avoir réfléchi. D’où cette régression réactionnaire vers un âge d’or, un Dieu qui commande, une religion qui prescrit en détail comment se comporter, un parti qui décide de la morale, des syndicats qui défendent obstinément les zacquis, un chef qui montre le chemin… Merah se croyait missionné d’Allah pour tuer de sang froid de jeunes enfants élevés dans une autre religion (sans même qu’on leur ait laissé le choix).

Le second risque, inverse, est celui de la démesure : tout est permis. La liberté devient la licence, l’émancipation le droit de faire ce qu’on veut, au gré des désirs les plus fous. On se marie entre gais, on baise avec n’importe quel « cochon », on tue sans assumer les suites (dans la série Poubelle la vie), on refuse l’Europe-contrainte, on nie les simples lois de l’économie, on refuse toute entrave au désir du tout tout de suite. Ainsi, l’éthylotest en voiture devient-il une contrainte insupportable, incitant un gouvernement de gauche à agir comme Chirac, président de droite : « je promulgue la loi mais je demande qu’on ne l’applique pas ». Pourquoi rendre légalement « obligatoire » l’éthylotest si ne pas en avoir n’emporte aucune conséquence ? Autant supprimer l’obligation pour n’en faire qu’un conseil de la Prévention routière. Mais non : jamais un gouvernement jacobin n’acceptera de laisser le choix à la société civile, il lui faut toujours énoncer le Bien.

Peur de la liberté, démesure de la licence, ces deux pôles semblent les tentations de la politique. La droite veut conserver, voire revenir sur les excès de libertés ou de réglementation. La gauche veut aller toujours plus de l’avant, faisant du « progressisme » un objectif en soi, sans but, sans définir un progrès vers quoi. La droite veut immobiliser le changement trop rapide de la société, la gauche veut chevaucher le mouvement social. Rien n’a changé en apparence, nous serions dans le clivage classique.

Mais ce serait trop simple, car en économie, c’est l’inverse. En France, la droite est pour s’adapter au monde qui bouge, la gauche frileuse pour résister des quatre fers à tout ce qui change. La gauche d’immobilisme et la droite de mouvement, c’est nouveau… mais rappelle les années 30, où le « progressisme » sort du collectif à gauche pour s’incarner dans l’individualisme, tandis que la droite l’investit massivement !

Cela en théorie, car droite et gauche se rejoignent au gouvernement. Hollande fait concrètement du Sarkozy, il n’y a que le style qui soit différent. Le résultat des élections est tiède, déplaisant à tous ceux de droite comme à tous ceux de gauche. Restent les raisonnables, de moins en moins nombreux, les européens de conviction, les centristes et les sociaux-(qui voudraient bien être)-démocrates – mais sans syndicats puissants.

La tentation de la politique sera donc de refaire du clivage entre droite et gauche. Comment ?fefe Lucile Butel

Depuis des décennies, la droite ne dit rien de l’avenir. De Gaulle montrait le chemin de l’indépendance et de la grandeur nationale, jusqu’à Giscard avec les réformes de mœurs devenues indispensables pour adapter le pays aux mœurs (divorce, avortement, égalité dans le couple, majorité à 18 ans). Mais Chirac n’a rien foutu, roi fainéant conservateur, médiatique anesthésiant. Sarkozy changeait d’avis de mois en mois, reniant ce qu’il affirmait d’abord, refusant d’abolir ce qu’il aurait dû, par exemple ISF et 35 heures, surfant en avant des médias pour faire tout seul l’actualité. Ni le somnifère ni le prozac ne sont de bons moyens de gouverner : la droite n’aurait-elle rien à proposer de plus équilibré ? Ni Chirac, ni Sarkozy, où sera le nouveau projet de société ? Bruno Le Maire, François Fillon, NKM ? Comme nul ne voit rien venir, certains ont la nostalgie du retour de Sarkozy.

Depuis des années, la gauche est restée hors du gouvernement. Elle n’assume donc qu’avec réticences et couacs répétés les « ajustements » nécessaires des promesses au réalisable, de l’idéal « de gauche » au quotidien concret. Promettant l’emploi pour tous dans quelques mois, elle ne réussit que le chômage pour tous par ses insultes aux créateurs d’entreprise, par sa pression fiscale sur les sociétés et sur « les riches » (de la classe moyenne), par sa posture anti-finance (malgré une réforme bancaire avortée) et son théâtre anti-repreneurs s’ils sont étrangers (Mittal, Taylor…). Après avoir accusé la TVA d’être « de droite », voici que la gauche va l’augmenter, après avoir accusé Sarkozy de « brader » les acquis de retraite, voici que la gauche va les remettre en cause, après avoir vilipendé la semaine de 4 jours, voilà que les syndicats d’enseignants vilipendent l’abolition de la semaine de 4 jours, après avoir juré que « jamais » il ne signerait le pacte de stabilité européen, voilà que le gouvernement de gauche le signe selon la version Sarkozy et les désirs allemands. C’est que la réalité des choses rattrape les grands discours abstraits – dans le même temps que l’individualisme narcissique se fiche du collectif comme de son premier slip. Le « Moi, président de la République, je serai irréprochable » nomme ses copains plutôt que des compétents (Jack Lang, Olivier Schrameck, Ségolène Royal…). Les rodomontades du Montambour (merci Alain Ternier pour cet heureux surnom) sonnent creux devant les nécessités industrielles de Florange, Pétroplus, Goodyear et du journal la Provence. Toujours, c’est le « moi je » qui règne et pas le collectif, plus de salaire au détriment de l’intérêt des élèves, plus de copains confort qui ne feront pas de vagues, plus de célébrité auprès de syndicats et de la gauche radicale.

La gauche délaisse alors l’économie où elle ne peut rien – que surveiller et punir (ce qui aggrave la crise) pour faire diversion dans le libéralisme… sociétal. Il répond au narcissisme moi-je d’époque et devrait faire dévier la ligne raisonnable de François Hollande en radicalisme anarchiste à la Beppe Grillo. C’est la vraie tentation de la gauche que de reconstituer du clivage en ce sens. En manipulant le politiquement correct, mariage gai, mères porteuses, droit de vote aux étrangers, toutes les revendications minoritaires deviennent des « droits » pour répondre au prurit d’égalité sans limites. Même les casseurs et autres agresseurs condamnés par la justice deviennent légitimes… s’ils sont syndicalistes ! Le gouvernement de gauche leur reconnaît une égalité supérieure aux citoyens ordinaires : ils peuvent impunément tabasser, casser, séquestrer, sans être condamnés pour autant. Il s’agit de « luttes sociales », donc permises. Un conseil aux maris jaloux ou autres vengeurs : prenez votre carte de la CGT, entraînez votre ennemi dans une manif et foutez lui sur la gueule : vous resterez impunis.

Mais les ouvriers déclinent, mondialisation et productivité obligent. Ceux qui restent délaissent la gauche, surtout le parti socialiste, au profit des fronts, d’ailleurs plus le national que le « de gauche ». Le socialisme perd alors son prétexte social pour changer de clients. Vive l’immigré et le bobo urbain ! Donnons le droit de vote aux étrangers, abolissons les genres, permettons toutes les provocations individualistes-narcissiques. Là est l’avenir puisque là serait « le progrès », induit par le mouvement social qui va sans but.

couple erotique

Le pire vient probablement d’avoir lieu avec le roman Iacub où culture s’abrège en cul tout court. Nous avons là le meilleur exemple de l’amoralité bobo de gauche : l’individualisme absolu, le narcissisme du désir exacerbé, l’aboutissement du libertaire revendiqué depuis Fourier en passant par mai 68. Entre adultes consentants, tout est permis s’il n’y a ni torture ni meurtre ; le désir violent d’être violée peut même se concevoir dans une démarche de jouissance jusqu’au bout (et très vit). On peut même rire de cette lutte pour la domination entre bourgeois cosmopolites mâle et femelle. Mais où serait l’information si le naming répété dans les médias ne constituait les ragots croustillants ? Où serait la « littérature » s’il ne s’agissait de la marque déposée DSK, « ex-Directeur du FMI, ex-candidat à la présidence de la République, ex-figure de la gauche socialiste » ? Le niveau s’abaisse au caniveau. Nul ne peut croire qu’on cherche la « sainteté » en devenant pute à « cochon ». A moins qu’il ne s’agisse de victimiser le prédateur pour renverser l’opinion ? Les victimes apitoient toujours… alors qu’un procès en prostitution a bientôt lieu à Lille.

Voilà de quoi renforcer à la fois le Front national et les islamistes ou cathos intégristes. Voilà de quoi séparer un peu plus le peuple et les élites, la classe moyenne familiale laborieuse et l’hyper-classe supérieure individualiste et riche. Comme à Athènes au IVème siècle : comme quoi le « progrès du mouvement social » est une idéologie qui n’a aucune consistance historique…

D’où mon pronostic (pas mon souhait) :

  • Les classes moyenne et populaire vont volontiers voter de plus en plus à droite (comme chez les Républicains américains) – tant mieux si la droite sait récupérer le raisonnable, l’Etat protecteur sans entraver l’initiative, le moindre gaspillage des deniers publics. Sinon ce sera le Front national qui va grossir.
  • La classe des élites mondialisée et des petits intellos « révolutionnaires » va voter de plus en plus à gauche, surfant sur l’individualisme narcissique – en cherchant à racoler les antisystème, immigrés, étrangers, gais-bi-trans-lesbiens, artistes, écolos, fonctionnaires et autres clients captifs de l’État-prébendes. Tant mieux si le hollandisme ne déçoit pas trop. Sinon les troupes pourraient bien conforter le PDG de Mélenchon, qui se verrait volontiers en Saint-Just appelant aux armes contre les riches et aux frontières contre Bruxelles.

La France pourrait connaître une évolution à l’américaine, avec une droite de plus en plus à droite mais refuge du collectif national, et une gauche de plus en plus anarchiste-bobo, exaspérée de tout est permis. Ce qui promet de prochaines élections intéressantes…

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