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Château Saint-Pierre de Fenouillet

Nous quittons l’accueil paysan dans un paysage humide des pâturages de Haute Corbières au vent établi. Nous montons dans les alpages parmi les génisses à robe grise, puis dans la forêt de feuillus (hêtres et chênes) dont le chemin est amorti de feuilles mortes. La grimpée est rude jusqu’au plateau, au-dessus duquel roulent les nuages échevelés par un vent violent. Nous aurions pu apercevoir le puech de Bugarach, pas loin à vol d’oiseau, trop connu pour sa position imaginée dans le calendrier maya, mais il reste dans la brume.

pature abandonnee caudies

La resdescente sur l’autre versant passe par une pâture abandonnée depuis la mobilisation de 1914, malgré une tentative de retour à la terre dans les années 70. Le lieu est trop isolé, trop dur à vivre. À l’estive, vaches à lait et chevaux de randonnée sont mis au pâturage, mais le berger ne monte qu’une fois tous les deux ou trois jours pour faire son inspection. De la ferme de 1914 ne subsistent que les murs, et un petit engin chenillé post-68, un étang devant et une belle allée de frênes.

chevaux pature libre

Nous joignons la vallée par « le chemin du facteur » qui passe par les bois, un pierrier et un plat. Nous pique-niquons au soleil qui revient. Seul le vent n’a pas faibli et fait siffler la cime des pins sylvestres. Le « bar » nous attend à Caudiès-de-Fenouillèdes, la fontaine publique à trois becs juste au-dessous de la mairie.

caudies de fenouilledes

Un lion de bronze, qui la surmonte, est dédié au fondateur de l’arrosage, Casimir Benet Hoche, maire de Caudiès né en 1811.

casinir benet hoche maire de caudies

Le village traversé, dont la ligne de chemin de fer touristique peu passante en cette saison, le chemin monte dans la forêt vers Notre-Dame de Laval, dont le parc a servi de terrain de jeux aux ados cathos jusque dans les années 1960.

foret notre dame de laval

Aujourd’hui désertée faute de scouts, elle est le point de départ du chemin de la gorge Saint-Jaume, une fente de calme et de fraîcheur en sous-bois. Il faut faire attention où l’on met les pieds car le chemin est parfois entamé sur ses bords et nulle photo ne doit être faite sans s’arrêter, sous peine de choir dans le ravin.

gorges sainte jaume

Le château vicomtal de Saint-Pierre surmonte le village de Fenouillet quasi désert, sauf un chien qui promène en laisse son maître. L’église est fermée et le château s’étale en ruines éparses sur la hauteur, un vrai catharnaüm ; nous n’y montons pas. Il est construit sur le modèle du castrum, qui incluait le donjon du seigneur (enceinte haute) et les maisons du village entourée d’une enceinte basse. Tout le monde s’y côtoyait.

fenouillet chateau de st pierre

Sur la hauteur en face, un autre château dresse ses ruines, celui de Sabarda. Il a supplanté le premier avant d’être lui aussi délaissé lorsque les temps furent venus.

fenouillet chateau de sabarda

Il nous reste à monter un quart d’heure dans la forêt pour trouver la piste qui mène au gîte d’Aygues-Bonnes (les bonnes eaux) à 5 km de là, sis à 630 m d’altitude. La piste est plate, creusée d’ornières et de virages, elle sent bon la résine mais reste fastidieuse à parcourir en fin de journée. Nous aurons parcouru 25 km et 1000 m de dénivelés cumulés aujourd’hui. Le gîte est un hameau de trois fermes dans un vallon au bout de tout, à 10 km de Puylaurens. L’accueil y est aussi « paysan », mais plus aimable qu’hier. On me sert du sirop de menthe à l’arrivée, deux gros chiens et un panneau indiquent que je suis au bon endroit.

Nous avons beaucoup de place et les filles décident de faire gîte à part dans une autre pièce. Nous dormons à l’étage d’un loft dont le rez-de-chaussée comprend une autre chambre, la douche et le coin cuisine et salle de séjour, avec sa cheminée au feu de bois. L’hiver, il doit faire bon se réfugier dans un tel gîte alors que le froid et la neige sévissent au-dehors.

gite aygues bonnes

Nous dînons avec les fermiers dans la salle commune de la ferme, qui donne directement sur la piste. Après un épais muscat de Rivesaltes, une soupe d’orties et consoude, du veau aux olives accompagné de tagliatelles et un crumble de pomme au gingembre. Lui a du mal à formuler les mots, elle a pris « pas mal de congés » pour aller randonner un peu, « voir les paysages » qu’elle ne voyait que de loin, à titre professionnel et en voiture !

Une chatte noire vive, que nous voyons filer jusque derrière la fenêtre où, depuis l’extérieur, elle observe les intrus que nous sommes dans son univers, a donné naissance avec un chat siamois à quatre petits. Le couple dont le fils s’est émancipé a gardé l’un des chatons, qu’ils ont appelé Bouchon, peut-être parce qu’il est de couleur semi-siamoise. Il joue, câline, en un mot séduit plus que tout. Mais il est effrayé de voir tant de monde et se réfugie sous les coussins du canapé dans un coin de la pièce. Les éleveurs nous disent faire peu de frais pour leurs bêtes, calculant même pour le chien la qualité-prix. Le chien idiot qui avait sauté du pick-up en marche et s’était cassé la patte a quand même eu droit au vétérinaire mais, au vu de la facture, il n’aurait pas été soigné si un devis avait été fait… Ils élèvent une cinquantaine de vaches à viande, dont une s’est perdue hier soir, d’où la rencontre avec nous en fin de journée. La pâture est pauvre et ils s’en sortent tout juste.

Ce pourquoi ils font « accueil à la ferme », label à cahier des charges qui leur permet de voir du monde et de facturer 10€ la nuit plus 16€ le repas par personne. Ils ont même accueilli un groupe de femmes pilotes d’Abu Dhabi l’an dernier, venues marcher sous voile. Le label « accueil paysan » oblige à obéir à une charte éthique des professionnels agricoles : paysans, retraités, acteurs ruraux et pêcheurs ou ramasseurs d’algues. Ce réseau associatif né en 1987, étendu à 23 pays du monde, comprend plus de 800 adhérents en France et environ 400 à l’étranger. Il a été reconnu par le ministère du Tourisme en 1998 et est devenu Fédération Nationale Accueil Paysan (FNAP) en 2000, reconnu par le ministère de l’Aménagement du territoire et de l’environnement.

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Les corps chantent à la plage

L’été venu, la pluie éloignée, les plages se peuplent. Mais la foule est communautaire, il s’agit de se retrouver « entre soi » dans un songe primitif.

1 plage encombrée
Ce pourquoi tout ado, plus sensible qu’enfants et adultes, joue au sauvage, nu entre le ciel et l’eau.

2 ado nu plage
Les filles se vêtent plus, malgré les années 70 la mode des seins nus ne prend plus, à cause des intégristes coincés cathos, juifs et musulmans qui craignent leurs désirs et adorent interdire aux autres ce qu’ils seraient avides de faire eux-mêmes. Intégristes contre intégral.

3 adolescente seins pomme
Seuls les garçons sont plus libres, dans les religions du Livre.

4 adolescents torse nu
Les filles restent entre elles, en bikini quand même.

5 filles bikinis
Les rencontres entre sexes sont datées, c’est dommage, le baiser seins nus était parfaitement érotique.

6 baiser seins nus plage
Aujourd’hui, les garçons prennent le pas sur les filles. « Sur la plage, la société s’exhibe, se regarde, s’entre-regarde et se met en scène pour elle-même, hors de tout contexte » disait il y a 20 ans le sociologue Jean-Didier Urbain.

7 garcon nu contre fille
Hors la plage, on peut se mettre nu, entre soi, comme sur un bateau où les mousses s’ébattent libres au soleil.

8 mousses nus aux homards
Sur la plage, on cache sa nudité intégrale dans le sol, pour faire corps avec la terre, là où s’y mêle la mer.

9 nu dans le sable
L’on se vêt de sable, d’eau ou seulement de lumière.

10 garmins jouant torse nu
Les filles défilent en maillots de bain colorés pour attirer et serrer, chaleur qui se met en valeur.

11 seduire hot
De quoi faire rêver l’ado ému par les hormones.

12 reve nu ado
Ou les ado filles au vu des formes athlétiques sous les habits mouillés.

13 jeunesse mouillee
Mais on ne voit plus guère les seins nu rissolant au soleil, comme les parfaits œufs au plat en petit-déjeuner…

14 seins nus plage

Je vous offre donc aujourd’hui un peu de rêve – même si les photos ne sont pas toutes de moi.

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Social-individualisme

Article repris par Medium4You.

Terminé le national-socialisme, vive le social-individualisme ! Tel semble le message de notre époque, qui a remplacé les élans collectifs (pour le meilleur comme pour le pire – voir l’Iran) par des élans narcissiques, centrés sur l’individu. Le mouvement démocratique libère la personne des appartenances biologiques, claniques, sociales et même physiques. L’hérédité ne fait plus l’identité. Celle-ci devient multiple, construite tout au long de la vie, bariolée. Mais cela ne va pas sans risques.

Le premier risque est celui de la peur. La liberté fait peur car nombreux sont ceux qui ne savent qu’en faire, effrayés de devoir décider par eux-mêmes après avoir réfléchi. D’où cette régression réactionnaire vers un âge d’or, un Dieu qui commande, une religion qui prescrit en détail comment se comporter, un parti qui décide de la morale, des syndicats qui défendent obstinément les zacquis, un chef qui montre le chemin… Merah se croyait missionné d’Allah pour tuer de sang froid de jeunes enfants élevés dans une autre religion (sans même qu’on leur ait laissé le choix).

Le second risque, inverse, est celui de la démesure : tout est permis. La liberté devient la licence, l’émancipation le droit de faire ce qu’on veut, au gré des désirs les plus fous. On se marie entre gais, on baise avec n’importe quel « cochon », on tue sans assumer les suites (dans la série Poubelle la vie), on refuse l’Europe-contrainte, on nie les simples lois de l’économie, on refuse toute entrave au désir du tout tout de suite. Ainsi, l’éthylotest en voiture devient-il une contrainte insupportable, incitant un gouvernement de gauche à agir comme Chirac, président de droite : « je promulgue la loi mais je demande qu’on ne l’applique pas ». Pourquoi rendre légalement « obligatoire » l’éthylotest si ne pas en avoir n’emporte aucune conséquence ? Autant supprimer l’obligation pour n’en faire qu’un conseil de la Prévention routière. Mais non : jamais un gouvernement jacobin n’acceptera de laisser le choix à la société civile, il lui faut toujours énoncer le Bien.

Peur de la liberté, démesure de la licence, ces deux pôles semblent les tentations de la politique. La droite veut conserver, voire revenir sur les excès de libertés ou de réglementation. La gauche veut aller toujours plus de l’avant, faisant du « progressisme » un objectif en soi, sans but, sans définir un progrès vers quoi. La droite veut immobiliser le changement trop rapide de la société, la gauche veut chevaucher le mouvement social. Rien n’a changé en apparence, nous serions dans le clivage classique.

Mais ce serait trop simple, car en économie, c’est l’inverse. En France, la droite est pour s’adapter au monde qui bouge, la gauche frileuse pour résister des quatre fers à tout ce qui change. La gauche d’immobilisme et la droite de mouvement, c’est nouveau… mais rappelle les années 30, où le « progressisme » sort du collectif à gauche pour s’incarner dans l’individualisme, tandis que la droite l’investit massivement !

Cela en théorie, car droite et gauche se rejoignent au gouvernement. Hollande fait concrètement du Sarkozy, il n’y a que le style qui soit différent. Le résultat des élections est tiède, déplaisant à tous ceux de droite comme à tous ceux de gauche. Restent les raisonnables, de moins en moins nombreux, les européens de conviction, les centristes et les sociaux-(qui voudraient bien être)-démocrates – mais sans syndicats puissants.

La tentation de la politique sera donc de refaire du clivage entre droite et gauche. Comment ?fefe Lucile Butel

Depuis des décennies, la droite ne dit rien de l’avenir. De Gaulle montrait le chemin de l’indépendance et de la grandeur nationale, jusqu’à Giscard avec les réformes de mœurs devenues indispensables pour adapter le pays aux mœurs (divorce, avortement, égalité dans le couple, majorité à 18 ans). Mais Chirac n’a rien foutu, roi fainéant conservateur, médiatique anesthésiant. Sarkozy changeait d’avis de mois en mois, reniant ce qu’il affirmait d’abord, refusant d’abolir ce qu’il aurait dû, par exemple ISF et 35 heures, surfant en avant des médias pour faire tout seul l’actualité. Ni le somnifère ni le prozac ne sont de bons moyens de gouverner : la droite n’aurait-elle rien à proposer de plus équilibré ? Ni Chirac, ni Sarkozy, où sera le nouveau projet de société ? Bruno Le Maire, François Fillon, NKM ? Comme nul ne voit rien venir, certains ont la nostalgie du retour de Sarkozy.

Depuis des années, la gauche est restée hors du gouvernement. Elle n’assume donc qu’avec réticences et couacs répétés les « ajustements » nécessaires des promesses au réalisable, de l’idéal « de gauche » au quotidien concret. Promettant l’emploi pour tous dans quelques mois, elle ne réussit que le chômage pour tous par ses insultes aux créateurs d’entreprise, par sa pression fiscale sur les sociétés et sur « les riches » (de la classe moyenne), par sa posture anti-finance (malgré une réforme bancaire avortée) et son théâtre anti-repreneurs s’ils sont étrangers (Mittal, Taylor…). Après avoir accusé la TVA d’être « de droite », voici que la gauche va l’augmenter, après avoir accusé Sarkozy de « brader » les acquis de retraite, voici que la gauche va les remettre en cause, après avoir vilipendé la semaine de 4 jours, voilà que les syndicats d’enseignants vilipendent l’abolition de la semaine de 4 jours, après avoir juré que « jamais » il ne signerait le pacte de stabilité européen, voilà que le gouvernement de gauche le signe selon la version Sarkozy et les désirs allemands. C’est que la réalité des choses rattrape les grands discours abstraits – dans le même temps que l’individualisme narcissique se fiche du collectif comme de son premier slip. Le « Moi, président de la République, je serai irréprochable » nomme ses copains plutôt que des compétents (Jack Lang, Olivier Schrameck, Ségolène Royal…). Les rodomontades du Montambour (merci Alain Ternier pour cet heureux surnom) sonnent creux devant les nécessités industrielles de Florange, Pétroplus, Goodyear et du journal la Provence. Toujours, c’est le « moi je » qui règne et pas le collectif, plus de salaire au détriment de l’intérêt des élèves, plus de copains confort qui ne feront pas de vagues, plus de célébrité auprès de syndicats et de la gauche radicale.

La gauche délaisse alors l’économie où elle ne peut rien – que surveiller et punir (ce qui aggrave la crise) pour faire diversion dans le libéralisme… sociétal. Il répond au narcissisme moi-je d’époque et devrait faire dévier la ligne raisonnable de François Hollande en radicalisme anarchiste à la Beppe Grillo. C’est la vraie tentation de la gauche que de reconstituer du clivage en ce sens. En manipulant le politiquement correct, mariage gai, mères porteuses, droit de vote aux étrangers, toutes les revendications minoritaires deviennent des « droits » pour répondre au prurit d’égalité sans limites. Même les casseurs et autres agresseurs condamnés par la justice deviennent légitimes… s’ils sont syndicalistes ! Le gouvernement de gauche leur reconnaît une égalité supérieure aux citoyens ordinaires : ils peuvent impunément tabasser, casser, séquestrer, sans être condamnés pour autant. Il s’agit de « luttes sociales », donc permises. Un conseil aux maris jaloux ou autres vengeurs : prenez votre carte de la CGT, entraînez votre ennemi dans une manif et foutez lui sur la gueule : vous resterez impunis.

Mais les ouvriers déclinent, mondialisation et productivité obligent. Ceux qui restent délaissent la gauche, surtout le parti socialiste, au profit des fronts, d’ailleurs plus le national que le « de gauche ». Le socialisme perd alors son prétexte social pour changer de clients. Vive l’immigré et le bobo urbain ! Donnons le droit de vote aux étrangers, abolissons les genres, permettons toutes les provocations individualistes-narcissiques. Là est l’avenir puisque là serait « le progrès », induit par le mouvement social qui va sans but.

couple erotique

Le pire vient probablement d’avoir lieu avec le roman Iacub où culture s’abrège en cul tout court. Nous avons là le meilleur exemple de l’amoralité bobo de gauche : l’individualisme absolu, le narcissisme du désir exacerbé, l’aboutissement du libertaire revendiqué depuis Fourier en passant par mai 68. Entre adultes consentants, tout est permis s’il n’y a ni torture ni meurtre ; le désir violent d’être violée peut même se concevoir dans une démarche de jouissance jusqu’au bout (et très vit). On peut même rire de cette lutte pour la domination entre bourgeois cosmopolites mâle et femelle. Mais où serait l’information si le naming répété dans les médias ne constituait les ragots croustillants ? Où serait la « littérature » s’il ne s’agissait de la marque déposée DSK, « ex-Directeur du FMI, ex-candidat à la présidence de la République, ex-figure de la gauche socialiste » ? Le niveau s’abaisse au caniveau. Nul ne peut croire qu’on cherche la « sainteté » en devenant pute à « cochon ». A moins qu’il ne s’agisse de victimiser le prédateur pour renverser l’opinion ? Les victimes apitoient toujours… alors qu’un procès en prostitution a bientôt lieu à Lille.

Voilà de quoi renforcer à la fois le Front national et les islamistes ou cathos intégristes. Voilà de quoi séparer un peu plus le peuple et les élites, la classe moyenne familiale laborieuse et l’hyper-classe supérieure individualiste et riche. Comme à Athènes au IVème siècle : comme quoi le « progrès du mouvement social » est une idéologie qui n’a aucune consistance historique…

D’où mon pronostic (pas mon souhait) :

  • Les classes moyenne et populaire vont volontiers voter de plus en plus à droite (comme chez les Républicains américains) – tant mieux si la droite sait récupérer le raisonnable, l’Etat protecteur sans entraver l’initiative, le moindre gaspillage des deniers publics. Sinon ce sera le Front national qui va grossir.
  • La classe des élites mondialisée et des petits intellos « révolutionnaires » va voter de plus en plus à gauche, surfant sur l’individualisme narcissique – en cherchant à racoler les antisystème, immigrés, étrangers, gais-bi-trans-lesbiens, artistes, écolos, fonctionnaires et autres clients captifs de l’État-prébendes. Tant mieux si le hollandisme ne déçoit pas trop. Sinon les troupes pourraient bien conforter le PDG de Mélenchon, qui se verrait volontiers en Saint-Just appelant aux armes contre les riches et aux frontières contre Bruxelles.

La France pourrait connaître une évolution à l’américaine, avec une droite de plus en plus à droite mais refuge du collectif national, et une gauche de plus en plus anarchiste-bobo, exaspérée de tout est permis. Ce qui promet de prochaines élections intéressantes…

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Pierre Drieu La Rochelle, Blèche

pierre drieu la rochelle blecheBlèche est une femme. Son nom rime avec brèche-dent et dèche sèche, une rousse, aux incisives qui mordillent la lèvre et une mousse sur la nuque. Rousse comme les créatures du diable chez les cathos, faible de constitution comme toutes les pâles et possédée de désir comme toutes les femmes, blèche est un mot qui veut dire veut dire mou et faible de caractère en vieux français ; on dirait un Klimt chlorotique. Blèche est une secrétaire qui tape les manuscrits de l’auteur qu’elle voudrait bien se taper sans oser le demander. Blèche n’est pas mère et si elle a un amant, c’est un pierrot lunaire, déjà marié qu’elle voit épisodiquement. Le personnage qui dit « je » mais qui n’est pas l’auteur la soupçonne d’avoir piqué deux boucles en or et diamants que sa femme lui avait données pour pouvoir voyager.

Car Blaquans est dans sa garçonnière, rue Chanoinesse juste derrière Notre-Dame. Journaliste politique dans un canard catholique dans lequel on reconnaît L’Action française, il fait le mercenaire sans  vraiment croire les idées qu’il défend sur « les grands fantômes : la France, l’Église, le Communisme » (I.V). Mais position sociale oblige, il est obligé de travailler au lieu de se consacrer tout entier à l’écriture. Pour faire un « livre », il reprend donc sa collection d’articles qu’il tente de relier par une préface. D’où l’engagement de Blèche comme dactylo, la disparition des bijoux, le soupçon.

klimt judith

Pierre Drieu La Rochelle s’essaie ici au roman, son premier véritable. Il tente de s’arracher à lui-même pour créer un personnage qui n’est pas lui. Vaste programme car Drieu est très attaché à sa propre personne. Le personnage sera donc un peu lui, ironique, un peu autre, empli de fatuité, mais tout aussi faible. La faiblesse est le mot qui revient le plus dans l’histoire. Faible le mari, qui a épousé son infirmière de guerre et lui a collé trois mouflets ; faible le père, qui n’est « attaché » à ses enfants que par la même chair, sans intérêt pour les voir grandir, encore moins pour « la tendresse » ; faible le mâle qui croit qu’être tendre, c’est déchoir, et que « prendre », c’est exercer ses droits ; faible l’écrivain qui ne sait pas faire un livre, étalant assez mal le français…

Décidément, je n’aime pas Drieu. Son caractère me déplaît. Sa complaisance envers lui-même me répugne. Il sent le renfermé, la petite-bourgeoisie rance qu’il critique férocement mais qu’il rêve d’égaler, la niaque en moins. Car son portrait de domestique de riche américaine, Amélie, est révélateur de ce qu’il est, au fond, et qu’il rejette car pas assez noble : la paysanne montée à Paris pour augmenter son bien, accumulant sous à sous pour arrondir des deux métairies et ses terres, en province. Le style de Drieu, dans ces moments balzaciens, se fait incisif, riche de mots précis. Dommage qu’il ne soit écrivain qu’en crachant la haine. Tous ses personnages positifs sont insipides et datés.

Pourtant, le roman se lit. Après un début poussif, l’histoire se met en branle, le mécanisme du soupçon crée des personnages intéressants : Blaquans le narrateur, Blèche la secrétaire, Amélie la domestique, Marie-Laure l’épouse sur piédestal, en Vierge Marie Mordaque le détective, ex-flic, ex-sous-off de la Coloniale dont le nom ressemble à morbaque, le pou du pubis… C’est que Drieu se cherche, il ne s’aime pas. Il n’est ni arriviste, ni déclassé, ni à sa place dans la société de son temps. Il n’a pas de place non plus dans une histoire de famille (voir État-civil). Il est effroyablement misogyne.

Comme son époque avec Gide, Montherlant, Mauriac, Jouhandeau, Delteil, Sachs, Peyrefitte, Green, Aragon qui préféraient les garçons, mais aussi en réaction à la mollesse décadente française née avec Sedan, la défaite contre les Prussiens. Au fond, comme dans le Banquet de Platon, il ne se sent bien qu’entre hommes. « Moi, j’aime bien avoir des camarades qui sont de vrais hommes. C’est pour ça que j’aime le sport aussi. (…) Les hommes, ils sont si bien quand on les voit comme moi, seuls, sans les femmes. On voit alors qu’ils sont capables d’amour » (II.VII). Mais ce n’est pas Blaquans qui parle, c’est Blèche. Car Drieu se veut comme Flaubert, présent dans tous ses personnages : Madame Bovary c’est moi, disait ce dernier ; Blèche c’est moi aussi montre Drieu. Car il y a une fascination pour la force virile derrière l’appétit pour les femmes. Blèche est végétale, aquatique, mortifère, tout ce contre quoi Blaquans-Drieu se braque. Lui est mécanique, aérien, futuriste, comme Marinetti. Pour ce mâle-type d’époque, il ne s’agit pas d’aimer mais de dominer, pas d’établir un couple à deux mais de prendre, pas de donner du plaisir mais de prouver sa virilité. Pas étonnant que Drieu, comme Blaquans, comme Blèche, soit un être solitaire.

Jusqu’au suicide… ici perpétré par Blèche en personne : « je ne croyais plus à rien… » (III.XVI). Mais j’ai décidé de tout lire, c’est le jeu des éditions de la Pléiade.

Pierre Drieu La Rochelle, Blèche, 1928, Gallimard l’Imaginaire, 2008, 238 pages, €7.74

Pierre Drieu La Rochelle, Romans-récits-nouvelles, édition sous la direction de Jean-François Louette, Gallimard Pléiade 2012, 1834 pages, €68.87

Tous les romans de Drieu La Rochelle chroniqués sur ce blog. 

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Pékin il y a vingt ans

Le long vol sans escale d’Air France dure neuf heures et quarante cinq minutes. Il passe au-dessus de la Scandinavie, puis de la Sibérie. L’avion est plein en cette mi-février 1993. Pas une place n’est libre dans le Boeing 747 « combi » : voilà qui est rentable et justifie tant l’apéritif au champagne que le Bourgogne rouge au repas – luxe qui a disparu depuis de la classe éco.

gamine chine 1993

A Pékin, nous accueille une aérogare immense où les formalités sont réduites. Nous roulons 35 km en bus sur une route encombrée où la vitesse est limitée. On construit « une autoroute pour la fin de l’année », nous apprend le guide officiel qui parle un français fleuri. Le paysage offre l’image d’un pays constamment en chantier où tout est à reconstruire depuis la Révolution culturelle. La Chine a quitté le tiers-monde miséreux pour se hisser au rang des pays émergents.

gamin pekin 1993

Pas de mendicité, une relative propreté par terre, aidée par des campagnes périodiques de mobilisation citoyenne. L’activisme moral et pédagogique, venu d’en haut, jette des milliers d’hommes dans des opérations renouvelées de reboisement et de construction. Ceci après des campagnes précédentes qui les avaient fait déboiser et détruire – telle est l’idéologie, le pouvoir d’une société pyramidale, et l’impact du maître d’école qui se prenait pour le maître de l’empire du milieu. Sur les chantiers devant nos yeux je vois peu de matériel et beaucoup d’ouvriers. Ils ont l’air de travailler lentement, mais le nombre et la durée font le résultat. Dans la ville même de Pékin, beaucoup de constructions apparaissent récentes. Ce n’est que béton. Les appartements sont doublés de vérandas vitrées pour chauffer les pièces au soleil d’hiver. Pékin est un chantier en perpétuelle construction. Pas de centre. L’architecture y est « soviétique », purement utilitaire et bon marché, sans souci esthétique.

peyrefitte boulet chine

Avant de partir, j’ai lu sur la Chine. Les romans truculents de Lucien Bodard bien sûr, de son enfance comme fils de consul en Chine, La mère de Pearl Buck quand j’étais ado, et les livres poétiques de Victor Segalen. L’essai d’Alain Peyrefitte, Quand la Chine s’éveillera avait marqué, l’année de sa parution, mon entrée en science politique. Mais il s’agit d’une vision jacobine fascinée par les ressemblances avec la France louisquatorziènne que tout les politiciens français veulent perpétrer depuis de Gaulle jusqu’à Mitterrand.

Durant mes études, j’étais baigné dans le maoïsme parisien qui allait de la logorrhée marxiste disséquant les cheveux en quatre Vérités ou trois Principes, à l’infantilisme braillard des hormones. Je me suis donc plongé dans la vie enchantée de Mao par Han Suyin, célèbre écrivain d’époque, en deux tomes, Le déluge du matin et Le premier jour du monde. Il m’a bien déçu : c’est une suite de chromos révérencieux, sans aucun esprit critique ; on croirait lire la vie de Saint-François par une dévote. Les œuvres mêmes de Mao Tsé-toung, achetées à la librairie Norman Béthune boulevard Saint-Michel (qui étaient au programme de Sciences Po), sont des recueils de préceptes scolaires niveau d’école primaire.

jeunes pekin 1993

Cela paraît incongru aujourd’hui, mais il y avait un engouement extraordinaire chez les étudiants intellos, après 68, pour l’instituteur révolutionnaire chinois. C’était loin, la Chine, personne n’y voyageait sans être étroitement encadré et le mythe demeurait puissant. Mao renouvelait le marxisme stalinien, le vieux parti communiste moscoutaire. Les partis et sous-partis se multipliaient comme dans un plan de Science Po : PCMLF, Gauche prolétarienne, Mao-spontex (spontanéistes) de Vive la révolution, NAPAP, la Cause du peuple… Mao a séduit tout ce que la France comptait d’intellos-médiatiques, ou presque, par militantisme, compagnonnage ou simple capillarité de caste : Jean-Paul Sartre, Alain Geismar, Jean-Luc Godard, Michel Foucault, Serge July, Maria-Antonietta Macciocchi, Alain Badiou, Gérard Miller, Philippe Sollers, Julia Kristeva, Jean-Pierre Le Dantec, Serge Daney, Olivier Rolin, les Broyelle du Nouvel Obs, les catho-normaliens des éditions du Seuil avec Jean-Luc Domenach, Claude Mauriac et Jean-Claude Guillebaud, François Wahl, Jean Lacouture et même Roland Barthes. Par antiautoritarisme mal placé, car celui qui disait aux ados gardes rouges « feu sur le quartier général » ne visait qu’à conserver son propre pouvoir personnel, que ses stupidités avait affaibli. Le « grand bond en avant » a tué par famine au moins 30 millions de personnes, l’industrialisation ratée des campagnes a produit un « acier » inutilisable, et ainsi de suite.

Mais la croyance reste sourde et aveugle à tous les témoignages contre : Simon Leys n’a pas été entendu par ces soi-disant « libérés » intellos de la rue d’Ulm. Il a fallu attendre les massacres – indéniables – du Cambodge en 1975 !

Je suis resté sceptique devant cet engouement religieux pour Mao, mais j’en ai retenu une leçon : le plus grand libérateur en apparence est un tyran qui se révèle. Méfiez-vous de Mélenchon…

1989 06 Chine Tiananmen manifestationsLa Chine est une grande civilisation, très ancienne, où la culture avait atteint un point remarquable. Mais son éradication brutale et sans précaution, perpétrée par le maoïsme, a créé une sorte de Frankenstein dont on ne voit pas comment il pourrait évoluer sans revenir sur le passé. La vraie vie des Chinois de la fin des années 1980 a été bien décrite par Marc Boulet, Dans la peau d’un Chinois. Son récit au ras des gens vient de ce que, journaliste, Marc Boulet s’est déguisé en Chinois ouïgour et a peaufiné sa pratique du mandarin pour se fondre dans la vie quotidienne.

Tien An Men massacre 1989

La révolte des étudiants, ouvriers et intellectuels à Pékin du 15 avril au 4 juin 1989 pour dénoncer la corruption et réclamer une démocratie plus libre, ont abouti au massacre de la place Tien An Men qui a fait quelques milliers de morts. Le Parti n’est pas prêt à libérer le peuple du joug communiste, malgré l’ouverture du marché à l’enrichissement personnel. Depuis 1993, la richesse a explosé mais le régime n’a pas bougé, la corruption demeure et les libertés démocratiques sont étroitement contenues. Mais il y a Internet en plus. La visite de la capitale, à ce titre, en février 1993 et quatre ans après la répression Tien An Men, est une expérience. Humer l’atmosphère locale permet d’en apprendre plus que toutes les études savantes.

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Économie française en 3 graphiques

Patrick Artus, économiste de gauche de l’ex-Caisse des dépôts Recherche devenue Natixis, « suggère » aux décideurs, abstracteurs de quinte essence et autres blablateurs littéraires de « regarder trois graphiques ». L’économie française et ses dérives y sont contenues : L’industrie est-elle encore profitable ? La demande intérieure de produits industriels est-elle satisfaite par la production française ? La France réussit-elle à l’exportation ? C’est tout simple et diablement concret. Car le diable, les littéraires devraient le savoir, se niche dans les détails plus que dans les « Grands » projets de redressement productif ou des « Grandes » lois sur la fiscalité ou le travail.

Patrick Artus ne parle dans cette note que de l’industrie, pas des services. Mais des services robustes sont produits par une industrie forte : ce sont toutes les sous-traitances en matière d’informatique, de sécurité, de marketing, de transports, de distribution… et même des services publics pour contrôler les normes, collecter l’impôt et juger des brevets et conflits.

Profits : mot honni à gauche et chez les cathos. Ce sont pourtant les profits générés par les entreprises qui permettent l’investissement, l’embauche et la distribution de pouvoir d’achat via les salaires et les dividendes (sans parler de bons impôts). Mépriser le profit, c’est croire qu’il suffit de planter deux grains de blé pour obtenir deux grains de blé : une ineptie déjà réprouvée dans les Évangiles. « On voit une forte baisse de la profitabilité de l’industrie française (du ratio prix sur coûts) surtout à partir de 2004. Les entreprises industrielles françaises ne peuvent pas répercuter dans leurs prix la hausse des coûts salariaux et des prix des matières premières. Elles doivent baisser leurs prix de vente en euros quand l’euro s’apprécie pour pouvoir continuer à vendre. »

Donc trois éléments : les matières premières, l’euro, les coûts salariaux.

  • On ne peut rien sur les matières premières, leur demande est mondiale et leur prix en dollar.
  • On peut très peu sur l’euro, la France est parmi les 17 d’une zone monétaire et n’a qu’une voix politique parmi d’autres (qui, eux, s’en sortent très bien avec le même euro).
  • Restent les coûts salariaux : c’est moins le niveau du salaire qui compte que le poids des prélèvements sociaux chargés sur les salaires, qu’ils soient versé directement par le patron ou pris sur la feuille de paie brute du salarié. Par rapports aux pays voisins, dans la même zone euro, l’industrie française joue avec un boulet aux pieds. C’est le sens de la réflexion avancée pour la première fois au gouvernement socialiste, alors que la même chose dite par Sarkozy était considéré il y a peu comme une hérésie.

Demande intérieure, autre nom de la consommation : faut-il encore et toujours la favoriser en France par des hausses de SMIC, des aides et une redistribution fiscale ? Peut-être que non : outre la course effrénée au gadget (les écolos nous rappellent opportunément que consommer ne fait pas le bonheur), c’est surtout que la production nationale ne suit pas ! « De 1998 à aujourd’hui, la production a baissé de 5 %, la demande intérieure en volume a augmenté de 60 %, les importations en volume de 100 %. Ceci montre l’incapacité absolue de l’industrie française de répondre à une hausse de la demande intérieure, qui n’est satisfaite que par la hausse des importations ».

Favoriser constamment la demande appauvrit le pays ; une politique en faveur de l’offre serait enfin bienvenue. Elle a été à peine amorcée sous Sarkozy, niée dans le programme socialiste, elle commence peut-être à revenir dans les réflexions gouvernementales. On attend la suite.

La vulgate « keynésienne » des profs et fonctionnaires de gauche (qui remplit les manuels du secondaire !) croit que la consommation est tout pour relancer la machine. C’est faux. Keynes n’a jamais cautionné une chose pareille. L’intervention de l’État n’est pas limitée à la redistribution par l’impôt : l’État peut aussi investir et inciter à investir, favoriser la création d’entreprises et saluer ceux qui osent. Force est de constater que les socialistes sont loin du sujet par le mépris dont ils font preuve envers les entrepreneurs, étiquetés aussitôt « riches » à pressurer au profit de leur clientèle électorale et du puits sans fond d’un État gaspilleur aux trop nombreuses strates administratives.

Patrick Artus pointe enfin « l’énorme perte de part de marché à l’exportation Ceci montre le rôle de l’inertie de l’offre dans la dégradation continuelle du commerce extérieur. Cette perte de part de marché aurait été encore plus forte s’il n’y avait pas eu la baisse des prix de vente. » Non seulement l’industrie française répond mal à la demande de biens industriels français, mais elle peine à exporter, bien plus que ses voisins !

Conclusion (antisocialiste sans le vouloir) de l’auteur, économiste de terrain : « tant que les conditions de l’offre de produits industriels n’ont pas été améliorées et la profitabilité de l’industrie restaurée, il est inutile et dangereux de stimuler la demande intérieure de produits industriels en France. » Traduit en action politique, cela signifie : redistribuer encore plus des impôts encore plus gros accentue la décadence de l’industrie française.

Avec moins de profits, elle investira moins, embauchera moins et distribuera moins de pouvoir d’achat. La redistribution d’État aux clientèles favorisera les produits importés, creusant le déficit extérieur et empêchant toute réflexion sur les véritables missions de service public. État obèse, déficit constant et stagnation industrielle font régresser encore et toujours la France au rang de pays de moins en moins développé, peuplé d’histrions médiatiques et de footeux surpayés (résidant à l’étranger), de fonctionnaires, de rentiers et d’ayant-droits appauvris par la très française « préférence pour le chômage ».

Est-ce vraiment cela, la « Grande » vision socialiste pour la France ? Un misérabilisme de l’assistanat d’État empli de ressentiment envers les comploteurs-industrieux-riches-bourgeois-capitalistes-américains et j’en passe ? « Germinable », titre assez bien une affiche polémique… Espérons que ce ne soit pas vrai.

La note de Patrick Artus sur les trois graphiques.

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Marie Darrieussecq, Clèves

« L’école entière est obsédée par le sexe ». Nous sommes page 15 et en 1980. La môme Solange a dix ans et des copains de CM2 qui ne pensent qu’à « ça », des copines qui ne parlent que de « ça ». Elle a bien un amoureux, Christian, mais ils sont des enfants. Et il ne se passe rien avant qu’elle ait dans les quatorze ans. En revanche, dès le premier cap franchi, ça la démange et alors, quel déchaînement ! Tous ses orifices sont sollicités, la chatte par le Pompier, la bouche par Arnaud (un grand de Terminale), le cul par un autre, le vagin par Monsieur Bihotz, adulte de la trentaine censé la « garder » quand ses parents sont trop occupés.

La génération ado Mitterrand, entre 1981 et 1986, se déchaîne. L’auteur rejoue Clèves sans la princesse, Clèves qui sonne « entre clitoris et lèvres » dit la Solange car elle ne pense qu’à ça. Marie Darrieussecq avait commencé par une fièvre érotique avec un boucher qu’elle avait titrée ‘Truisme’. Elle recommence avec ces faux anges qui ne pensent à la chose, bien loin du roman étudié à l’école qu’un certain président pensait inutile aux concours d’employés publics. « Truisme n.m. (anglais truism, de true, vrai). Vérité banale, toute simple, sans portée. » La vérité des anges est qu’ils ne pensent qu’à baiser.

Était-ce une ambiance d’époque ? Les années 1980 voyaient éclore les bébés nés après mai 68, de parents qui avaient fait l’amour dans le pré après s’être sodomisés sur les barricades. Fleurissait alors toute une presse érotique dont Woody Allen, dans ‘Bananas’, montre la fascination honteuse : le tenancier demande à voix haute à son commis à quel prix se vend ‘Orgasm’… Canal+ érotisait la jeune classe après 22 h. Malgré sa friture cryptée, on entendait parfaitement les couinements du jouir tandis que des ombres pointillées se mouvaient en rythme sur l’écran. Solange n’en perd pas une miette. Père steward – pourquoi pas hôte de l’air ? il aime aussi avoir les fesses en l’air – mère féministe macrobiotique peu attentive à sa progéniture durement mise au monde. Tous deux égoïstes enfants gâtés des Trente glorieuses de la consommation-reine.

Reste qui ? Le gentil Monsieur qui la garde, mais qui a du chagrin et qu’elle prend plaisir à faire bander bien longtemps avant de s’enfourcher. Puis les copines qui racontent toutes leur « première fois » en oubliant qu’elles en ont raconté une autre un peu avant. Et les copains, mais plus Christian, qui est accusé par les autres d’être pédé parce qu’il est toujours avec les filles : « mais justement, j’aime les filles ! » réplique-t-il. Entre mecs, faut savoir…

Nous sommes en pleine chair où la culotte démange, où le skaï frais émoustille, où se faire défoncer sur un capot d’auto est un must, après avoir branlé, cramouillé, sucé, excité… Le matérialisme du lactique où « avaler » est le cadeau suprême, ou se faire prendre par l’autre trou un plaisir rare. Tout est étalé, muqueuses et « bites », ah il y en a des bites, presque à chaque page. Bien loin des cathos même époque qui punissaient leurs ados de quinze ans pour découper des femmes en soutien-gorge dans les pages de ‘La Redoute’. C’était le cas chez les Villiers, dont le père a bien fait de quitter la politique… Si ‘La Redoute’ est porno, alors Darrieussecq est sans conteste carré blanc. C’est truculent, rabelaisien, agité. Parfois cocasse comme cette fille surnommée Slurp (je laisse lecteur lectrice découvrir pourquoi). Ou comme cette scène à crouler de rire où Solange, le pénis d’Arnaud à pleine bouche, doit changer le disque qui vient de s’arrêter : acrobaties pour lever le saphir sans mordre…  Cru et juteux comme les années 80.

Pas Princesse de Clèves pour un sou, ce bled de Clèves du roman paumé entre ville et campagne, à quelques kilomètres de la mer où les néo-hippies surfent, blonds et musclés. S’il existe une ville de Clèves en Allemagne et aux États-Unis, je n’en ai pas trouvé trace au pays basque où Darrieussecq situe l’action. Il y a donc clair canevas entre le roman 1678 et le roman 2011. Bihotz rejoue Monsieur de Clèves tandis que le fringant Arnaud nous refait Monsieur de Nemours. Solange est cette « Madame » qui visait la fille du roi, Marguerite de Valois. L’adolescente garde à Bihotz cette affection raisonnable de sa devancière mais son plaisir va aux inventions d’Arnaud. Lui prend son plaisir direct, caressant, excitant mais volage comme tous les jeunes gars ; Bihotz est malheureux des coucheries de son ange, parce qu’il est adulte et plus mûr. La fin du roman marque l’aujourd’hui par rapport à hier : exit le tragique cornélien pour l’eau de boudin des gymnastiques hygiéniques.

Mais que faire d’autre qu’aguicher et baiser dans ce village qui veut se faire aussi gros qu’une ville, quand l’école ennuie, que les parents égocentrés s’absentent, que les copines se la jouent et qu’on est une adolescente des années 1980 ? Gainsbourg chante ‘Love On The Beat’ qui sonne ‘bite’ en français, Madonna joue la pucelle (‘Like a Virgin) pour mieux faire la pute – les jeunes êtres se baignent dans cette ambiance, s’en imbibent, imitent…

Est-ce une impression ? Les ados Mitterrand ont bien vécu leur corps mais ils ont aujourd’hui la quarantaine. Pas sûr qu’ils laissent leurs enfants se défoncer ni se faire défoncer… N’a-t-on pas changé d’époque ?

Marie Darrieussecq, Clèves, août 2011, POL, 345 pages, €18.05

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Plage

La plage est une zone frontière entre la terre et l’eau, entre la civilité urbaine et la vie sauvage. Que faut-il pour faire une plage ? L’horizon sans limites de la mer, la surface égale du sable et le soleil par-dessus qui permet de se mettre nu. Le lieu est éphémère, changeant, sans cesse remis en mouvement par l’énergie des houles et l’ampleur des marées. Il est à l’image de l’homme d’aujourd’hui, juvénile, dynamique, zappeur ; c’est pour cela qu’il fascine.

L’eau accueille et pénètre, délicieusement fraîche, vigoureuse gifle, ondulée et salée, mettant en appétit. L’eau est faite pour caresser la peau, se couler autour du corps, résister à la nage.

Le sable n’est qu’élément temporaire apporté par la mer et emporté par elle ; il est remué, lavé et lissé chaque matin le long des océans à marées. Le sable est une eau terrestre, fluide mais chaude, qui moule en creux les corps, s’accroche aux peaux salées de vagues ou graissées d’huiles. Le sable est fait pour s’allonger, être creusé, s’enfouir.

Le soleil aveugle le regard et bronze l’épiderme ; il chauffe la plage et enfièvre les corps. L’alternance de l’eau froide et du soleil brûlant raffermit et excite.

Il suffit alors de quitter la ville, où la promenade du bord de mer fait frontière, pour entrer dans cet univers à part. Pas tout à fait sauvage : il faut aller sur les flots – mais plus civilisé : les comportements n’y sont plus les mêmes. Chaque famille recompose sur le sable vierge son territoire, tel Robinson. Le vêtement se réduit au pagne du sauvage, voire à rien du tout pour les petits Vendredi. La quasi nudité rend fragile, exposé, direct. Les relations sont plus franches, plus brutes, plus belles. Les éléments invitent à l’assaut : les vagues à affronter, le sable à se rouler, les autres à se montrer.

Il a été observé, dans la quasi-totalité des espèces étudiées, que les jeunes mammifères mâles jouent plus longtemps et plus rudement que les femelles. Le jeu permettrait d’intégrer les règles de la société et d’apprendre à lutter, à échapper, être ensemble (revue scientifique ‘La Recherche’, n°420, juin 2008, p.79). Ce pourquoi les petits garçons des plages sont plus vifs, crient plus fort et se démènent en groupe bien plus que les petites filles. Les seules exceptions observées sont celles des filles qui intègrent les groupes de garçons, mais avant la sexualisation des rôles vers dix ans.

Ce qui compte à la plage est la prestance physique : elle est accessible tout de suite au regard, sans aucune des afféteries sociales dues aux vêtements. Chacun est différent, mais réduit à soi, donc sur un pied d’égalité. Il y a peu de façon de se distinguer avec un simple slip. Même s’il peut être bermuda pour les garçons ou une-pièce pour les filles (rallongement prude du retour des religions) au lieu du string pour tous un moment à la mode (après 1968). Plus grandes et mieux formées, les filles et les femmes retrouveront matière à exhiber la mode avec les bikinis à fanfreluches ou les deux-pièces sexy – mais il s’agit surtout de cacher certaines parties pour suggérer le reste, et de mettre le corps nu en valeur !

N’est-ce pas ce qui nous distingue, nous Européens, des autres civilisations du Livre ? Juifs orthodoxes comme musulmans intégristes se baignent de nos jours tout habillés, comme les cathos décrits par Flaubert ou Proust à Houlgate ou Deauville à la fin 19ème (voir ci-dessous). Il suffit de voir la photo d’une plage de Gaza… N’était-ce pas déjà la nudité aux Jeux Olympiques qui distinguait les Grecs civilisés des ‘barbares’ jadis ?

L’été, sur la plage, quand vous n’avez rien à faire d’autre que de laisser errer votre pensée, observer et réfléchissez. Vous y verrez les humains tels qu’ils sont, libérés des vêtements qui les cachent et les déguisent, libérés de nombre de contraintes sociales, faisant famille, jouant à l’exilé ou au sportif de saison. Cela vous passera le temps.

Toute l’humanité est offerte aux regards, toute sa fragilité, sa fraternité – et sa beauté.

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