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Château Saint-Pierre de Fenouillet

Nous quittons l’accueil paysan dans un paysage humide des pâturages de Haute Corbières au vent établi. Nous montons dans les alpages parmi les génisses à robe grise, puis dans la forêt de feuillus (hêtres et chênes) dont le chemin est amorti de feuilles mortes. La grimpée est rude jusqu’au plateau, au-dessus duquel roulent les nuages échevelés par un vent violent. Nous aurions pu apercevoir le puech de Bugarach, pas loin à vol d’oiseau, trop connu pour sa position imaginée dans le calendrier maya, mais il reste dans la brume.

pature abandonnee caudies

La resdescente sur l’autre versant passe par une pâture abandonnée depuis la mobilisation de 1914, malgré une tentative de retour à la terre dans les années 70. Le lieu est trop isolé, trop dur à vivre. À l’estive, vaches à lait et chevaux de randonnée sont mis au pâturage, mais le berger ne monte qu’une fois tous les deux ou trois jours pour faire son inspection. De la ferme de 1914 ne subsistent que les murs, et un petit engin chenillé post-68, un étang devant et une belle allée de frênes.

chevaux pature libre

Nous joignons la vallée par « le chemin du facteur » qui passe par les bois, un pierrier et un plat. Nous pique-niquons au soleil qui revient. Seul le vent n’a pas faibli et fait siffler la cime des pins sylvestres. Le « bar » nous attend à Caudiès-de-Fenouillèdes, la fontaine publique à trois becs juste au-dessous de la mairie.

caudies de fenouilledes

Un lion de bronze, qui la surmonte, est dédié au fondateur de l’arrosage, Casimir Benet Hoche, maire de Caudiès né en 1811.

casinir benet hoche maire de caudies

Le village traversé, dont la ligne de chemin de fer touristique peu passante en cette saison, le chemin monte dans la forêt vers Notre-Dame de Laval, dont le parc a servi de terrain de jeux aux ados cathos jusque dans les années 1960.

foret notre dame de laval

Aujourd’hui désertée faute de scouts, elle est le point de départ du chemin de la gorge Saint-Jaume, une fente de calme et de fraîcheur en sous-bois. Il faut faire attention où l’on met les pieds car le chemin est parfois entamé sur ses bords et nulle photo ne doit être faite sans s’arrêter, sous peine de choir dans le ravin.

gorges sainte jaume

Le château vicomtal de Saint-Pierre surmonte le village de Fenouillet quasi désert, sauf un chien qui promène en laisse son maître. L’église est fermée et le château s’étale en ruines éparses sur la hauteur, un vrai catharnaüm ; nous n’y montons pas. Il est construit sur le modèle du castrum, qui incluait le donjon du seigneur (enceinte haute) et les maisons du village entourée d’une enceinte basse. Tout le monde s’y côtoyait.

fenouillet chateau de st pierre

Sur la hauteur en face, un autre château dresse ses ruines, celui de Sabarda. Il a supplanté le premier avant d’être lui aussi délaissé lorsque les temps furent venus.

fenouillet chateau de sabarda

Il nous reste à monter un quart d’heure dans la forêt pour trouver la piste qui mène au gîte d’Aygues-Bonnes (les bonnes eaux) à 5 km de là, sis à 630 m d’altitude. La piste est plate, creusée d’ornières et de virages, elle sent bon la résine mais reste fastidieuse à parcourir en fin de journée. Nous aurons parcouru 25 km et 1000 m de dénivelés cumulés aujourd’hui. Le gîte est un hameau de trois fermes dans un vallon au bout de tout, à 10 km de Puylaurens. L’accueil y est aussi « paysan », mais plus aimable qu’hier. On me sert du sirop de menthe à l’arrivée, deux gros chiens et un panneau indiquent que je suis au bon endroit.

Nous avons beaucoup de place et les filles décident de faire gîte à part dans une autre pièce. Nous dormons à l’étage d’un loft dont le rez-de-chaussée comprend une autre chambre, la douche et le coin cuisine et salle de séjour, avec sa cheminée au feu de bois. L’hiver, il doit faire bon se réfugier dans un tel gîte alors que le froid et la neige sévissent au-dehors.

gite aygues bonnes

Nous dînons avec les fermiers dans la salle commune de la ferme, qui donne directement sur la piste. Après un épais muscat de Rivesaltes, une soupe d’orties et consoude, du veau aux olives accompagné de tagliatelles et un crumble de pomme au gingembre. Lui a du mal à formuler les mots, elle a pris « pas mal de congés » pour aller randonner un peu, « voir les paysages » qu’elle ne voyait que de loin, à titre professionnel et en voiture !

Une chatte noire vive, que nous voyons filer jusque derrière la fenêtre où, depuis l’extérieur, elle observe les intrus que nous sommes dans son univers, a donné naissance avec un chat siamois à quatre petits. Le couple dont le fils s’est émancipé a gardé l’un des chatons, qu’ils ont appelé Bouchon, peut-être parce qu’il est de couleur semi-siamoise. Il joue, câline, en un mot séduit plus que tout. Mais il est effrayé de voir tant de monde et se réfugie sous les coussins du canapé dans un coin de la pièce. Les éleveurs nous disent faire peu de frais pour leurs bêtes, calculant même pour le chien la qualité-prix. Le chien idiot qui avait sauté du pick-up en marche et s’était cassé la patte a quand même eu droit au vétérinaire mais, au vu de la facture, il n’aurait pas été soigné si un devis avait été fait… Ils élèvent une cinquantaine de vaches à viande, dont une s’est perdue hier soir, d’où la rencontre avec nous en fin de journée. La pâture est pauvre et ils s’en sortent tout juste.

Ce pourquoi ils font « accueil à la ferme », label à cahier des charges qui leur permet de voir du monde et de facturer 10€ la nuit plus 16€ le repas par personne. Ils ont même accueilli un groupe de femmes pilotes d’Abu Dhabi l’an dernier, venues marcher sous voile. Le label « accueil paysan » oblige à obéir à une charte éthique des professionnels agricoles : paysans, retraités, acteurs ruraux et pêcheurs ou ramasseurs d’algues. Ce réseau associatif né en 1987, étendu à 23 pays du monde, comprend plus de 800 adhérents en France et environ 400 à l’étranger. Il a été reconnu par le ministère du Tourisme en 1998 et est devenu Fédération Nationale Accueil Paysan (FNAP) en 2000, reconnu par le ministère de l’Aménagement du territoire et de l’environnement.

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Île Callot

Déchiquetée par les flux et reflux des marées entrant et sortant deux fois le jour du ria de la Penzé et de la rade de Morlaix, l’île Callot prolonge la pointe de Carantec vers la Manche. Le granit rose de son socle ancien a été grignoté par la mer et se dépose en dunes que fixent les ajoncs. Cette terre assiégée par l’eau serpente sur trois kilomètres de long et seulement de 15 m à 300 m de large, laissant ça et là des îlots de résistance plus dure tels ces rochers des Bizeyer, les Grandes Fourches, l’île Blanche, le Cerf et ces Ru Lann qui ponctuent le passage à gué piétonnier sur banc de sable.

Callot est une demi-île. La mer se retire deux fois par 24h, laissant piétons et véhicules accéder à ses 17 plages. Le jusant emporte avec lui la solitude les îliens et permet les échanges comme l’invasion. Aujourd’hui, le passage est de 11h30 à 16h10. Neuf familles y vivent à demeure, par tradition. Des résidences secondaires s’y sont installées, saisonnières. L’été, la population îlienne est multipliée par cent lorsque la marée le permet. Drôle d’île que ce semi-isolement ! L’on n’y exploite plus guère le granit, dont le solide rose a pourtant construit les demeures de Morlaix. La pêche n’est plus qu’un loisir, surtout le ramassage de coquilles par les estivants qui, bien que férus de « bio » pour la plupart, ne savent pas ce qu’ils mangent en prenant ce qui vient : l’élevage de saumons du plateau des Duons, un mille au large, produit les déchets de 600 tonnes d’animaux vigoureux venus de Norvège. Ils sont apportés par la marée et mollusques comme crustacés s’en nourrissent avidement. Mais, nous le savons, la vogue du « bio » n’est qu’une croyance de plus, la foi submergeant largement la raison. L’île conserve quelques champs où poussent des artichauts, des pommes de terre et quelques céréales. Des pâturages servent de temps à autre aux moutons, autrefois plus nombreux, comme le rappelle le « passage aux moutons » qui relie Callot à Carantec. Aujourd’hui, les animaux laineux dont l’intelligence a été vantée par Rabelais, sont remplacés par les touristes, tout aussi blancs, tout aussi Panurge, tout aussi à tondre lorsque la saison est venue.

Mais les habitants ne sont pas de cette eau. Ils préfèrent habiter leurs maisons ramassées sous les rochers, aux toits arrondis comme des coques de bateau renversées, orientés pour offrir la moindre prise aux vents dominants. Les murs de granit offrent leur abri et leur chaleur accumulée la journée aux quelques hortensias qui poussent bleu ou rose selon les minéraux du sol. Le mouvement incessant de l’eau, ce roc à peine semé de terre arable, cette platitude arasée par le vent et la mer, incitent à la contemplation. Tout bouge, tout est éternel. La nature est l’indifférence même à ce qui vit en son sein. Elle est profuse et ce qui meurt laisse la place à ce qui vient.

De l’eau jusqu’à l’horizon, le ciel immense parfois clair, parfois peuplé de noires chevauchées venues du large – comment, dès lors, ne pas se tourner vers l’au-delà des Mystères ? L’Ankou, les Korrigans, les anciens dieux celtiques mènent leur sabbat plus dans les esprits aujourd’hui que dans les chaumières. L’école, construite en 1936, n’abrite plus suffisamment d’élèves pour subsister, même si certains passaient le gué pour y venir jusqu’à la fin des années 70. Le lieu expose désormais durant l’été les œuvres callotines et carantécoises des jours sombres : des aquarelles, des poèmes, des sacs en tissus fleuris, des sculptures… Foi laïque des œuvres qui subsistent après la disparition du créateur.

Sur le plus haut sommet de l’île – 22 m par rapport au niveau moyen des mers – se dresse bien-sûr la chapelle. Car Dieu est une tentation en ces contrées presque vides où les éléments manifestent leur puissance. Contre la jungle du marché où les puissants sont la vague, la marée et le vent, la protection de Dieu ou de l’Etat est désirée, revendiquée et affirmée avec force. Où l’on retrouve ces liens anciens entre catholicisme et étatisme, si typiquement marqués en France.

Les habitants de l’île sont appelés « Calottins ». Leurs ancêtres bretons ont repris l’endroit aux Danois qui, vers l’an 500, avaient fait de cette pointe un repaire où stocker leurs pillages. Le chef celte Rivallon Murmaczon a prié la Vierge Sainte pour qu’il lui accorde la victoire sur ces Vikings païens. Ce qui fut fait. « Aide-toi, le ciel t’aidera ». Rivallon, en action de grâce, a élevé sur l’emplacement de la tente du chef viking Korsolde une chapelle, inaugurée en 513 après JC (l’ancien, pas Jacques Chirac, je dis ça pour les jeunes branchés sur l’Internet toute la journée).

Cette victoire et son symbole étaient encore salués au canon par les corsaires de Morlaix lorsqu’ils couraient sus à l’Anglois au 17ème siècle. Une élégante tour clocher a été érigée en 1672, comprenant une baie double de cloches, ajourée contre la force des vents et pour que porte mieux le son. Des bourdons neufs y ont été placés en 1996 (l’An Un de JC nouvelle formule, Jacques Chirac cette fois, je dis ça etc…). Signe des temps, un angélus automatique a aussi été monté. A quand la cérémonie minute par SMS ou par application iPhone ?

La Révolution, par son collectivisme communautaire, a transformé la chapelle en caserne – glorification de son propre dieu, l’Universel Français parisien. La restauration commence avant la Restauration, dès le Concordat napoléonien qui bâtit un État pacifié sous le règne duquel nous sommes toujours. 1914 voit l’endroit protégé comme Monument Historique. En 1950, après Occupation et faits de Résistance, une croix monolithe (autrefois appelée « menhir » dans la langue préhistorique) est érigée devant l’église. Face à la « baie de Paradis », vers le soleil couchant, au-delà de laquelle se dressent les flèches des clochers de Saint-Pol de Léon.

Nous avons été parmi ces touristes venus à pied explorer cette fin de terre et nous ouvrir au large et à l’ailleurs. Landes de fougères, rochers et amers peints en blancs pour le point des marins d’avant GPS, plages de sable comme la belle abritée Trann ar Vilar face à Morlaix au loin et aux réserves d’oiseaux des îlots, maisons d’hier humbles devant les éléments et confortables naturellement, maisons d’aujourd’hui vaniteuses dans leur goût néo-breton (réinventé social-écolo 1970), église Notre-Dame de la Toute-Puissance restaurée, entretenue, aimée, où viennent se recueillir des gens qui parlent de l’histoire et des arts. Le peintre carantécois Loïz Laouénan a fait don d’une icône du Roi de Gloire.

Annaïg Le Berre a composé en peinture et tapisserie une descente de Croix dont elle a fait don à la veille du Millénium. La nature est omniprésente ici et les réactions des humains soulignées plus qu’ailleurs : apprivoisement du bain et du sable, prédation des coquilles (mais fleurs et plantes interdites de cueillette), souvenir des aquarelles et photos, recueillement religieux. C’est une vacance de l’âme. Et celle des corps, libres sous le soleil et dans le vent.

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Rotorua et retour via Auckland

Il faut regagner l’île du Nord. Un petit avion fait la navette entre Nelson et Rotorua. Nous sommes un groupe important (40) pour une capacité de 50 places ! On nous a réservé le dernier avion en partance.

Le spectacle est magnifique depuis l’avion : pâturages, ville de Wellington capitale de Nouvelle-Zélande, montagnes enneigées, cratères, lacs, rivières serpentant dans la plaine. Les photos parlent d’elles-mêmes. Voilà, nous sommes arrivés à Rotorua, dans une odeur d’œufs pourris.

La ville thermale de Rotorua sent en effet le soufre. Émanation du diable ? C’est en tout cas excellent pour nous, qui avions tous une petite toux ou un début de rhume à cause du climat de l’île du Sud… Tout ça est envolés  grâce à cette odeur tenace d’œufs pourris.

La ville se situe sur la rive Sud du lac, lac presque circulaire qui est l’un des plus étendu de la région. Le mont Ngongotaha, 778 m, domine la ville et le lac. Un téléphérique dessert Skyline (487 m d’altitude) d’où on embrasse un panorama  exceptionnel. On peut en descendre par des  luges  sur des pistes tracées telles des toboggans, et l’on rejoint le haut par des remonte-pentes tels une station de ski. Hardi les gars !

Ensuite direction l’agrodome où l’on présente les plus beaux béliers du pays, toutes races confondues ; on assiste à une démonstration de tonte, aux évolutions de chiens de bergers. Le magasin est attenant au dôme… au cas où les billets de votre portefeuille se manifesteraient pour en sortir.

Direction Taupo formé en l’an 1860 par une explosion volcanique. Le Taupo est le plus grand plan d’eau de Nouvelle-Zélande, 619 km². D’ici on peut voir dans le lointain les monts Tongariro et Ngauruhoe et la cime enneigée du Ruapehu 2797 m dont j’ai vu le cratère par avion.

Nous retrouvons les routes encombrées, les banlieues – et Auckland. Le démon du shopping poursuit son œuvre. Pendant trois jours complets, le menu sera toujours le même : shopping, shopping, shopping. Confection chinoise, vêtements made in China, objets fabriqués en Chine. On achète une deuxième valise. C’est toujours ainsi lors des voyages des Tahitiens. Attention, deux fois 23 kg par personne et 7 kg pour le bagage à main ! Les Néos veillent ! Ils calculent bien ces Néo et au détour de l’allée, après le free shop, une balance et deux Néo qui vous demandent poliment, et avec un grand sourire de poser votre sac sur la bascule…

C’était ma première découverte du pays Maori. Je comprends mieux maintenant pourquoi les Européens apprécient la Nouvelle-Zélande… Ce pays ressemble tellement à l’Europe qu’il y a peu d’efforts à faire pour s’y sentir comme à la maison !

Hiata de Tahiti

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