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Au sommet du Mont Blanc il y a 30 ans

Durant un week-end de quatre jours autour du 14 juillet, un ami, son copain et moi avons atteint le sommet du Mont-Blanc. Ensemble.

Cela a commencé par une nuit sans sommeil, ou presque. Départ le vendredi soir pour un village du côté des Gets où un frère aîné nous a accueilli une nuit dans le centre de vacances qu’il dirigeait. Six heures d’autoroute suivies d’un peu plus de trois heures de sommeil, avant le départ pour Chamonix où nous prenons le téléphérique, comme l’an dernier, pour atteindre directement le Plat de l’Aiguille. En bas, le tourisme familial traditionnel, les enfants en vêtements légers, les parents qui flânent.

Sous l’Aiguille, nous quittons les familles pour nous retrouver seuls ; nous croisons seulement quelques montagnards qui viennent du glacier. La montée sous la chaleur permet le torse nu. Juste avant les crevasses, nous chaussons les crampons et enfilons un pull.

La saison est moins avancée que l’année d’avant et les crevasses moins ouvertes. L’habitude aidant, nous arrivons plus vite au refuge des Grand-Mulets, perché sur son piton à 3051 m. Un petit garçon étranger, 6 ans à peine, contemple la montagne assis le long du parapet devant le refuge, les jambes dans le vide. Son maillot bleu ciel en filet laisse apercevoir le lisse de ses épaules.

Départ de nuit, vers 3 h, pour le col du Dôme. J’ai encore cette même impression de moins peiner qu’en août précédent, où nous avions tenté, l’ami et moi seulement, sans parvenir au sommet. La neige est plus fraîche et plus ferme ; nous avançons mieux. Nous alternons en tête de cordée, tandis qu’il faut souvent pousser le copain pour qui cette première épreuve de l’altitude se révèle très dure. Nous en étions sévèrement atteints l’an dernier ; moins cette année. Au col du Dôme, atteint vers midi, il nous oblige à nous arrêter tous les dix mètres ; il ne veut pas aller plus loin et s’écroule dans la neige. Nous ne sommes pourtant qu’à peine à plus de 4000 m. Je comprends ce qu’il en est, ayant ressenti la même grande fatigue en août de l’année précédente. Le cœur bat plus vite, le mien au-delà de 80 pulsations à la minute au repos. Le souffle manque autant. Il faut aller rythmé, lentement, régulièrement. Nous avons appris par expérience que c’est ainsi que l’on grimpe efficacement, en grignotant la pente.

Sans tenter le sommet dès maintenant, malgré le temps magnifique, nous descendons l’autre versant du col vers le refuge du Goûter à 3835 m. Il ne faut jamais forcer la machine et le copain n’est pas prêt.

C’est de cet endroit que, vers 3 h la nuit suivante, et malgré le mal de tête dû au manque d’oxygène, nous partons vers le sommet. Le jour se lève doucement sur la montagne à mesure que nous progressons. Nous marchons à l’aube du monde, dans le silence glacé, l’air immobile. Nous sommes solitaires, chacun dans notre effort, malgré les compagnons et les traces des autres dans la neige. La lumière est superbe, le ciel pur. La lune, pleine, éclaire encore jusqu’à ce que l’horizon rosisse et épanouisse sa pâleur. Puis le soleil émerge dans sa virilité matinale, triomphante. L’atmosphère devient corail et bleu pastel, changeante comme l’orient d’une perle que l’on tourne entre les doigts. C’est un moment de magie que je n’oublierai pas.

Au refuge Vallot, 4365 m, nous laissons nos sacs ; jamais nous n’étions encore montés si haut. Mais ce n’est pas fini. Au-dessus de nos tête, imposant, domine l’arrondi du premier sommet d’Europe, massif et immuable. Il est notre ambition. A son sommet se détachent déjà une ribambelle de silhouettes grosses comme des fourmis qui regardent vers le bas.

Nous grimpons. Ce n’est pas difficile ni technique, seulement pénible avec l’altitude. De part et d’autre de l’arête terminale plongent des pentes vertigineuses de neige étincelante. Nous suivons la trace en lacet dans la neige tassée qu’ont frayé les premiers à monter. Nous grimpons encore, et puis le dôme se découpe, la pente s’atténue. Sommes-nous enfin au sommet ? Non, il faut une centaine de mètres encore jusqu’au plateau terminal à 4810 m. La pente s’inverse alors pour redescendre vers l’Italie.

C’est enfin la réussite ! Le paysage dégagé nous offre la domination du monde connu. Il fait très froid au sommet malgré le soleil qui arde. Un vent glacé souffle, éternel, appelé par l’arête. Instant d’infini et de silence ; les fourmis vues d’en bas sont déjà reparties. Tout est loin.

Puis deux alpinistes arrivent par le versant italien, un autre groupe par notre chemin ; nous ne sommes plus seuls. La neige du sommet est piétinée dans tous les sens. Une centaine de personnes est déjà passée dessus depuis l’aube. Depuis un siècle, le Mont Blanc n’est plus réservé à une élite. Mais qu’importe : c’est soi-même que l’on vainc plutôt que le sommet.

Après quelques photos réciproques avec les Italiens, nous redescendons l’arête pour retrouver nos sacs à Vallot. Nous déjeunons et dormons dans le refuge pour une heure, coque d’aluminium qui protège du froid et auquel on accède par un sas pour éviter le blocage par la neige. Puis nous rejoignons le refuge du Goûter pour une nuit complète.

Nous avons le plaisir, le lendemain à 2 h de la nuit, de nous rendormir alors que les autres se harnachent pour partir. Nous avons déjà donné. Un étudiant en pharmacie fait une enquête sur le mal des montagnes et nous interroge, avant que nous repartions au matin vers la vallée. Il serait plus sûr, nous dit-il de préparer l’ascension du Mont-Blanc par une autre course préalable, à 3500 m environ. Peut-être est-ce d’avoir séjourné en Engadine, quelques mois avant, à plus de 1800 m, qui m’a acclimaté ?

Notre descente s’effectue parmi les rocs branlants de l’aiguille du Goûter, un passage enneigé dans le Grand couloir, puis la descente rapide par les pentes de neige jusqu’au petit train à crémaillère du Montenvers, et la poursuite à pied jusqu’au téléphérique des Houches.

La voiture est là, près de l’église, amenée par le copain qui l’avait en garde. Direction Chamonix, vers la piscine dont la petite tache bleu turquoise, vue du sommet, nous donnait envie. L’eau nous détendra autant qu’elle nous lavera de la fatigue accumulée.

Non loin de là au Grand Bornant, nous l’apprendrons plus tard, un torrent de boue dévastait un camping et faisait 22 morts.

Nous retournons sur Paris dans les orages, des trombes d’eau qui obligent à rouler à 60 km/h et même à s’arrêter un moment sur une aire tant la visibilité s’est réduite.

Durant plusieurs jours, mon sommeil sera plus long et plus lourd. Le corps exigera de rattraper cette épreuve.

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Vers le Mont Blanc

L’année suivante, en 1986, nous sommes partis à trois. C’est le bon chiffre (jusqu’à quatre) pour rester en groupe homogène en une seule cordée ou deux, et aller tous ensemble au sommet.

Après 6 heures d’autoroute depuis Paris, puis une nuit à côté des Gets, nous voici à Chamonix pour prendre le téléphérique qui mène au Plan de l’Aiguille, à 2354 m. Il y a foule en ce mois de juillet, des familles entières qui vont pique niquer à l’Aiguille du Midi et contempler la mer de Glace. A 1030 m, Chamonix est très chaud en été et je me souviens d’un petit Hollandais d’une douzaine d’année vêtu seulement de tennis et d’un short bleu. Sa sœur, un peu plus jeune et moins physique, portait sagement un tee-shirt. Lui offrait son corps blond et bien bâti au soleil, plaisir rare dans son pays du nord. Mais 1300 m plus haut, au Plan de l’Aiguille, il ne fera déjà plus 28° mais la moitié. Le gamin a dû enfiler en catastrophe à même la peau un K-Way de secours. La montagne, c’est la nature brute, pas un parc d’attraction civilisé. L’irresponsable candeur des gens fait parfois peine à voir.

mont blanc depuis refuge des grands mulets

Sous l’Aiguille, nous quittons les familles pour nous retrouver seuls, à pied. Nous croiserons quelques montagnards qui redescendent du glacier. Nous montons sous la chaleur. Bien que calculé au plus juste, le sac pèse, empli de barres de céréales, de la gourde, du pull polaire, les gants, de la cagoule et de la veste indispensables pour monter plus haut.

Arrivés au champ de crevasses, nous chaussons les crampons. L’ascension du Mont Blanc n’a rien de technique, sinon qu’il faut savoir attacher ses crampons, s’encorder par précaution à cause des crevasses, et faire une attention très régulière à la météo.

mont_blanc_crevasses_avant_refuge des grands mulets

Nous nous arrêtons, pour ce premier jour d’acclimatation, au refuge des Grands Mulets, perché sur son piton rocheux à 3051 m. Après le dîner et une courte nuit, nous en repartirons à 3 h du matin, dans la nuit, pour le col du Dôme. La neige est fraîche et ferme, le froid vif, mais la lune est pleine et éclaire la route, nous n’avons besoin de la lampe frontale que dans les endroits plus pentus. Le seul bruit alentour est le crissement de nos pas et le choc métallique de nos piolets lorsqu’ils heurtent un rocher. Le premier de cordée ne voit pas ses compagnons et a le sentiment intense d’être isolé en pleine nature sauvage, sous la lune. Nous laissons à notre gauche le rocher de l’Heureux Retour au nom symbolique, grimpons le Petit Plateau à 3650 m, puis le Grand Plateau à presque 4000 m déjà. Nous atteignons le col du Dôme, 4237 m, vers midi. Il y a déjà 9 heures que nous sommes partis et nous avons plus de 1000 m de dénivelé dans les poumons. L’altitude raréfie l’oxygène et le cœur est forcé de pomper ; il bat plus vite, donnant vite un sentiment d’épuisement. Ce n’est ni le souffle qui manque, ni les jambes qui refusent, mais cette défaillance d’énergie qui prime. Il nous faut aller rythmés, lentement, régulièrement.

Mont Blanc refuge des grands mulets 2008

Nous ne tentons pas le sommet en direct, malgré le temps magnifique, mais redescendons sur l’autre versant vers le refuge du Goûter à 3817 m, pour nous acclimater un peu plus. C’est là qu’avant 3 h, la nuit suivante, malgré le mal de tête dû au manque d’oxygène, nous partons cette fois pour le sommet. Nous ne sommes pas les seuls, il suffit de suivre la procession des lampes frontales, en guirlande dans la nuit.

mont blanc Refuge-du-Gouter

Le jour se lève doucement sur la montagne. Nous sommes juste sous le ciel, comme à l’aube du monde. Le silence est minéral, le paysage réduit à ses éléments bruts : le roc, la glace. Après l’extinction des lampes, les seuls signes d’humanité restent les traces de pas dans la neige encore glacée. Elle crisse sous les chaussures comme du sucre. Peu à peu, l’horizon rosit et se teinte. Le soleil paraît dans sa virilité matinale. Le ciel se colore de rose comme une jeune fille sous le coup d’une émotion. Le fond bleu pâle change sans cesse comme l’orient d’une perle. C’est d’une beauté unique ; je n’oublierai pas cette lumière-là de la haute montagne.

mont_blanc_col_vallot

Arrivés au col du Dôme, nous ne prenons pas l’itinéraire de 1786 qui passe entre les deux barres des Rochers Rouges, mais suivons la voie normale marquée par le refuge Vallot. Ce dernier n’est pas habité mais une carcasse de protection contre le vent, le brouillard et le froid vif des 4362 m d’altitude. Nous y laissons nos sacs, ne prenant que le minimum pour aller tout en haut. Au-dessus de nos têtes domine l’arrondi du premier sommet d’Europe, massif et immuable. Sur sa crête se détache déjà une ribambelle de silhouettes à contre-jour. Parties plus tôt, elles regardent en bas.

Parviendrons-nous au sommet ?

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La vie d’Odessa

Nous descendons l’escalier Potemkine où nombre de touristes russes ou ukrainiens se font photographier, occasion de faire de même pour nous avec des sujets qui ne bougent pas. Au bas, via un souterrain qui traverse sans danger le flot de voitures du boulevard, s’élève la gare maritime, avancée sur la mer. Un pont de fer traverse les voies de chemin de fer dont les innombrables wagons attendent les produits importés.

odessa sculpture port embarquement

La gare maritime est toute neuve et permet, par de vastes esplanades, d’en faire le tour jusqu’au port de plaisance où les yachts, revenus depuis la fin de l’URSS, se balancent aux pontons. Les grues de décharge surplombent les bateaux comme des têtes d’insectes. Il est d’usage de grimper dans la sculpture de gros bébé nu, éclos d’une coque végétale, monument en bronze d’un artiste contemporain.

odessa statue au revoir

Une autre statue de bronze fait recette, celle d’un couple du temps des tsars disant adieu aux voyageurs. La femme en crinoline et chapeau est tournée vers le large, elle tient debout sur le parapet l’enfant qui tend le bras droit vers la mer et le ciel, tout comme le jeune Tadzio dans la dernière séquence du film de Visconti, Mort à Venise. Adieu au père parti au loin, geste d’orphelin ou d’espoir, c’est selon. Nombre de touristes locaux viennent se faire photographier devant ce symbole mitigé, dont un couple avec un enfant, justement ! Tandis que la femme prend son mari et le petit, je prends la même photo, demandant par gestes au gamin de lever le bras comme la statue. Il s’exécute avec grâce, comprenant vite et heureux de cette suggestion.

odessa pouchkine primorski

Nous remontons les escaliers longs de 142 m pour suivre le boulevard Primorski (qui signifie maritime en russe), arboré de platanes. Et ce jusqu’à la statue de Pouchkine qui élève son esprit poétique, en bronze, au-dessus des manants, bien qu’orné d’une étoile rouge de fâcheux souvenirs. Les Ukrainiens aiment beaucoup cette statue, nous apprend Natacha. De 1823 à 1824, le grand poète russe y fut envoyé en exil. Dans ses lettres, il écrivit qu’Odessa était une ville où « on peut sentir l’Europe. On y parle français et il y a des journaux et des magazines européens à lire ». Dans les années récentes, l’écrivain Isaac Babel et la poétesse Anna Akhmatova ont habité Odessa. Jeans moulants, tops collants, maquillages alambiqués, la mode se porte serrée à Odessa, joliment érotique aux regards mâles.

odessa docteur esperanto

Le fondateur de l’esperanto a son buste en bronze qui trône dans un jardinet d’arrière-cour, à Odessa. Moustachu, barbichu et à lunettes, le Polonais juif Zamenhof (1859-1917) a publié à 28 ans son premier essai, Langue internationale, sous le pseudonyme de « docteur Esperanto », celui qui espère. Sa judéité n’est pas étrangère à son aspiration à sortir de son enfance dans le ghetto où, situé à un carrefour d’ethnies, on parlait plus d’une dizaine de langues sans arriver à comprendre ses copains.

odessa vieilles

Son buste veille sur les vieilles qui commèrent et sur une punk locale, percée de partout, qui fume une clope tout en buvant une bière comme une No future berlinoise.

odessa filles

Un roux matou, perché sur un auvent, somnole au soleil. Un peu plus loin, à un carrefour, un panneau indicateur incongru sollicite le regard. Il rappelle, en cyrillique et en latin, le cosmopolitisme d’Odessa par les distances des principales villes du globe : Saint-Pétersbourg 1493 km, Liverpool 2496 km et Marseille 2014 km.

odessa panneaux indicateurs

Les plages sont accessibles au-delà d’un parc et il est amusant d’emprunter un téléphérique de taille jouet, aux cabines ouvertes en plein air à partir de la taille. Chacune est d’une couleur différente et l’on y tient à deux. Le mien est vert pré, d’autres sont jaune d’œuf, rouge vermillon ou bleu azur. Il est conseillé de ne pas avoir trop le vertige, bien que l’on puisse s’asseoir, ce qui limite la danse de l’horizon. Mais les passages sur les pylônes font balancer quelque peu la cabine, même si elle va lentement. Un arrêt sur les câbles, pour quelque maladroit qui n’a pas su sortir à temps à l’arrivée, fait frémir les estomacs sensibles tandis que les jeunes garçons qui remontent de la plage en slip nous envoient signes et saluts moqueurs, trente mètres plus bas.

odessa telepherique vers la plage

Les plages sont noires de monde juste avant midi mais la mer est bleue comme la Méditerranée. Elle est ici qualifiée de « Noire » en raison des faibles différences de température entre les courants du fond et ceux de surface. Ces brassages ne suffisent pas à alimenter un plancton suffisant pour que les poissons puissent vivre. Des gamins brunis viennent se baigner directement depuis leur appartement du centre ville, empruntant les rues en vélo presque nus. Cafés et bars de la plage sont chers et leur rentabilité est augmentée par la location très « bourgeoise » de transats ou de matelas, ou par les services proposés de massage en plein air. C’est toute une industrie, développée à l’ère soviétique, que nous ne connaissons pas sur nos plages.

odessa plage sur la mer noire

Deux gamins en short de bain de 8 et 10 ans viennent mendier sans vergogne auprès des touristes, entre les tables des bars. Ils sont directs mais pas collants. Certains leur donnent 10 hrv, de quoi s’acheter un beignet chacun et un Coca pour deux ailleurs. On estime à 30% les Ukrainiens vivant sous le niveau de pauvreté. Le PIB par tête est de 7400 $ (estimation 2012), mais la richesse est très mal répartie, les 10% les plus riches comptant pour 22.5% de la consommation du pays en 2011 (un tiers de plus qu’aux États-Unis) alors que les 10% les plus pauvres comptent pour 3.8% seulement. Le taux de chômage officiel est à peine au-dessus de 8% (2013) mais si le travail au noir est très répandu, le comptage des vrais chômeurs est un leurre statistique. Au début des années 2000, des enquêtes estiment à près de la moitié du PIB officiel l’économie « informelle », l’État archaïque et clanique peinant à mesurer par son appareillage statistique le dynamisme réel d’une population qui aspire aux richesses et au bonheur pour ses enfants, et qui se « débrouille ».

odessa gamin mendiant torse nu

Le pays reste agricole, y employant 10% de sa population active pour produire du blé, de la betterave à sucre, de l’huile de tournesol, des légumes, de la viande de bœuf et du lait. L’industrie (29% de la population active) est principalement concentrée sur l’extraction du charbon, la production électrique, les métaux, les machines-outils et les véhicules de gros transport, la chimie et l’agroalimentaire. Il s’agit d’une économie productiviste du style d’après guerre, très marquée par la répartition des tâches entre « pays socialistes », ni autonome, ni moderne. S’il y a 59 millions de téléphones mobiles, c’est surtout en raison de l’état déplorable du réseau fixe, hérité de feue l’URSS. Il n’y a encore que 2.1 millions de postes Internet. La Russie représente 26% des exportations ukrainiennes, la Turquie 5% et l’Égypte 4%. L’Ukraine dépend encore étroitement de son grand voisin russe pour le pétrole et le gaz.

odessa russe blonde

Traditionnel lieu de villégiature de l’élite russe au 19ème siècle, puis de la nomenklatura soviétique (Staline y avait sa datcha), ainsi que des « bons de repos » pour un choix de la masse méritante jusqu’en 1991, les rives de la mer Noire sont aujourd’hui moins prisée par les touristes de la CEI. Après la chute de l’URSS en 1991, les dirigeants russes ont “déménagé” sur les rives du Caucase russe, à Sotchi. Les directions touristiques populaires sont devenues la Turquie et l’Égypte, moins chères et plus exotiques pour des habitants de l’Est, privés depuis des générations de voyages à l’étranger.

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Monastère arménien de Tatev et premier camping…

Peu avant Sisian, nous quittons la route principale pour longer les gorges vers Tatev. Le canyon « vertigineux » de la rivière Vorotan s’abîme sous la route. Un gigantesque téléphérique relie le plateau au monastère de Tatev, haut lieu touristique que nous allons visiter. Construit par des Italiens selon une conception suisse, ce téléphérique est une fois de plus un record ! Il a la portée la plus longue du monde, affirme notre guide patriote arménienne. La route a été refaite car le précipice était fort près des roues auparavant et nombre de touristes paniquaient à l’idée que leur jeep passe par là.

Sitôt arrivés au pied du monastère, nous montons les tentes igloo deux places dans le petit bois juste au-dessus avant d’aller visiter. J’ai, comme à l’hôtel une chambre, une tente pour moi tout seul. Que je monte seul aussi, trouvant comment ça marche en examinant les pièces. Ce n’est pas le cas de quelques filles. Encore pour celles qui n’ont jamais fait de camping, je peux comprendre, mais pour les autres, on dirait des poules ayant trouvé un couteau. « On nous explique rien, on n’est pas aidé ». C’est toujours la faute des autres, de l’organisation, du système, jamais de la sienne. Et si elles se prenaient en main un peu, les râleuses professionnelles ? Mal d’époque : les fonctionnaires du social disent à chacun ce qu’il doit faire et comment, baiser en missionnaire avec capote, manger cinq fruits et cinq légumes par jour, boire un litre et demi d’eau au moins, se laver trois fois les dents, changer sa brosse tous les mois, et blabla. Infantilisés et rendus irresponsables, les gens attendent une aide pour tout, même pour monter une tente.

Sur le parking, une vieille Volga bleu pétrole de l’époque soviétique trône avec éclat.

Nous entrons dans le monastère en longeant l’église saint Astvatsatsine (Sainte Mère de Dieu) du XIe, siècle à la coupole coiffée d’un toit ombrelle.

Sa porte de bois est très détaillée. Le monastère a servi d’université du Xe siècle à l’invasion de Tamerlan en 1435 ; on y enseignait la philosophie, la calligraphie, l’enluminure, la musique, la littérature, l’histoire de l’église et les sciences. Il y a eu jusqu’à 500 moines au moins, aujourd’hui il en reste deux qui vivent à demeure dans un seul des bâtiments.

Comme nous le voyons, de tout jeunes adolescents du pays viennent servir la messe, par respect. L’église des saints Pierre et Paul (Poghos Pétros), construite à la fin du règne arabe, se dresse au centre de la place, bordée de logements au-dessus des gorges à pic. La vue, depuis les balcons des cellules des moines, est impressionnante : pas moins de 700 m de vide sur la gorge de la rivière Tatev. Le monastère était une forteresse. Côté promontoire, deux tours rondes et une muraille épaisse protègent des incursions depuis le IXe siècle.

Les cloches de Tatev attestent la maîtrise du coulage de bronze au XIVe. Elles ont sonné 700 ans. Durant le régime soviétique, les cloches ont été cachées par les paysans et l’une a été remontée depuis l’indépendance. Sur l’une figure la date de 1302, sur l’autre de 1304.

Le moulin à huile est du XIIIe siècle, près de la tour ronde à l’est. Dans une pièce, une pierre servait de presse pour les graines à huile. De grands foyers étaient utilisés pour décanter la mixture. Les stalles réservées aux chevaux, près de l’entrée, sont plus lumineuses et plus confortables que l’auberge des pèlerins. Une tour oscillante en segments de basalte octogonaux montrait les tremblements de terre, à droite de l’église. Consacrée en 906 par le Catholicos, elle a été aujourd’hui fixée contre les petits malins qui voulaient voir jusqu’où elle pouvait osciller. Sur la cour intérieure s’ouvrent aussi la résidence de l’évêque, le réfectoire, la cuisine et la boulangerie, au-dessus de la gorge de Vorotan.

Nous dînons « chez l’habitant », au-dessus du monastère, sous une bâche. Des mezzés de légumes grillés au four, aubergine, tomate, poivron, porc grillé patates, et du vin du pays en bouteille de Coca de deux litres. L’ambiance est assez joyeuse malgré la marche de 17 km demain qui effraie déjà le groupe presque autant que la nuit sous tente « avec les bêtes ». Une fille se lance dans l’animation intello : trouver les mots féminins se terminant par t ou le mot masculin se terminant par ette. Pas simple car ils sont rares. Le mot masculin est squelette. Les mots féminins sont nuit, mort, part, dot, durit, jet set, basket, gent et jument. Peut-être en ai-je oublié un ou deux ?

La nuit sous la tente n’est pas de tout repos. Outre le décalage qui nous laisse éveillés quelques heures, l’agitation sous la tente de notre guide arménienne est hors de toute discrétion. Halètements, grognements, rires étouffés… Dans l’autre tente proche de la mienne, un cri dans la nuit : c’est l’une des filles, elle a été « agrippée par une bête » ! La bête en question n’est autre que celle qui partage sa tente et qui a glissé en raison de la pente. Rires, pleurs, ah les joies du camping pour celles qui n’en ont jamais goûté !

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Rotorua et retour via Auckland

Il faut regagner l’île du Nord. Un petit avion fait la navette entre Nelson et Rotorua. Nous sommes un groupe important (40) pour une capacité de 50 places ! On nous a réservé le dernier avion en partance.

Le spectacle est magnifique depuis l’avion : pâturages, ville de Wellington capitale de Nouvelle-Zélande, montagnes enneigées, cratères, lacs, rivières serpentant dans la plaine. Les photos parlent d’elles-mêmes. Voilà, nous sommes arrivés à Rotorua, dans une odeur d’œufs pourris.

La ville thermale de Rotorua sent en effet le soufre. Émanation du diable ? C’est en tout cas excellent pour nous, qui avions tous une petite toux ou un début de rhume à cause du climat de l’île du Sud… Tout ça est envolés  grâce à cette odeur tenace d’œufs pourris.

La ville se situe sur la rive Sud du lac, lac presque circulaire qui est l’un des plus étendu de la région. Le mont Ngongotaha, 778 m, domine la ville et le lac. Un téléphérique dessert Skyline (487 m d’altitude) d’où on embrasse un panorama  exceptionnel. On peut en descendre par des  luges  sur des pistes tracées telles des toboggans, et l’on rejoint le haut par des remonte-pentes tels une station de ski. Hardi les gars !

Ensuite direction l’agrodome où l’on présente les plus beaux béliers du pays, toutes races confondues ; on assiste à une démonstration de tonte, aux évolutions de chiens de bergers. Le magasin est attenant au dôme… au cas où les billets de votre portefeuille se manifesteraient pour en sortir.

Direction Taupo formé en l’an 1860 par une explosion volcanique. Le Taupo est le plus grand plan d’eau de Nouvelle-Zélande, 619 km². D’ici on peut voir dans le lointain les monts Tongariro et Ngauruhoe et la cime enneigée du Ruapehu 2797 m dont j’ai vu le cratère par avion.

Nous retrouvons les routes encombrées, les banlieues – et Auckland. Le démon du shopping poursuit son œuvre. Pendant trois jours complets, le menu sera toujours le même : shopping, shopping, shopping. Confection chinoise, vêtements made in China, objets fabriqués en Chine. On achète une deuxième valise. C’est toujours ainsi lors des voyages des Tahitiens. Attention, deux fois 23 kg par personne et 7 kg pour le bagage à main ! Les Néos veillent ! Ils calculent bien ces Néo et au détour de l’allée, après le free shop, une balance et deux Néo qui vous demandent poliment, et avec un grand sourire de poser votre sac sur la bascule…

C’était ma première découverte du pays Maori. Je comprends mieux maintenant pourquoi les Européens apprécient la Nouvelle-Zélande… Ce pays ressemble tellement à l’Europe qu’il y a peu d’efforts à faire pour s’y sentir comme à la maison !

Hiata de Tahiti

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Queenstown et les croisières

Pour le petit déjeuner le groupe est scindé en deux car le restaurant du motel est trop petit. Il pleut, il pleut, il pleut ! Rendez-vous sur le quai pour prendre la « Lady of the Lake » pour nous rendre sur la rive opposée. La pluie gâche un peu notre plaisir mais l’ambiance sur le steamer est fort sympathique.

Le TSS Earnslaw est une vénérable relique du temps où les vapeurs étaient le principal moyen de circulation sur le lac. Il est propulsé par 2 moteurs de 500 chevaux qui l’équipent depuis son lancement en 1912.

Cette honorable « Dame du Lac » nous mènera à la Walter Peak High Country Farm. Là nous irons rendre visite aux lamas, aux moutons, aux cerfs et biches, aux bœufs écossais, et avec une tasse d’un English tea, déguster un ou deux scones. Delicious !

Sur le bateau, un piano quart de queue et son pianiste joue des mélodies très connues, un petit Song book est remis à ceux qui s’approchent du coin musique. Dans ce petit fascicule, vous trouverez 48 textes de chansons comme My Bonnie, John Brown’s body, Lily Marlene, It’s a long way to Tipperary, Waltzing Matilda, and so on. A l’aller comme au retour, le pianiste du bord se délectera d’accompagner les voix tahitiennes, de jouer à quatre mains avec notre accompagnatrice. Etonnant et distrayant pour les autres touristes, asiatiques pour la plupart,  qui s’empressent de mettre ces souvenirs dans leur boîte à images.

Par le téléphérique Gondola nous irons dîner au restaurant panoramique. Le dénivelé est de 450 m sur une longueur de 730 m. La vue depuis le restaurant sera perturbée par la pluie, dommage ! On aurait pu faire de la luge. Tant pis. Les buffets sont copieusement garnis, en huîtres, pétoncles, moules, crevettes et autres produits de la mer, en viandes, en légumes, en salades, en fromages. Du chaud, du froid,  des desserts, des boissons chaudes, cette fois, les Tahitiens n’auront  pas besoin de courir chercher des frites au sortir du restaurant!

La journée sera longue. La pluie sera des nôtres jusqu’à l’arrivée. Te Anau est le centre commerçant du Fiordland, région vivant de l’élevage de daims et du tourisme. La ville est sise sur la rive sud-est du lac du même nom, long de 61 km et profond de 417 m. C’est le plus grand lac de l’île du Sud.

Une visite à la grotte des vers luisants est programmée. Par bateau, on rejoint la grotte. On pénètre par petits groupes à l’intérieur. De passerelles en passerelles, au-dessus des torrents, d’une piscine naturelle, de la rivière est en crue qui gonfle la cascade,  on pénètre l’intérieur des galeries calcaires puis en barque, dans le plus grand silence, on découvre les voutes de la grotte illuminées par des milliers de vers luisants. Grâce à leur minuscule lumignon ils attirent les insectes dont ils se nourrissent. Une voute céleste brillant de milliers de feux dans un univers magique.

Sabine

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