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Monte Cappane sur l’île d’Elbe

La nuit fut bonne, fatigue aidant ; le réveil a lieu plus tôt, à 6h30, pour partir gravir nos 1000 m de dénivelée avant la chaleur. Le petit-déjeuner est pris à l’hôtel avant d’aller remplir les bouteilles à la source. Elle est si fréquentée par les locaux qu’un arrêté du maire conseille aux habitants de ne pas exagérer ! Dans le petit matin, les vieux qui viennent s’approvisionner en bidons de Chianti de trois litres, s’exclament : cinghali ! Les sangliers ont en effet foui les bordures en pierres des vignes pour tenter de manger les raisins. Mais la clôture a tenu.

Une lente montée commence dans la vallée par un sentier mieux aménagé qu’hier. Nous allons le long du torrent presque à sec, parmi les châtaigniers et les chênes lièges. Dans le sous-bois, nous voyons un bouquetin qui fuit sans se presser. Dans un fourré, au passage à gué du ru où ne subsiste qu’un peu de boue, nous avons entendu les sangliers ; ils se cachent mais ne sont pas très sauvages. Ils ont été dérangés de leur bauge.

La montée se fait plus roide dans le maquis, sur le flanc sud-est du torrent, avant de déboucher sur la crête vers 650 m.

Nous la prenons alors vers le nord-est pour aborder les abords du mont Capanne, 1018 m, qui est notre destination.

Le chaos de roches et un peu casse-pattes, mais le clou est un dôme de dalles en via ferrata. Les grandes chutes de granit pentues sont plantées de pitons soutenant un câble métallique auquel se tenir à mesure qu’on grimpe.

Rien de vertigineux, tout juste de l’aérien ; rien de technique, tout juste du fatigant. Car se tenir au câble et grimper les jambes, répartir en équilibre le poids du corps, ne va pas sans effort.

Quand il pleut, le tout doit être glissant et mieux vaut ne pas s’y avancer. Mais la journée est belle, à peine voilée.

Nous atteignons le sommet du mont Capanne, parmi les touristes en nombre venus par téléphérique de l’autre côté. Nous allons jusque sous les antennes pour faire « la » photo de groupe, comme tout le monde.

Nous pique-niquons au bord de l’aire pour hélicoptère, devant quelques Allemands avec gosses qui s’empressent de redescendre avant la fermeture prandiale de la télécabine de 13h30 à 14h30. Un petit blond florentin et sa sœur ne tiennent pas en place ; je ne parviens pas à les capturer sur numérique. Ils jouent avec moi sans le vouloir car je les reverrai en fin d’après-midi, en bas du téléphérique, aussi insaisissables, jusqu’à leur voiture garée en bord de route, qui indiquent qu’ils habitent Florence. Un petit Allemand est tendre avec son père plutôt enveloppé mais ne tient pas plus en place, lacets défaits et démarche sautillante ; il souffre en outre de trachéite de ne pas se couvrir – un vrai gavroche le nez au vent. Un couple de vieux au style californien, en maillot de bain, cuivrés, cheveux longs tenus par un bandana, le corps flasque, ont le genre à avoir eu 20 ans en 1968 et de n’avoir jamais quitté l’époque. Ils sont à la fois laids par leur apparence de septuagénaires et ridicules par leur affichage de jeunesse perpétuelle flétrie.

Nous étions huit à monter ce matin, les six autres sont venus tranquillement par la télécabine – en apportant le pique-nique collectif. Ils ont pris le bus de 10h40 et nous ont rejoints alors que nous arrivions au sommet. De loin, nous apercevons la Corse.

Les descendeurs partent avec Denis car le sentier est long (près de 2 h) et pénible (ravagé par les baskets de touristes). J’ai décidé de prendre la télécabine pour descendre, ce que les Italiens appellent cabinovia – le funiculaire. Il vous dévale 644 m de dénivelée en une quinzaine de minutes, comportant 59 cabines où l’on peut tenir jusqu’à trois. Mais en général, un grimpeur et son sac à dos suffisent pour emplir la cage métallique ouverte sur le vide, qui ressemble fort à une cage à oiseau en métal peint en jaune d’œuf. Un couple avec enfant, un adulte et deux enfants, ou encore trois copains sans sac et assez jeunes, donc minces, peuvent tenir en une fois.

La descente seule coûte 12 €, la montée et la redescente 18€. Nous sommes cinq à opter pour le téléphérique et nous prenons un pot au bar-restaurant du départ. Un moment, les nuages montent et il pleut un peu, mais cela ne dure pas. Ceux qui descendent n’ont rien pris.

Dans le couloir du téléphérique, le sol est jonché de chapeaux et casquettes imprudemment gardées sur la tête alors qu’il y a toujours du vent. Quelques canettes et bouteilles aussi. Les gens qui montent présentent toutes les attitudes : désinvoltes au point de se retourner (ce qui fait tanguer la cabine), agrippés des deux mains aux barreaux, assis dans le fond plus grillagé, embrassés sans rien voir, serrant dans ses bras un enfant… Le téléphérique a son point d’arrivée près du village de Marciana.

La route de liaison passe sous le village de Marciana, étagé en hauteur. Seuls les cafés et glaciers se trouvent à proximité, l’intérieur du village est vide malgré sa forteresse, son musée, ses églises. Nous n’avons que trois-quarts d’heure avant le bus prévu à 16h07 et nous parcourons quelques rues ; malheureusement elles montent et nous renonçons vite, la journée a été assez rude comme cela. Nous visitons l’église Santa Croce au plafond peint à fresques avant d’aller prendre un granité citron (2 € le verre moyen) en attendant les autres.

Ils ne tardent pas à arriver et nous occupons à nous quatorze la moitié du bus. Il met 45 mn pour rejoindre Pomonte par la côte. Le ciel est gris, la plage quasi vide et il fait lourd. Le bus nous ramène vers 17h20 et nous pouvons jeter un œil dans l’église de Pomonte qui est ouverte. Un vitrail moderne derrière le chœur est de bel effet au soleil couchant.

Dans la cour familiale de notre chambre d’hôte, trois enfants jouent à Batman avec les déguisements de rigueur. Il y a Giacomo, le fils de la maison, 8 ans, sa petite sœur Rita déguisée en princesse, 6 ans, et un copain, William, 9 ans. Il s’agit du petit blond costaud que j’ai vu hier à la plage plonger du rocher. Je l’ai reconnu à ses cheveux très blonds, à ses yeux bleu clair, mais surtout à sa médaille de cou, un soleil en ronde bosse d’acier poli. Une fille dans les 11 ou 12 ans, Paola, vient aussi jouer un moment, mais ne s’attarde pas. Ils sont bruyants et pleins de vie, je n’ai pas envie de lire et je les écoute, allongé sur mon lit après la douche. Ils articulent bien l’italien – du pur toscan – même si je ne comprends pas tout. William a la voix rauque ; il paraît un petit dur sans cesse à s’exercer, bon copain plein d’initiative et sans peur.

Nous nous donnons rendez-vous pour l’apéritif au café en face d’hier, afin de ne pas faire de jaloux parmi les commerçants, dit Denis. Les boissons sont les mêmes mais le service est moins bon et les antipasti plus réduits ; les patrons sont anciens. L’ado solaire d’hier soir repasse depuis la plage, toujours torse nu mais les cheveux plaqués par le bain. Peu de monde revient comme lui de la mer. Il enfile une ruelle sur le côté d’une boutique juste après l’église.

Le restaurant de l’hôtel est le même qu’hier, avec Simone en patronne à petite robe noire, que nous avons vue en maillot de bain cet après-midi avec les enfants. Spaghettis aux fruits de mer, pavé de poisson et des fruits, le tout accompagné d’un vin blanc toscan de l’année. Le poisson serait du tchernia, « qui ressemble à du saint-pierre ? » dis-je à Denis (à cause de l’animateur de télé). Les convives du restaurant d’hier et d’avant-hier logent à l’hôtel et nous les revoyons souvent. J’ai remarqué un ado carré et sa sœur, dans les 13 et 11 ans, émouvants à observer. Lui responsable, elle discrète, tous deux jouant un jeu social face à leurs deux parents.

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Crêtes vers Pomonte

Nous prenons deux gros taxis pour joindre le village de San Piero in Campo, 226 m, dans la partie ouest de l’île, ce qui nous fait traverser en voiture toute la partie centrale. Ils nous laissent sur la place à la fontaine et continuent de convoyer nos bagages jusqu’à Pomonte, à l’extrémité est où nous serons ce soir – à pied.

Le ciel est à peine embrumé et nous partons marcher sur le versant sud. Une mine de granit est en activité. Nous dépassons des cabanes de berger en pierres sèches. Un ancien moulin à grain, il mulino di Moncione – le plus grand de l’Elbe – était alimenté en saison des pluies par un torrent de la montagne. Un réservoir permettait de faire tourner la meule sans à-coup. Il a cessé de fonctionner en 1910, les parties en fer furent revendues 270 lires en 1935 pour financer la guerre d’Ethiopie, et le tout est aujourd’hui ruiné. Le maquis est desséché par la saison exceptionnelle.

Le sentier GTE est entretenu, mais dès que l’on passe – par un « rempaillou » selon Denis – sur la variante MTE, ce ne sont que broussailles envahissant le chemin et chaos de roches. Je me râpe le genou droit lorsque ma chaussure dérape en montée.

Dès que sourd un peu d’eau, les lieux se plantent d’arbres qui font de l’ombre et l’herbe pousse. Pour le reste, c’est cagnard et roussi, mais odeurs de marjolaine ou de sauge. Nous buvons nos trois litres allègrement dans l’après-midi. Cette étape est sans intérêt car le panorama est rarement visible et il est difficile de détacher ses regards du sol sans se tordre une cheville. Certains ont vraiment du mal.

Nous pique-niquons à la cabane de pierres sèches avant le col della Grottaccia à 647 m. La salade du jour est au riz, à la tomate, au persil, aux anchois et aux courgettes crues émincées. Il y a aussi du saucisson au fenouil et du pecorino. Et toujours le doigt de vin rouge pour le goût.

Nous repartons pour passer le col et redescendre très longuement vers le village de Pomonte au bout de la vallée creusée par la rivière, sur la mer.

La fin est dans une pinède. Une source commune est sise près d’une vigne, à une centaine de mètres de la route. Elle nous permet de refaire de l’eau car nous avons une fois encore tout bu. Il y a eu moins de pentes abruptes qu’hier, mais plus de dénivelée. J’ai fait très peu de photo, faute de paysage.

Notre hôtel L’Ogliera via del Porto Vitale est dispersé car plein en cette saison. Une partie va dormir à l’adresse, une autre dans des studios de gîte un peu plus haut dans le village, et Denis et moi chez la fille de la patronne, Simone, qui a ouvert une chambre d’hôte. Cette fois je partage la chambre, mais le grand lit matrimonial est séparé de deux lits individuels par une tenture colorée. Il y a même un coin cuisine et un frigo en plus d’une grande salle de bain.

Une fois installé, je vais seul à la plage, tout au bas du village. De gros galets glissants la tapissent, ce qui est peu agréable et rend difficile la rentrée dans l’eau sans sandales de plage. Il est 17h30 et les familles sont installées à quelques mètres les unes des autres dans l’estran étroit entre les vagues et le rocher. Les gosses sont très bronzés, surtout les garçons car les fillettes semblent moins s’exposer. J’en ai pourtant croisé deux magnifiques en vélo rose et en seul slip ; elles logent dans un gîte un peu plus bas du mien. Cheveux blonds et corps doré, 7 à 9 ans peut-être, elles descendaient vers la plage avec maman.

J’observe un couple de gamins dans les 9 ans, un blond et un brun, qui se défient au plongeon depuis un gros rocher arrondi qui s’avance dans la mer. Avec masque et sans masque, ils plongent et remontent, s’exclament et blaguent, incitent un gros plus grand et balourd à venir les rejoindre, le ventre en bouée et les seins d’une sirène. Tous deux sont sveltes, nerveux et portent une médaille au cou, ce qui leur donne un aspect plus âgé, style « beau gosse ».

En haut de la rue, sur le banc du glacier qui précède la place de l’église, une brochette d’enfants allemands de 6 à 10 ans lèchent une glace sous la surveillance de leur mère. Trois garçonnets et une fillette blonds, dorés, torse nu et en short de jean. Un vrai dessin de Pierre Joubert.

Je reviens au gîte pour une douche et écrire, Denis est parti faire les courses pour le pique-nique de demain. Tout le groupe a rendez-vous « pour l’apéritif » à l’un des cafés de la place de l’église. En y allant, je croise un adolescent à la profusion de cheveux noirs sur le crâne, souple comme une liane et le corps dessiné avec la délicatesse d’un Botticelli. En seul short et tongs, chien en laisse il se retourne en contrapposto vers son copain habillé, mettant en valeur ses formes graciles auxquelles l’autre ne paraît pas sensible. Il peut avoir 15 ou 16 ans.

Nous dînons au restaurant de l’hôtel appelé lui aussi L’Ogliera, mais sis sur la route principale qui traverse le village et fait le tour de l’île. Cette situation devrait lui attirer plus de clients tandis que l’hôtel où dormir est au calme dans le haut. Penne aux coquillages, daurade entière et fruits.

Au retour vers le gîte, vers 22 h, une horde de gamins de 8 à 11 ans courent pour jouer ensembles autour de l’église, rhabillés après la douche. C’est le plaisir de la fraîche et de la semi-obscurité des villages du sud avant d’aller dormir. Les rues sont encore animées : vieilles devant la télé, toutes fenêtres ouvertes, une plus jeune pianotant sur son smartphone, le chien assoupi à ses pieds. Un commerçant rentre chez lui avec sa voiturette et se gare ; il est torse nu.

Le nom de l’hôtel L’Ogliera signifie l’écueil. Il fait référence à un gros rocher déchiqueté au large de la plage, vers lequel les nageurs à masque aiment aller plonger. Un bateau aurait été coulé à cet endroit dans les années cinquante pour toucher la prime d’assurance, dit-on.

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1941 de Steven Spielberg

Quand la guerre est chose trop peu sérieuse pour la confier aux militaires et que l’incurable Amérique, qui vit en rose, ne peut croire qu’on l’attaque : 1941, en Californie, c’est du cinéma.

La paranoïa Pearl Harbour a frappé, mais dans l’anarchie la plus complète. Le futur maître du monde ne sait rien maîtriser. Et c’est dans une débauche d’explosions et de hurlements que ce film transforme la géopolitique en comédie.

Comme souvent avec Spielberg, c’est « trop » : trop de bêtises gentillettes, trop d’hystérie collective, trop de laisser-aller des soldats, trop de patriotisme béat. Mais ça marche : le spectateur rit. Du moins s’il n’est pas américain – et peut-être même s’il l’est, gavé de Tex Avery et de Disney productions. Car ce film n’est pas « antipatriotique » comme l’a dit John Wayne, gros macho dépassé ; il critique de façon acerbe la vision rose bonbon du monde américain.

Tout commence par une fille qui se lance à poil dans les eaux fraîches du Pacifique un matin d’été (Susan Backlinie) sur la musique des Dents de la mer… On se croirait dans une publicité. Sauf que l’eau commence à bouillonner autour d’elle et que, de ce chaudron de sorcière, surgit un sous-marin maléfique – évidemment japonais. La fille nue est empalée sur le périscope et personne ne l’aperçoit, sauf un benêt nippon qui croit voir la lune.

Les Japonais sont caricaturés à souhait, dans le racisme de bon ton de l’Amérique profonde : l’officier dictateur n’a soif que d’honneur médiéval (Toshiro Mifune) ; il veut « détruire » un symbole d’Amérique. « Hollywood » ! s’écrie le benêt. Va pour Hollywood : mais où est-ce ? Le compas du sous-marin semble affolé, la technique japonaise est peu fiable selon le Germain observateur du bord. Une carte routière et l’enlèvement d’un marchand de produits de Noël appelé Hollis Wood (Slim Pickens) achèvent de désorienter les Nippons trop formatés. La boussole jouet, trouvée dans le paquet de cacahuètes sucrés du père Hollis est avalée par ce dernier – comme si elle servait à quelque chose avec des dizaines de tonnes ferraille autour ! Mais les Japonais, obstinés, vont faire chier (au sens sale) Hollis Wood pour la reprendre. Le sous-marin, comme s’il était en terrain conquis, reste des heures dans la baie de Los Angeles – au mépris des règles les plus élémentaires de l’art militaire.

Et personne, côté américain, ne s’aperçoit de rien, ni le colonel paranoïaque Maddox qui surveille un dépôt de munitions en plein désert et voit des parachutistes partout (Warren Oates), ni les servants du canon qui surveillent la baie partis faire la foire en ville pour le concours de danse de l’USO (l’organisme de divertissement des soldats !), ni l’aviateur américain « bas de plafond » et constamment bourré qui se croit Buffalo Bill (John Belushi). Le plus con des personnages, le plus clown aussi.

Car l’Amérique est fêtarde, pas guerrière. Le total inverse du Japon en 1941.

La « vraie guerre ne commencera qu’en 1942 » comme le prophétise un sergent qui a reçu un coup de père Noël sur la tête – donc qui dit vrai, comme tous les timbrés (Dan Aykroyd). Même le patriotisme du père de famille (Ned Beatty) dans le jardin duquel le canon a été installé est d’une naïveté à la fois attendrissante et dangereuse. Lui ose tirer en amateur sur le sous-marin nippon, d’après les « secrets qu’il ne faut pas dire » du sergent chargé de l’arme. Aidé de ses trois gosses déguisés en indiens il pointe le canon, le charge, l’arme et tire par deux fois. Mais il ne pense pas une seconde que le sous-marin pourrait pulvériser sa maison et toute sa famille en retour. Heureusement que « l’honneur » japonais préfère dézinguer la grande roue du parc d’attraction, « structure industrielle » plus honorable qu’une banale demeure en bois de cette Amérique à vaincre. Pour les Yankees en 1941, la guerre est un jeu et « tout ça » c’est du cinéma. Le gros con d’aviateur en est d’ailleurs persuadé.

Nous suivons avec délices les péripéties d’un capitaine (Tim Matheson) qui drague la secrétaire du général (Nancy Allen) et s’élance en coucou d’entraînement, alors qu’il n’a que quelques heures de vol, parce que cela excite la fille et la fait jouir ; elle le viole d’ailleurs en plein vol, tandis que le Buffalo débile canarde ces « japs » dont il ne sait pas reconnaître le moindre avion.

Nous suivons passionnément le jeune couple touchant du serveur latino (Bobby Di Cicco) et de la blonde hôtesse (Diane Kay). Amoureux, ils se voient séparés par un bravache de caporal (Treat Williams) qui ne songe qu’à sauter la fille plutôt que sur les Japonais, tandis que le fiancé fait des pieds et des mains pour échapper à son poing redoutable, déguisé en marin, dans un authentique concours de jitterbug – où il gagne d’ailleurs un contrat de six ans à Hollywood.

Il n’y a guère que les vrais guerriers pour garder leur bon sens, le général américain à terre (Robert Stack) – où il regarde avec émotion Dumbo, dessin animé ! – et le capitaine observateur nazi sur le sous-marin nippon (Christopher Lee, ex-Dracula) – où il est éjecté d’un coup de karaté ! Les Japonais sont trop rigides pour gagner et les Américains trop anarchistes pour l’emporter. En 1941.

Car il faudra que la réalité s’impose à la fiction, ce qui semble toujours très difficile aux Yankees (on l’a vu au Vietnam, en Afghanistan, en Irak…), pour qu’enfin ils réussissent la guerre. La seule qu’ils aient gagnée depuis… Pas si bouffon que cela, le film.

DVD 1941 de Steven Spielberg, 1980, avec  Dan Aykroyd, Ned Beatty, John Candy, Mickey Rourke, Andy Tennant, Universal Pictures France 2012, 114 mn, €6.92, blu-ray €8.36

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T. C. Boyle, Water Music

Premier roman écrit en trois ans d’un auteur américain né en 1948, il reprend la biographie romancée de l’explorateur écossais Mungo Park sur le fleuve Niger et l’entrecroise avec le destin à la Dickens d’un titi londonien inventé, Ned Rise. Drôle, picaresque, aventureux, ce gros roman joyeux évoque la misère et le rêve, ce qui pousse les êtres humains à entreprendre pour s’en sortir, malgré la bassesse des passions et l’hypocrisie de la société.

Les Water Music (musique sur l’eau) sont trois suites orchestrales composées par le musicien anglais Georg Friedrich Händel pour le roi George 1er (1660 – 1727). Une barque de 50 musiciens accompagnait la barque royale lors de son voyage sur la Tamise. Mungo Park, né en 1771, était un grand blond athlétique obsédé de savoir si le fleuve Niger coule vers l’ouest comme l’affirme Léon l’Africain dans l’antiquité, ou vers l’est comme l’affirme le bon sens. En fait, le Niger s’écoule d’abord vers le nord-est avant de faire une boucle aux marges du désert pour couler vers le sud et se jeter dans le golfe de Guinée.

Le roman cueille l’explorateur à 24 ans lorsqu’il est prisonnier du musulman fanatique Ali Ibn Fatoudi qui traite les chrétiens comme des bêtes sur ordre d’Allah. Esclave, « Mungo Park exposait ses fesses nues aux yeux du hadj… ». Dans l’Amérique encore politiquement incorrecte de 1980, les musulmans n’étaient pas épargnés : pas tous, seulement les intolérants et bornés, chasseurs d’esclaves et pourfendeurs de nègres. « Pour les Maures, ce type de village est une proie facile il n’y vit que des Caffres, autrement dit des infidèles, et il est du devoir de tout bon musulman de répandre la parole d’Allah partout où il le peut. Sans compter que ces Caffres sont notoirement connus pour leur incapacité à se défendre. CQFD. : proies faciles. Les Noirs illettrés de Jarra, des Mandingues pour la plupart, ont le bon goût de tomber dans la catégorie des Caffres même si, de fait, ils ont presque tous adopté les principes de la religion islamique. Les Maures regardent leurs tapis de prières, leurs sandales et leurs djoubbas, observent leurs visages noirs et plats. Ils ne s’y laissent pas prendre. A leurs yeux, les habitants de Djarra appartiennent à une sorte de sous-espèce, à une race infrahumaine qu’Allah a chargé de traire les chèvres et de beurrer les tartines du Peuple élu, entendez eux-mêmes. Voilà pourquoi ils considèrent que bétail, enfants, femmes, grain, bijoux, cases et vêtements, tout ce qui a le malheur d’être caffre leur appartient de plein droit » édition Pocket 1990 p.110.

La suite est une série d’aventures dans les pays barbares, entre Maures cruels et Noirs avides, sous un climat ou bien ardent ou bien diluvien, parmi les bêtes et les parasites ; son guide et ami Johnson, nègre lettré féru des œuvres complètes de Shakespeare reliées pleine peau, est happé par un crocodile de six mètres de long. Mais Mungo s’évade, Mungo guérit, Mungo regagne l’Angleterre, où son livre de voyage connait un énorme succès.

Il se marie, fait quatre gosses en sept ans à sa femme (presque comme l’auteur, qui en a trois), puis repart malgré elle et ses petits, pour une nouvelle expédition sponsorisée par la couronne afin d’ouvrir le commerce africain avant les Français (Napoléon 1er taille des croupières au Royaume-Uni en ces temps-là). Malgré la saison des pluies, les maladies et son incompétence diplomatique à négocier le passage, Mungo Park parvient à suivre le Niger sur 1600 km avant de sombrer, noyé, aux portes de Boussa. Son second fils Thomas, qui lui ressemble, partira sur ses traces mais mourra des fièvres. Seul de son groupe survit un Anglais tout nu, qui charme les pygmées avec sa clarinette. Ce Blanc est le personnage de Ned.

Il est tout droit sorti de Dickens, enlevé enfant à sa mégère pour être vendu à Londres, survivant d’expédients, offrant sa bouche et son corps, dit l’auteur en verve, il parvient à monter adulte quelques entreprises comme un numéro de cabaret sexuel et la vente de caviar de la Tamise, avant d’être filouté par vengeance, arrêté et pendu… d’où il ressuscitera quelques heures plus tard, mal étranglé par le bourreau pressé. Envoyé au bagne de Gorée pour avoir franchi les limites d’une ferme en Ecosse et être passé pour braconnier alors qu’il ne voulait retrouver que son ex-fiancée. N’ayant plus rien à perdre, il s’engage aux côtés de Mungo Park pour sa seconde expédition de 1805 et lui devient bientôt, dans l’impéritie générale, indispensable.

Les deux histoires parallèles ne se croisent que page 478, mais s’unissent jusqu’à la fin, où elles se justifient. « Un homme facile à convaincre, ce Mungo Park, un fou égoïste. S’il ne lui avait pas repris les rênes, il y a longtemps qu’ils seraient tous morts. Cela dit, Ned ne lui veut aucun mal, le bonhomme lui est plutôt sympathique ; il a un but, il s’accroche (…) Que Mungo soit un vaniteux dévoré d’ambition, égoïste, aveugle, incompétent, infatué de lui-même, n’empêche pas qu’il ait un projet dans la vie, une raison d’être » p.649. Ned va donc efficacement seconder Mungo, et se presque noyer avec lui à Boussa. Mungo n’en sort pas, Ned si. Comme les chats, il a sept vies.

Le lecteur est pris et emporté dans le tourbillon des aventures de Mungo en Afrique et dans les espoirs et les déboires misérabilistes de Ned à Londres. Nous sommes dans le réalisme romantique, curieux mélange d’où l’idéalisme est absent mais les misères prétextes à rebondir. C’est une véritable leçon de vie que nous livre l’auteur en ce roman-fleuve, le Niger étant le prétexte à évoquer la vie qui roule malgré tout.

Tom Coraghessan Boyle, Water music, 1981, Phébus libretto 2012, 831 pages, €15.80, e-book format Kindle €14.99

Site officiel en anglais de l’auteur

Site de ressources sur TC Boyle en français

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Elisabeth George, L’île de Nera

elisabeth george l ile de nera

Le bord de l’eau, dans l’île de Widbey en Colombie-Britannique, est un endroit étrange où la réalité et la fiction s’entremêlent. Les habitants, isolés la plupart de l’année, sont assez bizarres, emplis de secrets de famille et sujets aux cancans de voisinage. Une marée noire, il y a longtemps, a empoisonné les rivages de l’île. Un pêcheur un peu fou et presque dangereux a perdu son bateau. Il accuse Nera, le phoque femelle d’un noir profond qui revient chaque année à date fixe, de lui avoir foncé dessus et cassé le bras. Une chercheuse pulpeuse en biologie marine s’y intéresse, elle veut des prélèvements ADN pour prouver la mutation génétique qui donne sa couleur à la fourrure et inhibe la mue annuelle.

Tout ce petit monde grenouille et se débat dans des affres de relations, de sexe et de méfiance que les ados du coin, trop jeunes pour la marée noire, découvrent en plus de leurs propres questions. La principale, lorsqu’on a 15 ans, est de baiser ou pas ? Avec qui et pour combien de temps ? Entre filles ou avec un garçon ? Ou bien prier avec ferveur et tout révéler « à Dieu » à haute voix dans un groupe collectif… L’une se trouve grosse, l’autre moche, le troisième pas sûr de lui, le dernier raide de désir… Il n’y a que les gosses présexuels qui sont nature – donc de sales gosses. Et les vieux qui révèlent parfois un cœur d’or.

Lorsque l’on a lu et aimé la série des enquêtes de Barbara Havers et de Thomas Lynley, on ne peut qu’être très déçu par cette nouvelle série des enquêtes de Becca King. Une adolescente en fuite qui lit dans les pensées ne peut arriver à la cheville du Scotland Yard anglais. On se croirait en atelier d’écriture plutôt qu’en littérature. Rien de manque pour attirer la jeune classe : le mystère, les affres du sexe et de la foi, tout savoir sur Internet, les adultes décevants. Une sorte de Club des Cinq à l’âge GAFA, aussi superficiel et à rebondissement que les séries télé pour ados. Si l’on ne rencontre ni vampire, ni loup-garou, ce n’est que partie remise, car vous y découvrirez le selkie

fille sautee

Becca (probablement Rebecca écourtée) est amoureuse de Derric, dont on se demande si le prénom ridicule n’est pas en rapport avec sa peau noir pétrole, du fait qu’il vient d’Ouganda. Il est cependant, à moins de 16 ans, la coqueluche du lycée, sa taille élancée et ses muscles dessinés lui valant l’admiration de toutes les blondasses maquillées et la secrète jalousie des garçons qui se voudraient virils. Becca aime Derric mais Derric ne peut savoir où elle habite. Ce manque de « transparence » (mot adulé des Yankees) le met en fureur même si, lorsqu’il sort avec Courtney, blonde à craquer mais cheftaine d’un  groupe de prières, cette même « transparence » publique à son égard le met tout aussi bien en fureur. La « mère » (adoptive) de Derric est du genre à ne pas lâcher les baskets de son ado-qui-n’est-plus-un-enfant, toute pétrie de bonne volonté psychopédagogique intrusive, ce qui le met encore plus en fureur.

La description sociologique de la faune adolescente américaine dans la bourgeoisie contemporaine est intéressante à découvrir mais, si les descriptions au scalpel d’Elisabeth George sont vraies, on se dit que l’on devant soi une véritable génération de tarés… S’envoyer un téton en photo selfie, ou une bite dressée par retour de mobile – puis se macérer sur la « faute morale » qu’il y aurait à baiser « avant le mariage » (!) est de la dernière hypocrisie. Se mettre quasi nu et se peloter sur les feuilles sans oser conclure est du dernier ridicule à 16 ans – alors qu’existent capotes et pilules – ou qu’on peut rester habillé.

En bref, à fuir ! Sauf pour les ados qui aiment l’aventure et le paranormal et pour les rares qui cherchent à mieux comprendre l’époque contemporaine en Amérique.

Elisabeth George, L’île de Nera – The edge of Nowhere 2 (The Edge of the Water), 2014, Pocket 2015, 476 pages, €7.40

e-book format Kindle €12.99

Les romans policiers d’Elisabeth George chroniqués sur ce blog

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Monterosso

Une arche pour tenir les murs surplombe la rue qui aboutit sur le port.

monterosso sentier

Les plages aménagées sont plantées de parasols et de transats, bordées de bars vitrés ; des gosses plongent et se roulent sur le sable. On peut louer pédalos, kayaks et stand up paddle à la mode.

monterosso gosse de plage

Des silhouettes se profilent, délicates, debout sur la planche en train de pagayer, tels des pêcheurs de rivière Li. Toutes les filles veulent avaler un café, comme après chaque pique-nique, je prends une bière en plus.

monterosso planche et kayak

Monterosso a été envahie de boue le 25 octobre 2011, après des pluies diluviennes qui ont raviné la falaise et emporté des pans entiers de sentiers et de maisons. Des photos affichées sur les murs commémorent l’événement et arborent des sites Internet pour récolter des dons. Il y avait de l’eau boueuse jusque dans les églises, sur une hauteur de près d’un mètre.

monterosso boue 2011 eglise

Nous visitons l’église San Giovanni Batisto, du 13ème en gothique génois, à la façade blanche et verte de marbre et serpentine, à la rosace caractéristique. Ses piliers intérieurs sont cannelés de même en vert et blanc. L’ensemble des bancs et chaises avait été renversés par la crue, des photos dans l’église en témoignent à l’envi.

monterosso confrerie mortis et orationis

En face, la Confrérie Mortis et Orationis arbore sa tête de mort et ses tibias entrecroisés au-dessus de la porte. Ce n’est pas un repaire de pirates mais une association pieuse qui se charge d’enterrer les défunts trop pauvres. L’intérieur est de même tout entier consacré à la mort, dans un style baroque grinçant dont l’excès ne va pas sans quelque humour. Ce ne sont que squelettes flanqués d’angelots bien en chair, têtes de mort jouxtant têtes d’ange, même le Christ du crucifix est émacié. Comme si le ciel offrait la chair et le muscle irradiant, tandis que la terre décompose jusqu’à l’os. C’est bien la vision chrétienne qui fait de l’au-delà l’espérance de tous les déboires d’ici-bas. Mais à rêver d’autre monde possible, on en oublie d’aménager ce monde-ci.

monterosso confrerie mortis et orationis tete de mort

La troisième église est la Confrérie du Saint-Sacrement avec un beau Christ gisant en bois et les ornements de procession. Un bateau ex-voto pend au-dessus des fidèles, dans la nef. Sur un mur, les instruments de la Passion, marteau, clous, tenailles, lance, perche portant l’éponge, échelle, couronne d’épines – toute la panoplie du parfait petit bourreau romain d’époque. Il y a quelque sadisme à présenter avec autant de complaisance ces instruments de torture, jouissant en imagination de leur usage dans la chair. Mortification ? Horreur du mal ? J’y verrais plutôt une perversion du plaisir, le tourment ajoutant aux délices…

monterosso confrerie st sacrement instruments de la passion

Les rues offrent leurs boutiques commerçantes, souvenirs, œnothèque et boulangerie. Pizza y voisine avec farinata, focacie, farcite, et pâtes en forme d’hosties typiques de la région. Grappa, limoncello, vino, liquori, olio – tous les produits typiques du lieu sont offerts contre cher paiement.

monterosso farinata focacce farcite

La gare est toute rose, sise en bord de mer, accessible par un tunnel. Des gamins se baignent encore dans l’eau bleue tandis que des parents se prélassent en transats payants. D’autres remontent dans les rues, vers chez eux, plus ou moins habillés. Moins on emporte, moins on risque de perdre ; le mieux est de ne garder que le string minimum conseillé.

monterosso fillette

Nous restons assis dans le parc ouvert sur la place face au port, sous la voie surélevée de chemin de fer, près de la statue martiale et outrée de l’inévitable Garibaldi, enveloppés du cri des petits enfants qui jouent pieds nus sur l’aire aménagée pour eux.

monteroosso garibaldi

Départ le lendemain. Je ramène 433 photos, des pages de carnet à compléter, et je retrouve 244 courriels dans ma boite. Le retour est aussi long que l’aller : parti de Deiva Marina à 9h01, je ne suis à Paris qu’à 23h21. Dans le TGV de Milan, une soixantenaire blonde derrière moi n’a cessé de saouler sa copine (et moi avec) de la description minutieuse de ses petits-enfants, les sketches de Noël des petits, parents et enfants tous chez la diététicienne, les gamins sportifs, son pot de retraite et ainsi de suite – sans une pause dans la parole.

Guide Voir Gênes et les Cinq Terres, 2014 Hachette tourisme, €19.95

Randonnées en circuit organisé une semaine dans les Cinque Terre
DVD Footloose in Italy – Cinque Terre and Venice (en anglais)
DVD Tutti in bicicletta – I percorsi più belli – Cinque Terre (+libro-guida) (en italien)

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Sestri Levante

La ville, ancienne sur la presqu’île en bord de mer – où les gens pouvaient se réfugier en cas d’attaque – s’est étendue vers l’intérieur ; elle compte désormais près de 19 000 habitants, appelés Sestresi. Une villa des siècles passés est trop grande pour être désormais occupée par une seule famille ; les multiples serviteurs et la ribambelle de bambini ne sont plus de mode. Avec sa façade ocre rouge aux quatre niveaux et aux cinq fenêtres, elle est devenue un hôtel de luxe, ouvert sur le port, au parc aménagé d’une piscine. De grosses berlines allemandes, suisses et autrichiennes occupent les places sous les arbres.

sestri levante hotel de luxe

Nous la visitons depuis la rue du bord de mer. Son entrée est marquée par une cheminée monumentale à foyer de fonte et entour de céramique brune, éclairée par un gigantesque lustre de fer où sont plantées des bougies électriques. Le plafond à caissons est peint de scènes mythologiques arborant force nus musculeux. Des statues de bronze sur guéridons présentent un cavalier nu tenant trident et une femme nue aux seins pommés tenant une pomme. Dans le parc, un putto culotté verse de l’eau dans une gueule de poisson, ajoutant du frais à l’ombre propice des grands arbres.

sestri levante hotel de luxe cheminee

Les rues de Sestri sont étroites pour contrer la chaleur, mais aussi par tradition contre les pirates barbaresques sur la côte durant des siècles. On imagine mal aujourd’hui la crainte de toute voile sur la mer pour les habitants d’alors. Les gamins qui jouent à cette heure ci sans souci sur le sable étaient promptement razziés pour être vendus comme esclaves sexuels ou petits serviteurs ; les femmes se terraient de peur d’être enlevées pour les harems ou les bordels. Le barbaresque considérait tous les non-croyants en sa religion Unique comme du bétail bon à tous usages. Malgré notre « degré de civilisation », n’est-ce pas ce qui revient dans les zones livrées aux croyants les plus fanatiques, entre Syrie et Irak ? Les xénophobes racistes pour qui tout incroyant est une bête se mettent hors de l’humanité commune. Pourquoi les traiter comme s’ils étaient des nôtres ? Le film Mars Attacks a bien montré combien l’humanisme chrétien de principe était une niaiserie face aux inhumains.

sestri levante rues etroites

Les façades colorées sont ocre rouge, rose, ocre jaune, jaunes, beige, vert pâle. Certains encadrements de portes anciens, deux lions affrontés ou deux cornes d’abondance, sont faits d’ardoise, une pierre qui reluit à force de toucher, massive, brute, sombre. Une vitrine de boulangerie offre comme spécialité « les bonbons de la Vierge » ; tout ce que je peux vous dire est que ce ne sont pas des boules.

sestri levante bonbons de la vierge

Une plage très étroite, côté sud, offre son sable encombré de bateaux échoués et de parasols aux baigneurs du coin, coincés entre le flot et les maisons. L’absence de marée empêche l’inondation. Beaucoup de baigneurs avant midi, des gosses, des ados, mais aussi des adultes.

Le port de l’anse côté nord (la ville est une presqu’île qui s’avance dans la mer) est réservé aux plages d’hôtel, éclairée surtout l’après-midi, et aux clubs de canotage, kayaks et voiles. De jeunes adolescents en seuls bermudas sont en train de tirer des planches à voile de la réserve vers l’eau. Le leudo est un bateau de pêcheur traditionnel ligure dont la forme remonte au moyen âge. Le spécimen refait à neuf, échoué sur le sable et qui se visite, date de 1925 et a pour nom Nuevo Aiuto di Dio (nouvelle aide de Dieu). Navire standard attesté dans les écrits dès le 13ème siècle, il assurait couramment le commerce au 15ème.

sestri levante canoe

Un porche dans une ruelle nous permet d’accéder à un escalier qui monte sur les hauteurs. C’est le début du sentier nature de Punta Manara. Une jeune femme tenant son bébé dans les bras descend sous l’ombrage en sarouel, telle une madone de Palestine ; mais elle n’est pas du cru, elle parle étranger.

sestri levante madone

Bordés de murs enfermant des jardins sur la pente, le sentier passe par les oliveraies au sommet, avant de se perdre dans la forêt de résineux, de myrtes et de chêne-liège. Par les échancrures des feuillages, nous apercevons au loin la pointe de Portofino, au-delà de la baie du Silence. De loin, nous apercevons bien la presqu’île de Sestri Levante.

sestri levante paysage marin

Les oliviers sont bordés de filets aux mailles plus fines que ceux des pêcheurs. Ils servent à récolter les olives entre novembre et janvier. Laisser les olives à terre plus de 48 h donne un mauvais goût à l’huile, les filets permettent de les laisser suspendues. Mais l’huile vierge se presse dans les 24 h de la récolte. Pour les olives cueillies vertes, elles marinent un mois dans l’eau salée si l’eau est changée tous les jours, deux mois si l’eau n’est pas salée.

sestri levante oliviers

Un couple passe en descendant, un autre en montant. Montant l’homme pieds nus sur les cailloux ; descendant, un père et ses deux fils dont l’aîné en débardeur croit que nous parlons entre nous plusieurs langues, ne parvenant pas à reconnaître le français. Un poème d’amour d’une très jeune fille à son éphèbe s’étale au feutre sur un rocher, en italien. Le texte original donne à peu près ceci (pour autant qu’on puisse déchiffrer) : « 30/08/10 Je veux vivre avec toi. Je veux trouver tes mains qui le matin cherchent les miennes sous mes vêtements. Je veux garder ton visage irradié par le mouvement de l’amour que je ne peux toujours, par-dessus tout, ressentir sans de la peine. Je veux cuisiner tout le jour et brunir sur la table de la cuisine, tous riant de moi à faire l’amour sur la table de la cuisine. Je veux te garder, dans tes bras la nuit, toujours me sentir à la maison, sur ton cœur. J’ai envie de pleurer et de me donner à toi. Tu es à moi et je veux vivre avec toi, toujours !!! Je t’aime tellement, mon Simeon. » La conclusion un brin emphatique est celle de la Béatrice à son Dante.

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