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La honte jaune

Les gilets pouvaient avoir des choses à dire sur la fiscalité et l’organisation économique inégalitaire dans notre pays. Mais « les » gilets n’existent pas : ils se révèlent un agglomérat de pommes de terre mises dans le même sac par des médias en mal de chocs. Les premiers gilets jaunes ont obtenu qu’on les écoute et 10 milliards d’euros ont été consacrés à mettre du baume au cœur de leur malaise. Ce n’est pas suffisant car on ne règle pas une situation durable par un versement de circonstance. Mais changer de modèle prend du temps et le grand débat en est l’initiation qu’il faudra suivre dans la durée.

Débat démocratique que refusent les plus radicaux des gilets, la honte des jaunes : ceux qui aiment à casser ou à regarder autant excités qu’enamourés les plus violents casser pour eux. Ça fait du buzz, coco ! Les médias lassés autant que l’opinion après quatre mois et dix-huit baroufs de démolition systématique, ont besoin de chocs supplémentaires pour s’intéresser encore à ces gilets qui s’effilochent et dont le jaune se noircit.

Car le « mouvement » rassemblait au départ le ressentiment des classes très moyennes qui se sentaient glisser sur la pente du déclassement. Elles étaient sociologiquement les mêmes qu’en Italie dans les années 1920 et en Allemagne dans les années 1930 : une marge de manœuvre du fascisme et du nazisme. Pourquoi la France a-t-elle à cette époque résisté au « mouvement » ? Peut-être parce qu’elle était un Etat établi depuis plus longtemps, avec une identité plus forte que l’amalgame trop récent des royaumes italiens et des principautés allemandes sous la férule de la Prusse. Mais aujourd’hui ? Parce qu’il n’y a aucun projet équivalent à celui du fascisme dans l’offre politique, qu’aucun chef charismatique n’émerge (autre que la pâlotte Marine à la peine), et que les individualismes exacerbés de l’ultra-modernité sont allergiques à tout collectif, donc aux partis.

Reste le nihilisme : depuis le « ça ne changera jamais » des fatalistes qui rentrent lentement chez eux en préparant d’autres actions plus ciblées (sur l’écologie ou les salaires) aux extrémités de la violence aveugle, enivrée de son pouvoir sans limite lorsque la foule anonyme permet n’importe quel déchainement en toute impunité. Là est le fascisme : dans l’ultra-individualisme qui mandate Anders Breivic et Brenton Tarrant (suprêmes racistes blancs) et Mohammed Merah ou autres Kouachi (dévots de la lettre d’Allah au point de se croire sans aucune humilité Son bras armé) autant que les Black blocs anars qui se revêtent de noir – la couleur de la mort – pour commettre leurs méfaits. Ils sont nés en Allemagne de l’est, le pays vitrine du socialisme triomphant ; ils font des émules en Occident, pays des libertés mais du chacun pour soi.

Réclament-ils un niveau décent de revenus, d’éducation et de santé ? Pas même, ils réclament un idéal pour lequel se battre et pas un niveau de croissance. Hier d’extrême-droite poussés par Poutine pour déstabiliser la France, en pointe sur les sanctions après l’annexion de la Crimée (environ 40% des gilets jaunes au début), ils sont aujourd’hui plutôt anarchistes et d’extrême-gauche, du moins à Paris. Le grand remplacement des gilets jaunes a commencé et il menace la démocratie.

Les petits-fils de Mélenchon qui cassent du capitaliste ne savent pas qu’ils vivent en Etat de droit. Pour eux, c’est naturel ; ils ont le « droit » de manifester. Qu’en serait-il si leur chef chéri parvenait au pouvoir ? Autant Poutine que Chavez ou Castro (ces modèles politiques de Mélenchon) feraient très vite tirer dans le tas et enverraient les survivants en camp de rééducation par le travail. Cela apprendrait par la force à ces cervelles de piafs égoïstes incapables de servir le collectif, à respecter le travail des autres. Pour un kiosque à journaux brûlé sur les Champs-Elysées, cinq ans de travaux forcés à bâtir des kiosques dans toutes les villes du pays. Pour un meurtre évité in extrémis en foutant le feu à un bâtiment dont le rez-de-chaussée est une banque, vingt ans de goulag.

Est-ce à ce genre régime qu’ils aspirent ? Est-ce à ce genre de régime qu’ils poussent les citoyens modérés prêts à voter autoritaire pour endiguer l’intolérable ? Lorsqu’on les attrape, ces petites frappes, ils apparaissent tout aussi soumis que les autres à la Consommation mondialisée venue du modèle yankee : Smartphone Apple dernier cri, YouTube évidemment où ils se mirent, Facebook où ils commentent leurs exploits, Twitter pour dénigrer et injurier tous ceux qui ne sont pas de leur bande, chaussures Nike et jean Lewis, rock alternatif US dans la tête. Ils sont les frustrés de la marchandise, les laissés pour compte de la globalisation heureuse, les nuls de l’emploi – ce pourquoi, comme des gamins vexés, ils cassent les jouets. Que personne n’en jouisse puisque je n’y ai pas accès !

La démocratie, c’est autre chose : c’est participer au grand débat, apporter sa contribution, voter aux élections, se proposer pour agir à son niveau – dans les associations, les communes, les partis.

Le contraste est flagrant entre des gilets jaunes en capilotade, qui marchent en rond, et les marcheurs pour le climat de la génération d’après. Les nihilistes adultes destructeurs du monde sont dépassés par l’espoir plein de vie de la jeunesse en fleur. Malgré leurs naïvetés et l’emprise de la mode les adolescents, menés le plus souvent par les adolescentes, sont dans le positif – pas dans le négatif. Ils pensent au futur, pas au no future.

D’ici peu, on ne parlera plus des gilets jaunes, ces patates égoïstes du sac sociologique ; mais on continuera à parler des filles et jeunes, cet espoir collectif en un demain vivable.

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Ernst Jünger, Second journal parisien, 1943-45

1943 : « Cette année-ci j’ai perdu mon père et ma ville natale ». En novembre 1944, il perdra aussi son fils aîné Ernstel, tué à 18 ans d’une balle dans la tête sur le front italien par des partisans dans les carrières de marbre de Carrare. Il l’aimait, il l’avait façonné moralement à son image, en rebelle. Le garçon, à 17 ans, avait été jeté en prison pour avoir tenu des propos contre Hitler et son régime et il a dû s’engager dans l’armée. C’était une condamnation à mort. Le père ne reste pas indifférent, comme le laisse entendre le commentaire imbécile de l’édition en Livre de poche ; il souffre, il y pense souvent : « La douleur est comme une pluie qui commence à tomber en trombe, puis pénètre lentement dans le sol » p.394.

Pour Ernst Jünger, la sagesse reste le détachement – mais c’est un idéal difficilement accessible. C’est plutôt un apprentissage social de tenue face aux autres : « Mes compatriotes de Basse-Saxe, leur flegme imperturbable, l’un des meilleurs traits de leur caractère » p.267. Prédisposé par la culture dans laquelle il a baigné depuis l’origine, il vise plus haut : « je dois parvenir à un niveau d’où je puisse observer ces choses comme on contemple les évolutions d’un poisson autour d’un récif corallien, les danses des insectes dans une prairie, ou comme un médecin examine un malade » p.292.

Les fleurs existent, elles se fanent après avoir été belles. Elles sont éphémères, « et pourtant ces miracles floraux sont les symboles d’une vie qui ne se flétrit jamais » p.40. Comme elles, il faut accomplir son destin, quel qu’il soit. « Tant que nous suivons notre vocation le hasard reste impuissant. La confiance en une Providence nous guide ; si nous perdons cette vertu, le hasard se libère et nous envahit comme des armées de microbes. D’où encore la prière comme régulateur, force qui rend invulnérable. Le hasard reste à l’état cristallisé, calculable » p.253. Sans règle, pas d’humanité ; sans culture ni passé, pas d’avenir – seul le hasard du présent constant, avec ses bifurcations à chaque instant, emmène dans une course folle car sans but.

Les bouleversements de la guerre lui font tenter d’approfondir ces thèmes du destin, de la sagesse au libre-arbitre. Il cherche ne lui-même de quoi résister aux forces de décomposition qui l’environnent. « C’est par un amour de la vérité que je crois me rapprocher le plus de l’absolu » p.107. Or la vérité s’appréhende par l’esprit, non par les passions ou les instincts : « Dès ma prime jeunesse, ma pensée avait été influencée par le réalisme exact et le positivisme de mon père » p.294. « Mon besoin de fondements logiques – je pense moins ici aux preuves de l’entendement qu’à sa présence critique, à son concours ; il faut qu’il mêle à tout sa lumière » p.295. La raison est une référence, le propre de l’humain, un lumignon dans la nuit, un outil de connaître. Mais elle ne se suffit pas à elle-même, ce pourquoi Ernst Jünger n’est pas devenu physicien comme l’un de ses frères : « La rigueur de la logique appliquée ne me satisfait nullement. Le vrai, le juste au sens le plus élevé, n’ont pas à être démontrables mais doivent toujours être sujets à controverses. Il faut que nous approchions d’eux plutôt dans un esprit d’approximation qu’avec l’assurance de les atteindre absolument » p.110.

Il est donc devenu écrivain, non scientifique. « L’objet de l’écrivain, ce n’est pas l’exactitude absolue, mais l’exactitude optimum. La raison en est la différence essentielle entre logique et langage » p.367. A côté de l’entendement, il est nécessaire de développer aussi le sensitif. « Philon demande qu’on exerce et cultive également les facultés sensitives, car le monde sensible ne peut être saisi sans elles, et l’on se fermerait ainsi l’antichambre de la philosophie » p.248. Jünger n’est pas philosophe, en ce sens qu’il n’y a passé qu’une année d’études, à 27 ans ; il est plutôt autodidacte et façonne sa propre sagesse pratique, issue de ses expériences vivantes.

Il admire la culture française pour cet équilibre qu’elle réalise miraculeusement entre sensible et raison. Il note souvent le « caractère parfaitement défini de la conversation » p.78. Pour les Germains, la Nature, l’Absolu, le Mystère s’y mêlent toujours : « Shakespeare opposé à Molière », dit-il. Il prêche pour un mélange de ces cultures complémentaires en Europe, pour une fécondation croisée. Il en est lui-même un exemple, né d’un père saxon et d’une mère bavaroise, lui luthérien, elle catholique ; il parle l’allemand natif et le français appris. Ernst Jünger est sans doute l’un des rares écrivains pleinement européens. C’est aussi ce qui me séduit en lui.

Les pages citées sont celles de l’édition Livre de poche 1998 épuisée

Ernst Jünger, Second journal parisien – Journal 1943-45, Christian Bourgois 1995, 426 pages, occasion €0.92

Ernst Jünger, Journaux de guerre, coffret 2 volumes, Gallimard Pléiade 2008, 2396 pages, €120.00

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Stendhal parlait de Naples avec admiration

Dans ses Voyages en Italie, Henri Beyle dit Stendhal admirait son terroir et son paysage : n’était-ce pas déjà « la ville à la campagne » dont rêvait un humoriste ? Combien sont-ils à avoir vanté la région de Naples et l’île de Capri, Sorrente et Pompéi ? Je voulais aller y voir, poussé par la curiosité pour tout ce qui est soleil et sauce tomate, sensualité et art de vivre.

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Une fois débarqués, nous prenons un bus jusqu’à la Piazza Garibaldi où se trouve l’hôtel où, depuis Paris, nous avons réservé les chambres. Notre bus se bourre d’un coup de scolaires lors d’une station sur le trajet. Les mômes sont très habillés alors que nous sommes presque en été. Il fait soleil mais une brise humide vient de la mer. Nous avons la surprise de passer dans une rue que surplombe, très haut sur ses piliers de béton, une voie rapide. Des immeubles de plusieurs étages sont bâtis au-dessous ! Est-ce l’autoroute qui les a allègrement enjambés, au mépris des éventuels règlements d’urbanisme ? Ou, à l’inverse, les terrains étant dévalorisés par l’ombre de la route, a-t-on spéculé sur la construction de ces immeubles populaires ? Difficile de le savoir, dans une ville où le passe-droit et les arrangements entre complices sont fréquents. Naples est la ville de la Camorra, nous ne l’oublions pas.

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Nous allons déjeuner à 14 h, bien qu’ayant bénéficié d’une collation froide dans l’avion. Près de l’hôtel s’ouvre une pizzeria conseillée par Jean-Noël Schifano.  Nous voulons y goûter puisque la pizza de Naples n’a paraît-il rien à voir avec le caoutchouc au ketchup que l’on vous sert partout ailleurs. Et c’est vrai ! Voici de la véritable pâte à pain levée, croustillante, cuite à la braise de bois sous nos yeux, odorante, pleine de saveur. Avec de vraies tomates mijotées jusqu’à la purée et du basilic fraîchement cueilli. Le décor est populaire, le lieu voit défiler les gens du quartier, ce qui est bon signe, preuve d’authenticité. Des ouvriers à une table voisine prennent une pizza normale à six (trente centimètres de diamètre) et la partagent en guise d’entrée, puis ils en prennent une autre, individuelle, en plat de résistance. Leur repas est fait ; il est équilibré, comprenant du pain, de la tomate cuite, du fromage et même du basilic. La pizza napolitaine est aux couleurs de l’Italie, vert-blanc-rouge. Nous prenons l’une de ces Marghereta, du nom de la reine venue à Naples en 1889 à qui un cuisinier napolitain avait préparé, selon la légende, une telle pizza aux couleurs nationales : vert basilic, blanc mozzarella et rouge tomate. Nous goûtons également au prosciutto, ce jambon cru séché. Nous arrosons le tout de deux bières italiennes pour nous désaltérer, 50 cl à 5,4° d’alcool.

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Nous allons digérer vers le Corso Umberto, la place du marché, le port, le Palais Royal et le Castel Ovo. La ville est remplie de gosses (ils n’ont pas classe l’après-midi), de peuple, de marchands de gadgets, de rues infernales à traverser, de bus bourrés à craquer.

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Le soleil se voile, la brise de mer se fait plus insistante et plus humide. Au loin, sur la mer, passent des paquebots blancs, au-dessus, des avions qui décollent ou atterrissent, symboles de cet ailleurs plus riche et plus exotique pour les gens d’ici. Quelques pigeons vont et viennent parmi les gamins qui jouent au ballon, les jeunes chevauchant leur scooter et les vieux qui discutent.

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Dans la ville où nous débarquons, les appareils photo font sensation, comme si nous étions des journalistes ou de grands voyageurs. Cette réaction est plutôt positive, je dois le dire. Des gamins me demanderont de les prendre avec leur ballon – une coupe a lieu à Naples prochainement, me dit-on. Un jeune me sollicitera pour que je le photographie personnellement un peu plus tard (je ne sais pourquoi, j’ai refusé). Il engagera la conversation en italien pour savoir d’où je viens ; à mon accent, il me prenait pour un Romain.

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Photographier une bambine derrière un étal de gadgets à la gloire du foot ravira sa mamma qui la fera mettre debout sur le siège, tourner pour se montrer, et posera auprès d’elle pour « la » photo comme au siècle dernier. Je comprends mieux Sandro Penna écrivant : « quando la luce piange sulle strade, vorrei in silencio un fanciullo abbracciare » – quand la lumière pleure sur les rues, je voudrais en silence un enfant embrasser.

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En bref, nous avons l’impression d’une ville sympathique au premier abord, où les étrangers sont rares dans les rues et où la population semble presque reconnaissante de rencontrer ceux qui s’y hasardent. J’ai plaisir à comprendre et à parler l’italien. Le contact passe ici par la parole ; s’y ajoute le toucher lorsque l’on se connaît mieux. Je note le beau physique des filles jeunes, des vieux en général, et de tous les enfants. Les adolescents en fleur des deux sexes sont parfois étonnants de fraîcheur et d’harmonie dans les traits. Je les préfère aux Florentins sans aucun doute, bien qu’ils soient vêtus sans leur recherche – sauf la jeunesse branchée déjà adulte qui dispose de revenus.

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On sent la pauvreté ambiante par rapport aux autres villes italiennes du nord, malgré le faste de la chaîne de cou, parfois d’or mais souvent de laiton ou même de plastique. Elle est cependant obligatoire au col de tout garçon pubère, parure indispensable à son identité de groupe et à son apparence personnelle.

Recettes de pizza en vidéo

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Monoï et ylang-ylang de Tahiti

Conseils pour ceux et celles qui possèdent des perles noires de Tahiti, n’oubliez pas de les faire tremper dans de l’eau de mer, de bien les essuyer avant de les ranger ou de les porter, de même pour les nacres.

Pour celles et ceux qui possèdent des peue (tapis), des sacs et autres, ne jamais les humecter d’eau, mais les sortir en cas de grand soleil, et les laisser revivre quelques heures ou toute une journée avant de vous en servir ou de les ranger.

Le mono’ i, tout le monde connait. Pour beaucoup, c’est synonyme de vacances, d’été, de soleil. Pour beaucoup, c’est l’image de Tahiti, et ce mono ’i est maintenant présent dans le monde entier. Les exportations de mono ’i ont augmenté de 55% en 2 ans. Le marché local est presque saturé, les locaux achètent essentiellement du mono ’i artisanal.

monoi ylang ylang tahiti

Pour l’export, le cahier des charges est exigeant : « il faut que l’huile réponde aux critères suivants : la noix de coco doit provenir d’un sol corallien, les fleurs macérées doivent être à l’état de bouton et être utilisées dans les 24 heures suivant la cueillette, elles doivent macérer au moins 10 jours dans l’huile de coprah raffinée, il faut au minimum 10 fleurs pour un litre d’huile ». Le gros du chiffre d’affaires des exportateurs se joue l’été. L’Europe et les USA passent commande en octobre-novembre, les livraisons s’effectuent fin mai-début juin, la saison d’été allant de juillet à septembre. Les exportateurs aimeraient sortir le mono ’i du cliché de produit de l’été, de celui des vacances. Les cosmétiques sont donc une cible…

L’essence d’ylang-ylang dégage un parfum qui a été rendu célèbre par Coco Chanel d’abord avec son parfum Chanel n° 5 en 1921 pour la note de cœur majeure, puis Bois des îles en 1926,. Jean Patou l’utilisera en 1938 dans Joy.

fleur ylang-ylang

[Arbuste de deux ou trois mètres de haut, il produit des fleurs dont le parfum est plus fort dans les zones chaudes et humides. Introduit dans les îles tropicales du Pacifique depuis Indonésie et Malaisie – et en 1850 à Tahiti -, ses fleurs sont distillées en alambic pour extraire une huile essentielle (huile de Cananga) qui servira en cosmétique, parfumerie et comme arôme alimentaire dans des bonbons ou des glaces. A Tahiti, l’ylang-ylang est parfois utilisé pour parfumer le monoï.

Selon le site Futura-santé, l’essence d’ylang-ylang a des vertus surtout tranquillisantes, elle régule la tension artérielle, abaisse le stress et combat la dépression ou l’irritabilité. En Polynésie, on lui croit des vertus aphrodisiaques (peut-être pour apaiser la tension avant les rapports sexuels ?) – Argoul].

Hiata de Tahiti

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Mettez-vous au parfum

Un parfum est constitué de trois « notes » qui sont des senteurs particulières. Leur assemblage selon de savants dosages fait l’originalité d’un parfum. Le « piano » permet au nez de composer, tout comme un musicien avec ses notes.

Grasse usine Fragonard piano du nez

La plus volatile – mais aussi la première que l’on sent – est la note de tête ; composant près de 30% du parfum, elle disparaît rapidement. Légères, gaies, fraîches, on trouve des agrumes (bergamote, raison, citron ou citron vert, orange, pamplemousse), des conifères (pin, sapin, cyprès), certaines herbes aromatiques (basilic, laurier, romarin, menthe, coriandre) ou certaines fleurs (lavande, néroli – ou fleur d’oranger).

La signature d’un parfum est la note de cœur – à 50% de la dose, c’est ce qui rend le parfum boisé, fruité, ambré, floral et autres ; elle subsiste jusqu’à quatre heures de suite. Épicée (poivre noir, cardamome, cannelle, clou de girofle, muscade), boisée (sapin, genévrier, bois de rose) ou fleurie (camomille, jasmin, iris, néroli, rose, ylang-ylang, géranium), la fragrance constitue l’âme du parfum.

Le complément qui renforce et fixe la note de cœur est la note de fond pour 20% ; elle peut subsister plusieurs heures sur la peau et plusieurs mois sur un vêtement – voire plusieurs années, s’il est enfermé. Cette note est surtout boisée (cèdre, cyprès, bois de santal, pin) ; on utilise aussi des racines (iris, gingembre, vétiver), des herbes (patchouli), ou encore la vanille, le miel, l’ambre ou le musc.

Grasse usine Fragonard assembler un parfum

Ce sont les notes de fond qui commence un parfum ; le nez incorpore ensuite les notes de cœur puis les notes de tête. Le total des huiles essentielles n’entrent que pour 15 à 30% dans un litre de « parfum » (le reste est de l’alcool ou de l’huile et de l’eau distillée), de 8 à 20% pour une « eau de parfum », de 6 à 12% pour une « eau de toilette » et sous les 8% pour une « eau fraîche ». Le support du parfum peut être une huile végétale pour mieux tenir sur la peau (jojoba, amande douce, pépins de raisin), un alcool neutre pour se diffuser plus vite (vodka), ou de la cire d’abeille (ou cire de soja, ou beurre végétal) pour les baumes ou sticks.

Grasse usine Fragonard distillation

Le Comité français du parfum a classé les créations de parfums en sept familles :

  1. Hespéridés : zestes d’agrumes (orange, bergamote…), floral (chypré), épicé, boisé, aromatique.
  2. Floraux : (rose, tubéreuse…), en une seule fleur, lavande, bouquet floral, fleuri vert, aldéhydé, boisé, fruité.
  3. Fougères (rien à voir avec ces plantes), associent notes boisées et lavandées : fougère, fougère ambré doux, fleuri ambré, épicé, aromatique.
  4. Chyprés (selon le parfum « Chypre » créé par François Coty en 1917), odeurs de mousse de chêne accompagnées de notes fleuries et fruitées : chypré, chypré fleuri, fleuri aldéhydé, fruité, vert, aromatique, cuir.
  5. Boisés, plutôt destinés aux parfums homme : santal ou cèdre, patchouli, vétiver : boisé, boisé conifère hespéridé, aromatique, épicé, épicé cuir, ambré.
  6. Ambrés ou orientaux : fragrances chaudes et poudrées, parfois aux accents vanille : ambré fleuri boisé, fleuri épicé, doux, hespéridé, semi-ambré fleuri.
  7. Cuirs : davantage masculins, évoquent les odeurs de tabac, de fumée ou de peau tannée : cuir, cuir fleuri, cuir tabac.

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La visite de la boutique Fragonard à Grasse permet de voir et de humer la variété des déclinaisons cosmétiques et parfumées. Les Japonais sont ravis ; les Français en visite aussi. Un test permet de savoir quel parfum vous convient le mieux, des échantillons gratuits de les tester à la maison et de les faire goûter à d’autres, un site internet de commander en ligne. La Fleur de l’année est l’iris. De beaux cadeaux en perspective !

Catalogue et commande par Internet : www.fragonard.com (je n’ai aucune commission sur les ventes)

Grasse usine Fragonard boutique

  • L’usine historique : 20, bd Fragonard, 06130 Grasse, tél 04 93 36 44 65
  • Ouverte tous les jours de septembre à juin : 9h-18h00 (fermé de 12h30 à 14h de mi-novembre à mi-décembre), en juillet et août : 9h-19h00. Vente de produits à prix de fabrique.
  • Visites guidées gratuites toute l’année.
  • Groupes : contacter par téléphone du lundi au vendredi au 04 93 36 44 66, ou par courriel : tourisme@fragonard.com
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Alain Corbin, Les filles de rêve

alain corbin les filles de reve

Depuis toujours, les hommes ont chanté la nubilité. C’est le moment où la jeune fille se fait femme, dans l’enfance encore pour le cœur et l’esprit, déjà formée pour le corps. D’où cet attrait puissant qui trouble, la puberté créant pour quelques mois l’androgyne imaginaire. « Ces personnes étaient si belles, leurs traits si gracieux, et l’éclat de leur âme transparaissait si vivement à travers leurs formes délicates, qu’elles inspiraient toutes une sorte d’amour sans préférence et sans désir, résumant tous les enivrements des passions vagues de la jeunesse », écrit Gérard de Nerval dans Aurélia (p.148).

Le tout jeune homme rêve à la toute jeune fille, sans savoir encore que son désir n’est pas pur, éthéré, mais bien terrestre, émoi du printemps dans les corps, appel de la nature. Il garde le goût de l’absolu, la fascination pour l’inaccessible, l’angoisse d’être déçu. Cette tension fait le rêve et marque pour une vie.

artemis

Alain Corbin, historien du sensuel, décrit 19 filles qui ont hanté les rêves adolescents de l’antiquité à nos jours. Ou plutôt aux jours de la génération pré-1968 car après… rien n’a plus jamais été comme avant. Pilule, avortement, permissivité, féminisme, matérialisme hédoniste consommé, encouragement au sexe des médias, du cinéma, de la publicité – tout concourt à faire disparaître le rêve dans les fumées de l’avant. La schizophrénie chrétienne jusqu’alors coincée entre la maman et la putain, la Vierge et le bordel, est soignée par les journées de mai. Le rêve rejoint le réel et la fleur est déflorée avant même d’être épanouie.

fille nue caresse

Aujourd’hui, « les pédagogues commencent d’enjoindre les relations physiques dès la puberté », écrit Alain Corbin dans sa préface (p.23) ; l’ange fait la bête dès 9 ans parfois, bien avant les 17 ans (avoués) de « la moyenne statistique » – les profs de collège le savent bien. Il est vrai que, si cette pratique de nature était répandue, elle calmerait l’ivresse de pureté des fanatiques religieux frustrés, de quelques bords qu’ils soient !

nausicaa et ulysse nu paxton

L’imaginaire sentimental s’est créé de ces filles de légende, de papier, de peinture ou d’opéra jusqu’à l’âge récent du faire et l’abandon encore plus récent du lire. Aujourd’hui, l’imaginaire se nourrit des images, pas des fumées, et « la fille de rêve » ressemble fort aux gros seins et rauqueries du porno mal filmé. Mais jusqu’à la fin des années soixante, la beauté blanche aux yeux brillants et à l’abondante chevelure blonde du jeune corps souple élancé, au maintien réservé et tendre, remporte tous les suffrages. Elle ravit d’un « amour du commencement » (Chateaubriand), mystérieux de désir et d’innocence mêlés.

ophelie millais

Telles sont Artémis (Diane), « la grande beauté inaccessible à l’homme » (p.28) ; Daphné comme belle plante ; Ariane d’amour blessée ; Nausicaa aux bras blancs de pudeur qui sauva Ulysse naufragé tout nu ; Iseut, dame des pensées, inaccessible et enchanteresse par magie ; la Béatrice de Dante dans tout l’éclat vertueux de ses 9 ans ; la Laure de Pétrarque à 19 ans qui l’a saisi d’un éternel présent au souvenir ; la Dulcinée du Quichotte, robuste paysanne qu’il voit en noble dame éthérée ; la Juliette de Roméo qui ne peut accomplir son amour tragique ; l’Ophélie virginale abandonnée d’Hamlet et que la rivière engloutit ; la Belle au bois dormant réveillée par son Prince si charmant, avant d’avoir beaucoup d’enfants ; Pamela de Richardson, bien oubliée de nos jours mais que Diderot plaçait très haut ; Charlotte la tendre et bonne qui jamais ne se donna à Werther, qui en mourut ; Virginie dormant enlacée avec Paul au berceau, aussi naturellement nus que les firent la nature ; Atala, morte vierge dans l’imaginaire de Chateaubriand ; la sylphide du même, créée « par la puissance de mes vagues désirs » (p.129) ; Graziella de Lamartine, entrevue en Italie dans la pudeur de ses 16 ans ; Aurélia de Nerval, « assemblage de masques furtifs » (p.144) ; jusqu’à l’Yvonne de Galais du Grand Meaulnes, enfantine et grave à la fois…

atala girodet 1808

paul et virginie ados

yvonne de galais dans le grand meaulnes

paul et virginie enlaces tout nus nicolas rene jollain 1732 1804

Ces 19 figures de rêve résument les attentes, les espoirs, les idéaux des jeunes hommes ; ils désirent la pureté et l’union des âmes avant l’union des corps et des cœurs. Platonisme de l’idéal, amour courtois de la rétention, pudeur puritaine de l’abstention, élan maîtrisé de la sublimation… Mais le bouleversement anthropologique de la seconde moitié du XXe siècle a sévi : « elles sont donc évanouies, ces images féminines autrefois fascinantes », dit l’auteur (p.162). Ce livre est donc pour ceux de la génération d’avant 1960. Une nostalgie.

Alain Corbin, Les filles de rêve, 2014, Champs Flammarion 2016, 171 pages, €8.00

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Marier la vanille à Tahiti

La vanille est un produit de luxe à partir de 40 000 XPF et plus le kilo séché (34€).

En 2015, on a produit 13 tonnes de gousses mûres contre 30 tonnes en moyenne. C’est qu’elle est fragile la Belle, son arôme anisé n’a pas d’égal dans le monde. Si l’on récolte 30 tonnes de gousses, cela donne seulement 15 tonnes de vanille préparée, la belle a perdu la moitié de son tour de taille et de son poids !

vanille gousses

Deux espèces cultivées : la Haapape et la Tahiti plus concentrée en arôme, mais moins lourde ! Il faut régénérer les plantations régulièrement, on ne l’a pas entrepris… Tant que cela produit pourquoi le faire ! Il faut trois ans pour qu’un nouveau pied donne de nouveaux fruits. Mais ici on a des objectifs, et pas des moindres ! D’ici 2020, on produirait 70 tonnes de vanille mûre soit 35 tonnes de vanille préparée. Ainsi quand la vanille va, tout va ?

jean louis saquet vanille de tahiti

Pour ce faire, on va installer 40 ombrières, 42 au total chez 41 producteurs qui ont déjà une bonne production. Une ombrière est une structure qui ressemble à une haute serre sur structure métallique alors que sur les 816 producteurs de vanille plus de la moitié d’entre eux possèdent des structures traditionnelles en plein champ sur des tuteurs vivants. Il faudra fournir 500 boutures pour les ombrières, indemnes de virus et maladies. La fusariose, maladie de la vanille est également une cause de la baisse de la production. Le climat également mais… on ne maîtrise pas le climat.

Le mariage de la fleur de vanille, c’est délicat ! On dit que la fleur de vaille est capricieuse, parce qu’elle est femme ! Et vlan pour la femme ! Mademoiselle fleur s’ouvre à 6 heures du matin et se ferme à jamais vers 13 heures. Pour les futures vanicultivatrices les conseils d’une pro : « Tu baisses cette poche-là, tu lèves la petite poche, tu prends le pollen, le truc jaune, tu le mets dans la poche et tu refermes. C’est fait elle est mariée ». A partir de ce moment on ne dira plus que « Madame » à la vanille. Après deux mois, la fleur tombe et le fruit commence à grossir. De juin à septembre une personne peut « marier » jusqu’à 1000 fleurs par jour. Pas de déclaration en mairie !

Hiata de Tahiti

Jean-Louis Saquet, Vanille de Tahiti, CreateSpace Independent Publishing Platform 2012, 54 pages, €9.39

e-book format Kindle €3.96

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Tiare Tahiti

Il est la fleur symbole de Tahiti. Tous ceux qui ont eu l’opportunité de débarquer à l’aéroport de Tahiti Faa’a, d’être attendu par de la famille, des amis ou les agents de voyage, ont tous été « couronné à la Tahitienne » avec au minimum un collier de tiare Tahiti, après avoir reçu une fleur de tiare lors de leur entrée sur le sol de la Polynésie.

collier de tiare tahiti

Tiare, en langue tahitienne, veut dire fleur. C’est cette fleur symbole (Gardenia taitensis) qui n’a pour nom que le mot « fleur » ! C’est un arbuste florissant que l’on retrouve dans le Pacifique insulaire. Il fleurit toute l’année et permet ainsi une disponibilité permanente.

L’utilisation de cette fleur a ses codes : portée sur l’oreille gauche, côté du cœur, elle signifie que la personne est prise ! Portée à droite, elle signifie que la personne est disponible. Portée des deux côtés à la fois, cela indique qu’elle est marié(e) mais malgré tout disponible… Enfin portée à l’arrière, cela signifie disponible « immédiatement ».

La fleur a entre 5 et 8 pétales, elle est stérile, privée de ses insectes pollinisateurs. Cette plante considérée comme indigène est certainement originaire de Micronésie. Selon son stade de maturité, elle porte dix noms. D’après la mythologie polynésienne, les 4 premiers boutons qui sont encore fermés appartiennent aux dieux : Oteo le premier appartient au Dieu Taaroa, le créateur du monde. Umoa le deuxième bouton appartient au Dieu Atea, le créateur de l’espace et de la tiare. Umatatea le troisième bouton appartient au Dieu Tane, dieu de la beauté. Umoa Tea le quatrième bouton appartient à Hina, la déesse de la lune.

Ses propriétés médicinales sont nombreuses. La plante est très utilisée en médecine traditionnelle polynésienne : la feuille contre les convulsions et coups de soleil ; les boutons floraux pour soigner les traumatismes, les douleurs hépatiques, les hémorroïdes, la fatigue, la lymphangite, l’asthme, les névralgies, et certaines hémorragies ; les fleurs à peine écloses sont réputées efficaces pour les plaies infectées ; les fleurs épanouies interviennent dans la bronchite, l’otorrhée et la cirrhose du foie.

monoi de tiare tahiti

Pour fabriquer le fameux monoï, on cueille à l’aube les boutons avec leurs tiges, ces tiges très odorantes qui contiennent le pollen. On casse les fleurs et on les mélange avec du coco râpé dans lequel on ajoute quelques abdomens de bernard-l’hermite pour accélérer la fermentation du coco. Ce mélange, légèrement brun, est exposé pendant quelques jours au soleil. On récupère l’huile petit à petit pour remplir des bouteilles en verre qu’on laisse reposer de 6 mois à un an.

Produit cosmétique polynésien reconnu, cette huile sert à oindre les bébés tahitiens ; appliquée sur la peau elle confère un bronzage doré et prévient des piqûres de moustiques ; les Tahitiennes l’utilisent depuis toujours en baume pour les cheveux.

Pour ne pas manquer de fleurs de tiare, le laboratoire de cosmétologie de Papara vient de planter ses propres tiares Tahiti. Cette nouvelle plantation, sur une superficie de 15 000 m² non loin du laboratoire, est destinée à éviter l’insuffisance en fleurs et pourra permettre d’approvisionner le laboratoire. Il doit à tout prix éviter la rupture de fleurs. Or, suite au projet de construction d’un hôtel sur la zone d’Atimaono (le golf de Tahiti), un couple qui cultive la tiare Tahiti sur un terrain loué au Territoire devrait cesser ces activités. Leur production représentait 25% de la totalité des tiares Tahiti livrées au laboratoire ! La plantation nouvelle du laboratoire s’intègrera dans l’actuelle « route du monoï ».

tiare tahiti en bouton

En Polynésie française, les deux tiers des plantes endémiques sont menacés. On fait quoi ? On pleure, on se lamente et puis, plus rien. Sont en danger critique l’Apetahia raiateensis – en tahitien tiare ‘apetahi -, Le Tauvolfia nukuhivensis, en marquisien  tu’eiaro -, le Pacifigeron rapensis, le Cyrtandra elizabethae.

Le Tiare ‘apetahi survit exclusivement sur trois hauts plateaux volcaniques de l’île de Raiatea (Iles sous le vent). Il est le symbole de la flore endémique menacée de Polynésie française. La beauté de cette fleur lui a valu une cueillette excessive depuis des lustres. Ce sont les rats, les cochons sauvages, les plantes introduites et un champignon pathogène qui sont cependant ses principaux ennemis. La lutte pour le sauver est inégale. Malgré une dératisation mensuelle, le renforcement par plantation, la lutte contre les principale plantes envahissantes… Personne n’ose avancer un pronostic tant la lutte est inégale.

Le tu’eiao, lui, est marquisien, de Nuku Hiva et Ua Huka. Cette espèce ne se développe que dans les forêts sèches des terres désertes sur les pentes externes des volcans jusqu’à 700m d’altitude. Son écorce est encore régulièrement utilisée dans la pharmacopée marquisienne. Depuis 2006, plusieurs pieds ont été mis au repos, on tente une multiplication en pépinière, et on croise les doigts ou on prie.

Le Pacifigeron rapensis est originaire de Rapa (Archipel des Australes) ; il mesure de 10 à 50 cm de haut et n’est visible qu’au sommet du Mont Perau (650 m), sur les crêtes et les fortes pentes exposées. Cette plante a des feuilles coriaces et deux types de fleurs jaunes au centre et blanches à la périphérie. Elle est victime du surpâturage des ongulés herbivores en liberté, chèvres, chevaux et bovins, des feux et des plantes introduites envahissantes.

Le Cyrtandra elizabethae est uniquement connu à Raivavae et Rurutu (Archipel des Australes). C’est un arbuste de 2 à 5 m de haut, possédant de grandes fleurs blanches très odorantes. Il est présent en forêt humide de moyenne altitude, en bordure de rivière. Ses fruits, baies charnues de forme ovale et de couleur ovale étaient consommés par des oiseaux endémiques. Ces oiseaux endémiques disparus, le surpâturage par les chèvres en liberté, l’invasion des plantes introduites et les feux ont considérablement réduit son habitat.

Le Sesbania coccinea, en paumotu ‘Ofai, Kofai, Faifai, pousse sur les sols sableux des atolls. Ses fleurs orange et rouge chamarrées de jaune décorent les chevelures des Paumotu, et ses tiges droites sont utilisées pour confectionner les manches des javelots. Malgré une protection depuis 2006, cette espèce a disparu de plusieurs atolls.

Il s’avère de plus en plus difficile de garder cette flore endémique.

Hiata de Tahiti

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La vie en fleur

Enfin un air de printemps ! Des températures qui montent, le soleil qui luit, et voilà que les corolles des fleurs s’ouvrent, que les oiseaux lancent des trilles.

tulipe

La tulipe « noire » luit doucement en absorbant les couleurs, comme douée d’une intense concentration.

Même les bêtes se prélassent, les chats au soleil, les chiens aux clôtures.

Il a fallu attendre le mois de mai, déjà entamé, pour qu’enfin la succession des saisons se manifeste, elle qui fait tout le charme de nos pays tempérés. Les jours sont plus longs, les nuits plus courtes.

Les vêtements s’allègent après le long hiver, la peau ose peu à peu s’offrir. Avez-vous remarqué ? Au printemps, les filles s’ouvrent du bas et les garçons du haut. Pour les demoiselles, les robes se font plus légères, corolles inversées incitant à venir butiner. Pour les adolescents, les cols s’ouvrent, polos ou chemises ; les cous se dressent, les gorges se dégagent des gangues de lourd coton, pistils virides à l’affût.

cerisier

Le cerisier offre la fragilité de ses pétales, roses comme des joues adolescentes.

dahlia

Le dahlia blanc exhibe le diaphane de ses falbalas, comme de la tulle à mariée.

fleurs jaunes

Les arbustes se peuplent de fleurs jaunes ou violettes, dressées en essaims.

fleurs violettes

Le vert tendre du lierre montre combien il a manqué de soleil ces temps derniers, tout comme le prouve le teint encore pâle des enfants, la gueule enfarinée.

lierre

Les pâquerettes de Pâques vivent leur plein épanouissement – un peu en retard cette année.

paquerettes

Les pensées sauvages surgissent entre les pierres, de vraies nuits debout à elles seules, vivaces. On ne fera jamais taire la nature, la vie qui pousse, les êtres qui vont, désirent et s’aiment.

pensees sauvages

La vie en fleur renaît, chaque année. J’ai toujours aimé le printemps.

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Ragots des îles

ANAA

Gaston ne décolère pas depuis qu’il a été déchu de tous ses mandats alors il travaille pour « son » parti le Tahoera’a. On dirait qu’il veut faire SA loi. Il veut réformer le statut d’autonomie de la Polynésie française. Ainsi, ce statut sur mesure aiderait grandement à la dissolution de l’Assemblée (son remplaçant, ex-gendre viré !). Il permettrait de faire élire un président (lui) qui n’est plus représentant à l’Assemblée où, à sa tête, son nouveau fils spirituel s’occupe de TOUT. Ce qui fait écrire au journaliste de La Dépêche : « le statut version Flosse plus fort que le droit ». A 84 ans bientôt, Gaston ne décroche pas ! Il est déçu de tout le monde sauf de lui-même. Et puis, encore quelques désagréments prochains car la loi foncière Mahana Beach vient d’être retoquée par le Conseil d’État (rien que ça). Ce gigantesque projet Mahana Beach à Punaauia dont j’ai parlé il y a quelques temps était le bébé de Gaston qu’il voulait lancer à tout prix. Les Hawaiiens, Le Group 70 qui avait remporté le concours d’architecture, annoncent pouvoir financer ce projet (estimé à 251 726 507 453 XPF) en levant 300 milliards de XPF. Il y aurait 3 128 chambres, une tour en forme de voile de pirogue double de 106 m de hauteur, etc. Les investisseurs seraient anglo-saxons, chinois, mexicains et polynésiens. Atchoum !

Les élus sont en voie d’obtenir le report de près de 10 ans de l’application du Code général des collectivités territoriales. Une aubaine ! mais pendant ce temps, par exemple à Tiarei, côte Est de Tahiti, les travaux se font au compte-goutte. Les habitants racontent qu’en 20 ans l’eau du robinet a été de toutes les couleurs, on voit des petits trucs en suspension dans l’eau quand on se sert un verre d’eau, des petits vers, une fois même il y a eu une chevrette ! Bon, c’est une crevette pour les continentaux, mais quand même. Le parti de Gaston réclame à l’État (encore et toujours) de financer beaucoup plus le fonds intercommunal de péréquation. Allez la métropole paie et paie et repaie !

ANAA

Tiarei, ceux qui connaissent Tahiti y sont certainement passés, le site touristique « Les trois cascades », ça vous dit quelque chose ? Eh bien, c’est fermé depuis mars dernier. Sécurité, sécurité. Touristes passer votre chemin ! Certes la pancarte est toujours au bord de la route de ceinture mais on ne passe plus. Les trois cascades, elles, coulent toujours, et s’appellent toujours Vaimahuta, Haamaremare iti ou Haamaremarerahi. Mais il faudrait sécuriser les lieux car on a encore besoin de pépètes là aussi – pas grand-chose 50 millions pour les travaux et 200 millions pour l’expropriation, rien du tout, environ 210 000 €. Allo, la métropole, envoyez la monnaie, et vite !

Habla español ou do you speak english ? Oscar Temaru a envisagé de faire venir au fenua des « médecins » cubains (pas chers car pas formés autant que les vrais médecins). Depuis plus de cinq ans, les gouvernements d’Etats océaniens tels Tuvalu, Kiribati, Salomon, Nauru, Fidji, Vanuatu (prenez une loupe pour chercher sur l’Atlas) entretiennent des relations de coopération avec La Havane. Les médecins océaniens sont formés en langue espagnole à Cuba. A leur retour au pays, médecins diplômés, les autorités s’inquiètent de la capacité de ces médecins nouvellement formés à pratiquer dans la langue anglaise. Des réserves de certains pays océaniens quant aux obstacles linguistiques de leur coopération avec Cuba en particulier dans les domaines de l’éducation et de la santé… À suivre.

ANAA

Certains membres du CESC se posent des questions quant à Faratea, rêve de port à la presqu’ile. Il serait paraît-il plutôt adapté pour un hub portuaire destiné au transbordement du poisson, car ce port manque de profondeur ! Qui avait eu cette géniale idée de construite Faratea ? Hein ? Par contre un port à Vairao aurait un véritable potentiel car il a déjà accueilli des navires à grand tirant d’eau, et pas n’importe quel rafiots, pensez-donc, le porte-avion Clémenceau ou le paquebot Le France. Mais les élus locaux sont soucieux de la préservation de l’environnement, croit-on.

J’attends devant la mairie mon taxi. Une Polynésienne s’approche de moi. « T’es qui toi ? Une popa’a qui habite PK x. – Moi aussi j’habite là, je te connais pas. – Depuis quand ? Ah ! t’habiterais pas là-haut, chez M ? – Parfaitement. – C’est elle ton taxi ? – Oui. – Dis à M que je suis la sœur de X, elle me connait bien, j’vais à la même église. Allez, nana ! – Nana.»

Pour les prochains ragots, vous voudrez bien patienter jusqu’en fin avril.
Portez-vous bien.

Hiata de Tahiti

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Yasunari Kawabata, La danseuse d’Izu

Il y a l’avant-guerre et l’après-guerre, la jeunesse et l’âge mûr, mais ces cinq nouvelles parlent toujours d’homme et de femme, et d’amour impossible. La nature donne l’exemple des saisons qui passent, des éléments qui se déchaînent, de la lune qui se mire et disparaît. Dureté du roc et voiles de brume, le style de Kawabata est un paysage du Japon, élégant et cruel.

yasunari kawabata la danseuse d izu

La danseuse d’Izu est une adolescente qui suit sa famille de baladins errants d’auberge en auberge de montagne. Elle est jeune, belle, innocente ; et pourtant s’offre en spectacle, vend son corps en mouvement, récolte de l’argent. Elle ensorcelle mais ne se donne pas, encore fille et toujours rêve. Pour Kawabata à 20 ans, frustré de mère trop jeune, la femme est ce mystère, appel érotique et angoisse de dégradation, pureté de fleur et anticipation du fruit mûr.

Lycéen mélancolique dans la première nouvelle, il marche avec la jeune fille et parle avec son frère. Jeune fille morte il dit le bouddhisme pour qui tous les esprits s’unissent après la vie dans la seconde nouvelle, ce don d’aimer que l’on prend dans l’existence si l’on est vertueux. Célibataire dans la trentaine, il tente l’amour avec les bêtes, élevage de chiens et d’oiseaux, mais ne peut les garder dans la troisième nouvelle, car la nature n’est pas la cage ou la maison. Soldat de retour de la guerre, après la défaite et l’occupation dans la quatrième nouvelle, le narrateur mûr retrouve une femme qu’il a aimée avant, bien que marié, et l’emmène baiser dans les ruines de Tokyo en retrouvailles – sans savoir de quoi demain sera fait pour tous les deux. L’ultime nouvelle voit le narrateur malade, n’ayant vue du monde que par un miroir de poche que sa femme lui a donné afin qu’il regarde le potager, le jardin, les enfants qui jouent – et son visage aussi, qui se dégrade.

La réalité n’est-elle pas plus belle dans le souvenir qu’elle nous laisse ? L’au-delà ne nous fait-il pas aimer plus encore l’ici-bas ? Les couples d’oiseaux ne nous montrent-ils pas l’exemple de l’amour accompli jusqu’à la mort entre mâle et femelle ? Les destructions de la guerre ne remettent-elles pas les valeurs de vie à l’endroit ? Le monde n’est-il pas plus brillant vu dans un miroir ? Ce sont toutes ces questions qu’agitent imperceptiblement ces nouvelles. Légèreté des amours défuntes ou ratées, silences malheureux, émotions incommunicables, désirs impossibles… Pas de joie sans tristesse, pas de lumière sans ombre, pas de vie sans la mort.

Et la nature, toujours, en fond de décor, écrite au scalpel d’une plume directe : « Vers le soir, une pluie violente se mit à tomber. Le paysage de montagne, blanchi par l’averse, perdait toute profondeur. La rivière qui coulait devant l’auberge, devenue trouble et jaune en un instant, grondait fort » p.14. Dans cet écrin, les corps apparaissent comme éléments de la nature, brins de vie comme des arbres ou des bêtes. « Puis aussitôt je vis une femme nue sortir en courant de la salle de bain sombre ». Dans les auberges traditionnelles japonaises, les bains publics sont à l’extérieur, bordés d’une véranda de bois. « Elle n’avait même pas une serviette sur elle. C’était la danseuse. A la vue de ce corps blanc, de ces jambes sveltes comme de jeunes paulownias, je sentis de l’eau fraîche couler dans mon cœur et, poussant un profond soupir, soulagé, je souris paisiblement. Elle n’était encore qu’une enfant. Enfant au point que, tout à la joie de nous apercevoir, elle sortit nue sous le soleil et se haussa sur la pointe des pieds. Mon sourire s’attarda longtemps sur mes lèvres, une joie claire m’emplissait ; j’en eus la tête comme nettoyée » p.16. Il lui croyait 17 ans, la danseuse n’en a que 14 : impossible érotisme.

Raffinement et désespérance, le bonheur est avidement recherché mais s’en va aussitôt. Tout est vain parce que tout est éphémère ou décalé. Seule la mémoire, révélée par l’écriture, sauve l’existence de ce qu’elle a de fugace.

Yasunari Kawabata, La danseuse d’Izu (5 nouvelles), 1926-1953, Livre de poche 1984, 124 pages, €4.37

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Île de Batz, jardin Georges Delaselle

Au sud-est d’Enez vaz, l’île basse de Batz, se dresse le jardin colonial, appelé aujourd’hui ‘Georges Delaselle’ du nom de son fondateur – et pour faire politiquement correct. C’est un beau jardin grâce au Conservatoire du littoral, qui l’a acquis en 1997. C’est aussi une belle histoire…

Imaginez ! Un assureur parisien, perdu dans les chiffres et les calculs d’actuariat sur les malheurs du monde, découvre l’île de Batz grâce à un ami en 1897. Coup de foudre ! Moins pour l’ami que pour le pays, où les marins ont déjà acclimaté quelques plantes ramenées de leurs voyages au long cours. Il décide d’acheter une parcelle dans l’endroit le plus chaud et le moins cultivé, isolé face à Roscoff.

Il met vingt ans pour faire creuser le sol et ériger un cordon dunaire littoral qu’il plante de cyprès de Lambert, ceux qui protègent bien du vent. A l’intérieur, il acclimate des centaines de plantes exotiques qu’il fait venir des quatre coins de la planète (qui est ronde et point carrée, mais on dit comme ça quand même…). En mai 1918, avant l’armistice du 11 novembre, il se découvre atteint de tuberculose et plaque la finance et la capitale pour se réfugier en son paradis. Il vend l’endroit en 1937, très affaibli, et meurt en 1944 à 83 ans. L’oasis exotique reste à l’abandon jusqu’à ce qu’une association entreprenne de la sauver.

Il existe aujourd’hui plus de 2500 espèces dont les deux-tiers proviennent de l’hémisphère sud. La Manche a les eaux douces grâce au Gulf Stream, mais l’air âpre à cause des tempêtes atlantiques. Nous faisons partie en 2012 des 30 000 visiteurs annuels dont la majorité, femmes et enfants compris, est ravie de ce petit coin exubérant de paradis dans la rudesse du paysage. Un jardin adolescent, telle est l’impression première. Ça pousse, ça vit avec vigueur, ça pointe fièrement ses feuilles au soleil. L’atmosphère de vitalité végétale saisit quiconque, des petits de 6 ans aux ados de 16, et jusqu’aux vieillards qui retrouvent ici une jouvence.

Un dépliant vous invite à visiter dans le sens des aiguilles d’une montre. De l’accueil, vous passez par la nécropole, un petit dolmen de l’âge du bronze daté de 1800-2000 avant notre ère. Découvert lors des travaux de terrassement du jardin, il a été fouillé par un archéologue début XXème siècle. Il renfermait des cendres funéraires et des poteries cassées. La pierre laisse le souvenir de l’éternité, tandis que la pelouse, d’un vert cru après les pluies de juillet, exhibe la vie en plein renouveau.

Nous entrons ensuite dans la palmeraie. Les palmiers à chanvre venus de Chine sud offrent leur beauté lattée.

Des bananiers montrent que le climat ne connaît jamais le gel.

Un bassin recueille l’eau glougloutante d’une fontaine au-dessus, plantée de végétation gorgée d’eau dans un décor quasi japonais. La pelouse centrale s’ouvre brusquement, vert reposant et bancs qui tendent les bras tandis que les kids s’amusent d’une feuille. Vers le nord s’ouvre une lande fleurie, ouverte sur le large.

Poursuivons par le jardin maori. Le lin ‘de Nouvelle-Zélande’, découvert par le capitaine Cook, est un phormium utilisé par les Maoris de Tahiti qui utilisent sa filasse pour fabriquer tissus, cordages et filets de pêche.

Les petits garçons aiment à se saisir d’une lanière sèche, tombée et brunie, coupante comme une lame. Ils en font une épée, assurant que, côté tige, « ça ne coupe pas ». La vie exubérante appelle la mort, celle qu’on donne par enthousiasme, celle qu’on accepte par excès d’énergie. La mort, la vie, les enfants ressentent d’instinct ces appels du jardin.

La cacteraie offre ses plantes grasses qui, fin juillet, sont fleuries.

Les agaves aux feuilles épaisses et griffues sont comme des plantes dinosaures, lourdes, puissantes, bien établies. Originaires du Mexique et ramenées par Christophe Colomb, ces plantes dodues recèlent bien des secrets : de leurs feuilles, les indigènes tirent la fibre de sisal qui sert à tisser et à faire des chapeaux ; de leur cœur tendre, l’alcool distillé de tequila. De la vie naît la mort et de la mort la vie. Squelette de plantes qui sert à vêtir, sang végétal qui sert à oublier, eau de vie, eau de feu, excès de vivre jusqu’à la mort. Ce ne sont pas les pubertaires, occupés à se caresser la peau nue et à se bécoter dans les bosquets palmiers qui me contrediront.

Avant la terrasse ouest se dresse le calvaire, croix de granit brut érigé au point culminant du site. Il a été récupéré d’un dolmen christianisé des temps anciens, que la chapelle Sainte-Anne avait adopté avant d’être laissée jusqu’aux ruines. La mort, la vie, la tombe et la résurrection, la fin ici-bas et l’espérance au-delà.

Est-ce pour chanter cela qu’est installée à côté ‘Écran’, l’œuvre de Jean-Marie Dalet ? Il s’agit d’une lentille miroir montée sur cadre, qui focalise le rayon solaire sur le sol – quintessence de l’énergie, de la chaleur laser, de la vie…

Un peu plus bas, sous les palmes qui se balancent à l’orée de la pelouse verdie par les pluies bienfaisantes, une plaque : Georges Delaselle, 1861-1944. Tout simplement. Nous lui rendons hommage.

Redescendez par les terres australes et les plantes vigoureuses qui poussent là. Fleur lumineuse, rouge et velue comme un dard simiesque.

Fougères arborescentes, exubérantes et graciles comme des adolescents. La cordyline néozélandaise permet de tisser nattes et pagnes, tandis que sa palme couvre les toits des ‘fare’ dans les îles Pacifique.

Des agapanthes de Bonne espérance sont des fleurs d’amour qui font oublier la mort omniprésente dans la nature indifférente. Tout naît, tout meurt, sans cesse ; le petit devient grand, le vivant devient cendre. L’échium des Canaries a des fruits en tête de vipère ; sa fleurette bleue couvre par millier la tige jusqu’à 6 m de haut tandis que la mort vient. On ne fleurit qu’une fois quand on est échium : la mort est au bout du fruit. Mais il se ressème tout seul, continuant le grand cycle de la vie…

Et puis c’est le poste d’accueil, derrière un rideau d’arbres, la sortie déjà. Nous serions bien restés, isolés parmi les plantes, mais nous avons bouclé la boucle. Près de deux heures sont passées sans bruit ni ennui. Les adultes sortent apaisés, les ados éblouis et les gamins heureux. En souvenir, vous pouvez acheter pour 3€ des boutures à planter dans vos jardins. Une vie qui renaît, une fois de plus.

Retour en vélo vers le débarcadère par le sentier très fréquenté qui longe les ruines de la chapelle Sainte-Anne – pas plus d’un quart d’heure. Comptez bien une demi-heure à pied.

Toutes les photos sont Argoul, sous copyright sans autorisation

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Louis-Ferdinand Céline, Guignol’s band

Seuls les amoureux de Céline se pâmeront sur ce roman inachevé, touffu et délirant. Je l’ai trouvé plein de longueurs, d’invraisemblances grotesques, de verve archaïque vautrée dans le popu complaisant. Il y a de belles trouvailles (j’en ai relevé ci-après) mais engluées dans le trop-plein. Céline, qui connaît bien l’anglais, joue sur le mot ‘band’ pour signifier qu’il est emberlificoté dans son destin, parmi les autres, dans ce milieu qu’il aime et déteste à la fois. Band est le lien, la bande, la troupe, la fanfare, l’orchestre – mais aussi bander à la française. Il y a de tout ça dans ce machin de 676 pages Pléiade, sans les appendices inachevés ! Rendons hommage au travail d’édition d’Henri Godard, pas facile avec ses manuscrits dispersés, son argot vieilli et ses allusions perdues.

Nous sommes en 1916, Destouches continue de broder sur son histoire personnelle. Blessé en 1914, réformé à 80%, il a 20 ans et tente à Londres de commencer une existence jusqu’ici toujours contrainte par les parents, l’école ou l’armée. Mais il n’est bon à rien, pas même à la fidélité envers ceux qui l’aident. Il se laisse ballotter par tout ce qui survient, se monte des imaginations, va lui-même ouvrir la porte aux malotrus, se dit qu’il faudrait s’éjecter mais reste sur son cul à rien foutre. En bref le clampin puceau, incapable et impuissant. Dès lors, l’histoire manque ; la seule chose qui fait tenir ce roman est le style, toujours le même, ambiance délire, bouffées hallucinatoire,  divagations de trépané, les trois points à toutes les sauces et un vocabulaire d’arsouille. L’énormité remplace le talent. Certes, l’œuvre a été maintes fois reprise puis abandonnée, recommencée à divers stades de l’existence mouvementée de l’auteur, jamais élaguée sur le tome II, mais enfin… Quand Céline a un fil conducteur, sa verve passe bien ; quand il ne sait pas où va, ça tourne vite lancinant et lasse.

En gros, le roman veut traduire le désastre d’une existence personnelle prise dans le cataclysme d’une guerre suicide européenne. Pourquoi pas ? Mais le milieu des putes et boxons français à Londres, durant la Grande guerre, est-il bien choisi pour ce faire ? Londres est une ville où il fait bon vivre en 1916 car assez loin des champs de bataille, sauf quelques zeppelins bombardiers, et où l’on sait s’amuser. La société est restée très victorienne, l’apparence rigide masque le défoulement sans limites des passions. Ce ne sont que théâtres, bars, « musique nègre », pelotages et coups vite faits. Le War Office organise un concours du meilleur masque à gaz pour l’armée et voici Ferdinand embringué avec un faux chinois, bateleur français, pour jouer l’inventeur auprès d’un colonel à nièce.

La môme a dans les 12-13 ans, cuisses musclées sous jupette courte, beaux yeux bleu myosotis et boucles blondes. Rien de tel pour faire chavirer Céline, assez pédophile pour les petites anglaises. « Elle est trop agréable fleur ! oui fleur… je respire… bleuet !… oiseau j’ai dit… j’aime mieux oiseau… tant pis ! Je suis ensorcelé… bleuets ses yeux… une fillette… et ses jupes courtes !… » p.334. Il tente bien un vague équilibre romanesque avec la femme de son pote pseudo-chinois, Pépé, qui papouille et baisotte à bouche goulue un jeune laitier. « Et la grosse bise au petit garçon… Encore une autre ! une autre grosse bise ! dear little one !… Et que je te l’empoigne le petit bougre ! il est cajolé, trifouillé, pourléché, emmitouflé, en moins de deux ! dans les caresses ! là sur le paillasson ! là tout debout !… le poupon commissionnaire !… Ah le petit giron !… Il se tortille, il glousse de même !… ça doit pas être la première fois !… » p.302. Mais sa verve pour l’émoi adolescent, encore forte dans ‘Mort à crédit’, n’est plus là. Il l’avoue, le sexe n’a jamais été son fort : « moi surtout qui suis pas la braise, enfin du cul terriblement, je le dis tout de suite » p.570.

Il a trouvé son Alice et ses merveilles, mais sans rien de la sobriété mathématique du poète Lewis Carroll. L’ex-cavalier français, qui deviendra médecin en dispensaire, joue plutôt dans la grosse farce avec divagations enfiévrées. Pris un soir de course dans l’atmosphère effrénée d’un bar nègre avec la petite, il la voit se frotter sur les hommes, perdre sa culotte et sauter de genoux en genoux, « le cul en l’air qu’elle a tout nu » p.508. Elle est déchirée, défoncée par le rythme et les hommes, « c’est un défilé sur elle… un tzigane d’abord, puis un nègre, puis un barbu, puis un athlète (…) ils montent dessus partout à la ronde », elle est heureuse de jouir et d’en redemander, « enlacée, reniflée, pourléchée, haletante et câline, elle se tortille, elle se pâme au tapis… » p.510. Sitôt sorti dans la ruelle, il la viole illico sous la pluie à torrent, contre un mur, sa petite fée souillée. L’imagination l’enflamme, « comment elle se faisait caresser !… bourrer… farfouiller !… Ah ! pardon ! par la horde ! » p.513. Il l’agrippe, « je suis animal hop !… Y a personne !… Elle geint d’abord… puis elle miaule… je la fais sauter tellement je suis fort !… ‘Saute ! saute ! cabri !’ Je sais plus !… je la sens au bout… chaque coup elle grogne… C’est chaud au bout !… c’est chaud !… ‘Mon ange !…’ Je l’embrasse… elle me laisse… je secoue… je secoue !… » p.515. Étonnante page où l’on baise une mineure dans la littérature française. Rythme filmique, images saccadées jusqu’au spasme final, c’est prenant.

Au début de ‘Guignol’band’, Virginia a 12 ans, elle aura 16 ans dans le dernier tome dont seul le synopsis a été écrit. Effrayé par son audace provocatrice commencée durant les années folles, confronté à la chape d’ordre moral du vieux Pétain, Céline a tenté de raccrocher l’âge de 15 ans comme légal pour le mariage des filles… La voilà enceinte et lui « cloque monsieur », dit-il drôlement p.577. Il a de ces trouvailles quand il aime, Céline, parlant encore de « jardiner la nièce » p.643, ce qui est poétique.

Mais tout son bonheur ne parvient pas à coaguler. Dans ce Londres où il est poisson dans l’eau, tout ce qu’il aime lui échappe, bars, marmaille et bateaux. Les bars explosent sous les grenades de l’anarchiste juif Boro, la marmaille est pelotée, troussée et besognée – filles comme garçons -, les bateaux partent sans lui pour les Amériques… « C’était la faute de personne, chacun est fou de vivre tant qu’il peut, de tout ce qu’il possède et tout de suite, personne n’a une seconde à perdre, debout ou couché, c’est la loi du monde… » p.537.

Pourtant, comme il est beau Londres à vingt ans : « Je me souviens tout comme hier de leurs malices… de leurs espiègles farandoles le long de ces rues de détresse en ces jours de peine et de faim. Grâce soit de leur souvenir ! Frimousses mignonnes ! Lutins au fragile soleil ! Misère ! Vous vous élancerez toujours pour moi, gentiment à tourbillons, anges riants au miroir de l’âge, telles en vos ruelles autrefois dès que je fermerai les yeux… » p.106. Ou encore, bien des pages plus loin : « Mourir ainsi tout emporté de jeunesse, de joie, de marmaille ! tout le bonheur ! le bouquet de joie d’Angleterre ! si frais, si pimpant, divin ! pâquerettes et roses moustillantes ! Ah ! je m’exalte ! Ah ! je m’enivre ! » p.656. Joli, non ?

Marmaille, cuisses de nymphe, bateaux à voiles… tout ce qui danse émerveille Céline. « Il s’envolerait, c’est un oiseau, malgré les myrions de camelotes dans son ventre en bois, comble à en crever, le vent qui lui chante dans les hunes l’emporterait par la ramure, même ainsi tout sec, sans toile, il partirait, si les hommes s’acharnaient pas, le retenaient pas par cent mille cordes, souquées à rougir, il sortirait tout nu des docks, par les hauteurs, il irait se promener dans les nuages, il s’élèverait au plus haut du ciel, vive harpe aux océans d’azur, ça serait comme ça le coup d’essor, ça serait l’esprit du voyage, tout indécent, on aurait pu qu’à fermer les yeux, on serait emporté pour longtemps, on serait parti dans les espaces de la magie du sans-souci, passager des rêves du monde ! » p.672.

Ça serait… mais avec Céline le coup d’essor se ramène aux coups du sort. Jamais d’envol, sauf dans le délire. L’existence à ras de terre, toujours fourvoyée dans les ennuis, où il se met comme un niais. Le lira qui pourra, il y a tant de longueurs… Le lecteur étouffe souvent dans le galimatias, l’éructation, le flux délirant. Il aurait fallu trier, élaguer, construire. Pas eu le temps, Céline, ni le goût. Restent quelques perles – mais à dire plus qu’à lire !

Louis-Ferdinand Céline, Guignol’s band 1 et 2 + synopsis du 3, 1944, Romans III Gallimard Pléiade, édition Henri Godard 1988, 1264 pages, €52.25

Louis-Ferdinand Céline, Guignol’s band 1 et 2, Folio, 1989, €10.45

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Le mythe de la vahiné

Bougainville qui découvre Tahiti associe la femme à la déesse Vénus. L’amour libre et innocent dans une nature paradisiaque enflamme l’imagination des Européens et, aujourd’hui encore, la vahiné compte beaucoup dans l’attrait touristique pour Tahiti. Vahiné : être humain de sexe féminin adulte. La vahiné, femme-fleur, est l’image de la sensualité, celle qui allume l’œil de toutes les personnes du sexe masculin. La parure : chevelure étalée et odorante, fleur à l’oreille ou bouquet odorant dans les cheveux, paréo drapé mettant en valeur la peau nacrée grâce au monoï, les seins nus au naturel. L’Européen tombe amoureux d’une image traditionnelle alors que la femme « exotique » regarde vers la modernité et adopte les manières européennes, parfum parisien de prix ou eau de Cologne bon marché.

La société polynésienne est très attachée à l’idéal de beauté de la vahiné. Preuve en est le nombre de concours où s’affrontent chaque année la fine fleur des jeunes filles, de miss Tahiti à miss Motocross en passant par miss Université et miss Moorea… Il existe en tout plus de 50 compétitions pour 250 000 habitants ! Tout semble fait pour répondre aux fantasmes de l’homme. La femme polynésienne jouissait traditionnellement d’une certaine liberté, d’une certaine forme d’égalité avec les hommes.

Mais il faut vite s’éloigner du mythe, même s’il irrigue les esprits, même celui des vahinés elles-mêmes. Il faut évoquer le nombre d’affaires de viol et d’inceste, affaires qui ne sont que la partie émergée d’un immense problème social. Ouvrez le journal, vous y trouverez des affaires de mœurs devant le tribunal de Papeete : 50% des dossiers traitent de l’inceste. La souffrance et la maltraitance des filles est l’envers du mythe de la vahiné libre de son corps et vouée au plaisir.

Les jeunes femmes qui ont goûté à la vie plus libre de la ville vivent leur choix comme autant de déchirements entre les obligations traditionnelles dues à leur famille et leurs aspirations personnelles. Ce mal de vivre entraîne des suicides, des SOS de femmes qui ne savent pas où se situer. En Océanie, une étude récente montre que le taux de suicide a augmenté de 20 à 30% à partir de 1980. La femme polynésienne est l’objet d’une double représentation masculine : celle de la société traditionnelle et celle de la société européenne. D’où les drames relatés par la presse.

Version comique : Au Club Med de Bora Bora, en début 2006, l’ancien footballeur Maradona en vacances avec sa famille a jeté un verre à la tête d’une ancienne miss Bora Bora. Cela a fait les gros titres de la presse internationale et a suscité des reportages des télévisions du monde entier. Plainte, plainte en rétorsion à la gendarmerie, finalement un accord a été conclu entre le concubin de l’ex-miss et Maradona pour 8000$. Sur quoi l’ex-miss a filé acheter vêtements, CDs, téléphone portable, avant que le cours du dollar ne dégringole…

Version tragique : Une Polynésienne d’à peine 18 ans succombe à la suite d’un viol collectif de 13 personnes (dont 4 mineurs). Après avoir abusé d’elle, son corps dénudé a été jeté dans un caniveau ; le plus jeune violeur a 15 ans et le plus âgé 37. Tout le monde s’insurge, crie au scandale, même la ministre de la Condition féminine, mais toutes les associations dignes de ce nom avaient prévenu les pouvoirs publics que de tels agissements étaient susceptibles de se produire si rien n’était fait. Il s’agit d’un drame dans le quartier déshérité de Faaa, drame de la solitude, de l’ignorance, de l’alcool. La réflexion d’une avocate fait frémir : « dans de tels procès vécus au Palais de Justice, on s’aperçoit que ces violeurs n’ont eu qu’une vie sexuelle très pauvre. Il arrive souvent que ces hommes n’aient eu que 2 ou 3 expériences sexuelles dans leur vie. » Leur seul « enseignement » se limite trop souvent aux seuls films pornos. Certains jeunes violeurs ne vont plus à l’école depuis l’âge de 10 ou 12 ans et traînent dans les quartiers, fréquentent des adultes encore plus paumés qu’eux, goûtent à l’alcool. Les parents n’évoquent jamais la sexualité avec leurs enfants, c’est un sujet tabou en Polynésie – malgré le mythe !

Versions misérables en juin 2006 au tribunal de Papeete : Une fillette a été abusée par son grand-oncle faamu de 36 ans son aîné. A 9 ans les premiers attouchements, à 11 ans les rapports sexuels, à 13 ans le premier bébé. Trois enfants naîtront. Cette fille n’a porté plainte qu’une fois adulte, après avoir rencontré un autre homme. Certains faits sont prescrits. Le violeur : « elle était comme ma femme, elle ne se refusait pas ; c’est même elle qui me provoquait ! » La mère biologique : « je ne sais rien, j’avais d’autres enfants à charge. » La grand-mère : « j’ai honte de cette affaire. C’est ma petite-fille qui m’a amenée ici, au tribunal. Pourquoi elle me fait ça ? Elle a couché avec mon mari… » La famille est un huis clos : 14 ans de prison. Autre affaire : à 14 ans violée par l’ami de sa mère, elle la prévient mais celle-ci ne la croit pas. C’est sa grand-mère qui avertira les gendarmes. Le beau-père est arrêté. Au tribunal, il dira qu’elle était consentante car elle ne l’avait jamais repoussé. Au lieu des 20 ans de prison prévus par la loi, il est condamné à 14 ans et n’en fera que 6…

Hiata de Tahiti

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