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Déchéance de nationalité ou déchéance de la politique ?

« François Hollande m’a beaucoup déchu » est ce qu’aurait pu dire la Madame Michu socialiste depuis 1936 – si ce n’est que la profession populaire de concierge a disparue du parti depuis longtemps. Le think-tank socialiste Terra Nova proposait en 2011 de changer de peuple, puisque les ouvriers et employés délaissaient le PS (on se demande pourquoi…) pour de se recentrer sur les bobos (en général fonctionnaires surtout parisiens) et les minorités ethniques, sexuelles ou du « genre » (qui n’existe pas chez les anthropologues mais qui existe dans les têtes). Cet électorat particulier tient aux particularismes des « droits » – mais compense en surenchérissant sur la Morâââle universelle pour jouer au collectif.

Il en est ainsi de la déchéance de nationalité pour les binationaux condamnés pour faits graves de terrorisme.

L’inscrire « dans la Constitution », reprendre « une proposition de l’extrême-droite », s’appuyer en populiste sur les sondages d’opinion post-attentats particulièrement remontés contre la guerre de l’islam djihadiste contre la civilisation occidentale, se poser en Président au-dessus de TOUS les partis (dont le sien) – tout cela peut heurter le socialiste moyen ; tout cela sent la magouille électorale à la Mitterrand à un an et quelque des élections présidentielles, dont François-le-Petit (Patrick Rambaud) aime à suivre les traces florentines – « la bibliothèque en moins »…

Mais sur le fond, sur le long terme, sur l’intérêt national – en quoi cette mesure devrait-elle « choquer » le bon sens ?

consequences decheance de nationalite

Les terroristes d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier. Les gauchistes qui voulaient renverser le Système n’étaient pas en guerre contre leurs compatriotes, ils voulaient changer la vie et les rendre plus libres. Cela ne les excuse en rien, mais il étaient différents des islamistes qui veulent étendre la charia au monde entier ET font du djihad une obligation coranique. La voix même d’Allah exigerait – selon eux – la guerre de l’Oumma contre Dar al islam,  ne s’arrêtant que lorsque le dernier mécréant aura été égorgé par le dernier croyant.

Il ne s’agit donc pas d’options politiques mais de guerre de civilisation.

Je le reconnais, tous les Musulmans ne se sentent pas concernés, beaucoup interprètent le Coran moins comme un Commandement à suivre à la lettre que comme un Code de conduite pour guider les hommes vers la lumière (et laisser les femmes dans leur obscurité native). Mais « les terroristes » qui massacrent au couteau, au hachoir, à la kalachnikov, aux explosifs sont des djihadistes au sens littéral prôné par le Coran – parole d’Allah et obligation du croyant. S’il s’agit d’une dérive de l’islam vers une interprétation sectaire, le support en reste le texte qui est le même pour tout le monde. Aux musulmans, donc, de faire comme les chrétiens et les autres religions : relativiser le texte dans son contexte. C’est leur responsabilité. La stratégie de l’État islamique est bel et bien d’instaurer la guerre civile dans ce ventre mou du monde mécréant qu’est l’Europe, empêtrée dans son humanisme bêlant démocrate et chrétien, dont la tolérance confine parfois à la bêtise (pour les agressions sexuelles en Suède, à Cologne, en Finlande – il est vrai cantonnées aux femmes, cela pourrait-il « expliquer » cette indulgence ?).

Contre cette paranoïa islamique chaque société a le droit de se défendre, chaque État le devoir de protéger sa nation, chaque peuple le droit de demander des comptes à ceux qu’il a élus.

Pourquoi la déchéance de nationalité ferait-elle problème, dans l’arsenal multiple qui est mis en place ?

Decheance de nationalite carte du monde AFP

Les arguments des gens de gauche et des moralistes de droite sont souvent de mauvaise foi, « combat d’idées, où s’affrontent les principes, et dont les faits sont soigneusement tenus à l’écart« , suppute un analyste. Malgré cette « polémique à la française » aussi excessive que futile, il est bon que le débat existe – cela s’appelle la démocratie. Les plus habiles passent de la morale au juridique, étayant leur refus intuitif par des arguties qui ne tiennent pas, puis reviennent à la morale quand cela les arrange. Le Conseil constitutionnel a tranché en 1996 : « que le principe d’égalité ne s’oppose ni à ce que le législateur règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu’il déroge à l’égalité pour des raisons d’intérêt général pourvu que dans l’un et l’autre cas la différence de traitement qui en résulte soit en rapport avec l’objet de la loi qui l’établit ».

Je voudrais d’ailleurs que l’on m’explique en quoi le fait d’être binational serait une condition « plus précaire », voire « inférieure » à la nationalité simple. Y aurait-il pour la gauche de « plus égaux que les autres » ? On peut avoir la double nationalité par défaut, sans l’avoir demandé, comme les Marocains nés en France. On peut choisir la nationalité de la France où l’on a été élevé ou bien lorsqu’on y a résidé plus de dix ans, ou encore par mariage – tout en conservant sa nationalité de naissance. On peut demander une nationalité supplémentaire (israélienne, allemande, etc.) bien que né français, si l’on y a quelque droit. Comme on le voit, la double nationalité est une liberté supplémentaire, la plupart du temps choisie volontairement.

Ce choix volontaire d’adhérer à une société (droit du sol) plutôt que d’y être contraint par les déterminismes biologiques (droit du sang) est une valeur de la République. Elle a été chantée par Ernest Renan en des termes sans équivoque. Mais c’est justement parce que l’adhésion est volontaire qu’elle peut être réversible. Le Contrat social est un contrat : qui le rompt unilatéralement doit en supporter les conséquences qui sont – comme dans tout contrat – la perte de tous les avantages consentis.

Allons-nous pleurer – avec ces bobos parisiens nantis bien au chaud dans leurs quartiers protégés des « aliens » – sur la perte de tous les « droits » (RMI, CMU, allocations familiales, aide au logement…) qui reviennent aux terroristes comme à tous citoyens ? Qui tue ses propres compatriotes doit s’attendre à être exclu de la communauté.

Malgré les bobos médiatiques dans la surenchère inepte : Hollande = Pétain (Edwy Plenel), Hollande = Hitler (Henri Leclerc). Les révolutionnaires en 1791 n’ont-ils pas déchu de la nationalité les émigrés aristos ? Les républicains de 1848 n’ont-ils pas déchu de la nationalité ceux qui persistaient à poursuivre l’esclavage ? Le Front populaire n’a-t-il pas déchu de nationalité les convaincus de haute trahison ? Le gouvernement issu de la Résistance sous de Gaulle en 1945 n’a-t-il pas déchu les collabos ? Mais, sauf pendant la Révolution, après débat judiciaire, condamnation par un tribunal et épuisement des voies de recours individuels – comme en toute démocratie.

La décision est déjà dans la loi – mais la loi en France est-elle appliquée ? Ne faudrait-il pas s’en préoccuper avant même de le coller dans la Constitution, comme si cela devenait intouchable ? Où est la volonté ? Où sont les moyens ? Ce choix présidentiel fait cuisine électorale, reprendre les arguments phares de ses adversaires politiques permet de leur couper l’herbe sous le pied – mais ni le droit ni la morale ne doivent être appelés en incantation ni déformés pour cela. Il s’agit d’une mesure symbolique pour conforter la patrie et le « vivre ensemble » – puisque la peine de mort n’existe plus.

2015 2013 creation d emplois en europe

Il cache en revanche tous les échecs politiques de François Hollande depuis son élection : sur la croissance, sur le chômage, sur le déficit, sur la réorganisation de l’État, sur les moyens de la justice, sur l’impréparation de la DGSI à gérer ce que faisaient hier assez bien les RG, sur la surveillance généralisée, sur l’application indigente de Schengen, sur la participation politique des citoyens, sur l’école… Ceux qui traquent frénétiquement les inégalités devraient plutôt se pencher sur ces questions cruciales et durables, plutôt que de gloser à longueur de prêches enflammés sur une proposition qui devra de toute façon être votée dans les mêmes termes par chacune des chambres du Parlement, puis obtenir la majorité des 3/5ème au Congrès !

Sont-ils vraiment « tous Charlie », ces indignés de circonstance ? Veulent-ils vraiment « faire barrage » au Front national – ou simplement faire du vent parce qu’ils n’ont rien à dire sur l’économie, l’État, l’éducation, la société, la guerre ?…

Gilles Kepel à propos de son dernier livre évoque « la nullité de nos élites politiques, des partis qui sont devenus des coquilles vides », « la faillite des élites françaises, qui méprisent totalement le travail universitaire et la connaissance des orientalistes » et « ces élites politiques françaises [qui] se montrent incapables de comprendre ce qui se passe dans la société, d’avoir la modestie d’aller chercher le savoir en dehors d’elles-mêmes. » Il semble avoir malheureusement raison  : le prétexte de la déchéance de nationalité ne cache-t-il pas une véritable déchéance politique ?

« Déchéance de nationalité » sur Google : Environ 1 290 000 résultats !
Ce que dit actuellement la Loi
Sur Public-Sénat – très pédagogique
Sur nationalité.net la France et les autres pays
Sur Wikipedia (trop elliptique et un peu biaisé)

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Anne Perry, Une question de justice

anne perry une question de justice
Un peu décevant, ce roman victorien. Ceux qui suivent Monk, commissaire de la brigade fluviale londonienne, depuis ses débuts, aimeront le voir évoluer dans cette enquête (qui n’est pas la sienne), mais les nouveaux lecteurs ne seront pas emportés. L’essentiel de l’intrigue tourne en effet autour des tortures de conscience, un feu d’artifice de scrupules et de choix cornéliens. Nous sommes dans le christianisme de salon, préoccupé non d’action mais de Morale. C’est plutôt ennuyeux.

D’autant que l’auteur n’avance qu’à grands coups de questions successives, sans jamais apporter de réponses. Ce « procédé » (un peu trop systématique), est peut-être fait pour tenir en haleine et ouvrir des pistes dont une seule sera la bonne, mais c’est répétitif et un peu lourd.

Reste l’enquête, car il y a enquête. Monk n’en est pas chargé, puisque le drame a lieu hors de sa juridiction fluviale. Mais il « aide » les policiers du coin qui lui doivent des services. C’est un peu tiré par les cheveux, aussi son épouse, Hester, vient à la rescousse via une bénévole de sa clinique dont le père a été escroqué et avec l’aide de Squeaky son comptable ex-véreux. D’enquêtes parallèles en pression des événements, tout ce petit monde va se retrouver au tribunal.

Car Oliver Rathbone, désormais juge, voit le procès qu’il arbitre partir en eau de boudin. Nous sommes dans le système anglais où le juge n’enquête pas mais se contente de faire respecter le droit entre les parties. Or l’escroc, un pasteur marié et onctueux, féru d’attirer des fonds pour les distribuer libéralement aux « bonnes œuvres » dans le monde, est en passe de sortir la tête haute d’une accusation de fraude prouvée par l’épluchage soigneux de sa comptabilité. Comme c’est un jury populaire qui décide s’il est coupable ou non coupable, le « concours de beauté » que se livre accusation et défense sont une véritable bataille où l’enjeu est « la réputation ». Celle de Taft, ecclésiastique impérieux, égoïste et méprisant – contre celle des humbles qu’il a persuadé par son éloquence de donner au-dessus de leurs moyens. Là encore, ce comportement de don excessif est un peu tiré par les cheveux…

Mais Rathbone n’a qu’une arme pour rééquilibrer la balance, qu’il voit pencher dans les derniers jours en faveur de l’escroc sous couvert de religion : donner à l’avocat de la défense une preuve que le principal témoin en faveur de Taft est lui-même douteux. Cette pièce est une photographie, issue d’un legs de son beau-père, pendu dans une affaire précédente. Elle montre le témoin de moralité Drew sodomiser un petit garçon maigre et nu de sept ans. Ce scandale absolu à l’ère victorienne le fait se rétracter, mais quelqu’un va dénoncer Rathbone et lui, juge, va être arrêté pour « entrave à la justice ». D’autant que l’on retrouve au matin Taft tué d’une balle dans la tête, le pistolet à la main, et sa femme et ses filles étranglées à leur domicile. Le juge est-il responsable de la mort des quatre ?

Au lieu de confier la photo à quelqu’un d’autre pour la remettre aux parties, Rathbone va ratiociner des jours sur l’utiliser ou pas, puis se précipiter la veille au soir du dernier jour pour la confier lui-même à l’avocat de la défense… Encore une invraisemblance d’un avocat qu’on avait connu plus avisé.

Découvrir qui l’a dénoncé sera une belle surprise, sauf pour Scuff, bientôt 13 ans, le gamin des rues recueilli depuis deux ans désormais par Hester et Monk. Mais ce malin qui sait y faire a beau enquêter et découvrir, jamais l’auteur ne lui rend grâce devant les « vrais » adultes. Une autre incohérence du livre.

Le début est intéressant, le finale en beauté, mais la partie centrale patine, se perdant en questions innombrables et masturbation chrétienne de la conscience coupable : comment faire coller le Bien du monde éternel avec les tristes compromis de la réalité de ce monde-ci – un peu lourd. Même les scénettes moralistes entre la « mère » Hester et le « fils » Scuff sont cousues de fil blanc. Le gamin (quasi ado quand même) aurait une terreur blanche de n’être plus aimé s’il faisait « quelque chose » – comme Rathbone, déchu par la justice qui l’honorait hier. C’est un peu gros, même à l’ère Victoria, même pour un orphelin des rues, même pour un lecteur bienveillant…

Anne Perry, Une question de justice (Blind Justice), 2013, 10-18 2013, 403 pages, €8.40
Les romans d’Anne Perry chroniqués sur ce blog

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A l’eau, Tahiti ?

Le conseil municipal est à l’œuvre à Mahina aussi car les habitants, comme ailleurs, veulent de l’eau, de l’eau propre voire de l’eau potable ! Alors, en faisant moult opérations, on devrait demander deux subventions à l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (Onema) pour 125,4 millions de XPF. L’Onema est un établissement public national relevant du service public de l’environnement.
La commune de Teva I Uta réfléchit à une nouvelle fiscalité, un projet de taxe sur la mise en bouteille d’eau de source. Pour le moment il y a une société à Papeari qui met de l’eau en bouteilles, la société Vaimato. Une nouvelle entreprise va s’installer également à Papeari, la société Vainoa et devrait fonctionner en 2015 (donc bientôt) à partir d’un forage à 55 mètres de profondeur. Vai veut dire eau mais est peu usité ; Mato = falaise ; Noa = juste, seul.

FELURS DU PUA

L’ancienne mairesse lance une pétition et un recours contre la vente d’alcool à Teva i Uta. J’avais déjà évoqué ce problème il y a quelque temps, la mairesse n’avait pas été réélue… elle avait pris un arrêté d’interdiction de vente de l’alcool peu avant les élections. Le tribunal avait donné raison aux plaignants à savoir le gérant du magasin d’alimentation et la Brasserie de Tahiti. Mais que faut-il boire à Teva i Uta, nous n’avons pas d’eau qui coule au robinet, nous sommes privés d’alcool, que laisser glisser dans notre gosier alors ?

À Taiarapu-ouest, pas de route. Alors les enfants qui habitent le Fenua Aihere (le fond de la presqu’île de Tahiti) prennent une navette maritime pour aller à l’école, au lycée, matin et soir. Ce ramassage scolaire est organisé par la mairie de Taiarapu-Ouest. Les enfants doivent se réveiller à 4h30, la navette quitte la marina à 5h15, le ramassage des élèves commence à 5h30, ils arrivent à 6h20, puis sont acheminés en bus vers leurs établissements respectifs. Pendant la traversée, un petit déjeuner est servi à bord.

teahupoo surfeur 14 ans

Vous avez entendu parler de la Billabong Pro, championnat de surf professionnel qui se déroule tous les ans à Teahupo’o ? Oui certainement, alors sachez que la route se termine là, mais que des habitations sont situées de l’autre côté de la rivière, qu’il n’y a plus de route et pas de pont, seule une passerelle pour piétons. Des familles habitent là, dans le Fenua Aihere.

Teahupoo spot de surf

Deux mots sur Teahupo’o. La vague est mondialement connue, elle est surnommée la Mâchoire, spot de surf jamais vu. Il y a quelques jours on annonçait un mur d’eau de 6 mètres de hauteur. Trop pour moi ! Les explications de la mécanique de Teahupo’o trouvées dans la Dépêche de Tahiti en passionneront certains je l’espère !

Hiata de Tahiti

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William Faulkner, Si je t’oublie Jérusalem

william faulkner si je t oublie jerusalem
Deux histoires s’entremêlent, celle d’un étudiant en médecine et de son amante mariée, celle d’un grand forçat et de la femme enceinte qu’il a récupérée en barque lors d’une inondation du Mississippi, le Vieux Père. Deux histoires de paradis perdu où la Femme est la tentatrice, le serpent diabolique qui fait sortir des rails ; deux histoires de destin biblique où ce que Dieu a écrit ne peut être transgressé.

Ce roman très américain, assez loin de nos conceptions du monde en Europe, est marqué de l’empreinte juive d’Ancien testament, une force qui vous dépasse, une obsession à l’amour qui vous emporte, des lois suprêmes qui s’appliquent, implacables. Il n’est pas pour moi parmi les meilleurs romans de Faulkner : trop messianique, trop névrosé, trop moralisateur.

Harry et Charlotte se veulent des êtres libres, animés seulement par l’amour ; l’argent ne compte pas, ni le métier qu’ils font, ni le regard social des autres. Sauf que la vie ne supporte pas l’insouciance ; lorsque l’enfant paraît (est sur le point de paraître), tout ce qui fait les nécessités de l’existence se révèle indispensable : l’argent, le métier et le regard social des autres. Médecin inachevé, Harry croit posséder la technique, mais agir sur qui l’on aime inhibe la raison professionnelle : il rate son avortement et fait mourir son amante. Il sera condamné par le peuple avant de l’être par le tribunal provincial, puis par Dieu dans l’au-delà probablement.

Le forçat, lors de la grande inondation du delta, a pour mission de prendre une barque pour aller récupérer les habitants réfugiés dans les arbres. Cette aventure, analogue à celle de l’existence, le fait errer, quasiment se noyer, recueillir une femme enceinte, faire du feu et récupérer de la nourriture pour le bébé – en bref « mener sa barque » pour passer l’épreuve. Tous survivent, mais lui, le grand forçat, n’aspire qu’à retrouver le paradis tranquille de sa vie recluse en pénitencier. Il se rend, accusé d’avoir tenté de s’évader, et en prend pour dix ans de plus.

ramer rockwell kent

« – Les femmes ! Font chier » fit le grand forçat. » Telle est la dernière phrase du livre, celle qui avoue combien le Serpent induit en tentation, combien Lilith fait perdre aux mâles toute raison, combien Faulkner a été tourmenté par sa femme et ses amantes à l’époque de l’écriture.

Harry a refusé la vie, le grand forçat l’a accueillie ; mais aucun des deux n’en veut. Ils sont trop bien entre hommes, en hôpital réglé comme un monastère ou en pénitencier sécurisé. Malgré la femme et la fornication, chacun aspire à retourner au ventre maternel où tout est réglé pour vous. Comme c’était mieux avant ! Quand aucune responsabilité n’exigeait d’eux la décision et le courage. La liberté est une prison ; la prison rend libre. C’est ce que clamait Sartre sous l’Occupation (ce chantre de l’Engagement qui ne fut « résistant » qu’à la toute dernière heure) ; c’est ce qu’ironisait George Orwell du modèle soviétique dans 1984 : la liberté c’est l’esclavage !

« Si je t’oublie, Jérusalem », chantaient les Hébreux dans les geôles et l’exil à Babylone, selon le Psaume 137. Faulkner avait voulu ce titre pour l’entrelacs des deux histoires sans rapports apparents, Les Palmiers sauvages et Le Vieux Père, mais l’éditeur américain a choisi initialement les palmiers. Il est vrai que l’arbre sec, obstinément tendu vers le soleil contre cyclones et inondations, est une métaphore du vieux Sud. Mais vouloir vivre obstinément, n’est-ce pas orgueil insupportable à la face de Dieu pour les croyants trop raides ? « Cela dépasse les bornes ! Il y a des règles, des limites ! À la fornication, à l’adultère, à l’avortement, au crime – et ce qu’il voulait dire était – À la part d’amour, de passion et de tragédie qui est accordée à chacun à moins de devenir comme Dieu Qui a souffert également tout ce que Satan a pu connaître » p.201 Pléiade.

Pas trop long malgré quelques longueurs, violemment misogyne malgré ses beaux caractères de femmes, ancré dans la boue sudiste comme dans l’âme rigide et donneuse de leçon de ses habitants, ce roman faulknérien en diable peut encore se lire, surtout pour comprendre tout ce qui nous sépare aujourd’hui de ces modernes Texans et sudistes, lecteurs de Bible.

William Faulkner, Si je t’oublie Jérusalem (The Wild Palms), 1939, Gallimard L’Imaginaire 2001, 364 pages, €9.90
William Faulkner, Œuvres romanesques tome 3, Gallimard Pléiade, 2000, 1212 pages, €66.00

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Conduites à risque à Tahiti

Le « patu » la monnaie du roi fantoche Pakumotu fait parler  dans les chaumières et au tribunal. Pour exemple, la « ministre du logement de la république Pakumotu » a été condamnée à deux mois de prison ferme pour avoir payé un plein d’essence avec un « faux billet » de 100 patu. Le roi, Athanase Teiri, risque dix ans de prison pour avoir menacé le haut-commissaire de la République, le procureur du tribunal et Oscar Temaru maire de Faa’a. Finalement le « roi et ses filles »  seront jugés le 21 janvier suivant.

Conférence au lycée hôtelier, le thème Prévenir les conduites à risques. Vaste thème qui s’articulait autour des droits des enfants, de l’alcool, du tabac, des drogues, du sida. Le docteur Nguyen Ngoc Lam, responsable du centre de consultation en maladies infectieuses et tropicales devait sensibiliser les jeunes étudiants sur l’importance de l’usage du préservatif, ne pas banaliser la maladie, informer sur les centres de dépistage anonyme gratuit, encourager ceux qui ont des comportements à risque à utiliser les préservatifs, informer sur la maladie du sida et sur la séropositivité…

adolescent torse nu

Il a 13 ans, il est donc mineur, il est accusé de viols sur neuf autres enfants âgés de  6, 9 et 11 ans. Le jeune, interrogé, aurait  reconnu quasiment tous les faits

Un trafic de paka a été démantelé à Papara. Les planteurs qualifiés étaient logés et nourris par le pakaculteur. 1 833 pieds de pakalolo (cannabis), 1,6 kg d’herbe séchée et du matériel pour la culture indoor ont été découverts et détruits sur l’ordre du parquet. Cinq interpellations et une détention provisoire en attendant la suite !

Dengue, zika, et maintenant syndrome de Guillain-Barré. Conseil : il ne faut pas se faire piquer par les moustiques, c’est aussi simple que cela ! Les épidémies se poursuivent. Les cabinets médicaux ne désemplissent pas, l’hôpital ne désemplit pas, les lits ne désemplissent pas. Alors « ils » ont pris la sage décision de reporter tous les actes chirurgicaux qui n’avaient pas un caractère d’urgence.

Vahine nue Tahiti 19

C’est quoi le zika ? C’est un arbovirus, membre de la famille des Flaviviridae et du genre Flavivirus, responsable de la fièvre zika. Il tire son nom d’une forêt en Ouganda où il a été identifié la première fois en 1947. En 2007, une épidémie de zika a infecté près des trois-quarts des habitants de l’île de Yap en Micronésie. Aucune explication sur l’arrivée du virus en Polynésie française à ce jour. Mais pour lutter contre les épidémies de dengue et de zika, les maires ont été appelés en renfort afin de mettre en application la lutte anti-vectorielle. La pulvérisation d’anti-moustiques a débuté. 45 000 personnes touchées – et bientôt les élections municipales. Tiens, mais pourquoi je saute du coq à l’âne ?

Hiata de Tahiti

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Enfumage ou vapotage

Le tribunal de commerce de Toulouse a ordonné hier lundi 9 décembre 2013 à un vendeur spécialisé de cesser de vendre des cigarettes électroniques en jugeant qu’il faisait une concurrence déloyale à un buraliste de l’agglomération et qu’il « (violait) le monopole d’État sur la vente du tabac ». Il y a des viols plus traumatisants ! Notamment celui de la tabagie passive de mise durant les cours universitaires dans les années 1970 sans que personne ne dise rien.

J’ai rencontré cet été un fumeur repenti qui utilisait ces gadgets et nous en avons parlé.

fumer ado torse nu

Avantages :

  • la e-cigarette n’est pas une cigarette mais un tube à vapeur
  • elle n’émet ni CO2, ni goudrons, ni l’une des quelques 4 000 substances nocives issues de la combustion du tabac
  • après 14 ou 16 bouffées (l’équivalent d’une cigarette), le vapoteur doit patienter au moins 30 minutes avant de pouvoir l’utiliser de nouveau, ce qui l’oblige à réduire sa consommation
  • la vapeur peut ou non contenir de la nicotine, chacun peut la doser selon ses besoins ou l’éliminer complètement
  • d’autant que ce n’est pas « la nicotine » qui rend dépendant, mais les fumées dégagées par l’ensemble de la cigarette, dont le sucre ajouté par les fabricants pour rendre dépendant (Dossier de La Recherche, spécial Addictions, octobre 2013, p.56) – fabricants qui ont donc INTERET à faire interdire ou réglementer le vapotage tout en encourageant le tabac
  • aucune fumée ne s’en dégage, très peu de parfum alentour, et RIEN ne reste sur les vêtements ou les murs (j’ai testé la cohabitation) ; l’argument du « tabagisme passif » dans le cas du vapotage est donc une fumisterie poussé par la mentalité surveiller et punir au cœur de tout Français envieux qui possède une moindre parcelle de pouvoir : personne n’est incommodé par le vapoteur, au contraire de la cigarette !
  • le Parlement européen vient de décider que la cigarette électronique ne devait pas être considérée comme un médicament
  • l’achat de doses est nettement moins cher que l’achat de paquets de cigarettes !
  • le gros fumeur ou l’addict peut se désengager progressivement de son vice sans plus gêner personne

Inconvénients :

  • les substances parfumées vendues en dose n’ont pas d’étiquetage contrôlé et pourraient contenir des éléments nocifs – mais il suffit de les contrôler comme des aliments ou de la parapharmacie
  • on peut s’en prémunir en achetant des doses « bio », fabriquées en France, mais c’est plus cher (moins que la cigarette traditionnelle)
  • aucune étude médicale ne peut exister sur les effets long terme de ces substances aspirées, car le vapotage n’existe que depuis moins de dix ans
  • l’État, qui se fout de notre santé quand cela ne lui coûte qu’au-delà des prochaines élections, perd une manne immédiate de taxes juteuses sur le tabac
  • une étude pipeautée de 60 Millions de consommateurs (au nom de quel intérêt particulier ?) a été démontée  « Ce qui semble étrange, c’est qu’entre chaque bouffée, ils « aspiraient » l’air du laboratoire (au lieu de simplement désactiver le mécanisme d’aspiration). Nous n’avons de plus aucune information sur les modèles testés. »
  • les marchands de tabac voient le monopole de l’addiction nicotinique leur échapper – un petit privilège en moins…
  • au nom du « principe de précaution » cher à l’ex-président Chirac (qui l’a sanctuarisé dans la Constitution !), l’interdiction de les utiliser dans les endroits accessibles aux enfants (comme cela est fait pour le tabac) est légitime au nom de l’exemplarité, estime le rapport des experts réunis par l’Office français de prévention du tabagisme, sur l’exemple de la Belgique, le Luxembourg et Malte. On peut l’accepter, tout comme la ministre de la Santé Marisol Touraine qui souhaite proscrire la cigarette électronique sur les lieux de travail (on proscrit bien de picoler).
  • de mauvaises habitudes « de fumeurs » pourraient être prises par ceux qui n’ont jamais fumé. Mais l’étude américaine 2013 parue dans le bulletin hebdomadaire du Centre de prévention et de contrôle des maladies (CDC) montre que si, entre 2011 et 2012, collégiens et lycéens ont bien vapoté plus en passant de 4.7 à 10%, 76.6% d’entre eux avaient DEJA fumé des cigarettes ! Le vapotage étant moins nocif pour eux que la clope, c’est quand même un progrès sanitaire, non ? Quand aux un sur cinq qui commencent par l’e-cigarette, c’est préférable pour leur santé et ne les rend pas addicts.

Mais ce dernier argument des « habitudes » est spécieux : les fumeurs ont commencé ado « pour faire comme tout le monde », pas pour se rendre dépendants. Si leurs pairs se mettent au vapoteur, ils feront comme eux ; s’ils gardent le gros tabac puant, ils auront parfois le snobisme de vapoter juste pour se distinguer ; ou de ne rien fumer (comme moi) aussi pour se distinguer des adeptes du biberon infantile.

A noter qu’à 5 et 6 ans, j’ai imité mon grand-père en roulant des « cigarettes » en papier journal que je faisais semblant d’allumer avec un briquet-tempête (sans essence, juste avec la pierre à étincelles) – mais cette habitude née de l’imitation ne m’a JAMAIS incité à fumer. Si j’ai grillé quelques cigarettes vers 14 ans pour faire comme les autres et par curiosité, je n’ai pas continué. Ce n’est donc pas « le geste » mais le mimétisme de bande qui inciterait les non-fumeurs à devenir fumeurs !

Fumer défense de dessin

Il vaudrait mieux interdire aux « zartistes » de faire cloper toutes les trois minutes leurs personnages quand ils ne savent plus quoi dire dans les films. C’est so chic ! n’est-ce pas, de prendre des poses et de grimacer avec application en tirant sur le bout fumeux en attendant la réplique. Beaucoup plus que la pub, ce sont les séries télé et le cinéma qui rendent addictifs. Il faut faire comme les dieux.

Mais quand donc les politiques – surtout de gauche – vont-ils surveiller et punir les zartistes de la Culte-culture ? Tout ce débat apparaît plus comme un enfumage de première que comme un exposé transparent sur ce qui est meilleur pour la santé. Bien sûr qu’il vaudrait mieux NE PAS fumer, mais quitte à être obligé de faire comme tout le monde pour ne pas être exclu, autant que ce soit avec une moindre nocivité. Même si cela remet en cause les zacquis des buralistes et les gros impôts de l’État dépensier !

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L’inculture française du droit

« France, mère des arts, des armes et des lois », chantait Joachim du Bellay dans cette récitation que l’on apprenait enfant. Plus maintenant : les lois, les politiciens ont tendance à s’asseoir dessus. Plus la gauche que la droite, notons-le, sous le prétexte datant que 1793 que « le peuple en armes » (aujourd’hui en parti constitué) est Souverain et fait ce qu’il veut. Ce qui s’est traduit par cette phrase célèbre du député socialiste André Laignel en 1981 : « être politiquement minoritaire rend la position (…) juridiquement erronée ». Autre version de « la force prime le droit » que l’on croyait pourtant… d’Ancien régime.

Ce fascisme des masses est le germe totalitaire du projet socialiste. Il ne reste germe que là où existent des contrepouvoirs ; il se réalise bien vite là où il n’en existe pas : on se souvient du « socialisme réalisé » sous Brejnev. Car pour le socialisme, héritier de la philosophie marxiste, le Bien ne se discute pas. Quiconque s’élève contre l’interprétation qu’en font les avant-gardes éclairées du parti progressiste est aussitôt suppôt du Mal. Le « peuple en armes », capté par les quelques-uns du parti, a toujours raison : le droit du plus fort est toujours le meilleur.

Heureusement, grâce au général de Gaulle (accusé de coup d’État permanent par un cacique de la démocratie « populaire »), la Constitution de la Vème République est un contrepouvoir puissant : elle dit le droit. Les règles du jeu entre partis sont clairement établies, ce qui n’empêche nullement à la politique de s’exercer – mais avec des garde-fous. Car des « fous », il y en a. A droite comme à gauche, mais plus à gauche, puisque la droite n’a jamais prétendu faire le Bien pour tous, seulement défendre des intérêts de catégorie.

vahines fesses

C’est bien la droite qui, sous le précédent gouvernement, militait avec ardeur pour augmenter le nombre des lois mémorielles. Dans un article du Débat de septembre 2012 (n°171), Robert Badinter expose dans un article éclairant la décision du Conseil constitutionnel du 28 février 2012. « Les lois ne sont pas des panneaux d’affichage électoraliste », écrit-il. Si le Parlement a le droit de commémorer ce qu’il veut, il ne peut déroger au droit. Or décider de l’histoire « juste » et qualifier juridiquement de « crimes » des faits qui se sont produits il y a un siècle ou plus (comme le génocide arménien, vendéen, ou la traite négrière) est « un errement » du droit. Un Parlement peut défendre des normes pour lutter contre le racisme ou la xénophobie, mais le constituant n’a pas reconnu au Parlement le pouvoir juridique de reconnaître un génocide. C’est là travail d’historien, pas de juriste. S’il le fait, le Parlement « s’arroge à lui-même le pouvoir de qualifier un fait de crime au mépris du principe de l’indépendance de l’autorité judiciaire et celui de la séparation des pouvoirs ». Le révisionnisme, qui nie la réalité de la Shoah, est différent : un tribunal a jugé après débats contradictoires et publics, celui de Nuremberg, et la France a ratifié ce jugement. Rien de tel pour la traite nègre ou l’extermination des Arméniens.

Le droit a triomphé de la démagogie en ramenant la raison où les passions se déchaînaient.

C’est bien la gauche qui, sous l’actuel gouvernement, a voulu instaurer une imposition extraordinaire du droit commun. La Constitution a repris en Préambule la Déclaration des droits de 1789. « La loi doit être la même pour tous » : c’est ainsi que l’assiette de l’impôt sur le revenu, fixée en France pour tous par foyer fiscal, ne peut s’appliquer par dérogation aux individus, même s’ils gagnent plus d’un million d’euros par an.

« Une contribution commune est indispensable. Elle doit être également répartie entre tous les Citoyens, en raison de leurs facultés ». Les facultés des citoyens ne sauraient être des revenus à venir ou hypothétiques, ils doivent être réels et réalisés.

Le préambule de la Constitution de 1946, repris lui aussi dans la Constitution de la Vème République, ne dit pas autre chose. « La Nation proclame la solidarité et l’égalité de tous les Français devant les charges qui résultent des calamités nationales. » Solidarité, donc pas d’exceptions (en ce cas, les niches fiscales pourraient être illégales), mais égalité (donc ni privilèges, ni confiscation). Dans la décision du 29 décembre 2012, le Conseil constitutionnel a jugé en droit :

  • Sur les niches fiscales, le plafond majoré de 18 000 € et 4 % du revenu imposable pour des réductions d’impôt accordées au titre d’investissement outre-mer ou pour le financement en capital d’œuvres filmiques « permettait à certains contribuables de limiter la progressivité de l’impôt sur le revenu dans des conditions qui entraînent une rupture caractérisée de l’égalité devant les charges publiques. » En conséquence, le 4% est censuré car plus avantageux pour les hauts revenus (4% de 10 000€ est un avantage moindre que 4% de 100 000€), mais les niches maintenues, car également accessibles à tous.
  • Sur l’exception corse, « sans motif légitime », le Conseil a jugé contraire à l’égalité de tous les Français le « régime fiscal dérogatoire applicable aux successions sur les immeubles situés dans les départements de Corse ». C’était un usage octroyé par Napoléon, c’est désormais jugé non démocratique.
  • Sur les retraites complémentaires chapeaux, « le Conseil a jugé ce nouveau niveau d’imposition, en ce qu’il fait peser sur les retraités concernés une charge excessive au regard de cette faculté contributive, contraire à l’égalité devant les charges publiques. » Même chose sur le taux d’imposition des bons anonymes à 90,5 % et sur les stock-options et actions gratuites dont l’impôt serait passé à 73 ou 77%.
  • En revanche, l’augmentation générale des prélèvements, l’imposition accentuée des gains du capital et l’augmentation des tranches IR et ISF ne sont pas contraires à la Constitution parce que du ressort des politiques.

Rappelons aussi qu’il est parfaitement légitime selon la Constitution d’exprimer son opinion librement, d’avoir une propriété privée, d’aller installer sa résidence à l’étranger en emportant ses biens. « Tout ce qui n’est pas défendu par la Loi ne peut être empêché ».

Les rappels au droit paraissent de bon sens. Mais s’ils manifestent la vigueur de la règle du jeu politique commune, décidée en 1958, ils disent aussi avec force la dérive sectaire des technocrates politiciens. Le droit ? – connais pas. Au pays de Bodin et Montesquieu, cette ignorance de la loi au profit de la force est une tentation totalitaire propre à la France (qui la rapproche de la Russie de Poutine) ; elle est inconnue aux États-Unis ou dans les pays européens. Le Président Obama doit discuter impôts en plus contre dépenses en moins, la Chancelière Merkel doit soumettre au jugement de la Loi fondamentale toute dépense pour l’Europe.

France terre du droit et des libertés ? C’était vrai en 1789 mais le monde entier ne nous reconnaît plus cette image aujourd’hui sous la présidence Hollande. Trop de « symboles » ont été manipulés sans précautions et amènent à constater que la liberté fait toujours problème au socialisme à la française.

Or la culture du droit est inhérente à la culture démocratique : il s’agit de la conscience d’une société commune par-delà les divisions de la politique, de règles du jeu admises par tous. Aubry/Royal, Copé/Fillon, mauvais riches/bons pauvres, syndiqués amis qu’on visite/masse des chômeurs qu’on ignore : la France est un terrain permanent de guerre civile, attisée par les partis. Il existe parfois des coalitions gouvernementales dans à peu près tous les pays européens alentour – jamais dans le nôtre. Cette incapacité démocratique pose question au siècle de l’information libre et instantanée dans lequel nous vivons. Et fait rire le monde entier.

Les politiciens amateurs, Français si volontiers prêts à faire la leçon aux autres, à entonner le grand air de la Morale, savent-ils que l’étranger se moque de nous ? La France politicienne apparaît bien comme ce coq vaniteux qui braille pour annoncer le soleil que tout le monde voit bien, les deux pattes dans la merde. Et ils sont contents d’eux, les politiciens, ils se pavanent dans les médias, ces incultes du droit, ces inaptes au débat démocratique. De quoi être fier d’être Français…

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Le mythe de la vahiné

Bougainville qui découvre Tahiti associe la femme à la déesse Vénus. L’amour libre et innocent dans une nature paradisiaque enflamme l’imagination des Européens et, aujourd’hui encore, la vahiné compte beaucoup dans l’attrait touristique pour Tahiti. Vahiné : être humain de sexe féminin adulte. La vahiné, femme-fleur, est l’image de la sensualité, celle qui allume l’œil de toutes les personnes du sexe masculin. La parure : chevelure étalée et odorante, fleur à l’oreille ou bouquet odorant dans les cheveux, paréo drapé mettant en valeur la peau nacrée grâce au monoï, les seins nus au naturel. L’Européen tombe amoureux d’une image traditionnelle alors que la femme « exotique » regarde vers la modernité et adopte les manières européennes, parfum parisien de prix ou eau de Cologne bon marché.

La société polynésienne est très attachée à l’idéal de beauté de la vahiné. Preuve en est le nombre de concours où s’affrontent chaque année la fine fleur des jeunes filles, de miss Tahiti à miss Motocross en passant par miss Université et miss Moorea… Il existe en tout plus de 50 compétitions pour 250 000 habitants ! Tout semble fait pour répondre aux fantasmes de l’homme. La femme polynésienne jouissait traditionnellement d’une certaine liberté, d’une certaine forme d’égalité avec les hommes.

Mais il faut vite s’éloigner du mythe, même s’il irrigue les esprits, même celui des vahinés elles-mêmes. Il faut évoquer le nombre d’affaires de viol et d’inceste, affaires qui ne sont que la partie émergée d’un immense problème social. Ouvrez le journal, vous y trouverez des affaires de mœurs devant le tribunal de Papeete : 50% des dossiers traitent de l’inceste. La souffrance et la maltraitance des filles est l’envers du mythe de la vahiné libre de son corps et vouée au plaisir.

Les jeunes femmes qui ont goûté à la vie plus libre de la ville vivent leur choix comme autant de déchirements entre les obligations traditionnelles dues à leur famille et leurs aspirations personnelles. Ce mal de vivre entraîne des suicides, des SOS de femmes qui ne savent pas où se situer. En Océanie, une étude récente montre que le taux de suicide a augmenté de 20 à 30% à partir de 1980. La femme polynésienne est l’objet d’une double représentation masculine : celle de la société traditionnelle et celle de la société européenne. D’où les drames relatés par la presse.

Version comique : Au Club Med de Bora Bora, en début 2006, l’ancien footballeur Maradona en vacances avec sa famille a jeté un verre à la tête d’une ancienne miss Bora Bora. Cela a fait les gros titres de la presse internationale et a suscité des reportages des télévisions du monde entier. Plainte, plainte en rétorsion à la gendarmerie, finalement un accord a été conclu entre le concubin de l’ex-miss et Maradona pour 8000$. Sur quoi l’ex-miss a filé acheter vêtements, CDs, téléphone portable, avant que le cours du dollar ne dégringole…

Version tragique : Une Polynésienne d’à peine 18 ans succombe à la suite d’un viol collectif de 13 personnes (dont 4 mineurs). Après avoir abusé d’elle, son corps dénudé a été jeté dans un caniveau ; le plus jeune violeur a 15 ans et le plus âgé 37. Tout le monde s’insurge, crie au scandale, même la ministre de la Condition féminine, mais toutes les associations dignes de ce nom avaient prévenu les pouvoirs publics que de tels agissements étaient susceptibles de se produire si rien n’était fait. Il s’agit d’un drame dans le quartier déshérité de Faaa, drame de la solitude, de l’ignorance, de l’alcool. La réflexion d’une avocate fait frémir : « dans de tels procès vécus au Palais de Justice, on s’aperçoit que ces violeurs n’ont eu qu’une vie sexuelle très pauvre. Il arrive souvent que ces hommes n’aient eu que 2 ou 3 expériences sexuelles dans leur vie. » Leur seul « enseignement » se limite trop souvent aux seuls films pornos. Certains jeunes violeurs ne vont plus à l’école depuis l’âge de 10 ou 12 ans et traînent dans les quartiers, fréquentent des adultes encore plus paumés qu’eux, goûtent à l’alcool. Les parents n’évoquent jamais la sexualité avec leurs enfants, c’est un sujet tabou en Polynésie – malgré le mythe !

Versions misérables en juin 2006 au tribunal de Papeete : Une fillette a été abusée par son grand-oncle faamu de 36 ans son aîné. A 9 ans les premiers attouchements, à 11 ans les rapports sexuels, à 13 ans le premier bébé. Trois enfants naîtront. Cette fille n’a porté plainte qu’une fois adulte, après avoir rencontré un autre homme. Certains faits sont prescrits. Le violeur : « elle était comme ma femme, elle ne se refusait pas ; c’est même elle qui me provoquait ! » La mère biologique : « je ne sais rien, j’avais d’autres enfants à charge. » La grand-mère : « j’ai honte de cette affaire. C’est ma petite-fille qui m’a amenée ici, au tribunal. Pourquoi elle me fait ça ? Elle a couché avec mon mari… » La famille est un huis clos : 14 ans de prison. Autre affaire : à 14 ans violée par l’ami de sa mère, elle la prévient mais celle-ci ne la croit pas. C’est sa grand-mère qui avertira les gendarmes. Le beau-père est arrêté. Au tribunal, il dira qu’elle était consentante car elle ne l’avait jamais repoussé. Au lieu des 20 ans de prison prévus par la loi, il est condamné à 14 ans et n’en fera que 6…

Hiata de Tahiti

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