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Jean-Paul Aron, Le mangeur du XIXe siècle

Les années 1970 retrouvaient « le terroir » avec le gauchisme antisystème, les chèvres au Larzac et les « communautés » pré-écologiques. Les historiens se sont donc penchés sur le passé pour voir comment on en était arrivé à tout centraliser à Paris, à laisser dominer une classe de nantis un brin snob et à créer de toutes pièces la fameuse « gastronomie française ».

Car la cuisine existait avant les bourgeois ; elle était surtout la tradition des femmes qui utilisaient les composants autour de la ferme dans un pays à plus de 80% rural. Seuls les aristocrates s’amusaient avec la nourriture, copiant les préciosités romaines et payant à prix d’or des chefs pour leur prestige. Quand advient avec la révolution le règne des bourgeois, tout change. Le plaisir des oisifs disparaît au profit de la frime sociale, de la dépense ostentatoire et de l’imposition sociale du « goût ».

Pour cela, Paris était incontournable même si la cuisine lyonnaise existait richement, comme le rappelle l’auteur. Mais la gastronomie française dont la réputation se répand dans le monde est née au temps des nationalismes et de l’industrialisation. Les aristocrates sont cosmopolites, pas les bourgeois. La cuisine à la française est un art, pas la gastronomie parisienne. Elle est une industrie de la bouche destinée aux hommes de pouvoir et descendant du haut vers le bas, par degrés, dans toutes les classes sociales, y compris les plus pauvres qui recyclent les restes.

Les grands restaurants à la mode étaient chers et goûteux : Le Café anglais, Véry, le Grand Véfour… Des dynasties familiales géraient et adaptaient cuisine et décor pour maintenir l’attrait. Le luxe était de fournir tout un service d’une centaine de plats, organisé selon une savante stratégie dont l’auteur nous livre une clé par un plan de table au chapitre Le repas. Le dîner (nom de notre actuel déjeuner) était un spectacle et il s’agissait d’éblouir les invités par l’abondance et la présentation des mets. Deux grosses pièces trônaient à chaque bout de la table, tandis qu’alternaient les relevés et les entrées que les convives devaient se passer, suscitant une série d’échanges conviviaux dans un silence relatif. On ne se lâchait qu’une fois la desserte effectuée, et les « desserts » (sucrés et salés) permettaient la conversation.

Jean-Paul Aron analyse les bons endroits dans leur évolution tout au long du siècle, les mets servis et leur mythologie (homard délaissé, huîtres chéries), comment s’ordonne la cérémonie du repas, avant de mettre en contraste la gastronomie avec la simple nourriture (administrative dans les réfectoires des hôpitaux, des prisons, des collèges et des casernes ; de récupération dans les restaurants à 40 sous, à 17 sous, à 4 sous ; jusqu’à la misère de la mendicité et des bouillons de charité) – et d’étudier l’imaginaire gastronomique (mythe, spectacle, drame, fête).

Si seulement 17% des Parisiens décédés avaient les moyens de payer les 15 sous nécessaires à leur enterrement, cela signifie que les gastronomes étaient très peu nombreux et que la quête de subsistance emportait presque tous. Les inégalités étaient fortes et criantes dans cette période d’industrialisation et de progressive administration ponctuée de révolutions (1789, 1800, 1815, 1830, 1848, 1871). Le mythe submerge donc le réel et révèle que la gastronomie ne vient pas du terroir mais du pouvoir ; elle ne naît pas du produit mais de sa mise en scène ; elle ne surgit pas d’en bas mais d’en haut, de cette minuscule frange qui a les moyens et qui désire le montrer.

Jean-Paul Aron écrit simplement mais il procède à des énumérations, certes « scientifiques », mais que l’on peut sauter rapidement pour garder le fil de la lecture. Aucune recette mais des listes de plats et des menus, parsèment les chapitres. De nombreuses citations des gourmets et écrivains du temps précisent certains points.

Le lecteur notera ce fait remarquable que le service « à la française », qui mettait tous les plats sur la table sauf les desserts (servis après la desserte), a été remplacé par le service « à la russe », organisé par succession des entrées, plat, desserts, le tempo étant donné par le maître de maison. Il notera aussi que « la maitresse » de maison n’a pas son mot à dire avant le XXe siècle et que les femmes sont considérées comme quasi indésirables pour apprécier la gastronomie : le désir de bonne chère exige d’éviter les désirs de la chair.

Quiconque s’intéresse à la cuisine et à son évolution, ou à la sociologie des Français, lira utilement ce petit livre érudit et gourmand, réédité quarante ans après sa parution pour le bonheur de la culture.

Jean-Paul Aron, Le mangeur du XIXe siècle – Une folie bourgeoise : la nourriture, 1973, Belles-Lettres 2013, 352 pages, €14.50 e-book Kindle €10.99

Histoire de la gastronomie française à comparer avec La cuisine italienne, histoire d’une culture

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Tahiti adopte la gréviculture à la française

Air Tahiti, la compagnie locale a été en grève pendant plusieurs semaines en mai. Dans ce pays grand comme l’Europe, avec quelques confettis pour lieux d’habitations, l’avion sert au transport des médicaments, des produits d’urgence, des evasanés (pour raison médicale, traitements lourds comme dialyse, cancer…). L’hôpital du Taaone a pu constater une forte augmentation des évacuations sanitaires déclenchées par les archipels éloignés. Normalement, Air Tahiti (compagnie locale) transporte des passagers des îles qui doivent consulter des spécialistes à Papeete. Certains rendez-vous médicaux, non urgents, ont pu être reportés, mais ceux qui nécessitaient une prise en charge urgente ? Le Samu à Tahiti a dû pallier à cette défaillance d’Air Tahiti. 75 évasans (évacuations sanitaires) déclenchées en mai contre 49 en mai 2015 et 46 en mai 2014, ça fait une hausse de 50% ! Il a fallu aller chercher ces personnes aux Marquises, aux Australes et aux Tuamotu. Les dépenses supplémentaires ?

air tahiti

L’hôpital facture pour chaque sortie de ses équipes un forfait médical de 366 000 XPF (=3 067€). Air Archipel et Tahiti Helicopters, les principaux partenaires facturent 200 000 XPF (1 676 €) l’heure de vol. Un aller-retour sur les Marquises avec Air Archipel, c’est 7 heures de vol et une facture de plus de 3 millions de XPF (25 140 €).  Ça fait vraiment plus cher que le prix du billet sur un vol régulier d’Air Tahiti, mais bof ! Et si Air Archipels et Tahiti Helicopters ne sont pas en mesure d’effectuer une évasan, on demande à l’Armée et là c’est 602 000 XPF (5 045 €) pour le Dauphin, 672 000 XPF (5 631 €) pour le Casa et 3 millions de XPF (25 140 €) l’heure de vol pour le Gardian.

Et qui qui paie ? Ben c’est la CPS (Sécu de Polynésie) lorsqu’il s’agit de la prise en charge de ressortissants de la CPS ; pour les autres patients, c’est l’hôpital du Taaone qui casque, à charge pour lui de se faire rembourser ensuite !

Selon toute logique, la grève d’Air Tahiti a dû laisser une note très très salée ! Allo Paris ?

Hiata de Tahiti

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Question santé à Tahiti

La veille sanitaire passe à la trappe ! Fini le bureau de veille sanitaire, ouste ! On ne renouvelle pas les contrats des deux médecins épidémiologistes en charge de ce service. Allez, du vent, du balai, ouste !

Il semble que ce service analysait, surveillait, informait et prévenait des risques sanitaires (en milieu tropical) : on peut s’en dispenser. Il faut alléger les charges ? Il faut avouer qu’en ce moment, pourtant on n’est plus en période cyclonique, les directions par intérim se succèdent, la création de la « communauté hospitalière » n’est pas encore arrivée à terme, elle qui devait régler tous les problèmes d’effectifs, et pendant ce temps, on réfléchit depuis de longs mois avant d’envisager de  prendre (peut-être) une décision.

taravao hopital

Le Directeur de la Santé par intérim depuis le départ de F.L. est remercié de ce même poste depuis le retour de F.L. On critique, on critique… Alors qui prendra ce poste ? On parle d’un certain C.M. qui aurait été déjà directeur des hôpitaux de Taravao (le ministre disait il y a peu que c’est un dispensaire) et de Uturoa. Cette personne a suivi le cursus de l’École Nationale de santé publique à Rennes mais n’a jamais validé son diplôme ! Le ministre de la santé l’aurait bien vu au Taaone (Pirae) mais pour le relationnel… On parie ? Les jeux sont ouverts !

On compte plus de 100 cas de syphilis confirmés depuis le début de l’année 2016. La direction de la santé avait tiré la sonnette d’alarme en 2015, elle avait noté une augmentation des cas de gonococcies, chlamydia et syphilis. Les prélèvements réalisés reviennent positifs dans 3 à 5% des prélèvements en « population générale » et jusqu’à 45% pour ce qui est de « la population à risque » (prostitué(e)s). Il semble que l’ensemble de la population soit concerné, les cas confirmés sont âgés de 15 à 65 ans et 40% sont des femmes.

syphilis attaque les os

L’épidémie de conjonctivite diminue, 1000 cas signalés, mais le nombre réel serait très largement supérieur.

La dengue serait en baisse sauf aux Marquises, 47 cas confirmés en ce début mai.

La leptospirose demeure active principalement aux îles Sous-le-Vent.

L’hôtel 5 étoiles de Papeari, pardon la prison, ne sera pas livrée en temps et heure. Les autorités annoncent 4 mois de retard… ce sera plus sans aucun doute. La gestion du chantier serait en cause ? Hum ! Deux entreprises sous-traitantes ont été mises en liquidation judiciaire, pas bon ça ! Des intempéries depuis octobre, ça c’est tristement la vérité. L’accueil des prisonniers serait prévu pour « courant mai 2017 » – c’est bien en mai qu’il y a un train de jours fériés ? Pour les prisonniers, pas grave ! Mais pour les 200 élèves futurs matons partis en formation dans la ville des pruneaux (Agen) c’est une catastrophe ! Ils devraient rester « en prison chez les Farani  et même pendant les fêtes de fin d’année. Inadmissible, scandaleux, inhumain, loin de leur soleil, de leurs plages, non, non, et non. Il paraitrait qu’on pourrait aller à l’ONU dénoncer ces sévices imposés par le pays colonisateur ? Certains édiles devraient bien avoir un passe pour entrer à l’ONU, non ? C’était lors d’élections qu’Oscar Tane affirmait « si nous étions indépendants, il n’y aurait pas de prison »…

Le temps n’est toujours pas clément, pluie, pluie alors que nous entrons dans l’hiver (austral). À nos doudounes !

Restez optimistes.

Hiata de Tahiti

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Malades de trop bouffer

Les Polynésiens sont malades, alors le ministre de la santé en mission à Paris a visité un Cyclotron dans les sous-sols de l’hôpital Saint-Louis à Paris. C’est le seul cyclotron des hôpitaux de Paris (à quoi sert le cyclotron ? lire ici). Pour cette visite il a dû revêtir comme tous les autres personnes un équipement de protection, de la cagoule à la combinaison jusqu’aux bottes. Ce harnachement a fait rire ici en Polynésie et le Tahiti-Pacifique de cette semaine-là a publié la photo sous le titre « Modernisation à l’hôpital », ainsi que le commentaire de la bouche du ministre : « Ce sont les nouvelles tenues pour nous protéger de nos syndicalistes ! ». C’est vrai qu’ils sont très actifs les syndicalistes, dans le privé, à l’hôpital, à la prison, à la CPS (SS polynésienne) et encore et encore. Alors ce cyclotron, la France doit nous l’acheter ! Ça coûte « peu » : entre 716 et 835 millions de XPF. Il faudra aussi nous offrir le personnel compétent. Mais, pensez donc, Tahiti aurait alors le grand centre hospitalier francophone du Pacifique, les Néo-Calédoniens, les Wallisiens viendraient s’y faire soigner, plus d’Evasans en métropole ou à l’étranger, tout bénéf… Mais pour le moment on parle surtout de faire venir des médecins cubains car on ne les paie pas cher ! À v’ot bon cœur M’ssieux, Dames.

cyclotron

Santé toujours : Asseyez-vous et lisez ensuite. En 20 ans +554% de diabétiques suivis en longue maladie. Qui dit mieux ? Je lis qu’en 1995, le nombre de diabétiques suivis en longue maladie s’élevait à 1 250. Ce chiffre est passé à 8 150 en 2015, soit une augmentation de cinq fois et demi. Cela coûte en bien-être, en vie, en francs, quelques 3 milliards de XPF. Pour fêter ce record, on trinque ? On dit que toutes les 7 secondes, une personne meurt du diabète dans le monde. On trinque encore ? Il faut arrêter de déconner, 10% de la population adulte est atteinte. On fait quoi ? On pleure, on s’indigne, on se lamente ? On se satisfait des chiffres ? On sonne à la porte des contribuables français ? Les Polynésiens n’ont pas de pétrole mais ils ont des idées… comme augmenter l’offre alimentaire (faudra qu’on m’explique) offrir des activités physiques (?) prendre soin des patients concernés (?) Le ministre de la santé (encore lui) : « Nous allons faire venir le professeur Tounian pour mettre en place des outils qui serviront de projets pilote pour la prise en charge d’enfants obèses. Patrick Tounian est pédiatre et nutritionniste à l’hôpital Armand Trousseau à Paris, c’est un spécialiste de l’obésité, auteur notamment de l’Obésité de l’enfant ». C’est cela la solution ? Ou seulement un vœu pieu ?

obesite enfant tahiti

Si on lit les récits des premiers explorateurs en terre polynésienne, le capitaine Cook notait que les habitants des Iles Marquises étaient une belle ethnie. Le naturaliste George Forster écrivait son impression sur un groupe d’hommes marquisiens : « grands bien bâtis, pas corpulents comme le sont certains Tahitiens, ni maigres, ni ridés comme les natifs de l’Ile de Pâques… ». Herman Melville vante la beauté d’hommes élancés, bien faits, ils sont grands et musclés. Leur nourriture est essentiellement végétarienne. Leur alimentation de base est le fruit à pain. Le poisson est mangé cru. Leur boisson était de l’eau. Maintenant il est de bon ton de manger de la viande, du poulet, des frites, d’aller siroter une boisson sirupeuse gazeuse en dégustant une pizza ou un truc sans goût dans du pain mou… et l’on s’étonne d’avoir une population diabétique ?

moustique aedes aegypti

La dengue, les moustiques ? Vous en avez entendu parler ? Selon une étude des chercheurs de l’Institut Pasteur du Cambodge, de l’institut Pasteur à Paris et du CNRS, les porteurs sains du virus de la dengue peuvent infecter les moustiques qui les piquent, participant ainsi à la chaîne de transmission de la maladie. La dengue appelée également « grippe tropicale » est une infection transmise à l’homme par des moustiques du genre Aedes (tigre ou aegypti). Elle est bien connue en Polynésie française, et y sévit régulièrement. Les symptômes visibles de la dengue sont une forte fièvre, des maux de tête, des nausées, des vomissements, des douleurs articulaires et musculaires, des éruptions cutanées. Les porteurs sains ont été mis en contact avec des moustiques sains, élevés en laboratoire. Puis, l’analyse des moustiques a permis de vérifier qu’ils étaient infectés et capables à leur tour de transmettre le virus à un humain. Le virus de la dengue infecterait 390 millions de personnes par an dans le monde à la suite d’une piqûre infectieuse via un moustique. Il n’existe aujourd’hui ni traitement antiviral spécifique, ni vaccin commercialisé pour combattre cette maladie. La dengue a désormais touché l’Europe bien qu’initialement présente dans les zones tropicales et subtropicales du monde… Vous avez dit réchauffement ?

Hiata de Tahiti

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Chercher des sous à Tahiti

Nouvelle de « l’hôpital » de Taravao : d’après le ministre de la santé Patrick Howell, le centre médical de Taravao aurait reçu l’appellation « hôpital » par les Anciens de la commune. Depuis ce nom est resté. Comme les Anciens sont tous morts… Il n’y aura pas de procès, mais c’est quand même leur faute à eux, les Anciens ! Le ministre indique qu’un véritable hôpital dispose de trois types de services : médecine, chirurgie et obstétrique. À Taravao il n’y a que le service médecine.

En juillet dernier, trois des quatre urgentistes de ce centre médical avaient démissionné. Aucune réponse de potentiels urgentistes à l’appel de recrutement – et pour cause ! Les candidats veulent aligner leur salaire sur celui des urgentistes du Taaone de Pirae. Or le ministre considère que Taravao n’est pas un hôpital donc pas d’égalité de traitement. Il précise même que les Urgences restent « un service d’accueil », on reçoit les patients et on les prépare… à éventuellement prendre la route, l’unique, longue de 60 km, surchargée, pour au grand minimum une heure toutes sirènes hurlantes ! Bah ! les cul-terreux de la presqu’île n’ont qu’à faire attention, et ne pas avoir d’accident, ni attraper de maladies.

gauguin nativite

Le musée Gauguin rouvrira ses portes en juin 2016, au plus tôt. Quelle bonne nouvelle ! Il avait été toiletté depuis 2007 par légères touches, puis fermé en 2013. Le pauvre musée est l’innocente victime des changements de gouvernements, des projets foireux, des désaccords sur les missions qu’il devrait assurer. Un espoir ? Peut-être. Là aussi on joue sur les mots à mon avis. Ce fut d’abord un mémorial, mais cela n’attirait pas les touristes. Alors va pour « le » Musée Gauguin. Un sérieux coup de pouce de la fondation Singer Solignac, une salle avec des œuvres originales qui s’ajoutait aux quatre espaces existants. Alors on ressort truelles et marteaux, pour la bonne cause, le tout accompagné de pépettes bien sûr (on parle de 92 millions de XPF) et en juin 2016, par ici les touristes ! Manava (mes entrailles), soyez les bienvenus ! Surtout que le Conseil des ministres a adopté un arrêté adaptant les conditions de la licence de transport touristique à l’exploitation des « petits trains routiers » pour des circuits en ville.

timbre tahiti

Le tarif postal local augmente en novembre. Pour une lettre de moins de 20 gr il faudra payer 80 XPF au lieu de 75 XPF. Évolution aussi du système de taxation des colis privés. Les importations non commerciales seront bientôt taxées en fonction du lieu d’achat à défaut de la présentation de la facture. Exemple : un sac fabriqué en France mais acheté par le voyageur aux USA sera taxé forfaitairement à 30%. Une tablette informatique achetée en France mais fabriquée dans un pays non originaire de l’UE sera taxée au taux de 20%. J’ai l’impression qu’on cherche des sous, non ?

Hiata de Tahiti

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Vie quotidienne à Tahiti

Je pars faire quelques courses ce vendredi matin. Je longe le boulevard Pomare.
« Mama ! » Je me retourne, une autre mama marche vers moi et me rejoint. Une ‘mama’ est aux îles une ‘femme d’un certain âge’.
Je dis : « – Ia ora na, mama. Tu me connais ? » ‘ia ora na’ signifie ‘que tu vives’ et sert ici de salut.
« – Aita ! (ça veut dire ‘non’). Ils sont tous fous à Papeete, ils respectent rien. Je suis venue voir mes enfants. Il m’en reste un seul à Rangui(roa), il travaille dans une ferme perlière. J’ai vécu 40 ans ici ; quand j’ai pris ma retraite, je suis partie vivre sur l’atoll, on a une meilleure vie qu’ici. Oia ! (ça veut dire ‘ah, oui’) C’est plus calme, là-bas ! »
Ia ora na par ci, ia ora na par là, ia ora na, ia ora na, la mama salue toutes les personnes que nous croisons.
« – Nana, mama, je te quitte, je vais à la poste (‘nana’ est l’abréviation de ia ora na…)
– nana, mama. »

chapeau tahiti

Après la poste, je suis allée au marché pour acheter mon bouquet hebdomadaire. Je tourne, je vire : celui-ci ? Non, celui-là ? Je me décide enfin. La vendeuse, une petite fille vient vers moi :
« Ia ora na, tu prends celui-ci ?
– E, mauruuru (ça veut dire ‘merci’). Tu n’es pas à l’école, ce matin ?
– Non ! C’est pédagogique !
– Ah bon ! Après les barrages, c’est le pédagogique ! (la grève générale a bloquée Papeete). Tu es en quelle classe ?
– (Entre ses dents) CM 1
– Cela te plaît, tout ce que tu apprends en classe ? » (Pour réponse, un froncement de nez, ça veut dire non.)

boy et mama

Je me dirige vers la discothèque de prêt de la Maison de la Culture. Je vois une personne et son fils qui semblent chercher, puis la mère me demande :
« Ia ora na, mamie,
– ia ora na, ma fille.
– tu sais où il y a de la musique, ici ?
– tu veux quoi, emprunter des disques de musique ? Ou bien des DVD de films pour les emmener à la maison ?
– oui, mamie, c’est lui ! (Elle me désigne un jeune homme, sans doute son fils)
– entre avec moi dans cette salle, tu pourras te renseigner et voir comment emprunter ce que tu cherches.
– mauruuru, mamie. »

Je pars faire quelques achats au supermarché, à côté de mon studio.
« Mama ! C’est où l’hôpital ? »
Celle qui m’interpelle est une mère avec un adolescent en short qui marche à trois mètres derrière elle.
« – l’hôpital Mamao est à l’autre bout de Papeete !
– Mama, ils ont dit ‘c’est tout de suite à gauche’.
– d’abord, tu es sur la droite car tu sors de la clinique Paofai ?
– ia, mama (ça veut dire ‘oui’)
– pas de panique, tu dois faire des analyses ? C’est la clinique Paofai qui t’envoie ?
– ia, mama.
– je te montre. Tu vas jusqu’au bout de cette rue. Tu ne traverses pas. A ta gauche – à ta « main » gauche – tu trouveras l’Institut Mallardé. C’est certainement là que tes analyses doivent se faire.
– mauruuru, mamie ! C’est ça ! »

Le jeune homme s’approche et dit aussi « mauruuru, mamie ». Ils se retournent plusieurs fois pour voir si je les suis du regard. Puis, un geste de la main pour répéter « mauruuru »… On se demande qui cherche quoi, et pour qui : le garçon est-il trop timide pour demander où traiter ce qui le démange ?

En revanche, les Polynésiens ne disent jamais « merci » quand on leur fait un cadeau. Si tu offres quelque chose, c’est que tu veux, moi je ne t’ai rien demandé. Cela peut se comprendre : philosophie maorie ! Mais si vous partez dans une autre île ou un autre pays, il vous réclame de lui rapporter telle ou telle chose. Il est donc cette fois le demandeur. Eh bien, non seulement il ne vous demande pas combien il vous doit, mais en plus, il ne vous dit pas merci ! » Égoïsme moderne ?

Hiata de Tahiti

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David Le Breton, Anthropologie du corps et de la modernité

david le breton atnthropologie du corps et de la modernite
David Le Breton nous offre, dans cette étude de 1990, une étude de l’homme via son corps. Ce fil conducteur est un miroir de la société car toute existence est corporelle. Le corps est une construction symbolique bien avant d’être une réalité en soi.

Avant l’ère moderne, le corps n’était qu’une part du grand tout ; dans les sociétés traditionnelles, le corps ne se distingue pas de la personne. Chez les Canaques, le corps humain est une excroissance du végétal dont il est frère. Dans nos campagnes, les « sorts » ou les pratiques des « guérisseurs » sont du même ordre : le corps n’est qu’une partie d’une communauté humaine. Cette dernière agit sur lui et lui-même est influencé par les forces impersonnelles du cosmos.

Durant le Carnaval, les corps se mêlent en un tout sans tabou, portant la communauté charnelle à l’incandescence ; « tout est permis », impossible de se tenir à l’écart de la ferveur populaire dont on est. La mêlée confuse se moque de tout, des usages, des préceptes et de la religion. Le corps rabelaisien est de ce type « populaire », prémoderne : grotesque, débordant de vitalité, toujours prêt à se mêler à la foule, buvant, bouffant, rotant, pétant, riant (« le rire est le propre de l’homme »). Ce corps-là est indiscernable de ses semblables, ouvert, en contact avec la terre et avec les étoiles, transgressant toutes limites. Ce corps populaire vante tout ce qui ouvre vers l’univers, les orifices où il pénètre, les protubérances qui le frottent : bouche bée, vit raide, seins dressés, gros ventre, nez allumé… Le corps déborde, vit dans la plénitude accouplement, grossesse, bien-manger, besoins naturels. Tout cet inverse qui fait « honte » à la société bourgeoise dont la discipline est le maître-mot.

bacchus rabelaisien

Pour les Chrétiens, l’âme s’en détachait déjà, mais le corps devait renaître intact au Jugement Dernier. D’où le long tabou qui a jeté l’anathème sur toute dissection. L’ère moderne a commencé avec l’anatomie et l’historien du moyen-âge Jacques Le Goff souligne combien les professions « de sang », barbiers, bouchers, bourreaux, sont méprisés. La dissection transgressait le tabou religieux mais faisait avancer la médecine comme le savoir. Le médecin se gardait bien d’ailleurs de toucher au sang, laissant cette impure besogne au barbier. Il gardait la plus grande distance possible entre le corps malade et le savoir médecin (voir Molière).

jambes des filles

La philosophie individualiste, retrouvée des Grecs à la Renaissance et poussée par les marchands qui voyageaient hors des étroites communautés, a « inventé » le visage, miroir de l’âme, signature individuelle, délaissant la bouche, organe avide du contact avec les autres par la parole, le manger, le baiser. Les yeux (re)deviennent les organes du savoir, du détachement, de la distance. Dès le 15ème siècle le portrait, détaché de toute référence religieuse, prend son essor dans la peinture. Le visage est la partie du corps la plus individuelle, la signature de la personne, qui reste d’ailleurs sur notre moderne carte d’identité.

Le corps-curiosité est devenu peu à peu corps-machine, mis en pièce par la dissection de Vésale, mécanique selon Descartes, « animal-machine » que l’âme (distincte) investit pour un temps. Le corps sur le modèle mécanique est désiré par l’industrie naissante comme par les dictatures « démocratiques » qui ont renversé les rois. Usines, écoles, casernes, hôpitaux, prisons, analysés par Michel Foucault, jalonnent l’emprise d’État sur les corps – particulièrement forte en France – « terre de commandement » – et qui demeure dans les esprits (yaka obliger, yaka taxer, yaka sévir). Une anatomie politique est née, d’où nous sommes issus, la structure individualiste fait du corps un ‘sujet’, objet privilégié d’un façonnement et d’une volonté de maîtrise. Le corps moderne implique la coupure avec les autres, avec le cosmos et avec soi-même : on « a » un corps plus qu’on « est » son corps.

torse nu 13 ans

La médecine aujourd’hui tend à considérer le corps comme une tuyauterie susceptible de dysfonctionnements ; le médecin d’hôpital agit comme un garagiste, diagnostiquant la panne et réparant seulement l’organe endommagé. Il vise à soigner la maladie, pas le malade. L’absence d’humain dans cette conception des choses fait que nombre de « patients » se veulent considérés en leur tout et ont recours, pour ce faire, aux « médecines » parallèles, fort peu scientifiques mais nettement plus efficaces en termes psychologiques. C’est pourquoi peuvent cohabiter encore la science la plus avancée et les pratiques chamaniques les plus archaïques.

bonne soeur et seins nus

Le corps réenvahit la vie quotidienne dans les médias, les cours de récréation, les sports extrêmes, les bruits et les odeurs. Le bien-être, le bien-paraître, la passion de l’effort et du risque – mais aussi le narcissisme, le culte de la performance, l’obsession du paraître – sont des soucis modernes. Ce corps imaginé devient un faire-valoir. Il nous faut être en forme, bodybuildé et mangeant bio, soucieux de diététique, nourri aux soins cosmétiques et pratiquant la course ou la glisse, l’escalade ou l’aventure. Plus que jamais, l’individu « paraît » son corps (d’autant plus qu’il « est » moins à l’intérieur).

orgie mode pour jeans

Et pourtant, l’effacement ritualisé subsiste. Je l’ai noté souvent sur les continents étrangers, la répugnance occidentale au « contact » physique est particulière, extrême sur toute la planète. Le handicap physique est angoissant, donc repoussé du regard, ignoré. Exposé plus qu’avant aux regards, le corps « libéré » est aussi escamoté, car seul le corps idéal est offert en pâture ; le corps réel demeure caché, vêtu, honteux. Notamment le corps qui vieillit, qui ne répond plus parfaitement aux nouveaux canons de la mode « jeune » véhiculée par la publicité.

fille seins nus 70s

Il n’y aura véritable « libération » des corps que lorsque le fantasme du corps jeune, beau, lisse, puissant et physiquement sans défauts aura disparu. Nous ne sommes pas tous des Léonardo di Caprio mignons avec la sexualité de Rocco Siffredi, les muscles du gouverneur Schwarzenegger, l’intelligence subtile d’Hannibal Lecter et le cœur humaniste de Philippe Noiret… Mes lectrices remplaceront les noms selon leurs fantasmes ; il paraît d’ailleurs que Brad Pitt remporte la palme, peut-être parce qu’il a des muscles de camionneur et un sourire de gamin.

would you kiss me

Ce pourquoi une vague aspiration pousse la médecine à pallier le réel. Avortement thérapeutique, procréation assistée, clonage, choix des gènes – sont des manipulations du corps qui hantent les fantasmes de perfection et de reproduction narcissique de soi. La peur de la mort encourage les prothèses, les greffes, fait rêver de bionique. Le corps reste présent même en pièces détachées, lorsqu’il doit être « réparé » par des greffes ou mis au monde sans femme.

Écrit aisément, lisible sans être aucunement spécialiste, cultivé et au fait des questions contemporaines sur la médecine, l’hôpital, l’imagerie médicale et l’acharnement thérapeutique, la psychanalyse et les « alternatifs », voici un ouvrage court qui fait penser. Où l’on voit que ce livre d’étude de l’homme, loin d’être réservé aux spécialistes ou cantonné à son univers folklorique, parle de ce qui est le plus actuel : nous-mêmes.

David Le Breton, Anthropologie du corps et de la modernité, 1990, PUF Quadrige 2013, 335 pages, €15.00

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William Faulkner, Si je t’oublie Jérusalem

william faulkner si je t oublie jerusalem
Deux histoires s’entremêlent, celle d’un étudiant en médecine et de son amante mariée, celle d’un grand forçat et de la femme enceinte qu’il a récupérée en barque lors d’une inondation du Mississippi, le Vieux Père. Deux histoires de paradis perdu où la Femme est la tentatrice, le serpent diabolique qui fait sortir des rails ; deux histoires de destin biblique où ce que Dieu a écrit ne peut être transgressé.

Ce roman très américain, assez loin de nos conceptions du monde en Europe, est marqué de l’empreinte juive d’Ancien testament, une force qui vous dépasse, une obsession à l’amour qui vous emporte, des lois suprêmes qui s’appliquent, implacables. Il n’est pas pour moi parmi les meilleurs romans de Faulkner : trop messianique, trop névrosé, trop moralisateur.

Harry et Charlotte se veulent des êtres libres, animés seulement par l’amour ; l’argent ne compte pas, ni le métier qu’ils font, ni le regard social des autres. Sauf que la vie ne supporte pas l’insouciance ; lorsque l’enfant paraît (est sur le point de paraître), tout ce qui fait les nécessités de l’existence se révèle indispensable : l’argent, le métier et le regard social des autres. Médecin inachevé, Harry croit posséder la technique, mais agir sur qui l’on aime inhibe la raison professionnelle : il rate son avortement et fait mourir son amante. Il sera condamné par le peuple avant de l’être par le tribunal provincial, puis par Dieu dans l’au-delà probablement.

Le forçat, lors de la grande inondation du delta, a pour mission de prendre une barque pour aller récupérer les habitants réfugiés dans les arbres. Cette aventure, analogue à celle de l’existence, le fait errer, quasiment se noyer, recueillir une femme enceinte, faire du feu et récupérer de la nourriture pour le bébé – en bref « mener sa barque » pour passer l’épreuve. Tous survivent, mais lui, le grand forçat, n’aspire qu’à retrouver le paradis tranquille de sa vie recluse en pénitencier. Il se rend, accusé d’avoir tenté de s’évader, et en prend pour dix ans de plus.

ramer rockwell kent

« – Les femmes ! Font chier » fit le grand forçat. » Telle est la dernière phrase du livre, celle qui avoue combien le Serpent induit en tentation, combien Lilith fait perdre aux mâles toute raison, combien Faulkner a été tourmenté par sa femme et ses amantes à l’époque de l’écriture.

Harry a refusé la vie, le grand forçat l’a accueillie ; mais aucun des deux n’en veut. Ils sont trop bien entre hommes, en hôpital réglé comme un monastère ou en pénitencier sécurisé. Malgré la femme et la fornication, chacun aspire à retourner au ventre maternel où tout est réglé pour vous. Comme c’était mieux avant ! Quand aucune responsabilité n’exigeait d’eux la décision et le courage. La liberté est une prison ; la prison rend libre. C’est ce que clamait Sartre sous l’Occupation (ce chantre de l’Engagement qui ne fut « résistant » qu’à la toute dernière heure) ; c’est ce qu’ironisait George Orwell du modèle soviétique dans 1984 : la liberté c’est l’esclavage !

« Si je t’oublie, Jérusalem », chantaient les Hébreux dans les geôles et l’exil à Babylone, selon le Psaume 137. Faulkner avait voulu ce titre pour l’entrelacs des deux histoires sans rapports apparents, Les Palmiers sauvages et Le Vieux Père, mais l’éditeur américain a choisi initialement les palmiers. Il est vrai que l’arbre sec, obstinément tendu vers le soleil contre cyclones et inondations, est une métaphore du vieux Sud. Mais vouloir vivre obstinément, n’est-ce pas orgueil insupportable à la face de Dieu pour les croyants trop raides ? « Cela dépasse les bornes ! Il y a des règles, des limites ! À la fornication, à l’adultère, à l’avortement, au crime – et ce qu’il voulait dire était – À la part d’amour, de passion et de tragédie qui est accordée à chacun à moins de devenir comme Dieu Qui a souffert également tout ce que Satan a pu connaître » p.201 Pléiade.

Pas trop long malgré quelques longueurs, violemment misogyne malgré ses beaux caractères de femmes, ancré dans la boue sudiste comme dans l’âme rigide et donneuse de leçon de ses habitants, ce roman faulknérien en diable peut encore se lire, surtout pour comprendre tout ce qui nous sépare aujourd’hui de ces modernes Texans et sudistes, lecteurs de Bible.

William Faulkner, Si je t’oublie Jérusalem (The Wild Palms), 1939, Gallimard L’Imaginaire 2001, 364 pages, €9.90
William Faulkner, Œuvres romanesques tome 3, Gallimard Pléiade, 2000, 1212 pages, €66.00

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Insolite sociétal à Paris

Phénomène de société, venu des pays anglo-saxons, cette mode des cadenas d’amour sur le pont des arts (et désormais alentours) à Paris. En 2010, rares exhibitions, en 2013, profusion. Et quand les grilles des ponts seront pleines ?

cadenas ponts de paris 2010 et 2013

Affinités électives d’un goût douteux près de l’hôpital Cochin : les Pompes funèbres en embuscade !

pompes funebre devant hopital cochin paris

Mais les bobos sont plus légers, qui transforment une antique pharmacie en magasin de fringues branchées, rue Soufflot.

pharmacie mode place pantheon

Alors que l’art de rue rappelle que tous finissent rongés jusqu’à l’os, les grilles d’égout étant le poumon de la ville…

squelette de rue paris

Profitez du jour qui vient car les roses ne durent que l’espace d’un matin. Autant montrer ses seins lorsqu’il en est encore temps – même au ski, ce loisir de bobo par excellence.

ski seins nus a paris

On laissera les gamins, trop jeunes pour faire ça, lire « Mes amis à poils ». Et tant pis pour les pisse-froid à la Copé.

mes amis a poil

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Paris insolite de la Sorbonne à l’Observatoire

En face de la Sorbonne, entrée rue des Écoles, Montaigne sourit aux passants. Il a la pantoufle toute brillante de leurs caresses ! Il en a vu, ce sceptique, et il a raison de l’être – au vu de la Morale socialiste quand elle est en actes (DSK et les filles, l’écolote parigote et Cahuzac avec leurs comptes en Suisse, le trésorier de la campagne Hollande et ses amis caïmans, les pépés Guérini, le détournement des subventions socialistes des Bouches-du-Rhône…). L’époque Montaigne était aux guerres de religion, la nôtre aux guerres des moralismes – le plus moral n’étant pas celui qui le dit le plus fort ! Moi, Président de la République… quel blabla !

Paris montaigne square paul painleve

Car l’université de Sorbonne n’a pas que du classique à montrer. Rue Cujas, demeure un vestige de la scatologie mai 68 : ce hall très laid, béton années 60 et monumental moderne (le pire !), est couvert de graffiti et d’affiches à demi-déchirées. Lèpre universitaire qui montre bien jusqu’où la dégradation est allée. Les dessous parisiens ne sont décidément jamais très propres, pas plus sur les trottoirs qu’en politique ou dans les âmes…

Paris rue cujas hall paris 1

Le Panthéon (en grave restauration) reste cette église voulue par Louis XV pour sainte Geneviève puis « nationalisée » par la laïcité révolutionnaire pour imiter l’Angleterre en la dédiant aux « grands hommes » (deux femmes seulement, Sophie Berthelot et Marie Curie – il faut dire qu’elles n’ont pas toujours la bonne taille). On aurait pu mettre Jeanne d’Arc, mais elle a disparu en fumée. Qui d’autre ? Marguerite Yourcenar ? Elle n’aurait pas voulu. On cherche. Il y aura peut-être bientôt Brigitte Bardot…

Paris pantheon

Poursuivons rue Saint-Jacques : après la plaque à Jean de Meung, auteur immortel mais quasi inconnu du Roman de la Rose au XIIIème siècle, la SEDIREP, librairie Matsuru des férus d’arts martiaux.

Paris sedirep rue st jacques

Traversez la rue Gay Lussac (qui n’était pas gay bien qu’il ait travaillé côté physique). S’y élève l’église Saint-Jacques du Haut Pas, première étape – mais oui ! – du chemin de Compostelle. Les théophilanthropes l’ont utilisée comme lieu de culte en 1797. Ce n’est pas parce qu’on est sans culottes qu’on est aussi sans morale (même si tout ça échoue en 1803). Juste au coin, tournez à droite rue de l’Abbé de l’Épée, un beau nom adapté au PC du Colonel Fabien, pseudo de Pierre Georges. Ce militant résistant, communiste à 14 ans, engagé dans les Brigades internationales en Espagne à 17 ans, tueur de l’aspirant Moser au métro Barbès en 1941, pris puis évadé, devient le chef des FTP pour le sud de l’île de France. Il appelle à l’insurrection parisienne, fait la jonction avec l’armée Leclerc, mais est tué par une mine qu’il avait voulu examiner de trop près vers Mulhouse, en 1944.

Paris rue abbe de l epee pc colonel fabien

Par une perspective, vue sur la coupole du Val de Grâce, « l’hôpital de ces malades qui nous gouvernent », titrait Le Monde en 2007. De Gaulle, Pompidou, Mitterrand, Chirac, Raffarin, y furent soignés entre autres. Plus Arafat et Bouteflika, qui ne nous gouvernent pas mais bénéficient des privilèges des ex-colonisateurs.

Paris rue du val de grace

A Port-Royal, devant la grille des jardins de l’Observatoire, une plaque de bronze sur socle de béton trace la « méridienne verte » de l’an 2000, de Barcelone à Dunkerque. Cette « performance » de l’architecte Paul Chametov matérialise le méridien de Paris qui traverse la France du Nord au Sud.

Paris meridienne verte jardin de l'observatoire

La fontaine de l’Observatoire exhibe un ensemble en bronze, un globe terrestre de Legrain soutenu par des femmes à poil de Jean-Baptiste Carpeaux et flanqué de chevaux marins d’Emmanuel Frémiet datant de fin 19ème. Pour la suite, en allant vers le Sénat, beaucoup de marbres nus représentent la nuit, le jour, l’aurore…

Paris femmes a poil jardin de l observatoire

Le Sénat est désert en ce printemps tardif, les pelouses « au repos » et les sénateurs assoupis au moment de se pencher sur la loi gay. Le contrevenant qui piétine la pelouse de ses grosses rangers sur la photo est un gardien – il prend tous les droits, comme ceux qui ont n’importe quel minuscule pouvoir à leur portée.

Paris senat jardin du luxembourg

Traversons le jardin d’un train de sénateur jusqu’à la sortie « musée » où la queue des bobos et des provinciaux atteint « plus d’1 h » comme indiqué sur un panneau. Il faut dire que le musée du Luxembourg expose ce printemps Chagall, peintre religieux et juif, mort centenaire en 1985. Mais il vaut mieux venir le matin… En face, la rue Férou où l’on dit qu’habite Claude Bébéar, polytechnicien créateur d’Axa. On dit aussi dans les milieux bien informés qu’il est le « parrain » du capitalisme français. Sur un mur aveugle, le Bateau ivre de Rimbaud imprimé par une fondation. Pourquoi ce tag ? Parce que le poème a été pour la première fois déclamé des fenêtres d’un café tout proche. L’adolescent avait 17 ans.

Paris rimbaud rue ferou

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Tahiti politique

Administrative, politique, culturelle ? Tous menteurs. Qui est le plus grand menteur ? Oscar  Temaru président du gouvernement « C’est le rôle essentiel de l’homme politique que d’aller vers son peuple » ; Teina Maraeura de Te mana o te mau motu « Tout le monde est déjà parti en campagne électorale » ; Édouard Fritch, député, du Tahoeraa « Oscar se sent affaibli par son immobilisme » ; Armelle Merceron de Ia ora te fenua « L’UPLD est prise à son propre piège ». Un petit rappel : Temaru c’est l’UPLD, parti indépendantiste ; Maraeura, îlien,  qui bascule entre les deux partis d’Oscar et de Flosse, là où ça rapporte le plus ; Fritch c’est le parti de Gaston Flosse, autonomiste ; Merceron était pour Flosse maintenant appartient à un parti dissident mais toujours autonomiste. Les Bleus n’avouent pas qu’ils sont à la recherche des voix pour les prochaines élections territoriales, ce ne sont que des rencontres entre le gouvernement et la population.

oscar temaru

Le cirque a débuté, non pardon, le « Temaru tour » a commencé à la presqu’ile, mais à peine cent personnes pour applaudir les soliloques des gouvernants. Pour un match de boxe il y a plus de monde. Le bla bla bla a eu son temps, ici on dit le chalala, même traduction : Rien. Comme on a rien à dire, ce sont les stands d’« information » qui ont recueilli le plus de curieux. Ici on dit, « faire le curieux ». Parole, parole chantait Dalida si je ne me trompe, Oscar Tane d’ajouter « nous ne pouvons pas faire de miracle ». Alors serait-ce, rien ne créé rien ? Sinon, pardonnez à une sénile, maururu.

ORCHIDEES

La majorité d’Oscar se fissure. Les chiffres ne sont pas bons. Les recettes fiscales ? On a beau voir les films, les projections sont médiocres en terme de recettes fiscales. Au 31 août 2012, 55,5 MMF. La fiscalité indirecte s’affiche à 40 MMF contre 39 MMF en 2011. La fiscalité directe décroît de 631 MF pour une recette de 15,5 MMF. En fin d’année elle sera en retrait de 3,5 MMF. La TVA, on se projette à 36 milliards de FCP. Tout cela n’est pas très bon. Le coup de grâce vient d’être porté par les Iliens  qui ont mis KO le projet de loi sur la concurrence. Pourrait-on expliquer ce lâchage des Iliens au gouvernement UPLD par l’approche des élections territoriales de 2013 ?

PAPAYES POPA'A

Savez-vous planter des choux ? C’est bientôt les élections territoriales. Oscar Tane a bien essayé de demander à Hollande, son ami, de reporter sine die les élections… Aux toutes dernières nouvelles il aurait à moitié réussi, celles-ci se tiendront en avril/mai, elles devaient se tenir en janvier 2013 ! Alors les Bleus (Indépendantistes) font une tournée pour vanter leurs résultats ! On irait voir le peuple pour l’écouter, mais ce sont de longs soliloques à écouter pour les gens qui osent s’aventurer dans ces réunions. Tout va bien selon les Bleus, et tout irait encore mieux si nous étions réélus. Bien sûr si le collège de Teva I Uta n’a pas été construit, c’est la faute à l’Etat. Nous avons entendu d’autre son de cloche par la bouche de l’ancien haut-commissaire et du tavana hau! Si les communes ont la caisse vide, c’est la faute à l’Etat, sauf que le Pays n’a pas versé sa part… aux communes, c’est la faute à l’Etat. Mensonge, mensonge.

Alors les Bleus annoncent la construction d’un nouvel hôpital à Taravao. Bravo ! Mais comment  édifier un tel bâtiment quand on n’a pas un franc dans la caisse ? Vous avez sûrement une solution, non ? Le bassin de Taravao pris en charge par l’hôpital est de 43 000 personnes, les urgences assurent 12 000 consultations/an, une centaine de sorties Smur. Sur 800/900 femmes de la presqu’île qui mènent une grossesse, plus d’une vingtaine accouchent opportunément chaque année aux urgences de Taravao. Alors Mesdames vous ne pourriez pas « retenir » cette arrivée de bébé jusqu’à l’hôpital du Taone qui n’est qu’à 60 km de Taravao par une route encombrée et bloquée à certaines heures de la journée, quand même !

La ville de Taravao et toute la presqu’île continuent de se peupler, on ne cesse d’y construire des  habitations. Par contre on construit des magasins hypers. Auparavant il y avait un petit Champion, un grand Champion qui appartiennent à Carrefour propriété de Wan, le frère de celui des perles Robert Wan. Début novembre, ce monsieur inaugurera un Carrefour nouveau à l’entrée de Taravao en venant de Papeari, et son concurrent Hyper U inaugurera en décembre le complexe concurrent. C’est super nous pourrons rester dans notre campagne pour faire les courses et en plus nous aurons l’embarras du choix. Hurrah !

Ainsi va la vie sous les tropiques. Portez-vous bien.

Hiata de Tahiti

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Premier tour et démagogie Tahiti

Résultat des élections présidentielles 1er tour à Tahiti :

  • Teva i uta : Inscrits 6371 ; Votants 3009 ; Sarko 1411 ; Hollande 878 ;
  • Iles du vent : Inscrits 135800 ; Votants 65867 ; Sarko 29125 ; Hollande 19437 ;
  • Iles sous le vent : Inscrits 26021 ; votants 12591 ; Sarko 5749 ; Hollande 4635 ;
  • Tuamotu Gambier : Inscrits 12689 ; votants 6452 ; Sarko 2814 ; Hollande 2190 ;
  • Marquises : Inscrits 6897 ; votants 4092 ; Sarko 1463 ; Hollande 1690.

Mauvais résultat global pour Hollande à cause de l’association (volontaire ou pas) du Tavini : Hollande = Indépendance !

Synthèse publiée dans les ‘Nouvelles’ : « contrairement à ses résultats nationaux François Hollande n’arrive qu’en deuxième position en Polynésie avec 32,43% des votes, derrière Nicolas Sarkozy et ses 45,21%. Oscar Temaru et le Tavini n’ont pas réussi à faire adhérer les électeurs polynésiens au vote socialiste, quand en 2007, la candidature PS récoltait 41,68% des suffrages au 1er tour. Couplé à la faible participation (49,35%), ce premier tour sonne comme un désaveu pour la stratégie du leader indépendantiste, à l’orée des législatives en juin, et des territoriales six mois après. »

Puisque malgré mes prières vous n’avez rien donné au gouvernement polynésien, alors après s’être abimé les ongles à gratter les fonds de tiroirs, il a œuvré :

  • un coup de pouce aux factures d’électricité ;
  • taxe de 1% sur les appareils électriques ;
  • 5 à 60% sur les cigarettes, cigares et cigarillos ;
  • 5 à 20% sur les alcools ;
  • taxes sur les produits originaires d’Europe, 2 à 4% sur les produits alimentaires et produits corporels, 8% sur les sucreries ;
  • 5% sur les colis postaux compris entre 10001 et 30000 FCP (style la Redoute, Amazon, Fnac), l’essence.

Les relations avec l’État se tendent chaque jour davantage. L’élu de Hitia, mi Père Fouettard, mi Père Noël siège toujours au perchoir, là il peut s’exprimer, empêcher les Autres de s’exprimer, mais surtout imposer ses règles. L’habitat social ? 2,8 milliards d’impayés depuis plus de 20 ans alors le ministre actuel a proposé un remboursement de ces loyers impayés sur 100 (cent) ans… Pauvres jeunes, encore une facture qui leur échoie ! Revenu d’Australie, le ministre du tourisme aussi président du pays était attendu sur l’avenir économique du Pays, il a très vite digressé (dixit les journaux) sur la décolonisation, évoquant le cancer de la France pour expliquer la maladie dont souffre selon lui le Pei. Et de continuer à déblatérer sur Sarkozy. Oscar Temaru indique que si les Anglais ne viennent pas à Tahiti, c’est la faute aux… à qui ? je n’entends pas… Gagné ! aux Français évidemment. Quand on veut noyer son chien, on l’accuse de la rage. Pitoyable !

L’administration est sous la loupe de la Chambre territoriale des comptes (CTC). Alors ils ont fait les comptes et ce n’est pas bon du tout. La crise n’est pas responsable au fenua, il faut regarder en arrière. L’administration est devenue un mammouth ingérable. En 2004, il y avait 5322 agents, toutes catégories confondues. En 2010, 455 de plus ! Avec un ratio d’encadrement toujours aussi faible. Multiplicité des structures, morcellement des missions, doublons, interventions publiques sans stratégie, cela a coûté très cher et continue de coûter. On transfère, on soutient « ses satellites » : ATN, TNR, TNTV, GIE Tahiti Tourisme…

On soutient par démagogie les denrées alimentaires de base et l’essence, on atteint ainsi 52,6% des dépenses réelles de fonctionnement en 2008. On coule ! La défiscalisation, il faudrait revoir ce dispositif. Les SEM et satellites sont très coûteux. La CTC rapporte qu’en 2009 12 milliards ont été versés à ces organismes, toujours en hausse par rapport à 2008. Cette dépense représente 400 000 FCP par habitant en 2010. Le nombre d’agents est très important soit 28,3% de la dépense de fonctionnement en 2004 et 30% en 2010. Le manque de qualification du personnel et le nombre très élevé d’emplois « occupationnels » ne permettent pas à la collectivité de s’adapter rapidement aux critères d’une administration moderne.

La DGDE (dotation globale pour le développement économique) était initialement une subvention d’investissement libre d’emploi. Elle a été, à compter de 2005, employée pour le fonctionnement dans des conditions non-conformes. Des avenants et contre avenants avaient permis de détourner la DGDE de sa mission initiale pour combler les brèches des finances publiques en berne. Pas d’épargne et des emprunts toxiques fragilisent encore plus le Pei. Telle est l’analyse de la gestion des finances du Pei passée au crible (2005/2010) par la Chambre Territoriale des Comptes.

Un exemple parmi d’innombrables : l’Hospitel était un hôtel des familles qui accueillait à Pirae des patients venus des îles et leurs accompagnateurs… il est fermé ! La direction du CHPF louait ce bâtiment à l’EAD mais il n’était que peu rempli, pourtant à proximité de l’hôpital du Taaone. Il se composait de 63 chambres, lieu convivial, ouvert en juin 2011. Surdimensionné il avait coûté la bagatelle de 560 millions de FCP et était loué par l’hôpital 3,65 millions de FCP/mois. Très souvent ici les projets sont menés en dépit du bon sens. Mais, car il y a un mais, la Caisse d’assurance maladie avait maintenu les conventions passées avec six pensions de famille à qui l’hospitel faisait concurrence ! Et le directeur de la CPS (SS locale) d’ajouter que les gens des pensions avaient fait des investissements, et que si les conventions étaient retirées, ces personnes seraient au chômage. Y aurait-il par le plus grand des hasards quelques liens de famille avec les gens de la CPS ? Ben, on aurait pas pu y réfléchir avant de construire cet hospitel ?

Autre exemple, l’inauguration en grande pompe de la nouvelle gare maritime, le jour J. Ben c’est pas concluant et, pour reprendre les propos d’un usager, « tu descends, tu montes, tu descends et tu payes ! » Rien n’est vraiment prêt, les nouveaux embarquements ont eu plus d’une heure de retard… la panique quoi. A l’abordage ! Pour l’abonnement mensuel on passe de 30 000 FCP à 41 200 FCP, ça fait 20% d’augmentation. Pour les étrangers au pays, les gens de Moorea et les élèves viennent tous les jours à Papeete par ces navettes. L’armateur s’est bien servi en comptant 6 jours, du lundi au samedi aller-retour alors qu’un grand nombre de gens de Moorea ne rallient pas la capitale le week-end. Ben, il n’y a pas de petits profits, surtout quand on est seul sur la ligne.

Pour ceux que cela fait vibrer, un rapport de l’Agence française de développement est consultable sur son site. Vous y trouverez ce qui se rapporte à l’économie de ce petit pays, de l’interventionnisme public…

C’étaient les élucubrations du mois d’avril 2012 d’une popaa exilée en Polynésie française.

Portez-vous bien

Hiata de Tahiti

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Maladies et maux sociaux à Tahiti

Atation ! (attention en prononciation locale), la leptospirose guette en ce début d’année très pluvieuse. Chaque année, cette maladie fait entre 2 et 5 morts en Polynésie. Transmise par l’urine animale, cette bactérie vit dans l’eau stagnante et la boue. La maladie débute comme une grippe avec une forte fièvre, mal à la tête et douleurs musculaires font penser à la dengue. Pas soigné, le microbe peut s’attaquer au foie, aux reins, d’autres complications apparaissent (jaunisse, insuffisance rénale, signes oculaires, cardiaques ou pulmonaires, hémorragies). Alors attention, sinon… « Aiiia Madame, moi sais pas marcher avec sossures… »

En 1914, on a ouvert une léproserie dans la vallée d’Orofara, sur la côte Est de Tahiti, commune de Mahina. Les malades étaient soignés par des diaconesses protestantes. Le village comprenait une église, un temple, un magasin, deux réfectoires, une cuisine commune, un lavoir-séchoir, une infirmerie, une école et son institutrice. Tous les services étaient tenus par les lépreux. La salle de soins était tenue par du personnel métropolitain venu en mission. Les logements de 7 m sur 3 comportaient 2 chambres et un WC. Ils étaient désinfectés régulièrement. Au fond de la vallée, le cimetière des lépreux, aujourd’hui abandonné. Dame Nature offrait mangues, uru, bananiers, tubercules. En 1920, Orofara comptait 83 pensionnaires, en 1933, 133, en 1939, 90. Au milieu des années 1950, la maladie était en voie de régression, voire de disparition. La lèpre, une maladie infectieuse peu contagieuse, mais très mutilante.

Hausse modérée de la délinquance 2011 : +1,3%. A la hausse : les escroqueries, infractions économiques et financières (+40%), les vols à l’étalage (+40%), les coups et blessures volontaires (+10%), les violences sexuelles (+4,6%) les infractions à la législation sur les stups (+20,3%). Mais le pakalolo (lait de cannabis) reste au cœur des crimes malgré la destruction de 63 642 pieds de paka. On cambriole un fare, on s’empare d’un ordinateur et on l’échange contre une boîte de quelques grammes de paka ! Inquiétante tendance, le nombre de mineurs interpellés pour usage de stupéfiants en 2011 est en hausse de 66%. L’an passé, un enfant d’une dizaine d’années avait été trouvé porteur de pakalolo qu’il revendait pour le compte de ses parents.

Toujours plus d’habitants dans le bassin de Taravao. Au moins un quart, voire plus, de la population de Tahiti habite ici mais l’offre de santé de suit pas. Le gros problème c’est l’hôpital. Il est vétuste, manque de personnel. Pas de maternité. Il est courant que les sages-femmes assurent seules des accouchements « bord de route ». L’hôpital ne serait pas vraiment un hôpital, il aurait un statut bâtard et doté de moyens insuffisants.

Une page de la nuit se tourne à Papeete. Le Piano bar de la rue des Écoles, ouvert dans les années 60 par des légionnaires, avait gagné ses lettres de noblesse nocturnes à l’heure du CEP. Il change de concept. Indiqué dans tous les guides de voyage il tenait surtout au fait que le lieu de plaisir fut rapidement investi par les travestis, puis les raerae plus tard. Les militaires étaient là, l’argent aussi, les contrôles routiers absents, la fête battait son plein jusqu’au milieu des années 2000. Les travestis devenus pour la plupart transsexuels ont participé à la notoriété de l’établissement. Chaque année avait lieu l’élection de Miss Piano bar. Les shows des raerae sont finis, place aux sons de DJs.

Hiata de Tahiti

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Champignon polynésien

L’hôpital Mamao (Papeete) a fermé ces portes. Le matériel et les malades ont été transférés à l’hôpital du Taone (Pirae). La mégalo-ma’ohi a accouché d’un magnifique, gigantesque, moderne mais surdimensionné paquebot qui a coûté une fortune. Certain rêveur y voyait soigner tous les habitants du Pacifique sud, rien que cela. Le hall intérieur est splendide, à vous de juger.

La Polynésie est le royaume des fleurs. Fleurs en colliers pour accueillir les amies ; fleurs en couronne de tête ; fleurs au jardin ; fleurs au cimetière ; fleurs partout y compris dans les toilettes des restaurants et hôtels comme ici.

Quelle heureuse surprise de trouver de beaux champignons dans le gazon. Je rêve d’une succulente omelette aux champignons…

Mais qui pourrait me dire si ce champignon est comestible ou mortel ? Quelqu’un connaît son nom ? Serait-ce une fausse morille ?

[Et pourquoi « fausse » d’ailleurs ? ça change en tout cas des champignons atomiques dont on parle beaucoup à Tahiti – Argoul]

Hiata de Tahiti

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Virginie Ducoulombier, A chacun ses petits bonheurs

Article repris sur Paperblog.

Virginie aime les gens. Elle les écoute, les regarde, les ressent.

Des années elle a tenu vaguement un blog sur lemonde.fr, ce pourquoi je la connais personnellement. Mais les liens du monde.fr se sont effilochés, comme le journal lui-même qui ne sait plus sur quel sein se dévouer (comme disait un vieux client…).

Alors Virginie s’exprime autrement. Un peu rétive à fesses-book, où règne le superficiel sauf entre gens qui se connaissent vraiment, elle écrit. (Mais vous pouvez l’y retrouver quand même). Toujours le dessin avec la plume. Après tout, une plume sert à tout. Venant d’oiseau, elle aide à s’envoler.

« A la fin des années 60, une adolescente est hospitalisée dans un institut tenu par des religieuses », allèche-t-elle. La fille est atteinte d’une scoliose évolutive qui va la tenir 18 mois clouée sur un lit d’hôpital. Mais vaut-il mieux souffrir de suite un peu plus ou à petit feu toute sa vie ?

Cette grave question va l’occuper, aidée par le carnet de citations que lui a confié son petit frère. Car on est pas seul dans la vie, il suffit de tisser des liens. Ne pas s’enfermer dans son carcan d’égoïsme ou de souffrance. Lutter. Pour vivre.

Au texte simple qui remue les grandes questions répond le dessin tout de tendresse. Son parti-pris comics aide à avaler l’émotion. Il fait partie intégrante de l’expression.

Le livre est publié depuis le 4 mars aux éditions de la Vaguelance, en réalité une autoédition via lulu.com. Les auteurs y sont rémunérés mieux (dans les 30%) que chez les vieux éditeurs (dans les 8%) et en direct, pas deux ans après ! Avec une vraie reliure souple, dos carré-collé et encre intérieure en noir & blanc.

Vous pouvez le commander, l’offrir ou même le télécharger pour le prix d’une Indignation (mais c’est nettement plus vaste et plus durable…).

Virginie Ducoulombier, A chacun ses petits bonheurs, mars 2011, éditions de la Vaguelance, 152 pages, €10 en vrai livre dimensions 10.8×17.5 cm ou €4 en téléchargement PDF.

Des cartes postales tirées du livre « A chacun ses petits Bonheurs » sont en vente à un euro pièce au profit de la fondation Cotrel, Institut de France. Les droits du livres ont été donnés à la fondation Cotrel. Tous les fonds iront à la recherche sur les pathologies du rachis.
http://fondationcotrel.org/sites/default/files/bon_de_commande_petits_bonheurs2.pdf
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Être malade à Tahiti

J. est malade, il souffre le martyre depuis plus de huit jours, ne peut plus se lever sans hurler de douleur. Nous avons réussi à le faire hospitaliser en utilisant l’ambulance des pompiers, les routes sont une torture de plus pour le dos de J. Les quelques kilomètres séparent son domicile de l’hôpital ressemblent à la montée au calvaire. Des larmes pointent de ses yeux, ses doigts se crispent sur le brancard. Enfin dans un lit avec une poche de morphine. Ses nerfs lâchent, il craque et éclate en sanglots. L’hôpital, ici en Polynésie, est un lieu très particulier. On y entre à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, on bise les infirmières et les aides-soignantes qui sont cousins avec les malades. Ce matin, V. préoccupée part à 3 heures du matin rendre visite à son frère de lait. Ici, à la presqu’île, c’est le bout du monde. Chut ! Ne le dîtes pas car il paraît que dans le nouvel hôpital du Taone, c’est très strict… ouille, ouille, ouille.

C’est fait. Hier, avec V. nous avons parcouru les couloirs, les halls, les parkings du nouvel hôpital à la recherche du service de réanimation où se trouvait une connaissance de V. L’immeuble gigantesque en forme de nef de bateau est magnifique mais les indications pour trouver les services laissent à désirer. Durant un quart d’heure nous avons arpenté les lieux, questionné les infirmières, les malades rencontrés… pour finalement utiliser le téléphone portable et qu’on vienne nous chercher ! Quand nous sommes arrivées enfin, le malade était en soins car il avait arraché toute la tuyauterie qui le reliait aux machines.

Le manguier (vi popaa ou mangifera indica) fut introduit pour la première fois à Tahiti en 1848 par M. le contre-amiral Le Goarant de Tromelin. Les indigènes avaient remarqué la ressemblance de ses fruits avec ceux de Spondias dulcis (Vi Tahiti ou Pomme Cythère) ; ils les baptisèrent donc Vi Popa’a (Vi étranger), ce nom a été conservé. Les principales variétés de mangues récoltées à Tahiti sont pour les mangues greffées : la mangue Mission ; pour les mangues non greffées : atoni, huehue, maaro, ohurepio, opureva, painapo, tuea, tutehau. Déjà je vous avais parlé des mangues atoni d’E : une odeur merveilleuse mais beaucoup de fibres ; des mangues ohurepio de V. qui sont pour moi les meilleures ; et pour faire du pur jus de mangues pour notre malade J. nous avons décidé d’aller ramasser des mangues huehue. Deux énormes manguiers se trouvent dans le cimetière du haut. Nous nous étions munis de seaux. Arrivées sur place, il y avait des ouvriers qui travaillaient dans le cimetière.

V. me dit : « moi je vais aller parler et distraire les ouvriers pendant que tu seras ainsi libre d’emplir les seaux de mangues. Ils pourraient se demander ce que je fais tandis qu’une popa’a qui ramasse des mangues ne leur paraîtra pas bizarre… » Ainsi fut fait ! De retour à la maison, épluchages des mangues huehue… j’ai tiré 4,5 litres d’un succulent jus dont nous nous sommes régalés.

A 6 heures du matin départ pour l’hôpital nous portons à J. ce jus de mangues tout frais. L’histoire a déjà fait le tour des familles proches ! La mangue est une source de carotène (provitamine A), d’acide ascorbique (vitamine C) et de vitamines du groupe B. Le manguier est également une plante médicinale : la peau du fruit mûr a des propriétés antihémorragiques ; le noyau contient une amande amère, astringente, riche en acide gallique ; l’écorce du tronc, riche en tanins, est utilisée, en décoction pour faire des injections anti-leucorrhéiques ; la résine noire qui exsude du tronc, mélangée à du jus de citron, est employée en frictions contre la gale ; et en Polynésie le tronc est très apprécié pour la construction de pirogues. Mais pour tailler votre pirogue attendez un peu que l’arbre grandisse !

Hiata prend congé provisoirement, rendez-vous fin janvier.

Ia ora na i teie Noera e ia maitai’ i teie matahiti ‘api 2011

Hiata

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Niu niu a Hiata

La, la, la ! plus d’eau distribuée au robinet depuis ce matin ; il est 21 heures et toujours rien, il n’y a plus d’espoir, il n’y a plus d’espoir. Les habitants n’avaient pas été prévenus. Le cocasse est dans le Vaima parce que c’est grâce au Vaima que l’eau coule dans les fare du district de Teva I Uta et c’est la municipalité qui possède la source d’eau sur son territoire qui en est privée. Ce pourrait être une vendetta ? La mairesse a perdu sa majorité à cause des représentants de Clochemerle sur Vaima… La chaleur use les organismes, les orages sont fréquents. Les victimes ? Les punis ? Les habitants de Clochemerle sur Vaima qui n’ont pu faire leur lessive, qui n’ont pu faire la cuisine, qui n’ont pu laver la vaisselle, qui n’ont pu prendre leur douche. Je me suis enfuie chez mon ami E. La douche était délicieuse… Cela a encore duré deux jours avant que l’eau ne revienne jaillir dans les lavabos, douche et évier, avant que l’on ne puisse faire bénéficier les plantes du jardin potager. C’était une grosse canalisation qui avait été malmenée par un engin de chantier qui travaillait sur un terrassement.

La poule aux 7 poussins a déserté ; elle a été séduite par un amant au plumage magnifique. Les poussins ont grandi mais ont gardé en mémoire le chemin qui mène au ma’a. Ils viennent piailler et réclamer leur ration de riz, de pain et autres reliefs de repas. La table est si généreuse qu’une autre poule avec 4 enfants vient elle aussi réclamer et impose sa smala au détriment de nos 7 neveux orphelins ! Et ce matin une cane est venue nous présenter ses 3 canetons. Que de becs à nourrir !

Le rau, vous connaissez ? C’est le médicament préparé à base de plantes dont les recettes sont jalousement gardées par les Anciens. L. ce jeudi matin, a préparé avec l’aide du rau de sa mère une potion pour soulager les maux de J. Voilà 30 ans que Mamy I. a reçu ce rau de Huahine (Iles sous le Vent) sans en connaître la recette. Pour faire durer ses qualités, il suffit de rajouter régulièrement du haari oviri (eau de coco vert). Vous avez fracture, foulure ? Appliquez des compresses imbibées de ce rau plusieurs fois par jour et buvez-en un fond de verre durant trois jours. Les os brisés se rapprochent en faisant des craquements et se ressoudent ! Mamy I. m’a introduite auprès de personnes ayant eu les os ressoudés grâce à son rau, y compris son propre fils. Croyez ou ne croyez pas mes propos mais c’est réel et stupéfiant. Mais L. n’a pas pris garde en sortant ce rau du réfrigérateur et le bouchon de plastique lui a sauté dans l’œil. La déflagration était violente. L’œil est sévèrement touché, la cornée et la rétine pourraient avoir été sévèrement atteintes.

Que ce soit en français, en tahitien ou en latin, vous savez que le pacayer, cet arbre fruitier appelé pakai ou inga edulis, est originaire du Brésil et qu’il est très répandu à Tahiti. Les feuilles sont particulières et les fruits qui mûrissent en décembre sont des gousses volumineuses, arquées, portant 4 arêtes saillantes.

Les graines noires sont noyées dans une pulpe blanche, sucrée, de consistance cotonneuse qui représente la partie comestible. Faites comme les enfants, régalez-vous. Une autre précision, le pacayer appartient à la famille des Légumineuses et à la sous-famille des Mimosoidées.

Hiata de Tahiti

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