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Histoire illustrée de l’informatique

Un informaticien de Paris-Dauphine et un historien de Paris-Sorbonne se conjuguent pour livrer au public une histoire illustrée avec bibliographie, liste des musées et index. Dommage que la préface se place avant le sommaire, ce qui oblige à farfouiller pour savoir avant d’acheter ce qu’il y a dedans, que les caractères microscopiques soient pour des yeux de moins de 40 ans et que le format allongé soit peu commode pour la lecture comme pour la bibliothèque. Mais qui se soucie de ces détails parmi les allumés des algorithmes ?

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L’antiquité prend 14 pages, la modernité mécanique 24, le début du XXe siècle 18, les premiers ordinateurs 32 pages, les gros systèmes 48 pages, les micro-ordinateurs 36 pages, la microinformatique 40 pages et l’ère des réseaux 27 pages. Ces 8 parties résument toute l’histoire… dont on voit aisément que le siècle dernier occupe 80% de l’ensemble.

Mais l’on apprend que l’on comptait déjà 4000 ans avant notre ère en Mésopotamie (tablettes) et que le calcul informatique commence dès les doigts d’une main avant de s’élaborer en mathématique. La computation ne se met en système qu’à l’aide des symboles et de la logique. Si l’on peut dire que compter est la chose du monde la mieux partagée, le mécanisme d’Anticythère (île grecque) datant du IIe siècle avant, « modélisant le cours des astres à l’aide de plus d’une trentaine d’engrenages », représente probablement le premier proto-ordinateur au monde. Presque mille ans plus tard, c’est le musulman ouzbek Al-Khwarizmi qui donnera son nom aux algorithmes « en explicitant les étapes nécessaires au calcul des racines », « début de l’algèbre (mot provenant de l’arabe Al-jabr ou opération de réduction) ».

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L’horloge mécanique en Europe au XIIe siècle apportera la précision technique sur les divisions du temps tandis qu’en 1614 l’Ecossais John Napier invente les logarithmes et des bâtonnets multiplicateurs, ancêtre de la machine pour calculer. La règle à calcul n’est inventée qu’en 1630 par William Oughtred tandis que, quinze ans plus tard, Pascal invente la pascaline, mécanique horlogère servant de machine à calculer. Passons sur le métier à tisser Jacquard en 1804, programmable à l’aide de cartes perforées, sur le code Morse en 1838 qui transforme des signes en informations électriques, sur l’arithmomètre d’Odhner en 1873, « le best-seller mondial des calculatrices de bureau » pour en arriver au XXe siècle – le siècle de l’informatique.

Les abaques de Monsieur d’Ocagne en 1905 permettent aux ingénieurs de travailler tandis que le totalisateur de paris mutuels organise le calcul en 1913 via un système d’engrenages. La carte perforée (que j’ai encore connue durant mes années d’études…) nait en 1928 et il faut attendre dix ans de plus pour que l’Américain Claude Shannon « propose d’appliquer l’algèbre de Boole aux circuits de commutation automatiques ».

Durant la Seconde guerre mondiale, le décryptage d’Enigma, la machine à chiffrer allemande, rassemble de brillants mathématiciens (dont Alan Turing) tout entier voués à introduire « la puissance des mathématiques dans la cryptanalyse ». Le calculateur Mark I naîtra chez IBM en 1944 pour la marine américaine. L’ENIAC de 18 000 tubes et 30 tonnes, construit en 1945, permet 5000 additions par seconde et permet d’étudier la faisabilité de la bombe H. Mais le premier programme enregistré n’émerge qu’en 1948 et Norbert Wiener introduit la même année la cybernétique. Les premiers ordinateurs commerciaux seront fabriqués en 1951 et le premier ordinateur français pour l’armement, CUBA, naît en 1954 – comme François Hollande.

Le transistor aussi, qui remplacera les vieilles lampes, et le disque dur émerge en 1956, le langage FORTRAN en 1957. Le premier circuit intégré comme le premier traitement de texte surgiront en 1958, le traitement de masse dans la banque avec l’IBM 705 en 1959 et le premier ordinateur personnel interactif français, le CRB 500 la même année. Tout va plus vite : les langages COBOL et ALGOL sont créés en 1960, en même temps que le fameux ordinateur IBM 1401. Le terme « informatique » ne naît qu’en 1962 : vous le saviez ? Le langage BASIC (ma première programmation) n’est élaboré qu’en 1964.

C’est l’année suivante que Gordon Moore, directeur de recherches chez Fairchild Semiconductor, énonce sa fameuse « loi de Moore », ressassée à longueurs d’articles geeks, selon laquelle la densité d’intégration sur circuit intégré double tous les deux ans (autrement dit, on peut mettre le double d’information sur la même surface). Il fondera INTEL en 1968, année du Plan calcul en France.

Arpanet, l’ancêtre d’Internet, est créé en 1969 par des scientifiques civils financés par le Pentagone. La même année, le mot « logiciel » arrive dans le vocabulaire et le système d’exploitation UNIX en 1970, comme la disquette souple. Le premier e-mail est lancé en 1971 et naît cette année-là la Silicon Valley. Nous entrons dans l’ère de la micro-informatique. Les microprocesseurs arrivent en 1975, année où est fondé Microsoft ; l’imprimante laser voit le jour en 1976, en même temps que l’ordinateur Cray I. L’Apple II (mon premier ordinateur) est commercialisé en 1977 et le réseau français Transpac est initialisé par le Ministère français des PTT en 1978 – sous Giscard – ce qui donnera le Minitel en 1982. Le premier tableur pour Apple II s’appelle VisiCalc et naît en 1979, juste après le premier jeu vidéo, et l’IBM PC (Personnal Computer) n’est créé qu’en 1981 – année où Mitterrand devient président.

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Le Mac d’Apple (mon second ordinateur) émerge en 1984 et le web en 1993 (j’étais passé deux ans avant sur Compaq). C’était hier et ce fut très rapide. Ma génération, qui a connu enfant les bouliers et les téléphones à manivelle, a dû s’adapter au portable, au mobile et aux réseaux. Amazon naît en 1995, Google en 1997, année du WiFi et de Bluetooth, la clé USB en 2000 et Wikipédia en 2001, les réseaux sociaux et l’iPhone en 2007 – année où Sarkozy devient président. Mais ce n’est pas fini : en 2011 émerge le cloud computing, le stockage en ligne, en 2012 l’imprimante 3D, en 2013 la réalité augmentée, en 2014 les objets connectés…

Cette histoire illustrée s’arrête là, provisoire comme toutes les histoires. A suivre ! comme l’on dit dans les comics. Beaucoup d’images, des textes courts, un progrès au galop mais qui resitue avec enthousiasme l’épopée de l’informatique : que faut-il de plus pour aimer ce livre ?

Emmanuel Lazard et Pierre Mounier-Kuhn, Histoire illustrée de l’informatique, 2016, EDP Sciences, 276 pages, €36.00 préface de Gérard Berry, professeur au Collège de France à la chaire Algorithmes, machines et langages, médaille d’or du CNRS 2014

Attachée de presse Elise CHATELAIN Communication et promotion des ouvrages
elise.chatelain @edpsciences.org

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La génération au pouvoir est-elle adaptée au présent ?

Séisme anti-socialiste en 2002, le 21 avril ; non à Maastricht en 2005 ; espoir Sarkozy contre le Fout-Rien Chirac en 2007 ; séisme anti-gauche aux Européennes de 2015 ; référendum Tsipras en Grèce en 2015 ; Brexit en 2016 ; Trump élu contre l’attente des médias et des élites récemment… Les élites au pouvoir, violemment contestées sans l’avoir vu venir (ou sans avoir voulu le voir) sont-elles encore adaptées ?

Prenons François Hollande, né en 1954 

Si Staline était quand même déjà mort (mars 1953), c’était tout juste ; mais aucun satellite artificiel n’avait été lancé autour de la terre, nul n’était allé sur la lune, le téléphone et la télé étaient balbutiants (ah, le 22 à Asnières !), et – bien évidemment – ni Internet ni le Smartphone n’existaient. Lorsque je dis cela à des étudiants du supérieurs, nés juste avant ce siècle, ils tombent des nues. Comment, pas de télé, pas de portable, pas de mobile, pas de net ni de jeux vidéo, pas de CNN ni de Google, pas de Facebook ni d’Apple ? Eh bien non. Comment avons-nous pu vivre sans ces prothèses VI-TA-LES ! C’est simple : presque comme des écolos, en tout cas comme nos grand-mères vivaient.

François Hollande avait 14 ans en mai 1968 – il n’a donc rien vu, rien vécu des événements ; il avait 19 ans lors de la première crise du pétrole, il était en cours d’études avec les manuels de l’après-guerre – il n’a donc rien acquis du monde nouveau. Lorsqu’il sort de l’ENA, en 1980, la vieille gauche va arriver au pouvoir et appliquer des recettes du XIXe siècle à la mondialisation qui commence avec Thatcher et Reagan ; trois dévaluations du Franc plus tard (en 18 mois), c’est « le tournant de la rigueur » – autrement dit la fin de l’utopie. Hollande observe et constate, il saura changer d’avis comme de veste à l’avenir – puisque tout change sans cesse… Mais aujourd’hui il est perdu, comme en témoigne « ce qu’il ne devrait pas dire » – et qu’il dit quand même pour violer son camp du déni content de soi.

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Comment penser une seconde que cette génération (dont je suis) puisse être adaptée aux changements très rapides qui se sont produits en deux générations, depuis le milieu des années 1950 ? Tout est allé trop vite pour nos cerveaux programmés par les millénaires. C’est pourquoi j’estime qu’il faut laisser la place aux jeunes – pas seulement aux gens neufs. Donc pas aux Trump, Clinton, Juppé, Hollande & Sarkozy et autres, tous blanchis sous le harnois, éduqués dans l’après-guerre avec des méthodes d’avant-guerre. Je rêverais d’un duel Macron-Le Maire aux présidentielles 2017 – mais cela ne se produira probablement pas, même si des surprises sont possibles. Le tropisme autoritaire, hiérarchique et élitiste du Français est bien trop ancré. Il vient de loin : de Rome et de la religion, de l’Eglise et du roi, du jacobinisme et du catholicisme papal – et même plus récemment de l’islam, peu réputé pour être libéral, comme l’a montré la Manif pour tous.

Nous n’aurons pas un Trump, il faudrait pour cela qu’il y ait des milliardaires en France intéressés par la politique et en même temps patriotes (ne rêvons pas). Nous aurons peut-être une Marine, mais le handicap idéologique et politique me semble trop grand pour que l’hypothèse soit réaliste, tant les Français aiment l’expérience et la sagesse malgré tout. Qui aurons-nous ? Surprise !

Peut-être faut-il réfléchir autrement.

Constater notamment que, depuis la guerre de 14 qui fait date comme puissant traumatisme, chaque génération (en gros trente ans) bouleverse la donne :

1914-1940 : la guerre la plus absurde, l’industrialisation du massacre, la contestation radicale des badernes qui nous gouvernent engendrent les années folles et les Surréalistes – plus le communisme à l’est ; le plus-jamais-ça d’épuisement, les classes creuses et les veuves en noir engendrent le pacifisme à outrance, la frilosité en tout et la lâcheté devant la force. Lénine razzie le pouvoir, contre des sociaux-démocrates pusillanimes; Hitler l’emporte par populisme outrancier, dans le déni des élites démocratiques ; Pétain gagne, par forfait des dirigeants dépassés – les Français se soumettent (et très peu résistents avant 1943).

1940-1970 : l’euphorie de la victoire « des » démocraties, la reconstruction d’après-guerre, la décolonisation et l’essor des industries du radar, de l’atome, de l’aviation, de l’électroménager engendrent le baby-boom et le bonheur de consommer – jusqu’à saturation : la révolte de 1968 est non seulement contre la guerre du faible au fort au Vietnam, mais aussi contre « le Système » qui embrigade et contre l’Autorité qui s’impose sans discussion. A poil, échangistes, hirsutes, égalitaires, écolos à chèvres, hippies à pétards, les soixantuitards font craquer les gaines – mais dérivent vers les paradis artificiels, le spontanéisme narcissique et la baise pédophile. La brutale crise du pétrole, orchestrée par les régimes arabes contre Israël et son soutien américain en 1973, cassent brutalement le rêve fumeux : c’est « la crise » (mot qui reviendra désormais très souvent). Retour au réel.

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1970-2000 : Margaret Thatcher au Royaume-Uni, Ronald Reagan aux Etats-Unis, la gauche Bérégovoy en France, adaptent désormais l’utopie sociale républicaine à la réalité du capitalisme qui se mondialise. Pour le meilleur et pour le pire : la révolution des mœurs, qui deviennent plus conviviales, la jeunesse ayant accès au sexe avec la majorité à 18 ans et l’abaissement de la pénalisation des relations à 15 ans ; l’égalité homme-femme reconnue par le code civil avec le divorce, l’autorité parentale et l’avortement ; la chute du mur de Berlin suivie de la chute de l’URSS, l’essor de la Chine qui se convertit au capitalisme, la construction européenne positive d’un côté (Espagne, Grèce, Irlande puis Pologne et autres profitent de la redistribution). Mais de l’autre rigueur publique, moins d’Etat, desserrement des carcans à l’initiative individuelle et dérégulation, naissance des nouvelles technologies dans la Silicon Valley, brutalisation des relations de travail, externalisation des métiers hors du cœur de l’entreprise, délocalisation vers des pays à bas coûts de production, optimisation fiscale. Jusqu’au krach des actions technologiques en 2000, le krach de l’audit comptable en 2002, le krach de l’immobilier en 2007 et la crise systémique qui explose en 2008… laissant penser que la suite sera (comme dans les années 30) la crise politique.

2000-2030 : nous y sommes – et nous avons la tentation de revenir en arrière puisque le présent ne semble pas rose. Après l’autoritarisme d’après-guerre, puis le libéralisme post-68, retour à l’autorité en protection. La mondialisation montre son visage négatif : la perte des emplois industriels et l’immigration sauvage. La technologie montre qu’elle peut être néfaste : robotisation qui supprime des postes, exigence de formation supérieure et continue sous peine d’être largué, surveillance généralisée et centralisée par le tout-informatique, connexion mondiale et hacking mondial (les Russes ont piraté la campagne démocrate américaine et influé sur le vote), perte des repères spirituels – d’où retour des religions, jusqu’aux plus obscurantistes, théorie du Complot et islamisme salafiste – ce qui engendre les antidotes que sont les régimes autoritaire et fascistoïdes. Poutine, Chavez et Maduro, Erdogan, Orban, Kaczynski, Dutertre, Trump, la liste s’allonge de jour en jour des tribuns médiatiques qui jouent au dictateur comme jadis Staline, Mao ou Castro – jusqu’à Sarkozy, Le Pen et Mélenchon en France qui voudraient bien les imiter. Retour des frontières, du nationalisme, de la « souveraineté » (comme si la France était plus maître de son destin contre Google, Poutine ou la Chine sans l’Europe qu’avec !) – ce sont tous ces mythes qui agitent les esprits.

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Certes, nous l’avons toujours dit, le libéralisme sans règles n’est pas viable car il se réduit à la loi du plus fort, la jungle et le lynchage ; mais l’autoritarisme sclérose et inhibe, il empêche l’initiative (on le voit tellement en Russie, à Cuba ou en Corée du nord). Patriotisme oui (pourquoi nos élites ont-elle honte de défendre les intérêts français ?) mais nationalisme non (c’est la guerre assurée à brève échéance).

Donc une nouvelle génération.

Trump, à 70 ans, n’est pas vraiment un perdreau de l’année… Incarne-t-il l’espoir d’un renouvellement ou le ras-le-bol des anciens ? je penche pour sa seconde hypothèse. Reste donc entière la question du renouvellement des générations en politique. Avec Trump, rien n’est réglé !

Il sera probablement moins radical au pouvoir que dans sa campagne – comme toujours. Des contrepouvoirs existent aux Etats-Unis (bien plus qu’en France !) et les lobbies industriels et financiers sont puissants, le populo (abstentionniste et velléitaire) apparaît comme trop bête et flemmard pour être consulté avec profit collectif sur les grandes orientations. Nous aurons un Reagan bis en économie avec les Conservateurs ; peut-être un Nixon bis (sans l’intelligence géopolitique) en relations extérieures ; en tout cas un Tycoon redoutable en affaires et qui ne s’embarrasse (comme Poutine) d’aucun scrupule…

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Ceux qui se réjouissent aujourd’hui, aux Etats-Unis comme à l’étranger, vont voir très vite combien America First peut être redoutable à leurs petits intérêts. Brailler, c’est bien ; subir, est-ce mieux ? Où est-elle donc, NOTRE nouvelle génération ?

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Comment traiter la délinquance ?

Sujet d’actualité, puisque l’on parle des enfants perdus de nos banlieues dans l’islam ; sujet politique, puisque l’on parle de la délinquance et de notre incapacité à la traiter ; sujet idéologique, puisque les gouvernements français successifs de droite et de gauche s’obstinent à traiter la question selon les Grands Principes Universels plutôt qu’avec l’efficacité du pragmatisme.

La délinquance est l’écart à la loi – mais qui définit la loi, et pour qui ?

La loi est faite par des politiciens professionnels, en majorité issu des corps de fonctionnaires – qui ont donc perdu le contact avec la réalité de terrain (s’ils l’ont jamais eue), et ne se sont jamais préoccupés de chômage, de santé ni de retraite – ces questions cruciales pour les classes populaires. Quant aux organismes de sondage du social, ils se gardent bien de poser les questions qui fâchent – chaussant volontairement des lunettes roses. Les ghettos ethniques des banlieues, même s’ils servent souvent de sas d’intégration, ne peuvent fonctionner entièrement selon « la loi » et doivent leur intégration sociale comme leur survie de jeune adulte à des comportements délinquants. Cela permet aux plus intelligents une « accumulation primitive du capital » (comme aurait pronostiqué Marx) qui leur fait sauter les étapes de l’école et de l’administration pour créer leur affaire – légale, cette fois : bistrot, commerce, artisanat.

C’est la défaillance des services publics de l’État dans ces zones, faute de volonté et de moyens mais surtout faute d’une véritable politique de l’immigration, qui crée ces ghettos. Manuel Valls s’est récemment élevé contre eux, mais en pur communiquant, sans dire comment les résorber. École, animation, formation adulte, aide à l’emploi, aide à la création d’entreprise, aides sociales ciblées, police de proximité et tolérance zéro pourraient gérer le stock de délinquants potentiels ; une politique plus volontariste aux frontières et avec l’Europe pourrait réguler le flux d’immigration, tandis que des quotas ethniques et sociaux dans les logements pourraient la gérer. Or c’est tabou pour la gauche archéo et ignoré pour la droite sécuritaire, les yakas remplaçant aux extrêmes toute idée lucide sur le sujet (yaka les « foutre dehors » à l’extrême-droite, yaka laisser ouvertes les frontières à l’extrême-gauche). Beau déni de démocratie !

ligote fouette en ville

Deux politiques de sécurité sont possibles : redresser les individus délinquants, ou viser les facteurs déterminants des infractions. Historiquement, toutes les sociétés occidentales développées ont commencé par la première ; seule la France, parmi les grands pays, la poursuit – les autres sont passés à la seconde politique, désormais plus efficace.

  1. Dans les sociétés occidentales homogènes d’après-guerre, était appliqué le redressement des individus qui fautaient. La socialisation se faisait aisément dès l’école, renchérie par la famille, disciplinaire au travail, la société étant portée par l’optimisme du baby-boom, les besoins en main d’œuvre de la reconstruction et l’avenir alléchant de la consommation (machine à laver, auto, télé, vacances…). Églises, syndicats et partis encadraient la société, tandis que des rites d’initiation inséraient progressivement le jeune parmi les adultes (communion, certificat d’études, BEPC ou bac, service militaire, mariage).
  2. Après 1968, la guerre du Vietnam a remis en cause la morale factice d’État, les chocs pétroliers ont cassé l’essor économique, et la saturation en biens de consommation a détruit le bonheur de dépenser. Le relâchement des corps au travail grâce à l’informatisation a permis l’autonomie des individus, mais en même temps les affres de leur responsabilité (trouver un nouveau travail, faire un enfant ou pas, se lier en couple pour la vie ou divorcer, s’expatrier ou faire de nouvelles études…). Le modèle de socialisation traditionnel s’est fissuré au profit de modèles alternatifs plus communautaires (hippies, agriculteurs bio) ou plus individualistes (bobos des villes), moins consommateurs et plus proches de la nature – allant jusqu’au naturisme, spontanéisme et autre libération sexuelle selon Wilhelm Reich.
  3. Vers les années 2000 s’efface tout modèle de socialisation unique. Internet permet à chacun de savoir tout sur tous, et surtout d’aller faire allégeance ailleurs partout dans le monde, induisant le repli identitaire des mal-intégrés allogènes comme des déclassés endogènes. Des groupes sociaux divergents coexistent désormais dans le même pays et la même commune, chacun avec leurs normes différentes qui entrent parfois en conflit (« les odeurs » de Chirac, les restrictions aux libertés des filles, les trafics). Des comportements opportunistes de fuite des Français de souche ou d’éviction des « kafirs » se mettent en place. Ils créent ces ghettos qui font peut-être tache pour les partisans du tous-pareils et des Grands principes, mais ne sont au fond que des réponses réalistes à l’impossibilité de vivre ensemble avec des normes trop différentes ou des valeurs à l’opposé (voile intégral vs transparence démocratique).

A cette sociologie due à l’histoire récente, comment réagir ?

Réaffirmer les Grands principes comme une incantation impuissante ? Faire de constants rappels à la loi sans aucune conséquence pratique ? Remettre la morale à l’école et le service militaire pour les jeunes ? Tout ceci est très français mais apparaît comme plutôt régressif : revenir à un passé définitivement révolu comme si de rien n’était, et comme si « tout était mieux avant ». Redresser les individus délinquants est un véritable tonneau des danaïdes. Dans le n°183 de janvier 2015 de la revue Le Débat, Jean de Maillard, magistrat, livre quelques chiffres édifiants pour la France en 2012 : pour 1000 infractions déclarées, 250 plaintes, 61 suites judiciaires et… 3 condamnations effectives. Autrement dit, 997 infractions sur 1000 ne font l’objet d’aucune sanction, pas même d’un rappel à l’ordre ! On sait les prisons engorgées, les flics mal équipés et surexploités, les juges croulant sous les dossiers – mais force est de constater que l’appareil policier et judiciaire est nettement improductif. Cela au nom des Grands principes et de l’universalité des peines. En France, si l’on ne fait pas tous pareils, on n’est pas « démocratique » ! Le bris de vitrine doit-il être traité avec autant de moyens que le crime de sang ?

A cette foutaise répondent les sociétés plus pragmatiques. Parties comme la France du même traitement personnel de tous les délinquants pareils durant les décennies de société homogène, elles en sont venues à modifier leur politique pénale inefficace au nom de la démocratie même : comment éviter le mieux la délinquance. On sait qu’environ 5% des auteurs commettent environ 50% des infractions, dès lors, pourquoi poursuivre « tout le monde pareil » avec les mêmes moyens ? Se focaliser sur ces multirécidivistes permet au contraire de réduire nettement la délinquance pour un même budget.

ado lave vitres en slip

L’idée de fond est que le délit n’est pas d’abord une déviance individuelle mais un dysfonctionnement social : il existe des incitations à « mal » faire dans certains milieux où règnent certaines normes ; ce qu’il faut, est réduire ces incitations – par l’éducation, l’offre de travail, la possibilité alternative de réussite dans la société. C’est le désordre social ambiant qui conduit à une régression collective des comportements vers l’antisocial. Le mal est donc moins dans l’individu que dans son environnement. Il ne s’agit pas d’excuser les comportements individuels mais d’agir sur le milieu social et économique. Il ne s’agit pas de morale (issue du péché personnel chrétien) mais de pragmatisme politique pour faire baisser la délinquance globale.

Les pays d’Europe du nord, le Royaume-Uni, les États-Unis et le Canada, appliquent depuis des années cette nouvelle politique, mieux adaptée aux sociétés hétérogènes d’immigration que ces pays sont devenus. Contrairement aux Français, ils ne nient pas le problème, ils s’y attellent ; ils ne nient pas l’immigration et ses maux, ils créent des incitations positives adaptées.

Avec Sarkozy puis Taubira, nous sommes loin de les suivre, malgré notre Budget restreint et l’exaspération sociale croissante envers les délinquants, l’immigration et la mise de tout cela dans le même sac. Comme si n’existaient pas d’autres délinquances aussi inacceptables, fraude fiscale, arnaque aux subprimes, favoritisme politique, siphonnage de trésorerie… Le tabou des politiciens de gouvernement sur les Grands principes au détriment de l’efficacité démocratique, le déni de gauche sur les diagnostics lucides pour traiter des vraies questions sociales, l’ignorance des technocrates et élus fonctionnaires sur le terrain réel – préparent des lendemains extrêmes. Ce ne sera pas faute de l’avoir annoncé !

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Le Printemps français dans la constellation politique française

Où se situe le Printemps français dans la nébuleuse politique d’aujourd’hui ? Je me suis amusé à regrouper les trois droites de René Rémond et les quatre gauches de Jacques Julliard. J’ai ensuite comblé les vides en fonction de deux axes :

  • L’axe vertical historique qui va d’avant 1789 à l’après 2000
  • L’axe horizontal classique qui va du plus d’État au moins d’État

L’axe historique permet de replacer les idéologies politiques dans l’âge d’or de chacun des mouvements. L’axe étatiste situe le désir de centralisation ou de décentralisation, de faire nation commune ou de revivifier les régions contrastées (le terroir), de garder des valeurs collectives ou de préférer les valeurs individualistes.

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Les conservateurs les plus extrêmes, intégristes catholiques et monarchistes, voudraient annuler la Révolution et revenir aux institutions et valeurs d’avant 1789. On a appelé ce mouvement la Contre-révolution, représenté par Edmund Burke, Louis de Bonald et Joseph de Maistre. Il est à noter que la Révolution nationale du maréchal Pétain était de ce type : la France parlementaire et radicale avait failli en 1940, donc retour aux traditions prérévolutionnaires. Rien de fasciste en Pétain, pas plus qu’en Franco – aucun des deux n’a été agitateur révolutionnaire comme Mussolini ou Hitler, aucun des deux ne désirait un homme « nouveau » mais simplement revenir à l’homme de toujours, créé par Dieu une fois pour toutes « à son image ». Les écolos ruraux (chasse, nature, pêche et traditions) et les anars de droite (pour qui l’humain est par essence bête et méchant), sont dans cette conception, mais avec le moins d’État possible, le moins d’emmerdeurs fonctionnaires, le moins d’interventionnisme politique.

Les libertariens, à ce titre, poussent encore plus loin, revenant à Hobbes : l’homme est un loup pour l’homme, seul l’État empêche l’épanouissement personnel et l’entreprise prédatrice. Ce courant n’existe pas en tant qu’expression politique organisée en France, mais il existe fortement aux États-Unis. Une variante féodale se constitue dans les pays de clans et de mafias où l’individualisme clanique exacerbé fait allégeance à un individu représentatif d’un clan plus fort que les autres, qui leur offre protection en échange du service (Sicile, Calabre, Russie, certains pays d’Afrique).

Dès que 1789 survient, naissent la gauche jacobine puis la droite bonapartiste en faveur de l’État centralisé et du despotisme éclairé d’une élite technocrate. Les communistes se couleront aisément dans ce moule en 1921, lors de la scission d’avec les socialistes au Congrès de Tour. Une grande part des socialistes et radicaux capituleront devant Pétain en 1940, votant les pleins pouvoirs. Mais 1789 reste une date-mémoire, avec sa variante 1793 de la nation en armes pour certains courants de gauche jacobine (Mélenchon). La droite bonapartiste englobe 1789 et le sacre de Reims dans une vision de la France plus longue, mais les acquis de la Révolution, consolidés par Bonaparte, sont parmi ses ressorts via le culte de la nation et du citoyen – revivifié en 1848 avec le printemps des peuples.

1917 voit l’avènement de la révolution communiste en Russie, donc l’espoir d’un « autre monde » possible. Mais le mouvement est éclaté entre les marxistes révolutionnaires qui veulent jusqu’à l’État sans classe, et les marxistes centralisateurs du coup d’État partisan qui veulent tenir la société par le parti et le parti par la terreur. Les staliniens sont pour l’État jacobin, les trotskistes pour l’anarchie relative. La gauche syndicaliste est oubliée, Proudhon traité de social-traître, et la social-démocratie variante Bismarck ou variante Beveridge ne prend pas en France. Les syndicats sont sommés de choisir sans troisième voie.

1945 est une autre date-clé marquée par le Programme de la Résistance et l’instauration de l’État-providence en France. Le gaullisme apparaît comme un bonapartisme fédérateur de la droite républicaine et de la gauche jusqu’aux communistes (avant que Moscou ne reprenne la main). Les socialistes redeviennent jacobins, soutenant les guerres coloniales et favorisant la bombe atomique. La Deuxième gauche avec Mendès-France perce déjà mais n’a pas d’échos dans la société politique avant 1968.

Mai 1968 est l’autre date-clé de la politique française. Nombre de partis se positionnent pour ou contre les acquis du mouvement. Si le gaullisme bonapartiste fait avec, il rassemble cependant des diversités peu compatibles : les centristes qui suivent le mouvement long de la société, les libéraux qui voient s’ouvrir de nouvelles libertés pour le capitalisme, mais aussi les conservateurs républicains qui gardent des réticences et seront constamment dans les combats d’arrière-garde (sur l’avortement, le PACS, l’euthanasie, la PMA, etc.)

Le socialisme jacobin traditionnel, rassemblé par François Mitterrand, voit naître une aile libérale appelée Deuxième gauche avec Michel Rocard et le syndicalisme CFDT, tandis que le mendésisme est revivifiée par Jacques Delors, et qu’une part de l’aile jacobine se radicalise contre l’Europe avec Jean-Pierre Chevènement et Laurent Fabius. Droite comme gauche, les partis « attrape-tout » se fissurent à la moindre crise et il faut des personnalités fortes pour les faire tenir ensemble. Jacques Chirac n’y a réussi qu’in extremis grâce à la cohabitation (après avoir flingué Giscard, Balladur, Pasqua et Juppé) ; Nicolas Sarkozy a réussi assez bien jusqu’à la campagne présidentielle 2012 où le courant Buisson a éloigné le courant Fillon-Juppé. A gauche, Lionel Jospin a cru un temps prendre la suite de Mitterrand, mais Dominique Strauss-Kahn était plus charismatique avant de s’effondrer pour mœurs ultralibertaires. Ségolène Royal était trop clivante et c’est François Hollande qui a remporté la synthèse (anti-Sarkozy plus que pro-gauche).

2000 est une autre année-clé de la politique où tous les partis se repositionnent à cause de la crise. La dérégulation des années 1980 et les liquidités abondantes des Banques centrales ont amené le krach des technologiques 2000, le krach des normes de régulation 2002, le krach de la finance 2007, le krach des endettements d’État 2010 qui a failli emporter l’euro. Le libéralisme est jeté avec l’eau du bain version texane « ultra », tandis que les jacobins, bonapartistes et autres souverainistes relèvent la tête. « Contre » la finance, contre l’Europe, contre la mondialisation ultralibérale – ils veulent revenir « avant » 2000.

A gauche, comme François Hollande gouverne peu, les dissensions s’affichent au grand jour dans son camp. Sa tactique politique est de frapper un coup libéral et un coup libertaire, faisant passer par exemple la pilule flexisécurité négociée avec le patronat avec le verre d’eau mariage gai. Le courant jacobin a trouvé un tribun qui tente de rassembler les groupuscules de gauche communistes ou dissidents autour d’un Front, mais ses promesses comme ses solutions laissent sceptique le grand nombre. Certains se réfugient dans l’écologie bobo, internationaliste, ouverte à l’immigration et aux technologies d’avenir, très urbaine, bavarde, jouant Marie-Antoinette dans sa bergerie. D’autres se réfugient dans les mœurs de l’ultra-individualisme et réclament toujours plus de « droits ». D’autres encore s’organisent en communautés ou en coopératives, vivant leur petite vie tranquille loin de la capitale, de la nation et des idéologies du monde. Les altermondialistes n’ont plus grand-chose à dire.

Le centre s’est effondré avec la pauvreté stratégique de François Bayrou (qui se croit appelé du Ciel pour régner et n’entreprend aucune alliance politique pour y parvenir). Les autres centristes, plutôt libéraux et européens, ne sont plus en phase avec la période de crise.

A droite Sarkozy n’est plus dans la course et ses successeurs se déchirent pour de sombres magouilles dans le parti. Le courant bonapartiste souverainiste a été capté par Marine Le Pen et recueille les votes protestataires des déclassés et inquiets qui récusent non seulement les années 2000 mais remontent à la pensée-68 et à ses dérives en matière de mœurs comme d’immigration.

Si l’on résume :

  1. Ceux qui récusent 1789 sont les intégristes religieux, les libertariens, les monarchistes et les pétainistes. Ils voient le monde créé en 7 jours et l’homme immuable, sans histoire, figé dans ses déterminations divines. Il faut obéir à la loi de Dieu ou de la Nature sans tenter de la changer.
  2. Ceux qui récusent 1917 poursuivent le courant jacobin ou girondin républicain ; ce sont les socialistes et radicaux, les orléanistes aujourd’hui centristes, auxquels viennent se greffer les pro-européens de la Deuxième gauche.
  3. Les ultralibéraux récusent 1945, tout comme la gauche libertaire. Ceux qui se refondent sur 1945 sont les bonapartistes et les socialistes souverainistes, y compris du Front de gauche, qui y voient un âge d’or national et socialiste.
  4. La droite bleu marine récuse 1968, comme les conservateurs intégristes qui refusent déjà 1789, pour en revenir à un bonapartisme souverainiste. La gauche libertaire, les écolos bobos et les régionalistes voient au contraire en mai-68 leur fondation.
  5. Sauf les libéraux (de droite, du centre et de gauche), tout le monde récuse 2000, ses crises financières et économiques en chaîne et les liens forcés de l’Union européenne et de la mondialisation.

Le Printemps français se situerait donc plutôt dans la mouvance anti-68, voire anti-1789. Il rassemble les exclus des partis de gouvernement, les intégristes religieux comme les anarchistes de droite. L’UMP aurait bien voulu récupérer la dynamique du mouvement, mais a reculé devant les dérives violentes – pourtant inhérentes aux mouvements anarchistes.

On dira que je me répète – mais pas besoin d’être grand clerc pour pronostiquer qu’un refus des partis de gouvernement en échec, plus le refus de la remise en cause des mœurs et traditions, ne vont pas profiter au Front de Mélenchon ni au parti de Coppé – mais bel et bien à la protestation aujourd’hui « attrape-tout » : la droite bleu marine. Encore une fois ce n’est pas un souhait, c’est un constat.

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Paris insolite de la Sorbonne à l’Observatoire

En face de la Sorbonne, entrée rue des Écoles, Montaigne sourit aux passants. Il a la pantoufle toute brillante de leurs caresses ! Il en a vu, ce sceptique, et il a raison de l’être – au vu de la Morale socialiste quand elle est en actes (DSK et les filles, l’écolote parigote et Cahuzac avec leurs comptes en Suisse, le trésorier de la campagne Hollande et ses amis caïmans, les pépés Guérini, le détournement des subventions socialistes des Bouches-du-Rhône…). L’époque Montaigne était aux guerres de religion, la nôtre aux guerres des moralismes – le plus moral n’étant pas celui qui le dit le plus fort ! Moi, Président de la République… quel blabla !

Paris montaigne square paul painleve

Car l’université de Sorbonne n’a pas que du classique à montrer. Rue Cujas, demeure un vestige de la scatologie mai 68 : ce hall très laid, béton années 60 et monumental moderne (le pire !), est couvert de graffiti et d’affiches à demi-déchirées. Lèpre universitaire qui montre bien jusqu’où la dégradation est allée. Les dessous parisiens ne sont décidément jamais très propres, pas plus sur les trottoirs qu’en politique ou dans les âmes…

Paris rue cujas hall paris 1

Le Panthéon (en grave restauration) reste cette église voulue par Louis XV pour sainte Geneviève puis « nationalisée » par la laïcité révolutionnaire pour imiter l’Angleterre en la dédiant aux « grands hommes » (deux femmes seulement, Sophie Berthelot et Marie Curie – il faut dire qu’elles n’ont pas toujours la bonne taille). On aurait pu mettre Jeanne d’Arc, mais elle a disparu en fumée. Qui d’autre ? Marguerite Yourcenar ? Elle n’aurait pas voulu. On cherche. Il y aura peut-être bientôt Brigitte Bardot…

Paris pantheon

Poursuivons rue Saint-Jacques : après la plaque à Jean de Meung, auteur immortel mais quasi inconnu du Roman de la Rose au XIIIème siècle, la SEDIREP, librairie Matsuru des férus d’arts martiaux.

Paris sedirep rue st jacques

Traversez la rue Gay Lussac (qui n’était pas gay bien qu’il ait travaillé côté physique). S’y élève l’église Saint-Jacques du Haut Pas, première étape – mais oui ! – du chemin de Compostelle. Les théophilanthropes l’ont utilisée comme lieu de culte en 1797. Ce n’est pas parce qu’on est sans culottes qu’on est aussi sans morale (même si tout ça échoue en 1803). Juste au coin, tournez à droite rue de l’Abbé de l’Épée, un beau nom adapté au PC du Colonel Fabien, pseudo de Pierre Georges. Ce militant résistant, communiste à 14 ans, engagé dans les Brigades internationales en Espagne à 17 ans, tueur de l’aspirant Moser au métro Barbès en 1941, pris puis évadé, devient le chef des FTP pour le sud de l’île de France. Il appelle à l’insurrection parisienne, fait la jonction avec l’armée Leclerc, mais est tué par une mine qu’il avait voulu examiner de trop près vers Mulhouse, en 1944.

Paris rue abbe de l epee pc colonel fabien

Par une perspective, vue sur la coupole du Val de Grâce, « l’hôpital de ces malades qui nous gouvernent », titrait Le Monde en 2007. De Gaulle, Pompidou, Mitterrand, Chirac, Raffarin, y furent soignés entre autres. Plus Arafat et Bouteflika, qui ne nous gouvernent pas mais bénéficient des privilèges des ex-colonisateurs.

Paris rue du val de grace

A Port-Royal, devant la grille des jardins de l’Observatoire, une plaque de bronze sur socle de béton trace la « méridienne verte » de l’an 2000, de Barcelone à Dunkerque. Cette « performance » de l’architecte Paul Chametov matérialise le méridien de Paris qui traverse la France du Nord au Sud.

Paris meridienne verte jardin de l'observatoire

La fontaine de l’Observatoire exhibe un ensemble en bronze, un globe terrestre de Legrain soutenu par des femmes à poil de Jean-Baptiste Carpeaux et flanqué de chevaux marins d’Emmanuel Frémiet datant de fin 19ème. Pour la suite, en allant vers le Sénat, beaucoup de marbres nus représentent la nuit, le jour, l’aurore…

Paris femmes a poil jardin de l observatoire

Le Sénat est désert en ce printemps tardif, les pelouses « au repos » et les sénateurs assoupis au moment de se pencher sur la loi gay. Le contrevenant qui piétine la pelouse de ses grosses rangers sur la photo est un gardien – il prend tous les droits, comme ceux qui ont n’importe quel minuscule pouvoir à leur portée.

Paris senat jardin du luxembourg

Traversons le jardin d’un train de sénateur jusqu’à la sortie « musée » où la queue des bobos et des provinciaux atteint « plus d’1 h » comme indiqué sur un panneau. Il faut dire que le musée du Luxembourg expose ce printemps Chagall, peintre religieux et juif, mort centenaire en 1985. Mais il vaut mieux venir le matin… En face, la rue Férou où l’on dit qu’habite Claude Bébéar, polytechnicien créateur d’Axa. On dit aussi dans les milieux bien informés qu’il est le « parrain » du capitalisme français. Sur un mur aveugle, le Bateau ivre de Rimbaud imprimé par une fondation. Pourquoi ce tag ? Parce que le poème a été pour la première fois déclamé des fenêtres d’un café tout proche. L’adolescent avait 17 ans.

Paris rimbaud rue ferou

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