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Communisme et crise de foi

Comme Thierry Wolton publie bientôt le troisième tome de sa monumentale Histoire mondiale du communisme en pointant cette fois les complices, après les bourreaux et les victimes, la revue L’Histoire se fend d’un numéro consacré presque exclusivement aux communistes.

Il faut en effet distinguer le système – totalitaire, policier, exécrable – et ses croyants – idéalistes, naïfs et généreux. C’est du moins le message subliminal de ce dossier, les historiens aujourd’hui arrivés ayant flirté dangereusement avec la doctrine totalitaire dans leurs années de jeunesse. Rares sont les François Furet à avoir analysé ce pourquoi. Mais ne boudons pas notre plaisir : comprendre vaut bien quelques reniements.

Ce qui ressort de ces multiples portraits de ceux qui se firent capter par l’étoile communiste est la foi.

Foi chrétienne ou juive, vite transférée vers l’Avenir radieux. C’est Edgar Morin qui évoque une « espérance de salut dans la rédemption collective » p.54 ; c’est André Gide qui dit sa fascination, « ce qui m’amène au communisme, ce n’est pas Marx, c’est l’Évangile » p.34 ; c’est Pierre Pascal, catholique bourgeois sorti de Normale Sup qui s’est converti à l’URSS : « il est heureux, il a vu Dieu : Karl Marx lui a parlé », le décrit Albert Londres en 1920 p.36 ; c’est Raymond Lefebvre, bourgeois protestant, qui adhère au communisme par la souffrance de la Grande guerre et l’idéal du pacifisme p.38 ; c’est Manès Sperber, juif de Galice, pour qui l’attente de la Révolution est la suite naturelle de celle du Messie ; ce sont Louis Althusser et Roger Garaudy, militants chrétiens, qui voient dans le Parti une moderne Église.

Il y a d’autres voies de conversion : celle d’Aragon, intellectuel bourgeois surréaliste (ce qui fait beaucoup de défauts pour les prolétaires à la tête du PCF…) – mais surtout bâtard du Préfet de police de Paris, avide de retrouver une famille, une fraternité, la reconnaissance du Père – d’où cette ode à Staline dans Hourra l’Oural en 1934 ; celle de Georges Friedmann, scientifique qui percevait l’URSS comme un État savant, vecteur du progrès contre l’obscurantisme bourgeois (« bourgeois » était l’injure suprême de l’époque, on ne disait pas encore « ultralibéral »), celle de Paul Langevin et Henri Wallon ; celle de Maurice Thorez, « Fils du peuple » (titre de son « auto » biographie écrite par Jean Fréville en 1937), à qui le Parti a permis l’ascenseur social ; celle de la Résistance, comme Edgar Morin, Lise Ricol-London, Annie Besse épouse Kriegel, Pierre George ; celle des anticolonialistes Aimé Césaire, Ho Chi Minh, Jean Dresch ; celle des intellos, passés par les khâgnes où la rébellion en serre de cet âge étudiant se focalisait sur la religion communiste – tellement antibourgeoise – ce fut le cas pour Emmanuel Le Roy Ladurie, François Furet, Michel Foucault, Mona Ozouf, Paul Veyne, Maurice Agulhon…

Tous regardaient au-delà du présent vers l’avenir, au-delà du réel vers l’utopie, au-delà de la complexité vers le simplisme. Marx avait prophétisé l’Histoire en marche, le progrès inéluctable de l’Homme engendré par la lutte des classes, dont la finale serait prolétaire. Le Parti (avec majuscule) était l’Église (avec majuscule), voulu ainsi par Staline (ex-séminariste), qui révérait l’organisation hiérarchique et pyramidale catholique et l’avait prise pour modèle. L’URSS était la Terre promise, le paradis en marche, l’endroit où le catéchisme devenait réalité – ce fameux « socialisme réel » dont on a mesuré, depuis, tous les travers.

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Il faut comprendre cette foi pour comprendre combien notre époque – depuis Mitterrand – apparaît grise et triste.

Le socialisme rose n’a rien à voir avec le feu immense et rouge. Le socialisme non « réel » se veut réformiste, tout en gardant une phraséologie révolutionnaire. Sans cesse dans le grand écart : il ne peut que décevoir ceux qui aimeraient croire, qui ont BESOIN de croire. D’où la conversion de certains à l’écologisme, cette nouvelle foi dont le credo commence par l’Apocalypse.

Contrairement à la prophétie de l’intellectuel barbu, le communisme n’était pas l’avenir de l’humanité : trop de rigidité, d’inquisition, d’exclusion. Une doctrine figée comme un Coran, une politique soupçonneuse sans cesse à épier « la ligne », les pogroms successifs de « bourgeois », « d’intellectuels », de « traîtres », de « juifs », de « déviants »… Où sont l’émancipation tant vantée, la liberté retrouvée, l’harmonie de l’homme avec SA nature et avec LA nature, la fraternité universelle ? Le « socialisme réel » de l’ex-URSS, de la Chine de Mao, du Cambodge de Pol Pot, du Cuba des frères Castro, de la Corée nordiste des dictateurs paranoïaques qui y sévissent depuis plus d’un demi-siècle sont des repoussoirs, des repaires de Satan – pas des jardins de délices où coulent le lait et le miel (et où attendent, soumis, les vierges et les éphèbes).

L’avenir est à inventer – mais bien loin de la foi !

Toute croyance venue d’en-haut ou de l’intérieur, d’une révélation divine ou de l’esprit humain enfiévré, est une illusion qui enferme. Pour libérer l’humanité de ses chaînes, pour libérer chacun de ses déterminismes subis, ni Bible, ni Évangile, ni Coran, ni Manifeste, ni Livre rouge – mais le patient et humble travail de chaque jour : prendre les choses à la base, une à une, en fonction du possible.

Toute foi est un poison qui empêche de penser, qui fait agir en masse sans réfléchir, qui juge et exclut – voire massacre – sans état d’âme parce que la foule le fait et que le parti l’a dit. Le communisme a été une leçon de plus, après le christianisme et le judaïsme, des méfaits de la religion – quelle qu’elle soit. L’islamisme, cet islam dévoyé, prend à son tour le chemin de la rigidité, de l’inquisition, de l’exclusion. L’humain est-il capable d’apprendre un jour ?

Revue L’Histoire, n°417, novembre 2015, €6.40 en kiosque ou sur Amazon
http://www.histoire.presse.fr

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Quel socialisme après La Rochelle ?

Article repris par Medium4You.

L’université d’été s’est achevée et la question demeure : le socialisme s’est-il perdu dans les sables ?

A écouter les six candidats à la candidature, Manuel Valls, Ségolène Royal, Martine Aubry, François Hollande, Jean-Michel Baylet et Arnaud Montebourg – seuls les plus jeunes ont quelques idées d’avenir ; ils sont aussi les plus marginaux dans ce parti de vieux. Pour les ténors, l’œil britannique n’a pas manqué sa cible : « on les croirait congelés en 1981 ». Il ne s’agit que de taxer, règlementer, surveiller, étatiser…

Aucun pragmatisme mais le tropisme théorique : yaka faire une « grrande » réforme fiscale et tout ira bien, on pourra dépenser à tout va comme avant, pour arroser les clientèles.

L’Europe ? Yaka violer Merkel, « l’égoïsme » allemand est insupportable aux tenants du Bien qui ont la Raison pure infuse. Puisque les socialistes français détiennent – de droit divin historique – la Vérité, yaka la clamer à la face du monde pour que tout le monde s’incline.

C’est pitié que d’observer une grande nation se perdre en ses vieilles lunes de parti usé jusqu’à la corde. Le monde a changé mais la France socialiste demeure figée dans sa grandeur passée, incapable de bouger, de changer, de s’adapter. La France de gauche ne sait plus où elle en est. A l’origine syndicaliste-anarchiste avec Proudhon, devenu marxiste réformiste sous Lénine, le socialisme du parti s’est transformé en social-démocratie après 1945 puis s’est perdu dans l’émergence du monde tiers.

Plus de sous ! Fiscaliser ne suffit pas, d’autant que Thomas Picketty, expert des impôts au PS, avait déjà montré en 2007 qu’il y avait certes justice sociale à taxer les riches mais aucun « trésor caché » puisque les riches sont fort peu nombreux (Le Monde, 11 juin 2003).

  • Comment imposer les transactions financières sans nuire aux emprunts d’État – que seuls les étrangers vont désormais acheter ?
  • Comment raboter les niches fiscales sans nuire à l’emploi, le premier d’entre eux étant l’immobilier ?
  • Comment répartir ce qu’on ne sait pas produire ?

Le socialisme, expert en administration d’État, n’a pas su penser la société civile. Ce pour quoi il se réfugie aujourd’hui dans l’utopie écolo. Sans voir qu’entre l’utopie positive qui entraîne et la réalité à ses pieds qui résiste demeure un gouffre si l’on n’imagine pas aussi la passerelle !

Tout commence par la réforme de l’État, or le PS a la majorité de ses électeurs, militants et sympathisants dans l’appareil d’État. Équation impossible si l’on dit que la France est dans la moyenne haute des pays de l’OCDE pour le nombre de fonctionnaires par habitant (90 pour 1000 habitants) mais surtout que leur fonction n’est plus à la page pour être efficace (la centralisation d’État devrait nécessiter moins de fonctionnaires que le Royaume-Uni ou l’Allemagne, plus décentralisés). Scandale de l’évaluation pour les évaluateurs, ceux qui jugent tout du haut de leur statut : profs, flics, fonctionnaires du social. Alors que cela se fait sans drame dans tous les pays voisins.

L’écosocialisme se contente de ressourcer la vieille « croisade des enfants » où les illuminés marchent vers l’étoile. Économiser les ressources de la planète est bon, mais il serait mieux de rendre plus efficace la production de ce qui est. Las ! Les discours se bornent au catastrophisme mondial et aux micro détails locaux. Entre le « petit » producteur qui vend des paniers aux bobos et le « grand marché mondial » où la Chine est très présente, il n’y a aucune pensée de gauche. Veut-on nous faire croire qu’on gère un pays comme une région ? Le Poitou-Charentes ou Lille n’ont pas d’armée, que je sache ! Pas de politique étrangère, pas de place aux négociations de l’OMC ni dans les instances européennes !

La seule pensée de gauche se réduit, pour les plus avancés du PS, à la doctrine du FMI.Le bien-vivre écologique est une philosophie de sagesse… mais pour qui a déjà quelques ressources. S’il s’agit de conforter fonctionnaires et retraités, la France n’a pas besoin du parti socialiste. Aménager la stagnation, tous les partis savent faire. Pour aller de l’avant, peu ont des propositions.

La droite s’adapte avec pragmatisme, selon les vents du monde – c’est déjà ça. Au PS, on attend encore le Sauveur alors que le dernier pressenti, adepte de la dépense compulsive, imposée avec violence, vient de se griller lamentablement dans une chambre d’hôtel à Manhattan. Peu importent les particularités de la procédure américaine, les rapports médicaux et policier font foi, qui prouvent une émission de sperme strausskhanien et lésions sur le vagin de la femme. Consentante ou non, pour le fric ou non, l’aventure laisse apparaître toute l’arrogance, la vie de riche et les mensonges soigneusement mis en scène d’un apparatchik socialiste à qui tout semble permis. Une fois de plus un dirigeant du PS se dit responsable mais pas coupable.

Il faut donc encore « reconstruire »… Mais cela fait plus de dix ans que le socialisme ne cesse de se « reconstruire » sans avancer d’un pas. Depuis Jospin, rien. Plane l’ombre du populisme d’extrême-droite, contre laquelle seules des incantations émanent du PS.

Or le monde avance. Les Français peuvent être fiers de leur modèle économique et social, mais il craque de partout : trop de carcans, trop de niveaux hiérarchiques d’État, trop de dilution des responsabilités – et plus assez de sous pour des prélèvements obligatoires au sommet des pays de l’OCDE !

  • On ne fait pas l’Europe sans consentir à entamer la souveraineté nationale,
  • on ne se dit pas solidaires sans avoir une idée des conséquences de la crise grecque,
  • on n’emprunte pas auprès des marchés financiers sans se dire qu’il faut fixer un cap de sérieux,
  • on n’évoque pas un déficit keynésien sans voir qu’il n’est efficace que lorsqu’il est provisoire et non le prétexte perpétuel à la distribution démagogique,
  • on ne se préoccupe pas de l’emploi et de la vie quotidienne sans poser les problèmes de l’immigration et de l’identité des autochtones, et ceux de la paperasserie administrative et des règlementations sans fin.

Sur tout cela, motus au PS ! Yaka faire une « grrrande » réforme fiscale et violer Merkel. Point à la ligne. Alors que toutes ces pressions conduisent le Français moyen et populaire à un repli sur soi et au refus de toute différence.

Ce pourquoi les ouvriers ont déserté le PS aux élections récentes. Tout ce qui change est menaçant. Le modèle multiculturel est en faillite pendant que les partis de gauche ou les militants antiracistes sont peu à peu contestés. Car ce n’est pas être « raciste » que de dire que l’intégration se fait mal : c’est dire qu’on a mal et que c’est la faute au tabou concernant l’immigration. Ne pas en parler est bien pire que de dire ce qui est : que l’intégration se fait cahin-caha, que les « quartiers » sont des sas de passage vers une évolution par l’emploi et pas ces ghettos à l’anglo-saxonne qui fomentent des émeutes, que les études mènent à intégrer la société mieux que les discours compassionnels sur sssseuxquiisouffrrrr.

La primaire serait la solution ? Nous l’avons toujours écrit, adopter les mœurs américaines nécessite de laisser tomber l’esprit de caste à la française. Hillary Clinton a embrassé Barack Obama après son échec : verrait-on Martine embrasser François ou – pire ? – Ségolène baiser Martine (sur les joues) ? Si primaire il y a, il faut qu’elle soit ouverte. Tous les candidats, même les plus improbables, doivent pouvoir se présenter. Ce n’est évidemment pas le cas dans un parti resté léniniste pour qui il s’agit surtout de verrouiller.

L’électeur de gauche n’aura donc le choix qu’entre la fille de son père, le mari de sa femme et la femme du mari, plus quelques vagues outsiders mal considérés dans les rangs enseignants. Manuel Valls a le pragmatisme propre à la droite, voilà qu’il est aussitôt catalogué « de » droite, en bonne pratique stalinienne.

Hors du Dogme, point de salut ! C’est ce que disait le capitaine du Titanic lorsqu’on évoquait vaguement les icebergs déréglementés se baladant librement sur la mer libre…

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