Être malade à Tahiti

J. est malade, il souffre le martyre depuis plus de huit jours, ne peut plus se lever sans hurler de douleur. Nous avons réussi à le faire hospitaliser en utilisant l’ambulance des pompiers, les routes sont une torture de plus pour le dos de J. Les quelques kilomètres séparent son domicile de l’hôpital ressemblent à la montée au calvaire. Des larmes pointent de ses yeux, ses doigts se crispent sur le brancard. Enfin dans un lit avec une poche de morphine. Ses nerfs lâchent, il craque et éclate en sanglots. L’hôpital, ici en Polynésie, est un lieu très particulier. On y entre à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, on bise les infirmières et les aides-soignantes qui sont cousins avec les malades. Ce matin, V. préoccupée part à 3 heures du matin rendre visite à son frère de lait. Ici, à la presqu’île, c’est le bout du monde. Chut ! Ne le dîtes pas car il paraît que dans le nouvel hôpital du Taone, c’est très strict… ouille, ouille, ouille.

C’est fait. Hier, avec V. nous avons parcouru les couloirs, les halls, les parkings du nouvel hôpital à la recherche du service de réanimation où se trouvait une connaissance de V. L’immeuble gigantesque en forme de nef de bateau est magnifique mais les indications pour trouver les services laissent à désirer. Durant un quart d’heure nous avons arpenté les lieux, questionné les infirmières, les malades rencontrés… pour finalement utiliser le téléphone portable et qu’on vienne nous chercher ! Quand nous sommes arrivées enfin, le malade était en soins car il avait arraché toute la tuyauterie qui le reliait aux machines.

Le manguier (vi popaa ou mangifera indica) fut introduit pour la première fois à Tahiti en 1848 par M. le contre-amiral Le Goarant de Tromelin. Les indigènes avaient remarqué la ressemblance de ses fruits avec ceux de Spondias dulcis (Vi Tahiti ou Pomme Cythère) ; ils les baptisèrent donc Vi Popa’a (Vi étranger), ce nom a été conservé. Les principales variétés de mangues récoltées à Tahiti sont pour les mangues greffées : la mangue Mission ; pour les mangues non greffées : atoni, huehue, maaro, ohurepio, opureva, painapo, tuea, tutehau. Déjà je vous avais parlé des mangues atoni d’E : une odeur merveilleuse mais beaucoup de fibres ; des mangues ohurepio de V. qui sont pour moi les meilleures ; et pour faire du pur jus de mangues pour notre malade J. nous avons décidé d’aller ramasser des mangues huehue. Deux énormes manguiers se trouvent dans le cimetière du haut. Nous nous étions munis de seaux. Arrivées sur place, il y avait des ouvriers qui travaillaient dans le cimetière.

V. me dit : « moi je vais aller parler et distraire les ouvriers pendant que tu seras ainsi libre d’emplir les seaux de mangues. Ils pourraient se demander ce que je fais tandis qu’une popa’a qui ramasse des mangues ne leur paraîtra pas bizarre… » Ainsi fut fait ! De retour à la maison, épluchages des mangues huehue… j’ai tiré 4,5 litres d’un succulent jus dont nous nous sommes régalés.

A 6 heures du matin départ pour l’hôpital nous portons à J. ce jus de mangues tout frais. L’histoire a déjà fait le tour des familles proches ! La mangue est une source de carotène (provitamine A), d’acide ascorbique (vitamine C) et de vitamines du groupe B. Le manguier est également une plante médicinale : la peau du fruit mûr a des propriétés antihémorragiques ; le noyau contient une amande amère, astringente, riche en acide gallique ; l’écorce du tronc, riche en tanins, est utilisée, en décoction pour faire des injections anti-leucorrhéiques ; la résine noire qui exsude du tronc, mélangée à du jus de citron, est employée en frictions contre la gale ; et en Polynésie le tronc est très apprécié pour la construction de pirogues. Mais pour tailler votre pirogue attendez un peu que l’arbre grandisse !

Hiata prend congé provisoirement, rendez-vous fin janvier.

Ia ora na i teie Noera e ia maitai’ i teie matahiti ‘api 2011

Hiata

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