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Boris Valentin, Sapiens en France

Un livre utile, car jamais encore écrit. Boris Valentin a été professeur de préhistoire à Paris-1 après sa thèse soutenue en 1995 sur Les groupes humains et leurs traditions au tardiglaciaire dans le bassin Parisien : apports de la technologie lithique comparée (direction Yvette Taborin), un programme collectif d’étude sur les gravures rupestres du massif de Fontainebleau, il a été directeur des fouilles du site magdalénien d’Etiolles dans l’Essonne jusqu’en 2023, et auteur d’un Que Sais-je ? Sur le Paléolithique. A la retraite, il fait le bilan des connaissances sur le sujet, en plus d’apporter une documentation utile pour comprendre les méthodes et les dénominations. Contrairement à de trop nombreux ouvrages sur la préhistoire, les industries de la pierre taillée et de l’os ne sont pas sa préoccupation principale ; il en parle, mais les situe surtout dans leur environnement de climat, de chasse et d’organisation sociale

Tout commence en France 42 000 ans avant le présent (par convention l’an 1950 de « notre » ère chrétienne, pour éviter la guerre de religion des calendriers). Auparavant, il y avait d’autres hominidés, groupes de singes comprennent notre espèce, et notamment d’autre hominines, toutes les espèces du genre humain dans le groupe des hominidés. Diverses espèces humaines ont même cohabité durant quelques millénaires (Néandertaliens avec Sapiens, Denisoviens, Flores, etc.). Mais Sapiens – nous – est la seule espèce qui ait réussi. La nature procède par essais et erreurs, ne survivent et se reproduisent que les plus aptes aux changements. Il a fallu 250 000 ans à Sapiens pour parvenir en France ; il faut dire que les glaciers recouvraient une grande partie de l’Europe en ces temps reculés.

Les Proto-Aurignaciens puis les Aurignaciens commencent, par petits groupes, à chasser le renne à l’aide d’armes munies de lames ou de lamelles de silex. Ils mangent surtout de la viande et nomadisent avec leurs proies. Ce sont eux qui créent l’art premier en Europe avec la grotte Chauvet, indiquant une imagination, un langage et une aspiration religieuse. L’auteur consacre quatre belles pages à cette grotte ornée. Il note déjà « les empreintes d’un jeune individu, accompagnées des traces d’un loup visiblement apprivoisé » p.75. Mais il est difficile d’extrapoler leur langage et leur façon de penser, puisqu’il ne reste que des traces matérielles imputrescibles, donc très peu. L’auteur répète à maints endroits ce doute des hypothèses, des extrapolations utiles, mais seulement plausibles.

Suit, de -34 000 à -26 000 le Gravettien, nommé du nom d’une de leur production originale, la pointe de la Gravette, une lame retouchée. Mais ce qui fait sa caractéristique est un art des contours dans les peintures de grottes, des contours plutôt que du détail comme à Arcy-sur-Cure, ainsi que des figures féminines aux traits sexuels outrés (Lespugue). Au vu des inhumations, la société était peut-être devenue plus inégalitaire, en tout cas on constate une mosaïque culturelle.

A partir de -26 000 jusqu’à -23 000, nous sommes dans les froids extrêmes, et Sapiens s’adapte, malgré une crise démographique. Le Solutréen produit des lames d’obsidienne de grande facture, les plus grandes et les plus fragiles n’ayant pu servir que de parure ou d’objets symboliques. En condition de survie, la répartition des tâches était sexuée, la chasse pour les hommes, le traitement des peaux et les vêtements pour les femmes. L’auteur règle son compte au mythe du « matriarcat », jamais attesté, ni dans l’archéologie, ni dans l’ethnologie. « Comme des ethnologues l’ont montré, l’idée d’un ‘matriarcat primitif’ relève d’un fantasme masculin répandu. Dans de nombreux mythes récents, cette construction fantaisiste sert de prétexte à la domination masculine. (…) La mythologie comparée suggère que ces récits proviennent d’un fonds très ancien que Sapiens aurait disséminé lorsqu’il s’est répandu sur la planète à partir de -80 000 » p.306. Les bandes n’étaient guère importantes, peut-être 25 personnes, réparties entre camps d’expédition et camps familiaux. L’art des grottes accentue les contours disproportionnés et ajoute des arabesques.

De -23 000 à -19 500, nous trouvons le Badegoulien et les débuts du Magdalénien. Lames et lamelles sont moins somptueuses et plutôt utilitaires ; des éclats bruts sont utilisés, faciles à produire. Il fallait faire simple et flexible. Plus de logistique, mais un nomadisme régulier, et parfois la guerre (grotte du Placard), impliquant un probable cannibalisme, au vu des traces sur les os et des crânes taillés en forme de coupe. Sur la fin est la période de Lascaux. Le mouvement des animaux est rendu, ce qui contraste avec les représentations gravettiennes figées.

Le Magdalénien commence vers -19 500 pour durer jusque vers -14 700. C’est l’inflation des images en grotte, peintures, mains négatives, argile façonné, jeux avec les formes naturelles. Avec un art du détail, la musculature, le mouvement, les comportements des animaux. Hommes et bêtes étaient intimes et s’observaient mutuellement. L’insistance sur les yeux était « une façon de considérer les animaux comme des personnes, différentes des humains, mais dotées d’une conscience et d’une intentionnalité. » Tous ceux qui sont attentifs à leurs chats, leurs chiens et leurs enfants le comprendront. L’industrie osseuse et le débitage de lamelles se fait plus technique et plus inventif. C’était la première période d’abondance après les crises climatiques (Pincevent, Etiolles). Recul des glaciers, poussée démographique avec la profusion du gibier, le gros mais aussi le petit, et les poissons. Aussi les premiers chiens, qui n’aidaient en rien à chasser les gros animaux, mais étaient efficaces pour les petits (lapins, rongeurs).

De -14 700 à -11 700 vient le temps des révolutions. L’Azilien fait disparaître l’art dans les grottes. Le climat se réchauffe nettement. Le stockage de nourriture s’efface. Les pointes taillées sont plus rudimentaires parce que les pratiques de chasse ont évolué. Des galets ornés apparaissent, sans qu’on puisse en donner la signification. Il y a eu expansion géographique, mais aussi migrations venues des Balkans via l’Italie. Les petites communautés étaient très mobiles, gérant l’imprévu.

Une autre révolution est née avec le courant Laborien autour de -12 500, en même temps qu’une déglaciation et la montée des eaux en Atlantique. Un froid plus intense et humide s’est installé, -15° en hiver, +10° en été. Les forêts ont reculé. Mais, vers -11 300, net réchauffement climatique brutal ; en une cinquantaine d’années seulement (comme de nos jours) la température monte à +16° en moyenne l’été et à 0° l’hiver. Les forêts de bouleaux et de pins prolifèrent, les rennes quittent la France pour le nord. On chasse désormais le dangereux auroch, en plus des cerfs et des chevaux. Le dessin des animaux redevient plus symbolique que réaliste, on note une préférence pour les belles lames de silex, les armes se diversifient, et certaines sépultures montrent un statut social plus élevé (enfant de La Madeleine).

A partir de -11 300, «en quelques siècles, les Sapiens s’accommodèrent en France à des conditions climatiques tempérées qu’ils n’avaient jamais connues auparavant dans ces contrées, et ils apprirent à vivre dans des écosystèmes profondément transformés par le recul des glaciers de montagne, la remontée du niveau des mers et l’expansion des forêts » p.217. On l’appelle le Mésolithique, mais on distingue le Maglemosien, le Beuronien, le Sauveterrien. La fonte des glaciers accélère le niveau des mers, qui passe de -60 à -25m en -8 000, 1 cm par an. La végétation devient luxuriante, on grille des noisettes et peut-être même favorise-t-on leurs arbres, sans encore les « cultiver ». L’industrie de l’os disparaît presque complètement, même si la consommation de viande reste centrale. Les pointes de flèche sont microlithiques.

De -8 500 à -7 000, l’histoire s’accélère, on assiste à la fin d’un monde avec le Castelnovien, le Cardial et le Rayonné. La taille des silex est faite par pression et plus par percussion. On apprivoise parfois l’ours, on chasse surtout le sanglier et, sur les bords de mer, les crustacés. Le nomadisme décroît, et les premiers migrants néolithiques s’introduisent en France avec leur céramique entre -7 200 et -7 000. Ils viennent en deux grandes vagues, l’une depuis la Méditerranée, le Cardial (du nom d’un coquillage dentelé qui servait à décorer leur poterie), l’autre depuis le nord des Balkans, le Rubané (motifs de ruban sur les poteries). On constate l’élevage de bovins, moutons, porcs, une agriculture céréalière, des villages sédentaires aux longues maisons trapézoïdales collectives de bois et de torchis. La natalité augmente, les peaux foncées reculent, le moins de vitamine D dans l’alimentation des agro-pasteurs ayant entraîné une mutation. Peu de métissage avéré par l’ADN avec les Mésolithiques, mais un grand remplacement progressif avec interactions, pas forcément agressives. L’organisation sociale se hiérarchise (tertre de Barnenez).

Si l’on considère l’ensemble, « les économies reposant uniquement sur la chasse et la collecte couvrent au total plus de 99% de la longue histoire humaine » p.257. Il n’y avait peut-être que quelques centaines de personnes en Île-de-France vers -15 000, époque d’Etiolles, et guère plus de 200 000 individus dans toute l’Europe. La tradition dominait, l’art sacré des grottes, le débitage en lamelles, la parure. « De telles permanences montrent à quel point les règles qui les fondaient étaient jugées cruciales, puisqu’elles se sont conservées malgré la faiblesse des effectifs démographiques, les crises et les acculturations liées aux nombreux métissages. L’importance des arts de la mémoire dans les sociétés à tradition orale y a certainement contribué, de même que la puissance des mythes. Leur fonction, qui est de rendre le présent solidaire du passé, était sans cesse réactivée par la force des images » p.264. Les innovations ont parfois régressé, avant d’être reprises.

Un ouvrage, certes avec tout l’appareil universitaire requis par la tradition (prologue, introduction, exposé des méthodes, notes, glossaire, bibliographie, remerciements, index des sites archéologiques, table des illustrations), mais qui livre quelques 250 pages « utiles » sur 379. Assez facile à lire, il replace l’histoire de France dans le temps long et dans son contexte géographique d’une fin de terre. Il montre avant tout la souplesse des groupes humains Sapiens à s’adapter à des environnements hostiles et changeant.

Boris Valentin, Sapiens en France – 35 000 ans d’histoire, Tallandier 2026, 379 pages, €23,50, e-book Kindle €16,99

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

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Sur la gauche bobo

La gauche libertaire est l’une des 4 gauches définies avec brio par Jacques Julliard mais c’est la plus visible – et c’est contre elle que je m’élève parce qu’elle qui occupe les médias en boucle (intellos, experts autoproclamés, universitaires qui ont fait 68, etc.) Il ne s’agit pas de Manuel Valls, de Pierre Joxe ni de certains autres, mais de la constellation des « conseillers » et autres intellos « de gauche » bobo, ultra-parisiens (rapport Tuot sur « la société inclusive », préconisations Terra Nova sur les nouvelles majorités électorales, etc.).

Les dessinateurs de Charlie (et l’économiste) étaient de la génération d’avant, antiautoritaires (antigaullistes et antisoviétiques) dans la lignée de la Commune de Paris, sans être vraiment anarchistes (ils se déclaraient pour le droit).

Ce qui m’agace dans les assauts « d’émotion » et de « vertu républicaine » de la gauche intello-médiatique impériale à la télé, à la radio, dans les journaux est cette posture « d’indignation »… sans aucune conséquence pratique. « Ah non, pas interdire le voile ! Ah non, pas publier de statistiques ethniques ! Ah non, pas de classes de niveaux, tous pareils ! Ah non, il ne s’agit pas de guerre ! Ah non, l’islam n’est pas une religion à dérive totalitaire ! »

« Islam violent ? You dare ! » : IMAGE CENSUREE en juin 2019 A LA DEMANDE DES AUTORITES PAKISTANAISES

C’est la même posture du déni que la gauche sous Jospin à propos de la délinquance et du « sentiment » d’insécurité. On a vu ce que les électeurs de base en ont pensé le 21 avril 2002

Les spécialistes de l’islam savent bien expliquer la distinction entre foi et politique, entre islam et dérives wahhabite puis intégriste, puis terroriste. Mais les intellos ne le font pas, soucieux avant tout d’éviter « l’amalgame », la « stigmatisation » et autres dénis de réalité : ils parlent sans savoir, comme d’habitude, se précipitant pour occuper la première place à l’audimat de l’indignation.

caricatures mahomet

Pourquoi ne constituent-ils pas CONCRETEMENT un Comité de vigilance des intellectuels comme la gauche en 1934 après les émeutes nationalistes du 6 février contre les parlementaires ? C’est ce sur quoi je m’interrogeais dans ma note d’avant-hier. Ce serait un laboratoire de réflexion, une force de propositions trans-partisane, traduisant dans les faits cette « unité » qu’ils revendiquent – tout en restant jusqu’ici dans leur fauteuil confortable.

Il s’agirait de réfléchir aux failles de la société française :

  1. l’immigration fantasmée : or elle est « incontrôlée légalement » (90% de ceux qui entrent chaque année le font parce qu’ils en ont le DROIT par mariage, regroupement familial, asile politique accordé ; 100% des minorités visibles nées en France SONT français, qu’on le veuille ou non) – doit-on changer le droit ? dénoncer les traités internationaux signés ? les renégocier ? invoquer une exception ? – ou les accepter tels quels, mais sans alors accuser sans nuances « l’immigration » ;
  2. la faillite scolaire : l’enseignement resté figé aux années 60, pédagogo, élitiste, matheux, méprisant, inadapté aux nouvelles populations (tous jeunes confondus) et aux nouvelles communications. « J’ai voulu, au travers de mon parcours, raconter que la fermeté à l’égard de ces jeunes est une marque de respect ; la complaisance une forme de mépris » écrit par exemple Zohra Bitan, banlieusarde d’origine et ex-PS. Distinguer la foi de la mauvaise Foi, apprendre à penser soi-même, à travailler avec les autres, à s’exprimer avec des mots (et pas en manipulant des items linguistiques !), apprendre les règles de la vie en société…
  3. la faillite du « vivre ensemble » : violé à la fois par les partis extrémistes de droite ET de gauche (à qui on laisse dire à peu près n’importe quoi) et par le gouvernement socialiste bobo (qui braque les sentiments des gens moyens et des croyants par « le mariage » gai ou le vote « des étrangers », toutes revendications communautaristes bien loin de l’Unité nationale hypocritement revendiquée). Les intellos ne cessent de critiquer, saper et déconstruire la culture occidentale, les associations communautaristes ne cessent de culpabiliser la France entière en rappelant sans cesse les croisades, la colonisation, la Shoah… alors que c’est aujourd’hui qui compte le plus : les pouvoirs autoritaires en Arabie Saoudite, en Syrie, en Algérie, etc., la corruption et le clanisme des élites politiques des pays émergents notamment africains et proche-orientaux, l’attitude d’Israël au mépris de l’ONU depuis des décennies, les petites Shoah en Bosnie, au Rwanda, au Soudan, en Palestine, en Irak qu’on laisse faire comme si de rien n’était. Comment se sentir « français » dans cette culture du mépris et de la honte permanente ? Françoise Sironi, psychanalyste et psychologue du Magazine de la rédaction de France-Culture hier, a pointé la « fragilité personnelle » des terroristes, leur « métissage » entre deux cultures, leur absence de certitudes sur ce qu’ils sont ou ceux qui peuvent les reconnaître. Le multicuturel ne fonctionne QUE lorsqu’on possède déjà une culture; on peut alors s’ouvrir aux autres cultures. Mais lorsque l’on n’est pas sûr de soi, reconnu nulle part, sans modèle de construction pour sa personnalité, le multiple en soi fait se perdre ; la tentation rigoriste des « sectes » ou des religions totalitaires est alors une tentation de facilité : « on » vous dit ce qu’il faut penser et comment il faut vivre. Le communisme a été l’une de ces « religions », il y a deux générations; c’est aujourd’hui l’islamisme radical. La liberté fait peur, il faut être armé pour être libre. Quand on ne l’est pas en soi-même et qu’on se sent impuissant, on utilise un substitut : une kalachnikov.
  4. la faillite de l’emploi : la lutte « contre le chômage » (qui touche particulièrement les jeunes et particulièrement les banlieues) invoquée comme une « priorité » alors que François Hollande pratique l’exact INVERSE : hausse générale des impôts, taxe à 75% symbolique, injures aux entrepreneurs et aux « riches », menaces (verbales) aux étrangers investissant en France (surtout pas d’amendes comme les États-Unis le font !). Comment le chômage pourrait-il reculer, étouffé par les réglementations, les taxes en cascade, l’état d’esprit anti-croissance (écolo), anti-entreprises (gauche du PS), anti-richesse (PDG Mélenchon), anti-réusssite (vieille austérité catho reprise par les jansénistes socialistes à la Martine Aubry) ? Pour la gauche, la seule « réussite » sociale ne passe que par le service d’État (la polémique anti-Macron sur les milliardaires en est l’exemple plus récent) : serait-ce « déroger » d’être entrepreneur, comme sous l’Ancien régime ?
  5. la faillite républicaine enfin : qui bâtit des lois mal ficelées, inapplicables (sur le voile…), qui fait du tortillage de cul lorsqu’il s’agit de l’appliquer (le survol « interdit » des drones au-dessus des centrales nucléaires : pourquoi ne pas les détruire sans sommation ? Il n’y a personne dedans et c’est clairement dit et répété : c’est interdit – haram en arabe) ; qui gère la délinquance par le seul répressif, tout le monde pareil, au risque de radicaliser les jeunes en prison – sans leur donner un modèle alternatif ; qui émet des incantations à « l’union nationale » tout en s’empressant aussitôt d’exclure tel ou tel (fatwa Hidalgo et consorts) sous prétexte qu’ils ne seraient pas « républicains » : c’est quoi être républicain en république ? Obéir aux lois et respecter les institutions ? Alors tous les partis légalement autorisés SONT républicains – ou alors le mot ne veut plus rien dire : la gauche intello adore « déconstruire » et embrouiller le sens commun afin de se poser en seule interprète du Bien… Faillite républicaine manifeste chez François Hollande, qui invoque l’unité dans un discours essoufflé dont il a le secret – tout en laissant son parti dire le contraire et appeler à manifester chacun sous sa pancarte : PS, PDG, écolosLV, CGT, etc. L’identité, ce serait mal à droite mais « vertueux » à gauche ? On mesure combien un Hollande n’arrive pas à la cheville d’un de Gaulle, d’un Mitterrand, ni même d’un Chirac (Allah sait combien je le considère peu, pourtant). Lui-Président apparaît comme président-croupion, technocrate à langue de bois toujours dans la synthèse horizontale sans rien de la hauteur d’arbitre au-dessus des partis requise par la fonction – encore moins l’incarnation de « la France ».

ecole islamiste

Ce sont ces faillites qui fragmentent la France en autant d’égoïsmes communautaires, chacun replié sur ses petits « droits ». Dans ces interstices, les daechistes veulent frapper comme les fascistes hier, pour accentuer les fractures et monter les communautés les unes contre les autres. Ils sont aidés en cela par les suiveurs du « pas de vagues », « mieux vaut la paix », « ils ont été trop loin » et autre état d’esprit de collaboration pétainiste à l’œuvre dans toutes la société française. Et dont Houellebecq a rendu la texture dans une fiction récente – dont je reparlerai.

islamiste et gamin

Cela dans une tendance mondiale au national-quelque chose : national-islamisme daechiste, pakistanais ou turc, national-judaïsme de la droite israélienne, national-‘socialisme’ de l’extrême gauche française, national-étatisme de l’extrême droite française, du pouvoir algérien et du Poutine russe, national-jacobinisme de la majorité socialiste, national-affairisme américain, national-communisme chinois, et ainsi de suite. Qu’y a-t-il dans l’islam qui facilite la tentation totalitaire ? Est-ce différent des autres religions ? L’exigence théocratique réclame-t-elle un  État appelé califat pour les croyants de l’Oumma ? L’histoire est-elle autre ? Est-ce un simple « retard » de développement (théorie un peu ancienne et passablement condescendante) ?

Le danger radical est donc l’épuration ethnique. Je me souviens d’avoir été interloqué lorsque mon directeur de thèse, alors professeur associé à Paris 1, ministre plénipotentiaire et conseiller spécial du ministre des Affaires étrangères Claude Cheysson à l’époque (donc de gauche socialiste bon teint), m’avait dit que « finalement, la meilleure solution en ex-Yougoslavie serait la partition ethnique, comme les Turcs l’ont faits aux Grecs en 1920 »… Avait-il tort ? Pas sûr, rien n’est jamais tout blanc ni tout noir, ce serait trop simple.

ignorance et mauvaise foi islamiste

Le chacun chez soi ne conduit pas forcément à la guerre, mais limite l’épanouissement. Désolé d’être brutal, mais rester entre soi rend con. Chacun peut le constater dans les milieux très bourgeois (pour faire plaisir à la gauche) ou chez les islamistes sectaires (pour faire plaisir à la droite). C’est la même chose pour les nations : est-ce par hasard si les nations les plus ouvertes sur le monde, dans l’histoire, ont été les plus grandes et les plus prospères ? Rome, Venise, Amsterdam, Londres, New York – aujourd’hui Singapour ou Rio.

En cas de guerre ouverte (Turquie des années 20, Allemagne des années 30, ex-Yougoslavie des années 90, Russie et Syrie 2014), l’exil des « allogènes » est peut-être la solution d’urgence. Mais certes pas une solution à long terme.

Car, à long terme, le nomadisme est historique – depuis les premiers hominidés sortis d’Afrique, avant nos ancêtres directs partis du Proche-Orient vers 200 000 ans. Le mélange fortifie – à condition qu’il soit dosé. Comme le poison ou l’ingrédient de cocktail, tout est question de posologie : trop d’eau dans le whisky (ou de lait dans le thé) rend le breuvage insipide ou écœurant ; un peu d’eau ou de lait avive les saveurs, enrichit les arômes, permet d’explorer de nouvelles sensations. L’immigration est donc à la fois une chance et un danger.

Ce que je reproche à la gauche est de nier les problèmes posés par l’accueil « sans frontières » ; ce que je reproche à la droite est de nier la réalité des traités signés (souvent par des gouvernements de droite) sur le « droit » à immigrer. Il faudrait donc en débattre, mettre des chiffres fiables sur la table, sérier les problèmes posés, mieux répartir les lieux d’accueil, avoir enfin une véritable politique du logement (et pas à la Duflot !), réaffirmer clairement les droits et les devoirs, à commencer par la neutralité laïque (ce qui veut dire aussi, surtout à gauche, faire taire les ayatollahs de la laïcité militante).

paisible islamisme

Quant à « déchoir de nationalité française » les retours de Syrie, d’Irak ou autres lieux djihadistes, c’est irréaliste : un slogan populiste qui ne tient aucun compte du droit actuel. Car si vous êtes « né » français, vous ne pouvez être déchu ; seuls les doubles-nationaux peuvent l’être s’ils se comportent comme les nationaux du pays étranger dont ils sont AUSSI ressortissant. On ne peut devenir arbitrairement apatride. Ou bien l’on change le droit (et les traités internationaux que la France a volontairement signés), ou bien il s’agit de proposer des solutions applicables, comme le rétablissement de l’autorisation de sortie de territoire pour les mineurs, l’obligation de visa pour se rendre en Turquie ou la consultation par les services antiterroristes des listes de passagers d’avion dans l’UE (refusé jusqu’ici parce que portant atteinte aux libertés publiques).

poutine flingue

Nous sommes un régime démocratique (et pas poutinien), nous devons donc suivre les règles démocratiques. Ce qui n’exclut pas la force : inutile de « rétablir la peine de mort » par exemple, autre slogan simpliste (aux effets secondaires jamais évoqués…) : nous sommes en guerre parce que les daechistes déclarent la guerre et portent des armes de guerre ; la police ou les services spécialisés doivent avoir contre eux un comportement d’état de guerre, ce qui signifie tuer s’ils sont directement menacés – ou plus généralement « neutraliser » si déférer à la justice est possible. Ce qui est socialement plus pédagogique.

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Élections : le cave se rebiffe

Ce n’est pas en soi « la gauche » qui a été rejetée par les électeurs ces deux dimanches de municipales, ni vraiment « le président » ou peut-être « sa politique » – c’est bel et bien le socialisme à la française et l’indigence de son parti.

Le socialiste est trop souvent content de soi, sûr de son bon droit « progressiste », animé d’une foi aveugle en sa « mission » d’émancipation des Lumières et d’égalitarisme révolutionnaire féministe. Comme tous les croyants, il n’écoute pas ; comme tous les prêtres d’une quelconque religion, il est sûr de détenir le vrai, donc de savoir mieux que « le peuple » ce qui est bon pour lui. Aujourd’hui comme hier, « le peuple » infantilisé, méprisé, ignoré se venge : il vote avec ses pieds. Hier contre le socialisme de l’Est lorsque le mur de Berlin est tombé, aujourd’hui contre le socialisme municipal, cette exception française qui a façonné le parti.

francois hollande rit

Missionnaire, le socialiste remplace le peuple par l’image idéale qu’il s’en fait : celle du troupeau sous la houlette de son berger, des poules en poulaillers protégées du « renard » par l’État fermier, pater familias macho, autoritaire et propriétaire. Mais l’État ne remplit plus ses promesses, ayant trop promis et trop prélevé, désormais obèse des structures empilées et impuissant de moyens essoufflés. Malgré les impôts en hausse pour tous, y compris pour les plus modestes, y compris sur les mutuelles santé, le déficit (4,3% du PIB) et la dette publique (93,5% du PIB) continuent de croître, dépassant l’objectif que s’était même fixé le gouvernement pour 2013. A quoi bon payer toujours plus, si c’est pour le gouffre de la gabegie administrative et des ayants-droits qui sont toujours les autres ?

Aucun électorat n’est captif, pas plus celui des prolétaires que celui des Français issus d’immigrés, pas même celui des profs… A trop caqueter contre le renard fantasmé de la finance tout en se couchant devant les puissances réelles qui font marcher l’économie et assurent les fins de mois de l’État, on perd son crédit. A trop valoriser les comportements marginaux sans prendre en compte la sensibilité populaire sur le fondement social de la famille et des enfants (plafonnement des allocations, mariage gai et lesbien, théories sur le genre à l’école), les bobos parisiens des ministères ont braqué non seulement la province restée catholique, mais aussi les Français issus de l’immigration sur leurs convictions religieuses, et encore leur volonté d’être conformes et de s’intégrer à une société sûre d’elle-même.

Impuissant à faire encore rêver, le socialisme du terrain croit emporter le peuple dans « le progrès » – sans rien changer dans l’économie. Il est pour ces intellos le nomadisme multiculturel, la redéfinition perpétuelle de soi et le zapping opposé à tout enracinement identitaire au profit d’une valorisation a priori du métissage, d’un antiracisme qui apparaît comme la tare des seuls Blancs, une repentance pathologique. Le Paris d’Hidalgo contre le désert français. Ce que propose le socialisme est, au fond, la haine de soi, l’ouverture aux autres se réduisant à se fondre dans l’ailleurs plutôt que de s’enrichir aux contacts. Le peuple en ses profondeurs refuse cette mentalité d’esclave, unique en Europe.

elections paris hidalgo

Tout se passe comme si le socialisme s’était coulé dans le catholicisme pour reproduire sa religion, son église et son sectarisme moral. Chasser les marchands du temple, encourager à tout quitter pour suivre le maître qui promet le Progrès, déraciner les militants pour leur faire parler toutes les langues et les envoyer partout dans le monde porter les leçons, imposer ce qui doit être pensé, ce qui peut être dit, ce qu’on doit enseigner – certain de sa bonne conscience – il faut écouter ce refrain sans cesse ressassé dans les médias que c’est toujours « de la faute des autres » si la Cité de Dieu n’advient pas. Thierry Pech, directeur de Terra Nova, a le poli sympathique de l’intellectuel modéré mais son discours reste dans la croyance que tout est de la faute à l’euro fort, à la Banque centrale européenne, à Angela Merkel, à « l’austérité » imposée à la dépense publique. Comme s’il suffisait de recommencer comme avant, sous la vieille gauche 1981, à dépenser, augmenter autoritairement les salaires, travailler encore moins que 35 h, réglementer encore plus, donner encore plus de « droits » pour que – miraculeusement – les capitaux affluent, l’investissement reprenne, les entrepreneurs innovent, les emplois fleurissent. Est-ce un hasard si le chômage augmente, si les jeunes bien formés s’expatrient, si le logement s’écroule et que les impôts rentrent moins ? N’est-ce pas plutôt parce que les ministres (depuis 2 ans au pouvoir) ont insulté les entrepreneurs, pigeonné les créateurs, réglementé les bailleurs, taxé la production et un peu plus tout travail ?

Sociologiquement issu des classes populaires en ascension scolaire, fraction de petit-bourgeois ambitionnant d’égaler les grands bourgeois par la méritocratie élective, le parti est devenu de plus en plus hermétique, entre copains intellos qui discutent interminablement et se tirent dans les pattes. L’électeur a du mal à cerner la vision socialiste de la société dans la valse des grandes promesses suivies de petites politiques inverses, dans « les efforts » demandés à tous qu’on ne restitue qu’à quelques-uns : les minorités sexuelles ou ethniques, les grandes entreprises, les syndicats majoritairement composés de fonctionnaires, les mauvais payeurs locatifs et ainsi de suite.

De plus en plus âgés et provenant en large majorité du secteur public, les militants et les élus socialistes ne représentent pas les Français en leur diversité. Non seulement l’électorat socialiste est volatil, mais de larges fraction du peuple ne votent plus ou contre lui, aux extrêmes, surtout à droite. Marine Le Pen a su valoriser l’État-nation autoritaire et protecteur que Sarkozy a incarné un temps mais que le Louis XVI au pouvoir a laissé tomber au prétexte d’être « normal ».

Les exclus des prébendes, les effrayés du monde, les non-intellos se sont vengés dimanche. On peut mépriser le cave, quand on est du Milieu et spécialiste de la fausse monnaie électorale. Mais un jour il se rebiffe…

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Déjeuner chez Toutankhamon avec Dji

Louxor, au nom évocateur de luxure et de vieil or, nous ne la verrons pas aujourd’hui. Après les formalités d’aéroport, un peu de bus plus tard, nous traversons le Nil en bateau. Les eaux vertes sont peu limoneuses mais fraîches, vivantes. Et nous voici hors des hordes, dans l’Égypte millénaire. D’un coup. C’est très dépaysant et même brutal : il suffit de passer le Nil. La rive que nous quittons est envahie par les bateaux de croisière, les trois-ponts du tourisme de masse. Sur l’autre rive vivent les paysans, les artisans, les petits bateaux à moteur et les felouques à la voile triangulaire racées comme des oiseaux lorsqu’elles fendent l’eau sous l’effet du vent.

felouque en egypte

Un panneau à l’entrée de la ville indiquait en anglais : « Welcome to the mother of civilisations ». Rien de moins. Il s’agit d’une idée reçue pour les touristes qui ne quittent pas les atmosphères climatisées. S’il est vrai que Chateaubriand pouvait encore croiser des enfants tout nus comme ils sont sur les fresques des temples il y a 4000 ou 5000 ans, ils sont aujourd’hui habillés et vont à l’école. Si la pyramide représente peut-être la base de l’architecture et si Moïse était peut-être égyptien, « les civilisations » comme les religions sont diverses de par le monde – elles ont surtout évolué. L’Égypte symbolise à la perfection le passage du nomadisme à la sédentarisation : le ciel y brûle et l’eau jaillit de la terre pour y faire pousser les plantes. Les Égyptiens affirment que leur histoire commence avec le règne d’Osiris. Ce dieu-roi a fait passer les tribus nomades de chasseurs et de pasteurs à l’agriculture par l’irrigation du désert, le travail des métaux et l’écriture pour administrer. Mais aujourd’hui l’industrialisation a remplacé l’agriculture et, dans les sociétés les plus avancées, l’information remplace déjà l’industrie. Le « modèle » égyptien reste une idée reçue des voyageurs snob du XIXème siècle.

Crocodile a manger

Nous déjeunons chez Toutankhamon (c’est le nom du restaurant). Pas de crocodile au menu, il faudra attendre le retour en France pour en manger ! La viande a le goût entre dinde et thon, assez fade. Notre accompagnateur français nous y attend. Dji – comme disent les locaux – nous apparaît comme un homme d’âge mûr fatigué, en veston et chaussures de ville, au visage maigre et glabre lunetté de noir qui me rappelle celui de Jorge Luis Borges. Il parle avec des intonations choisies et n’a rien du look « routard » souvent de mise aux accompagnateurs français qui vivent à l’étranger. Dji est breton de Quimper élevé chez les Jésuites, il vit depuis plus de 25 ans dans les pays arabes et depuis 16 ans en Égypte. Il a acheté des felouques et est le prestataire pour ces circuits. Il vit dans un village non loin de Louxor, sur la rive ouest. Au premier abord, il a déjà l’oreille vissée à un téléphone portable ; nous le verrons souvent dans cette situation. Pour l’instant, il commande le repas : salade de tomates et citrons confits, poulet au curry et légumes en ragoût, crème de sésame, toutes ces spécialités du pays se retrouvent bientôt sur la table !

Il nous emmène ensuite à notre hôtel, l’Amenophès, au village de Medenit Habu. Il nous présente en passant aux deux colosses de Memnon en quartzite rouge, hauts de 10 m 60 sans le socle et qui représentent Amenophis III assis. Ils trônent, ils durent, d’une gravité inébranlable malgré les dégradations du temps. Ces colosses gardaient l’entrée d’un temple funéraire aujourd’hui complètement rasé et le vent ou la rosée les faisaient chanter aux temps grecs. Des champs sont cultivés tout autour. Ce qui nous frappe immédiatement ici est l’interpénétration de la vie paysanne et des ruines antiques. Les restes les plus anciens sont entourés de vie, intégrés au paysage quotidien. Il faut dire que si l’Égypte est étendue (997 000 km²), elle n’est qu’un long tube digestif dans un désert : seuls 55 000 km² sont habités le long du Nil (et dans quelques rares oasis). La population se concentre dans le grand Caire et dans le delta.

Nous déposons nos affaires dans les chambres et, face au temple de Ramsès III que nous visiterons plus tard, nous commençons à faire plus ample connaissance au café qui borde la place. Nous buvons… de l’eau gazeuse ou un Coca. Nous sommes ici dans un pays musulman, « sans alcool » officiellement. Tous les intégrismes aiment la prohibition ; la contrainte permet de mesurer leur pouvoir sur les masses. Le couple avec lequel nous sommes est particulièrement sympathique, encore amoureux après plus de quinze ans de fréquentation – ils se sont connus en terminale et ont deux petits enfants de 5 et 4 ans.

colosses de memnon

Le calcaire blond des murs du temple en face réfléchit la lumière. L’air un brin voilé donne au ciel une couleur translucide du plus bel effet. Je découvre le climat de l’Égypte, sa douceur sèche, sa lumière pastel, sa chaleur tempérée – tout en contrastes du aux forces opposées du fleuve et du désert ! Des enfants passent, œil noir, dents blanches, pieds nus. Ils rient et crient en vélo. Nous sommes en hiver, il fait 16°, ils sont très habillés. La galabieh grise qu’ils portent leur va bien au teint et à la silhouette, mais leur gêne l’entrejambe pour faire du vélo. L’Égypte connaît trois saisons, rythmées par le Nil. Autour du 19 juillet, quand Sirius apparaît dans le ciel au coucher du soleil, commence la crue. Quatre mois plus tard le Nil rentre dans son lit et débute la saison de croissance des plantes. La dernière saison, de mi-mars à mi-juillet, est celle de la sécheresse, de la gestion des réserves d’eau, et des récoltes.

Dji passe nous prendre alors que la lumière descend. Il nous mène au restaurant du soir par le chemin des écoliers. Ce ne sont que champs de cannes à sucre, carrés de blé en herbe, plantations de pommes de terre ou de fèves. Les maisons sont bâties de terre crue, des briques sèchent au soleil. Les femmes sont de sortie et les petites filles, pas sauvages, nous crient « hello ! » Les garçonnets nous accompagnent un bout de chemin, par curiosité. Dji est connu comme le loup blanc ici, il y habite, parle la langue couramment et il salue souvent l’un et l’autre.

Dans la conversation, nous apprenons qu’il a vécu plusieurs années au Maroc. Il a retrouvé dans les pays arabes cette vie familiale qu’il a connu en Bretagne dans son enfance à la ferme, les grandes tablées, la famille élargie. Dji a vécu aussi la dureté des relations entre bandes de garçons à Fès, plus ou moins abandonnés et livrés à eux-mêmes. Il est fasciné par la vie arabe, cette fraternité mâle émotive et toujours adolescente d’une société à l’origine guerrière. Les femmes en sont absentes, cantonnées à la tente ou à la maison, bonnes à reproduire les mâles. C’est avec les garçons que l’on échange des idées, fume des cigarettes, ou épanche sa tendresse. Il y a du moine en Dji – la terre d’Égypte n’était-elle pas la terre d’élection de la vie érémitique ? On se souvient de Macaire le Copte. Cette recherche de fraternité, cette indifférence à l’argent et aux biens matériels, cette capacité à attirer et à rendre de l’émotion autour de lui, ont quelque chose de monastique.

egypte hotel medenit habu

Le restaurant El Ghezira se trouve dans une ruelle qui ne paie pas de mine. Mais sa terrasse au troisième étage donne une large vue sur le Nil et sur les temples illuminés de l’autre côté du fleuve. Selon Dji, François Mitterrand venait souvent en Égypte parce qu’il aurait été « initié » aux mystères égyptiens ; il venait méditer devant les symboles. Franc-maçonnerie ? Si Jacques Mitterrand, son frère, fut un temps Grand Maître du Grand Orient de France, François ne semble pas y avoir appartenu. Il en a peut-être eu la tentation pour se faire des relations, mais aussi parce que la franc-maçonnerie est avant tout rationaliste, républicaine et positiviste. Elle vise à perfectionner l’être humain par la connaissance des symboles pour mieux comprendre le monde, et par la solidarité du travail. Née des corporations d’architectes et de bâtisseurs du moyen-âge, la maçonnerie mesure la connaissance à l’aide du calcul, de la règle et du compas. Elle voit le monde régi par des lois cosmiques, organisatrices du chaos, que l’initiation permet de connaître. François Mitterrand était d’évidence un être religieux. Avide découvreur de la Bible depuis que sa mère lui en faisait lecture durant son enfance, il n’a pas de réponse sur l’existence d’un dieu. Dans l’univers égyptien, « la découverte du Livre des Morts (est) ce qui lui importe le plus », écrit son biographe Jean Lacouture. Il a voulu apprendre à mourir dignement. Ses derniers voyages ont été pour Venise et pour Assouan. Il aurait voulu jucher sa tombe sur le Mont Beuvray, près des druides. Mystère ? Sans doute pas. Interrogation ? Sûrement. Cette quête très humaine, malgré sa position politique que l’on peut juger différemment selon ses opinions et la morale, suffit à le rendre sympathique.

La cuisine du restaurant ce soir ressemble à celle du midi ; elle est à base de crudités, de ragoût de légumes, de pommes de terre sauce tomate, de riz, de boulettes en sauce et de poulet grillé. Les crudités peuvent être consommées sans craindre la turista, bien connue des voyageurs en Égypte. Les malades sont tous en fait sur les bateaux du Nil où l’on sort des frigos les crudités pour le buffet, avant de rentrer les restes pour les resservir plus tard, ainsi que nous l’explique Dji. Nous pouvons prendre de la bière, fabriquée en Égypte (pourtant pays musulman…) ; elle est légère, bonne sous ce climat.

Nous rentrons à l’hôtel en bétaillère, ce taxi-brousse bâché où l’on monte à 12 dans la benne. Nous nous couchons tôt, après avoir contemplé un moment Orion, Cassiopée et la Grande Ourse depuis la terrasse sur le toit de l’hôtel. L’étoile polaire surplombe la colline calcaire creusée de tombes.

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Radicalisation de crise

L’Amérique reste qu’on le veuille ou non le phare du monde et ce qui lui arrive nous arrivera probablement aussi, avec une décennie de décalage. Ce pourquoi les réflexions suscitées par les dernières élections présidentielles aux États-Unis, rassemblées dans le numéro de janvier-février de la revue Le Débat (n°173, éditions Gallimard, €18.50) font penser à la France. Nos élections présidentielles de l’an dernier ont marqué une pente dont la campagne anti-Obama fut la caricature. Ce qui s’est produit là-bas risque de se produire ici, en 2017. Qu’est-ce à dire ?

Les États-Unis se sont montrés de plus en plus opposés à l’État et de moins en moins unis.

Les divisions raciales, culturelles, d’origines et de résidence géographique sont devenues criantes. En France, nous avons encore connu en 2012 le choc idéologique entre droite et gauche ; aux États-Unis, le choc est désormais entre communautés : Noirs contre Blancs, petites villes contre mégapoles (Washington, New York, Chicago, San Francisco), états du centre contre états des côtes, cols bleus contre cols blancs, industriels et commerçants contre intellos universitaires…

Cela nous menace-t-il ?

Sans aucun doute. Catholiques et Juifs se retrouvent contre un islam médiatique (différent de l’islam pratiqué) qui valorise l’image de l’intolérant, du macho et du terroriste. Il faut dire que les musulmans « normaux » restent frileux face aux surenchères salafistes et autres « Frères »; on ne les entend guère dans les médias… Les laïques sont partagés, anticléricaux mais « respectueux » (jusqu’à la lâcheté trop souvent) des cultures du monde, dont les opprimés et leur religion font partie. Les habitants des campagnes et des petites villes françaises ne se reconnaissent plus dans les grandes villes telles Paris, Lyon, Marseille, Toulouse. Ces mégapoles cosmopolites ne sont plus « la France » (voir la série Plus belle la vie dont les acteurs n’ont même pas l’accent de Marseille) ; leurs élites ne représentent plus la nation mais le nomadisme mondialisé ; leur culture, subventionnée d’État, ne dit plus rien aux éducations classiques. Pire : les partis de gouvernement sont mis dans le même sac de « l’UMPS » tant par Marine Le Pen que par Jean-Luc Mélenchon. Tous sont accusés d’être dans le vent, ploutocrates (que les intellos-économistes méprisants appellent « ultralibéraux »), dévoués au marché (« grand méchant ») et – pourquoi pas ? – aux maîtres du monde qui comploteraient (rumeur) la fin des peuples.

on est autiste

Le vieux fond humaniste résiste encore en France aux séductions de la manipulation ethnique et des théories du Complot, mais pour combien de temps ? Aux États-Unis, le parti Républicain devient récalcitrant, dédaigneux de tout compromis. Il s’agit presque d’une guerre de religion entre Républicains et Libéraux, les premiers étant à la fois conservateurs (moins d’impôts et moins d’État) et libertariens (moi-je, pionnier tout seul contre le monde pour refonder ici-bas la cité céleste) ; les « libéraux », là-bas, sont gens de gauche, en souvenir des Lumières – ce qu’ont bien oublié les archéo-marxistes français passés sous Staline et dont l’esprit ne s’est jamais remis. En France, la propension au refus de tout compromis est moins marquée mais contradictoire, la droite conservatrice (moins d’impôts mais plus d’État), la gauche plus individualiste que libertarienne (moi-je, narcissique – mais qui exige les autres pour faire son théâtre médiatique ou frimer sur les réseaux sociaux). Les Libéraux américains (parti Démocrate) sont keynésiens et partisans du New Deal, en France l’UMP et le PS aussi… sauf à réduire les déficits. De cette confusion multiculturelle surgissent de nouvelles radicalités aux marges. La rue du ‘printemps’ de droite en témoigne.

Il s’agit de crispation des petits Blancs : WASP aux États-Unis et petits commerçants, artisans, fonctionnaires en France contre « les étrangers » qui viennent saisir les opportunités d’emplois et bénéficient des prestations sociales parce qu’ils sont juste en-dessous en termes de revenus. Plus encore : ce lumpen proletariat bénéficie de la bienveillance des intellectuels, des politiciens et des faiseurs de lois, puisqu’ils sont considérés (à cause d’une vague culpabilité impérialiste ou coloniale) comme « victimes », forcément victimes. L’administration crée des quotas pour favoriser les Noirs aux États-Unis, Obama compte régulariser 11 millions de sans-papiers latinos (4% de la population, l’équivalent de 2.5 millions d’illégaux en France). Susan Sontag, gauchiste féministe new-yorkaise, n’est-elle pas allée jusqu’à déclarer que « la race blanche est le cancer de l’humanité » ? La psychologie de la domination remplace l’analyse de la société, c’est sans doute plus confortable intellectuellement et donne l’éternelle bonne conscience d’être avec les opprimés, mais sans travailler en rien ni à la production, ni à la redistribution sociale, ni à l’éducation des gens. Il y a trahison, aux États-Unis comme en France : le peuple (autochtone) pense que les élites (censées les représenter) les trahissent en favorisant les allogènes (qui ne veulent pas s’assimiler ou n’ont aucune incitation à le faire). Quel intérêt d’être conforme, s’il est plus avantageux de rester victime ?

Les élites de gauche préfèrent semble-t-il, aux États-Unis comme en France, les minorités biologiques aux classes sociales, l’état de nature à la construction historique et politique de la société. Limousine Liberals et bourgeois-bohêmes n’ont que faire du peuple, qu’ils méprisent. La dernière mode en politique est d’oublier ouvriers et employés (Blancs) pour favoriser toutes les minorités ethniques ou de « genre » (qui voteront « bien »). Une fois au pouvoir, la loi remplace l’éducation. Les gais-lesbiens-bi-trans sont plus chouchoutés pour convoler, adopter et procréer que les hétéros qui maltraitent leurs enfants et ne savent pas les élever. Je l’ai écrit, je ne suis pas contre le gai mariage, mais je constate le sentiment naissant qu’il vaut mieux « être » que se créer, « naître » que s’éduquer. Mieux vaut être Noir homosexuel illettré sans papier que Blanc hétéro cultivé intégré… Ce serait ça la gauche ?

De plus en plus nombreux sont ceux qui s’interrogent plus ou moins confusément : à quoi cela sert-il donc de bien travailler à l’école, de vouloir faire carrière, de payer des impôts ? Dans la France de Hollande plus particulièrement, où « les riches » sont désignés comme boucs émissaires de tout ce qui ne vas pas (au-dessus de 3000 € par mois – soit le salaire moyen d’un fonctionnaire en fin de carrière – selon la fiscalité présidentielle), où les « entrepreneurs » sont méprisés a priori et considérés comme vaches à lait fiscales, où une caste restreinte aidée de communicants et d’avocats (Brafman, Veil, Fouks, Hommel) se protège de la loi commune, où « la recherche » est vue comme l’avenir en paroles mais dernière roue du carrosse en réalité (les étudiants brillants partent à l’étranger, comme les innovateurs en Californie : « trop de lourdeur, trop de casse-têtes administratifs et juridiques ») – où 38% des Français déclarent dans un sondage récent qu’ils quitteraient la France s’ils pouvaient… Quel merveilleux projet politico-social ont nos gouvernements depuis le début du nouveau siècle pour que plus d’un tiers des adultes actifs veuillent fuir !

fesses et bobos

Quoi d’étonnant à ce que le populisme monte ?

Tea Parties aux États-Unis et extrémistes en France se radicalisent contre les élites qui les ignorent et font une politique qui va contre leurs valeurs et leurs intérêts. La volatilité des électorats, déboussolés par le changement non accompagné, par la promotion de minorités sans autre explication que « l’égalité » par principe (seraient-ils « plus égaux » que les autres ?), va s’accentuer – aux États-Unis comme en France. Pire : le grand inquisiteur fiscal est pris la main jusqu’au coude dans le pot à confiture des paradis fiscaux; le grand argentier présidentiel a des intérêts aux îles Caymans ! Faites ce que je dis, pas ce que je fais : voilà le discours politique de la gauche « morale ». Après le stupre, le lucre, les Strauss-Kahn et Cahuzac (sans parler des seconds couteaux Guérini, Lamblin, Andrieux, Teulade, Kucheida… et autres hollandais volant) font du président « normal » une image qui pousse au cynisme. Après la fracture sociale, la fracture morale ? Après le « président des riches » des affaires et de l’industrie, le « président des nouveaux riches »  de la fonction publique et du carnet d’adresses ?

Ce qui veut dire que tout dirigeant élu, Obama comme Hollande, n’a plus de « mandat » des électeurs, seulement des « opportunités » de circonstance. D’où l’espèce de fuite en avant de François Hollande sur les questions libertaires (mariage gai, récidive, vote des étrangers, voler au secours du « pauvre » Mali, « moralisation » des moeurs des copains) pour masquer les vraies questions – qui sont de classe et de mondialisation : chômage, déficit public, fiscalité, encouragement à l’entreprise, politique européenne, émergence de la Chine.

Nous ne sommes pas encore au point atteint par les Américains, mais nous y venons.

Sarkozy caresse l’idée d’un retour radical en politique ; Mélenchon fourbit sa faconde, coupeuse de têtes ; Le Pen père, fille et nièce poussent leurs pions. Obama n’a gagné que parce qu’il a su mobiliser à la base, dans les comtés, en exploitant les données personnelles innombrables, glanées sur les réseaux sociaux et auprès des donateurs particuliers. Hollande en reste aux meetings de sous-préfecture et aux appareils obsolètes.

En France la droite ou la gauche extrêmes sont encore loin de mobiliser vraiment la base et les réseaux sociaux. Pour le moment… mais  d’ici 2017 ? Le radicalisme, c’est dans 4 ans.

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Le Clézio, Cœur brûle et autres romances

Romances est un joli mot, emprunté à l’espagnol où il est plus fréquent, par l’auteur qui le parle couramment. En français, la romance désigne une complainte, sur le mode poétique. En général en vers, le mode est celui de la chanson de geste ; il s’agit de chanter le monde à la façon romane, celle des troubadours. Pour chacun de ses recueils de nouvelles, Le Clézio a ainsi choisi un mot différent : « histoires » pour Mondo, « faits divers » pour La Ronde, « saisons » pour Printemps. Les romances concernent les filles, sauf dans la dernière nouvelle, et encore. Des sept romances de l’ensemble, seule la première, qui donne son titre au livre, est un petit roman. Les autres sont des fragments d’observations senties, des ébauches de vies, des morceaux de temps interrompu. Le thème fédérateur est celui de l’existence : rêvée adolescente, dans la réalité le plus souvent sordide.

On retrouve ici l’opposition centrale leclézienne entre « civilisation » – adulte, raisonnable, réaliste – et « tradition » – domaine du rêve, du sentiment et de l’inadéquation. ‘Cœur brûle’ en est l’archétype. Une mère soixantuitarde égoïste et naïve embringue ses deux enfants issus d’un premier mariage dans une vie fantasque au Mexique. Elle est à la colle d’un médecin humanitaire dont les idéaux affichés d’aide au tiers monde masquent un appétit bien réel de prostituées mineures et pas chères. La vie communautaire du village, de la rue, plaît aux petites filles ; le retour d’exil en France est d’autant plus déracinant. L’une va s’en sortir, l’autre pas. L’aînée fait des études et devient juge, la cadette se laisse aller, court les garçons et se perd dans la trilogie : came, crime, égoïsme. La civilisation ne fait aucun cadeau, au contraire de la tradition : s’intégrer ou mourir. L’auteur laisse de l’espoir sur la fin, la naissance d’une petite fille qui va bouleverser la cadette au fin fond et, peut-être, redonner un sens à sa vie.

Chercher l’aventure’ est centré sur « la fille de 15 ans ». Le Clézio écrit-il alors pour ses propres filles ? Toujours est-il que l’on retrouve dans sa prose en fièvre les idéaux candides de nos 15 ans, ceux des années 70, du nomadisme « ancestral » rêvée sur les chemins du monde. C’était alors Katmandou pour ceux qui avaient quelques années de plus, la poésie et les camps de jeunes pour les autres (dont j’étais). Mais rien de plus vrai que cette phrase : « En vérité, c’est si difficile d’entrer dans le monde adulte quand toutes les routes conduisent aux même frontières, quand le ciel est si lointain, que les arbres n’ont plus d’yeux et que les majestueuses rivières sont recouvertes de plaques de ciment gris, que les animaux ne parlent plus et que les hommes eux-mêmes ont perdu leurs signes » p.87. Le mal apparaît partout dans « la civilisation » : « sur les écrans géants les sexes de femme sont ouverts comme des patelles. ‘Vole !’ ‘Brise !’ ‘Prend !’ ‘Jouis !’ ‘Cherche !’ » p.94.

Ce n’est pas un hasard si la nouvelle suivante, ‘Hôtel de la Solitude’, fait la revue d’une existence de demoiselle stérile, vouée aux seuls impératifs hédonistes de ladite civilisation. Voyages, amants, jouissances – ces illusions… Au soir de sa vie on est seul, triste, ruiné, et sans rien qui reste.

Quel sens donner à sa vie ? La nouvelle qui suit tente d’y répondre par le destin de Trois aventurières. La première, Sue, adolescente vide résidant dans une ville vide du centre vide des Etats-Unis consuméristes, part faire sa vie. Lorsqu’elle revient, quelques années plus tard, ses parents sont partis, il ne reste plus « rien » de ce qui fut son existence. La seconde, Rosa, fille de bourgeois mexicains, abhorre son milieu guindé et contraint ; elle rêve d’avoir des enfants non pas fils de notaire mais ces vif-argent en maraude des rues, perdus et en haillons, mais bien vivants. Elle vouera sa vie à les recueillir pour leur donner un avenir. La dernière, Alice, était brillante et aimait la vie. Elle a dû renoncer à ses dons par devoir envers ses parents pauvres, elle « est devenue l’image qu’elle voulait donner d’elle-même » p.114 énergique, austère, critique, solitaire. Partageant le peu qu’elle avait avec les autres, faute de progéniture à aimer et à qui se sacrifier. « De ces trois ‘aventurières’, avoue l’auteur, nul doute que c’est Alice qui me touche le plus » p.115.

Kalima’ débarque de Tanger à Marseille en croyant trouver l’Eldorado. Vite prise en main par les macs (ceux qui mettent « en saumure » comme Dodo, le copain de DSK), elle découvre qu’elle est définitivement seule dans la vie et qu’elle doit faire avec, jusqu’à la mort. Celle-ci sera absurde et sordide comme il se doit.

Vent du sud’ aborde la vie des îles et ces gens qui ne sont que de passage, portant avec eux les rêves impossibles des îliens. Maramu la Tahitienne est la maîtresse d’un Blanc qui ne peut l’emmener lorsqu’il revient en France. L’auteur se met dans la peau du fils, abandonné par sa mère parce qu’elle ne pouvait pas vivre dans les îles. Il est déchiré parce qu’il va la retrouver avec le retour en France, mais quitter Maramu et son bon cœur.

Trésor’ inverse les personnages mais reste sur le même ton. Cette fois, c’est la femme blonde qui fait rêver un petit Jordanien de Pétra tout juste pubère. Une autre femme lui avait déjà enlevé son père dont il ne reste qu’un ‘trésor’, une valise pleine de photos et de lettres. Le gamin accompagne cette touriste maternelle dans Pétra la ville troglodyte de la tradition. Mais la tradition est morte avec le temps et plus rien ne retient le gamin. Va-t-il partir pour mettre son rêve ailleurs ? Le ‘trésor’ est-il cette ville antique qui l’ancre à ce passé mythique, ou les souvenirs de son père qui l’appellent en Occident ?

Malgré le misérabilisme affiché, sans lequel Le Clézio ne semble pas pouvoir se mettre aisément dans l’écriture, ce recueil bien construit parle de l’âge incertain d’adolescence, duquel l’adulte écrivain n’est jamais vraiment sorti et où il continue de puiser les émotions qui font mouvoir sa plume. Un âge peut-être auquel s’est arrêtée notre civilisation occidentale depuis le bébé-boum, hédoniste, adolescentrique et « pas finie » ? En tous cas, ces pages se lisent bien… dès 15 ans.

Le Clézio, Cœur brûle et autres romances, 2000, Folio, 2002, 188 pages, €5.41

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