Articles tagués : intello-médiatique

Sur la gauche bobo

La gauche libertaire est l’une des 4 gauches définies avec brio par Jacques Julliard mais c’est la plus visible – et c’est contre elle que je m’élève parce qu’elle qui occupe les médias en boucle (intellos, experts autoproclamés, universitaires qui ont fait 68, etc.) Il ne s’agit pas de Manuel Valls, de Pierre Joxe ni de certains autres, mais de la constellation des « conseillers » et autres intellos « de gauche » bobo, ultra-parisiens (rapport Tuot sur « la société inclusive », préconisations Terra Nova sur les nouvelles majorités électorales, etc.).

Les dessinateurs de Charlie (et l’économiste) étaient de la génération d’avant, antiautoritaires (antigaullistes et antisoviétiques) dans la lignée de la Commune de Paris, sans être vraiment anarchistes (ils se déclaraient pour le droit).

Ce qui m’agace dans les assauts « d’émotion » et de « vertu républicaine » de la gauche intello-médiatique impériale à la télé, à la radio, dans les journaux est cette posture « d’indignation »… sans aucune conséquence pratique. « Ah non, pas interdire le voile ! Ah non, pas publier de statistiques ethniques ! Ah non, pas de classes de niveaux, tous pareils ! Ah non, il ne s’agit pas de guerre ! Ah non, l’islam n’est pas une religion à dérive totalitaire ! »

islam violent

C’est la même posture du déni que la gauche sous Jospin à propos de la délinquance et du « sentiment » d’insécurité. On a vu ce que les électeurs de base en ont pensé le 21 avril 2002

Les spécialistes de l’islam savent bien expliquer la distinction entre foi et politique, entre islam et dérives wahhabite puis intégriste, puis terroriste. Mais les intellos ne le font pas, soucieux avant tout d’éviter « l’amalgame », la « stigmatisation » et autres dénis de réalité : ils parlent sans savoir, comme d’habitude, se précipitant pour occuper la première place à l’audimat de l’indignation.

caricatures mahomet

Pourquoi ne constituent-ils pas CONCRETEMENT un Comité de vigilance des intellectuels comme la gauche en 1934 après les émeutes nationalistes du 6 février contre les parlementaires ? C’est ce sur quoi je m’interrogeais dans ma note d’avant-hier. Ce serait un laboratoire de réflexion, une force de propositions trans-partisane, traduisant dans les faits cette « unité » qu’ils revendiquent – tout en restant jusqu’ici dans leur fauteuil confortable.

Il s’agirait de réfléchir aux failles de la société française :

  1. l’immigration fantasmée : or elle est « incontrôlée légalement » (90% de ceux qui entrent chaque année le font parce qu’ils en ont le DROIT par mariage, regroupement familial, asile politique accordé ; 100% des minorités visibles nées en France SONT français, qu’on le veuille ou non) – doit-on changer le droit ? dénoncer les traités internationaux signés ? les renégocier ? invoquer une exception ? – ou les accepter tels quels, mais sans alors accuser sans nuances « l’immigration » ;
  2. la faillite scolaire : l’enseignement resté figé aux années 60, pédagogo, élitiste, matheux, méprisant, inadapté aux nouvelles populations (tous jeunes confondus) et aux nouvelles communications. « J’ai voulu, au travers de mon parcours, raconter que la fermeté à l’égard de ces jeunes est une marque de respect ; la complaisance une forme de mépris » écrit par exemple Zohra Bitan, banlieusarde d’origine et ex-PS. Distinguer la foi de la mauvaise Foi, apprendre à penser soi-même, à travailler avec les autres, à s’exprimer avec des mots (et pas en manipulant des items linguistiques !), apprendre les règles de la vie en société…
  3. la faillite du « vivre ensemble » : violé à la fois par les partis extrémistes de droite ET de gauche (à qui on laisse dire à peu près n’importe quoi) et par le gouvernement socialiste bobo (qui braque les sentiments des gens moyens et des croyants par « le mariage » gai ou le vote « des étrangers », toutes revendications communautaristes bien loin de l’Unité nationale hypocritement revendiquée). Les intellos ne cessent de critiquer, saper et déconstruire la culture occidentale, les associations communautaristes ne cessent de culpabiliser la France entière en rappelant sans cesse les croisades, la colonisation, la Shoah… alors que c’est aujourd’hui qui compte le plus : les pouvoirs autoritaires en Arabie Saoudite, en Syrie, en Algérie, etc., la corruption et le clanisme des élites politiques des pays émergents notamment africains et proche-orientaux, l’attitude d’Israël au mépris de l’ONU depuis des décennies, les petites Shoah en Bosnie, au Rwanda, au Soudan, en Palestine, en Irak qu’on laisse faire comme si de rien n’était. Comment se sentir « français » dans cette culture du mépris et de la honte permanente ? Françoise Sironi, psychanalyste et psychologue du Magazine de la rédaction de France-Culture hier, a pointé la « fragilité personnelle » des terroristes, leur « métissage » entre deux cultures, leur absence de certitudes sur ce qu’ils sont ou ceux qui peuvent les reconnaître. Le multicuturel ne fonctionne QUE lorsqu’on possède déjà une culture; on peut alors s’ouvrir aux autres cultures. Mais lorsque l’on n’est pas sûr de soi, reconnu nulle part, sans modèle de construction pour sa personnalité, le multiple en soi fait se perdre ; la tentation rigoriste des « sectes » ou des religions totalitaires est alors une tentation de facilité : « on » vous dit ce qu’il faut penser et comment il faut vivre. Le communisme a été l’une de ces « religions », il y a deux générations; c’est aujourd’hui l’islamisme radical. La liberté fait peur, il faut être armé pour être libre. Quand on ne l’est pas en soi-même et qu’on se sent impuissant, on utilise un substitut : une kalachnikov.
  4. la faillite de l’emploi : la lutte « contre le chômage » (qui touche particulièrement les jeunes et particulièrement les banlieues) invoquée comme une « priorité » alors que François Hollande pratique l’exact INVERSE : hausse générale des impôts, taxe à 75% symbolique, injures aux entrepreneurs et aux « riches », menaces (verbales) aux étrangers investissant en France (surtout pas d’amendes comme les États-Unis le font !). Comment le chômage pourrait-il reculer, étouffé par les réglementations, les taxes en cascade, l’état d’esprit anti-croissance (écolo), anti-entreprises (gauche du PS), anti-richesse (PDG Mélenchon), anti-réusssite (vieille austérité catho reprise par les jansénistes socialistes à la Martine Aubry) ? Pour la gauche, la seule « réussite » sociale ne passe que par le service d’État (la polémique anti-Macron sur les milliardaires en est l’exemple plus récent) : serait-ce « déroger » d’être entrepreneur, comme sous l’Ancien régime ?
  5. la faillite républicaine enfin : qui bâtit des lois mal ficelées, inapplicables (sur le voile…), qui fait du tortillage de cul lorsqu’il s’agit de l’appliquer (le survol « interdit » des drones au-dessus des centrales nucléaires : pourquoi ne pas les détruire sans sommation ? Il n’y a personne dedans et c’est clairement dit et répété : c’est interdit – haram en arabe) ; qui gère la délinquance par le seul répressif, tout le monde pareil, au risque de radicaliser les jeunes en prison – sans leur donner un modèle alternatif ; qui émet des incantations à « l’union nationale » tout en s’empressant aussitôt d’exclure tel ou tel (fatwa Hidalgo et consorts) sous prétexte qu’ils ne seraient pas « républicains » : c’est quoi être républicain en république ? Obéir aux lois et respecter les institutions ? Alors tous les partis légalement autorisés SONT républicains – ou alors le mot ne veut plus rien dire : la gauche intello adore « déconstruire » et embrouiller le sens commun afin de se poser en seule interprète du Bien… Faillite républicaine manifeste chez François Hollande, qui invoque l’unité dans un discours essoufflé dont il a le secret – tout en laissant son parti dire le contraire et appeler à manifester chacun sous sa pancarte : PS, PDG, écolosLV, CGT, etc. L’identité, ce serait mal à droite mais « vertueux » à gauche ? On mesure combien un Hollande n’arrive pas à la cheville d’un de Gaulle, d’un Mitterrand, ni même d’un Chirac (Allah sait combien je le considère peu, pourtant). Lui-Président apparaît comme président-croupion, technocrate à langue de bois toujours dans la synthèse horizontale sans rien de la hauteur d’arbitre au-dessus des partis requise par la fonction – encore moins l’incarnation de « la France ».

ecole islamiste

Ce sont ces faillites qui fragmentent la France en autant d’égoïsmes communautaires, chacun replié sur ses petits « droits ». Dans ces interstices, les daechistes veulent frapper comme les fascistes hier, pour accentuer les fractures et monter les communautés les unes contre les autres. Ils sont aidés en cela par les suiveurs du « pas de vagues », « mieux vaut la paix », « ils ont été trop loin » et autre état d’esprit de collaboration pétainiste à l’œuvre dans toutes la société française. Et dont Houellebecq a rendu la texture dans une fiction récente – dont je reparlerai.

islamiste et gamin

Cela dans une tendance mondiale au national-quelque chose : national-islamisme daechiste, pakistanais ou turc, national-judaïsme de la droite israélienne, national-‘socialisme’ de l’extrême gauche française, national-étatisme de l’extrême droite française, du pouvoir algérien et du Poutine russe, national-jacobinisme de la majorité socialiste, national-affairisme américain, national-communisme chinois, et ainsi de suite. Qu’y a-t-il dans l’islam qui facilite la tentation totalitaire ? Est-ce différent des autres religions ? L’exigence théocratique réclame-t-elle un  État appelé califat pour les croyants de l’Oumma ? L’histoire est-elle autre ? Est-ce un simple « retard » de développement (théorie un peu ancienne et passablement condescendante) ?

Le danger radical est donc l’épuration ethnique. Je me souviens d’avoir été interloqué lorsque mon directeur de thèse, alors professeur associé à Paris 1, ministre plénipotentiaire et conseiller spécial du ministre des Affaires étrangères Claude Cheysson à l’époque (donc de gauche socialiste bon teint), m’avait dit que « finalement, la meilleure solution en ex-Yougoslavie serait la partition ethnique, comme les Turcs l’ont faits aux Grecs en 1920 »… Avait-il tort ? Pas sûr, rien n’est jamais tout blanc ni tout noir, ce serait trop simple.

ignorance et mauvaise foi islamiste

Le chacun chez soi ne conduit pas forcément à la guerre, mais limite l’épanouissement. Désolé d’être brutal, mais rester entre soi rend con. Chacun peut le constater dans les milieux très bourgeois (pour faire plaisir à la gauche) ou chez les islamistes sectaires (pour faire plaisir à la droite). C’est la même chose pour les nations : est-ce par hasard si les nations les plus ouvertes sur le monde, dans l’histoire, ont été les plus grandes et les plus prospères ? Rome, Venise, Amsterdam, Londres, New York – aujourd’hui Singapour ou Rio.

En cas de guerre ouverte (Turquie des années 20, Allemagne des années 30, ex-Yougoslavie des années 90, Russie et Syrie 2014), l’exil des « allogènes » est peut-être la solution d’urgence. Mais certes pas une solution à long terme.

Car, à long terme, le nomadisme est historique – depuis les premiers hominidés sortis d’Afrique, avant nos ancêtres directs partis du Proche-Orient vers 200 000 ans. Le mélange fortifie – à condition qu’il soit dosé. Comme le poison ou l’ingrédient de cocktail, tout est question de posologie : trop d’eau dans le whisky (ou de lait dans le thé) rend le breuvage insipide ou écœurant ; un peu d’eau ou de lait avive les saveurs, enrichit les arômes, permet d’explorer de nouvelles sensations. L’immigration est donc à la fois une chance et un danger.

Ce que je reproche à la gauche est de nier les problèmes posés par l’accueil « sans frontières » ; ce que je reproche à la droite est de nier la réalité des traités signés (souvent par des gouvernements de droite) sur le « droit » à immigrer. Il faudrait donc en débattre, mettre des chiffres fiables sur la table, sérier les problèmes posés, mieux répartir les lieux d’accueil, avoir enfin une véritable politique du logement (et pas à la Duflot !), réaffirmer clairement les droits et les devoirs, à commencer par la neutralité laïque (ce qui veut dire aussi, surtout à gauche, faire taire les ayatollahs de la laïcité militante).

paisible islamisme

Quant à « déchoir de nationalité française » les retours de Syrie, d’Irak ou autres lieux djihadistes, c’est irréaliste : un slogan populiste qui ne tient aucun compte du droit actuel. Car si vous êtes « né » français, vous ne pouvez être déchu ; seuls les doubles-nationaux peuvent l’être s’ils se comportent comme les nationaux du pays étranger dont ils sont AUSSI ressortissant. On ne peut devenir arbitrairement apatride. Ou bien l’on change le droit (et les traités internationaux que la France a volontairement signés), ou bien il s’agit de proposer des solutions applicables, comme le rétablissement de l’autorisation de sortie de territoire pour les mineurs, l’obligation de visa pour se rendre en Turquie ou la consultation par les services antiterroristes des listes de passagers d’avion dans l’UE (refusé jusqu’ici parce que portant atteinte aux libertés publiques).

poutine flingue

Nous sommes un régime démocratique (et pas poutinien), nous devons donc suivre les règles démocratiques. Ce qui n’exclut pas la force : inutile de « rétablir la peine de mort » par exemple, autre slogan simpliste (aux effets secondaires jamais évoqués…) : nous sommes en guerre parce que les daechistes déclarent la guerre et portent des armes de guerre ; la police ou les services spécialisés doivent avoir contre eux un comportement d’état de guerre, ce qui signifie tuer s’ils sont directement menacés – ou plus généralement « neutraliser » si déférer à la justice est possible. Ce qui est socialement plus pédagogique.

Catégories : Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

La gauche a lâché le peuple

Stratégie d’évitement et déni de réalité caractérisent la gauche française aujourd’hui à propos du Front national. Quand je dis « la gauche », il s’agit de la gauche majoritaire, jacobine et radicale, pas du courant social-démocrate (Mendès-France, Rocard, Delors, Manuel Valls) qui a peine à exister. Pour « la » gauche qu’on entend, la gauche médiatique, la « seule » gauche – tout est économique et social. Il suffirait de donner des « moyens » et de faire de la présence d’État pour que tout rentre dans l’ordre du socialisme espéré et que le peuple retrouve ses « vrais » représentants.

Mais ce n’est pas le capitalisme qui crée le national socialisme, comme la vulgate marxiste l’a trop longtemps martelé. Ce n’est pas non plus la lepénisation des esprits, due à une droite qui court après les voix et par une presse avide de faire peur à mémère. Vrai déni à gauche que cette fuite vers les boucs émissaires : célafôta ce grand méchant marché ou célafôta à ce peuple inculte et arriéré. Accuser permet de se défausser de ses erreurs et de croire qu’il suffit de changer les acteurs pour que tout aille aussitôt mieux.

Bien sûr, la faible croissance exaspère le sentiment de déclassement social ; bien sûr, le libéralisme fondé sur la comparaison et la compétition, exaspère les inégalités et permet des fortunes d’autant plus indécentes en temps de crise. Mais le divorce est moins social que politique et culturel.

Les États-Unis, où le chômage de longue durée a explosé et où les inégalités n’ont jamais été aussi grandes, ne connaissent pas l’équivalent du Front national. En revanche ils connaissent comme en France et dans de nombreux pays européens une fronde anti-élites. Les divagations des divas font sourire mais l’exposition indécente du fric pour prendre les meilleurs baveux dans une affaire de mœurs, au détriment de la justice qui ne pourra pas dire s’il y a culpabilité ou pas, heurte le sens commun.

Pourquoi la gauche ne se pose-t-elle pas la question de son personnel ? Après avoir laissé le congrès de Reims trifouiller les résultats (et les « corriger » mystérieusement à quelques centaines de voix), laissé Georges Frêche provoquer dans les média le racisme ordinaire, laissé les frères Guérini prévariquer comme de vulgaires bandits, laissé la fédération des Bouches-du-Rhône maintenir les soupçonnés en place, pourquoi s’étonner qu’on ne puisse désormais parler de putes sans y voir DSK ? Tous les magazines matraquent sur ce people et ses frasques de bobo de gauche. Est-ce « cela » la politique ?

Le monde des réseaux médiatiques, de l’argent, du pouvoir, des familles vivant en vase clos et en ghettos dorés, sont-ils encore des gens ordinaires ? Pourquoi les croire ? Pourquoi leur faire confiance ? Pourquoi voter pour eux ? C’est moins le « tous pourris » qui l’emporte aujourd’hui dans le populaire que le « ils sont indifférents à notre condition ». Les larmoiements sur lépludémunis de dame Royal, le mystère du Care de dame Aubry ou les anti-nucléaires écolos qui accentuent le côté « retour à la bougie », sonnent comme du mépris envers les problèmes concrets des gens ordinaires. Du blabla bonne conscience pour intellos bobos (en général sans problème ni de chômage, ni de mutuelle, ni de retraite).

Car le vrai est que la compétition mondiale exige des qualifications hors de portée du tout venant élevé à l’aune de l’Éducation nationale. Ce ne sont pas les 20% de chaque classe d’âge qui sortent sans aucun diplôme qui vont encenser la gauche et ses gros bataillons de profs militants. Pourquoi la gauche refuse-t-elle « par principe » et depuis une génération de réformer le mammouth ? Pourquoi le pédagogisme qui inhibe l’apprentissage de nombreux gosses peu doués reste-t-il le nec plus ultra de la gauche caviar ? Pourquoi cet abandon de la matière histoire au politiquement correct qui ne fâche aucune « minorité » ?

Pourquoi la « modernité » des mœurs et du culturel est-elle encensée par les politiciens de gauche alors qu’elle reste incompréhensible aux ouvriers et employés ? Proposer de doubler le budget de la culture en période où chacun se serre la ceinture est-il décent, si c’est pour financer des artistes qui se roulent tout nu dans le sang de porc à Avignon ou jouent tout nu du piano à Toulouse ? On peut trouver ça génial, mais convenir que le populaire ne comprenne guère…

Le think-tank Terra Nova, issu de l’énarchie des beaux quartiers, l’a bien vu qui propose cyniquement dans une étude de mai 2011, ‘Projet 2012, Gauche, quelle majorité électorale pour 2012 ?d’abolir le peuple pour le remplacer par des électeurs plus complaisants à la-pensée-de-gauche : les bobos et les quartiers.

Fini le mouvement ouvrier, vive le mouvement social ! Conjonction victimaire :

  1. des très-inclus fonctionnaires des services publics,
  2. des très-exclus sans-papiers, sans-logis, sans-droit de vote,
  3. et des minoritaires mal intégrés dans le système, étudiants, écolos, gais, lesbiennes et trans, Noirs de France et indigènes de République à Nation.

Le peuple là-dedans ? Expulsé au profit de plus prolétaires que lui, ce lumpen qui aurait tous les droits, celui d’avoir des papiers pour les allocations sociales, celui d’être logé gratis, celui de voter même s’il n’est pas citoyen. Quant aux pauvres, mais citoyens Français, qu’ils restent à leur place. La gauche culturelle a vaincue la gauche sociale, comprenez que le populo se sente frustré.

Il est même en pleine insécurité. La fondation Jean Jaurès vient de publier ‘Le point de rupture, enquête sur les ressorts du vote FN en milieu populaire’, du sociologue Alain Mergier et du directeur de l’IFOP Jérôme Fourquet. Elle révèle l’insécurisation physique et culturelle, celle de l’économique au quotidien, celle du contrat social, engendrant un sentiment d’injustice insupportable. Non pas l’insécurité des menaces présentes, mais l’insécurisation, ce sentiment qu’elles approchent de plus en plus de l’insécurité réelle parce que les politiciens ne font rien pour les contrer. La gauche a-t-elle compris, qui se gausse des « chiffres » de délinquance matée par la police de Nicolas Sarkozy ? François Hollande a-t-il compris qu’embaucher tous les profs partant à la retraite plus tous les profs non remplacés depuis 2007 creusait le déficit public sans donner la moindre idée de son financement ? Les insécurités réelles sont une chose, plus ou moins chiffrable, mais le sentiment d’insécurité ? Que fait la gauche pour y répondre ?

Le sentiment populaire, qui gagne les classes moyennes, n’est pas le « tous pourris », mais bien mieux le « tous incapables ». Un Président qui n’a pas su changer ni de programme fiscal ni de dépenses publiques après la crise 2008, une UMP arc boutée sur les petits intérêts catégoriels comme cette minable bronca Raffarin sur la TVA des parcs d’attraction, un PS qui continue allègrement à prôner encore plus de dépenses et encore plus d’impôts pour un rôle encore plus grand de l’État central, alors qu’on a vu ce qui arrivait quand on confiait le Crédit Lyonnais à un énarque socialiste…

La tentation populaire est celle de la radicalité : trouver des solutions nouvelles avec un personnel neuf. Exactement la même réaction que dans les années 30, selon une enquête Free Thinking. Dans l’offre politique actuelle, cela veut dire ou Mélenchon ou Le Pen, Jacques Doriot ou le colonel de La Roque.

Il pourrait aller voir Mélenchon, le populaire. Mais ce Monsieur a de trop beaux discours, des promesses grosses comme la lune (revenir à la retraite à 60 ans, avec 37 ans de cotisation, un SMIC à 1500 euros, etc.). Surtout un petit air de « vous allez voir quand je serai au pouvoir » qui n’inspire pas confiance. Pas fou, le peuple, on lui a trop promis à la populiste comme Georges Frêche ; on l’a trop pris pour un con, le peuple. Mélenchon, ce transfuge de socialiste allié au guévariste Besancenot et au PC moribond, que peut-il bien sortir d’utile de sa hotte à idées ? Une existence cubaine ou d’Europe de l’est ? Restent ses idées qui remuent la pensée unique : alors oui, Mélenchon comme agitateur, en creux, mais surtout pas au pouvoir. Son utilité serait de faire réagir Nicolas Sarkozy ou François Hollande pour qu’ils se bougent un peu.

Reste le Front national. Beaucoup plus politiquement correct depuis que le vieux para à bandeau pirate a laissé la place à sa blonde platinée fêtarde de fille. Les beaufs se rebiffent. Le caviar n’est pas pour eux, même coloré en rose, ils se veulent les deux pieds dans la boue. Justement la droite extrême dit et redit que la terre ne ment pas et qu’il n’y a que la nation pour rester souverain, chacun chez soi et maître de ses vaches, bien loin du laisser-passer des sans frontières et du laisser-faire des financiers, du métissage généralisé des culs et des cultures. Les communicants n’ont pas de prise sur ces images archétypales du peuple. Les psy-machin non plus, qui n’ébaubissent que les petits intellos.

Chômage de masse et gauchisme culturel font fuir le peuple.

Un temps, Nicolas Sarkozy a su reprendre ces valeurs sûres pour ratisser large : travailler plus (et pas 35 heures), laisser les errements de mai 68 (au profit de la morale et de l’effort), retrouver le récit national (avec le musée de l’Histoire de France, la lettre de Guy Môquet, la loi contre le voile dans l’espace public). Cris d’orfraie à gauche ! Vrai divorce avec le populaire… Mais la crise a rattrapé Nicolas Sarkozy, comme son avidité de nouveau riche. On voit bien qu’il n’écrit pas lui-même ses discours, le Président, d’où ses bourdes sur les Africains et ses excès sur les Roms ou le Kärcher dans les banlieues. On voit bien qu’il ne maîtrise pas l’Administration, le Président, d’où ses effets d’annonce et son agitation permanente, sans suivre une réforme, l’expliquer et vérifier qu’elle est bien sur les rails. On voit bien qu’il n’ose pas taxer la richesse, le Président, tenu par ses « amis » et par l’exemple allemand, mais qu’il ne sait pas comment faire rentrer plus d’impôts en forçant l’État à dépenser vraiment moins.

A gauche, c’est l’éternelle chanson des Blacks-Blancs-Beurs, du panachage plus belle la vie, du rejet du bébé nation avec l’eau du bain colonial, des pôvres délinquants à kalachnikov brimés par la police, le tout englué de bons sentiments et de mélasse qui mélange tout, comme la dignité humaine et le droit au logement, droit à l’école, droit aux allocations – alors qu’on est illégal. Ce tout égale tout est un déni des différences, pourtant bien visibles et ressenties tous les jours (en dehors des beaux quartiers). La peur de ne pas être assez de gauche, au regard des intello-médiatiques parisiens, fait taire la plupart de ceux qui voudraient un peu plus de réalisme. Quant au programme « chiffré »… il est a refaire de A à Z depuis que la Grèce a failli faillir.

Que veut le peuple, au fond ? Du travail et de la sécurité, certes, mais surtout un sens au mouvement du monde.

C’est ce qu’on appelle tout simplement l’identité, mot honni à gauche parce qu’il encarterait et qu’il vient de la droite. Mais comment être ouvert aux autres sans être sûr de soi et de son pays ? Comment « intégrer » les différences, ce qui signifie les reconnaître dans les limites des règles communes républicaines du vivre ensemble, si ces règles et la culture qui va avec sont contestées, ringardisées, considérées comme fascistes ou colonialistes ?

Où va-t-on ? La gauche n’est guère capable de répondre et la droite se contente depuis quelques années du jour le jour. Seule Marine Le Pen réactive les couleurs du récit national, de Jeanne d’Arc à la Résistance, et Jean-Luc Mélenchon joue le grand méchant communard contre les moulins à vent. Stéphane Hessel a bien raison de s’indigner : il a des lecteurs au Front national comme chez les bobos, ce qui garantit le succès de mon très mince essai. Mais les premiers veulent sortir les sortants pour rétablir un pouvoir fort, tandis que les seconds n’y voient qu’un happening de plus à discuter dans les parties fines.

Le populaire demande désormais aux politiciens de cesser de bavasser et de trancher : de dire les limites et d’affirmer. Sur la protection des personnes physiques, la protection économique des salariés et la protection nationale face à la mondialisation, Marine Le Pen a une image de décideur… malgré son programme indigent de sortie de l’euro. La réaffirmation du contrat social et le rétablissement du pouvoir de la politique importent avant tout, mais Jean-Luc Mélenchon joue trop à l’ogre pour être crédible sur le concret. Nicolas Sarkozy a trop dit pour être cru, même si son esprit de décision dans les crises est de plus en plus apprécié. Quant à François Hollande, pris en otage par les petits hommes verts sur l’industrie phare de la CGT, il a encore à se former une image de quelqu’un qui tranche et décide. Vaste programme !

Les candidats de gouvernement devraient lire ces études. La machine à promesses à trop fonctionné pour que le peuple ne demande pas des comptes – puisqu’il a encore (malgré les partis qui savent mieux que lui ce qui est bon pour lui) le droit de vote.

Catégories : Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Socialistes ou primaires ?

Article repris sur Auxerre TV.

Les socialistes seront-ils primaires ou les primaires seront-elles socialistes ? Dans le premier cas, on se regarde le nombril ; dans le second, on réinvente le socialisme pour notre temps. Tel que c’est parti, nous ne voyons ni vraiment l’un, ni vraiment l’autre…

En France, les primaires sont organisées par la Constitution sous la forme du premier tour. Si l’on trouve plus démocratique que la société civile se prenne en main, la meilleure façon serait de supprimer le premier tour pour obliger tous les partis à se regrouper en candidats communs. Ce serait évidemment renforcer le régime bipartisan, droite et gauche, bien ou mal – chacun situant le « bien » où il veut – mais c’est ce qui a été choisi par l’équipe Jospin. La réforme du septennat en quinquennat a en effet été accompagnée de législatives dans la foulée pour bien donner une majorité au président. Alors que la gauche ne vienne pas donner des leçons sur le présidentialisme, s’il-vous-plaît !

Les socialistes ont donc décidé d’organiser des primaires en les ouvrant un tout petit peu aux sympathisants. Dans un régime de plus en plus présidentiel, cela donne une teinture de démocratie participative. Pourquoi pas ? Mais cela fait furieusement penser aux usines à gaz que les socialistes adorent parce qu’elles leur permettent de faire dans le réel tout ce que leur idéologie réprouve : accepter le marché (mais en « économie sociale »), privatiser (mais sous la forme de PERCO et PERP fabiusien – comprenne qui pourra), augmenter les impôts (mais par une Grrrrââândde réforme fiscale comme les Dix commandements). La primaire, c’est faire du « centralisme démocratique », un mot inventé par Lénine pour dire la mainmise du parti sur les électeurs. Sauf que DSK a khané et que le candidat « naturel » que la primaire ne devait que « confirmer » s’est déconsidéré.

Il faut donc prendre le train en marche ce qui, pour les socialistes, n’est jamais prévu (que ce soit en politique, en économie ou en diplomatie…). Dans ce contexte, François Hollande a toutes ses chances. Il est proche du pragmatisme et de la vision mondiale de Strauss-Kahn, tout en étant héritier de l’appareil, donc connu et apprécié par une grande part des militants. Il était candidat avant les autres alors que DSK restait possible, ce qui lui donne une longueur d’avance. Hors du parti, il est moins lié que Martine Aubry et moins connoté que Ségolène Royal. Laissons de côté les candidats de témoignage qui ne seront pas élus comme Montebourg, Valls et même l’improbable Baylet (qui le connaît, celui-là ?). Aubry a le handicap d’être considérée comme psychorigide, trop fille de son père et adepte des réformes Mitterrand désormais inadaptées (retraite à 60 ans, 35 heures) ; elle a un côté hamster qui grignote ses discours tout en restant dans le collectif, ce qui ne crée pas une image présidentielle. Royal a le handicap de sa voix de canard et de son agressivité intacte ; elle a des intuitions justes (ne pas augmenter les impôts, promouvoir la croissance verte nationale) mais elles sont noyées dans le galimatias anti-Sarko et antiparti. Reste Hollande.

Lors d’une élection présidentielle, ce qui compte est la personnalité, pas les idées partisanes. Le parti peut bien avoir un programme collectif ou du moins de grandes idées générales, ce n’est pas cela qui fait le bon candidat. Maintenir l’unité du parti ou représenter tous les Français ? Ce n’est en chacun des cas ni la même mission, ni la même personnalité requise. Ségolène Royal en 2006 a écrasé les vieux mâles dominants du PS qu’étaient Strauss-Kahn et Fabius pour cette raison. Mais c’est aussi pour cette raison que Martine Aubry a le handicap d’être l’émanation de l’appareil. Or les Français sont très attachés à la dimension personnelle de l’élection présidentielle. Ils restent soupçonneux envers les partis et les personnes d’appareil. Leur sentiment d’égalité et de dignité réprouve tout ce qui peut ressembler à une mafia, un politburo, une franc-maçonnerie élitiste où les initiés se parlent entre eux. Ce pourquoi la droite est plus souvent de plain pied avec les électeurs – que la gauche, restée léniniste dans l’âme.

Le programme du parti et son idéologie sont donc condamnés par la logique présidentielle. Le problème est que, pour être candidat soutenu par le parti, il faut gagner les primaires dans le parti – donc respecter le nous collectif et les intérêts catégoriels des militants… D’où les réponses dilatoires de Martine Aubry sur la crise de la dette, les déficits – et son envolée (qui ne mange pas de pain mais conforte profs et bobos) sur la Culture et les valeurs. Ce n’est pas cela qui préoccupe les électeurs populaires mais bien plus la compétence pour nager dans la mondialisation, la modération sur la fiscalité déjà très forte par rapport aux pays voisins, l’emploi public à réorganiser et l’emploi privé à encourager, enfin l’ouverture sur les partenaires européens sans qui l’on ne peut rien faire de concret. La position centre gauche de François Hollande est proche du centre de gravité de l’électorat français. Plutôt centre droit habituellement, l’expérience Sarkozy et l’épouvantail Marine repoussent doucement vers le centre gauche en 2012.

Mais cela ne tient qu’à un fil. Car Hollande a le handicap réel d’être devenu le chouchou des média. Or l’on sait ce qu’il advient des chouchous intello-médiatiques : Mendès-France, Chaban-Delmas, Barre, Rocard, Delors, Balladur, tous ceux qui étaient adulés par les bobos et que la presse parisienne faisait mousser ont été battus. Tropisme de gauche anarchiste (bien française celle-là, contrairement à la gauche prussienne et soviétique), les socialistes détestent les leaders et les tribuns. Jean-Luc Mélenchon en a fait l’expérience, Ségolène Royal aussi avec les éléphants. Qu’on se rappelle Fabius, si volontiers sage-donneur-de-leçons-de-morale : « qui va garder les enfants » ?

Alors : primaires socialistes ou socialistes primaires ? Gageons que ce sera partagé, pas très tentant pour les extérieurs au PS, pas très socialisme d’avenir pour les militants… Le PS va-t-il me donner tort cette fois-ci ? Les gosses le disent, les éléphants ça trompe – mais ce sont des gosses.

Voir le blog de Jean-Louis sur les primaires

Catégories : Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,