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Boycott the US ?

Trump le prouve, l’Amérique s’isole. Elu de justesse par une vague de conservateurs bigots adeptes de la morale des années 50 et du créationnisme, de nationalistes suprémacistes blancs angoissés de devenir minoritaires (quelque part vers 2060) et de libertariens hostiles à l’impôt qui veulent que l’Etat se retire des programmes sociaux, le président de la (pour le moment) première puissance mondiale donne le ton : America first, America is back.

Ce qui signifie en langage clair : égoïsme sacré et primat de la force sur le droit.

D’où la récente rafale de décisions économico-stratégiques : taxes à l’importation sur l’acier et l’aluminium, déni de l’Organisation Mondiale du Commerce en refusant de nommer les arbitres et en bafouant ses règles, renégociation de l’Alena, dénonciation de l’accord sur le climat, rejet de l’accord nucléaire avec l’Iran. Ce sont évidemment les entreprises européennes qui seront le plus frappées par les sanctions américaines – à croire que nous ne sommes plus ni alliés ni même « amis ». Car, dans le même temps, après avoir tempêté et exhibé son gros bâton entre les jambes, Trump a accepté brusquement « l’offre » du dirigeant nord-coréen d’une rencontre historique… sur le nucléaire. La leçon est claire : respect à la position de force. L’Iran n’a rien à offrir, la Corée du nord si ; l’Europe a l’habitude de se soumettre (sauf en 1996), rappelez-vous les 9 milliards de $ d’amende à la BNP pour avoir commercé avec l’Iran, Alstom bradé à General Electric sous une menace de même nature sous le faiblard Hollande. L’Europe devra montrer ses muscles par des rétorsions franches et substantielles si elle veut survivre dans la « guerre » économique que lance le pachyderme de Washington.

A moins de changer d’alliance et de se rapprocher de la Russie, de la Turquie et de l’Iran – contre les alliés américains : l’Arabie saoudite pépinière d’extrémistes islamiques et Israël au gouvernement « quasi fasciste » (Rony Braumann né là-bas) qui menace tout le Proche-Orient et attise le radicalisme religieux. Car où est l’intérêt actuel de l’Europe à soutenir ces régimes qui font surgir le terrorisme sur notre sol ? Notons que la remise en cause du soutien ne s’adresse pas aux peuples mais à leurs gouvernements va-t’en guerre et à leurs groupes dévots extrémistes.

Chacun, si l’on en croit Trump, défend ses propres intérêts.

Donc, pourquoi pas nous ? Il ne s’agit pas de faire la leçon aux Américains sur leurs choix au nom de « la Morale » dont les néo-cons et les blancs cassés, âgés et sans diplôme, se foutent. Pour eux, « la morale chrétienne » est celle de l’Ancien testament (celle du Talmud), pas celle du Nouveau. Les dirigeants européens, qui sont tous allés voir le monstre, se résignent jusqu’à présent à collaborer – comme sous l’Occupation. Les États-Unis national-identitaires sont aujourd’hui, comme l’Allemagne nationale-socialiste hier, le pays le plus puissant. Et ses alternatives (Poutine, Erdogan et Rohani) peut séduisantes. Mais le nationalisme identitaire gagne l’Europe et si Marine Le Pen avait été moins nulle, peut-être la France aurait-elle basculé. Un ou deux attentats islamistes de grande ampleur en plus suffiraient-ils pour voir s’allier la droite Wauquiez avec un Front national relooké Marion ? Ou une immigration de masse suffirait-elle pour (comme en Italie) voir se joindre extrême droite et extrême gauche ?

Car si d’aventure la situation devait se dégrader avec les Etats-Unis, l’alliance et « l’amitié » pourraient bien exploser. La décision de dénoncer le traité signé avec l’Iran a été annoncée le 8 mai – une date symbolique pour la relation transatlantique puisqu’elle rappelle la victoire sur le nazisme. En rejetant de façon complète tous les efforts des plus proches alliés de l’Amérique, celle-ci bafoue l’alliance et dit son mépris pour ses alliés.

A quoi peut donc encore servir l’OTAN ?

D’autant plus que la résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies donnait force de loi à l’accord de Vienne.

A quoi peut donc encore servir l’ONU ? Les accords internationaux constituent-ils encore une garantie de sécurité collective ? Donald trompette clairement que non. Avis aux Coréens du nord et aux Chinois…

Trump déclare que l’individualisme est roi en Amérique et que l’isolationnisme est roi dans le monde.

Tout ce qui est collectif est désormais banni pour l’Amérique, de l’assurance maladie en interne aux traités de commerce et aux accords internationaux. En bon dealer des groupes qui le soutiennent, le chacun pour soi doit aboutir à la domination du plus fort (même s’il n’est pas le meilleur), en gros les suprématistes blancs bigots et libertariens. Qui ne retrouverait, dans cette posture, le racisme clairement affiché durant les années 30 qui affirmait que la « race » aryenne, étant supérieure en tout (sauf à la course olympique), devait dominer son « espace vital » et influencer le monde entier ?

Si l’Amérique s’affiche égoïste et adepte de la seule force, devrons-nous résolument boycotter l’Amérique ?

Exit Google au profit de Qwant, exit Microsoft au profit des logiciels libres, exit Apple au profit de Samsung, exit Amazon au profit de la Fnac, exit Facebook au profit de Copains d’avant (même si c’est passablement ringard – mais Facebook est déjà ringard chez les 13-17 ans), exit Twitter ce piège à temps, exit Linkedin au profit de Viadeo, exit Mac Donald’s au profit de Flunch ou du bistrot du coin, exit les jeans Lévi-Strauss, les boots et autres bombers, exit les films yankees et les séries hollywoodiennes au profit de chaînes européennes, exit les voyages aux Etats-Unis pour d’autres destinations (d’ailleurs bien plus intéressantes).

J’espère et je souhaite que l’Europe et surtout les trois grands pays que sont l’Allemagne la France et le Royaume-Uni parlent enfin d’une seule voix pour affirmer leur refus de l’extraterritorialité des lois américaines et prennent la décision d’appliquer des contre-sanctions très dissuasives – puisque Trump et ses trumpistes ne comprennent que ça. L’alliance avec l’Amérique se dévitalise et l’amitié est en train de crever.

Nous nous détournons de plus en plus des Etats-Unis.

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William Faulkner, Descends, Moïse

william faulkner descends moise
Formé (symboliquement ?) de sept récits qui traversent les années 1860-1940, c’est à une radiographie du Sud que se livre Faulkner. Il reprend et ressasse toutes ses œuvres et toutes ses généalogies pour composer un millefeuille de Blancs et de Noirs, en ligne directe et métissés, dont les existences se croisent et se heurtent. Le titre du livre est celui de la dernière nouvelle, également celui d’un negro spiritual qui assimile l’asservissement des Noirs à celui des Juifs sous Pharaon. La famille McCaslin transmet la honte et la culpabilité de génération en génération.

Honte d’avoir été aristocrate maître d’esclaves, culpabilité d’avoir ravi la terre aux Indiens et d’avoir détruit son équilibre pour planter le coton et élever des villes. Honte et culpabilité d’avoir fauté avec des négresses et d’avoir mêlé ce que Dieu avait séparé, jusqu’aux conséquences radicales du meurtre et de l’exécution. Blanc et Noir, civilisation et nature, s’entremêlent comme les eaux du delta.

Dans le premier récit, bien loin dans le temps, une chasse au renard se transforme en chasse à l’homme pour récupérer un esclave noir qui fugue régulièrement pour aller monter sa belle. Nous sommes dans le burlesque de la comédie, le bouffon seul à même de dire que le roi est nu. Le second récit met en scène Lucas, descendant mi-noir, mi-blanc, en rivalité avec son demi-frère blanc, et qui chasse le trésor imaginaire des confédérés avec une machine électrique venue de la ville. Le troisième récit quitte un instant la famille pour mettre en scène un Noir pur sang qui, ayant perdu sa femme, se révolte contre la condition humaine (et finit pendu) ; une vraie bête aux muscles puissants et aux instincts bruts, une sorte de rêve américain jusqu’à Rambo et XIII.

Mais c’est le quatrième récit qui est le plus beau, sauf sa section 4. Cette fois, c’est un vieil homme de 1940, Isaac dit Ike, qui raconte son enfance en forêt, durant les chasses annuelles des Blancs du comté. Il a dix ans, douze, ans, seize ans, et le vieux Sam, mélange d’Indien et de Noir, lui apprend à marcher sans bruit, à observer les traces, à s’orienter sous les arbres, à tirer ou à ne pas tirer selon les moments. A douze ans, le gamin tue son premier cerf et Sam le baptise du sang de la bête, cérémonie initiatique qui le met en communion avec la nature et avec la vie même. Ce sont les pages les plus belles de Faulkner, emplies d’émotion et de respect. « Sam Fathers ne l’avait-il pas déjà consacré, et délivré de la faiblesse et du remords ? – non pas de l’amour et de la pitié pour tout ce qui vivait et courait et, en une seconde, cessait de vivre en pleine splendeur et en pleine course, mais simplement de la faiblesse et du remords » Les Anciens, 2 p.789 Pléiade.

garcon chasseur

A seize ans, il rencontre un ours, le Vieux Ben rusé et inoxydable, que tous chassent depuis des années. Ce sera un autre qui le tuera, mais pas cette année-là. Il faudra dresser spécialement un chien, différent des autres, sans peur et sans reproche : Lion.

La section 4 de ce récit est en revanche une jérémiade illisible. Rupture de ton, phrases interminables, écriture expérimentale sans ponctuation – un vrai pensum qui dérive vers le prêche biblique. Faites comme moi, survolez ces pages chiantes, qui durent quand même un long moment. Tout ça pour se plaindre d’être Blanc, Américain, propriétaire, chasseur, mâle et ainsi de suite. Appel à la Bible, dissection des desseins de Dieu – en bref, réservé aux lecteurs purement américains avec de la patience ; je ne sais pas si beaucoup lisent encore ça aujourd’hui.

Le dernier récit est contemporain de l’écriture, 1940. La guerre menace en Europe ces bouffons de xénophobes tandis que les Américains racistes, ayant libéré les Noirs, ne peuvent envisager d’avoir des enfants avec eux. La vieille alliance (biblique ?) de l’homme et de la nature, durant la chasse, ne résiste pas à la ville et au regard social. Et cela se termine mal.

Un beau livre, sauf la centaine de pages de délire prêcheur. Il est peu connu mais fait pénétrer un peu plus l’Amérique, ses mythes et ses complexités sociales par un esprit européen du XXIe siècle.

William Faulkner, Descends, Moïse, 1940, Gallimard L’imaginaire 1991, 336 pages, €10.00
William Faulkner, Œuvres romanesques tome 3, Gallimard Pléiade, 2000, 1212 pages, €66.00

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