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Les Français ne savent pas ce qu’ils veulent

Dans la dernière vague de l’Enquête électorale française de septembre 2026, l’inquiétude domine, à 59% et l’incertitude à 51%. Pas d’espoir, sinon pour 17%. On attend une rupture à 71%, avec une radicalité qui monte à 48%. Si toutes les régions sont à peu près d’accord, les villes sont un peu plus écolos (elles utilisent moins la bagnole), et les diplômés bac+5 encore plus que les sans bac. Eux privilégient l’anti-immigration et les valeurs tradis. Les plus aisés sont aussi pessimistes que les pauvres, à plus de 70%.

Ce sont les partisans du RN 43% et de LFI 27% qui sont les plus radicaux, bien entendu. Le reste plafonne à 21%. Ce qui veut quand même dire que sur dix personnes dans un wagon de train ou un bureau, deux sont prêts à tout foutre par terre et à user de violence sans aucune vergogne. Pas de quoi se réjouir (voir Ravage de Barjavel ou Malevil). Les reconquérants et les rassemblés veulent « revenir à », contre l’immigration et pour l’identité.

Mais, curieux paradoxe au vu des casses et des pillages récents, « les 18-24 ans ne sont que 19% à souhaiter une transformation radicale de la société, contre 26% de l’ensemble des répondants« . Eux vont vivre le plus longtemps avec la société à venir, et veulent surtout s’y insérer avant de songer à la transformer. Ce pourquoi les gauchistes et leur idéologie trotskiste, s’ils se répandent sur les réseaux et dans les médias, sont au fond peu écoutés. Pas plus que dans les années post-68… Même 71% des écolos préfèrent un dirigeant prêt au compromis.

A gauche, deux futurs parallèles, l’un social (LFI, PS, PCF), l’autre écologique (écolos, Place publique). Mais comment la transition écologique peut-elle améliorer les conditions de vie et la protection sociale ? Ce sont deux dépenses incompatibles, fondées sur des « moyens » plus grands – donc une croissance économique meilleure, obérée par l’avalanche de normes écologiques et de charges sociales par rapport à nos voisins…

Au centre, c’est la Défense qui l’emporte, comme si les autres étaient naïvement croyants que rien ne peut arriver, ou prêts à préférer être « russes » que morts. La dette vient en second, ce qui ne préoccupe guère les autres partis. Pas de projet pour le futur, la simple gestion du présent ; pas de quoi enthousiasmer les foules.

Les Républicains sont, comme toujours, à mi-chemin entre centre et droite radicale. Aucun sujet original. Juste la conservation de ce qui est.

Les droites radicales divergent sur presque tout. Le RN cite l’identité à 59% (pas de quoi décréter l’unanimité, avec 41% qui n’en font pas une priorité…), et le social à 49% (mais avec quelques moyens ? – ils veulent un abaissement de l’âge de la retraite, une hausse des pensions et une baisse de la TVA !). « Chez Reconquête, l’identité atteint 83% et le social tombe à 20%« . Signe que ses partisans sont plus aisés et plus bobos que la moyenne ; ils ont un problème de couleurs de peau, pas de valeurs en dépôt. Manque de pot, ils ne sont pas représentatifs de la société française et sont donc condamnés, sauf bouleversement radical ou miracle divin, à plafonner au premier tour.

Quant à la manière de gouverner, le régime représentatif est rejeté par 89%. Ils ne marche pas, les politiciens bavassent mais ne font pas, 83% voudraient pouvoir les forcer, par exemple 63% par référendum. Pourtant, il suffirait que l’on en revienne à la pratique de la Ve République sous de Gaulle, avant les manipulations Jospin-Chirac, pour que tout revienne dans l’ordre : un Exécutif fort, qui entraîne un Législatif qui a des choses à proposer, et un Judiciaire qui ne mette pas des bâtons dans les roues par irénisme idéologique.

Le compromis négocié domine chez les écolos, Place publique, le PS et le centre. L’élection fixe une orientation et les décisions se conduisent par la négociation, avec une expertise technique. Macron, après Hollande, l’a tenté, cela n’a pas convaincu ; les résultats ne sont jamais immédiats et les décisions techniques paraissent déconnectées. Et souvent mal expliquées, par des technocrates abscons et confus. Il suffit de voir comment les lois sont rédigées, par des illettrés du système éducatif depuis plus de trente ans.

LFI veut un gouvernement direct par le peuple, on a vu ce que cela avait donné en 1792 avec la Convention nationale qui avait élu un Comité de salut public, qui adorait guillotiner tous ses opposants. Mais ils ne sont que 18% à réclamer un homme fort – ce qui est pourtant survenu avec Napoléon, au vu de l’anarchie induite. Sans parler des soviets d’ouvriers et de paysans, vite transformés en relais du Parti unique en URSS. C’est donc une façon naïve et béate de considérer la dynamique politique réelle, et surtout la « démocratie », bien que les éléfistes aient plein la bouche de ce mot grec dont ils ne comprennent manifestement pas les ressorts. Ils ignorent trop volontiers que la participation citoyenne et la liberté d’expression, certes sont valorisées, mais qu’existe aussi l’égalité devant la loi, et le respect de droits fondamentaux (dont celui d’aller et venir, de sécurité, et de propriété). Et que sa durée tient beaucoup l’équilibre des pouvoirs, qui empêche toute tentation dictatoriale. Quant au « peuple », il contient beaucoup de non-citoyens.

C’est l’inverse au RN et Reconquête où « l’homme » fort est approuvé à 56% et 69%. Marine étant virilisée, comme la reine, après la mort du roi, devenait « le » pharaon en Égypte antique. Aucun compromis pour 80% des reconquérants, et encore à 67% des rassembleurs nationaux. Pas de quoi leur faire une seule seconde confiance ! « Vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaire », a osé proférer le « socialiste » André Laignel en 1981. L’appel au peuple et le plébiscite justifient tout – avec la versatilité et les émotions populaires qui vont avec. Pour les autres, fermez vos gueules – vous êtes prévenus. Pas étonnant à ce que Reconquête soit le parti qui prise le moins le régime démocratique, envisageant même à 40 % que ce pourrait être le rôle de l’armée de gouverner.

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Gustave Flaubert, Le candidat

Pour sa première – et heureusement seule ! – pièce de théâtre, ce fut un four (Le sexe faible ne compte pas, elle était la pièce de Louis Bouilhet que Flaubert a terminée par fidélité à son ami). Elle fut retirée en 1874 après quatre représentations. C’est que Gustave est un naturaliste, pas un matamore. Or il faut au théâtre accentuer le trait, forcer la caricature, donner l’illusion – simplifier (d’où le succès du théâtre aujourd’hui dans les collèges). Flaubert exècre l’illusion ; il lui préfère les petits faits vrais.

Le candidat est une comédie sur la politique. Flaubert aurait pu en faire une satire, ce qui était dans son tempérament. Il l’avait commencé dans L’éducation sentimentale avant de poursuivre avec Bouvard et Pécuchet et le fameux Dictionnaire des idées reçues. Hélas ! il ne réussit qu’à être plat. Son candidat est d’accord avec tout le monde – le type même du démagogue qui veut surtout accéder au pouvoir pour les honneurs. Il se dit donc légitimiste devant le comte qui veut le soutenir avant de virer libéral devant l’industriel qui le pousse, de se dire républicain face à son mentor en politique, puis carrément « socialiste » (le pire !) devant les ouvriers venus en populace brailler dans son salon. Cela aurait pu être du plus haut comique… si l’ornière du déjà-vu répétitif ne finissait par lasser.

Rousselin, le candidat, est un bourgeois riche retiré des affaires qui s’ennuie en province ; il se dit que le titre de député ne déparerait pas une carte de visite. Aucune conviction, aucune mission, aucun service : il s’agit seulement de se placer. Le comte de Bouvigny est un aristocrate ruiné par les révolutions, qui est légitimiste par désir surtout de conservatisme social ; il n’est candidat avec « ses » paysans que pour « faire barrage » (comme on dit aujourd’hui) aux affreux révolutionnaires que sont les républicains, les libéraux et les socialistes ou pour « faire pression » sur Rousselin afin qu’il marie sa fille à son fils : rien de positif, seulement une réaction. Gruchet, industriel de filature en mauvaise posture financière, se veut républicain et joue le démagogue avec « ses » ouvriers, mais il ne s’agirait pas d’encourager la chienlit (comme disait le général) : il n’est poussé à la candidature que par Murel qui veut lui aussi « faire pression » sur Rousselin afin qu’il finance son journal – Gruchet se retirera de la candidature après avoir négocié la remise de sa dette auprès de Rousselin. Lequel se retrouve donc au milieu, qu’il prend pour le « juste » milieu (comme disent aujourd’hui les socialistes). S’il est favori, malgré sa peur de ne pas l’emporter, c’est qu’il ne fâche à peu près personne en général, mais seulement certains en particulier – ce qui se négocie avec de l’argent et des honneurs. Il a surtout une fille, Louise, à marier. L’attrait de la fortune et de la position sociale vaut bien pour les adversaires un bulletin de vote…

C’est donc un constant mélange de politique et de famille, de corruption et de maquignonnage, qui se développe autour de Louise. Elle aime Murel, le mentor en politique de son père et principal actionnaire du journal local qui « fait l’opinion » (comme on le croit encore aujourd’hui alors que les gens votent bien souvent pas comme on croit). Mais son père hésite à la donner pour le prestige social au fils du comte, un gandin niais et religieux sans métier, ou à Murel, qui va le faire élire et qui aime la donzelle. Laquelle en pince pour lui bien que son père finisse par la « vendre » au vicomte pour assurer son élection. Quant à Julien le journaliste poète, jeune premier romantique qui aurait pu être sympathique, il n’est qu’un exalté miséreux, qui plus est amoureux d’une femme mûre, l’épouse Rousselin de 38 ans ! L’époque sait bien, avec Balzac, que « La femme de trente ans » connait son acmé et que la suite n’est que progressive ruine. Le spectateur ne peut adhérer à cet amour incohérent et surtout passé de mode.

Non seulement la pièce ne fait pas rire mais elle n’est pas engagée : l’auteur met tous les partis sur le même plan. Certes, l’opportunisme est le principal ressort de la politique, avec les intérêts particuliers et la corruption – encore eût-il fallu le mieux montrer. Une pièce politique qui est apolitique est un comble ! C’est tout régime représentatif qui se trouve ainsi dévalué, les individus étant peints comme des coquins qui ne poursuivent que leurs propres buts égoïstes au détriment de tout « intérêt général » (comme disaient les gens de 1789). Le suffrage « universel » (tout récent à l’époque) se réduit à la foire d’empoigne des petits intérêts qui se négocient en coulisse, les commerçants exigeant les libertés de faire et moins d’impôts, les paysans illettrés tenus par le curé voulant qu’on suive leur comte traditionnel et ses intérêts de caste, les ouvriers livrés à leurs instincts et pulsions restant sans conscience sociale (comme les gilets jaunes et Black blocs d’aujourd’hui).

Des candidats sans envergure et des électeurs sans jugement… n’est-ce pas encore un peu le cas de nos jours ?

Gustave Flaubert, Le candidat, 1873, Livre de poche 2017, 224 pages, €4.10

Gustave Flaubert, Œuvres complètes IV 1863-1874 : Le château des cœurs, l’Education sentimentale 1869, le Sexe faible, le Candidat, La queue de la poire, Vie et travaux du RP Cruchard, Gallimard Pléiade, édition Gisèle Séginger, 2021, 1341 pages, €64.00

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